Tag: Hérault

  • Parité, fin du panachage : des avancées non sans difficultés

    Parité, fin du panachage : des avancées non sans difficultés

    Pour les quelque 25 000 communes françaises de moins d’un millier habitants dont 175 (sur 341) dans l’Hérault et 208 (sur 351) dans le Gard, ces municipales auront le parfum de la nouveauté. Pour la première fois la parité sera obligatoire et le panachage, cette pratique qui permettait de rayer ou d’ajouter des noms sur les listes, interdit.

    Pour l’Association des maires de France, la réforme adoptée au printemps 2025 est positive. Avoir autant de femmes que d’hommes élus dans les mairies est bien entendu progressiste. Quant à la fin du panachage, le nouveau mode de scrutin permet de « voter pour une liste et un projet » plutôt que de se livrer à un « règlement de comptes », estime Frédéric Roig, président de l’AMF de l’Hérault.

    La fin du « tir au pigeon »

    « Le panachage, c’était un peu le tir au pigeon », explique Michel Crespy. « Les voisins mécontents réglaient leurs comptes au détriment des idées », illustre le politologue.

    Pour autant, ce changement drastique n’est pas sans conséquences. « On ne peut pas parler de bouleversement du scrutin mais la parité rend plus compliquée la constitution des listes. Plus la commune est petite, plus c’est difficile », résume Michel Crespy. Par ailleurs, les conseils municipaux des petites communes étant majoritairement constitués d’hommes, il va falloir apprendre laisser la place. « C’est très bien, cela va renouveler les conseils municipaux et mettre fin au male gaze [le regard masculin, Ndlr]. »

    En 2020, la réforme s’était déjà imposée aux communes de 1 000 à 3 500 habitants. La conséquence avait été une baisse des candidatures avec 48% des communes concernées avec une seule liste. Couplé à la fin du panachage, le risque pour l’électeur en l’absence de suspens est une perte d’intérêt au vote qui peut se traduire par une abstention en hausse. D’un autre côté, « s’il n’y a qu’une liste déclarée c’est que les citoyens ne sont pas si mécontents que cela de la municipalité en place », tempère Michel Crespy.

    Dernière conséquence et pas des moindres, une crise des vocations pourrait toucher certains villages. Actuellement plusieurs dizaines de communes françaises (contre seulement 17 en 2020) pourraient se retrouver sans aucune liste. Pour elles, le risque serait d’être placées sous administration provisoire de la préfecture voire d’être rattachées à une autre commune.

  • Fragile, le Département de l’Hérault joue la prudence

    Fragile, le Département de l’Hérault joue la prudence

    On a rajeuni de 75 ans ! » La capacité de désendettement du Département de l’Hérault étant passée de 100 à 25 ans, Philippe Vidal (PS) fait mine de se réjouir. Mais le maire de Cazouls-les-Béziers qui, lundi 16 février, remplaçait le vice-président aux finances (Cyril Meunier grippé) lors du débat d’orientation budgétaire, ne s’enflamme pas, sachant l’indicateur marginal. « La situation reste très fragile car notre autofinancent (35,3 millions d’euros) ne comble pas le remboursement de la dette (52,8 ME) ».

    Pire : l’épargne nette est désormais négative (-17,5 millions d’euros). Ainsi, chuchote le président Kléber Mesquida (DVG), aphone, « c’est inquiétant car on doit emprunter pour rembourser ». Très précisément 105 ME pour parvenir à l’équilibre tandis que l’encours de la dette culmine à 888,8 ME.

    Dépenses sociales dues

    Ainsi le budget 2026 (1,664 milliard d’euros) qui sera voté les 30-31 mars, sera dans la même « sobriété » que celui de 2025 qui avait été bouclé au prix de coupes et d’efforts inédits. « Ne pas reconduire des contrats, cela a été un crève-cœur », rappelle Philippe Vidal. « Un grand merci aux agents qui ont accepté d’évoluer dans les services », salue Claudine Vassas-Meijri (PS), présidente d’un jour.

    Grâce au regain des ventes immobilières générant des recettes en hausse (295,8 ME soit +22% en 2025 et 310 ME espérés en 2026), « on a réussi à retrouver quelques marges de manœuvre », positive Renaud Calvat (PS). De quoi continuer à assumer les dépenses sociales obligatoires (RSA 280ME), Aide sociale à l’enfance (186,2ME, Allocation personnalisée d’autonomie 172,5ME, Prestation handicap 100,6ME). Et même s’assumer certains investissements nécessaires (total 174,4 ME) dans les routes (50,2 ME), les collèges (30,7 ME), le patrimoine et les domaines (18,2 ME). Sans oublier les imprévus. « Les dégâts de la tempête ont déjà coûté 5 ME », déplore Philippe Vidal. Les aides aux conchyliculteurs et aux projets prioritaires des intercommunalités seront maintenues.

    Une situation « trop fragile » pour que l’opposition envisage l’avenir avec enthousiasme. « On aimerait que l’éclaircie soit plus longue et que le brouillard se dissipe durablement », illustre Brice Bonnefoux (LR) qui réclame à l’État une réforme territoriale. Côté extrême droite, Jean-Louis Respaud rêve de plus d’austérité. « Nous payons aussi des dépenses qui auraient pu être limitées dans les années précédentes ». L’État qui doit 1,2 milliard d’euros à la collectivité héraultaise est pourtant le premier fautif, rappelle Patricia Weber. « Les Départements sont en première ligne de la solidarité nationale qui n’est pas au rendez-vous de nos financements. »

  • À Mauguio, les progressistes aux prises avec les droites

    À Mauguio, les progressistes aux prises avec les droites

    Entre un maire (Yvon Bourrel) qui se retire et la présence de six listes qui ont tendance à masquer leurs étiquettes, on peut dire que le flou règne à Mauguio-Carnon. Dans la 9e ville de l’Hérault (16 500 habitants), qui cultive autant le maraîchage que la culture bouvine, plane aussi la tentation du repli sur soi.

    Ne leur parlez pas du tramway à Mauguio ni à Carnon ! Tous y sont opposés, sauf peut-être à l’aéroport. « Mauguio ne doit pas être le cordon ombilical de Montpellier », a synthétisé Patricia Moulin-Traffort lors du débat de Midi Libre. L’ancienne suppléante de l’ex-député macroniste Patrick Vignal n’est pourtant pas la candidate la plus à droite. « Inquiet » de la réduction de l’habitat individuel au profit du collectif, l’élu d’opposition Pierre Martin-Chazot (les Républicains) veut « conserver la ville à taille humaine ».

    C’est aussi l’avis de Cécile Barral. Sortie de l’ombre des cabinets des maires Stéphan Rossignol (la Grande Motte), Jean-Paul Fournier (Nîmes) ou Carole Delga (Région Occitanie), la candidate qui penche à droite veut un centre de supervision urbain et plus de vidéosurveillance dans une ville qui compte déjà 150 caméras et 30 policiers municipaux.

    L’extrême droite n’a pas fait l’impasse et présente Gilles Parmentier (RN). Le collaborateur de Louis Aliot (Perpignan) joue déjà sur les peurs en amalgamant les HLM au narcotrafic. « C’est aux délinquants de fuir la ville et pas l’inverse. »

    La Font, clé de l’élection ?

    C’est vite oublier les statistiques officielles. 858 dégradations, 311 verbalisations pour stupéfiants, 83 cambriolages, 163 agressions en 2024… En 10 ans, la délinquance est restée stable et relativement contenue à Mauguio. Héritier de la majorité sortante, Laurent Pradeille privilégie les « médiateurs sociaux ». Préfère « l’ouverture d’esprit et la modération » aux « solutions incendiaires ». L’ancien socialiste qui conduit une « liste d’intérêt municipal », veut construire un gymnase, une nouvelle gendarmerie, préparer l’arrivée du lycée. Pour pallier un souci des saisonniers, il veut « développer les transports pas chers vers le littoral » et améliorer la desserte des zones économiques. Le dispositif zéro chômeur dans une ville qui en compte 9% ? « On ne s’interdit rien ». Allié au délégué d’Horizons Laurent Cappelletti, L. Pradeille défend le projet du quartier de la Font (800 logements) jugé trop grand par ses concurrents. « Il permet la mixité et de loger les jeunes. On a 500 demandes en attente de logement social ».

    L’écologiste Daniel Bourguet veut revoir la voilure. « 80% des logements de la Font sont trop chers. Les immeubles poussent un peu partout. On ne pourra pas accueillir tout le monde. Il ne faut ni trop densifier ni trop s’étaler », tempère le candidat de la liste progressiste et humaniste « L’Alternative citoyenne ». Daniel Bourguet veut « revenir sur le stationnement payant à Carnon » (20 euros max par voiture à l’année), rapprocher demandeurs d’emploi et entrepreneurs. Pour l’écolo, pas de « surenchère sécuritaire » mais une « police de proximité » et des « patrouilles à pied ». Il promet « d’impliquer les citoyens » dans sa gestion.

  • [Occitanie] À Lattes, quatre listes font face au maire Cyril Meunier

    [Occitanie] À Lattes, quatre listes font face au maire Cyril Meunier

    Si les électeurs lui maintiennent leur confiance, ce sera son dernier mandat. Maire de Lattes depuis 2001, Cyril Meunier (sans étiquette) repart, dit-il, pour un « dernier mandat » avec deux objectifs majeurs.

    D’abord ne pas abandonner les Lattois à un sort jugé hasardeux. « Je ne laisserai pas la ville à des incompétents ». Ensuite et surtout achever les projets lancés. Celui qui se disait frêchiste du temps de Georges Frêche, puis s’était fâché avec Philippe Saurel et qui aujourd’hui travaille avec Michaël Delafosse à la Métropole de Montpellier, veut boucler le quartier Ode à la mer et accompagner le nouveau pôle autonomie santé.

    Tandis que Lattes, 8e ville de l’Hérault (17 351 habitants) regagne des résidents depuis 2013, Cyril Meunier veut « embellir l’espace public » et continuer de construire, raisonnablement promet-il. « Si on se livre aux promoteurs, on est morts ». Depuis qu’il est en place, Lattes a construit ses premiers logements sociaux. Mais les besoins croissent : « 570 demandes annuelles au lieu de 250 » en un quart de siècle. « Si on veut que les jeunes s’installent à Lattes, il faut aussi faire de l’accession libre », prône le maire sortant sans étiquette, qui refuse la folie des grandeurs en période d’austérité. « Le combat contre l’État sera très dur. En matière de gestion, il faut être un vrai pro », insiste le maire.

    À ce sujet justement, Stéphane Herb nourrit des doutes. Tête de la liste « l’Archipel citoyen », il pointe un « double discours » du maire sortant. L’écologiste dénonce une politique d’étalement urbain avec Ode à la mer, qui grignote les terres agricoles et naturelles à l’image des hauts de Lattes près des zones humides de l’Arnel. « Avec 5 000 logements qui arrivent d’ici 2030 puis 3 000, c’est trop. » Stéphane Herb préfère la reconstruction de la ville sur elle-même mais en R+4 maximum. « Avenue des platanes, la tour Signal de 10 étages ressemble aux Folies de Montpellier. Ce n’est pas ainsi qu’on logera les enfants des Lattois ni qu’on fera du logement social ».

    Le RN en embuscade

    La liste citoyenne de gauche de Stéphane Herb a un autre cheval de bataille. Le refus des projets de chaudière CSR (combustible solide de récupération) pour traiter les déchets de la métropole à l’actuelle usine Ametyst de Garosud et celui d’Unité de valorisation énergétique (UVE) qui vise à brûler les boues de la station d’épuration Maera près de la Cereirède. « En plus de deux autoroutes et de la ligne TGV qui va couper le bois de Maurin, on va avoir deux incinérateurs ! » Deux projets du président Michaël Delafosse pour lesquels le vice-président Cyril Meunier a votés.

    Ce que Stéphane Herb critique avant tout, c’est la méthode Cyril Meunier, élu multi-casquettes, qui déciderait de tout depuis 25 ans. « Il faut arrêter de mettre les Lattois devant le fait accompli et les rendre acteurs avec des conseils de quartiers élus, avec des budgets participatifs », résume celui qui propose des maisons de quartiers à Boirargues et Maurin.

    Le maire sortant est aussi contesté sur sa droite. Son opposant historique, Jean-Noël Fourcade (divers droite), qui avait échoué pour 953 voix en 2020 (42,12%), retente sa chance. Il critique le « gigantisme » des projets immobiliers, propose de « rafraîchir les écoles », de créer un « poste de police municipale mobile », l’embauche d’un « garde champêtre contre les dépôts sauvages ».

    Forte de ses scores nationaux (Le Pen 45,59% au 2nd tour de la présidentielle 2022), l’extrême droite part à l’assaut de Lattes. Ayant obtenu 57,08% au 2nd tour des législatives, le Ciottiste Josyan Oliva est soutenu par le RN et l’UDR. Comme lui, Wassim Boughnim, proche du RN, ne cause qu’insécurité, pourtant réduite à Lattes. Une de ses vidéos a fait polémique.

  • [Divergence] « Le grand Costa-Gavras a accepté de venir à Pézenas »

    [Divergence] « Le grand Costa-Gavras a accepté de venir à Pézenas »

    La Marseillaise, en partenariat avec radio Divergence (DAB+ et divergence-fm.org) participe à l’émission politico-sociétale « Quoi de neuf ? » . Cette semaine,
    notre invité est Paul Worms. Il représente l’équipe du festival Rencontre Cinéma de Pézenas.

    C’est un des rendez-vous majeur du 7e art dans l’Hérault, avec Cinemed : la 63e édition du festival Rencontre Cinéma de Pézenas*, organisée par la Fédération des Ciné-Clubs de la Méditerranée (FCCM), se déroule du 20 au 26 février. Un événement. Cette année, le pays mis au premier plan est la Grèce, au cinéma aussi riche que hélas trop méconnu. L’invité d’honneur est le grand réalisateur franco-grec, Costa-Gavras. Paul Worms, une des chevilles ouvrières de ce festival nous en dévoile les temps forts et le sens.

    Françoise Verna : Vous avez choisi de mettre en lumière, je cite, « la diversité et la vitalité du cinéma grec ». Pourquoi ce choix ?

    Paul Worms : Depuis presque 30 ans, on a un fil rouge pour chaque rencontre qui est un pays et le cinéma de ce pays. On a couvert presque tous les pays importants du cinéma dans le monde. Comme l’an dernier, nous étions en Asie avec la Corée, nous avons décidé de revenir en Europe cette année. Après débat, on a décidé que finalement le cinéma grec était très riche mais aussi très peu connu. On a quelques têtes de gondoles connues en France, quelques rares films quelques rares réalisateurs. Je ne vous cache pas qu’on a eu quelques soucis pour récupérer certains films. Pour programmer 26 films, il a fallu que l’on en visionne le double !

    Françoise Verna : Parlez-nous des lieux où se déroulent projections et débats à Pézenas ?

    Paul Worms :Les deux lieux sont le cinéma Le Molière et puis, à 100 mètres, il y a le Théâtre de Pézenas, une petite merveille de théâtre à l’italienne dans lequel on installe écran et projecteur. Cela permet aussi d’avoir des débats. Les spectateurs peuvent aller d’une salle à l’autre très facilement.

    Olivier Nottale :Il y a cette notion d’échanges et de débat, de rencontres. C’est important pour vous ?

    Paul Worms : Dans notre ADN il y a deux choses auxquelles nous tenons beaucoup. Il y a cette notion de rencontre avec un cinéma, avec des professionnels du cinéma, entre les spectateurs. La deuxième chose c’est la notion de découverte. On veut vraiment que nos spectateurs viennent pour découvrir des films nouveaux. La majorité des films sont peu connus et nous voulons que les gens sortent de cette Rencontre Cinéma de Pézenas en ayant découvert plein de choses. Chaque film est présenté par au moins une personne de notre équipe mais en général par une ou un invité.e qui est spécialisé dans le cinéma ou le film en question. L’idéal, c’est d’avoir des cinéastes Cette année on estime faire un grand coup avec la venue du grand Costa-Gavras !

    Olivier Nottale :
    Oui Costa-Gavras est l’invité d’honneur de cette 63e édition. C’est une volonté de faire connaître son œuvre aux nouvelles générations ?

    Paul Worms : Il a accepté de venir, il a 93 ans. C’est un monument du cinéma. Son film Z parle de la dictature des colonels en Grèce dans les années 60-70 et c’est l’histoire de l’assassinat d’un opposant. C’est une fiction mais aujourd’hui on appellerait cela un « docu fiction ». C’est le cas de beaucoup de ses films. Nous allons passer Missing qui se déroule en Amérique du Sud et là c’est malheureusement d’actualité. On ne le diffuse pas mais il a réalisé et il a été célèbre aussi pour L’aveu sur les dérives du système soviétique. On va proposer aussi un de ses derniers films, Adults in the room qui parle de la fameuse crise économique de 2005 où la Grèce a été mise sous tutelle du Fonds monétaire international.

    Françoise Verna : Costa-Gavras sera accompagné par le journaliste Edwy Plenel…

    Paul Worms : Nous sommes très heureux de sa présence. Nous ne pouvons diffuser l’ensemble de la série documentaire qu’il a consacrée à Costa Gavras mais nous projetterons les deux premières parties. La première étant consacrée au film Z. Edwy Plenel va nous apporter beaucoup pour comprendre Costa-Gavras.

    Olivier Nottale : Parlez-nous des autres sections du festival, notamment, une nouvelle intitulée « Regard féminin ». Pourquoi cette nouveauté ?

    Paul Worms : C’est une section qui va être pérennisée non seulement parce que nous avons beaucoup de femmes dans notre équipe mais aussi parce que depuis quelques années des spectatrices nous disaient « c’est bien votre programmation mais il n’y a pas beaucoup de réalisatrices. vous n’invitez pas beaucoup de femmes… » Nous avions fait des efforts mais sans vraiment le matérialiser et nous avons donc décidé de créer, cette année, cette section avec trois invitées, six ou sept films.

    Nous avons aussi la venue de Véronique Le Bris, écrivaine, journaliste et qui a souhaité aussi programmer des films. Elle a une carte blanche avec notamment la programmation d’un film d’une cinéaste, Ida Lupino, une des pionnières du cinéma américain dans les années 1950. Elle est dans la lignée des femmes qui ont fait le cinéma féminin. Nous aurons aussi la venue d’Hélène Merlin qui vient nous présenter son dernier film Cassandre. Et la merveilleuse Marielle Issartel qui a co-réalisé avec son compagnon, Charles Belmont, Histoires d’A, en 1973, sur l’avortement. Film censuré mais qui a eu un grand succès grâce au bouche-à-oreille.

    Recueilli par F.V.

    *Programme sur le site RencontreCinemaPezenas.com

  • À l’espace Bagouet de Montpellier, les maux brodés des femmes exilées

    À l’espace Bagouet de Montpellier, les maux brodés des femmes exilées

    C’est une exposition qui lie l’art, l’actualité et des témoignages de vie de femmes exilées rencontrées à Montpellier. « Une œuvre engagée à forte dimension sociale et inclusive, qui invite à considérer l’immigration sous l’angle de l’humain et dans sa dimension individuelle en même temps que collective », explique Christine Masduraud.

    Cette artiste montpelliéraine, à l’origine du projet « Là où commence la mue », développe depuis 2010 une pratique artistique consacrée au textile, en particulier à la broderie, dont elle révèle le potentiel relationnel, esthétique et politique. « J’avais envie, pour ma prochaine exposition, de donner la parole à des personnes qu’on n’a pas l’habitude d’entendre. Ça m’intéressait de travailler avec des femmes en situation d’exil. Je me suis donc tournée vers les centres d’accueil de demandeurs d’asile ainsi que vers différentes associations et j’ai proposé des ateliers hebdomadaires de création d’art textile et de broderie », explique celle qui est également psychanalyste.

    « Le geste de broder
    est un geste réparateur »

    « Du fait de cette double activité, j’ai l’habitude de recueillir les paroles en individuel, mais j’ai trouvé intéressant de m’ouvrir au collectif », confie-t-elle.

    « Initialement je voulais proposer à ces femmes de broder leurs rêves, mais ce sont des personnes confrontées à des situations matérielles tellement difficiles qu’elles ne sont pas dans un imaginaire facile. Elles ont finalement brodé des choses simples, selon la disponibilité de chacune ». Leur nom, un paysage, un message : « Je viens de Turquie, j’étais professeure d’arts plastiques, j’ai quitté mon pays parce que Erdoğan voulait me mettre en prison. » « Je les incite, dans la mesure du possible, à dire des choses personnelles. Parfois ce n’est pas possible, certaines brodent juste les montagnes du Caucase ou une petite fleur. Je tenais à donner à voir la fragilité de ces femmes et donc la fragilité du travail. »

    À travers des symboles textiles, des portraits et des cartes géographiques brodés, le visiteur pénètre dans des récits de vie singuliers : ceux des femmes contraintes, pour diverses raisons, de quitter leur pays natal pour des nouvelles destinations. Elles viennent de Colombie, du Venezuela, de Géorgie, d’Afghanistan, du Soudan, du Tchad… « Ce sont des personnes qui ne se connaissaient pas mais qui ont eu plaisir à se retrouver », assure Christine Masduraud.

    En regard des créations de ces femmes, l’artiste expose des œuvres personnelles, inspirées par cette expérience et ces rencontres. L’exposition compte également « une grande mappemonde brodée collectivement, revisitée par l’apport de l’univers de chacune », ainsi qu’une bande-son, certaines femmes ayant accepté de prendre la parole.

    « Là où commence la mue », c’est l’idée d’une transformation : « Je pense que chaque femme qui arrive avec son histoire se laisse imprégner de la culture d’ici, de la culture de l’autre, de même que j’ai été moi aussi énormément enseignée par ces femmes. Dans cette porosité, on se transforme. J’espère que mon atelier est une sorte de cocon qui permet tout doucement cette transformation, cette ouverture à l’autre dans une écoute et un faire ensemble », confie l‘artiste. « Le geste de broder est un geste extrêmement réparateur, toutes le disent. »

  • Montpellier ouvre son centre d’art dédié à la petite enfance

    Montpellier ouvre son centre d’art dédié à la petite enfance

    Après Clermont-Ferrand, Montpellier devient la deuxième ville française à installer l’art contemporain dans le quotidien des tout-petits. Mille Formes est un projet porté depuis des années par la municipalité de Michaël Delafosse, en partenariat avec le Centre Pompidou à Paris.

    Dans un espace de 1 000 m², la structure propose un terrain d’exploration. Avant même de savoir lire, l’enfant expérimente le monde par les sens. Pour ce faire, les marches d’escalier sont adaptées à la taille des petits. Les sièges, les estrades, les modules d’assise sont également pensés à hauteur d’enfant. L’architecture en elle-même devient pédagogique. Montpellier a décidé de parier sur l’intelligence sensible de ses enfants. Dans un monde saturé d’écrans et de stimulations passives, proposer un lieu où l’on touche la matière réelle, où l’on s’émerveille au gré des couleurs et des sons, relève presque d’un acte militant.

    Dès l’entrée, on est immergé dans des espaces colorés, emplis de matières, de volumes et de créations diverses. La prouesse technique n’était pas mince, souligne l’architecte plasticienne Sara de Gouy : « Réaménager un bâtiment existant, sur deux étages, avec des contraintes fortes telles que les normes de sécurité, la circulation verticale, la présence d’un toboggan intégré à l’architecture. Il fallait adapter sans brider. »

    Un laboratoire culturel

    Elle explique également que la scénographie de ce lieu est conçue comme une œuvre immersive à part entière, où se greffent les différentes propositions. Au premier étage, en plus du coin lecture, une galerie accueille des projets artistiques immersifs, conçus en collaboration régulière avec des artistes. « Imaginer un projet pour les 0-6 ans, c’est un sacré défi pour les artistes », souligne Lydie Marchie, directrice du centre. « Ils sortent de leur zone de confort. Ils ne font pas un projet de médiation, ils imaginent un véritable projet artistique. Il faut garder cette exigence, parce que les enfants adorent la difficulté, quand ce n’est pas simple ».

    La structure peut accueillir jusqu’à 200 personnes simultanément. Pour cela, elle compte sur une équipe diversifiée de 16 personnes. Éducateurs, médiateurs culturels, artistes, spécialistes de la petite enfance travaillent en réseau. « L’idée n’est pas d’empiler les expertises, mais de les croiser  », explique la directrice. Mille Formes se veut également un lieu de référence en matière de culture et petite enfance. La formation est au cœur de ses missions. Des étudiantes de la faculté d’éducation participent chaque semaine à un projet de tutorat. Depuis septembre, une apprentie en BPJEPS a rejoint l’équipe. « Être référents en matière de culture et petite enfance fait partie de nos missions », précise la directrice. « La question de l’apprentissage est au cœur de nos pratiques. » Le lieu devient aussi un laboratoire pédagogique.

    « Investir dans un centre d’art pour la petite enfance, c’est affirmer que la culture n’est pas un supplément d’âme, c’est un socle », a rappelé le maire de la ville, Michaël Delafosse, présent lors de l’inauguration. En clair, Mille Formes n’est pas un équipement culturel de plus. C’est un outil de politique publique. Gratuit et ouvert à tous, ce lieu affiche une ambition claire d’égalité d’accès. Mais la gratuité ne suffit pas à elle seule à toucher les familles les plus éloignées de l’offre culturelle.

    Lydie Marchie le reconnaît, « depuis trois ans, une programmation “hors les murs” a été mise en place, bien avant l’ouverture officielle. On a vu que ça marchait très bien l’an dernier. On va continuer à faire du hors les murs, à aller vers les gens, à partir de la fin du printemps. L’idée, c’est d’aller à leur rencontre, petit à petit.  » En ce sens, le centre, situé au pied des Échelles de la Ville dans les anciens locaux de la médiathèque Fellini, est une petite révolution.

    Du mercredi au dimanche,
    de 10h à 18h.
    Fermé les lundis et mardis.

  • Alimentation solidaire : le pari de la « Superluette » à Montpellier

    Alimentation solidaire : le pari de la « Superluette » à Montpellier

    Fruit d’une collaboration étroite entre quatre associations et la Ville de Montpellier, qui a acquis et rénové les locaux (350 m²) pour y accueillir ce projet collectif, la Maison de l’alimentation solidaire (MAS) de Celleneuve, située allée Antonin Chauliac, a été inaugurée le 7 février.

    L’enjeu de la mixité

    Baptisé « Superluette », le lieu regroupe une épicerie solidaire (produits alimentaires locaux, pour la plupart bio, à des tarifs réduits pour les foyers modestes), un café et une cantine participative avec des ateliers de cuisine pour préparer des repas. Y seront également proposés des temps de débat sur les questions d’alimentation, une programmation culturelle et d’autres activités comme des ateliers de théâtre.

    « Ce n’est pas une simple épicerie ou un endroit où on va juste acheter et consommer, c’est un lieu qui se veut expérimental et démonstrateur. Un lieu de lien social, ouvert à toutes et à tous quel que soit leur milieu social, leurs origines, leur culture, leur âge  », insiste Marie Massart, adjointe au maire à l’alimentation et à l’agriculture urbaine. « C’est un enjeu compliqué à relever : la mixité sociale, culturelle et générationnelle. On ne veut pas que ce soit identifié comme un lieu dédié aux personnes en situation de précarité, ni, à l’inverse, comme un lieu pour les bobos. On veut que tout le monde s’y sente bien. »

    Autre originalité du projet : La Superluette est aussi un lieu de recherche-action. La sociologue Pauline Scherer, fondatrice de LaBoca (Laboratoire des communs de l’alimentation), l’une des quatre associations qui co-gèrent le lieu (avec Vrac & Cocinas, l’Esperluette et la Caisse alimentaire commune), va en effet mener un travail de « recherche participative avec les premiers concernés, les habitants. La question de l’accès à l’alimentation et des conditions de production nous concerne tous ».

    Entre février et avril, « des chantiers participatifs se dérouleront avec les habitants, pour aménager progressivement le lieu », avant une ouverture au grand public prévue le 13 avril, au lendemain d’une grande journée festive le 11.

  • « La mise à l’abri des coquillages fait partie des pistes à travailler »

    « La mise à l’abri des coquillages fait partie des pistes à travailler »

    La Marseillaise : En quoi consiste la mise à l’abri préventive des coquillages ?

    Fabrice Grillon : Je tiens au préalable à préciser que la mise à l’abri n’est pas une solution à prendre isolément. Elle fait partie des pistes à travailler, mais avant cela il faut parler des travaux à effectuer sur les réseaux d’assainissement pour limiter les risques de saturation lors d’épisodes de pluies intenses  ; des solutions innovantes comme l’installation d’une porte au niveau des canaux de Sète – cela existe déjà à Venise – afin d’éviter, en courant rentrant, que le norovirus se retrouve dans la lagune de Thau ; il faut parler également de la « recherche et développement » qui peut être réalisée dans les stations d’épuration pour abattre la charge virologique.

    Une fois listées toutes ces solutions, pour lesquelles nous attendons des engagements, nous, conchyliculteurs, pouvons jouer notre partition en mettant en place des unités de mise à l’abri sanitaire. Elles peuvent être de trois types. Individuelles : une entreprise, à son échelle, va agrandir son mas ou en racheter un et mettre en place des bassins de purification plus conséquents, pour disposer de sa propre mise à l’abri. La deuxième possibilité, ce sont des conchyliculteurs qui se mettent à plusieurs et créent une petite unité de mise à l’abri collective sur les ports conchylicoles existants. Enfin il y a une troisième option, plus ambitieuse, qui est la mise à l’abri collective sur la zone halieutique de Frontignan.

    Comment identifier le niveau de risque justifiant une mise à l’abri ?

    F.G. : La mise à l’abri sanitaire doit être intégrée en routine dans une période commerciale cruciale que sont les fêtes de fin d’année, où on va commercialiser du coquillage. À partir de mi-novembre, on se met donc en ordre de marche et on surveille à la fois le climat (la pluie) et la propagation du norovirus dans la population, grâce aux données de l’Agence régionale de santé (ARS) et aux observations réalisées dans le milieu. À ce sujet nous portons un observatoire expérimental appelé Oxyvir, qui permet d’estimer de manière indirecte la présence de norovirus infectieux, et donc le niveau de risque. On peut ainsi préconiser une durée de purification des coquillages allongée. Et éventuellement décider ensuite, quand il y a fermeture ou avant un gros épisode de pluie, de mettre les coquillages en bassin, donc de travailler en circuit fermé. Ils sont alors stockés et mis à l’abri. Face à une période de fermeture aussi longue que celle que nous connaissons actuellement, on n’exclut pas la possibilité de pouvoir faire également du nourrissage dans ces bassins de mise à l’abri sanitaire.

    Existe-t-il déjà des expériences de ce type ?

    F.G. : Quelques entreprises ont déjà leur bassin de mise à l’abri, mais ce sont plutôt de grosses entreprises. Or cela va sans doute, demain, devenir nécessaire pour tous les producteurs.

    Comment financer ces dispositifs ?

    F.G. : La conchyliculture dispose des Fonds européens pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (Feampa). Aujourd’hui il nous reste du budget sur ces enveloppes Feampa pour la programmation qui court jusqu’en 2027. On a donc encore une force de frappe pour réagir.

    Où en sont les réunions avec
    les collectivités et l’État
     ?
    Des projets sont-ils en train
    de se concrétiser ?

    F.G. : La Région Occitanie a confirmé sa volonté de nous mettre à disposition du foncier sur la zone halieutique de Frontignan pour mettre en place la grosse mise à l’abri collective. Le Département, sur ses ports, veut mener un travail de mise en place de petites unités collectives de mise à l’abri. Enfin l’État, sur les ports qui ne sont pas départementaux, a déjà identifié des mas où on pourrait expérimenter ces solutions.

    À côté de ça, on a une coopérative qui s’est emparée de la question et va probablement essayer d’investir dans des unités pour protéger les coquillages dès l’hiver prochain.

  • La solitude invisible des personnes âgées à Montpellier

    La solitude invisible des personnes âgées à Montpellier

    Selon le baromètre des Petits Frères des Pauvres publié en septembre 2025, près de 750 000 seniors, soit 4 % des plus de 60 ans, vivent aujourd’hui en situation de « mort sociale » en France, sans aucun lien social. Un chiffre en hausse de 150% en huit ans, révélateur d’un isolement massif et durable. Montpellier, ville jeune et dynamique, souvent présentée comme une vitrine du « bien vieillir » méditerranéen, est elle aussi traversée par une solitude âgée invisible.

    Septième ville de France avec 310 240 habitants, elle compterait environ 55 000 seniors selon le CCAS. Pour Caroline Carbonne, responsable de l’agence Nos aimés à Montpellier, l’isolement des personnes âgées n’est ni marginal ni nouveau. « C’est un sujet complexe, qui tend à s’intensifier dans une société de plus en plus individualiste », observe-t-elle. Sur le terrain, la solitude n’est pas seulement un malaise social, elle devient un facteur aggravant de troubles médicaux. L’isolement se manifeste souvent de manière brutale, à la suite d’une maladie, d’un veuvage, ou de la perte du permis de conduire. Derrière la demande d’aide, il y a souvent une parole longtemps retenue. Des personnes âgées « dépitées », parfois à bout. « Ça m’est arrivé de me demander ce que je fais encore sur terre. J’aimerais être morte », lui confia l’une d’entre elles. Du côté des Petits Frères des Pauvres à Montpellier, l’isolement est d’abord difficile à faire émerger. « Beaucoup de personnes âgées ont honte de demander de l’aide. Pour elles, c’est reconnaître qu’elles ne sont plus rien », explique une travailleuse sociale.

    Initiatives locales

    Les signalements arrivent souvent par les voisins ou des auxiliaires de vie. Le milieu médical reste peu présent dans cette détection. « Il est très compliqué d’avoir des données précises sur l’isolement des seniors », reconnaît Nicole Marin-Khoury, adjointe au maire, déléguée aux seniors. Car, « les actions en faveur des seniors sont intégrées dans plusieurs politiques publiques », précise Alexia Léon, chargée de mission au CCAS.

    Conscients de ces angles morts, la Ville et le CCAS tentent d’adapter leurs modes d’action. À Croix d’Argent, un quartier solidaire pour les aînés a été mis en place, reposant sur un réseau de référents de proximité : voisins, pharmaciens, commerçants afin de repérer les situations de solitude avant qu’elles ne s’aggravent. Parmi les leviers mobilisés figurent les 17 clubs de l’âge d’or, qui touchent environ 10 000 seniors, ainsi que des dispositifs de colocation entre seniors et étudiants. « L’enjeu, c’est de garder les seniors actifs et visibles dans la cité », insiste Alexia Léon. « Ce type d’initiative permet de recréer du lien, tout en répondant à des besoins réciproques », ajoute Nicole Marin-Khoury. Pour les associations, le cœur du travail reste de redonner une place. « Notre rôle, c’est de leur montrer qu’ils ont encore une valeur sociale, qu’ils sont toujours des êtres humains  », rappelle l’une des travailleuses sociales rencontrées.

    Mais les moyens restent limités. Assistantes sociales débordées, manque de personnel, contrôles insuffisants dans certains secteurs de l’aide à domicile, les failles sont nombreuses. « On sait que l’on a du mal à trouver les personnes les plus invisibles, alors on met tout en place pour qu’elles ne le deviennent pas », résume Nicole Marin-Khoury. Une reconnaissance en creux car la prévention ne suffit pas toujours à rattraper ceux qui sont déjà tombés. Et la donne se complique. « On observe des phénomènes de précarisation des seniors qui n’existaient pas ou peu avant. À la question du vieillissement va se rajouter celle de la précarité », souligne Alexia Léon. Une population encore mal connue, alors même qu’un boom démographique se profile. « C’est difficile à mesurer, donc difficile à politiser », résume Caroline Carbonne, responsable de l’agence Nos aimés. L’isolement des personnes âgées relève à la fois de trajectoires individuelles et de choix collectifs. Entre invisibilité statistique et urgence sociale, le défi reste entier.

    Amélia Siapo