Tag: incendie

  • Le pastoralisme, rempart contre les incendies

    Le pastoralisme, rempart contre les incendies

    « En cinq ans seulement, j’ai vu l’herbe et la forêt gagner en altitude », constate Boris Emeriau, le regard inquiet. Berger depuis quinze ans, installé depuis cinq à Chamousse. Il garde depuis le début de l’été son cheptel de 200 brebis en estives sur la crête du Lauzet, à 2 300 m d’altitude sur la commune de Crots. Les milieux de montagne se réchauffent plus vite, le changement climatique s’y fait plus visible et Boris est aux premières loges. « Avant il y avait des sécheresses tous les quarante ans, maintenant c’est tous les deux ou trois ans et elles sont beaucoup plus longues et plus violentes », explique-t-il.

    En résulte une augmentation des feux de forêts, plus nombreux et plus intenses, mais ils ne sont pas dus qu’au seul réchauffement climatique selon Boris. « Oui, les incendies sont là parce qu’on a des canicules plus précoces, plus longues… Mais ça brûle aussi pour d’autres raisons, avance-t-il. Avant, les villages étaient regroupés et autour il y avait des praires et cultures agricoles, ça faisait un espace dégagé autour des villages, ensuite l’autre couronne autour c’étaient les zones pastorales, entretenues par les troupeaux, qui faisaient que tout n’était pas embroussaillé comme maintenant. Et, encore plus loin, il y avait la forêt. Les incendies étaient donc plus loin des habitations. »

    Refaire une place

    aux troupeaux

    La capacité des troupeaux à « nettoyer » les espaces forestiers a déjà été reconnue par les pouvoirs publics. En décembre 2024, le Cerpam (Centre d’Études et de Réalisations Pastorales Alpes-Méditerranée) recensait 160 éleveurs qui faisaient pâturer leurs troupeaux sur des ouvrages DFCI (Défense de la Forêt contre les Incendies). Mais, pour généraliser cette solution, restent à faire de la place au pastoralisme, étouffé par la raréfaction des parcelles disponibles. « Plus que jamais, mettre des élevages dans les campagnes ça permettrait de gérer les incendies en réduisant le combustible, même si ce n’est pas la seule manière bien sûr, affirme-t-il. Mais, pour ça, il faut installer des gens dans les campagnes, il faut savoir ce qu’on veut pour nos campagnes, des maisons secondaires ou des gens qui vivent vraiment sur place ? » Le manque de foncier, pour les petits agriculteurs comme les bergers est le nerf de la guerre.

    « On voit qu’on a quand même un foncier qui est accaparé par quelques très grosses fermes et un foncier pastoral donc des landes, des sous-bois, qui est extrêmement morcelé avec beaucoup de propriétaires privés différents dont, soit on arrive pas à retrouver la trace, soit qui veulent pas nous faire de papiers pour être légalement chez eux, regrette Boris. Beaucoup de jeunes aimeraient s’installer mais sont découragés par ce manque de foncier et le prix de la terre, avec le pullulement des maisons secondaires, le prix du foncier est complètement décorrélé de la valeur de la production qu’on peut en tirer. » Il existe des outils légaux comme les associations foncières pastorales qui permettent à plusieurs propriétaires de parcelles de gérer collectivement un périmètre agropastoral et/ou forestier. Pour les éleveurs, cela ouvre des espaces de pâturage sans devoir obtenir l’accord de chaque propriétaire. « C’est une opération complexe, qui demande la venue d’un commissaire public et l’aval du préfet mais si l’on généralise ça, lorsque des jeunes voudront s’installer, on pourra les orienter vers telle association foncière, avec tel espace de pâturage, pour telle période… projette Boris. Là, actuellement, tu t’installes avec un petit bout de terre, tu n’es pas accompagné, c’est un peu la guéguerre. »

  • Des quartiers évacués face à un violent incendie aux Arcs

    Des quartiers évacués face à un violent incendie aux Arcs

    Le feu de forêt s’est déclaré aux alentours de 15h30, sur la commune de Taradeau, située au nord de Vidauban et à quelques kilomètres à l’ouest des Arcs. Le département du Var était d’ailleurs en vigilance feux de forêt, à cause à la fois de la canicule et des rafales de mistral, allant jusqu’à 50 km/h, l’accès à l’ensemble des massifs forestiers étaient interdits.

    Le feu a « très rapidement progressé, brûlant 60 hectares de végétation à l’est du village de Taradeau, une saute de feu a atteint la commune des Arcs, toute proche, où 120 hectares ont brûlé », précisait la préfecture dans un point de situation effectué en début de soirée, dimanche.
    « Il y a deux difficultés pour le moment, expliquait le préfet du Var, Simon Babre, au micro de nos confrères de BFM TV, le feu a attaqué une zone périurbaine, et ce ne sont pas les mêmes techniques d’intervention qu’en forêt. (…) Le travail des sapeurs-pompiers est compliqué de par la dissémination des foyers et des fronts. Ensuite, nous avons eu des sautes de feu, de Taradeau aux Arcs, à la voie ferrée, ce qui a demandé d’interrompre la circulation des trains. »

    Circulation des trains stoppée

    Des ordres d’évacuation ont été lancés en début d’après-midi aux habitants de plusieurs hameaux et quartiers : Château Saint-Pierre, Font du Loup et Plateau des Aires ont été évacués avec l’aide des gendarmes. à Taradeau, une dizaine de maisons l’ont également été et des centres d’accueil ont été ouverts dans chacune des communes. Les habitants ont pu rejoindre leur maison en milieu de soirée.

    Outre la circulation des trains qui a été coupée entre Toulon et les Arcs dans les deux sens, plusieurs voies de circulation routière ont également été coupées autour des deux communes concernées avec la mise en place d’une déviation.

    En fin d’après-midi, plus de 600 sapeurs-pompiers étaient à pied d’œuvre, avec 210 véhicules et le soutien de 5 canadairs, 4 hélicoptères bombardiers d’eau dont un hélicoptère lourd et deux avions Dash. Des renforts des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes, des Bouches-du-Rhône, et des Alpes-Maritimes avaient rejoint le dispositif de lutte.

    En début de soirée, « le feu baisse en intensité », indiquait la préfecture du Var, considérant « l’évolution favorable si les conditions météo se maintiennent », précise-t-elle, prudente. Selon un premier bilan, quatre maisons ont été brûlées par les flammes et 9 ont été impactées. De plus, jusqu’à 300 foyers ont été privés d’électricité sur la commune des Arcs, « les équipes d’Enedis intervenant au fur et à mesure de l’évolution de la situation », stipule la préfecture.

    Enfin, à 22h30, la situation était toujours « favorable », mais le feu non encore fixé. « Les opérations vont se poursuivre pendant toute la nuit pour éteindre tous les foyers résiduels », précisait la préfecture.

  • Une surveillance accrue dans l’Arbois

    Une surveillance accrue dans l’Arbois

    « En pleine canicule, cinq adolescents sont venus faire leur feu de chamallows, sans se rendre compte du risque incendie qu’il a fallu leur expliquer. » Au milieu des herbes jaunies du massif de l’Arbois, témoins d’une sécheresse « en avance de 15 jours », Jean-Jacques Covo, chef de service de la police de l’environnement, se souvient de cette intervention menée la semaine dernière. Comme un rappel quotidien de sa mission : sensibiliser avant de sanctionner. D’abord sur les risques incendie. « Tous les jours, on en voit qui fument ou jettent leur mégot », souffle-t-il.

    Créée il y a 3 ans sous l’impulsion d’Amapola Ventron, maire de Cabriès et conseillère départementale chargée de la transition écologique, cette police sillonne les 19 000 hectares du domaine départemental. « Il fallait créer un lien entre les gardes et le répressif, mais aussi développer la pédagogie », explique l’élue, membre de « Provence Unie », groupe du conseil départemental à l’initiative de cette démonstration.

    Ce jeudi matin, la police de l’environnement fait équipe avec la police municipale de Cabriès pour illustrer son volet répressif. L’objectif : simuler l’interpellation d’un individu motorisé. En hauteur, la brigade équestre surveille les pistes. Plus bas, motos et quads sont fixés dans un virage serré. « La mutualisation fait que l’intéressé ne passe pas entre les mailles du filet », résume Éric Suzonni, chef de la police municipale. Le pilote est intercepté. D’abord la pédagogie, puis une amende de 135 euros.

    30 tonnes de déchets relevées depuis début 2026

    Cette vigilance répond à une réalité du terrain. Sur le premier semestre 2026, 260 relevés de manquement ou infractions réglementaires (usage du feu, cigarette, dépôt de déchets) ont été enregistrés sur le massif. « On reçoit beaucoup de signalements de motos et motocross par les randonneurs », explique John Zakrzewski, sous-directeur à la direction de la forêt, en charge de la police de l’environnement et de la garde équestre. La présence de ces véhicules est aussi recensée grâce aux pièges photo installés dans le parc. « Les motos électriques sont plus dangereuses car on ne les entend pas arriver », précise Jean-Jacques Covo, qui pointe « leur double impact : la vitesse et la perturbation du milieu avec des risques sur la faune et l’érosion ».

    Autre terrain de lutte : les dépôts sauvages. Devant un amas de pneus, Guillaume Costes, de la police de l’environnement, enfile des gants et fouille à la recherche d’un indice. « Certains gardes ont un pouvoir pour monter une procédure et la transmettre au parquet », précise John Zakrzewski. Ici, la pédagogie ne suffit plus. « Deux grosses procédures vont aboutir, mais c’est faible au regard du nombre de dépôts », regrette-t-il. Après une vingtaine de tonnes de déchets recensées en 2025, les équipes en comptabilisent déjà une trentaine depuis le début de 2026.

  • Les victimes de l’incendie de l’Estaque déterminées

    Les victimes de l’incendie de l’Estaque déterminées

    « Un an déjà que l’incendie du 8 juillet 2025 a ravagé nos vies, nos foyers, notre quartier et nos repères. Un an que des dizaines de familles se battent. » Les habitants des hauts de l’Estaque sont venus en nombre assister ce mercredi 8 juillet au point presse organisé par l’association des victimes de l’incendie. Avec émotion et colère, sa présidente, Mathilde Favier, dénonce « le manque de suivi et de prise au sérieux de la détresse des sinistrés par les autorités compétentes. » Une situation « intenable, humainement, psychologiquement, financièrement. »

    Et de revenir sur « ce qui s’est passé ce jour-là. » Pour avoir des réponses, l’association a demandé à la préfecture, par le biais de son avocate dès le 7 septembre, de lui remettre l’ensemble des documents concernant les opérations de secours. Sans succès, malgré l’« avis favorable de la Commission d’accès aux documents administratifs en février 2026 » rappelle Mathilde Favier. Le tribunal administratif a été saisi.

    La Ville en soutien

    Une centaine de plaintes ont été déposées, « on ne sait pas ce qu’elles sont devenues », affirme-t-elle. L’association réclame la mise en place d’un comité local d’aide aux victimes (CLAV) et dit avoir rencontré la Ville.

    Autre point noir, l’attitude des assurances. Un « système opaque » selon la présidente de l’association, au point que des expertises doivent encore avoir lieu pour certains en août. Elle demande la prolongation des relogements quand plus des trois quarts des sinistrés n’ont pu entamer de reconstruction de leurs maisons, assure-t-elle.

    Contactée, la préfecture n’a pu nous répondre. De son côté, la Ville, « aux côtés des sinistrés », confirme la tenue d’une réunion le 30 juin, avec Samia Ghali, maire adjointe (DVG) et Jean-Marc Coppola, maire PCF des 15-16, qui « a permis de faire le point sur les dossiers encore en souffrance. » Sur le CLAV, les deux élus ont rappelé qu’ils avaient écrit, comme le maire, au préfet pour qu’il le mette en place. Pour la Ville, « cette instance est la plus adaptée » mais si « l’État n’exerce pas pleinement et rapidement ses responsabilités, le maire de Marseille convoquera, en septembre, une réunion à l’Hôtel de Ville » avec l’ensemble des acteurs.

  • À L’Estaque, une exposition pour ne pas oublier l’incendie du 8 juillet

    À L’Estaque, une exposition pour ne pas oublier l’incendie du 8 juillet

    Un petit tableau noir, peint à partir des cendres de l’incendie du 8 juillet, fait partie des œuvres exposées à la Villa Mistral dans le cadre du projet de l’École du feu. Il a été peint par Ludivine, cofondatrice de la Déviation – un collectif d’artistes de l’Estaque -, dont les habitations ont été détruites. « D’habitude elle fait des tableaux plus lumineux, mais là c’était dur », souffle Marielle A., employée au Bureau du Guide.

    Agir pour se protéger

    L’École du feu a été montée par le Bureau du Guide suite à un appel à projets de la Fondation de France. Elle a mis en place une exposition, coorganisée avec le collectif de l’incendie du 8 juillet et la coopérative de l’Hôtel du Nord, pour restituer ce qu’ils ont appris sur le feu. « J’ai appris que les pins sont des torches inflammables », raconte Agnès de la Colline, surnom donné par les habitants.

    Des « pyros-balades » ont été organisées pour mieux comprendre le territoire, ainsi que des rencontres avec des professionnels du feu. « On a perdu la culture de nos anciens sur le feu », admet Agnès de la colline. Agnès L, ajoute : « Avec l’École du feu, on transmet de nouveau de la connaissance, et on peut agir ».

    L’exposition explore, également, des pistes pour protéger les habitants des feux : « Il faut ramener de la biodiversité pour éviter que les pins et les cyprès se répandent car ils favorisent le feu. On a eu le projet d’une pépinière, aujourd’hui elle réunit 80 arbres », conclut Agnès L.

    L’exposition gratuite se tiendra jusqu’au samedi 11 juillet à la Villa Mistral.

  • En Vaucluse, plusieurs massifs interdits d’accès

    En Vaucluse, plusieurs massifs interdits d’accès

    Le cocktail canicule et vent met en alerte considérable face au risque incendie, le Vaucluse étant l’un des 7 départements classés rouge ce mercredi, avec danger feux « très élevé ». Il faut dire aussi que la pluie n’est pas tombée depuis un moment : conséquence, le préfet de Vaucluse a placé le département en vigilance sécheresse (lire aussi page 15) depuis ce mardi.

    Dans la même veine, la préfecture a annoncé, ce mardi en fin de journée, l’interdiction d’accès à 12 des 15 massifs vauclusiens pour ce mercredi. « Il est rappelé à chacun qu’en toutes circonstances, la prudence est de mise à l’intérieur des massifs forestiers pour lesquels l’accès reste autorisé », précise la préfecture, insistant sur le respect « scrupuleux » des règles comme l’interdiction de fumer et d’allumer du feu.

    Une décision qui intervient alors que ce mardi, le préfet Thierry Suquet et Christophe Paichoux, directeur départemental du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de Vaucluse, ont signé, à la caserne d’Entraigues, le nouveau schéma départemental d’analyse et de couverture des risques 2026-2031. Un document stratégique de 200 pages, qui dresse une feuille de route « qui permet d’adapter l’organisation des secours aux réalités du territoire, à l’évolution des risques et aux besoins de la population », note le Sdis. Ce document prévoit 14 orientations stratégiques, bien au-delà bien sûr du risque incendie.

    Alors que les pompiers vauclusiens réalisent en moyenne 144 interventions par jour, un matériel fiable et moderne est nécessaire. Dans ce cadre, les pompiers ont renouvelé une partie de leur parc véhicule. Il y a une semaine, 10 nouveaux engins ont été présentés, dont une échelle pivotante combinée 33 mètres destinée au centre d’incendie et de secours d’Orange. Elle est « plus compacte que les anciennes générations facilitant ainsi les manœuvres dans les rues étroites », souligne le Sdis. Les casernes de Beaumes-de-Venise et Robion ont récupéré chacune un camion-citerne. Les centres du Thor, Avignon, Bollène, Cavaillon, Carpentras, Sorgues et Valréas ont aussi récupéré de nouveaux véhicules.

  • L’incendiaire de la maison de famille d’Emile condamné

    L’incendiaire de la maison de famille d’Emile condamné

    Acte malveillant prémédité, moyen de se faire justice soi-même, ou de relancer l’enquête ? Plusieurs explications à l’acte de Roland Woudstra se sont confrontées mardi lors de l’audience à l’issue de laquelle ce Marseillais de 78 ans a été condamné à deux ans de prison. En mai, il avait provoqué plusieurs départs de feu aux alentours de la maison secondaire des grands-parents du petit Emile, disparu en 2023 au Vernet. Il avait interrogé des habitants, se présentant comme un journaliste néerlandais, pour obtenir des informations sur l’affaire et la localisation de la maison.

    Pendant l’audience, le prévenu a affirmé avoir agi pour « provoquer un déclic au niveau de l’enquête » sur la mort du petit Emile et la « relancer ». Il a nié toute volonté « de vengeance ou de punition », alors que les avocats des grands-parents l’accusaient d’avoir voulu nuire à la famille. Une lettre écrite depuis sa cellule le 13 juin est cependant venue contredire ses déclarations devant la cour. Il y écrit avoir eu « une brutale envie de faire justice moi-même en brûlant la maison de la famille Vedovini que je pense coupable ».

    « Initiative de justicier »

    L’avocat de la grand-mère d’Emile, Me Julien Pinelli, a avancé que cet « emballement » était « lié à la confusion des accusations portées du fait des réseaux sociaux où on lit les pires horreurs sur ceux dont le seul tort est d’être en deuil de leur petit-fils. Celui qui a porté la suspicion sur eux en paye le poids moral ».

    « Mes enfants avaient déjà peur de monter au Vernet avant cet incendie, mais là c’est pire », a confié aux enquêteurs la grand-mère du petit Emile.

    Le président a lu des expertises psychiatriques décrivant « un comportement inadéquat, une initiative de justicier sans preuves, en méconnaissant la gravité potentielle de l’incendie », ainsi qu’un « aveuglement de la passion, un excès de confiance, une recherche de loi personnelle, pensant avoir perçu ce que l’enquête n’avait pas su démontrer, voulant provoquer un mouvement ».

    L’avocat du prévenu a décrit un homme « endeuillé, isolé, fragilisé » par la mort récente de sa femme et de son fils. Il a plaidé l’altération de son discernement, expliquant qu’il serait en train d’être placé sous tutelle. « J’aurais dû laisser la justice faire son enquête », a reconnu l’homme mardi.

    « On a le droit de penser que la justice fait mal son travail, mais pas de jeter en pâture des gens, ajouter au sang d’Emile, aux larmes de la famille, des cendres à la maison familiale. Votre peine aura nécessairement vocation à envoyer un message, que cette famille retrouve la paix », a lancé le procureur au moment de ses réquisitions.

  • [Incendies] Christian témoigne de ses difficultés à (se) reconstruire

    [Incendies] Christian témoigne de ses difficultés à (se) reconstruire

    Tout en haut de la montée Pichou, une vue à couper le souffle sur la mer… Et des collines toujours noircies après le passage des flammes, voilà un an déjà. C’est là qu’habite Christian Apercé. De sa petite maison de 50 mètres carrés au sol il ne restait rien que quatre murs noircis. « On a évacué avec ma femme et nos petits-enfants. Je suis toujours perturbé, en colère, parce que j’estime que ma maison n’aurait pas dû brûler », nous confie-t-il ému.

    S’il a eu « la chance » de pouvoir être logé par sa famille puis de trouver un appartement meublé en location au Rove, il aura passé l’année à se battre avec les assurances. « C’est un véhicule qui a brûlé qui a provoqué l’incendie, on a notre assurance en première ligne, qui rembourse en principe les frais de la maison, mais pas tout », explique-t-il. Et pour ce qu’elle ne prend pas en charge, c’est avec celle de « la voiture, la Métropole, la commune des Pennes Mirabeau, du conseil départemental » qu’il faut traiter. Malgré six réunions, le chiffrage des dégâts est repoussé « en novembre, puis décembre, janvier, février » poursuit-il, « et là, je l’ai eu dernièrement au mois de juin. » Problème : il n’est pas d’accord. Pour lui il manque 50 000 euros…

    Des normes drastiques

    Car sa maison, située en zone rouge, nécessite des mises aux normes drastiques. « Certains postes n’ont pas été pris en compte pour la reconstruction », précise Christian, comme l’installation d’un écran entre les tuiles et la charpente pour éviter l’embrasement ou des volets capables de résister une demi-heure au feu.

    Membre de l’association des victimes de l’incendie qui rassemble selon lui 200 personnes, il attend toujours le compte rendu de l’intervention des pompiers pour savoir ce qui s’est passé ce 8 juillet 2025, estimant que les réponses de la préfecture ne sont « pas très claires. » « Pourquoi les pompiers ont mis tant de temps à venir ? Pourquoi on n’a pas eu les canadairs ? Pourquoi nous a-t-on confinés ? Une voisine a cru mourir dans sa cave ! », déroule-t-il dans un souffle. Il raconte les gens qui ont éteint avec des seaux plongés dans la piscine, cette voisine qui a été brûlée par le nuage de cendres chaudes… « Et pendant qu’on cramait, Monsieur le préfet félicitait ses troupes », s’indigne-t-il.

    Durant 20 ans, il a sensibilisé sur les risques incendie avec son association environnementale. « On a mis des citernes dans la colline autour, elles n’ont pas servi. Tout ça pour ce résultat catastrophique… », se désole-t-il. Ce qui le fait tenir, c’est la solidarité. « On sent qu’il y a des liens très forts, des copains que je n’avais pas vus depuis longtemps m’ont recontacté », raconte-t-il. Malgré les incendies qui ont de nouveau démarré cette année, il n’a « pas peur ». Et pense réintégrer ses pénates en début d’année prochaine, « si ça se passe bien… ».

  • À l’Estaque, un an après, le feu pose question

    À l’Estaque, un an après, le feu pose question

    Des flammes hautes de plusieurs mètres, poussées par le vent, avec des sautes de feu de 300 mètres, atteignant au plus fort de son activité les 1 200 mètres par minute… De l’enfer de l’incendie du 8 juillet 2025, les sinistrés de l’Estaque n’ont rien oublié, encore traumatisés. Parti d’une voiture en feu aux Pennes-Mirabeau en fin de matinée depuis le tunnel des 4 vents, sur l’A55, l’incendie avait atteint rapidement le Jas de Rhode, nourri par les déchets du centre de tri de la métropole, avant d’accélérer, encore, jusqu’au nord de Marseille, s’attaquant aux collines du Verduron. En centre-ville, une ambiance fin du monde. Un panache de fumée jaunâtre, avec des quantités de particules fines « 10 fois supérieures au seuil journalier réglementaire », analysait alors AtmoSud, association de surveillance de qualité de l’air, avait obscurci le Vieux-Port, recouvrant la ville de cendres.

    Bilan malgré la mobilisation de 875 sapeurs et marins-pompiers : 750 hectares ravagés, 91 maisons touchées. Et tout de suite, lors des premières réunions avec les autorités, une polémique majeure sur la lenteur d’intervention des secours et l’absence de moyens aériens immédiats. S’ils soulignaient la réaction rapide de la Ville avec la mise à disposition du centre social pour l’accueil, les dons et des permanences pour les accompagner dans leurs démarches, les habitants des Hauts de l’Estaque pointent la responsabilité du préfet d’alors, Georges-François Leclerc qui a pris la main sur les opérations et transféré le commandement des sapeurs-pompiers, en charge du départ du feu aux Pennes-Mirabeau, aux marins-pompiers de Marseille, compétents sur le territoire de la deuxième ville de France, au milieu de l’après-midi. Dans la foulée, un collectif est créé.

    Après le feu, la pluie

    et les coulées de boue

    Le très long communiqué du préfet qui tente de se justifier ne convainc pas. Nombre de sinistrés reprennent les propos de Grégory Allione, ex-patron du Sdis 13 (Service départemental d’incendie et de secours) jusqu’en janvier 2023, aujourd’hui député européen macroniste, qui s’insurge contre une décision purement « administrative » des opérations de secours prise par la Direction générale de la sécurité civile à Paris, pour l’envoi des canadairs. « Quand vous êtes dirigés par des gens qui n’ont jamais commandé un feu c’est une difficulté opérationnelle, ce type de décision m’exaspère », dénonce-t-il à qui veut l’entendre.

    Plaintes contre X

    « Pour avoir des réponses »

    Deux mois plus tard, les sinistrés allaient subir la double peine. À l’incendie dévastateur, succèdent des coulées de boues lors des premiers épisodes cévenols de la fin septembre. Le mur de la gare de l’Estaque, une dizaine de mètres de haut, explosé par les flots, les rails emportés. Chemin de la Nerthe, chemin du Marinier, d’énormes bouts de bitumes dévalent la route. Là encore la solidarité joue à plein.

    Au fil des mois, la galère se poursuit avec les assurances qui font traîner. Si le directeur de « France assureurs » a assuré dans nos colonnes au lendemain du feu que des correspondants en région étaient missionnés pour faciliter les choses, les experts tardent à passer et les litiges se multiplient retardant d’autant la reconstruction. Le conseil municipal a voté une aide exceptionnelle d’un million d’euros, la métropole de 500 000 euros pour éviter de faire l’avance des frais.

    Du collectif émane mi-décembre une association des victimes de l’incendie de l’Estaque, les plaintes contre X « pour avoir des réponses »
    commencent à tomber. Aujourd’hui, elles seraient une centaine. Le mode de commandement n’a pas évolué et Georges-François Leclerc est devenu préfet d’Île-de-France. Promis en février, le comité local d’aide aux victimes n’a pas eu lieu assure un sinistré quand pour l’actuel préfet Jacques Witkowski, cette aide relève du ministère de la Justice…

  • Des moyens maintenant

    Des moyens maintenant

    Aucun Marseillais n’a oublié ce jour de juillet où le ciel s’est assombri de fumée, où des cendres retombaient jusqu’au Vieux-Port et où chacun tentait désespérément de prendre des nouvelles
    de la famille, d’amis, de collègues potentiellement concernés. Le feu était entré dans la ville. Cela fait évidemment écho au drame que sont en train de vivre des milliers de personnes dans
    les Pyrénées Orientales avec 12 000 évacuations. Les canicules qui s’enchaînent de plus en plus précocement et intensément rappellent la vulnérabilité du pays face aux incendies et soulignent que le sujet est sur la table pour longtemps.

    Coup de pouce

    Les collectivités locales se démènent pour aider du mieux qu’elles le peuvent les soldats du feu en les équipant et leur affichant un soutien permanent. Mais c’est au niveau de l’État que se joue une manche fondamentale, celle des canadairs. Que la flotte soit vieillissante n’est pas une nouveauté. Dès 2022, Emmanuel Macron avait fait mention de son intention de la renouveler. Mais entre les problèmes de financement qui ont obligé le pays à se tourner vers l’Europe pour cofinancer et le fait que les commandes ne soient pas forcément prioritaires pour le seul constructeur actuel – le canadien De Havilland – les livraisons sont reportées et se font toujours attendre.

    Pourtant des alternatives se dessinent avec des projets de bombardiers d’eau tricolores. Les uns misent sur la conversion d’avion de passagers court-courrier, d’autres sur des modèles hybrides. Et il y a le Frégate F-100 d’Hynaero un bombardier d’eau amphibie français aux performances annoncées comme redoutables.
    Le fabricant doit s’installer à Istres d’ici 2028. Un petit coup de pouce de l’État pour une solution qui garantit une souveraineté nationale serait bienvenu.