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  • A Marseille, la fontaine Estrangin doit reculer devant le tramway

    A Marseille, la fontaine Estrangin doit reculer devant le tramway

    La Métropole Aix-Marseille Provence est bien décidée à déplacer la fontaine Estrangin implantée depuis 135 ans devant la Caisse d’épargne et la Banque de France. L’édifice emblématique où trône en majesté l’allégorie de Marseille appuyée sur le Génie du commerce sur une Méditerranée source d’abondance, gène le tracé du futur tramway du Quatre Septembre pour lequel l’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique n’a toujours pas eu lieu.

    Ce n’est certes pas le premier monument marseillais à devoir déménager. De l’Hôtel de Cabre (1954) à la fontaine Fossati (1825) en passant par l’obélisque de Mazargues (1911), les monuments historiques ont la bougeotte à Marseille. Pourtant l’ancienne ligne historique du tramway au siècle dernier contournait ce magnifique ouvrage sculpté inauguré en 1890 et qui a été inscrit en totalité au titre des monuments historiques en mars 2025.

    La fontaine s’apparente à une « table d’orfèvrerie » tant l’élégance de sa vasque et de ses groupes sculptés de plusieurs dizaines de tonne en pierre blanche de Lens et de son bassin en granit rose d’Écosse est affirmée. L’ouvrage néo-baroque a été réalisé par les meilleurs artistes marseillais de la Troisième République : l’architecte Joseph Letz et Gaudensi Allar pour les dessins et le sculpteur André Allar, Grand Prix de Rome en 1869, rappelle l’historien de l’art Laurent Noet dans le guide Fontaines de Marseille.

    Pour libérer la courbe et la contre-courbe des voies ferrées reliant le boulevard Paul Peytral au cours Pierre Puget, les bureaux d’études tablent sur un déplacement de 7,57 mètres de l’ensemble monumental pour le rapprocher de la Banque de France et de l’entrée du métro. L’opération est délicate sinon périlleuse. Une maîtrise d’œuvre est prévue sur 5 ans pour concevoir de A à Z cette délicate opération. Le choix de l’architecte en chef des monuments historiques pour la piloter sera déterminant.

    Le projet prévoit aussi l’abattage de la couronne d’arbres autour de la fontaine qui sera restituée par la suite. Le démontage minutieux durant 8 semaines du monument et de sa dalle de fondation aurait lieu en 2027. Il faudra décider si la restauration sur 16 mois qui inclut le système de fontainerie intégrée se fera in situ ou en atelier. Le repositionnement et le remontage pièce par pièce de la fontaine se feraient en 2028 sur une durée de 12 semaines.

    Un diagnostic patrimonial de la Ville de Marseille est attendu d’ici mars. Car c’est à sa ville natale que le négociant Henri Estrangin avait offert la fontaine. La future maîtrise d’ouvrage devra réaliser une étude de faisabilité et d’ingénierie structurelle pour élaborer la méthodologie du déplacement, sa conformité au protocole patrimonial fixé par la Conservation régionale des Monuments historiques qui délivrera l’autorisation de travaux. L’ardoise promet déjà d’être salée. L’enveloppe prévisionnelle des travaux table sur 672 000 euros TTC.

    Le projet inquiète l’association nationale Sites & Monuments pour qui « c’est une opération à haut risque patrimonial » et pour « un projet qui ne met pas en valeur la mémoire et la lecture historique des espaces urbains de Marseille ». Sa déléguée Sandrine Rolengo considère que « l’implantation du futur tramway sur cette place risque d’en altérer profondément la vocation paysagère, en substituant à un espace ouvert, lisible et patrimonial un aménagement principalement fonctionnel. Une telle transformation porterait atteinte à la qualité du cadre de vie ainsi qu’à la cohérence historique et esthétique du site ».

    « C’est une opération
    à haut risque patrimonial »

  • Nîmes, la capitale des vies racontées

    Nîmes, la capitale des vies racontées

    Pendant trois jours, Nîmes va à nouveau battre au rythme des vies racontées. Du 23 au 25 janvier, la 24e édition du Festival de la biographie transforme Carré d’Art et plusieurs lieux culturels de la ville en vaste agora littéraire. Un rendez-vous devenu incontournable, qui attire chaque année près de 30 000 visiteurs et réunit une centaine d’auteurs venus de toute la France.

    Organisé par la Ville de Nîmes en partenariat avec l’association des libraires nîmois, l’événement revendique une identité forte : celle d’un festival populaire, exigeant et profondément ancré dans la cité. « En 25 ans, ce sont 2 500 auteurs qui sont intervenus », rappelle l’adjoint à la culture Daniel-Jean Valade, soulignant la fidélité d’un public qui dépasse largement les frontières du Gard.

    Cette année, le fil rouge s’intitule Le biographe, de l’importance des archives. Une thématique qui éclaire les coulisses du travail d’écriture. Car derrière chaque biographie se cache une enquête patiente, faite de documents parfois contradictoires, de silences à interpréter et de fragments à assembler. Comme l’exprime Anca Visdei, co-présidente du festival, « se pencher sur des archives, c’est triompher de notre condition mortelle ». L’autre co-président, l’historien Thierry Lentz, insiste sur cette dimension intellectuelle : la biographie a pleinement retrouvé sa place dans la recherche historique contemporaine, portée par la rigueur et l’intuition de celles et ceux qui fouillent les archives publiques et privées. Un travail que le festival entend rendre visible au public à travers rencontres, débats et lectures.

    Des auteurs pour tous
    les publics

    La programmation, dense, fait se côtoyer grandes figures médiatiques et auteurs plus discrets, historiens, journalistes, romanciers, spécialistes de littérature ou d’histoire politique. Parmi les invités attendus : Pierre Assouline, Sylvain Tesson, Irène Frain, Dominique Bona, Franz-Olivier Giesbert, Gilles Kepel, Jean-Luc Barré, Kerwin Spire, Catherine Van Offelen, Christian Morin ou encore Susie Morgenstern pour le jeune public.

    Certains temps forts s’annoncent déjà très suivis : les rencontres d’ouverture au Théâtre de Nîmes, avec Anca Visdei autour d’Orson Welles et Thierry Lentz autour de Napoléon ; la venue de Sylvain Tesson à l’Atria ; ou encore les débats consacrés à Samuel Paty, à l’antiterrorisme, à Trump ou aux grandes figures de l’histoire de France. Sans oublier la remise du Prix de la biographie du Point à Amos Reichman, pour Les morts de Raoul Villain, lors de l’inauguration officielle.

    Le festival déborde aussi largement des murs de Carré d’Art. Projections au Sémaphore avec cartes blanches à Pierre Assouline et Colombe Schneck, rencontres à l’université, exposition à la galerie Courbet, promenade théâtralisée dans le quartier Richelieu, lectures dans les bibliothèques, ateliers jeunesse… Toute la ville se met au diapason. Gratuit, accessible, foisonnant, le Festival de la biographie est devenu un temps fort de l’hiver nîmois, à la fois événement culturel majeur et moment de respiration collective. Trois jours pour écouter, questionner, découvrir – et mesurer combien les vies racontées éclairent aussi la nôtre.

  • [Entretien] « L’État favorise l’agriculture ultra-productiviste »

    [Entretien] « L’État favorise l’agriculture ultra-productiviste »

    La Marseillaise : En quoi l’écologie est-elle synonyme d’émancipation et de transformation sociale ?

    Jean-Claude Boual : Inondation massive, feux monstres non maîtrisés, pollutions diverses ou encore dégradation de la qualité du sol et de l’eau… on voit bien que le système dans lequel on vit, qui consiste à faire du profit avant toute chose, entraîne des conséquences. On a besoin d’une transformation en profondeur de tout le système, avec des citoyens qui agissent en conséquence et en conscience.

    Quel est le rôle des politiques publiques ?

    J.-C.B. : Que ce soit au niveau de l’État, de l’Union européenne, ou même mondial il n’y a pas de volonté de changer les choses. Par exemple, au niveau de l’accord de Paris signé en 2016, on voit bien que les objectifs sont déjà dépassés. On est déjà au-delà des 1,5 degré et on sait qu’en Europe, ça va plus vite que sur l’ensemble de la planète. Copernicus, programme européen pour surveiller la planète, en est déjà à 2 degrés d’augmentation. De mon point de vue, les gens ont compris que les ressources n’étaient pas infinies, qu’on ne pourra plus avoir une croissance constante comme l’exige la rotation des capitaux.

    Pourquoi affirmez-vous que les questions écologiques et sociales sont liées ?

    J.-C.B. : Si on ne règle pas les questions des inégalités, il n’y aura pas l’engagement des gens. C’est une priorité en termes de politique publique. Dans notre pays, les salaires sont très bas parce que le rapport de force depuis plusieurs décennies est plutôt favorable au capital et au patronat. L’État favorise l’agriculture ultra-productiviste. La remise en cause du Pacte Vert sous la pression d’Ursula von der Leyen est un exemple de rétropédalage. Dans notre pays, on est face à une politique d’injonction de façon à noyer la réalité. Manger moins de viande, éteindre la lumière, couper le robinet d’eau, on culpabilise les gens. Mais le problème de fond est de se demander qu’est-ce qu’on propose ? Dans la philosophie qui consiste à compenser, on retrouve l’esprit de charité. On a une catastrophe, l’État donne de l’argent et le taux de profit est préservé. Ça coûte moins cher.

    De quelle écologie parle-t-on ? JC Boual. Edition Emile communication. 15€

  • Des « histoires à lire debout » à Berre-l’Étang

    Des « histoires à lire debout » à Berre-l’Étang

    Histoires à lire debout, pièce de théâtre écrite par Jean-Paul Alègre et mise en scène par Dominique Berardi, arrive à la salle polyvalente de Berre-l’Étang pour deux représentations, samedi 17 janvier à 20h30 et dimanche 18 janvier à 15h. À cette occasion, une rencontre est organisée avec l’auteur de la pièce, à la médiathèque de Berre, ce samedi à 16h (en entrée libre).

    À travers Histoires à lire debout, Jean-Paul Alègre a pour ambition de faire prendre conscience aux spectateurs « de la valeur du livre, garant de la liberté et de la tolérance ». Alors que des débats autour de la liberté d’expression et de la censure de livres émergent à l’international, par exemple aux États-Unis, cette pièce prend une dimension toute particulière.

    Défendre la liberté de lire

    Dans cette pièce de théâtre, la nuit, les livres prennent vie dans une bibliothèque intemporelle. On y retrouve Magnus l’encyclopédie, Flore le recueil de poésie, Sans-Nom, le livre raté qui mélange ses pages… Mais un ennemi plane au-dessus d’eux : le grand autocrate et ses acolytes, qui décident de partir en guerre contre le livre et la lecture. 37 personnages s’unissent alors pour défendre la liberté d’écrire, de lire et de penser. Parmi eux, d’Artagnan, Buffalo Bill, Molière, Naruto et le Petit Poucet ! Avec bien d’autres héros encore tout droit sortis des pages des chefs-d’œuvre les plus célèbres.

    Ce projet culturel est porté par la compagnie de théâtre berroise Astromela et son atelier théâtre de l’Emmad, en partenariat avec la médiathèque.

  • [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Martigues, des livres à partager en famille

    [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Martigues, des livres à partager en famille

    L’avez-vous vu, ce petit bonhomme au chapeau pointu ? Si ce n’est pas le cas, les enfants de l’école maternelle Font Sarade ont en tout cas reçu sa visite ce mardi matin, pour recevoir sous le sapin quelques cadeaux peu anodins.

    C’est en compagnie de Bidule et Craquotte, deux lutins « du département du livre du père noël » comme elles se présentent, que la classe de petite section découvre Hector le Magichien, de Sophie Ledesma. Un chien qui, « abracadatchoum ! », se change en chat ou en paon lorsqu’il éternue. À l’aide de leur kamishibai, ce théâtre illustré de poche japonais, les deux lutins racontent des histoires à partir d’illustrations, comme le Noël des animaux où l’on trouve les rennes des neiges, un chat-pin de noël félin, et des kangourous qui n’ont pas besoin de hotte pour les cadeaux.

    Des thèmes et des histoires qui pourraient prêter à sourire, mais qui revêtent une grande importance pour le développement des enfants, selon l’adjointe à l’éducation (PCF) Annie Kinas, qui tend les livres aux enfants en leur expliquant que « ce cadeau là, c’est le maire qui l’a mis sur la liste, ce sont de jolis livres avec des belles histoires que vous regarderez avec la maîtresse en classe et avec vos parents ».

    Près de 2 300 livres offerts par la Ville aux enfants

    Hector le magichien est l’un des trois livres offerts aux enfants dans toutes les écoles maternelles et établissements d’accueils de jeunes enfants de la ville. Au total, ce sont près de 2 300 livres qui sont offerts aux enfants martégaux, pour un budget de 30 000 euros. « La tradition se poursuit car il n’est pas question d’enlever ce moment de rêve et de bonheur aux enfants », insiste Annie Kinas, qui parle de « permettre l’accès et encourager la lecture en classe et à la maison », comme de « rêver à travers un livre lu en famille ».

    Mais cela va plus loin. « Ça contribue aussi à faire les petits champions de la lecture de demain », complète l’adjointe, ce concours de lecture à voix haute que la Ville a accueilli l’année dernière et dont un élève martégal avait remporté la finale départementale. L’élue pense aussi que « lire dès le plus jeune âge repousse l’utilisation abusive du téléphone et des écrans », mais aussi « suggère l’idée d’aller feuilleter d’autres livres à la médiathèque ».

    Nul doute que les livres et le théâtre kamishibai stimuleront l’imagination des enfants, captivés par les lutins racontant l’histoire du loup voulant manger le petit chaperon rouge et que « le père noël prend par la peau des fesses », pour le gronder.

  • Une médiathèque faite avec et pour les habitants rue Loubon

    Une médiathèque faite avec et pour les habitants rue Loubon

    « Ça sera notre prochain refuge ». Avant même de visiter les travaux qui transforment l’ancienne usine de farine du 32 rue Loubon en médiathèque, Wassila en est certaine : ça va lui plaire. La jeune mère, ambassadrice du livre de l’association Peuple et Culture, est venue avec ses collègues découvrir, vendredi dernier, l’évolution des travaux. Un projet qu’elles suivent depuis un an, afin d’apporter leurs idées et leurs besoins.

    Des habitantes du 3e arrondissement et membres de l’association Mot à mot les accompagnent pour visiter le lieu. Les fils qui pendent, les échafaudages et les isolants qui traînent ne semblent pas les empêcher de se projeter. « On s’y voit parfaitement », s’exclame Wassila. En découvrant le puits de lumière et les charpentes apparentes du lieu, Mounira lâche un petit « c’est trop beau ».

    Un peu plus loin, elles pénètrent dans l’espace prévu pour la cuisine et le restaurant, séparé par une baie vitrée de la zone prévue pour la jeunesse. « C’est ce qu’on voulait : un café pour se retrouver où on voit nos enfants », s’enthousiasme Fatiha, mère de 5 enfants, qui suit le projet avec l’association Peuple et Culture depuis un an.

    Puis direction l’étage pour voir les volumes qui deviendront des salles de danse, de lecture, d’éveil sensoriel pour les bébés. Le moment décidé par la directrice de la médiathèque, Coline Meirieu, pour annoncer qu’il y aura des tables de ping pong en extérieur. Ce qui fait germer des idées. « Pourquoi on ne ferait pas des tables pour les échecs aussi ? », propose Fatiha, provoquant l’engouement des participantes. Une idée à laquelle n’avait pas pensé la directrice.

    La parole des habitants

    « On voit qu’il y a eu la parole des habitants qui a été écoutée, applaudit Mounira. Je n’ai jamais vu un projet de bibliothèque aussi varié. ça va vraiment faire vivre le quartier ! ». Elle regrette cependant qu’il n’y ait pas eu plus de communication en amont autour de la concertation, car elle aurait souhaité y participer. Mais c’est enthousiastes que toutes ressortent de la visite. « C’est bien, parce qu’il manquait d’un lieu comme ça dans le secteur. Parce qu’Alcazar, c’est quand même un peu loin », confie Nesrine, habitante du 3e arrondissement.

    Une nouvelle concertation avec les habitants et les associations est prévue le mardi 27 janvier au centre social de la Belle de Mai à 14h pour réfléchir au fonctionnement de l’établissement.

  • [Le coin du polar] Voyage au bout de l’enfer

    [Le coin du polar] Voyage au bout de l’enfer

    Jesmyn Ward avait fait irruption dans la littérature états-unienne avec Bois sauvage et Le Chant des revenants, des romans où l’Histoire, la tragédie et la poésie se mêlaient inextricablement, avant que des deuils personnels et le Covid ne l’aient contrainte à se taire. Avec Nous serons tempête, la double lauréate du National Book Award revient avec un récit remarquable, très noir et en même temps porteur d’espoir, dont des femmes sont les protagonistes douloureusement marquées par des destinées tragiques. Annis, la narratrice, n’est qu’une enfant lorsque sa mère est vendue à un autre propriétaire, comme l’avait été, avant elle, la sienne, et disparaît à tout jamais, sauf dans le cœur et les pensées de sa fille, qui ne fait face qu’en les invoquant, à travers toutes ses épreuves, comme des protectrices invisibles. La petite fille, puis l’adolescente, se raccroche à la vie, alors qu’a commencé une longue marche vers les plantations de La Nouvelle-Orléans, pleine d’épreuves et de douleurs, en tentant d’appliquer leurs leçons de vie, de courage et de combat qui, bien plus avant dans le temps, avaient été celles de leurs ancêtres, les guerrières des rois du Dahomey. Les coups, les sévices, les viols, la torture des fers et des cordes, les marches harassantes, les noyades dans des rivières en crue ou dans les sables mouvants du grand marais maudit qu’Harriet Beecher Stowe avait déjà évoqué dans son roman Dred, autant de raisons de désespérer et de se laisser périr.

    Dante n’avait rien vu

    S’il n’est jamais nommé autrement que L’Italien, Dante hante le récit d’Annis, dont chacun des tourments lui fait pénétrer un nouveau cercle de l’enfer. Pourtant, l’héritage de sa mère, qui lui a appris la nature, ses secrets, ses plantes, les champignons qui tuent et ceux qui guérissent, les animaux, dont les moindres ne sont pas les abeilles, lui permet de surmonter la lassitude et le désespoir, en quête d’une liberté, incertaine certes, mais qui ne s’accommode d’aucun renoncement. Nous serons tempête est un roman exigeant, lyrique, écrit dans une langue riche, pleine d’images et de poésie, comme si, privée de tout, réduite à un état d’esclave auquel elle ne se résout pas, son héroïne n’avait d’autre issue que s’inventer un monde imaginaire et quasi féerique qui dynamitera la tragédie.

    « Nous serons tempête » Jesmyn Ward Belfond 237 p. 22 €

  • L’hommage de Reid à une artiste amérindienne

    L’hommage de Reid à une artiste amérindienne

    Si les romans de Fenimore Cooper et les westerns, parfois malveillants à l’égard des Indiens d’Amérique et qui ont souvent pris des allures de science-fiction, ont bercé l’enfance de nombre d’entre nous, il ne faut pas oublier que, contrairement à eux, les philosophes des Lumières voyaient chez les Amérindiens de « bons sauvages », supérieurs à l’homme civilisé puisque non corrompus par leur milieu. Souvenons-nous aussi que trois siècles avant les grands penseurs du XVIIIe siècle, le peintre et graveur sur bois, Albrecht Dürer s’émerveillait devant leur capacité d’invention. Aujourd’hui, c’est Martine Reid, spécialiste de George Sand, qui rend hommage à leurs arts, et nous demande de Voir rouge, couleur de vie, de mort, et de profonde colère, inséparable de l’œuvre de Jaune Quick-to-See Smith.

    Une place paradoxale

    Pour le grand intérêt des lecteurs, nous en détachons ce passage, extrait du premier chapitre qui se lit comme un avant-propos : « Sur toutes sortes de supports, toiles, collages, dessins, pastels, lithographies, sculptures, Quick-to-See livre une représentation unique de l’Amérique d’aujourd’hui et de la place paradoxale qu’y occupent les Indiens, présents partout (dans la toponymie, le nom des rivières, des États), visibles nulle part (ou presque). » Voilà pourquoi l’auteure ira les chercher partout, jusque chez Chateaubriand et l’historien, Dee Brown, mais surtout dans les tableaux de celle dont elle partage l’indignation. Un livre attachant et vibrant, illustré d’œuvres de l’artiste amérindienne. Un style, prestigieusement coloré de rouge, qui confirme le talent de Martine Reid.

    Arléa, 22 euros

  • Grains de sel, le festival qui fait dévorer le livre jeunesse

    Grains de sel, le festival qui fait dévorer le livre jeunesse

    Vingt-quatre auteurs de livres jeunesse invités, des illustrateurs, des scénaristes de bande dessinée, de mangas… Après deux jours consacrés aux scolaires, Grains de sel ouvre ses portes au public*. Avec un beau plateau d’auteurs et dessinateurs jeunesse. Et cette année, Jean-Claude Mourvelat pour invité d’honneur. Né en 1952 à Ambert, en Auvergne, l’auteur commence à écrire des livres jeunesse en 1997. Le Combat d’hiver, L’enfant Océan « sont reconnus comme des classiques de la littérature de jeunesse », renseigne le site Fabula. Ses romans se caractérisent « par des valeurs humanistes ». En 2021, il a été lauréat du plus important prix de littérature jeunesse, le prix Astrid-Lindgren. Pour Grains de sel, l’auteur viendra avec, sous le bras, son dernier livre, Jefferson se fâche, troisième enquête de son « hérisson timide ». Samedi après-midi, à la salle de spectacles, il lira à voix haute des extraits choisis parmi ses nouvelles, textes courts ou romans jeunesse ou adultes.

    Lectures, ateliers collaboratifs ouverts aux enfants et animés par exemple samedi après-midi par Loïc Clément, scénariste et auteur de bande dessinée, illustration avec Gaëtan Doremus, auteur et illustrateur, dimanche matin ; atelier manga dimanche en milieu d’après-midi avec Daniel Ballin, mangaka et illustrateur… À 15h samedi, à l’Espace Rencontres, le public a rendez-vous avec Isabelle Simler, autrice et illustratrice pour l’édition et la presse. Elle a réalisé l’affiche de Grains de sel. Diplômée des Arts décoratifs de Strasbourg, son univers est un hommage à la nature dont elle pousse l’observation jusqu’au plus infime détail. Son dernier ouvrage paru est l’illustration d’Alice aux pays des merveilles, de Lewis Carroll (2025). La Partie, maison d’édition de livres illustrés pour tous les âges, créée en 2021, dévoilera son catalogue. « Nous souhaitons donner à lire des textes et des images qui questionnent et offrent à rêver », décrit-elle. De belles promesses de lecture.

    * Av. Antide-Boyer. Ouvert sam. 9h à 19h, dim. 9h à 18h.

  • Hommages aux Poilus à Marseille

    Hommages aux Poilus à Marseille

    « Garantir la sécurité, la liberté et la dignité de chacun, ce projet porte un nom : la République » a réaffirmé ce mardi 11 novembre Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants par la voix d’Isabelle Epaillard, préfète des Bouches-du-Rhône par intérim, qui a lu son message lors de la cérémonie d’hommage aux combattants de la Première guerre mondiale. Députés, sénateurs, le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), la présidente de la Métropole, Martine Vassale (DVD) et les autorités militaires se sont réunis devant la porte d’Aix en fin de matinée. Cadets de Marseille et élèves de 3e du collège Mallarmé étaient également présents, assurant la lecture des poèmes « Mon enfant »,, « 1914 », « Les tranchées » de Fabienne Berthomier ou de « La dernière lettre écrite à ses élèves par l’Adjudant Henri Boulle. »

    Dans l’après-midi, c’est au carré militaire du cimetière Saint-Pierre que se sont retrouvés des élus de la majorité départementale, sous l’égide de la présidente Martine Vassal qu’une cérémonie a eu lieu avec un hommage à Gaston Castel, architecte de la Ville de Marseille et des Bouches-du-Rhône, qui a réalisé plus de 270 bâtiments dont la crypte du cimetière, l’opéra de Marseille ou encore les Baumettes… Mais dont on sait moins qu’il fut mobilisé dès septembre 1914, combattit à quelques encablures de Verdun avant d’y laisser un oeil. Une gueule cassée qui plus tard n’hésitera pas à s’engager dans la Résistance…

    La crypte est d’ailleurs ouverte au public gratuitement tous les jours jusqu’au dimanche 16 novembre, avec une exposition, organisée par les Amis du Vieux Saint-Marcel, le comité de Marseille du Souvenir français et l’association républicaine des anciens combattants de Saint-Marcel.