Tag: histoire

  • L’historien Marc Bloch au Panthéon et aux Rotatives

    L’historien Marc Bloch au Panthéon et aux Rotatives

    Historien et Résistant de la Seconde Guerre mondiale, Marc Bloch entrera au Panthéon le 23 juin. Yann Potin, archiviste historien, et les professeurs à l’université de Provence Aix-Marseille, Laure Verdon et Julien Loiseau, sont les invités du collectif, qui consacre une soirée au chercheur et chef de réseau, torturé et fusillé par la Gestapo en 1944.

    Histoire contemporaine

    Pour la première fois de son histoire, le Panthéon, sanctuaire de la mémoire nationale, accueille un historien qui fut aussi un grand Résistant, engagé dans la clandestinité, à Lyon, en 1943-1944. Liberté et esprit critique n’ont cessé de guider son parcours de chercheur et d’enseignant, fondateur de l’Histoire contemporaine par sa réflexion exigeante sur le métier d’historien. Témoin critique de son temps, Marc Bloch a contribué à la reconnaissance de l’histoire économique et sociale, défendant l’étude du temps long et le dialogue avec les autres disciplines. Ce statut d’historien engagé n’allait pas de soi. Son tempérament ambitieux agaçait certains pairs. Bien plus grave, l’antisémitisme des années 1930 n’a pas épargné son parcours.

    Son entrée au Panthéon le 23 juin, 82 ans après son exécution sommaire, honore à la fois le savant et le Résistant : un intellectuel engagé, cofondateur de la revue des Annales, qui était convaincu que comprendre le passé est une exigence pour éclairer le présent et défendre les valeurs républicaines. C’est sur cet héritage qu’il laisse à la pensée que les invités de la conférence reviendront ce jeudi.

    Les Rotatives, 19 Cours d’Estienne d’Orves, Marseille, 1er. Entrée libre.

  • 1986, premier titre national de l’histoire pour les rugbymen aixois

    1986, premier titre national de l’histoire pour les rugbymen aixois

    La progression de l’Aix Rugby Club dans la hiérarchie française a finalement été linéaire. Après une décennie au niveau régional, l’équipe découvre le troisième échelon et les championnats nationaux, en 1979. Sept ans plus tard, les planètes s’alignent et les Aixois remportent la division. Ancien joueur, Jean-Luc Chovelon a participé à cette épopée, mais était suspendu pour la finale à cause de mots doux envoyés au corps arbitral. Il détaille pourquoi la mayonnaise a bien pris : « C’était assez extraordinaire parce qu’on était un petit peu tous des joueurs issus de milieux différents. Personne n’était là pour le rugby à proprement parler, mais ce mélange a fait qu’on s’est trouvé une équipe sympa. Et surtout, un entraîneur qui est arrivé là, André Dupouy, qui était un entraîneur très important dans l’histoire du club. »

    Arrivé des Landes, le coach découvre la manière de pratiquer le rugby des Méditerranéens. « J’avais du mal à comprendre comment ça fonctionnait. Par exemple, on attisait la haine des clubs varois, mais je ne savais pas pourquoi. Les joueurs étaient capables du meilleur, mais aussi de baisser les bras sans que j’en perçoive la raison. J’étais entouré de mystères », raconte-t-il.

    Six victoires pour conclure la saison du titre

    Les dirigeants du club aixois ont annoncé vouloir jouer le maintien avant cette saison clé. La montée en deuxième division et le titre n’étaient pas du tout ancrés dans les têtes. En se hissant en phases finales, il n’y avait plus que deux rencontres à gagner pour être promu. Saint-Marcellin et Lons-le-Saunier sont battus, puis viendra le tour de Mimizan, Bizanos et Châteauroux. Lors de la grande finale, le duel face à Arudy sera XXL. Finalement, le sud-est triomphe avec une victoire 18-9 dans les dernières minutes. L’entente entre les joueurs n’était pas forcément exceptionnelle, mais l’équipe est arrivée pleine d’énergie au moment voulu. André Dupouy expliquait que, « avant ce titre, l’équipe a vécu une intersaison déplorable, plusieurs joueurs étant partis sous d’autres cieux. Dix jours avant les phases finales, je fais faire un test VMA et les joueurs avaient explosé leur record. On était en forme ».

    Après ce moment majeur de l’histoire du club, ce dernier va se stabiliser à ce niveau avant de viser progressivement le professionnalisme.

  • [Les soirées débat de La Marseillaise] Autour de Marc Bloch, historien prochainement panthéonisé

    [Les soirées débat de La Marseillaise] Autour de Marc Bloch, historien prochainement panthéonisé

    Ils sont rares, les grands intellectuels qui furent pleinement résistants. Non loin de magnifiques survivants qui s’appelaient René Char, Jean Paulhan ou Jean-Pierre Vernant – un poète, un directeur de revue, un historien de la Grèce Antique – on peut mentionner ceux qui furent fusillés, le philosophe Jean Cavaillès, l’ethnologue Boris Vildé ou bien, encore plus oublié, l’homme de théâtre Sylvain Itkine qui fut lui aussi, massacré dans les geôles de la Gestapo lyonnaise.

    Fils d’un historien de la Sorbonne, républicain d’origine juive alsacienne, athée et patriote, chercheur convaincu qu’il faut pratiquer l’interdisciplinarité, la sociologie et l’économie, inventeur aux côtés de son aîné Lucien Febvre de la revue Annales et de l’histoire des mentalités, Marc Bloch (1886 -1944) ne fut pas uniquement un immense médiéviste et un enseignant soucieux de clarté.Les problématiques de ses contemporains renouvelèrent son questionnaire, deux guerres mondiales aiguisèrent ses manières de voir.

    En1914-1918, une blessure et des combats dans les tranchées lui permirent d’appréhender l’importance des fausses nouvelles et de la propagande ainsi que le rôle de la paysannerie dans la société française du XX° siècle comme dans le monde féodal. La « drôle de guerre »l’amena à poser un diagnostic sans concession quant à l’effondrement de son pays en 1940. Au fil des ans, son essai posthume sur «L’Étrange défaite » qui fut préfacé en 1990 par l’américain Stanley Hoffmann, devint son livre le plus lu :les citoyens et les historiens du temps présent en avaient besoin pour élucider les abandons et la férocité du régime de Vichy.

    Un martyr de la République

    Après sa démobilisation, Marc Bloch renonça à partir pour les Etats-Unis où un poste lui était réservé. Il avait charge de famille, son statut de juif interdisait qu’il enseigne en France. Son entrée dans la clandestinité de la Résistance ne fut pas immédiate : les hommes de l’ombre crurent un moment ne pas devoir recruter ce personnage d’aspect sévère, un porteur de canne déjà vieilli. A Lyon, son courage et ses talents d’analyste lui permirent de devenir un infatigable dirigeant du MUR, le mouvement d’Alban Vistel.

    Marc Bloch fut arrêté le 8 mars 1944. La Gestapo l’emprisonna au fort de Montluc. Il est interrogé, torturé pendant plusieurs jours, subit coups de poings, fouets et tentatives de noyades en eau froide, contracte une pneumonie, revient dans sa cellule avec un visage ensanglanté et des côtes cassées. Pour survivre, il parle un peu, livre des renseignements sans importance. Le 16 juin1944 on l’extrait de sa cellule. Son corps de fusillé sera identifié parmi 28 cadavres, des ouvriers et des communistes.

    Le tournant d’une seconde vie

    Co-directeur avec Florian Mazel, enseignant formé à Aix-en-Provence d’un remarquable et très complet ouvrage collectif « Marc Bloch,l’histoire en résistance » (éditions du Seuil)commissaire d’une exposition qui s’ouvrira pendant les cérémonies du Panthéon, Yann Potin évoquera ce jeudi dans l’ancienne salle des rotatives de notre journal, avec deux universitaires aixois, Julien Loiseau et Laure Verdon, la trajectoire de Marc Bloch. Longtemps éclipsée par Fernand Braudel ou Georges Duby qui furent lus pendant une meilleure époque du marché du livre, la figure de ce grand comparatiste, fondateur de la nouvelle histoire des mentalités, s’est soudainement rapprochée. Elle avait été pleinement réévaluée par la communauté des historiens, par Jacques LeGoff, Bronislaw Geremek et Carlo Ginzburg qui placent très haut Les rois thaumaturges et Apologie pour l’histoire .

    Après Jean Moulin en 1964, après Pierre Brossolette, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon et Jean Zay en 2013, après de grands réfractaires pleinement reconnus, Simone Veil, Joséphine Baker, Missak Manouchian et Robert Badinter, un historien entrera ce 23 juin pour la première fois au Panthéon. Restera à mesurer ce qu’il adviendra dans pareil contexte à cette seconde vie de Marc Bloch, introduit au Panthéon par un président de la République désireux de capter pour son image personnelle une partie du capital symbolique de la Résistance. On sera solidaire de la volonté de la famille de Marc Bloch qui exige que « l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de toute participation à la cérémonie ».

    Alain Paire

  • Histoire et anecdotes sur la création de Provence Rugby

    Histoire et anecdotes sur la création de Provence Rugby

    Cinquante-six ans de vie et peut-être une première dans l’élite du rugby français. À travers toutes ces saisons, le club aixois a progressé dans la hiérarchie nationale jusqu’à s’établir depuis quelques années en deuxième division. Mais tout a commencé lors de l’été 1970. « Il y avait un club de rugby sur Aix, qui était l’AUC Rugby, donc une section du club omnisports universitaire d’Aix-en-Provence. Cette section rugby avait été assez florissante, puisqu’elle avait des équipes à tous les niveaux, c’était un club assez important. Il y a un ensemble de dirigeants qui en ont eu un peu marre de cette direction de l’AUC. Ils ne se reconnaissaient pas trop dans cette direction universitaire et ils ont décidé de débaptiser le club et de fonder l’Aix Rugby Club », explique Jean-Luc Chovelon, ancien journaliste de La Marseillaise et auteur d’un livre historique sur Provence Rugby.

    Un nom aujourd’hui bien connu a lancé cette nouvelle aventure : Maurice David. Avocat aixois et amateur de rugby, il va être l’un des instigateurs de ce projet. « C’est effectivement la figure tutélaire de la création de ce club », appuie Jean-Luc Chovelon. Il en a été le premier président, jusqu’en 1973, alors que le club évoluait dans les championnats régionaux.

    Pour chaque nouvelle équipe, il faut forcément des couleurs. Il a fallu trouver un terrain d’entente et se réunir autour d’une seule nuance. Le choix a été vite fait. « Ils avaient tous des maillots à dominance jaune et noir, qui étaient les couleurs de l’AUC. Ils ont tout teint en noir, c’était la seule couleur qui leur permettait de pouvoir uniformiser tous ces maillots. » La couleur noire est restée jusqu’à aujourd’hui. Dès la fin des années 1970, l’ARC découvre les compétitions nationales et ne fait que progresser…

  • Sylvie Orsoni : « Les Résistants se sont battus pour un monde plus juste »

    Sylvie Orsoni : « Les Résistants se sont battus pour un monde plus juste »

    Historienne et présidente du musée virtuel de la Résistance Paca (Murel), Sylvie Orsoni revient pour La Marseillaise sur l’œuvre de Robert Mencherini.

    La Marseillaise : En quoi cet historien a été important pour les Bouches-du-Rhône ?

    Sylvie Orsini : Parce que son œuvre porte sur l’histoire de la Résistance dans les Bouches-du-Rhône et en particulier à Marseille. C’est le meilleur spécialiste de cette période dans le département. Il a publié quatre livres sur ces Marseillais qui ont résisté. Il a décliné toute leur histoire de 1939 à la libération, en fouillant toutes les archives. Il n’y a pas une archive qu’il n’a pas vue. Son projet était de montrer combien la Résistance avait été importante dans la ville. Parce qu’avant, les historiens parisiens ignoraient totalement ce qui s’était passé à Marseille. Alors que la Résistance a été très importante dans la cité phocéenne. ça lui tenait à cœur de montrer combien il y a eu de résistance ici.

    Un historien qui était très ancré localement…

    S.O. : Oui, il voulait que cette histoire soit inscrite dans la ville. Il a travaillé pour qu’il y ait un square Berty Albrecht [grande figure de la Résistance marseillaise]. Il voulait que ça soit dans le territoire, que ça se voit. Il a aussi beaucoup participé, avec la mairie, aux différentes grandes commémorations des rafles de 1943, de la libération de 1944. Au sein du musée d’histoire de la Ville de Marseille, il a également aidé à la pièce consacrée à Berty Albrecht.

    Pourquoi c’était important pour lui ?

    S.O. : C’est d’abord pour rendre justice aux Résistants, pour montrer les valeurs que certains Marseillais ont défendues. Robert Mencherini, dans sa jeunesse, a été aux jeunesses communistes révolutionnaires. Les valeurs qu’il a portées restent donc présentes dans son œuvre de façon très objective. Et s’il voyait ce qu’il se passe actuellement, avec la montée de l’extrême droite, il se désolerait. Car il a aussi beaucoup étudié le régime de Vichy et l’occupation à Marseille. Et dire les choses telles qu’elles se sont passées, à quoi les Résistants s’étaient confrontés et qu’est-ce qu’ils avaient combattu, c’est essentiel. ça évite aussi de croire la désinformation, comme ceux qui racontent que le Général Pétain a protégé les Juifs. C’est important de savoir ce qui s’est passé. Le devoir de mémoire, ça n’existe pas, mais le devoir de vérité, ça c’est une obligation : dire ce qu’a été le gouvernement de Vichy, quelles étaient ses valeurs et ce qu’a été le nazisme. C’est aussi une façon de rappeler à quel type de société ceux qui réhabilitent Pétain veulent aboutir. Rappeler ce que ça donne : des génocides, des tortures et la dictature. Une société dont Robert Mencherini ne voulait pas.

    Il est donc nécessaire de rappeler les valeurs de la Résistance ?

    S.O. : Oui, parce que politiquement elles sont toujours actuelles. Les Résistants se sont battus contre, mais aussi pour un monde plus juste avec le programme du Conseil national de la Résistance. Ces valeurs-là restent à défendre et sont tellement menacées. Dès 1944-1945, les nostalgiques de Vichy sont repartis à la manœuvre un peu plus discrètement et maintenant de façon extrêmement ouverte.

    Plus d’information sur le colloque sur le site : telemme.mmsh.fr

  • Elle gagne pour 200 ans d’Opéra

    Elle gagne pour 200 ans d’Opéra

    Le public était invité à résoudre une série d’énigmes autour de l’histoire, de l’architecture et de l’univers du spectacle vivant. Le nom de la lauréate a été dévoilé vendredi : Amélie Lefebvre, enseignante de 48 ans. Son prix ? Une place nominative pour chaque opéra et chaque spectacle du Ballet de l’Opéra Grand Avignon pour les 200 prochaines années. En 7 mois, sur les centaines de participants, seules quatre personnes ont trouvé la bonne réponse.

  • Les lycéens de la région restituent leurs travaux sur la Shoah

    Les lycéens de la région restituent leurs travaux sur la Shoah

    Au lycée Adam-de-Craponne, à Salon-de-Provence, le projet pédagogique retenu a été celui d’un format du type « C’est pas sorcier » au sujet des femmes des Sonderkommando, ces déportées chargées de faire fonctionner les fours crématoires des camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale. « Nous avons travaillé, sur l’année, à partir des cahiers nouvellement édités d’Alter Fajnzylberg, militant juif communiste interné à Auschwitz, rescapé des Sonderkommando », rapporte Nathalie Dupont, professeur de lettres de terminale.

    Depuis 2015, 47 000 lycéens ont bénéficié du dispositif « Mémoire et citoyenneté », financé par la Région Sud. Ce travail de mémoire sur l’univers concentrationnaire est mené sur l’année scolaire par les enseignants avec les élèves, en lien avec des historiens et des auteurs.

    Un voyage d’étude « vraiment marquant »

    Le parcours « hors les murs » débute au camp des Milles, ancien camp d’internement et de déportation, situé à Aix. Les lycéens se rendent ensuite au Mémorial de la Shoah et au Panthéon à Paris, avant de se déplacer en Pologne, au camp d’Auschwitz-Birkenau, pour un « voyage d’étude ».

    « Ça a créé une dynamique de classe forte, c’était touchant », confie Margaux, en classe de terminale générale au lycée Adam de Craponne. « Nous étions au camp d’Auschwitz en janvier, ce qui nous a permis de voir à quel point les conditions étaient terribles. C’était vraiment marquant », conclut-elle.

  • À Martigues, une histoire populaire qui redonne des repères

    À Martigues, une histoire populaire qui redonne des repères

    « L’histoire est à nous », dans le sens populaire du terme. C’est en tout cas ce que l’adjoint Pierre Dharréville (PCF) défend à l’heure d’annoncer la troisième édition du festival d’histoire populaire de Martigues, baptisé Pop’Histoire, lors d’une conférence de presse, lundi, au cinéma La Cascade.

    Un festival qui « manifeste une volonté d’appropriation collective de l’histoire, cette science qui permet de comprendre les mouvements du monde et de la société », poursuit l’élu, en la mettant à disposition sur l’espace public. C’est sur cet aspect public qu’insiste l’adjoint (PCF) Florian Salazar-Martin : « On a la chance, à Martigues, que les espaces soient ouverts, lorsqu’ailleurs, beaucoup d’espaces libres se rétrécissent. » « Pop’Histoire est imaginé comme un printemps populaire de l’histoire, un moment de fête pour réfléchir et s’amuser », complète Jean-François Szymanski, de la librairie l’Alinéa, également co-organisateur de la manifestation.

    Cette troisième édition passe un cap partenarial, notamment avec Aix-Marseille université (AMU), dont le président, Éric Berton, signe l’édito du programme avec le maire (PCF) de Martigues Gaby Charroux et dont plusieurs chercheurs participent à l’initiative. Mais aussi avec l’Éducation nationale, à travers plusieurs rendez-vous dédiés aux collégiens et lycéens martégaux.

    De 1936 à 2026,

    une histoire de luttes

    « Le va-et-vient entre le présent et l’histoire est essentiel quand les repères se perdent avec le déroulement permanent de l’actualité », présente Florian Salazar-Martin. C’est ce qui caractérise cette troisième édition qui, d’un côté, consacre l’essentiel de sa programmation à l’étude du Front populaire et des conquêtes sociales de 1936, avec parfois un angle féministe et, de l’autre côté, répond – indirectement – à l’actualité brûlante du contrôle des médias et de la culture par des personnalités d’extrême droite.

    Particulièrement à l’heure de la censure annoncée par Canal+, piloté par Vincent Bolloré, à l’encontre des artistes signataires d’une tribune dénonçant l’influence du milliardaire dans le cinéma. « On ne peut pas accepter de mainmise sur les artistes et les idées pour faire triompher un agenda antiféministe, raciste », tranche Florian Salazar-Martin. Pierre Dharréville souligne à cet effet le rôle de Jean Renoir, « figure du Front populaire à sa manière ». « Ce qui se passe avec le cinéma s’est passé récemment avec le livre, avec Bolloré et les éditions Grasset », rappelle Jean-François Szymanski, renvoyant à l’historien « Yohann Chapoutot, qui a pointé cette volonté des oligarques de disposer des outils qui façonnent l’opinion publique ».

    Pop’Histoire promet une riposte à sa manière. « Une réponse en actes, une résistance avec ses contradictions, une alerte importante », conclut le libraire. « Le Front populaire s’est construit dans l’adversité face au fascisme depuis les émeutes de 1934 jusqu’aux grandes conquêtes sociales », développe Pierre Dharréville, qui n’oublie pas de souligner la place des femmes dans cette histoire, également au cœur du programme. Comme pour rappeler la nécessaire convergence de ces luttes.

    La conférence d’ouverture de Pop’Histoire, dédiée à la lutte des femmes pour leur liberté, aura lieu jeudi 28 mai à 18h, au cinéma La Cascade.

  • Photo Kegham, une archive incomplète d’histoires palestiniennes

    Photo Kegham, une archive incomplète d’histoires palestiniennes

    Parmi les propositions de la Saison Méditerranée, le Centre photographique de Marseille reçoit Photo Kegham : une archive inachevable, une exposition conçue par Kegham Djeghalian Jr qui retrace les transformations et les ruptures que traverse la ville de Gaza. Son grand-père, Kegham Djeghalian Sr avait fondé le premier studio photographique professionnel de Gaza, Photo Kegham, en 1944 et devient une figure majeure de la photographie à Gaza au milieu du XXe siècle.

    Kegham Djeghalian Sr est un rescapé du génocide arménien. Pendant les années 1920, sa famille fuit vers la Syrie. Il traverse alors les villes de Jérusalem, puis de Jaffa et atterrit à Gaza où il ouvre le studio Photo Kegham en 1944. Ce studio devient une institution incontournable à Gaza. L’archive de Kegham Sr s’étale sur quatre décennies, une période qui connaît de nombreux changements : du mandat britannique, au règne égyptien, l’occupation israélienne ou le déplacement forcé des Palestiniens suite à la Nakba de 1948. Son œuvre comprend des portraits, des photos en studio, mais également des photographies prises dans son temps libre. « Il a documenté la vie quotidienne, et au-delà, de la ville de Gaza. C’était un chroniqueur », résume Kegham Jr. Il dira : « Le regard qu’il mène à Gaza est radicalement différent de l’archive britannique » que l’on trouve au British Library.

    Artiste, c’est en 2007 que Kegham Djeghalian Jr essaie de trouver l’archive de son grand-père : « J’ai grandi avec ses récits, avec les anecdotes sur mon grand-père », mais il ne connaissait pas son œuvre, explique-t-il. Il souhaite par là dresser le portrait de Kegham Sr. En 2018, « mon père a trouvé, dans son armoire au Caire, ces trois boîtes rouges qui sont la source de l’exposition. C’est là que le vrai travail a commencé », précise l’artiste. Ces boîtes contiennent une petite partie de l’archive mais « ce sont des négatifs assez détruits, avec le temps, avec les matières chimiques, avec la chaleur : c’est un travail fragile », poursuit-il.

    Une archive non-linéaire

    Malheureusement près de 90% de l’archive a disparu. À la mort de Kegham Sr, c’est Maurice Al-Tarazi, son assistant, qui avait repris le studio ensuite légué à son frère, Marwan. Marwan meurt tragiquement en 2023 lors de bombardements à Gaza, le 19 octobre, une partie de l’archive part avec lui. Kegham conserve des captures d’écran d’une conversation Zoom qu’il avait eu avec Marwan en 2021 mais la construction d’une archive formelle devient impossible. Il se rend alors compte que son projet n’est pas de construire l’opus de Kegham, mais que « les histoires interrompues sont un dénominateur commun dans l’histoire de Kegham et de toutes ses photos », dit-il.

    Kegham Jr se souvient : « Pour moi Gaza, c’est une terre toujours en guerre, toujours ravagée, c’est une géographie qui est saturée par l’image de destruction. Et je voulais déconnecter cette association, et être fidèle à ce que j’ai trouvé dans les trois boîtes qui montraient une vie quotidienne, une vie de joie, une vie à laquelle on peut s’identifier. (…) Je voulais montrer la contre-image. »

    Cela devient alors un choix : le choix de l’unmade archive. Pour Kegham Jr, la notion d’archive est une notion coloniale, de posséder, enfermer. « L’unmade archive c’est une résistance à cette histoire solide (…) c’est une manière de proposer des récits alternatifs qui invitent à une historiographie collective et participative », développe l’artiste. Après une première exposition en 2021 lors de la Cairo Photo Week, Kegham Jr commence à recevoir des images de photographies prises par son grand-père, accompagnées de récits personnels ou d’anecdotes. Ces images prises par des caméras mobiles sont souvent floues avec une perspective étrange. « Ce n’est pas la photo qui compte mais les récits qu’elle tient en elle. Elle devient une cartographie du déplacement de cette famille, de la diaspora ou l’immigration des Gazaouis », conclut Kegham Jr.

    Exposition visible jusqu’au 12 septembre au Centre Photographique Marseille.

  • Comment le RN tisse sa toile contre la culture

    Comment le RN tisse sa toile contre la culture

    Tandis qu’à peine quelques semaines après l’arrivée de nouveaux maires RN, on constate déjà leurs coupes sombres voire leur censure contre des événements culturels, nous avons sollicité l’œil expert d’Emmanuel Négrier.

    Spécialiste de l’économie des festivals, le politologue montpelliérain nous rappelle en préambule que s’il en existe une grande diversité, la plupart reste « de taille modeste souvent entièrement ou presque fondés sur le bénévolat, avec un soutien municipal qui peut être en nature, fourniture d’équipements ou détachement temporaire de personnels, ou en subvention ».

    Dans les études menées par le chercheur au Cepel, la part des subventions est « minoritaire » dans l’économie globale, mais elle est « significative » par rapport à d’autres pays. Elle se situe « entre le tiers et la moitié des recettes, selon que l’on se situe dans les univers des musiques actuelles, ou des musiques classiques, par exemple », illustre-t-il.

    « Une régression considérable »

    Ainsi, les récents choix de maires RN (aides coupées, festivals annulés) mettent-ils en péril au-delà des plus petites structures ? Tout en précisant qu’il n’y a pas que le RN qui sabre dans la culture, Emmanuel Négrier prend l’exemple de Vauvert où la structure qui organise l’un des festivals de jazz les plus populaires d’Occitanie a déménagé à Vergèze. Autre exemple marquant que celui du festival international du film politique de Carcassonne qui a renoncé aux aides de la nouvelle mairie RN. « Le RN reste parfois plus prudent, en apparence, à l’égard de gros festivals rayonnants, tels que Visa pour l’Image à Perpignan. Mais rien ne dit que cela perdure. Le RN souffle le chaud et le froid dans un secteur où il cherche à imposer ses méthodes faites, plus ou moins selon les villes qu’il gouverne, de réaction patrimoniale, de privatisation, de politisation et de proscription des acteurs qu’il sait hostiles à sa vision. C’est une régression démocratique considérable ».

    Ailleurs, l’extrême droite force le trait sur les traditions (Beaucaire) quand elle ne réécrit pas l’Histoire à sa main, comme celle des Cathares à la sauce Robert Ménard à Béziers. « Le niveau de dépense culturelle des villes RN n’est pas forcément l’indicateur le plus pertinent. On voit que ce niveau n’a pas baissé à Perpignan sous Louis Aliot jusqu’en 2026. C’est le contenu qui change et auquel il faut être attentif : l’offre continue d’exister, elle n’est plus tout à fait la même, et effectivement les nostalgies coloniales, discours contre-révolutionnaires et récits révisionnistes y ont une place de choix, tandis que les projets d’action culturelle dans les quartiers populaires y sont châtiés. C’est le populisme du RN : contre le peuple ».

    Dans ces situations, le secteur culturel va parfois devoir tenter de s’émanciper des collectivités hostiles en « se déployant en résistance ou en contournement ». « C’est bien sûr difficile sans l’appui du principal financeur de la culture et du maître de beaucoup de lieux d’accueil des projets artistiques… », concède Emmanuel Négrier.