Tag: Hérault

  • [Mémoire] Février 1906, la grève des transbordeuses en Occitanie

    [Mémoire] Février 1906, la grève des transbordeuses en Occitanie

    Le 25 février 1906 à Cerbères, dans les Pyrénées-Orientales, près de 300 transbordeuses d’oranges décident de se mettre en grève. Bien que des femmes aient déjà participé à plusieurs mouvements sociaux aux côtés d’hommes, c’est une des premières grèves 100% féminine dans un domaine réservé généralement aux ouvriers. Pour comprendre sa genèse, il faut remonter quelques années en arrière. Avec l’apparition du chemin de fer, l’Espagne, pays exportateur d’agrumes, privilégie ce mode de transport pour ses marchandises. Mais lors de la jonction entre les chemins de fer français et espagnols, en 1878, la largeur des rails diffère. Si l’Hexagone s’est plié à la norme européenne avec des rails d’une largeur de 1,43 m, l’Espagne, elle, est restée fidèle au décret royal avec des rails d’une largeur de 1,66 m. Pour assurer le transport des agrumes entre les deux pays, deux gares sont construites (à Cerbères côté français). Ainsi naît la Corporation des transbordeuses d’oranges.

    Couchées sur les rails

    Les conditions de travail sont éreintantes. En 1903, à la suite d’une récolte exceptionnelle, les ouvrières demandent une augmentation salariale de quelques centimes. Mais trois ans plus tard, force est de constater que rien n’a bougé malgré la promesse de la direction. Les femmes se mettent alors en grève et bloquent la gare pendant 24 heures. Les patrons cèdent et acceptent l’augmentation. « Le syndicat avait obtenu une augmentation de 0,25 franc par wagon et par ouvrière (le salaire antérieur était de 0,75 franc) », écrivait alors le journaliste Albert Thomas dans les colonnes de l’Humanité.

    Fortes de leurs succès, les transbordeuses décident de créer un syndicat « rouge ». Mais la direction réplique en créant un syndicat « jaune » et interdit le travail aux syndicalistes rouges. Un nouveau bras de fer s’engage et, face au blocus de la gare, le gouvernement de Clemenceau décide d’envoyer l’armée en novembre 1906 pour les expulser. Les soldats refusent, des briseurs de grève sont alors envoyés et les grévistes se couchent sur les rails. Elles seront délogées à la lance à eau. Écœuré par ce traitement, le sous-préfet de l’époque finit par obliger la direction à ne pas discriminer à l’embauche. Une première lutte victorieuse qui en amènera d’autres.

  • [Basket] Valéry Demory, au bord des adieux

    [Basket] Valéry Demory, au bord des adieux

    Montpellier, un havre pour travailler en paix ? Dans un monde du sport, qui peut renverser un entraîneur du jour au lendemain, la capitale du Languedoc fait-elle exception ? Depuis plus d’un demi-siècle, la famille Nicollin dirige le club de football, non sans coup de sang. Pendant trente ans, le manager Patrice Canayer a transformé le Montpellier Handball en double champion d’Europe.

    En quinze saisons, un autre homme fort s’est fait une place à part dans l’environnement sportif de la Métropole : Valéry Demory.

    Demory, né à Denain (Nord) sur les bords de l’Escaut, n’a pas pris avec le temps l’accent du Sud. L’ancien meneur de jeu des plus grands clubs français et de l’équipe de France (85 sélections) a façonné d’une main ferme le BLMA (Basket Lattes Montpellier Agglomération) en deux temps. Tout d’abord pendant une décennie (2007-17) pour l’installer au sommet du basket féminin français, puis pendant cinq ans (2021-26) pour l’y maintenir.

    « Il a l’âme d’un constructeur. Quand il est arrivé à Montpellier, on était quand même dernier du championnat et on a fini par être champion de France. Pour lui, c’était intéressant de rester. Pour le club, de le garder. Tout le monde était gagnant dans l’histoire. Le fonctionnement était plus rustique, mais c’était quand même des superbes années », témoigne l’ancien capitaine de Lattes Gaëlle Skrela.

    Samedi 7 mars (19h), pour le dernier match à domicile de la phase régulière de la Ligue féminine face à Landerneau, Valéry Demory (62 ans) sera au cœur de la fête. Celle du club de Lattes et ceux qui aiment le basket. Au terme de la saison, au verdict imminent, l’entraîneur emblématique va s’éloigner des salles. Et prendre la retraite au bout de deux vies à vivre du et pour le basket. Durant quarante-quatre ans, il a été d’abord un meneur de jeu, puis un entraîneur d’équipes féminines.

    Valéry Demory a basculé de l’une à l’autre sans temps mort. À 37 ans, l’ancien meneur s’est glissé dans le costume d’entraîneur sans vraiment changer de peau. Il s’est fait la main dans le Béarn, sa terre d’exil. Dans la petite ville de Mourenx (2000-07), plantée à égale distance entre Orthez et Pau.

    Puis, cet homme discret a posé ses valises entre Montpellier et la mer Méditerranée. Comme la greffe du basket masculin ne prenait sur les hauteurs de la Paillade, l’ancien président de l’Agglomération Georges Frêche, décédé en 2010, a misé sur l’équipe féminine de Lattes. Une équipe placée sous la tutelle du maire Cyril Meunier.

    Le technicien a mis les Gazelles au pas de course. Quand Lattes a posé au début du siècle ses fondations dans l’élite, le manager l’a installé dans le paysage sportif de Montpellier, en pleine ébullition, et celui du basket féminin. Comment ? En gagnant et le dotant d’un palmarès. Au cours d’une décennie (2007-17), Lattes a lutté avec Bourges, plus grand club français, et a ébranlé par intermittence sa mainmise.

    « Il connaît le basket

    sur le bout des doigts »

    « Quasiment tous les titres gagnés l’ont été quand il était là. Par son passé de joueur, il connaît le basket sur le bout des doigts. On a gagné des matchs par son sens de la stratégie. Parfois, je me disais pourquoi on fait ça et on gagnait », décrypte Gaëlle Skrela. Qui n’a pas oublié son management à part. « Valéry est quelqu’un de simple. Il nous laissait de la liberté dans la vie de tous les jours. Il avait des exigences et des objectifs, mais toujours en nous laissant une certaine forme de liberté dans le jeu et en dehors du terrain. Cela n’avait pas de prix pour moi. Il faisait vraiment confiance aux gens et pour tout. »

    Lattes s’est taillé alors une reconnaissance. Avec deux titres en 2014 et 2016. et cinq Coupe de France (2011, 13, 15, 16 et 21). Au côté de René Comes, président rigoureux, Demory a façonné des effectifs ambitieux et compétitifs.

    Visage impavide, parfois distant, la voix intérieure de Valéry Demory infuse avec le temps. Celle de ceux qui laissent une trace presque invisible dans l’instant, mais suscite presque un manque. « Joueuse, je devais l’énerver et il m’énervait. C’est normal quand vous êtes tous les jours avec les gens. Aujourd’hui, ce n’est plus mon coach, mais il fait partie des gens importants de ma vie. Si je n’ai pas changé de club, ni d’entraîneur, c’est qu’il y avait bien quelque chose qui faisait aussi que j’avais envie de rester avec lui et Guy Prat (ancien adjoint). Ils aiment gagner, ils aiment travailler. Aujourd’hui, ils me manquent », confie Gaëlle Skrela.

    En 2017, au bout d’une décennie très réussie jusqu’à créer un vent de jalousie, Valéry Demory, auréolé de son savoir-faire a pris la route de Lyon et Villeurbanne, où Tony Parker ébauchait son projet de grand club.

    Les deux hommes ont vécu pas mal de frictions jusqu’à la séparation. Parallèlement, Lattes a goûté aux prémices de l’après-Demory. Il est passé d’une stabilité sportive et financière à une période plus fragile. Il a ouvert comme une évidence la porte à son retour. Cette fois, son départ sera sans retour.

  • Trois jours de collecte pour les Restos du cœur

    Trois jours de collecte pour les Restos du cœur

    L’année dernière, dans l’Hérault, la récolte de dons annuelle organisée par les Restos du cœur avait permis de rassembler 150 tonnes de denrées alimentaires. Cette année, les 6, 7 et 8 mars, ils seront de nouveau environ 900 bénévoles par jour à participer à cette nouvelle édition, devant 84 supermarchés partenaires.

    « Nos bénévoles seront disponibles à l’entrée des supermarchés avec des caddies pour récupérer les dons, explique Anita Barone, présidente départementale des Restos du cœur de l’Hérault. La priorité est donnée aux denrées alimentaires. Ce dont nous avons le plus besoin, ce sont des conserves de légumes, de plats cuisinés ou de poissons, mais aussi de l’huile, du sucre, de la farine, des pâtes, du riz et du café. »

    La précarité explose

    « Ces récoltes annuelles sont absolument nécessaires, poursuit Anita Barone. Chaque année, de plus en plus de personnes se trouvent dans des situations précaires, que ce soit des familles monoparentales, des retraités, des travailleurs pauvres ou simplement des personnes qui n’ont plus les moyens de manger après avoir payé leur loyer. »

    L’année dernière les Restos du cœur ont distribué 161 millions de repas en France, et 3,5 millions dans l’Hérault. Cette année, ce ne sont pas moins de 4 millions de repas qui vont être distribués dans le département. « Le contexte économique et politique ne cesse de précariser de plus en plus de monde, notamment depuis le Covid, conclut Anita. Parmi les personnes accueillies dans l’Hérault, qui est l’un des départements les plus pauvres de France, il y a une grande part d’étudiants et 25% de familles monoparentales. »

    Inscriptions et renseignements : www.collecte.restosducoeur.org

  • Liquidation d’Alinéa : quel avenir pour les 39 salariés de Pérols ?

    Liquidation d’Alinéa : quel avenir pour les 39 salariés de Pérols ?

    C’est le dernier rebondissement dans la saga finale d’Alinéa : le groupe roumain SDC Holding est de nouveau candidat à la reprise, après avoir pourtant retiré sa première offre à la mi-février. Un dossier a été déposé en dernière minute au tribunal le lundi 2 mars, proposant de reprendre le site, plusieurs magasins, et au moins la moitié des 1 200 employés.

    Pour mieux comprendre pourquoi cette nouvelle ne constitue pas un vrai soulagement pour les 39 salariés du magasin Alinéa de Pérols, il faut remonter quelques épisodes en arrière. Créée à Avignon en 1988, l’enseigne d’ameublement est en difficulté financière depuis une quinzaine d’années déjà. En 2020, elle avait cependant en partie été « sauvée » par la famille Mulliez, septième fortune de France qui détient, entre autres, Auchan et Décathlon. L’Association de la famille Mulliez avait alors racheté dix points de vente, dont l’antenne du centre commercial Plein Sud, à Pérols. Ce n’était là qu’un soulagement temporaire : en octobre 2025, les salariés du magasin de Pérols ont été informés que l’enseigne était placée en redressement judiciaire, après avoir perdu 47 millions d’euros l’année précédente. L’enseigne Grand Frais et le groupe roumain SDC Holding s’étaient alors portés candidats à la reprise, avant de retirer leur offre chacun leur tour. Et de la proposer de nouveau donc, en dernière minute, pour le second…

    Lionel Rigal est conseiller de vente à l’Alinéa de Pérols depuis 25 ans. Il affirme : « Il n’y a plus d’espoir depuis que SDC s’est retiré la première fois. Nous nous sommes faits à l’idée de devoir chercher du boulot ailleurs. » De fait, tout le monde s’était déjà préparé à la fermeture définitive du magasin, qui a déjà entamé un immense déstockage. De plus, le dossier du potentiel repreneur aurait reçu un avis défavorable de la part de la direction : « Le juge donnera sa décision dans dix jours, poursuit le salarié. Mais il y a très peu de chances que cela aboutisse. »

    Des salariés déboussolés

    « C’est un véritable ascenseur émotionnel », se désole Lionel Rigal. Samedi 14 février dernier, il était aux côtés de ses collègues pour manifester devant l’enseigne et demander des indemnités de départ supérieures au minimum légal. Depuis, les négociations entre le principal syndicat Sega et la direction des administrateurs ont repris. Selon Aurélie Tavernier, du syndicat Force Ouvrière 34, à date du jeudi 5 février, la dernière proposition des syndicats était une enveloppe de 10,7 millions d’euros. L’avenir de cette proposition est cependant lui aussi suspendu à la décision du tribunal d’accepter ou non l’offre de SDC Holding.

    La possible liquidation de l’enseigne représente une forme de traumatisme pour les salariés du magasin de Pérols : « Nous, le personnel, nous sommes très attachés à cette boîte, poursuit Lionel Rigal. On aimait nos produits, on en était fiers. Nous étions comme une famille. » Plusieurs facteurs expliquent ce naufrage selon lui : les mauvaises stratégies commerciales, mais aussi le contexte du secteur de l’ameublement qui se dégrade en raison de la concurrence et des changements d’habitudes de consommation des acheteurs. En attendant la fermeture définitive, prévue initialement pour la fin du mois de mars, les salariés s’étaient déjà préparés à se retrouver sur le carreau : « Ce n’est pas facile, on est tous un peu déboussolés, conclut Lionel Rigal. Les clients n’arrêtent pas de nous demander ce qu’on va devenir. Mais on ne le sait pas nous-mêmes. »

  • La Cité Bergère s’invite dans la campagne

    La Cité Bergère s’invite dans la campagne

    À l’instar de la circulation perturbée sur les 4 boulevards, la Cité Bergère est un caillou dans la chaussure du maire de Montpellier.

    En cause la délivrance en août 2025 d’un permis de construire qui autorise 69 logements sur un terrain privé. Un choix qui, selon le collectif qui a déposé un recours en annulation au tribunal administratif, irait à l’encontre des promesses faites par le maire et écrites en novembre 2023 dans le magazine municipal par son adjoint écologiste Manu Reynaud. À savoir : préserver 100% de la Cité Bergère. « C’est un vestige de l’histoire de ce quartier [avenue Saint-Lazare], la dernière terre agricole exploitée en centre-ville qui produit encore des légumes pour ses habitants », insiste Julien Lorentz.

    Avant de lancer une pétition signée près de 28 000 fois, le président de l’association des « Vrais amis du Père Prévost » a bien rencontré M. Delafosse pour demander le rachat par la mairie des 4 400 m² de maraîchage qui seraient réduits à 1 800 m² après construction. « On pourrait en faire un lieu social et pédagogique pour les enfants, une ferme urbaine. » Impossible, selon la municipalité. « La famille Colomina n’est pas vendeuse au prix des terres agricoles », indique Laurent Nison. L’adjoint aux grands travaux précise que via le nouveau Plan local d’urbanisme intercommunal-climat (PLUI-C), la Ville a « rendu inconstructible 80% de la parcelle qui était constructible à 100% auparavant ». M. Delafosse aurait-il dû forcer le deal à 100% ? « On ne pouvait pas spolier le droit à construire sans justification majeure. Pour une expropriation, il aurait fallu une déclaration d’intérêt général, même en préemptant on était hors des clous. La famille aurait pu attaquer et gagner », assure Laurent Nison. « Le droit s’applique à tout le monde. »

    Délivré in extremis sous les règles de l’ancien PLU déplore Thierry Teulade (Vive Montpellier Nord), le permis de construire va notamment être attaqué sur des risques supposés. « C’est une zone potentiellement sujette aux inondations pour les caves et les parkings souterrains », illustre Tristan Baudoin, citoyen engagé. « Il y a la question de la sécurité hydraulique et l’étude d’un expert agricole qui indique qu’une partie du bâtiment se situe dans une zone boisée classée », ajoute l’avocate Me Tamaris Furstenheim.

    En pleine campagne, ce projet immobilier contre lequel 7 candidats (Roumégas, Müller, Oziol, Gaillard, Saurel, Altrad, Zbairi) se sont engagés, fait resurgir le périlleux sujet de l’urbanisme. A l’instar des vieilles batailles citoyennes pour le stade du Père Prévost ou le Parc Montcalm, les responsables associatifs Tony Chavard et Jean-Michel Justamon ont le sentiment que les engagements urbanistiques des maires respectifs font long feu à Montpellier.

  • Cette année, la grève féministe sera antifasciste et solidaire dans l’Hérault et le Gard

    Cette année, la grève féministe sera antifasciste et solidaire dans l’Hérault et le Gard

    « Cette année, les questions de l’antifascisme et du contexte international vont être saillantes dans les mobilisations du 8 mars », affirme Marie, membre de l’Interorga féministe de Montpellier. Comme chaque année, cette organisation qui rassemble différents collectifs, syndicats et associations, a préparé la manifestation féministe du 8 mars, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

    Le cortège partira dimanche 8 mars de la place Albert Ier, à 14h. Il remontera ensuite le boulevard Henri IV et passera par la place de la Préfecture, avant de terminer sur la place de la Comédie. Plusieurs collectifs seront alors invités à prendre la parole, notamment Montpellier contre l’extrême droite, des collectifs en soutien aux peuples palestiniens, kurdes et iraniens, ou encore l’intersyndicale.

    « En plus de réaffirmer notre antifascisme et notre opposition aux guerres impérialistes, la question de l’égalité au travail sera également centrale, précise Marie. Il faut bien rappeler que la journée du 8 mars est une journée d’appel à la grève internationale féministe, issue de différents mouvements révolutionnaires. La question de la grève est d’autant plus importante depuis la période du Covid, qui a montré à quel point les femmes sont surreprésentées dans les métiers essentiels. Et nous savons que ces grèves peuvent être très massives, grâce aux exemples de l’Espagne ou de l’Argentine. »

    10h30 à Alès, 11h à Sète, 14h30 à Nîmes

    Dans la deuxième ville de l’Hérault, à Béziers, une manifestation organisée par l’intersyndicale (CGT, FSU, Unsa, Solidaires et CFDT) aura également lieu ce dimanche, pour la quatrième année consécutive. Elle partira du parvis du Théâtre à 10h30, avant de rejoindre la Bourse du travail, puis la place David-d’Anger, où se tiendront des prises de paroles et quelques stands, dont celui du Planning familial. Le cortège sera aussi accompagné de différentes animations du collectif féministe Les rosies de Béziers, et la mobilisation s’achèvera par un concert du groupe La tible. Ici aussi, le contexte politique sera au cœur des revendications : « La lutte contre l’extrême droite va de pair avec la lutte féministe, il y aura donc des prises de parole à ce sujet. Et bien sûr, la question des guerres et de leur impact sur les femmes sera aussi abordée », assure Julien Rader, secrétaire CGT de l’Union locale de Béziers.

    Ailleurs dans le département, la manifestation de Sète se tiendra à 11h au départ de la place de la mairie et celle de Ganges partira de la mairie à la même heure.

    Dans le Gard, le cortège féministe d’Alès est prévu au départ de la sous-préfecture à 10h30, le dimanche 8 mars. De son côté, le cortège féministe de Nîmes est prévu le samedi 7 mars, à 14h30 au Carré d’art. Il se dirigera vers le tribunal et sera constitué, entre autres, des syndicats Solidaires, FSU et CGT, et de l’association Femmes Solidaires. « De notre côté, en tant que syndicat, nous voulons faire entendre nos revendications liées à l’égalité au travail, précise Christine Boularasse, membre de Solidaires 30. La première loi sur l’égalité salariale en France date de 1972 et pourtant, les femmes gagnent toujours 28% de moins que les hommes, notamment à cause des temps partiels imposés. Nous revendiquons aussi la revalorisation salariale des métiers féminisés, comme tous les métiers liés aux soins. » La militante rappelle également qu’il reste de nouveaux droits à conquérir concernant les violences sexistes et sexuelles au travail (VSST) ou encore la prise en charge des « congés hormonaux ». Par ailleurs, Solidaires est également signataire de l’appel national à la grève lancé par le collectif Grève Féministe, appelant à la grève du travail, des tâches domestiques et de la consommation, résumée par le slogan « Sans les femmes, tout s’arrête ».

  • [Campagne électorale] Les réseaux sociaux : outils essentiels, miroirs déformants

    [Campagne électorale] Les réseaux sociaux : outils essentiels, miroirs déformants

    Un maire sortant (Michaël Delafosse) qui multiplie les selfies. Un milliardaire (Mohed Altrad) qui se fait filmer façon Trump à manger des frites dans un fast-food. Un humoriste (Rémi Gaillard) qui empile les projets délirants (stade-parc, zoologramme…) générés à base d’intelligence artificielle. Un ancien édile (Philippe Saurel) qui se met en scène en boxant dans un clip pour déclarer sa candidature… Six ans après avoir hérité du titre « plus folle de France », la campagne 2026 à Montpellier illustre le virage pris par la politique. « Les réseaux sociaux sont devenus incontournables dans la communication politique », résume le politiste montpelliérain Romain Fargier. « En être absent aujourd’hui, c’est quasiment une faute professionnelle quand on est un politique », insiste l’enseignant-chercheur en sciences politiques à l’Université Paul Valéry.

    Selon lui, le phénomène n’épargne pas les petites communes et tend à se professionnaliser dans les grandes villes. « Jusqu’en 2020, il y avait une forme d’amateurisme. Les élus locaux avaient une réticence vis-à-vis des réseaux sociaux, ne les prenaient pas au sérieux », se souvient ce membre du Centre d’études politiques et sociales (Cepel). Leur institutionnalisation lors de la Présidentielle 2017 avec J.-L. Mélenchon qui « investit YouTube » a fait son œuvre. « On observe une forme de diplomatie sur les réseaux sociaux des chefs d’État comme Trump, Poutine et même Macron », illustre Romain Fargier. À l’échelle locale, il parle d’une « professionnalisation ». « Ce n’est plus le stagiaire ou le chargé de com’ qui s’occupe des publications. Ce sont des community managers, des communicants dans des staffs dédiés dans les grandes villes ». Chartes, vidéos montées, esthétique numérique, infographie, ajout de musique… les contenus postés sont parfois soigneusement retravaillés.

    Terriers de lapin

    Une façon pour les candidats de mieux maîtriser leur propagande plutôt que de s’en remettre aux médias vis-à-vis desquels la défiance grandit en raison du manque d’indépendance des grands groupes. « Le système médiatico-politique est devenu hybride : il n’y a plus les réseaux sociaux d’un côté et les médias de l’autre ». Au-delà de Facebook, Instagram ou X, cela conduit aussi les candidats à privilégier les « rabbit holes » [terriers de lapin] via des canaux de communication interne type Telegram, Signal, WhatsApp. « Ces réseaux sociaux à usage de commentaire sont l’héritage des forums des années 90-2000. Le volume d’informations partagées qui amplifie l’effet de bulle, dépasse les contenus partagés publiquement », assure Jacqueline Markovic, consultante et formatrice en communication numérique. « Pour les gens, c’est un moyen de se préserver face au déferlement de l’info, de se créer un environnement moins toxique avec moins de trolls, de cyberharcèlement », ajoute l’ancienne déléguée aux contenus numériques auprès de Yannick Jadot.

    IA et fake news

    Aujourd’hui colistière de Michaël Delafosse, elle met en garde contre la reproduction des biais cognitifs sur certaines plateformes. « Les algorithmes de Meta (Facebook, Instagram) discriminent les femmes. Il y a un manque de transparence, de la pub et des comptes recommandés alors qu’on ne les suit pas ». Jacqueline Markovic ajoute que l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) est susceptible de fausser des campagnes électorales. « Cela peut générer des fake news, il faut avoir l’œil pour les repérer. Certaines formations politiques sont plus avancées dans l’utilisation des RS comme la fachosphère qui utilise des fermes à trolls russes comme lors de la campagne d’Éric Zemmour ». Elle estime néanmoins que les réseaux sociaux dans leur ensemble sont un outil de long terme. « Il faut du temps pour créer une audience, une communauté ». Romain Fargier ajoute qu’à ce jour, « il n’existe pas de corrélation directe entre le nombre de likes sur les réseaux sociaux et le résultat des élections car le vote est plurifactoriel, il répond à des logiques complexes propres à chacun ».

    C’est sans doute pourquoi peu de candidats abandonnent les recettes qui ont fait leurs preuves. « Il y a un vrai impact sur les réseaux, une de mes vidéos d’une minute sur les bus a fait 20 000 vues. Mais cela ne remplace pas le contact humain sur les marchés, les porte-à-porte, les réunions, cafés débat… », insiste Thierry Antoine, candidat du Printemps de Béziers. L’écologiste est en revanche « moins fan » des meetings qui « prennent du temps et ont un coût ». C’est là un autre atout des réseaux sociaux. « Ils sont gratuits alors que même les tracts coûtent cher ! », s’exclame l’écologiste Lise Florès. Un argument de poids lorsqu’on n’a pas beaucoup d’argent pour faire campagne comme la tête de liste de Lunel Collectif. « Cela pose une question démocratique : il faut de l’argent pour se présenter aux élections ». Un autre sujet à débattre…

  • Sylvie Fleury au Mrac de Sérignan, le glamour comme regard sur le monde

    Sylvie Fleury au Mrac de Sérignan, le glamour comme regard sur le monde

    Cette artiste suisse, figure majeure de la scène contemporaine, a exposé dans des institutions internationales comme le musée Guggenheim de Bilbao ou le Kunsthal de Rotterdam, et est présente dans de grandes collections publiques comme celle du MoMA de New York. Elle brouille, depuis plus de trente ans, les frontières entre art et consommation, luxe et critique sociétale. L’Occitanie a encore quelques semaines pour plonger dans son univers.

    Trente ans de création sont aujourd’hui revisités dans un parcours immersif avec « Thunderb ». Son célèbre vaisseau spatial donne le ton. Une fusée, symbole traditionnel de puissance masculine, est ici bleu et rose, nacrée, glossy. Le détournement et l’ironie étant pleinement assumés. Tout autour, des comptoirs épurés sur lesquels reposent des objets du quotidien : un rouge à lèvres, de la poudre… comme posés là par inadvertance. L’ensemble se veut minimaliste, presque discret, avant que certaines pièces ne vous frappent de plein fouet. Des néons multicolores aux slogans hypnotiques des marques de cosmétiques éclairent le parcours. Ses œuvres fascinent parce que l’artiste croise le féminin et le masculin, l’art et la mode, la puissance et la frivolité supposée. Elle met en scène les codes pour mieux révéler leur artificialité. Son travail agit comme un diagnostic visuel de notre société de consommation. Ceci sans qu’elle ne se revendique moraliste.

    « Mon travail est souvent perçu comme une critique, et il l’est en partie. Mais c’est avant tout une observation de ce qui m’entoure, de ce qui me fascine. Je suis attirée par la perfection des surfaces laquées, par l’éclat d’un chrome, par la promesse contenue dans un emballage. Je ne porte pas de jugement, je présente des faits. Le spectateur est libre de ressentir la séduction, l’agacement, ou les deux à la fois. C’est dans cette tension que l’art opère », déclarait Sylvie Fleury lors du vernissage de l’exposition.

    * 146, avenue de la Plage, à Sérignan.
    Ouvert du mardi au vendredi
     10-18h et le week-end 13-18h.

  • [Entretien] « Les femmes ne représentent que 20% des maires de France »

    [Entretien] « Les femmes ne représentent que 20% des maires de France »

    La Marseillaise : Pour la première fois lors des élections municipales de mars 2026, la parité obligatoire sur les listes électorales s’applique même aux communes de moins de 1 000 habitants. Qu’est-ce que cela va changer ?

    Geneviève Tapié : Depuis la première loi sur la parité, le nombre de conseillères municipales a bondi. Entre 2001 et 2020, on est ainsi passé de 31,7% de femmes dans les conseils municipaux à 42,4%. Ce chiffre incluait les communes de moins de 1 000 habitants, qui sont désormais soumises à la parité également. Donc à la fin du mois de mars 2026, la part de femmes dans les conseils municipaux devrait atteindre les 48%, bien qu’avec une petite déperdition possible, parce qu’il y a eu quelques autorisations de proposer des listes incomplètes. Cependant, il faut bien comprendre que la part des femmes à la tête des exécutifs, c’est-à-dire le nombre de femmes maires, progresse de son côté bien moins rapidement. Aujourd’hui, elles ne représentent qu’environ 20% des maires de France.

    Quelle est la situation en Occitanie ?

    G. T. : L’examen des 6 317 listes candidates au premier tour des prochaines élections municipales dans les 4 446 communes d’Occitanie révèle que les femmes ne représentent toujours que 20,11% des têtes de liste pour 2026. Par ailleurs, l’Hérault est un peu au-dessus de cette moyenne, avec 23,44% de femmes en tête de liste, et le Gard n’en compte que 18,40%. Pourtant, l’Occitanie est une région avec de nombreuses femmes à des postes de commandement, puisque la présidente de Région est Carole Delga et que quatre départements sont présidés par des femmes (l’Ariège, l’Aude, le Gard et les Pyrénées-Orientales).

    Qu’est-ce qui explique que les femmes soient sous-représentées dans les mandats de maires ?

    G.T. : D’abord, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de contraintes légales pour ces élections. Pourtant, on l’a fait pour les élections départementales, donc c’est possible de changer la loi pour instaurer la parité des maires. La deuxième raison, c’est que plus on monte dans les communes importantes et qui ont des moyens, moins il y a de femmes candidates. Ainsi, nous nous sommes rendu compte que les hommes laissent leur place principalement dans des communes dotées de peu de moyens. Sur le mandat sortant, il y avait 19% de femmes maires et 72% d’entre elles l’étaient dans des communes de moins de 1 000 habitants. Et ce manque de contraintes légales a aussi des conséquences dans les intercommunalités, parce que l’usage veut que ce soient les maires des communes qui y siègent et que ce n’est pas un scrutin au suffrage universel. C’est la raison pour laquelle le pourcentage de femmes dans les intercommunalités est honteux : il est inférieur à 30% ; le nombre de vice-présidentes est inférieur à 15% ; et le nombre de femmes présidentes est à peine au-dessus de 5%. Si elles sont rarement à la présidence des intercommunalités, c’est parce que les communes plus importantes y ont davantage de représentativité, et les femmes sont plus souvent à la tête de petites communes, qui ont donc moins de représentativité.

    Donc selon vous, la solution passe par les évolutions législatives ?

    G. T. : Oui, pour que les choses changent, il faut des lois. Notamment parce que souvent, la société est en avance sur ses élites et ses décideurs. La preuve étant que si vous leur demandez, une majorité des Français est favorable en principe à ce que les femmes soient maires. Mais même avec une opinion publique favorable, il y a toujours des résistances. Ce combat pour faire évoluer la loi se mène à plusieurs échelles, et notamment au niveau européen. Rappelons que la première loi sur l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes de 1972 était la traduction dans le droit national d’une directive européenne. Nous, à l’Observatoire régional de la parité, nous menons donc une action internationale poussée, notamment avec des femmes allemandes, parce que si la Commission européenne prend une directive sur la parité des mandats de maire, les États membres seront obligés de suivre.

    Propos recueillis par Nina Bailly

  • Titres de séjour « étudiant » : plus de 1 000 dossiers en attente

    Titres de séjour « étudiant » : plus de 1 000 dossiers en attente

    Nous tenons des permanences toutes les semaines. Depuis quelque temps, des dizaines d’étudiants nous contactent car ils n’ont toujours pas reçu de confirmation du renouvellement ou de la demande de leur titre de séjour étudiant », explique Mathéo, membre de Réseau université sans frontières (RUSF) 34, qui accompagne des étudiants étrangers dans leurs démarches administratives.

    « Habituellement, dans ces cas-là, on contacte un délégué du défenseur des droits, qui interpelle la préfecture et nous permet, souvent, d’accélérer la situation, ou tout au moins d’avoir une réponse. Cette fois, malgré l’intervention du délégué du défenseur des droits, rien ne bouge », poursuit le militant.

    L’association a donc multiplié les sollicitations de la préfecture, laquelle a fini par répondre qu’« à ce jour plus de mille dossiers sont à traiter », au motif que « le service qui traite des demandes “étudiant” connaît actuellement une surcharge de travail et un sous-effectif croissant », rapporte RUSF. « La dégradation des conditions de travail des agents et la dégradation du service rendu aux usagers sont les deux faces d’un même problème : les coupes budgétaires et les politiques répétées d’austérité dans les services publics », dénonce l’association.

    « Cette situation alimente l’angoisse, l’incertitude et la précarité de nombreux étudiants dont la situation dépend directement de ces démarches administratives », insiste RUSF. Certains peuvent en effet voir leur année invalidée par l’impossibilité d’obtenir une alternance ou un stage faute de titre de séjour. Qui plus est, « sans titre de séjour on ne peut pas travailler à côté de ses études », complète Mathéo, qui pointe également l’impact psychologique de ces dysfonctionnements administratifs : « Il y a des étudiants qui font des crises d’angoisse, ils nous disent qu’ils sont débordés par la situation, que ça les stresse. Beaucoup envisagent d’abandonner leurs études. Ils vivent dans la peur d’un contrôle de police », décrit-il.

    Plus globalement, l’association dénonce les politiques menées au niveau national, jugées discriminantes : la loi « bienvenue en France », qui instaure des frais d’inscription différenciés, les étudiants extra-européens payant 16 fois plus cher (2 850 euros pour une inscription en licence et 3 879 euros pour un master) ; la décision récente du gouvernement de supprimer les APL (aide pour le logement) pour les étudiants non européens ; ou encore l’annonce d’un « travail » engagé pour « renforcer la sélectivité des étudiants étrangers », « ce qui risque une nouvelle fois de dégrader leurs conditions d’accueil et d’études ».

    Outre l’abrogation de ces mesures, RUSF 34 réclame « la mise en place de mesures exceptionnelles pour traiter les dossiers les plus urgents et la garantie qu’aucun étudiant ne soit pénalisé du fait des retards administratifs. » L’association revendique également « le recrutement immédiat de personnel supplémentaire » et appelle les étudiants concernés à se faire connaître*.

    * Par mail sur : rusf34montpellier@gmail.com