Tag: histoire

  • Indélébile

    Indélébile

    20 000 Marseillais raflés, 1 600 déportés dont 804 juifs, tout un quartier annihilé. La barbarie mise en œuvre par les nazis et leurs complices de Vichy en janvier 1943 est désormais officiellement reconnue par la République française comme crime contre l’Humanité.

    C’est une grande victoire. D’abord pour les survivants et les descendants des victimes qui ont beaucoup lutté pour que ce moment de l’histoire de Marseille soit reconnu pour ce qu’il est.

    Ensuite, pour toutes celles et tous ceux ayant à cœur de caractériser les crimes qui, par leur atrocité, blessent notre Humanité tout entière.

    Enfin, c’est une victoire contre l’oubli alors que la dernière génération porteuse de la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale est en train de s’éteindre.

    Notre pays en a bien besoin. Alors que l’extrême droite, qui n’a pas dirigé la France depuis la Libération, est prise dans une polémique sur des propos antisémites attribués au président du RN par Mediapart, on peut mesurer l’ampleur du brouillage des repères.

    Les héritiers de « tonton Dolfy »

    Des commentateurs et des citoyens semblent sincèrement tomber de la chaise, alors qu’il s’agit du chef d’un parti fondé par Waffen SS dont la figure tutélaire, Jean-Marie Le Pen, a été condamnée pour contestation de crime contre l’humanité et surnommait d’après la propre mère de Marine Le Pen, Adolf Hitler « tonton Dolfy ».

    Ces battus de 1944, ces revanchards antirépublicains, ces dissimulateurs, doivent à nouveau mordre la poussière.

    Non, les rafles, la déportation, les chambres à gaz, ne sont pas un détail de l’Histoire. Elles laissent une marque indélébile. Non, l’antisémitisme n’est pas résiduel en France et ne se cantonne pas aux milieux d’extrême droite. Ce poison comme le racisme et toutes les formes de haine doivent être combattus avec la dernière énergie.

    Héritière de l’esprit de Résistance, La Marseillaise, y mettra toutes ses forces.

  • Un atlas pour explorer l’histoire enfouie de Nîmes

    Un atlas pour explorer l’histoire enfouie de Nîmes

    À Nîmes, il suffit parfois de creuser quelques mètres pour changer de siècle. Sous une avenue, un parking ou un futur immeuble peuvent réapparaître une mosaïque, une tombe ou les murs d’une maison antique. Depuis près d’un demi-siècle, les transformations de la ville racontent ainsi, chantier après chantier, une autre histoire de Nîmes. Une histoire désormais réunie dans un Atlas archéologique numérique, présenté au musée de la Romanité.

    Dévoilé à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, trois ans jour pour jour après l’inscription de la Maison Carrée au patrimoine mondial de l’Unesco, l’outil est le fruit d’un partenariat entre la Ville et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

    Depuis les années 1980, plus de 400 diagnostics et quelque 140 fouilles préventives ont été menés sur la commune au gré des opérations immobilières et des grands aménagements. Une cinquantaine de chantiers emblématiques ont été retenus pour cette première version. Sur la carte, des points rouges jalonnent Nîmes. Un clic suffit pour retrouver photographies, plans, textes, vidéos et objets découverts sur place. L’avenue Jean-Jaurès y côtoie les Halles, Villa Roma ou le quartier Clérisseau. On y croise aussi la mosaïque de Penthée, la statue de Neptune ou encore le portrait d’un notable gaulois découvert en 2023 près du cadereau.

    Un outil qui manquait

    L’intérêt de l’atlas ne tient pourtant pas seulement à ses découvertes spectaculaires. Des dossiers thématiques permettent aussi de suivre l’évolution de Nîmes, de l’agglomération gauloise à la cité romaine puis médiévale, en passant par la vigne, les pratiques funéraires, l’aqueduc, les peintures murales ou les remparts. « Pour le public qui ne connaît pas Nîmes, cela permet d’avoir une belle idée de son passé. Et les Nîmois peuvent savoir exactement où ont été trouvés les vestiges », souligne Jean-Yves Breuil, chargé des relations avec les aménageurs à l’Inrap.

    Pour le musée, l’outil vient aussi combler un manque : « L’enjeu du contexte est compliqué à amener dans un musée. Ici, l’atlas sera complémentaire de la visite et des objets présentés en vitrine », explique son conservateur Nicolas de Larquier. Installé dans le hall, il est accessible librement, sans billet d’entrée, et peut également être consulté en ligne. L’atlas permet ainsi de replacer les objets exposés dans leur environnement d’origine et de montrer ce que l’archéologie préventive apporte à la connaissance de la ville.

    L’outil n’a d’ailleurs pas vocation à rester figé. « Ce travail est évolutif et sera enrichi au fur et à mesure des découvertes », insiste Nadia Goudard, conseillère municipale déléguée aux patrimoines culturels et à l’Unesco. Une nécessité dans une ville où, comme le résume Jean-Yves Breuil, « il y a encore toute la ville romaine en dessous ».

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Témoignage livré en 2008

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

    C’est une belle famille ! Nous habitons au 5, rue de l’Académie, en plein centre-ville, en face le1 magasin de chaussures de ma grand-mère, Clémentine, qui nous gâte beaucoup.

    Mon père, qui avait commencé comme taxi après la Grande Guerre, est maintenant installé comme mécanicien-garagiste au 70-72, rue Cherchell (actuellement rue Jules-Moulet), dans le VIe arrondissement.

    Le Garage de l’Ascenseur est un grand garage de quatre-vingts places environ. Mon père emploie un mécanicien, un carrossier-peintre et un gardien, qui loge avec sa femme et son fils dans un petit appartement de fonction.

    Outre les réparations, mon père fait de l’achat et de la vente de voitures, ainsi que de la location sans chauffeur. Il a une belle clientèle, car son garage est dans le quartier bourgeois du boulevard Notre-Dame (au pied de « La Bonne Mère », qui surmonte Notre-Dame-de-la-Garde), et elle est composée de médecins et d’industriels qui ont une grande confiance et estime pour M. Lucien Marter.

    Des bancs de Thiers à ceux
    de Montgrand

    Mes frères vont au lycée Thiers2, à cent cinquante mètres de notre domicile. J’y fais aussi mes classes enfantines jusqu’à la septième, et j’en garde des souvenirs émus en raison des amitiés nouées avec des camarades de mon âge et de certaines institutrices qui m’avaient voué une grande affection.

    Puis, dès la sixième, j’entre au lycée Montgrand, un peu plus loin, un peu plus snob, mais où la camaraderie va s’installer grâce à la constitution d’une fine équipe que nous baptiserons la « Tribi » ou la « tribu des i », chaque membre étant dotée d’un nom se terminant par un i. Je suis donc baptisée « Radis » en raison, sans doute, de ma petite taille…

    Mes camarades, des filles intelligentes et studieuses, ont comme moi la passion du cinéma et des acteurs play-boys de l’époque. Chaque jeudi, nous nous retrouvons chez l’une ou chez l’autre, et nous y faisons notre théâtre personnel en trouvant dans les greniers des costumes qui nous permettent de jouer la comédie, voire la tragédie.

    Nous parvenons même à constituer une troupe amateur avec Lily Scherr, son frère Alfred et ses amis, Claude Aburbe et Salvator Zarava. Cette troupe montera Les Précieuses ridicules au théâtre de l’Œuvre, à Marseille.

    à suivre la semaine prochaine…

    1. Sic. Formulation méridionale

    2. À cette époque, cet établissement était mixte et comprenait des classes de la douzième à la septième

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    Avec cette prise de position ferme de la CGT, dans laquelle les dockers de Marseille et les inscrits maritimes ont joué un grand rôle, nous nous heurtions à l’opposition des directions FO et CFTC qui voulaient interdire aux syndicats toute action débordant le cadre professionnel. Leenhardt et Gaston Defferre s’employaient dans Le Provençal contre la CGT et le PCF.

    Les événements ultérieurs confirmèrent qu’il existait dans le mouvement ouvrier français une autre tradition qui ne pouvait rester à l’écart du rassemblement et de la lutte pour la paix. En août 1948, à Wroclaw, en Pologne, se tint un congrès mondial des intellectuels pour la paix avec la participation d’écrivains comme Aragon. En novembre, les assises pour la paix et la liberté rassemblèrent à Paris 12 000 délégués ; la délégation marseillaise était de 200 et parmi elle de nombreux militants qui n’appartenaient pas à la CGT.

    Luttes revendicatives

    Ces cinq années riches d’événements ont entre elles des caractéristiques communes. C’est la période pendant laquelle les gouvernements qui se succèdent à la tête du pays s’engagent toujours plus dans la guerre d’Indochine. C’est aussi la période liée à l’alliance atlantique dirigée contre les pays du socialisme et, en même temps, contre l’essor des forces démocratiques. Ce climat de guerre froide tente de faire supporter à la population les frais de cette politique. Notre union départementale a tenu sa place dans ce combat, qui était pour nous inséparable de la lutte revendicative. Quant au pacte atlantique, j’ai déjà évoqué novembre 1947, où le CCN de la CGT avait décidé de s’opposer au plan Marshall. Or, ce plan n’était qu’une étape dans la politique d’hégémonie mondiale poursuivie par les États-Unis. Il faut se souvenir que des accords militaires de en 1948, qui engageaient la France dans une coalition impérialiste agressive.

    Un nouveau pas fut franchi le 4 août 1949 par la signature du traité de l’Atlantique Nord, ratifié par l’Assemblée nationale en juillet. Pacte qui rassemblait, sous la direction des États-Unis, le potentiel économique et militaire des pays adhérents. Partout dans le monde s’implantaient des bases américaines ; chaque pays était concerné et les budgets de guerre augmentaient. Pour la France, ce budget atteint 600 milliards en 1949, 880 milliards en 1950 et 1 300 milliards en 1951.

    La CGT menait la lutte contre les colonialistes, la guerre du Vietnam se poursuivait ; des forces militaires françaises, de plus en plus nombreuses, étaient engagées et les navires revenaient à Marseille avec des centaines de blessés.

    D’ailleurs, à partir d’août 1950, les États-Unis apportaient leur soutien aux agresseurs, mais le peuple vietnamien résistait et infligeait défaite sur défaite au corps expéditionnaire.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Le coin des idées] « Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon »…

    [Le coin des idées] « Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon »…

    En revanche, avec ce recueil de textes parus dans L’Humanité, Témoignage chrétien, La faute à Diderot, La Croix, Vendémiaire et salué en termes élogieux par divers courants allant de Causeur à Marianne en passant par Liberté-Actus et même tout dernièrement La lettre du CRIF, Valère Staraselski travaille à se désaliéner de la pensée néo-gauchiste populiste, trop souvent intolérante et sectaire, en vogue aujourd’hui. Comment ? Par ce que l’historien Jean-Numa Ducange nomme à son propos de « réflexion salutaire sur le contenu des engagements politiques de Mélenchon ».

    C’est ainsi que l’on trouve des écrits directement politiques mais également portant sur la religion dans la droite ligne de son dernier roman Les Passagers de la cathédrale ou bien encore plus récemment dans celui du Cheminement d’un communiste en terre chrétienne d’André Chassaigne. Sur l’histoire de Bambi, sur les 100 ans de Parti communiste qu’il a codirigé avec Guillaume Roubaud-Quashie, sur la CGT (il est l’auteur d’Un siècle de Vie ouvrière), sur la notion d’Histoire…

    Et l’auteur montre, dans la contribution la plus importante qui clôt l’ouvrage, Domenico Losurdo, penseur du communisme, que ni la pensée communiste ni le communisme ne sont caduques. Bien au contraire. Aussi, sa présentation de l’œuvre de Domenico Losurdo, historien et philosophe italien se situant dans la lignée de Gramsci, claire et pédagogique, est assurément à ne pas manquer.

    Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon, Valère Staraselski, préface d’Arlette Vidal-Naquet, L’Harmattan, 154 p, 17 euros.

  • Logement social : Toulon en passe de sortir de la carence

    Logement social : Toulon en passe de sortir de la carence

    « Chaque logement social que nous produisons, que nous finançons, nous éloigne de la carence et nous rapproche de l’objectif fixé par le contrat de mixité sociale », explique Serge Lhotellier 21e adjoint au maire, en présentant un projet de participation financière de la ville à la Société foncière d’Habitat et Humanisme pour une opération rue Picot.

    « Il nous arrive de nous abstenir sur la construction de logements sociaux dans des zones que nous estimons beaucoup trop denses », s’est cru obligé d’expliquer le conseiller d’opposition (RN) Amaury Navarranne, histoire de ne pas se montrer sous son plus mauvais jour, sabre au clair en hussard de son parti antisocial. Contrairement à sa collègue Laure Lavalette qui aura beaucoup moins de pudeur un peu plus tard.

    « Ce n’est pas notre politique du logement, puisque nous privilégions plutôt la réhabilitation ou la rénovation », lui répond la maire de Toulon Josée Massi (SE). La charge viendra un peu plus tard, menée comme annoncée par la députée d’extrême droite au moment du débat sur la modification du Plan local d’urbanisme (PLU). Avec en guise d’intro, pour « expliquer » son retard, une attaque du monde syndical et du droit de manifester, la caravane FO ayant fait escale devant l’hôtel de ville.

    L’ignominie du RN

    Cette modification du PLU vise entre autres à accompagner le projet de reconstruction de la résidence sociale Adoma installée à La Loubière, afin de garantir aux résidents des conditions de vie dignes et confortables explique Geneviève Lévy, l’adjointe à l’urbanisme.

    Ceci va être prétexte pour l’élue frontiste pour tirer à boulets rouges sur les contraintes d’urbanisme qui selon elle, « empêche de construire et loger les Français ». La solution pour le parti à la flamme dont elle a été la porte-parole : « Nous aimerions mettre fin, abroger cette loi SRU qui nous paraît tout à fait Jacobin ». C’est-à-dire supprimer l’obligation de faire du logement social pour avoir soi-disant plus de logements sociaux à la fin, juste en faisant confiance à la bonne volonté des maires. Un raisonnement fallacieux pour éviter de dire tout le mal que pense le RN du logement social et de ses habitants.

    Elle pointe également le montant « hallucinant » de ce qu’elle appelle abusivement des pénalités. Et finit sa tirade en osant parler de justice sociale, en éructant que « la solidarité nationale devrait être réservée aux nationaux ».

    Préférant répondre par du concret plutôt qu’à ses fadaises, la maire de Toulon met en avant les 965 logements sociaux produits sur les trois ans, et la diminution de plus de moitié de la « pénalité ». Et de conclure : « Nous donnons la possibilité en effet aux Toulonnais d’être logés. Et nous avons bon espoir cette année de sortir de la carence ». De bons résultats salués par le préfet, dans ce secteur aussi, qui démontrent que non seulement Toulon a une capitaine mais qu’en plus elle sait plutôt bien barrer. N’en déplaise à son prédécesseur, Hubert Falco, qui s’est cru autorisé à faire référence au naufrage du Titanic, alors que le seul homme définitivement à la mer, c’est bien lui.

  • L’histoire de Sadako Sasaki racontée à Manosque

    L’histoire de Sadako Sasaki racontée à Manosque

    « À l’époque, personne ne savait encore que la bombe continuerait son œuvre en silence pendant des années, à l’intérieur des corps » : la présidente du Mouvement de la paix 04, Estelle Suner, a raconté jeudi l’histoire de Sadako Sasaki, fillette morte d’une leucémie liée à Hiroshima, en marge du festival littéraire. « Rien ne laissait deviner ce que la bombe avait déposé 11 ans plus tôt dans son sang », a-t-elle regretté en animant un théâtre japonais, faisant défiler des images devant une dizaine de personnes venues à cette présentation, au programme du OFF des Correspondances. Sadako Sasaki est « morte, à 12 ans, d’une maladie provoquée par une arme conçue par des adultes dans une guerre décidée par des adultes », a lancé la présidente du Mouvement de la paix.

    Des survivants pour raconter

    Estelle Suner a également évoqué le tabou et la discrimination subie par les survivants d’Hiroshima, qui « cachent leur histoire par peur du rejet ».

    « Aujourd’hui, 1 500 survivants et descendants de survivants de la bombe atomique témoignent encore, chaque année », a rappelé la militante. Trois d’entre eux sont venus raconter leur histoire à Château-Arnoux-Saint-Auban l’année dernière, et ont offert au Mouvement de la paix des photographies d’archive d’Hiroshima, qui étaient exposées pendant la présentation de jeudi.

    La présentation était inspirée du livre L’histoire authentique de Sadako Sasaki et des mille grues, également exposé pour les visiteurs jeudi. Un atelier d’origami a permis au public de réaliser des grues en papier, comme l’avait fait Sadako Sasaki avant sa disparition, inspirée de la légende selon laquelle la réalisation de mille grues permet de voir son vœu exaucé. Le Mouvement de la paix avait également préparé un diaporama de photographies d’Hiroshima, mais a préféré ne pas le montrer devant l’émotion déjà importante des spectateurs après la lecture-théâtre.

    Le Mouvement de la paix réitérera l’expérience, samedi à 15h30 à la salle annexe du café du coin.

  • [Quoi de neuf] « Il y a un angle mort sur le Midi blanc, conservateur »

    [Quoi de neuf] « Il y a un angle mort sur le Midi blanc, conservateur »

    Rémy Cougnenc : Le festival les Fourmilières contre les idées l’extrême droite est une première. Qu’est-ce que cela révèle du climat actuel ?

    Emmanuel Négrier : L’importance de l’enjeu et la très grande difficulté dans laquelle se trouvent les grands mouvements ciblés par l’extrême droite aujourd’hui. À savoir : trouver les armes pour lutter contre cette ascension. On voit dans le spectre électoral, les dynamiques de partis, les prises de position, une droitisation généralisée du discours et donc la fragilisation de personnes, groupes sociaux ou culturels ciblés par le RN. On le constate dans les premières expériences des villes conquises par le RN. L’urgence que manifestent ces mouvements, c’est de reprendre un peu la main pour faire le travail des partis politiques [de gauche, ndlr]. Il est essentiel de revenir sur l’Histoire pour ne pas se laisser berner par des discours populistes.

    Rémy Cougnenc : Philippe Secondy, c’est une plus-
    value historique que vous avez amenée au débat
    à la Carmagnole du 15
     septembre ?

    Philippe Secondy : Tout à fait. Je donne un éclairage sur l’esprit des lieux. Chaque territoire a des singularités politiques. Il est nécessaire de faire un long détour dans les archives pour montrer comment ces territoires ont été imprégnés sur le plan politique par des conflits parfois ancestraux avec des dimensions sociales, religieuses, économiques… qui ont pu peser.

    Rémy Cougnenc : Dans votre ouvrage, « La persistance du Midi Blanc » (catholicisme traditionnel, royauté, antirépublicains), vous expliquez que la crise viticole de 1907 a bouleversé les rapports de force avec le « Midi Rouge »…

    Philippe Secondy : Pour comprendre 1907, il faut comprendre ce qui s’est passé depuis la fin du XVIIIe siècle. En Languedoc et dans le sous-secteur rhodanien, on a un affrontement net entre les « rouges » et les « blancs ». Les « bleus » – les Orléanistes et Bonapartistes – étaient quelque peu marginaux. L’extrême droite a des racines dans ce Midi royaliste, dans lequel la religion va jouer un rôle de ciment fédérateur. Au XIXe, il y aura plusieurs dimensions. Dès 1819 avec la Restauration, durant Louis XVIII, Montpellier est la première ville de France à ériger un monument en l’honneur du « roi martyr », Louis XVI. La pose de la première pierre a donné lieu à un grand rassemblement populaire en 1819. La statue a été érigée place des Capucins aujourd’hui place du marché aux fleurs (à côté de la préfecture). On a des grands propriétaires terriens nobles alliés à la haute bourgeoisie mais aussi un enracinement de cette culture politique au sein des couches populaires. Tout cela sera confirmé lors des élections de 1849 après l’instauration du suffrage universel direct masculin. On va voir surgir des bastions « blancs » notamment dans l’est de l’Hérault. Au fil du siècle, ce Midi blanc va se consolider avec le journal L’Éclair qui naît en 1881 et qui existera avec un impact important jusqu’en 1944, dirigé par des membres de la noblesse et de la grande bourgeoisie. Ils seront rejoints par l’évêque Monseigneur de Cabrières qui jouera un rôle central durant un demi-siècle. En 1907, il va tendre la main aux révoltés de la viticulture et des perches à certains membres du « Midi rouge » qui est assez éclaté avec des radicaux-socialistes vus comme des radis : rouges de l’extérieur mais blancs de l’intérieur. Il va profiter de ce moment d’union nationale pour essayer de récupérer sur le plan politique ces viticulteurs massivement mobilisés contre l’État central [face à la surproduction de vin].

    Olivier Nottale : C’est vrai que les jeunes de 2026 n’ont pas forcément connaissance qu’il a pu exister ce « Midi blanc » à Montpellier…

    Philippe Secondy : En fait, il y a longtemps eu une focalisation sur le « Midi rouge » avec des travaux importants de l’historien Jean Sagnes ou Paul Alliès en science politique. Il y a un angle mort de ce Midi conservateur structuré par les royalistes. Chez eux, il y aura des entrepreneurs politiques qui ont accepté les règles de la modernité électorale avec le suffrage universel. Je pense notamment à l’avocat André Vincent qui à la fin du XIXe siècle va développer la jeunesse royaliste, laquelle va entamer un bras de fer avec les notables « blancs », favorables à une sorte d’honorable modération, ne souhaitant pas participer au jeu politique. Or, André Vincent et ses émules comprennent que pour agir concrètement, il faut adopter les nouvelles règles. Grâce au concours de l’Église, ils vont créer des structures de type associatif, vecteurs essentiels pour ancrer ce « Midi blanc ». On met aussi en avant ce qu’il se passe dans les monarchies européennes voisines. Une sorte de programme politique assez moderniste sur certains points se met en place.

    Rémy Cougnenc : Comment le « Midi blanc » a-t-il encaissé la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ?

    Philippe Secondy : Cela a été un coup derrière la tête mais aussi un moment important de mobilisation politique. Mgr de Cabrières qui sera aussi cardinal va défier le Pape Léon XIII qui prônait le ralliement à la République. Il va écrire le manifeste d’Avignon.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • 126 ans de lutte pour l’autonomie syndicale à Arles

    126 ans de lutte pour l’autonomie syndicale à Arles

    La Bourse du travail est un lieu de patrimoine non pas par ancienneté mais parce qu’elle véhicule une mémoire ouvrière et sociale », estime Nicolas Koukas, élu (PCF) à Arles et historien de formation. À l’occasion de la journée du Patrimoine, il revient sur l’« histoire collective » du bâtiment, alors que le maire (Horizons) Patrick de Carolis souhaite en évincer l’Union locale CGT depuis trois ans.

    Car depuis son inauguration en 1901, la question se pose : « Qui contrôle la bourse » pose l’historien. L’essor du monde ouvrier a conduit la municipalité socialiste d’Honoré Nicolas à créer la Bourse du travail, l’édile dira même à la grande fête d’inauguration « Instruisez-vous citoyens, apprenez à raisonner (…) et vous serez libre » retranscrit en substance l’historien, rappelant l’importance de la bibliothèque dans ce lieu. « C’est plus une question de liberté que d’instruction », nuance-t-il.

    « Un lieu démocratique »

    « À l’époque, la mairie veut un employé non syndiqué sur place pour surveiller, tandis que les syndicats souhaitent davantage d’autonomie. C’est l’épisode dit du concierge », indique Nicolas Koukas. En 1904, les relations avec le même Honoré Nicolas se tendent autour de l’indépendance des syndicats vis-à-vis des partis. En 1906, la Ville refuse aux ouvriers grévistes de se réunir à la Bourse. En février 1909, « la Bourse du travail obtient son autonomie et devient la maison des syndicats », détaille l’orateur.

    Une autonomie remise en cause. « Un journal de droite demande en 1920 la fermeture de la Bourse du travail car ‘‘foyer le plus important de toute l’agitation révolutionnaire à Arles’’, cela montre ce que les réactionnaires avaient déjà en eux », estime Nicolas Koukas. Le régime de Vichy ira beaucoup plus loin. « Les syndicats seront interdits et la Bourse du travail fermée » indique le conférencier, « huit cheminots seront arrêtés et trois déportés ».

    À la Libération, la Bourse du travail retrouve sa fonction, « toutes les mobilisations vont s’y succéder : papeteries, Lustucru, hôpital »… liste Nicolas Koukas. « La Bourse du travail est un lieu essentiel à la démocratie », conclut-il.

  • [Hommage] Une poignée de terre du maquis Jean Grandel à Châteaubriant

    [Hommage] Une poignée de terre du maquis Jean Grandel à Châteaubriant

    C’était le premier maquis de l’Hérault. Un maquis Francs tireurs et partisans créé dans la région de Saint-Pons-de-Thomières. Deux ans après que 27 hommes, surtout des communistes et des cégétistes, avaient été fusillés le 22 octobre 1941 à Châteaubriant, le premier réflexe de ces résistants héraultais fut de donner à leur groupe le nom de Jean Grandel. Une autre de leurs motivations fut certainement que Jean Grandel, fusillé aux côtés de Guy Môquet, était né en 1891 à Montpellier et qu’il y fut secrétaire de l’Union locale CGTU. Mais sa vie héroïque tout du long justifiait à elle seule qu’ils lui rendent hommage. 85 ans après sa mort, le 19 septembre prochain à Prémian et Saint-Étienne d’Albagnan, au cœur du maquis qui portait son nom, un hommage national sera rendu à celui qui fut maire de Gennevilliers de 1934 à 1939.

    Jean-Claude Llinarès, ancien président de l’institut d’histoire sociale de la CGT de l’Hérault et président de l’Arac (association républicaine des anciens combattants) est une des chevilles ouvrières de cette cérémonie toute particulière, puisqu’une dizaine de jeunes de Gennevilliers viendront « prélever un peu de la terre du maquis pour l’apporter dans une alvéole du monument dédié aux martyrs » au mémorial de Châteaubriant en Loire Atlantique.

    Il n’avait que 50 ans quand, otage désigné « par le revanchard des négociations de 1936, Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur du gouvernement de Vichy », précise Jean-Claude Llinarès, Jean Grandel fut fusillé par les nazis en représailles à un attentat contre un général allemand. Avant son assassinat, sa vie avait été d’une extraordinaire richesse. Normalien, entré par concours aux PTT, aviateur pendant la première guerre mondiale, très tôt syndicaliste, Jean Grandel fut directement à l’origine de la création du syndicat unitaire du textile de Lodève.

    Affecté à Paris Poste en 1924, il aura d’importantes responsabilités syndicales qui lui vaudront d’être suspendu puis révoqué des PTT en 1929. Et en 1934, domicilié à Gennevilliers près de Paris, membre du PCF depuis 1926, il est élu conseiller général puis maire de Gennevilliers. Quand commence la guerre d’Espagne, se faisant remplacer à Gennevilliers, il s’engage contre le franquisme et organise sur place le service de courrier et de communication des Brigades internationales. En 1940, il est déchu comme 60 autres élus communistes de ses mandats. Après une période dans la clandestinité, il sera arrêté, transféré de camp en camp avant d’être fusillé.

    La veille de sa mort, il écrit à sa compagne : « Ma main ne tremble pas… J’ai vécu pour le bien du peuple ; je meurs pour lui sachant que ma mort ne sera pas inutile. Plus que jamais, j’ai confiance en l’avenir. » Un avenir qui n’est aujourd’hui pas si radieux, insiste Jean-Claude Linarès, indigné par ce qu’il appelle « la revisitation de l’histoire », « en particulier ici à Béziers, par Robert Ménard ». Mais aussi par tous ceux qui essaient de récupérer les Résistants, notamment l’extrême droite alors que le RN a été créé par d’anciens collabos, les mêmes qui ont permis que Jean Grandel et Guy Môquet soient fusillés.

    * Le rendez-vous est fixé à 10h45 à Prémian avant la montée vers le maquis, où sera prélevée la terre. Puis auront lieu les différents dépôts de gerbe à Prémian et Saint-Etienne d’Albagnan. Après le repas à 14h, conférence-débat avec Danielle Ledoux, co-autrice de l’ouvrage « Jean Grandel un homme
    du peuple dans l’Histoire
     ».

    « Ma main ne tremble pas… J’ai vécu pour le bien du peuple »