Tag: Italie

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    Souvent financées par l’Italie et revancharde contre une République, affaiblie et instable avec six gouvernements se succédant de juin 1932 à février 1934, qu’ils n’avaient jamais admise, les Ligues d’extrême droite vont mobiliser leurs partisans et tenter de prendre d’assaut l’Assemblée nationale le 6 février 1934. La police tire pour disperser les manifestants, il y aura 15 morts et 1 440 blessés, dont 57 par balles.

    « Regroupés sous le terme générique de « ligues », ces groupes se nourrissent pêle-mêle de corporatisme, d’antiparlementarisme, de nationalisme, d’anticommunisme, de xénophobie, de racisme et d’antisémitisme, le tout inspiré de Boulangisme et de Bonapartisme, mais surtout de l’expérience politique de l’Italie mussolinienne et, dans une moindre mesure, de celle de l’Allemagne hitlérienne », rappelle l’historien Jean Domenichino, auteur avec Xavier Daumalin de 1936, le Front populaire, Marseille et sa région (Editions Jeanne Laffitte). « C’est cet événement, bien plus que les violences elles-mêmes, qui enracine l’idée qu’il existe un véritable danger fasciste en France, avec des mouvements capables de prendre le pouvoir en dehors de tout processus électoral légal. Et c’est de cette crainte que surgit véritablement le Front populaire. »

    Le choc est énorme, les fascistes ont failli renverser la République et la riposte va être à la hauteur partout en France. Dès le 9 février, le parti communiste organise une première manifestation, suivie le 12 par un appel des syndicats CGT et CGTU, rejoints par les partis politiques de gauche.

    « A Marseille, la journée du 6 février 1934 n’avait été marquée que par le défilé sur la Canebière de quelques centaines de membres de l’Action françaises, de jeunesses patriotes et autres groupes factieux qui s’étaient heurtés sans grand dégâts aux militants communistes », racontait Jacqueline Cristofol, dont le mari Jean Cristofol sera ensuite révoqué de la douane pour fait de grève, dans Batailles pour Marseille (Flammarion). « Dans la matinée du 12 février 1934, cinquante mille manifestants, derrière des centaines de drapeaux rouges, occupaient la rue, socialistes et communistes côte à côte, défilant et se dispersant dans le calme, alors que dans l’après-midi, en réponse à la manifestation du matin, les factieux appelaient à l’émeute. »

    Ainsi, sur La Canebière des coups de feu sont tirés depuis une voiture peinte en rouge sur des responsables de la Sûreté devant le Palais de la Bourse. Les pistolets mitrailleurs et les pistolets automatiques font plusieurs blessés et tuent un passant. La voiture sème la terreur rue Pavillon, quai de la Fraternité et rue de la République. On arrête des truands de la bande de Carbone. L’un d’entre eux, Liotardo, le propriétaire du véhicule, se suicide fort opportunément dans sa geôle de l’Evêché. Les trois autres en profitent pour le charger et sont acquittés par la cour d’assises le 28 mars 1936. Car à Marseille, les militants ouvriers ont face à eux le fasciste et futur collaborateur Simon Sabiani, bientôt vice-président du PPF de Jacques Doriot, soutenu par les voyous Carbone et Spirito.

  • [Regard sur l’Italie] Le refuge de Visconti accueille Letizia Battaglia

    [Regard sur l’Italie] Le refuge de Visconti accueille Letizia Battaglia

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome

    Il y a un petit coin dans l’immensité de la Méditerranée où terre et mer s’embrassent au nom de la beauté. C’est un bois – le bois de Zaro – dont l’ombre vient découper le bleu de la mer. Et c’est ici, sur l’île d’Ischia, à Forio, à quelques encablures de Naples, que la beauté a élu domicile. Il s’agit de La Colombaia, la demeure du grand cinéaste Luchino Visconti ; jusqu’au 30 août, elle accueille une magnifique exposition de photographies de Letizia Battaglia. L’artiste sicilienne retrace l’histoire à travers ses images, transmettant cette émotion que seul un détail peut susciter. Intitulée « Senza chiedere permesso » (Sans demander la permission), l’exposition réunit 35 photographies qui, telles un hymne à l’engagement citoyen, révèlent à la fois la violence de l’histoire et le courage de la vie. Parmi les visages présentés figurent ceux de Pasolini, Falcone et Mattarella. Des figures humaines dont l’histoire est racontée avec cette singularité propre au regard de Letizia Battaglia. « Quiconque possède un appareil photo, détient un moyen puissant et merveilleux d’exister, d’être, de vivre et de rencontrer le monde », écrit l’artiste.

    La Colombaia, à Forio d’Ischia, est un petit coin de Méditerranée où la présence du légendaire Luchino Visconti se fait sentir dans les moindres recoins de la villa. Le maestro est arrivé à Ischia en 1945 ; c’est ici que sont nés certains de ses chefs-d’œuvre, tels que Senso, Les Nuits blanches et Le Guépard. Durant les étés qu’il y passait, la villa fourmillait d’icônes du cinéma et de la culture du monde entier. Au milieu des allées de chênes verts et des pièces donnant sur la mer, on pouvait croiser Maria Callas, Alain Delon (qui était très lié avec le réalisateur), Romy Schneider et Helmut Berger, ainsi que des intellectuels de la trempe de Pasolini et Truman Capote. Véritable joyau architectural mêlant différents styles, la villa surplombe une mer qui semble libérer ses souvenirs ancestraux dans l’écho du ressac. J’ai découvert ce refuge magique alors qu’il était à l’abandon, ravagé par le pillage et le vandalisme. La Colombaia a connu deux renaissances : la première en 2001, pour le 25e anniversaire de la mort de Visconti, sous l’égide d’une fondation publique qui y a géré un musée et une école de cinéma jusqu’en 2015, une initiative qui a finalement échoué en raison de problèmes de gestion et de contraintes bureaucratiques. Puis, en 2023, grâce à des fonds alloués par le ministère de la Culture, la municipalité a obtenu les ressources nécessaires à d’importants travaux de restauration, rendant ainsi au lieu sa vocation artistique et sa beauté. « Ce fut une aventure », explique Anniria Punzo, directrice artistique de la villa, « qui a activement impliqué les habitants. Malheureusement, en raison des années d’abandon, beaucoup d’éléments ont été perdus. Aujourd’hui, toutefois, ce lieu a retrouvé la vie en hommage à Visconti et à son amour pour l’île. »

    Flâner à La Colombaia est une expérience véritablement unique. Le cinéma – et plus particulièrement le grand cinéma de Visconti – y perdure à travers des affiches d’époque et des livres miraculeusement retrouvés… Parallèlement, trente-cinq photographies de Letizia Battaglia rendent hommage à sa sensibilité artistique tout en s’inscrivant dans un récit unique : celui de la culture italienne qui, comme par enchantement, suscite l’espoir d’un avenir meilleur. « Dans les images exposées, Letizia Battaglia présente une archive à la fois intime et civique, personnelle et collective », explique la commissaire Chiara Arturo. « Ses photographies sont d’une grande qualité formelle, mais elles possèdent surtout une immense puissance éthique. Les regarder n’est pas un acte neutre. »

    Le maquis méditerranéen qui borde le vaste jardin entourant La Colombaia demeure le témoin silencieux de la vie du maestro Visconti ; ses cendres reposent au sein de cette nature sauvage. Un coin de Méditerranée qui, pour une fois, se fait hymne à la paix.

  • Le projet Alcotra met à contribution les collégiens

    Le projet Alcotra met à contribution les collégiens

    Plus que jamais les îlots de chaleur deviennent invivables, et les villes des Alpes, bien que temporairement plus préservées par la chaleur du fait de l’altitude, sont de plus en plus concernées. C’est pourquoi plusieurs acteurs français et italiens ont décidé de lancer ensemble le projet Alcotra Reverd, visant à repenser les espaces publics et les adapter à ce changement. Ce vendredi au centre diocésain de Gap était l’occasion de clôturer la première phase de ce partenariat transfrontalier soutenu par l’Union européenne, et mené en tandem par le conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement des hautes Alpes (CAUE) et Tauttemi, bureau d’études d’architecture basé à Coni, en Italie.

    « On s’est retrouvés ensemble parce que d’un côté comme de l’autre de la frontière on a les mêmes problématiques, explique Marc Viossat président du CAUE et vice-président départemental en charge de la transition énergétique et des mobilités alternatives. On voit très bien que c’est un sujet d’actualité, et qu’en montagne l’évolution climatique va encore plus vite qu’en plaine. On a quasiment gagné deux degrés, il y a urgence. » À ses côtés, André Marino, du bureau Tautemi, qui a piloté le projet côté italien : « Notre programme passe par deux axes. D’abord, travailler avec les écoles et sensibiliser les nouvelles générations sur la façon dont penser différemment les espaces publics, expose ce dernier. Nous avons fait le même travail avec les techniciens des petites villes et communes qui n’ont souvent pas les ressources pour de grands projets mais qui peuvent coopérer car elles sont confrontées aux mêmes problèmes. »

    L’un de ces travaux de coopération est passé par un concours entre les collèges de Briançon, de Tallard, de Guillestre et trois collèges italiens, qui consistait à repenser l’aménagement de leur collège pour l’adapter au changement climatique. La classe de 4e de Guillestre a été récompensée par le jury, avec celle du collège de Cerasca en Italie. Les collégiens guillestrois ont conçu la maquette d’une cour remaniée, avec un cours d’eau, un petit lac, une fontaine à eau, des espaces végétalisés, des jardinières et une tonnelle enherbée. Ils ont également imaginé une cour qui ne soit plus organisée autour du terrain de foot, bien souvent occupé par les garçons et reléguant les filles en périphérie. Au mois de mai, les deux collèges vainqueurs ont participé ensemble à un voyage pédagogique à Turin. « On remercie le CAUE pour les apports scientifiques et pédagogiques apportés aux élèves, et on espère pouvoir très grandement dans les années qui vont suivre pouvoir réaliser une cour qui soit agréable, vivable, pour les élèves et le personnel », a réagi E. Lagraniere, CPE du collège de Guillestre.

    Passer à la phase opérationnelle

    Cet après-midi au centre diocésain a permis de revenir sur les différentes étapes du projet et d’en clôturer cette première phase. « Pour tout vous dire, on aimerait maintenant passer au côté opérationnel, espère Marc Viossat. C’est pour ça que tous les deux, avec Andréa, nous allons présenter une candidature d’un autre projet Alcotra avec des réalisations dans les écoles notamment, côté Hautes-Alpes et côté italien. » Passée la phase d’étude et de sensibilisation, le président du CAUE souhaite désormais entamer les travaux des aménagements de végétalisation et de création d’îlots de fraîcheur dans les écoles primaires de Gap et au collège de Guillestre. « On espère être retenus pour passer à l’opérationnel dès l’année prochaine », projette-t-il. Les travaux, si le projet est retenu par l’Union européenne, seraient financés à 80% par celle-ci et 20% par le Département, avec l’objectif de débuter l’année prochaine.

  • [Entretien] Éliane Barreille : « Je me bats pour avoir des subventions pour la Rochaille »

    [Entretien] Éliane Barreille : « Je me bats pour avoir des subventions pour la Rochaille »

    La Marseillaise : Pourquoi ce projet concernant le Pas de la Rochaille, que vous surnommez « le chantier du siècle », est-il si important pour le département ?

    Éliane Barreille : C’est un projet qui mûrit depuis longtemps, parce que c’est un secteur qui est un couloir d’éboulement. Il a été répertorié six couloirs d’éboulement et la nécessité absolue de conforter et la paroi et le soutien de la route. Nous avons décidé de passer à la réalisation, parce que c’est une route extrêmement importante, qui relie l’Italie à la France avec un trafic élevé, en moyenne 832 véhicules par jour et un pic estival à 2 000 véhicules par jour avec les touristes. Le trafic venant de l’Italie est plus important que celui français.

    En 1992, il y a eu des éboulements importants et des accidents mortels. Ce secteur a été classé à un niveau de risque très élevé. Depuis, on étudie ce risque, on met en place des capteurs, des filets. Il y avait une urgence. Il a été proposé de faire des galeries par bloc, qui vont protéger des éboulements. Il faut aussi renforcer la route, puisqu’avec le passage des camions, elle est très affaiblie. Donc il s’agit là de faire sur six endroits des murs de soutènement et de sécuriser la montagne. C’est un projet lourd.

    Quelles seront les conséquences du chantier sur les habitants
    et les usagers ?

    E.B. : Les nuisances et les contraintes portent sur la longueur du chantier avec des alternatives très contraignantes pour les usagers. Je pense que pendant cinq ans, on va gérer le mécontentement des utilisateurs de la chaussée.

    Un itinéraire alternatif sera-t-il disponible pour les travailleurs qui empruntent cette route
    au quotidien
     ?

    E.B. : Les services ont beaucoup planché sur une possibilité d’utilisation d’une chaussée existante en fond de vallon, qui aujourd’hui est une voie communale qui ressemble plus à un sentier qu’à une route, puisqu’elle n’est même pas goudronnée, et sur laquelle il y a un pont très fragile et nécessitant beaucoup de travaux.

    Ceci étant, je ne veux pas fermer la porte, et donc lundi après-midi, nous irons sur place avec les services des routes et le maire de la commune pour voir s’il est possible quand même d’utiliser quelque chose. La difficulté est que là, on est sur du communal, plus sur du départemental. Donc c’est compliqué, et si on faisait passer par cette route, ça veut dire que le maire prendrait quand même une grosse responsabilité, puisqu’elle n’est pas prévue pour accueillir du passage.

    Comment s’est passée votre rencontre avec des élus italiens
    il y a deux semaines ?

    E.B. : Je me bats déjà depuis un moment pour avoir des subventions complémentaires. Je suis allée en Italie pour ça, j’ai fait un aller-retour à Aoste, onze heures de route. J’étais déjà allée l’année dernière à Nice au moment du comité du Quirinal, mais je n’avais pas été entendue, donc j’y suis retournée. Là, je crois que j’ai été entendue, je l’espère. J’ai tapé à toutes les portes, je n’arrête pas de saisir un coup le président de la République, un coup le Premier ministre, un coup le ministre des Transports. Là c’était le ministre des Affaires étrangères et de l’Europe français, et son homologue italien. Je leur ai dit que si je n’étais toujours pas entendue, j’envisageais très sérieusement d’interdire le passage des camions sur cette route. Quand je leur ai dit que les camions venaient essentiellement d’Italie, ils ont réagi en me disant qu’on n’allait pas en arriver là.

  • [Chroniques méditerranéennes ] Là où vivent les mots – Le refuge d’Erri De Luca

    [Chroniques méditerranéennes ] Là où vivent les mots – Le refuge d’Erri De Luca

    Un trésor de mots au cœur de la ville. C’est une petite librairie, le refuge d’Erri De Luca lorsqu’il revient à Naples. L’odeur du papier, les volumes, dont beaucoup sont introuvables, dressent un rempart silencieux contre le tumulte de notre époque. Raimondo Di Maio est là depuis des décennies. Et il a toujours utilisé les livres comme armes pour défendre la liberté.

    Il me montre une vitrine où sont exposés les textes d’Erri. Non seulement ceux que nous connaissons tous, mais aussi des livres qu’il a publiés sous l’égide de « Dante Descartes », le nom de la librairie.

    Depuis le 25 mai, De Luca est la cible d’un harcèlement en ligne orchestré par un activiste, suite à la publication d’un article dans un journal qui republiait un de ses textes paru dans le quotidien Israel Hayom. Dans cet article, l’auteur se déclarait sioniste, affirmant que ce qui se passe à Gaza ne peut être qualifié de génocide. Deux mots qui ont déclenché une véritable tempête. Entre ceux qui ont promis de brûler ses livres et ceux qui l’ont traité de traître, De Luca se trouve au cœur d’une tempête cauchemardesque.

    Que se passe-t-il ? « Nous sommes amis avec Erri depuis toujours », explique Raimondo. « Nous connaissons tous ses positions, ses idées. C’est un homme qui a toujours pris le parti des plus faibles. Il a même été jugé pour avoir soutenu le mouvement No TAV, qui s’opposait à la ligne ferroviaire à grande vitesse Turin-Lyon. »

    Les mots « incriminants » : sionisme et génocide.

    « Le sionisme revêt de nombreuses formes, la plus répandue étant l’idée de deux peuples, deux États. Erri s’est donc déclaré sioniste. Le mot génocide exprime un concept complexe. Appelons-le horreur, massacre. Erri, fort de son vocabulaire, a employé un terme qui nécessite une reconnaissance officielle de l’ONU pour être valide. C’était de sa part une tentative de perfectionnisme linguistique inadaptée à une masse qui se forge ses propres vérités pour se ranger du bon côté. »

    Ce qui se passe en Italie avec l’affaire De Luca est tout simplement kafkaïen. Un lynchage où une partie du monde culturel s’est ralliée à une vérité indiscutable.

    « Un monde incapable de s’attarder sur le particulier. Emprisonné dans une intolérance et un narcissisme qui le coupent de toute discussion, de tout débat et de toute circulation des idées. »

    Raimondo me montre quelques textes d’Erri publiés sous son label. Il doit y en avoir une douzaine.

    « Ce sont ses hommages à ce lieu », me dit-il en feuilletant Napòlide, un livre qui relate la condition philosophique de ceux qui sont nés à Naples et qui prennent leurs distances avec la ville tout en conservant ses traits au plus profond d’eux-mêmes.

    Il existe une Fondation Erri De Luca, créée en 2011. Pouvez-vous m’en parler ?

    Erri n’a pas d’enfants ; il a donc créé la fondation pour gérer les archives et son œuvre. Mais ce n’est pas tout. Entièrement financée par lui, cette organisation promeut des initiatives culturelles, des interventions humanitaires et la solidarité sociale, notamment par le biais de bourses d’études pour jeunes migrants. Je me demande maintenant si un homme comme lui devrait subir une telle vague de violence.

    Son exclusion d’un festival littéraire à Salerne pour « propos inappropriés » suite à ses commentaires témoigne de la passion qui existe en Italie pour la confrontation et les idées.

    Au point d’affirmer, à tort, qu’on n’est pas ce qu’on écrit. Certes, la littérature exige de la créativité narrative ; pourtant, écrire ne se résume pas à des éclairs de génie au service de la fiction. Au cœur de chaque page se trouve l’auteur : une âme faite d’histoire, d’expérience et de sensibilité. Un monde entier vit dans les mots. Un peu comme ici, dans cette petite librairie napolitaine, où le sens profond de la vie se cache parmi des milliers de livres. Où Erri De Luca aime se réfugier.

    Journaliste et

    romancière,

    Stefania Nardini vit

    entre Naples et

    Rome

  • [Entretien] Manuel Minervini, Rifondazione comunista :« Pour gagner Molfetta, nous avons conjugué radicalité et enracinement »

    [Entretien] Manuel Minervini, Rifondazione comunista :« Pour gagner Molfetta, nous avons conjugué radicalité et enracinement »

    La Marseillaise : Quelle est votre première réaction à votre élection comme maire de Molfetta ?

    Manuel Minervini : C’est bien sûr une réaction de joie, de grande satisfaction. C’est le fruit du travail collectif réalisé par ma coalition progressiste durant des semaines. Nous avons investi les places de la ville pour écouter les attentes des citoyens et dire la nécessité de porter aux responsabilités des élus déterminés à agir pour une ville plus juste, plus inclusive, plus verte, une ville attentive à l’importance d’une croissance soutenable, capable de donner un cap politique constructif au monde du travail.

    C’est une première depuis des décennies pour un membre de Rifondazione comunista. Quelle est selon vous la clé de votre succès ?

    M.M. : Le secret de cette victoire réside très certainement dans la capacité de notre parti à être bien implanté sur le territoire avec un siège physique, des militants très actifs et d’avoir réussi, par un travail de longue durée, à mettre en responsabilité une nouvelle génération à laquelle j’appartiens. Je ne suis pas un cas isolé, je suis entouré de nombreuses jeunes femmes et hommes fortement engagés et qui ont étudié le terrain pour être efficaces. En résumé, nous avons conjugué radicalité et enracinement car les deux ne peuvent pas être séparés. Si on fait un travail de pur marketing, aucune victoire ne peut être envisagée. Il est nécessaire, y compris quand le vent souffle dans la direction opposée, de tenir bon dans la durée. C’est ce qui aide à être prêts et organisés dans les moments plus favorables.

    Dans un pays dont le gouvernement est héritier du fascisme, quel rôle peuvent jouer des municipalités progressistes ?

    M.M. : Les communes peuvent faire beaucoup. Elles peuvent mettre en œuvre des politiques publiques pour une ville plus accessible qui n’oublie pas les personnes les plus fragiles, le droit au logement, le droit à une vie digne. Elles peuvent réunir les conditions nécessaires à la revitalisation d’un tissu productif créateur d’emplois mais aussi soutenir l’amélioration des conditions de travail et les aspirations à avoir un salaire décent, à avoir accès à des lieux publics qui soient des espaces de respiration. Je pense notamment aux parcs publics et aux plages qui ont été très privatisées dans notre ville. Les communes peuvent aussi mettre en œuvre des politiques d’égalité des droits pour les personnes handicapées. Les communes sont capables de nouer des coopérations entre elles et travailler en lien avec les Régions. Elles peuvent faire beaucoup à condition de partir des besoins des citoyens. Pour que cela ne reste pas une simple déclaration d’intention, il faut créer des cadres de participation citoyenne. Par exemple, dans la campagne, nous avons proposé une grande consultation des comités de quartiers pour que chacun puisse s’exprimer mais surtout s’impliquer dans la chose publique.

    Quelles seront vos premières mesures ?

    M.M. : Nous avons porté une mesure essentielle durant ces dernières semaines : nous allons bloquer un projet de construction délirant sur le port de Molfetta qui boucherait l’horizon et serait en contradiction avec la vocation de notre port. Nous allons aussi rapidement mettre en sécurité les plages de notre ville qui ont subi une privatisation du littoral de très grande ampleur tandis que les espaces publics accessibles à tous ont été abandonnés sans aménagement ni police. Nous avons également en tête l’idée d’organiser un événement culturel pour l’été qui soit décentralisé dans les quartiers périphériques de Molfetta et qui implique les acteurs culturels locaux. Nous héritons d’une politique culturelle avec des événements peu nombreux mais de grande taille qui sont confiés à des opérateurs extérieurs à la ville alors qu’elle recèle une grande diversité et une grande vitalité culturelles qui doivent pouvoir s’exprimer. Ce sera aussi pour nous une manière de « faire ville ensemble ».

  • [Entretien] Maxime Tommasini : « Près de 40% de la population marseillaise est d’origine italienne »

    [Entretien] Maxime Tommasini : « Près de 40% de la population marseillaise est d’origine italienne »

    La Marseillaise : Que représente pour vous votre élection et quelles sont vos priorités ?

    Maxime Tommasini : Cette confiance m’honore et m’oblige. Notre objectif, plus que de développer le commerce, est de créer de l’emploi et de la croissance, autant du côté italien que du côté français. Aujourd’hui, les projets européens prennent une place de plus en plus importante, notamment sur l’entrepreneuriat féminin. C’est un axe que j’ai souhaité développer, avec des programmes de mentorat et de coopération entre plusieurs pays du bassin méditerranéen dans le cadre du projet She Empower. En tout ce sont 140 entrepreneuses qu’on souhaite accompagner. C’est une nouvelle ère qui commence.

    De quelle manière vous financez-vous ?

    M.T. : Nous sommes une association loi 1901 et, contrairement à ce que l’on croit souvent, nous sommes très faiblement subventionnés par l’Italie. Notre région consulaire s’étend du Var jusqu’à La Rochelle, en passant par l’Occitanie et la Corse. C’est complexe à gérer, mais cela reflète le dynamisme et le potentiel de ces territoires. Bien que nous soyons la troisième chambre la plus dynamique, nous nous autofinançons à 90% en vendant des services, un peu comme une agence de conseil.

    Comment expliquer le lien entre Marseille et l’Italie ?

    M.T. : Près de 40% de la population marseillaise est d’origine italienne. Ce lien se retrouve naturellement à la Foire de Marseille, mais aussi dans des projets comme l’AOC Cassis et l’œnotourisme. Nous cherchons également à pérenniser la liaison aérienne Marseille-Rome, qui ouvre cet été.

    Entretien réalisé par Macha Ryzhova Guichard

  • Le roman s’éteint au cœur de la bataille culturelle. « Le rôle de la littérature est dévoyé »

    Le roman s’éteint au cœur de la bataille culturelle. « Le rôle de la littérature est dévoyé »

    En Italie, la culture est au cœur d’une véritable bataille. Eh oui ! La Biennale de Venise, qui accueillait la Russie et Israël, a suscité de vives réactions, notamment la démission du jury suite à des pressions extérieures sur le processus décisionnel. Pietrangelo Buttafuoco, président de la Biennale, et le ministre de la Culture, Alessandro Giuli, absent lors de l’inauguration de cet événement prestigieux, étaient en désaccord total. Du jamais vu. Mais derrière cette querelle apparemment idéologique, le conflit a dégénéré en lutte intestine au sein de la coalition gouvernementale, avec des changements de cap et une course effrénée pour se partager les responsabilités.

    Tout cela n’a que peu de rapport avec la culture. Mais les choses avancent. Le Salon international du livre a ouvert ses portes jeudi à Turin. Plus de 800 stands d’éditeurs et un programme d’événements foisonnant. Le thème de cette édition est « Le monde sauvé par les enfants », un hommage à l’écrivaine Elsa Morante. Un billet d’entrée pour une journée coûte 16 euros en ligne et 23 euros sur place. Dans notre pays, la culture a un prix. Elle est précieuse. À tel point que de nombreux professionnels de l’édition participant au salon pour des raisons professionnelles ne bénéficient pas d’accréditations gratuites. Des détails, certes, mais c’est justement dans les détails que se révèle la réalité.

    Bien sûr, au-delà du grand événement de Turin, il y a peu de raisons de se réjouir dans le monde de l’édition et du livre. Non seulement à cause d’un marché en déclin (une nouvelle baisse de 3% des ventes est prévue pour 2025), mais aussi à cause de la signification même du livre, qui ne saurait être considéré comme un simple produit, donc adaptable au marché. Ce n’est pas un hasard si, en mars dernier, se sont tenus à Bologne les États généraux de l’Imagination, nés d’une idée des écrivains Massimo Carlotto et Patrick Fogli, qui ont donné naissance à Scritture DeGeneri, un manifeste collectif appelant à une littérature libre et critique, capable de transcender la banalité des médias actuels. « La crise qui frappe le monde de l’édition », m’explique Fogli, « a engendré une vague de livres faciles à lire. Et les chiffres en sont le moteur. Naturellement, ceux qui ne pensent qu’aux chiffres se soucient peu de la qualité ou de la profondeur d’un texte. Leur objectif est de séduire le plus grand nombre, en inondant les librairies de titres susceptibles de trouver preneur. Et ce, dans un pays où 60 000 livres sont publiés chaque année, avec un marché très restreint et une classe dirigeante qui lit le moins en Europe. Le problème, c’est le public lecteur, qui peine à trouver des ouvrages de qualité. »

    Mais si les lecteurs exigeants ne trouvent pas de réponses satisfaisantes dans un marché de l’édition aligné sur les principes de la non-culture, ce sont les écrivains qui en paient le prix, contraints à l’exclusion à moins de se conformer à un intérêt superficiel, au gré des tendances, et avec une seule contrainte : la visibilité. Plus un auteur est présent dans les médias, plus il vend, caractéristique fondamentale des maisons d’édition.

    Le rôle de la littérature est ainsi dévoyé : celui de dire la vérité, de dénoncer les injustices, de provoquer et de bousculer l’ordre établi.

    « Cela signifie », ajoute Fogli, « que le rôle de l’éditeur a été effacé pour ne laisser place qu’à un marché volatil, privant les lecteurs avertis de toute stimulation culturelle. »

    Le manifeste Scritture DeGeneri a recueilli plus de 150 signatures d’écrivains et de professionnels de l’édition.

    En bref, pendant que certains se disputent les places et s’auto-congratulent au Salon international de la littérature, le bien le plus précieux est en danger : l’écriture, l’art de raconter des histoires.

    Pour la culture, la vraie culture, la fête est-elle finie ?

    Journaliste et

    romancière,

    Stefania Nardini vit

    entre Naples et

    Rome

  • Le burger de la Nonna chez Casa Mamma

    Le burger de la Nonna chez Casa Mamma

    Une polenta crémeuse

    Commencez par réaliser la polenta, c’est ce qui vous prendra le plus de temps car vous devez la faire refroidir avant de la travailler. à la maison, Nadine vous conseille d’utiliser un paquet de polenta express que vous trouverez dans le commerce et qui fera parfaitement l’affaire. Suivez les instructions mais restez sans cesse devant la casserole pour surveiller la cuisson et éviter que votre préparation se transforme en plâtre, conseil de la Mamma ! Quand vous arrivez en fin de cuisson, n’hésitez pas à ajouter dans la polenta un peu de mascarpone pour lui apporter douceur et onctuosité. Une fois la préparation terminée, étalez-la dans un plat et faites refroidir pour enfin en faire des palets à l’aide d’un emporte-pièce par exemple. Vous pouvez aussi couper des carrés au couteau.

    Un goût inégalé

    Pour la caponata, cuisez les légumes séparément. Pour cela, coupez tous vos légumes en petits morceaux, commencez par faire confire l’oignon dans l’huile d’olive avec un peu de sucre ou de miel si vous le souhaitez. Une fois qu’ils sont prêts, réservez et vous en ferez de même pour chaque ingrédient. Suivi du poivron et ce dans la même poêle. Le poivron va donner du goût à l’huile d’olive et vous pouvez à ce moment-là faire cuire également vos deux gousses d’ail. Enfin les aubergines qui vont s’imprégner des saveurs des légumes cuits précédemment. Mélangez ensuite tous les légumes et ajoutez de la sauce tomate et un peu de vinaigre, Quelques pignons peuvent venir compléter la recette. D’ailleurs en Italie, ils font partie de la recette authentique et traditionnelle. Réservez. Faites frire vos palets de polenta à la friteuse ou dans une poêle avec de l’huile jusqu’à ce qu’ils soient dorés et croustillants. Dans votre assiette déposez un palet de polenta puis la caponata et de nouveau la polenta. Râpez du parmesan et ajoutez une feuille de basilic. Bon appétit.

    Il vous faudra :

    – Un paquet de polenta express

    – Un pot de mascarpone

    – Une aubergine, un oignon, un poivron rouge, 2 gousses d’ail

    – De la sauce tomate

    – Une feuille de basilic frais, de l’huile d’olive, du vinaigre

    – Du parmesan en copeaux

  • Arles et le dessin, l’aventure continue

    Arles et le dessin, l’aventure continue

    Des mal connus, des oubliés et de grandes signatures – Giacometti, Goya, Pasolini, Piranèse et Richier côtoient Louise Michel, Desmazières, Palézieux et Ceija Stojka – une dizaine de lieux dans la ville, du renouvellement et des inattendus, plus de mille dessins proposent des découvertes merveilleusement imprévisibles.

    Plus de 159 000 entrées l’an dernier ! Rester curieux et désirant, accepter « les marges et l’inquiétude » ce seront les dangers et les bonheurs à quoi s’exposeront les visiteurs de ce quatrième Festival. Commencer l’itinéraire par la place de l’Hôtel de ville avec la Chapelle Sainte-Anne et l’Archevêché ensuite marcher par les ruelles vers les musées petits ou grands chez Réattu et Lee Uffan ou bien au Méjean près d’Actes-Sud, aller jusqu’en bordure de boulevard Emile-Combes pour retrouver la fraîcheur sous les voûtes de Saint-Blaise : les joies et les défis seront permanents.

    À la faveur d’un portrait d’un grand cinéaste-producteur, pour paraître en magazine samedi 25 avril on reviendra sur le point culminant de cette manifestation, une émouvante sélection opérée dans la collection de Martin Karmitz, en dialogue avec Antoine de Galbert. Ces découvreurs se sont finement associés au trio inspirateur du Festival Julie Bouvard, Vera Michalski et Frédéric Pajak qui poursuivent une irréductible et précieuse aventure parallèle, commencée en 2002, les éditions des Cahiers Dessinés.

    Aller vers ce qui « ne va pas de soi »

    Parce qu’on craindrait d’énumérer des listes de noms prestigieux ou bien inconnus, on désignera trois coups de cœur dans ce très riche programme : la vitalité et l’humour d’Armand Avril, l’assembleur de Cotignac décédé en novembre 2025, les vérités terrifiantes des encres de Louis Soutter ainsi que les inédits de Steinlen, ses sauvages Danses macabres jamais encore montrées. Ces noms choisis parmi les multiples propositions de l’équipe (une centaine de personnes passionnées et compétentes) de Frédéric Pajak pointent son inflexible ligne de conduite : fureter et glaner par-delà la tendresse, la sensualité ou la violence, entrevoir et puis aimer ce qui « ne va pas de soi ».

    En ligne sur le site du Festival d’autres séquences et rendez-vous, jusqu’au 17 mai. En off, deux Marseillais, Gérard Traquandi dans la galerie Laurent Godin établie depuis un an près du Pont Trinquetaille et l’écrivaine Liliane Giraudon chez Corinne Dumas, place Voltaire.

    Festival du dessin d’Arles, jusqu’au 17 mai en centre-ville. Programme complet sur le site de la Ville ou festivaldudessin.fr