Tag: lecture

  • [C’est l’été] Lecture : « Comment tuer son mari », de Sue Hincenbergs

    [C’est l’été] Lecture : « Comment tuer son mari », de Sue Hincenbergs

    Imaginez aussi deux époux (le mari de l’une n’étant plus de ce monde) qui commencent à être gênants, lorsque leurs chères et tendres apprennent qu’ils ont contracté des assurances-vie. Imaginez enfin un tueur à gages, non encore averti que les messieurs de ces dames risquent fort de lutter pour sauver leur peau. Humour et suspense garantis pour ce « soap » littéraire. Sue Hincenbergs peut se féliciter d’avoir Françoise-Anne Laporte pour traductrice.

    Editions Cherche Midi, 22,90 euros

  • [C’est l’été] Lecture : « Avec Calme & Amour », de Gérard Daguerre

    [C’est l’été] Lecture : « Avec Calme & Amour », de Gérard Daguerre

    Vous les connaissez tous, mais savez-vous que, derrière eux, se cache le bayonnais Gérard Daguerre, pianiste de l’ombre, mis aujourd’hui en lumière ? Ainsi que nous le signale l’incontournable Laurence Caracalla, le cours de la vie de cet enfant prodige, devenu homme est « un destin comme il en existe peu ». Écoutez-le vous parler de ses rencontres inattendues, vous raconter des anecdotes attendrissantes et surprenantes.
    Captivant.

    Editions La Table Ronde, 19 euros

  • [C’est l’été] Lecture : «Lettre de Francfort», d’Edith Bruck

    [C’est l’été] Lecture : «Lettre de Francfort», d’Edith Bruck

    Si elle survit avec sa sœur, leurs parents comptent parmi les victimes de l’holocauste. Installée en Italie, elle épouse le réalisateur Nelo Risi et adopte la langue italienne. Dans le présent ouvrage, préfacé et traduit par René de Ceccatty, elle tente d’obtenir l’indemnisation à laquelle les déportés avaient droit, à condition d’en prouver le bien-fondé. S’ensuit l’absurdité d’une machine administrative, digne d’un roman de Kafka.

    Éditions Rivages, 20 euros

  • Alterlivres, en première ligne sur la bataille culturelle

    Alterlivres, en première ligne sur la bataille culturelle

    Après avoir franchi la cour des artisans et à peine le palier de la porte d’Alterlivres passé, le ton est donné. Sur une table à l’entrée sont disposés plusieurs ouvrages sur l’extrême droite comme Fascisme Tardif d’Alberto Toscano, Un fasciste français de Christian Rol ou La psychologie de masse du fascisme de Wilhelm Reich. Dans cette librairie, les ouvrages de d’Antonio Gramsci côtoient ceux de Salomé Saqué, Alain Damasio, Angela Davis ou Mario Tronti. Si une importante place est consacrée aux écrits sur le féminisme, le capitalisme, l’écologie et la géopolitique, Alterlivres met aussi à l’honneur les romans de maisons d’édition plus confidentielles. Un espace jeunesse est également présent avec quelques titres comme Koko n’aime pas le capitalisme, montrant ainsi que la bataille culturelle se mène à tout âge.

    Alterlivres a été fondée en 2014 par Giusti Zuccato, décédé l’an dernier. Militant du mouvement autonome en Italie dans les années 1970, Gusti Zuccato a passé quatre ans dans la clandestinité avant de rejoindre la France. Il y fonde la librairie italienne la Tour de Babel à Paris, Alterlivres à Sauve et anime plusieurs maisons d’édition.

    Reprise par un collectif ?

    « Nous sommes un lieu de réflexion autour de questions politiques notamment. Notre richesse, c’est d’être ancré dans le territoire et d’avoir une clientèle très localisée. On n’attend pas les touristes l’été. Vu ce fonds un peu particulier que nous avons à la librairie, il y a des gens qui viennent de Montpellier, du fin fond des Cévennes, voire de plus loin pour trouver une BD ou un petit essai en sciences humaines qu’on ne trouve pas ailleurs. C’est ça qui fait notre force », résume Fanny, la libraire qui gère au jour le jour la librairie.

    Aujourd’hui, le commerce peut se targuer d’avoir un chiffre d’affaires en augmentation chaque année. « Ça fonctionne aussi parce qu’on n’est pas uniquement une librairie, nous avons réussi à créer un lieu. Nous avons tissé des liens avec les associations. On accueille des artistes du coin, on fait des salons à l’extérieur, on a des partenariats. On travaille aussi avec les bibliothèques du Piémont Cévenol », précise Fanny. L’an dernier, la librairie s’était également distinguée avec une grande soirée consacrée à la sortie du livre d’Abdoulaye Soumah, qui raconte son exil forcé depuis la Guinée en passant par les geôles en Libye et sa traversée de la Méditerranée.

    Si Alterlivres se démarque, c’est aussi pour sa réflexion menée sur l’écologie du livre et les problématiques de concentration éditoriale dans le secteur du livre. « Nous avons un fonds énorme », explique Fanny. « Nous travaillons beaucoup moins la nouveauté et on essaie d’aller à contre-courant, de ralentir ce flux énorme de livres, etc. On essaie de promouvoir les petites maisons d’édition et les petits distributeurs. On ne peut pas se passer du groupe Hachette et de Bolloré, mais on essaie de le limiter au maximum. »

    Depuis le décès de Giusti Zuccato, la librairie cherche aussi un nouveau souffle pour pérenniser son avenir dans un contexte où le livre fait désormais difficilement recette. Fanny cherche actuellement à constituer un collectif capable de reprendre la librairie. « On est vraiment aux prémices de ça mais on est sur des délais assez courts parce qu’il faudrait que ce soit réglé avant la fin de l’année. Beaucoup de clients nous témoignent un soutien énorme. Ils sont vraiment préoccupés par l’avenir de la librairie, donc je pense qu’on pourra compter sur eux le moment venu », conclut Fanny.

  • À Montpellier, miser sur le collectif avec les librairies coopératives

    À Montpellier, miser sur le collectif avec les librairies coopératives

    En 2018, la fermeture de la librairie L’ivraie, dans le quartier des Beaux-Arts, à Montpellier, provoque des remous chez les fidèles clients. « Comme il n’y avait pas de reprise, un collectif réunissant des riverains des Beaux-Arts et des lecteurs a été créé. Ils trouvaient dommage de perdre un lieu de culture, de rencontres, ce commerce de quartier. Ils ont donc décidé de créer une librairie », raconte Claire Chanvry, coopératrice et salariée à la Cavale, librairie créée, donc, par le collectif.

    Car la Cavale a un modèle un peu particulier : c’est une coopérative. En choisissant de devenir une Société coopérative d’intérêt collectif (Scic), la librairie n’est plus détenue par des actionnaires mais par les coopérateurs eux-mêmes. Chacun a une seule voix donnant les mêmes droits. « L’adhésion est de 20 euros, il est possible de donner plus mais cela ne donnera pas plus de voix. Il y a une vraie volonté de rendre accessible la part sociale à tous », détaille Claire Chanvry. Preuve que le modèle fonctionne : de 14 en 2018 au lancement du projet, les coopérateurs sont maintenant 530.

    Une force collective

    L’ensemble des décisions sont prises de manière collégiale. Un conseil coopératif composé de 14 membres – renouvelé en partie tous les deux ans – se retrouve tous les 15 jours afin de décider des décisions à prendre pour la librairie. « Nous avons ensuite plusieurs comités avec différentes délégations : les ressources humaines, la politique des animations, la vie coopérative, la lecture jeunesse et les travaux. D’autres bénévoles viennent ponctuellement pour donner un coup de main sur un événement », complète Claire Chanvry.

    Une force collective mise en avant par les coopérateurs. « Le fait d’être nombreux nous permet d’avoir des idées multiples, c’est ce qui fait notre force. Alors qu’en étant seul, on peut parfois être saturé. Aussi, les gens qui s’investissent pleinement dans le projet viennent régulièrement. Que ce soit pour les animations ou faire des achats, on crée de la proximité », poursuit la libraire. Des rencontres sont organisées une fois par mois afin de favoriser le lien entre les coopérateurs. « Là, on ne parle pas de boulot », sourit Claire Chanvry.

    Si la Cavale est la seule librairie coopérative de l’Hérault, il en existe une soixantaine à l’échelle de l’Hexagone. « Avec nos huit ans d’expérience, on fait partie des plus vieux », note la libraire. Preuve que le modèle attire ? « La librairie coopérative se répand car il y a un fort intérêt citoyen pour la lecture et en général la culture. Et ce n’est pas évident d’être un libraire seul, qui travaille dans son coin. C’est plus facile d’être plusieurs. »

  • Le secteur du livre occitan toujours debout

    Le secteur du livre occitan toujours debout

    Les études le confirment d’année en année : les Français lisent moins. La dernière enquête du Centre national du livre (CNL), publiée en avril 2025, le confirme. 63% des Français ont lu cinq livres au cours de l’année, un chiffre en baisse de 6 points par rapport à 2023. Un indicateur que la filière est mal en point. Il semblerait toutefois qu’en Occitanie, le livre fasse de la résistance. En effet, selon les chiffres de 2025 publiés par l’Agence unique Occitanie culture – portée par le Conseil régional – on compte 1 294 auteurs et autrices dans la région, un chiffre en progression de 5,63% sur deux ans. L’Hérault et la Haute-Garonne caracolent en tête, avec respectivement 411 et 314 écrivains.

    Néanmoins, 44% d’entre eux déclarent avoir perçu moins de 500 euros issus de leurs œuvres, témoignant d’une fragilité du secteur. « Il y a une accélération de cette précarité car il y avait eu un appel d’air à un moment donné du côté des solutions d’auto-édition et d’auto-publication qui laissait suggérer qu’embrasser ces carrières-là était plus simple que ça ne l’est en réalité », observe Adeline Barré, directrice du pôle livre à l’Agence unique Occitanie culture. À cela s’ajoute une baisse des ventes en librairie. « On voit aussi que la typologie des ventes est en train de changer. Auparavant, le chiffre d’affaires global se fondait sur un nombre de références plus important, aujourd’hui, les ventes se concentrent sur des best-sellers. Il y a un phénomène de concentration dans les ventes », poursuit Adeline Barré.

    Bien que les ventes baissent, des librairies ouvrent. Six établissements héraultais se sont ainsi lancés dans l’aventure entre 2023 et 2025 et on ne dénombre pas moins de 278 librairies en Occitanie. « Lors du Covid, le métier de libraire a été vu comme une valeur refuge, il y a eu un grand cri d’amour de la population pour la filière. Cela a suscité des vocations, pas mal de réorientations professionnelles. C’était une période idyllique », fait valoir la directrice du pôle lecture. Le livre s’était même retrouvé quasiment en situation de monopole dans le secteur culturel. C’était le seul commerce considéré comme « essentiel » alors que les salles de spectacles et les cinémas étaient fermés.

    278 librairies en Occitanie

    Ainsi ont germé plusieurs établissements, notamment en zone rurale. « Nous avons une assez forte densité des librairies par rapport au nombre d’habitants dans la Région », fait valoir Adeline Barré. Si cette parenthèse enchantée semble se refermer, d’autres facteurs permettent aux librairies de se maintenir à flot. « Nous sommes une région accordéon, nous bénéficions chaque été de la fréquentation touristique et par endroits, cela peut apporter un chiffre d’affaires supplémentaire, ce qui permet de maintenir un maillage territorial. Nous avons également une politique volontariste à l’égard de ce réseau de librairies avec des budgets plus élevés que dans d’autres territoires », reprend Adeline Barré.

    Les libraires ne sont pas les seuls acteurs de la chaîne à bénéficier de ce coup de pouce. Entre 200 et 300 publications sont également aidées chaque année par la Région. « On a la chance d’avoir un écosystème du livre en Occitanie qui est dense et divers. Nous avons beaucoup d’acteurs et on couvre beaucoup de champs. Notre rôle est de préserver au maximum ces acteurs, de les faire coopérer, de les valoriser, de les porter à la connaissance du public », insiste la représentante de l’Agence unique Occitanie culture. Une aubaine pour plus d’un dans cette période où la culture est souvent sacrifiée sur l’autel de l’austérité.

    « Une forte densité des librairies
    par rapport
    au nombre d’habitants »

  • Régis Penalva : « Le meilleur moyen de soutenir les librairies, c’est d’acheter des livres »

    Régis Penalva : « Le meilleur moyen de soutenir les librairies, c’est d’acheter des livres »

    La Marseillaise : Le secteur du livre est particulièrement fragilisé ces derniers temps…

    Régis Penalva : Oui. On observe un double phénomène : d’une part des fermetures de librairies plus nombreuses que les ouvertures en 2025, ce qui ne s’était pas vu depuis très longtemps ; et d’autre part une augmentation importante du nombre de librairies à céder. Cela montre que beaucoup de gens qui s’étaient lancés dans l’aventure, souvent au sortir du Covid, jettent l’éponge ou envisagent une reconversion professionnelle, ce qui n’est pas non plus un bon signal. Le Centre national du livre (CNL) n’avait pas connu de situation comparable ces dernières années.

    Le secteur est également confronté
    à une série de placements en redressement judiciaire…

    R.P. : Plusieurs grands groupes de librairies sont en effet en difficulté : Gibert, le groupe Le Furet du Nord-Decitre et localement, Sauramps. Ce sont de gros groupes, ce qui interroge la capacité à s’en sortir de ces modèles de grandes librairies, qui pèsent lourd en charges : loyers en centre‑ville, effectifs importants… c’est forcément plus handicapant que pour une structure plus légère.

    Qu’en est-il du prix du livre, qui a très peu bougé malgré l’inflation ?

    R.P. : Il a en effet très peu augmenté ces dernières années, contrairement à tout le reste. Il a été régulé, les éditeurs l’ont maintenu à des niveaux assez bas, même si certains trouvent que le livre coûte cher. Résultat : quand les loyers, les fluides et parfois les salaires augmentent, la marge des libraires ne suffit plus à couvrir ces dépenses.

    Les librairies reçoivent moins d’aides de l’État que d’autres commerces comme les cinémas.
    Ne faudrait-il pas les soutenir davantage ?

    R.P. : C’est vrai que les librairies, pourtant infiniment plus nombreuses que les cinémas d’art et d’essai, touchent 4 millions d’euros d’aides de l’État contre 20 millions pour ces derniers. On peut certes interroger cette différence, mais l’idée n’est pas de placer tout un secteur sous perfusion. L’aide publique ne peut pas tout, et sûrement pas pallier le manque de fréquentation et l’envie de lire. Le meilleur moyen de le soutenir les librairies, c’est d’acheter des livres.

    Parlez-nous de la lecture en France aujourd’hui : y a-t-il vraiment un recul ?

    R.P. : Oui. On observe un recul global. Tout le monde lit moins : les jeunes, les actifs, les retraités, les lecteurs occasionnels… Même les grands lecteurs lisent moins. C’est une question d’économie de l’attention, sans cesse captée par des médias plus puissants et souvent addictifs, en particulier le téléphone portable. Des études prouvent que l’attention change dès le moment où on se trouve dans la même pièce que son téléphone. À cela s’ajoute une culture des contenus courts et du zapping permanent : la lecture de fictions ou d’essais, qui se déploie sur un temps moyen ou long, devient un effort pour la plupart d’entre nous.

    Quels leviers activer pour lutter contre ce désamour ?

    R.P. : C’est d’abord une question de discipline et de volonté, comme le sport. C’est dur quand on s’y met, mais après ça procure des joies et un bien‑être exceptionnels. Il faut ralentir et redonner collectivement du temps à la lecture. Ça passe par une prise de conscience : chacun doit s’interroger sur la place qu’il veut accorder à la lecture, dont on connaît les bienfaits quand on sait la nocivité des écrans. Mais il ne faut pas attendre une solution miracle de l’extérieur : chacun doit se responsabiliser, un peu comme pour l’écologie.

    Sur le plan professionnel, comment les libraires peuvent‑ils se réinventer ?

    R.P. : Je pense qu’ils ont déjà tout inventé. Ils ne cessent de proposer de nouveaux espaces, avec des cafés, des lieux de vie… Le travail hors les murs est important, la capacité à travailler avec des acteurs locaux comme des médiathèques, par exemple, ou des associations. Il faut également multiplier les formats d’animation, en particulier auprès des jeunes publics. Beaucoup de librairies le font déjà. Bref il faut aller gagner les lecteurs un à un… Les libraires ont été amenés, ces dernières années, à devenir de véritables acteurs culturels, des acteurs de quartier et de terrain. C’est un gros effort pour eux, qui travaillent en général avec des équipes réduites. Il y a une dimension militante qui est demandée à la librairie, avec le risque d’un épuisement.

    Comment les collectivités peuvent-elles soutenir les librairies ?

    R.P. : Des leviers existent, comme l’exonération de la CFE (cotisation foncière des entreprises), votée par la Ville de Montpellier il y a déjà une quinzaine d’années pour un certain nombre de librairies disposant du label LIR. Beaucoup de mairies et de communautés de communes accompagnent également des librairies dans des projets de déménagement ou dans la recherche de locaux à loyer modéré. Il y a aussi le soutien aux festivals littéraires. En organisant la Comédie du Livre chaque année, la Métropole de Montpellier offre une extraordinaire vitrine aux librairies, un surcroît de visibilité qui leur permet de rencontrer de futurs clients. C’est aussi un soutien financier, puisque le chiffre d’affaires réalisé par l’ensemble des librairies sur la Comédie du livre depuis 2 ans a dépassé les 250 000 euros.

    Le tableau est sombre mais la France conserve toutefois le réseau de librairies indépendantes le plus dense du monde…

    R.P. : En effet, grâce à au moins deux dispositifs que le RN attaque frontalement et menace de supprimer : le prix unique du livre, qui garantit le maintien d’un réseau structuré et diversifié dans les villes et grandes métropoles comme dans les communes rurales ; et le CNL et ses dispositifs de soutien, dont une partie de la droite et le RN remettent violemment en cause l’utilité.

    Le métier de libraire est-il en voie de disparition ?

    R.P. : On peut se demander si on n’est pas en train de refermer la parenthèse Gutenberg, c’est-à-dire la civilisation du livre et de l’écrit, puissamment liée au développement de nos démocraties modernes. Avec tous les dangers que cela comprend, car ce n’est pas uniquement le livre qu’on attaque, c’est une manière d’être ensemble, de débattre, de converser, de réfléchir.

    « Il faut ralentir
    et redonner collectivement du temps à la lecture »

  • Les librairies menacées d’un scénario catastrophe

    Les librairies menacées d’un scénario catastrophe

    L’annonce début juin par le Centre national du livre (CNL) a fait l’effet d’une bombe. Pour la première fois depuis que ce recensement existe, il s’est fermé plus de librairies (85) l’an passé en France qu’il ne s’en est ouvert (83). Si en 2025 les fermetures concernaient majoritairement des structures créées dans la dernière décennie, les librairies historiques ne sont plus épargnées en 2026.

    Deux enseignes majeures, Gibert et le groupe Nosoli, propriétaire du Furet du Nord et de Decitre, viennent d’être placées en redressement judiciaire. Si la librairie montpelliéraine Gibert n’est pas directement visée, il n’en est pas de même de son homologue Sauramps, qui célèbre ses 80 ans cette année. Depuis plusieurs mois, la rumeur d’une mauvaise santé financière enflait au fil de témoignages de salariés inquiets. Le propriétaire, l’architecte François Fontès, avait d’abord tenté de rassurer sans convaincre. Le mois dernier, l’absence de Sauramps lors de l’événement majeur de la Comédie du livre avait fait grand bruit à Montpellier. Le couperet est tombé quelques semaines après. La librairie historique, qui avait déjà été reprise en 2017 par le groupe Ametis et qui accuse environ 3,5 millions d’euros de pertes et une absence de trésorerie, vient à son tour d’être placée en redressement judiciaire le 15 juin (lire page 6). François Fontès n’est pas décidé à laisser tomber. De leur côté, la Région Occitanie de Carole Delga (PS) et la Métropole de Michaël Delafosse (PS) ont signifié leur soutien. L’audience est fixée au tribunal de commerce le 3 juillet.

    Sur les 3 400 librairies que compte l’Hexagone et qui vendent près d’un livre sur deux, des centaines d’autres librairies indépendantes seraient au bord du gouffre. Chaque fois, le scénario se ressemble. Les librairies sont prises en étau entre la hausse de leurs coûts fixes (loyers, matières premières, personnel…) et l’érosion continue du lectorat (-6% des ventes au premier trimestre 2026, selon le CNL), que la période Covid n’avait que freinée un temps. Le CNL précise que l’érosion que subit le livre papier est générale. Elle touche toutes les tranches d’âge et tous les milieux sociaux.

    Creuset social

    Impossible aussi de ne pas penser à la concurrence de la grande distribution (+6 points) ou à l’impact d’internet. Mais pour Marion Mazauric, qui dirige la maison d’édition Au Diable Vauvert, dans le Gard, le numérique (+6%) est un faux coupable. « Ce phénomène de décroissance de la lecture n’est pas nouveau, il a 40 ans. On aime incriminer les plateformes (…) mais on peut être connecté et lire beaucoup. Nous avons beaucoup de geeks dans nos lecteurs  », assure-t-elle.

    Pour l’éditrice gardoise, la perte de la pratique de la lecture est surtout corrélée à la dégradation de la situation sociale de nombreux Français. « Une poignée ont tout, beaucoup d’autres n’ont rien. Quand vous vivez sous le seuil de pauvreté comme 40% des Nîmois, vous ne passez pas vos journées à lire des romans ». Et d’ajouter : « De plus en plus de gens sont dans des vies qui les éloignent de la lecture ». L’écosystème traduisant parfois le manque de demande. « Le Gard est l’un des départements les plus pauvres de France. D’Aigues-Mortes à Sommières, il n’y a pas une seule librairie ». Marion Mazauric observe par ailleurs un impact de l’apprentissage raboté et de la place réduite de la lecture à l’École. « L’éducation populaire a aussi beaucoup décru », déplore-t-elle.

    Aujourd’hui, l’éditrice invite l’ensemble des acteurs à faire bloc autour des libraires. « Ils sont le poumon du secteur du livre. Sans eux, on n’existe pas. On doit être très attentif à tout ce qui peut les aider ». Au-delà de l’appel aux lecteurs, elle aimerait que l’État prenne enfin ses responsabilités. « Le tissu des librairies françaises est unique au monde. Elles ne sont pas un commerce comme les autres, elles constituent un commerce d’utilité publique ». Dans la lignée des demandes du Syndicat de la librairie française (SLF), l’État est appelé à agir concrètement. Par exemple en pratiquant des allègements immédiats sur les loyers ou les charges. Bien d’autres mesures sont possibles. Il y a urgence.

  • À La Seyne, un Effet Mer qui doit continuer

    À La Seyne, un Effet Mer qui doit continuer

    L’idée est d’amener romans, bandes dessinées, mangas, albums, documents régionaux, magazines et quotidiens au plus proche des usagers et des non-usagers. L’objectif étant aussi d’attirer et de conquérir un nouveau public, avec des Seynois qui ne connaissent pas encore la bibliothèque et qui vont s’abonner à l’année, mais aussi bien sûr des touristes de passage. Chaque année, plus de 7 000 ouvrages sont ainsi empruntés.

  • [Lecture] Edgar Hilsenrath, ou la voie de l’impertinence

    [Lecture] Edgar Hilsenrath, ou la voie de l’impertinence

    Succinct portrait dressé par Agathe Pin-Chomette, sa biographe : « Edgar n’est pas l’homme des compromis, ni des angles arrondis. Il est trop entier et solitaire. Il aime à se décrire comme à la marge. Il ne fréquente pas les écrivains médiatisés de son temps. Il ne fait que très peu d’efforts avec les journalistes et les critiques littéraires, souvent découragés par son tutoiement iconoclaste, et son laconisme savamment étudié en interview ».

    Vous saurez tout de lui en lisant les deux cents pages consacrées à ce génie qui aurait préféré ne pas naître pour ne pas avoir à mourir, ni à se souvenir de tout ce que la vie et la guerre lui avaient réservé. Heureusement que les fées, penchées sur son berceau, l’ont doté du pouvoir de l’insolence et de l’autodérision.

    Elles l’ont doté aussi du bonheur d’être heureux à la vue de celui qui grelotte et trouve une couverture, celui qui a faim et trouve un morceau de pain, celui qui est seul et trouve une lueur d’amour…

    Merci à Agathe Pin-Chomette de s’être plongée dans la vie tragiquement tumultueuse d’un écrivain, rescapé de l’Holocauste, et d’avoir convaincu les lecteurs que la légendaire outrecuidance, assaisonnée d’humour noir, glaçant, et ravageur d’Edgar Hilsenrath élevait ce romancier d’exception au-dessus de la médiocrité des censeurs-réviseurs, à l’âme trop timorée, ou à la plume pas assez crâne, pour accepter des vérités qu’une expression passée en proverbe voudrait nous faire accroire comme n’étant pas toujours bonnes à dire. Passionnant.