Tag: histoire

  • La Seyne-sur-Mer : pour s’armer intellectuellement contre l’extrême droite

    La Seyne-sur-Mer : pour s’armer intellectuellement contre l’extrême droite

    Une soirée de réflexion proposée autour de deux de ses livres aux titres évocateurs : « L’Arabe, nouveau bouc émissaire du capital » et « Du fascisme historique au nouveau fascisme ».

    Dans un département où l’extrême droite ne cesse d’augmenter son influence et ses prises de guerre, comme l’ancien bastion de gauche qu’était l’ex-Cité des Chantiers où va se dérouler l’initiative, nul doute que les échanges seront féconds. Comme l’analyse d’André Prone qui fournit de la matière pour continuer le combat.

  • Une exposition sur l’histoire locale du Front populaire à Gap

    Une exposition sur l’histoire locale du Front populaire à Gap

    Pour les 90 ans du Front populaire, l’institut d’Histoire sociale CGT du département (IHS-CGT 05) organise une exposition itinérante « Le Front populaire dans les Hautes-Alpes », composée de dix-sept panneaux retraçant à la fois le contexte national mais surtout le déroulement de cette période dans le département. La première étape a lieu ce samedi à Gap au Foyer des jeunes travailleurs à partir de 10h. À 16h, le court-métrage de fiction « La Rage au cœur », qui se déroule dans le bassin minier du Nord, sera diffusé, suivi d’une conférence sur les aspects marquants du Front populaire dans les Hautes-Alpes, présentée par Philippe Cottet, président de l’IHS-CGT 05.

    « L’idée est d’ensuite démultiplier l’événement », explique-t-il. En novembre, l’exposition sera disponible à L’Argentières : « C’était la ville ouvrière du département, avec son usine d’aluminium. 800 salariés : c’était énorme pour le département ! » Après un nouveau passage à Gap en janvier 2027, l’exposition ira jusqu’à Veynes, « la ville cheminote ». Plusieurs panneaux retracent l’histoire de ces villes au moment du Front populaire. « Ce qui caractérise le département à cette époque, c’est que ce n’est pas un territoire industrialisé, donc le syndicalisme n’est pas fort au départ », explique Philippe Cottet, auteur du livre Les Hautes-Alpes dans le Front Populaire 1936-1938. Les visiteurs sont amenés à découvrir notamment deux luttes emblématiques du département : la grève du BTP à Gap, première grosse mobilisation locale, grâce à laquelle les salariés ont obtenu des avancées sociales. Puis, celle de l’usine textile La Cotonnière à Savines : un conflit d’un an, qui s’est soldé par un échec. Une exposition qui, Philippe Cottet l’espère, fera écho aux enjeux politiques actuels.

  • Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Préparée dans le plus grand secret – le lieu ayant été précisé au dernier moment à la presse – pour que l’électrochoc fonctionne à plein régime et éviter aussi que la direction ne vienne mettre des bâtons dans les roues, la mobilisation s’est déroulée dans une parfaite fluidité. Entrés sans encombre dans le magasin dès 9h, les manifestants ont défilé dans l’allée centrale de l’hypermarché, arborant drapeaux et chasubles de la CGT. Une centaine de salariés de l’enseigne sont venus inviter leurs collègues d’Ollioules à les rejoindre dans le combat pour défendre leurs droits et leurs intérêts.

    Dans sa prise de parole, le délégué syndical Patrick Aitaissa a dénoncé la stagnation des salaires, la réduction des effectifs et les conséquences des conditions de travail sur la santé des salariés, en rappelant les milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés par Carrefour. Histoire d’insister sur le décalage entre les résultats de l’entreprise et leur pouvoir d’achat.

    « Qui fait tourner les magasins ? Nous, les caissières, les employés libre-service, les boulangers, les bouchers, les manutentionnaires, les agents de sécurité... », martèle le responsable syndical. Et de poursuivre : « Les prix du loyer, de l’énergie et du caddie explosent. Et nos fiches de paie n’avancent pas. »

    La CGT pointe ensuite les responsabilités. À commencer par celle de la direction. Le syndicat l’appelle à respecter la clause de revoyure prévue dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO), estimant que celle-ci doit permettre une évolution des salaires lorsque l’inflation augmente. « Quand l’inflation dérape, les salaires doivent suivre. Ce n’est pas une faveur, c’est un engagement », rappelle Patrick Aitaissala en demandant donc son application.

    Autre sujet mis en avant lors de cette mobilisation : les conditions de travail. La CGT dénonce « des effectifs réduits à l’os pour faire tourner le magasin » et des cadences qui épuisent et pèsent directement sur la santé des salariés. Mais aussi des changements de planning de dernière minute et les dimanches imposés.

    La CGT estime d’ailleurs que les alertes, lancées par les salariés concernant la sécurité et la souffrance au travail, ne sont pas suffisamment prises en compte. Et cerise sur le gâteau : des licenciements pour inaptitude, selon le syndicat, venant récompenser les loyaux services une fois les corps abîmés.

    Un autre rapport de force

    La mobilisation a en effet également porté sur le devenir de ces salariés confrontés à des problèmes de santé liés à leurs conditions de travail.

    « Nous exigeons l’arrêt de ces licenciements, plus de 3 200 depuis 2018 au sein de Carrefour, et le respect de l’obligation de reclassement », a déclaré le représentant syndical. Et d’évoquer selon lui le cas d’une ancienne salariée du magasin d’Ollioules, qui en a elle-même fait les frais après avoir été confrontée à des problèmes successivement aux deux épaules ayant entraîné plusieurs mois d’arrêt de travail.

    Dans ses communications institutionnelles, Carrefour met en avant un « dialogue social constructif et régulier » ainsi qu’une politique de « prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail ».

    Les inquiétudes relatives aux évolutions annoncées ou envisagées au sein du groupe, notamment la location-gérance et la franchise, ont également été exprimées. Avec à la clé, encore « moins de droits, moins de garanties, moins de protections » et la remise en cause des conquis sociaux. « On est là aussi pour dénoncer la stratégie de notre PDG, Alexandre Bompard, qui finalement, lui, se prend 19 000 euros par jour et nous augmente de 0,9%, alors que la plupart sont payés juste un peu au-dessus du Smic », poursuit Céline Arnaud, la déléguée syndicale nationale adjointe CGT Carrefour Hypermarché. Et de poursuivre : « C’est un rentier, pour gagner toujours plus d’argent, il loue ses magasins et sépare de la masse salariale. »

    La CGT a aussi mis en cause certaines pratiques syndicales. « Le syndicat maison est ici bien en place et maltraite les travailleurs de ce magasin », condamne la responsable cégétiste, qui affirme par ailleurs : « Ici, si tu n’as pas ta carte à ce syndicat, tu n’as pas de tire-pales électriques et tu t’exploses le dos avec un tire-pales manuel. » Une proximité avec la direction et des prises de position jugées indignes d’une organisation syndicale, blâme la CGT. Elle invite donc les salariés à « se réveiller » et voter aux prochaines élections professionnelles en leur faveur.

    Une démonstration bien accueillie qui pourrait porter ses fruits. D’ici là, CGT promet d’aider les salariés à s’organiser.

  • [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    Françoise Verna : La 7e édition des Rencontres franco-espagnoles, du 8 au 13 octobre prend cette année une dimension particulière, 90 ans après le début de la Guerre d’Espagne. En quoi la présence du ministre espagnol délégué à la mémoire démocratique, Fernando Lopez Martinez, est-elle importante le 8 octobre à Montpellier ?

    Manuela Parra : Cette présence c’est reconnaître l’engagement de ces hommes et de ces femmes qui se sont battus pour à la fois la seconde République et aussi pour maintenir la liberté et l’égalité. Cela les réhabilite et leur rend leur dignité qui a été bafouée même quand ils sont arrivés en France. C’est aussi le sens du secrétariat d’État à la Mémoire démocratique espagnol qui a été relancé depuis 2022 par Pedro Sánchez. Cela concerne notamment la recherche dans les fosses communes, la réhabilitation des victimes qui ont eu des procès inacceptables sous la dictature de Franco, etc.

    Olivier Nottale : C’est un message pour aujourd’hui ?

    Manuela Parra : Ces gens ont fait un sacrifice pour qu’aujourd’hui on puisse parler librement et être libre dans notre pays. Est-ce qu’un jour, on sera nous aussi à la hauteur ? Je trouve qu’il y a encore du chemin à faire et nous devons prendre celui de la transmission pour que les jeunes comprennent que la liberté, l’égalité, la fraternité, la République en France, c’est quelque chose de fragile, on le voit bien.

    Françoise Verna : La mémoire et l’histoire ont plutôt été écrites par les vainqueurs en Espagne…

    Manuela Parra : Les vainqueurs, c’est les franquistes qui ont mis une chape de plomb jusqu’au milieu des années 70. Donc c’est aussi un combat. Ce n’est pas la même façon d’appréhender la mémoire, par exemple ici en France avec la Résistance, qu’en Espagne. Le franquisme a, nous ne l’oublions pas, abattu la République. En fait, la mémoire démocratique en Espagne, c’est quand même beaucoup plus politique que ce que l’on voit en France où c’est beaucoup plus mémoriel, culturel. En Espagne, c’est la troisième génération qui combat et qui se bat pour l’histoire qui a été complètement réécrite par le dictateur -on va appeler les choses comme elles sont- par le dictateur Franco, comme font d’ailleurs tous les dictateurs. Quand on voit Trump aujourd’hui qui interdit un certain nombre de mots, c’est ce qu’a fait Franco à l’époque.

    Olivier Nottale : Cette histoire est aussi réécrite aujourd’hui par des partis comme Vox à l’extrême droite et le Parti populaire aussi, qui est quand même issu du franquisme.

    Manuela Parra : Quand ces gens-là reviennent au gouvernement, ils effacent tout le travail qui a été fait depuis 2007 sur ces questions de mémoire démocratique. Donc, on voit bien que l’enjeu est important pour l’Espagne. L’historien Enrique Tudela Vasquez va venir nous présenter les recherches dans les fosses communes, notamment au Barranco de Viznard où on pense que la dépouille du poète Federico Garcia Lorca pourrait être.

    Françoise Verna : C’est donc un travail très concret ?

    Manuela Parra : Je suis allée avec lui l’année dernière à Huelva, où des jeunes archéologues de l’Université Grenade ouvraient une fosse commune. Historiens et archéologues travaillent ensemble.

    On a la chance, le 10 octobre, d’accueillir Antonio Orihuela, écrivain, poète et historien. Il a fait sa thèse sur la répression et le silence dans sa petite ville de Moguer. C’est un travail sur les droites qui réécrivent l’histoire. Et il dit bien les droites Donc, en Espagne, c’est un combat qui est un combat politique.

    Françoise Verna : Federico Garcia Lorca est aussi très présent dans ces Rencontres ?

    Manuela Parra : C’est un poète, un musicien qui était ancré dans l’Andalousie et qui a fait émerger et connaître la culture populaire andalouse. Nous allons l’aborder comme symbole de l’effacement de la mémoire, puisqu’on recherche toujours son corps. Quand on parle de lui, on parle aussi des autres. Le film de Magali Negroni, Federico Garcia Lorca 1898/1936 va être le support pour en parler. La réalisatrice le traite, dans ce documentaire qui dure 50 minutes, justement sur son engagement et puis aussi sous l’angle de l’homophobie et de son homosexualité qui a été posée aussi comme hypothèse de son assassinat.

    Olivier Nottale : Des lycéens et collégiens sont aussi
    associés à ces rencontres
     ?

    Manuela Parra : J’ai tenu absolument que le film qui a été fait par les jeunes du lycée Mermoz, Entre deux frontières, une mémoire, sous la responsabilité de leurs professeurs, en partenariat avec les lycéens d’Alcalá de Henares en Espagne, puisse être projeté à l’ouverture, devant le maire de Montpellier et le secrétaire d’État à la Mémoire démocratique espagnol. Parce que c’est la concrétisation de notre démarche. Ce film est fondamental et il a certainement vocation à vivre dans les établissements. Je l’espère.

    *Du 8 au 13 octobre, « 1936-2026, Réveiller les consciences ». Programme complet sur voixdelextremepoesieetculture.blogspot.com

    Entrée gratuite.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    La Marseillaise : Pourquoi les ouvriers ont-ils eu besoin de Bourses du travail ?

    Sylvie Brunol : Au départ, ce sont des lieux faits pour accueillir les travailleurs, les informer, les aider et organiser la solidarité. On y trouve du placement, des bibliothèques, de l’entraide, et même autrefois des cours du soir, essentiels pour l’éducation ouvrière. Et au fond, cette fonction existe toujours : aujourd’hui encore, on y vient pour un conseil juridique, pour être accompagné lors d’un licenciement, pour rencontrer un syndicat. Ce ne sont donc jamais de simples bureaux.

    Ont-elles joué un rôle dans
    la construction du syndicalisme français
     ?

    S.B. : Un rôle majeur. À la fin du XIXe siècle, il y a d’un côté les fédérations de métiers, de l’autre les Bourses du travail, notamment animées par Fernand Pelloutier. La CGT naît en 1895, mais l’unification reste incomplète. Et Montpellier joue un rôle important : en 1902, Louis Niel, secrétaire de la Bourse du travail, travaille à rapprocher les deux structures. Le congrès de Montpellier marque cette unité entre fédérations de métiers et Bourses du travail. C’est une étape essentielle dans la construction de la CGT telle qu’on la connaît.

    Dès l’origine, ces lieux dépendent pourtant beaucoup des municipalités…

    S.B. : Oui, et c’est toute l’ambiguïté. Beaucoup ont été créées dans des villes radicales ou socialistes, avec des locaux fournis ou financés par les communes. Certains syndicalistes s’en méfiaient déjà : si le pouvoir municipal change, le syndicat peut se retrouver dépendant d’un élu hostile. C’est une fragilité qui traverse toute leur histoire. À Sète, par exemple, la mairie UDF a tenté dans les années 1980 de transférer la Bourse, puis a cessé de financer certaines dépenses. Il a fallu un comité de défense et des années de mobilisation pour la maintenir. Et cette tension est presque aussi vieille que les Bourses elles-mêmes. Toujours à Sète, dès 1901, le maire Honoré Euzet refuse de remettre les clés aux syndicats avec l’autonomie prévue par leurs statuts. Il faudra son départ et l’élection d’une municipalité ouvrière pour que la Bourse leur soit officiellement remise en 1902.

    L’histoire fournit aussi des exemples plus brutaux…

    S.B. : Le patronat et l’extrême droite ont toujours menacé les syndicats. Mais sous Vichy, on change clairement d’échelle. La CGT est dissoute en novembre 1940. À Béziers, en 1942, les locaux de la Bourse sont attribués à des organisations liées à la « Révolution nationale » pétainiste, tandis que des militants CGT entrent dans la clandestinité et la Résistance. Je ne dis pas qu’on peut plaquer mécaniquement cette histoire sur l’actualité, ce serait faux. Mais elle montre que quand un pouvoir veut contrôler ou affaiblir le syndicalisme, les lieux où les travailleurs s’organisent deviennent très vite une cible. Cela doit nous pousser à être vigilants.

    Êtes-vous inquiète des attaques actuelles contre les locaux syndicaux ?

    S.B. : Oui. Il y a toujours eu des conflits avec des municipalités de droite comme de gauche. Mais aujourd’hui, avec les mairies RN de Carcassonne ou Bagnols-sur-Cèze, on voit se multiplier les décisions concernant directement ces lieux : la mairie de Carcassonne a engagé une procédure pour faire quitter la Bourse du travail aux syndicats ; à Bagnols, elle a annoncé la fin de la mise à disposition des locaux du centre Mendès-France. Derrière la question immobilière, il y a la capacité de se réunir, d’accueillir les salariés, de construire une action collective. Je pense aussi à l’Italie : le siège de la CGIL a été saccagé en 2021 par des militants d’extrême droite. C’était avant l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir, mais pour moi cet épisode reste un avertissement sur la fragilité des libertés syndicales.

    Pourquoi faut-il encore défendre ces lieux en 2026 ?

    S.B. : Parce qu’ils servent toujours. On y accompagne des salariés, des chômeurs, des précaires, parfois des travailleurs sans papiers. On y trouve des conseillers du salarié, de l’aide juridique, mais aussi un espace pour s’organiser collectivement. La liberté syndicale ne vit pas seulement dans les textes : elle a besoin de lieux. Le Préambule de 1946 reconnaît d’ailleurs le droit de chacun à défendre ses intérêts par l’action syndicale. Si je devais résumer, je dirais simplement : « les droits pour tout le monde ».

    Entretien réalisé par Axel Jolidon

    « Sans vouloir
    faire de parallèle mécanique avec les années 30, certains mécanismes historiques doivent nous pousser
    à rester vigilants. »

  • Des rencontres pour se souvenir de la guerre d’Espagne

    Des rencontres pour se souvenir de la guerre d’Espagne

    L’espoir puis la guerre. Victorieux dans les urnes en février 1936, le Frente Popular, le Front populaire espagnol, fut réprimé dès juillet par des militaires. Le conflit de trois ans qui s’ensuivit déboucha sur la dictature de Francisco Franco. Neuf décennies après les débuts de la guerre d’Espagne, les Rencontres franco-espagnoles de Montpellier ressusciteront la mémoire des événements qui ont contraint des milliers d’Espagnols à l’exil. La manifestation, portée par l’association Voix de l’extrême Poésie et Culture, mêlera pendant cinq jours des témoignages, des interventions de chercheurs, des propositions artistiques ainsi que des productions d’élèves.

    Décentrer le regard

    La soirée d’ouverture du jeudi 8 octobre sera un premier temps fort, avec la présence du secrétaire d’État espagnol en charge de la « mémoire démocratique ». La venue de Fernando MartÍnez López intervient alors que le gouvernement dirigé par Pedro Sánchez (PSOE) a multiplié les initiatives mémorielles ces dernières années. Le rendez-vous se poursuivra avec la projection du documentaire Entre deux frontières, une mémoire, produit dans le cadre du programme européen Erasmus +. Le film restitue le regard de lycéens espagnols et français sur les traces que le conflit a laissées dans les deux pays. La soirée s’achèvera avec la conférence d’une historienne de l’art sur les engagements du peintre Joan Miró.

    Un des mérites des Rencontres franco-espagnoles est d’apporter des éclairages inédits sur la guerre d’Espagne. Le vendredi 9 octobre, Marisa Martínez Pérsico reviendra sur le départ de sa grand-mère pour l’Argentine en 1938. L’exil vers l’Amérique latine est un pan d’histoire sans doute moins connu par le public français. Le lendemain, la doctorante Léa Barril exposera ses recherches sur les conditions d’accueil effroyables que vécurent des réfugiés espagnols en Isère. L’attitude des autorités françaises de la IIIe République pendant la guerre d’Espagne est un sujet d’étude qui ne cesse d’être approfondi.

    Une autre vocation des Rencontres est d’inscrire l’expérience des réfugiés espagnols dans une histoire globale. C’est pourquoi, depuis plusieurs éditions, la parole est donnée à des organisations venant en aide aux migrants, comme SOS Méditerranée. Cette année, le lundi 12 octobre, c’est l’association France terre d’Asile qui sera reçue. Sa présidente, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale entre 2014 et 2017, Najat Vallaud-Belkacem, présentera son livre Réfugiés, ce qu’on ne nous dit pas. Co-écrit avec l’économiste Benjamin Michallet, l’ouvrage vise à désamorcer les idées reçues sur les personnes exilées. « Il nous paraît évident de faire des parallèles avec ce qui s’est passé, ou se passe, ailleurs », explique Manuela Parra, la présidente de Voix de l’extrême, elle-même fille d’exilés espagnols. « Ce n’est pas uniquement l’histoire de la guerre d’Espagne. Nous portons un propos qui se voudrait général et universel », souligne-t-elle.

    Julien Bramy

    *Plus d’informations sur la page Facebook de l’association Voix de l’extrême

  • Indélébile

    Indélébile

    20 000 Marseillais raflés, 1 600 déportés dont 804 juifs, tout un quartier annihilé. La barbarie mise en œuvre par les nazis et leurs complices de Vichy en janvier 1943 est désormais officiellement reconnue par la République française comme crime contre l’Humanité.

    C’est une grande victoire. D’abord pour les survivants et les descendants des victimes qui ont beaucoup lutté pour que ce moment de l’histoire de Marseille soit reconnu pour ce qu’il est.

    Ensuite, pour toutes celles et tous ceux ayant à cœur de caractériser les crimes qui, par leur atrocité, blessent notre Humanité tout entière.

    Enfin, c’est une victoire contre l’oubli alors que la dernière génération porteuse de la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale est en train de s’éteindre.

    Notre pays en a bien besoin. Alors que l’extrême droite, qui n’a pas dirigé la France depuis la Libération, est prise dans une polémique sur des propos antisémites attribués au président du RN par Mediapart, on peut mesurer l’ampleur du brouillage des repères.

    Les héritiers de « tonton Dolfy »

    Des commentateurs et des citoyens semblent sincèrement tomber de la chaise, alors qu’il s’agit du chef d’un parti fondé par Waffen SS dont la figure tutélaire, Jean-Marie Le Pen, a été condamnée pour contestation de crime contre l’humanité et surnommait d’après la propre mère de Marine Le Pen, Adolf Hitler « tonton Dolfy ».

    Ces battus de 1944, ces revanchards antirépublicains, ces dissimulateurs, doivent à nouveau mordre la poussière.

    Non, les rafles, la déportation, les chambres à gaz, ne sont pas un détail de l’Histoire. Elles laissent une marque indélébile. Non, l’antisémitisme n’est pas résiduel en France et ne se cantonne pas aux milieux d’extrême droite. Ce poison comme le racisme et toutes les formes de haine doivent être combattus avec la dernière énergie.

    Héritière de l’esprit de Résistance, La Marseillaise, y mettra toutes ses forces.

  • Un atlas pour explorer l’histoire enfouie de Nîmes

    Un atlas pour explorer l’histoire enfouie de Nîmes

    À Nîmes, il suffit parfois de creuser quelques mètres pour changer de siècle. Sous une avenue, un parking ou un futur immeuble peuvent réapparaître une mosaïque, une tombe ou les murs d’une maison antique. Depuis près d’un demi-siècle, les transformations de la ville racontent ainsi, chantier après chantier, une autre histoire de Nîmes. Une histoire désormais réunie dans un Atlas archéologique numérique, présenté au musée de la Romanité.

    Dévoilé à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, trois ans jour pour jour après l’inscription de la Maison Carrée au patrimoine mondial de l’Unesco, l’outil est le fruit d’un partenariat entre la Ville et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

    Depuis les années 1980, plus de 400 diagnostics et quelque 140 fouilles préventives ont été menés sur la commune au gré des opérations immobilières et des grands aménagements. Une cinquantaine de chantiers emblématiques ont été retenus pour cette première version. Sur la carte, des points rouges jalonnent Nîmes. Un clic suffit pour retrouver photographies, plans, textes, vidéos et objets découverts sur place. L’avenue Jean-Jaurès y côtoie les Halles, Villa Roma ou le quartier Clérisseau. On y croise aussi la mosaïque de Penthée, la statue de Neptune ou encore le portrait d’un notable gaulois découvert en 2023 près du cadereau.

    Un outil qui manquait

    L’intérêt de l’atlas ne tient pourtant pas seulement à ses découvertes spectaculaires. Des dossiers thématiques permettent aussi de suivre l’évolution de Nîmes, de l’agglomération gauloise à la cité romaine puis médiévale, en passant par la vigne, les pratiques funéraires, l’aqueduc, les peintures murales ou les remparts. « Pour le public qui ne connaît pas Nîmes, cela permet d’avoir une belle idée de son passé. Et les Nîmois peuvent savoir exactement où ont été trouvés les vestiges », souligne Jean-Yves Breuil, chargé des relations avec les aménageurs à l’Inrap.

    Pour le musée, l’outil vient aussi combler un manque : « L’enjeu du contexte est compliqué à amener dans un musée. Ici, l’atlas sera complémentaire de la visite et des objets présentés en vitrine », explique son conservateur Nicolas de Larquier. Installé dans le hall, il est accessible librement, sans billet d’entrée, et peut également être consulté en ligne. L’atlas permet ainsi de replacer les objets exposés dans leur environnement d’origine et de montrer ce que l’archéologie préventive apporte à la connaissance de la ville.

    L’outil n’a d’ailleurs pas vocation à rester figé. « Ce travail est évolutif et sera enrichi au fur et à mesure des découvertes », insiste Nadia Goudard, conseillère municipale déléguée aux patrimoines culturels et à l’Unesco. Une nécessité dans une ville où, comme le résume Jean-Yves Breuil, « il y a encore toute la ville romaine en dessous ».

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Témoignage livré en 2008

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

    C’est une belle famille ! Nous habitons au 5, rue de l’Académie, en plein centre-ville, en face le1 magasin de chaussures de ma grand-mère, Clémentine, qui nous gâte beaucoup.

    Mon père, qui avait commencé comme taxi après la Grande Guerre, est maintenant installé comme mécanicien-garagiste au 70-72, rue Cherchell (actuellement rue Jules-Moulet), dans le VIe arrondissement.

    Le Garage de l’Ascenseur est un grand garage de quatre-vingts places environ. Mon père emploie un mécanicien, un carrossier-peintre et un gardien, qui loge avec sa femme et son fils dans un petit appartement de fonction.

    Outre les réparations, mon père fait de l’achat et de la vente de voitures, ainsi que de la location sans chauffeur. Il a une belle clientèle, car son garage est dans le quartier bourgeois du boulevard Notre-Dame (au pied de « La Bonne Mère », qui surmonte Notre-Dame-de-la-Garde), et elle est composée de médecins et d’industriels qui ont une grande confiance et estime pour M. Lucien Marter.

    Des bancs de Thiers à ceux
    de Montgrand

    Mes frères vont au lycée Thiers2, à cent cinquante mètres de notre domicile. J’y fais aussi mes classes enfantines jusqu’à la septième, et j’en garde des souvenirs émus en raison des amitiés nouées avec des camarades de mon âge et de certaines institutrices qui m’avaient voué une grande affection.

    Puis, dès la sixième, j’entre au lycée Montgrand, un peu plus loin, un peu plus snob, mais où la camaraderie va s’installer grâce à la constitution d’une fine équipe que nous baptiserons la « Tribi » ou la « tribu des i », chaque membre étant dotée d’un nom se terminant par un i. Je suis donc baptisée « Radis » en raison, sans doute, de ma petite taille…

    Mes camarades, des filles intelligentes et studieuses, ont comme moi la passion du cinéma et des acteurs play-boys de l’époque. Chaque jeudi, nous nous retrouvons chez l’une ou chez l’autre, et nous y faisons notre théâtre personnel en trouvant dans les greniers des costumes qui nous permettent de jouer la comédie, voire la tragédie.

    Nous parvenons même à constituer une troupe amateur avec Lily Scherr, son frère Alfred et ses amis, Claude Aburbe et Salvator Zarava. Cette troupe montera Les Précieuses ridicules au théâtre de l’Œuvre, à Marseille.

    à suivre la semaine prochaine…

    1. Sic. Formulation méridionale

    2. À cette époque, cet établissement était mixte et comprenait des classes de la douzième à la septième

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    Avec cette prise de position ferme de la CGT, dans laquelle les dockers de Marseille et les inscrits maritimes ont joué un grand rôle, nous nous heurtions à l’opposition des directions FO et CFTC qui voulaient interdire aux syndicats toute action débordant le cadre professionnel. Leenhardt et Gaston Defferre s’employaient dans Le Provençal contre la CGT et le PCF.

    Les événements ultérieurs confirmèrent qu’il existait dans le mouvement ouvrier français une autre tradition qui ne pouvait rester à l’écart du rassemblement et de la lutte pour la paix. En août 1948, à Wroclaw, en Pologne, se tint un congrès mondial des intellectuels pour la paix avec la participation d’écrivains comme Aragon. En novembre, les assises pour la paix et la liberté rassemblèrent à Paris 12 000 délégués ; la délégation marseillaise était de 200 et parmi elle de nombreux militants qui n’appartenaient pas à la CGT.

    Luttes revendicatives

    Ces cinq années riches d’événements ont entre elles des caractéristiques communes. C’est la période pendant laquelle les gouvernements qui se succèdent à la tête du pays s’engagent toujours plus dans la guerre d’Indochine. C’est aussi la période liée à l’alliance atlantique dirigée contre les pays du socialisme et, en même temps, contre l’essor des forces démocratiques. Ce climat de guerre froide tente de faire supporter à la population les frais de cette politique. Notre union départementale a tenu sa place dans ce combat, qui était pour nous inséparable de la lutte revendicative. Quant au pacte atlantique, j’ai déjà évoqué novembre 1947, où le CCN de la CGT avait décidé de s’opposer au plan Marshall. Or, ce plan n’était qu’une étape dans la politique d’hégémonie mondiale poursuivie par les États-Unis. Il faut se souvenir que des accords militaires de en 1948, qui engageaient la France dans une coalition impérialiste agressive.

    Un nouveau pas fut franchi le 4 août 1949 par la signature du traité de l’Atlantique Nord, ratifié par l’Assemblée nationale en juillet. Pacte qui rassemblait, sous la direction des États-Unis, le potentiel économique et militaire des pays adhérents. Partout dans le monde s’implantaient des bases américaines ; chaque pays était concerné et les budgets de guerre augmentaient. Pour la France, ce budget atteint 600 milliards en 1949, 880 milliards en 1950 et 1 300 milliards en 1951.

    La CGT menait la lutte contre les colonialistes, la guerre du Vietnam se poursuivait ; des forces militaires françaises, de plus en plus nombreuses, étaient engagées et les navires revenaient à Marseille avec des centaines de blessés.

    D’ailleurs, à partir d’août 1950, les États-Unis apportaient leur soutien aux agresseurs, mais le peuple vietnamien résistait et infligeait défaite sur défaite au corps expéditionnaire.

    à suivre la semaine prochaine…