Tag: Hérault

  • [Entretien] Thierry Antoine : « Investir dans le productif à Béziers, pas juste dans l’esthétique »

    [Entretien] Thierry Antoine : « Investir dans le productif à Béziers, pas juste dans l’esthétique »

    La Marseillaise : Ménard avait promis de désendetter la Ville. Béziers peut-elle encore investir ?

    Thierry Antoine : Robert Ménard n’a rien désendetté du tout. La dette est passée de 100 millions d’euros en 2014 à 120 aujourd’hui alors qu’à son arrivée il disait que c’était une folie. Il reste des marges de manœuvre pour investir. Béziers n’a pas d’autre choix mais il faut des investissements productifs, pas juste de l’esthétique pour l’image de la ville. Avec lui, on n’a toujours qu’un étage à la fusée.

    Ménard se targue d’avoir embelli la Ville. Mais les problèmes de logement et d’adaptation au climat persistent. Que faire ?

    T.A. : C’est comme un chômeur qui irait mieux parce qu’il a redécoré son salon. Refaire les façades et la carte postale ne change rien. Le maire avance en regardant les années 60-70. Béziers a un retard phénoménal sur l’adaptation au changement climatique. On porte le grand projet Orbiana pour faire de Béziers une ville vitrine, un élève modèle sur le sujet. L’idée c’est d’attirer les entreprises qui travaillent sur l’isolation, l’hydrogène, le logement adapté… On a identifié un lieu d’une centaine d’hectares sur l’entrée ouest pour créer un pôle novateur de l’habitat expérimental avec un grand parc, une zone maraîchère et une zone d’activité pour l’économie sociale et solidaire. Il n’y a pas de ressourcerie ni de recyclerie ici. En parallèle, il faut du logement social et l’Anru.

    Béziers reste très pauvre. Quelles sont vos mesures pour redonner du pouvoir d’achat aux habitants ?

    T.A. : On propose un kit rentrée scolaire avec les études d’étude et toutes les fournitures gratuites. On préfère mettre l’argent pour acheter des cahiers aux gamins plutôt que dans les uniformes ou la statue de la Vierge à 90 000 euros. On fera la cantine scolaire gratuite pour les deux premières tranches d’imposition, c’est finançable sur les économies sur la communication. On va étudier le passage en régie publique des parkings. La délégation d’Effia arrive à terme en 2027. On fera baisser les tarifs, le moins cher possible.

    Faut-il plus de caméras et de policiers, un Centre de rétention administrative (CRA) ?

    T.A. : Béziers est la deuxième ville qui dépense le plus par habitant pour la sécurité sans que les résultats suivent. Sur les dernières années, le total des crimes et délits a augmenté à Béziers. La police municipale ne peut pas lutter contre le trafic de drogue ou le terrorisme. Il faut remettre à sa place. La municipale doit œuvrer à la tranquillité des Biterrois, en travaillant rue par rue, avec un élu par quartier, en associant les habitants. La prévention et la médiation avant la répression quand c’est nécessaire. Quant au CRA, c’est une folie, la majorité en sortira et devra être prise en charge. Ce sera un fardeau, la malédiction des villes pauvres. L’immigration est avant tout un drame humain. Traitons les autres comme on aimerait l’être. On ne sait de quoi sera fait demain.

    La Ville doit-elle financer l’ASBH* ? Quels projets pour la culture ?

    T.A. : Dans le passé, on a eu The Cure, Bob Marley aux arènes… Aujourd’hui c’est Hervé Vilard. On est déclassé. On veut un centre culturel et artistique dans le quartier Saint-Jacques à redynamiser. Qu’il faille aider le club fanion de l’ASBH oui. Mais pas à ce niveau-là, c’est délirant et pas sans contrôle. On pense à un système de « Socios » pour impliquer les supporters dans la gestion du club.

    *L’Association Sportive Béziers Hérault (ASBH) évolue en championnat de Rugby Pro-D2

  • Quatre regards engagés sur l’Ukraine dans une exposition à Montpellier

    Quatre regards engagés sur l’Ukraine dans une exposition à Montpellier

    À l’aube des quatre ans de la guerre, ces photographies documentent le quotidien d’un peuple et sa force de résilience. Les clichés exposés saisissent la cruauté de la guerre et l’humanité dans sa plus grande simplicité. On y observe une étreinte amoureuse qui côtoie les silhouettes de soldats dans une tranchée. Sur un cliché, un enfant figé par le froid serré contre des mains adultes rougies par le gel. Comme
    pour rappeler la situation actuelle.

    Les Ukrainiens sont touchés par les frappes russes sur les infrastructures énergétiques, ils sont privés d’électricité et de chauffage. Mais la vie continue en Ukraine. Le commissaire de l’exposition a cherché à montrer ce lourd équilibre entre la vie et la guerre. Alors, le visiteur passe d’une scène de deuil où des proches pleurent autour d’un cercueil à une mère souriant devant la couveuse de son nouveau-né à l’hôpital. Cette juxtaposition rend hommage
    à la capacité d’un peuple à résister. À quelques jours du triste anniversaire de l’invasion, Michaël Delafosse, présent au vernissage, rappelait l’importance de ce geste, « Aujourd’hui, l’Ukraine risque d’être seule. Volodymyr Zelensky est victime d’humiliations. On voudrait faire croire que l’agresseur et l’agressé se valent, qu’il s’agit simplement de deux belligérants. Rappelons qu’il y a un agresseur et un agressé. Il faut respecter l’intégrité territoriale d’un État. Il convient de continuer à le dire, car ce conflit renvoie au droit international et au droit à la légitime défense. Après l’Ukraine, il pourrait y en avoir d’autres. »

    Jusqu’au 12 mars. Salle Danielle-Mitterrand, hall de l’hôtel de ville de Montpellier.

  • Nicolas Cossange : « L’avenir de Béziers est à gauche »

    Nicolas Cossange : « L’avenir de Béziers est à gauche »

    En 2020, le maire d’extrême droite de Béziers, Robert Ménard, était réélu au premier tour avec un score quasi nord-coréen de 68,74% sur fond d’abstention record (56,02%) et, surtout, l’absence d’union à gauche. Six ans après, la configuration est totalement différente. Unies, les gauches le sont dans le Printemps de Béziers (hors LFI). Et alors que l’extrême droite RN avait soutenu Robert Ménard en 2020, le parti des Le Pen présente pour le scrutin des 15 et 22 mars un candidat (Julien Gabarron) contre son ancien affidé.

    Voilà pour le tableau comptable. Sauf qu’une élection municipale et son résultat sont surtout une question de dynamique, de force de conviction et de réponses concrètes aux problèmes des habitants, notamment en matière de services publics, de logement, d’éducation, de transports et ici plus qu’ailleurs sans doute, d’emploi. Car à Béziers, la moitié des enfants y vivent sous le seuil de pauvreté. Tous les indicateurs socio-économiques sont dans le rouge.

    Répondre aux attentes

    Le Printemps de Béziers travaille activement l’échéance municipale depuis deux ans. Et rencontre ces derniers mois l’essentiel des habitants. « C’est fini les grandes concentrations ouvrières à Béziers, pour voir la population, connaître son ressenti, ses attentes, ses demandes, nous faisons campagne sur le terrain, devant les écoles notamment pour rencontrer les Biterroises et les Biterrois », explique Nicolas Cossange, conseiller municipal et communautaire, responsable du PCF de l’Hérault. Le jeune élu est une des chevilles ouvrières aux côtés du tête de liste du Printemps de Béziers, Thierry Antoine, l’écologiste étant lui aussi conseiller municipal et communautaire. Les deux élus ont appris à se connaître et à travailler ensemble.

    « On mène une campagne offensive. Notre ambition, ce n’est pas uniquement de mettre fin à deux mandats de l’extrême droite avec Robert Ménard mais de créer les conditions d’une véritable alternance à Béziers. Avant ces deux mandats, il y a eu les trois mandats de Raymond Couderc (1995-2014) qui lui a largement préparé le terrain. Ménard en est le successeur politique, avec énormément de sujets sur Béziers qui soit ont été laissés totalement en jachère soit ont été totalement abandonnés par l’idéologie politique qui a présidé pendant 30 ans. Ces sujets, nous voulons remettre en avant », analyse Nicolas Cossange.

    « La pauvreté est le fruit de 30 ans de politique libérale menée à Béziers par la droite et l’extrême droite »

    Sur l’arrondissement de Béziers, (outre Béziers, il englobe les communes d’Abeilhan, Adissan, Agde, Agel, Aigne, Aigues-Vives. Les Aires, Alignan-du-Vent, Assignan, Aumes et Autignac et depuis peu Ceilhes-et-Rocozels, Avène, Joncels, Lunas, Le Bousquet- d’Orb, Dio-et-Valquières et Brenas), le taux de chômage des 15 à 64 ans est de 17%. Il double pour la seule ville de Béziers. « Le constat aujourd’hui est que nous sommes une des villes les plus pauvres de France, qui a des indicateurs de précarité, de pauvreté, de mal-logement, de chômage, en particulier des jeunes, au plus haut. C’est certes un constat mais pas une fatalité. C’est le fruit de 30 années d’une gestion libérale de la ville », pointe Nicolas Cossange. Même s’il ne dédouane pas les effets des quinquennats d’Emmanuel Macron, cette pauvreté endémique qui frappe dur les classes populaires « est le résultat, à Béziers, d’une gestion qui a privilégié une petite bourgeoisie locale au détriment des intérêts populaires. Et ce sont les intérêts populaires que nous voulons remettre en avant » (lire ci-contre l’entretien de Thierry Antoine). Parmi les attentes et besoins des habitants, « la question qui remonte fortement lors de nos discussions est celle de l’emploi », insiste Nicolas Cossange. « Il ne faut pas oublier qu’en 2014, Ménard disait arriver avec un fameux carnet d’adresses. 12 ans plus tard, on le cherche encore », cingle le candidat du Printemps de Béziers. Il rappelle aussi que le territoire biterrois a subi de plein fouet à la fois la désindustrialisation et tous les soubresauts liés à l’économie de la viticulture. « Cette ville a connu une sorte de double peine. D’ailleurs dans les années 1970-1980, on a connu un trou démographique avec la perte de 10 000 habitants. Aujourd’hui, on est loin de l’avoir rattrapé. La situation sociale ne s’est pas améliorée et nous vivons notamment les ravages du travail saisonnier. » La condition de la jeunesse doit
    être prise à bras-le-corps, estime Nicolas Cossange. « Aujourd’hui, nous avons une jeunesse coupée en deux. : celle qui, bac en poche, fait des études et revient rarement sur la ville. Et la jeunesse qui n’a pas pu faire d’études et qui est frappée de plein fouet par le chômage endémique de notre ville. » Pour lui, la solution « c’est l’emploi et il y a des possibilités sur notre territoire ». Il cite la bataille du dépôt ferroviaire. « La Région a besoin de construire un centre de maintenance pour ses TER. On a sur Béziers 12 à 14 hectares à vocation industrielle où les bâtiments existent. Les études sont en cours. Si nous demain, nous sommes élus, nous pèserons de tout notre poids pour que le centre de maintenance se fasse sur Béziers. »

    Béziers en chiffres

    La ville de Béziers compte désormais 82 629 habitants. La communauté d’agglomération Béziers Méditerranée, qui comprend 17 communes, rassemble 135 091 habitants. Le taux de pauvreté sur l’arrondissement de Béziers s’établit à 22,9% de la population et le taux de chômage des 15 à 64 ans à 17% contre 14,8% pour le département de l’Hérault, selon les chiffres de l’Insee de septembre 2025. En 2022, Le taux de chômage à Béziers ville était de 13,6% et les actifs ayant un emploi étaient 49,8% de l’ensemble de la population active. Dans les trois quartiers prioritaires (centre, La Devèze et l’Iranget Grangette), le taux de chômage est largement supérieur à 50%.

  • Inna accompagne ceux qui vivent ce qu’elle a connu : « Repartir de zéro »

    Inna accompagne ceux qui vivent ce qu’elle a connu : « Repartir de zéro »

    Inna est arrivée en France en 2022, évacuée d’Odessa avec ses enfants par l’Alliance Française. Au départ, elle pensait repartir si la guerre prenait fin rapidement. Trois ans plus tard, ses enfants sont scolarisés ici, elle a étudié le français à l’université Paul-Valéry, créé une micro-entreprise de consultation juridique et rejoint l’association SOS Montpellier Ukraine comme bénévole. Elle accompagne des Ukrainiens, mais aussi des Arméniens, des Polonais ou des personnes issues de communautés russophones dans leurs démarches administratives et juridiques. Quatre ans après le début du conflit, elle constate que les départs d’Ukraine se poursuivent et s’intensifient. Elle échange quotidiennement avec des familles nouvellement arrivées, confrontées aux mêmes obstacles que ceux connus en termes de logement, de sécurité sociale et de reconnaissance des diplômes. Car sans équivalence, certains métiers restent inaccessibles. Sans emploi, le logement l’est aussi. « Le plus difficile, c’est de comprendre le système administratif français, puis d’y trouver sa place.  » Elle constate que les démarches administratives semblent plus longues qu’au début du conflit. En 2022, des dispositifs d’urgence avaient été mis en place. Aujourd’hui, les délais pour obtenir un rendez-vous en préfecture, un numéro de sécurité sociale ou un logement peuvent s’étirer sur plusieurs mois, dans un contexte de saturation administrative générale.

    Entre soutien et lassitude

    L’attention internationale, elle, s’est émoussée. Les positions évoluent sous l’effet des débats politiques. Elle comprend la fatigue des Français mais regrette qu’elle coïncide avec l’arrivée de nouvelles familles ukrainiennes, celles qui ont le plus besoin d’être accompagnées. Et pour beaucoup d’Ukrainiens, repartir de zéro, avec un moral fragilisé et des enfants à charge, est particulièrement éprouvant. Elle, estime avoir surtout perdu des biens matériels. « J’ai gagné en force, en sécurité. La santé, la sécurité, le moral pour les enfants, c’est tout ce qui compte. » A.S.

  • À Montpellier, la proposition phare d’une agence municipale pour le logement

    À Montpellier, la proposition phare d’une agence municipale pour le logement

    « Le logement, c’est la dignité. Avoir un toit, c’est pouvoir élever ses enfants », estime l’actuel maire socialiste de Montpellier et candidat à sa réélection, Michaël Delafosse. « Partout en Europe, il y a une crise du logement ». Et Montpellier, où de nombreux ménages victimes de la flambée des loyers peinent à se loger, n’y échappe pas. De cette question « souvent esquivée dans les débats publics », Michaël Delafosse et son équipe ont décidé de faire « une priorité absolue » d’un éventuel prochain mandat, dans la continuité de la politique volontariste engagée depuis 2020.

    La proposition phare du programme consiste en la création d’une agence municipale du logement. Situé au sein de l’espace Ambroise Croizat, récemment inauguré dans le quartier des Arceaux, ce dispositif prendra la forme d’un guichet unique pour accompagner dans leurs démarches à la fois les locataires et les propriétaires. « Sur toutes ces problématiques liées au logement – lutte contre l’habitat indigne, aides financières, rénovation énergétique, accès au logement social, dispositifs solidaires… – les gens ont du mal à savoir vers qui se tourner. Ce lieu, où chacun pourra être orienté vers le bon interlocuteur, a vocation à créer de la visibilité », explique Clara Gimenez (PCF), conseillère municipale déléguée à la vie étudiante et vice-présidente de la Métropole Montpellier Méditerranée déléguée à la politique de la Ville. « C’est un endroit où toutes les compétences concernant le logement seront réunies », résume l’ancienne députée LFI Muriel Ressiguier.

    Loyers modérés d’un côté, garantie de paiement de l’autre

    Le dispositif s’adresse autant aux locataires qu’aux propriétaires, qu’il propose de sécuriser dans la mise en location de leur bien. « Souvent les propriétaires ont peur des impayés de loyers. Nous leur proposons donc, via cette agence, de devenir assureur, afin de créer de la confiance », explique le maire – candidat. « Les propriétaires loueront leur bien à loyer modéré tout en étant garantis du paiement ». L’agence municipale pour le logement proposera également un accompagnement de la rénovation énergétique des logements privés classés E ou F. « C’est un dispositif qui prend en compte l’ensemble de la population : les plus précaires, les classes moyennes et aussi les propriétaires », insiste Muriel Ressiguier.

    Parmi les autres mesures novatrices en matière de logement, un dispositif de prêt à taux zéro pouvant aller jusqu’à 10 000 euros, baptisé “pass accession montpelliérain”, permettra d’aider les jeunes ménages à constituer un apport en vue de l’acquisition d’un premier logement. La commune pourra également prendre en charge, sous conditions de ressources, les frais de notaire pour les 18-30 ans. « Cette mesure s’inscrit dans notre objectif global de permettre à au moins 10 000 Montpelliérains d’accéder à la propriété, en réduisant concrètement le coût d’entrée dans le parcours résidentiel. »

    Pour ce faire, l’équipe de Michaël Delafosse mise sur la construction de 4 000 logements neufs en bail réel solidaire (BRS), dispositif qui permet aux bénéficiaires d’être propriétaires de leur logement sans être propriétaires du terrain (ce qui revient 30% moins cher). « Notre but c’est d’aider une partie des gens qui sont locataires dans le parc social à accéder à la propriété, et permettre ainsi à d’autres d’entrer dans le parc social », détaille le candidat. Outre l’engagement de respecter les 25% de logements sociaux imposés par la loi SRU, le maire sortant prévoit notamment de construire 1 000 logements sociaux étudiants en partenariat avec le Crous et les bailleurs sociaux ainsi que 500 logements à destination des personnes âgées, répartis dans 4 « résidences sociales seniors  ».

    L’équipe de Michaël Delafosse prévoit par ailleurs de poursuivre la dynamique enclenchée lors de ce premier mandat en matière de lutte contre l’habitat indigne : « nous allons continuer notre lutte contre les marchands de sommeil, étendre le permis de louer, poursuivre la résorption des bidonvilles, travailler sur les bâtiments vacants pour soutenir les dispositifs d’habitat intercalaire qui nous ont notamment permis de résorber des squats et créer 7 nouvelles pensions de familles pour sortir les personnes de la rue, ce qui portera leur nombre à 14. »

  • À Montpellier, le collège Gérard-Philipe se bat pour arracher des moyens

    À Montpellier, le collège Gérard-Philipe se bat pour arracher des moyens

    Il ne manquait plus que ça : l’ouverture à la rentrée prochaine, sur décision du rectorat, d’une nouvelle classe de 3e« sans les moyens horaires réglementaires. On nous allouait 21 heures alors que la loi prévoit un horaire plancher à 29 heures. Cela nous obligeait donc à aller chercher des heures sur notre marge, en réduisant par exemple les heures d’accompagnement en demi-groupe », explique Guillaume Delteil, professeur d’histoire-géographie et élu du personnel Sud Éducation.

    Classé en éducation prioritaire (REP), le collège Gérard- Philipe, à Montpellier, fait pourtant partie des 800 collèges listés par le gouvernement comme concentrant les situations de plus grande difficulté scolaire : au moins 4 élèves sur 10 y obtiennent moins de 8/20 en français et en mathématiques au brevet. « On est déjà confrontés à un manque de moyens globaux pour notre établissement, qui recrute une grande majorité d’élèves dans trois quartiers prioritaires de la ville (Saint-Martin, Tournezy et Lemasson). On n’avait vraiment pas besoin de ça. »

    Aussi, le 12 février, enseignants, personnels administratifs et parents d’élèves se sont rassemblés devant l’établissement autour d’un piquet de grève, avant de se rendre au rectorat, où une délégation a été reçue. Une rencontre qui s’est avérée fructueuse, le rectorat ayant pris, selon le représentant de Sud éducation, l’engagement oral de renoncer à l’ouverture de cette classe de 3e supplémentaire. Un soulagement, certes, mais la situation globale de l’établissement reste inquiétante : « Le contexte économique, social et sécuritaire se dégrade fortement dans ces quartiers. Nous constatons toutes et tous une dégradation de la santé sociale et mentale de nos élèves et de leurs familles », déplore dans un communiqué une intersyndicale Sud Éducation, Snes-FSU, Snalc, FO et Sgen-CFDT.

    L’établissement se bat donc pour obtenir son classement en réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+), et les moyens qui vont avec. La dernière fois que la carte d’éducation prioritaire a été redessinée, c’était en 2014… « Elle est complètement dépassée. Aujourd’hui, si on prend nos taux de boursiers échelon 3, notre pourcentage de redoublement, d’élèves vivant en quartiers prioritaires de la ville et notre pourcentage de catégories socio professionnelles défavorisées, on est en plein dans les indicateurs REP+ », assure Guillaume Delteil.

    Conséquence de ce manque de moyens, « le climat s’est nettement dégradé depuis 3-4 ans. On a de plus en plus de violences. On est le collège qui a le plus fait remonter de faits d’établissement graves au ministère », relate Guillaume Delteil. « On n’a quasiment plus de mixité sociale, il est là le problème aussi. Toutes les classes moyennes qui vivent sur le bassin choisissent le privé. » La communauté éducative réclame donc également des postes de surveillants (AED) supplémentaires. Ainsi que des postes d’AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap), « car nous avons de plus en plus d’élèves avec des besoins particuliers. »

  • Ukraine : quatre ans et la guerre continue…

    Ukraine : quatre ans et la guerre continue…

    Pour la présidente de l’association, Lyudmyla Tsivka, le 24 février n’a rien d’un simple repère calendaire. Elle parle d’un jour de mémoire, de douleur, mais aussi de force et d’unité. Au-delà de la commémoration, c’est un jour de sensibilisation à une guerre qui ne se joue plus seulement sur le front.

    Dans l’ouest de l’Ukraine, où vit la mère de Lyudmyla, les coupures de courant durent parfois plus de dix heures par jour. Plus de lumière, de chauffage ni d’eau chaude. Par -20°C, la température dans les appartements tombe à quelques degrés à peine. Les familles s’entassent dans une seule pièce et les nourrissons sont exposés au froid. Et ce n’est pas un dommage collatéral, selon elle. Depuis l’automne 2022, environ 40% de l’infrastructure énergétique ukrainienne a été détruite ou gravement endommagée. L’ONU estimait fin 2024 que les trois quarts des sites de production d’énergie avaient été touchés. Une seule vague de frappes peut priver jusqu’à un million de personnes d’électricité. L’objectif, selon la présidente de SOS Montpellier Ukraine, est d’épuiser la société ukrainienne en frappant ses bases vitales. « Casser la résistance citoyenne. » C’est sans compter la résilience des habitants, car des « points de survie » ont été mis en place, des lieux équipés où les habitants peuvent venir se réchauffer une ou deux heures lorsque leur logement n’est plus viable.

    20 000 enfants transportés en Russie

    Il y a également la question des enfants ukrainiens transférés vers la Russie. Kiev estime à environ 20 000 le nombre de mineurs concernés, un phénomène dénoncé par les autorités ukrainiennes et plusieurs organisations internationales comme une tentative d’effacer l’identité ukrainienne. La présidente parle d’un processus de « désukrainisation ». « L’enfant, c’est l’avenir d’un pays. » C’est dans ce contexte que l’association a lancé un appel aux dons baptisé « Urgence chaleur » pour des générateurs, stations électriques, matériels de chauffage et denrées de première nécessité via la plateforme HelloAsso*.

    Mardi 24 février, place de la Comédie, les participants sont attendus à 18h30, une bougie à la main. Un rassemblement pour honorer les victimes et rappeler, insiste Lyudmyla, qu’« il y a un agresseur et un agressé. »

    * Sur www.helloasso.com.
    Taper «
     Chaleur pour l’Ukraine »
    dans le moteur de recherche.

  • « Ce que les agriculteurs attendent surtout, c’est un cap »

    « Ce que les agriculteurs attendent surtout, c’est un cap »

    La Marseillaise : Dans quel état d’esprit arrivent aujourd’hui les agriculteurs au Salon de l’agriculture ?

    Jérôme Despey : Il y a beaucoup d’attentes et beaucoup de préoccupations. D’abord sur le plan sanitaire, avec nos éleveurs touchés par la dermatose nodulaire contagieuse. Cette année, le Salon se fera sans vache, ce qui est une première. C’est un vrai coup dur pour les éleveurs et les organismes de sélection, qui sont meurtris de ne pas pouvoir être présents. Il y a aussi un contexte agricole très difficile pour certaines filières, notamment la viticulture et les grandes cultures. Ce que les agriculteurs attendent surtout, c’est un cap, une vision pour l’agriculture française, alors que nos moyens de production sont fortement impactés par les aléas climatiques. Si l’on veut assurer la souveraineté alimentaire, il faut une stratégie claire pour préserver ces moyens de production et permettre la transmission et le renouvellement des générations. D’ailleurs, le thème du Salon, « Génération solution », envoie un message fort aux jeunes.

    Le Salon peut-il encore jouer ce rôle de vitrine positive malgré les crises ?

    J.D : Oui, et c’est même essentiel. Le Salon permet ce partage avec le grand public, ce soutien des consommateurs. Plus de 500 000 visiteurs viennent échanger avec les agriculteurs, découvrir les filières de production, qu’elles soient animales ou végétales. C’est la plus grande ferme de France : les bovins, les ovins, les caprins, les cultures, la viticulture, mais aussi les régions de l’Hexagone et d’outre-mer, dans un esprit de convivialité et de fête autour des produits de terroir. Cette année, il y a aussi une dimension internationale avec la Côte d’Ivoire comme pays à l’honneur. Face aux difficultés, je préfère voir le Salon comme une opportunité de dialogue avec nos concitoyens.

    Craignez-vous un Salon plus politique que jamais, dans un contexte de tensions et d’élections ?

    J.D : Le Salon a toujours été politique. Les responsables politiques sont les bienvenus, mais il faut rappeler que le Salon de l’agriculture est un salon privé : il appartient aux agriculteurs, pas au gouvernement. C’est un lieu d’échange et de débat, et c’est normal, surtout dans des périodes électorales comme aujourd’hui avec les municipales, et demain les Présidentielles. Les agriculteurs attendent des réponses, des solutions concrètes. Mais il ne faut pas que le Salon devienne un lieu de combat. C’est avant tout un événement grand public, familial. Si l’on abîme cette image, le risque est que le public ne vienne plus.

    Les décisions prises à Paris ou à Bruxelles cristallisent la colère. Pourquoi ?

    J.D : Parce que depuis des années, on tire la sonnette d’alarme. Les agriculteurs ont le sentiment qu’on rajoute sans cesse des normes, des charges, des surtranspositions. Cela pèse lourdement sur les exploitations. Dans un contexte géopolitique tendu, les agriculteurs veulent protéger une agriculture française de qualité, avec des produits distincts. Le dossier du Mercosur en est l’exemple le plus emblématique. La position de la France a été exprimée, mais ce que nous attendons maintenant, ce sont des concrétisations.

    Dans le Sud, la viticulture est particulièrement touchée. Comment analysez-vous la situation ?

    J.D : La viticulture traverse une crise majeure, liée à la fois à la consommation, au climat et aux marchés. C’est une filière qui souffre énormément et qui a besoin d’accompagnement. Là encore, il faut une vision à moyen et long terme, pour éviter que des pans entiers de notre agriculture ne disparaissent.

    Propos recueillis par A.J.

  • Bras de fer autour de la CDIsation d’un surveillant

    Bras de fer autour de la CDIsation d’un surveillant

    Au terme d’une mobilisation de longue haleine, les assistants d’éducation (AED), souvent appelés surveillants, ont obtenu, en septembre 2022, la publication par le ministère de l’Éducation nationale d’un décret autorisant leur CDIsation. Ces personnels précaires « qui travaillent 41 heures par semaine pour 1 400 euros par mois avec des contrats d’un an faits au bon vouloir des chefs d’établissement pour les maintenir sous pression, étaient les seuls personnels non-titulaires de la fonction publique qui ne se voyaient pas proposer de CDI après 6 ans de service dans les établissements scolaires », explique Karine Abauzit, enseignante en lycée professionnelle dans l’Aude et militante Sud Éducation.

    Depuis, nombre d’entre eux tentent de faire valoir ce droit fraîchement obtenu dans leurs académies respectives. « La plupart essuient des refus. On se bat poste par poste pour obtenir des CDI », confie Karine Abauzit. « Esteban avait reçu un avis favorable de son chef d’établissement, il y avait des besoins dans son lycée de Lézignan », poursuit-elle. Le Rectorat a néanmoins refusé sa CDIsation, ce qui a débouché, entre 2023 et 2025, sur deux années de procédures juridiques qui se sont soldées par une décision victorieuse pour l’AED, le tribunal administratif ayant ordonné sa CDIsation. « La première décision de ce type à ma connaissance », souligne l’avocate montpelliéraine Sophie Mazas, qui assure la défense d’Esteban Jimenez.

    « Le rectorat a modifié les conditions de son contrat »

    L’histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf qu’à la réception du contrat début janvier, « le Rectorat lui impose de travailler à plus de 100 km de chez lui, sans proposition préalable pour les transports, sur un poste comportant deux nuits par semaine, sachant qu’il a ses deux enfants en garde alternée », énumère l’avocate. Le tout « avec 8 jours pour signer ». Mission impossible pour Esteban, dans l’impossibilité de réorganiser sa vie en si peu de temps. « Le Rectorat, ce faisant, a modifié les conditions de son contrat en opérant une mutation de sa résidence administrative, qui correspond normalement à son établissement d’origine, à Lézignan  », souligne Me Mazas.

    Un argument qu’a fait valoir la délégation reçue ce jour-là au Rectorat dans l’espoir de trouver une solution. « Le Rectorat ayant été enjoint de proposer un CDI avant le 5 février, ses représentants disent qu’ils ont fait ce qu’ils ont pu, à savoir proposer le seul poste qu’ils avaient. Nous leur avons signifié que la règle étant de respecter la résidence administrative, ils auraient dû lui proposer un poste à Lézignan », rapporte Karine Abauzit. Les deux parties se sont quittées sur l’engagement, pris par le Rectorat, que « des efforts seraient faits pour trouver un poste plus près. M. Jimenez devrait être contacté d’ici le 20 février. De notre côté nous avons maintenu que si le poste n’était pas sur le lieu de la résidence administrative, nous saisirions une nouvelle fois le tribunal. »

  • Les nouveaux visages de l’équipe Delafosse à Montpellier

    Les nouveaux visages de l’équipe Delafosse à Montpellier

    Des jeunes, des moins jeunes, des actifs ou des retraités. La liste de Michaël Delafosse qui doit être déposée en préfecture ce vendredi 20 février, est renouvelée environ au tiers.

    Parmi les nouveaux visages, certains se présentent à une élection pour la première fois. Comme Émilie Biondi. À 26 ans, cette fonctionnaire contractuelle en mairie (hors Métropole) a été séduite par « le respect des engagements pris » lors du mandat qui s’achève. Membre du PRG, elle se dit attachée au principe de laïcité érigé comme totem par le maire PS. Elle veut « agir sur des choses concrètes du quotidien » et « faire entendre la parole de la jeunesse ». « J’ai fait 5 ans d’études pour comprendre comment marche une administration, un budget. On ne donne pas les clés aux citoyens pour s’intéresser à la politique », déplore Émilie passionnée de démocratie participative.

    Comme elle, Éliane Urtado, 64 ans, se présente pour la première fois. Mais l’engagement citoyen, la militante au collectif pour la ligne 5 de tramway le connaît par cœur. « Je me suis investie 30 ans dans la vie associative. Pour le parc Clemenceau, puis le collège et le tramway qui change nos vies dans le quartier », se réjouit celle qui aime le « mode de gouvernance apaisée » de M. Delafosse. Ex-enseignante en maternelle aujourd’hui retraitée, elle se verrait bien travailler sur la problématique « Grandir dehors » entre enfants et jardins.

    Grégoire Delforge a lui déjà une expérience d’élu (à Villeneuvette). S’il a rejoint le maire sortant quitte à se faire suspendre de son parti, c’est parce que l’écologiste trouve que « M. Delafosse a une capacité d’écoute, il sait garder un cap malgré les critiques ». Alors que J-L. Roumégas « est dans une logique de rupture, de posture et N. Oziol mène avec LFI une campagne nationale ». Passionné d’éducation populaire, il est convaincu que « les gens sont prêts à la transition écologique si les politiques publiques sont justes, simples et compréhensibles ».

    Ancienne membre d’EELV aujourd’hui à Place Publique, Jacqueline Markovic sera aussi sur la liste Delafosse. Tout comme Muriel Ressiguier, ancienne députée LFI fâchée avec Mélenchon et aujourd’hui pragmatique face à la montée de l’extrême droite. « Soit on continue à se déchirer pour des virgules dans un tract, soit on prend notre place. Je laisse la haine aux haineux et je choisis mon camp sans aucune hésitation », explique M. Ressiguier qui se verrait bien travailler sur le logement.

    Qui dit renouvellement dit aussi départs. On sait déjà que Hind Emad ne soutient plus Delafosse. Démissionnaire, la vice-présidente à l’économie pourrait rebondir sur une autre liste…