Tag: grève

  • Il y a 60 ans… l’explosion du pétrolier « Olympic Honour »

    Il y a 60 ans… l’explosion du pétrolier « Olympic Honour »

    Le vendredi 1er avril 1966, des tuyauteurs de la Société Provençale des Ateliers Terrin(SPAT) effectuaient des travaux de réparation sur un pétrolier L’Olympic Honour appartenant au richissime armateur Onassis.

    Pour ce faire, ils devaient découper un morceau de tuyau endommagé. Le Plan de travail remis par la compagnie pétrolière démontrait que cette tuyauterie communiquait avec la salle des pompes et les citernes transportant le brut. Tout cela était dégazé et ne comportait aucun risque. Le samedi 2 avril au matin, cette même équipe viendra souder le nouveau tuyau. C’est alors que se produisit une terrible explosion.

    Après expertise, la tuyauterie avait subi des transformations qui n’étaient mentionnées nulle part sur le plan. Cette tuyauterie communiquait avec la soute à gazoil sous gaz inerte qui alimentait l’ensemble de la machinerie du navire. Pendant la nuit, l’air s’introduira par le tuyau découpé et le mélange air/gaz produit par le gasoil provoquera ce terrible drame.

    La tôle de coque de 15m² environ sera propulsée dans la mer, une épaisse fumée noire à couper au couteau se dégagera du navire et l’on retrouvera même des rivets sur le quai d’en face à 400 m environ.

    Nuit de cauchemar

    À la suite de cette explosion, on déplorait 7 morts, dont 4 marins et 3 ouvriers de la SPAT, ainsi que 31 blessés parmi lesquels se trouvait notre camarade François Mura.

    Les marins pompiers ont lutté jusqu’à la nuit pour éteindre l’incendie. Ils ont été remarquables et courageux.

    En l’espace de deux heures, la tôlerie de la cheminée du navire est devenue complètement rouge tellement la chaleur était élevée. Il en était de même pour la mer qui était en flammes.

    Dans l’heure qui suivra l’explosion, toute la réparation navale arrêtera le travail en signe de solidarité. Les ouvriers se relayant à tour de rôle jour et nuit en formant un piquet d’honneur devant le navire.

    Le lundi 4 avril, le pétrolier sera mis à sec sur le dock flottant. Cette nuit-là, les marins pompiers avec les délégués du personnel effectueront toujours les recherches des victimes avec des lampes torches au milieu des cendres et des ferrailles déformées par la chaleur. Ce fut une nuit de cauchemar.

    Lutte de 7 mois

    La grève de solidarité continuera jusqu’au jour des obsèques. À la SPAT, les ouvriers, en Assemblée Générale, décidèrent de faire don de 2 heures de leur salaire pour les attribuer aux 3 veuves.

    Ce terrible drame provoquera un conflit d’une durée de 7 mois contre les conditions de travail qui étaient de 10h y compris le samedi.

    Au mois de novembre 1966, le patronat de la réparation navale, pour en finir avec le conflit, licenciera un grand nombre d’ouvriers. À l’issue de cette lutte, il en résultera une diminution de temps de travail à 9h sans perte de salaire et le début de discussions sur les conditions de sécurité. Le personnel licencié sera réintégré, excepté le secrétaire de la SPAT.

    Yves Thorame

  • [Grève dans l’éducation nationale] À Gap, la colère monte face aux options sacrifiées

    [Grève dans l’éducation nationale] À Gap, la colère monte face aux options sacrifiées

    « Les jeunes dans la galère, l’école publique dans la misère, cette société-là, on n’en veut pas ! » L’intersyndicale de l’éducation s’est réunie devant l’entrée de la Direction départementale de l’Éducation nationale, ce mardi matin, à Gap (Hautes-Alpes). Le message était clair : la baisse de la dotation horaire globale (DHG), inscrite dans le budget adopté par le gouvernement, constitue une injustice. Au lycée d’Altitude de Briançon, cette diminution entraîne la suppression de 80 heures de cours pour l’année 2026-2027, et 95 heures au lycée Aristide-Briand, à Gap. « L’option qui permettait aux élèves de pratiquer des sports adaptés à leurs difficultés médicales va être supprimée, regrette Andrée Marques, co-secrétaire de direction du lycée de Veynes. Les classes de Sciences économiques et sociales (SES), qui avaient été doublées pour mieux accompagner et qui avait permis au lycée d’avoir les meilleurs résultats régionaux en la matière, les classes en langue divisées en petits groupes… Ces dispositifs vont être supprimés, ainsi que des cours d’option. »

    Dans les Hautes-Alpes, la situation géographique complique l’adaptation à ces suppressions d’heures. « Certains lycées peuvent essayer de répartir les cours en option à cheval avec d’autres établissements, mais nous, à Briançon, nous sommes dans un lycée de montagne, très éloigné des autres, le premier est à Embrun, à plus de 50 km », s’attriste Patrick Charlier, enseignant en filière professionnelle au lycée d’Altitude. Quant à l’argument du gouvernement, qui justifie ces baisses d’heures par le déclin démographique, il convainc peu. « Les effectifs sont stables dans le département. à Briançon, on perd 20 élèves à la rentrée, cela ne va pas bouleverser les classes », rétorque Patrick Charlier.

    Le privé encore et toujours épargné

    La colère gronde aussi contre des coups de rabot qui concernent systématiquement l’enseignement public, et pas le privé. « à Manosque, le lycée public va devoir supprimer des options alors que le lycée privé va avoir deux classes de plus à la rentrée, avec des professeurs rémunérés par le rectorat, donc par l’argent public ! Sans compter qu’il reçoit plus de 1 000 euros de dotation rectorale par élève scolarisé », rapporte Andrée Marques.

  • [Grève dans l’éducation nationale] À Marseille, les lycéens en force dans la rue

    [Grève dans l’éducation nationale] À Marseille, les lycéens en force dans la rue

    En lutte depuis près de quatre semaines, les lycéens ont répondu présents à l’appel à la grève nationale lancé le 20 mars par la FSU, l’Unsa Éducation, la CFDT Éducation formation et recherche publiques, la CGT Éduc’action et Sud Éducation. Après avoir participé au blocus de leur lycée – les établissements de Montgrand (6e), Saint-Charles (1er), Nelson-Mandela (12e), Perrier (8e) et de César-Badalccini (7e) étaient bloqués mardi matin -, près de 200 élèves militants se sont rendus à la manifestation. Parti à 11h45 des Réformés (1er), le cortège a rassemblé 800 personnes, selon la préfecture.

    Les revendications ne bougent pas : professeurs, élèves et personnels éducatifs sont tous venus dénoncer les coupes budgétaires annoncées par le gouvernement, impliquant notamment la suppression de 4 000 postes dans l’éducation nationale, à la rentrée 2026. Dans les lycées, c’est d’abord le nombre d’heures d’enseignement qui risque d’être réduit : 22 établissements publics sont concernés dans les Bouches-du-Rhône, dont 11 à Marseille.

    « Dans notre lycée, on devrait perdre 77 heures de cours, s’indigne Joseph, en terminale à Saint-Charles. Plusieurs options de seconde doivent être supprimées, sans doute des heures de soutien, et toutes les heures en demi-groupe qui nous permettent de mieux bosser. » À Montgrand, Camille est tout aussi inquiète : « Comme d’habitude, on nous supprime des heures. Là, ça va être en musique, en théâtre, en langue… On est là pour revendiquer un ras-le-bol général. »

    Marche antimilitariste

    Au milieu des traditionnels chants anticapitalistes, les lycéens n’ont pas manqué d’insister sur leur position antimilitariste. « C’est pas l’éducation qui coûte trop cher, c’est l’armée, c’est la guerre », ont-ils scandé à de nombreuses reprises. Cette revendication se constate aussi sur les tracts revendicatifs des jeunes militants, où sont comparées les évolutions budgétaires de l’Éducation et de la Défense : « De manière continue depuis 2012, le budget par étudiant a baissé de 22%, celui de la défense a augmenté de 60% », lit-on sur le document distribué devant le lycée Perrier.

    « Quand on voit toutes les coupes budgétaires qui se font et tout l’argent que l’armée récupère, avec le déploiement de milliards d’euros, on ne peut que faire le lien. On se bat aussi contre la militarisation et la mise au pas de la jeunesse, insiste Gwendal, membre du Mouvement national lycéen 13. La situation géopolitique nous inquiète, surtout quand on entend des phrases telles que “il faut de la jeunesse pour faire une guerre”, ce qu’un animateur a dit lors de ma journée d’appel. » Une délégation de parents d’élèves, professeurs et d’un représentant lycéen a été reçue à la préfecture. Les jeunes militants projettent de poursuivre les mobilisations, y compris pendant les vacances.

  • [Grève dans l’éducation nationale] à Marseille, les lycéens toujours mobilisés

    [Grève dans l’éducation nationale] à Marseille, les lycéens toujours mobilisés

    En première ligne depuis le début du mouvement, lancé le 5 mars, les lycéens ne s’essoufflent pas. Déterminés à défendre la qualité de leurs enseignements et les conditions de travail de leurs professeurs, ils prendront part, ce mardi, aux mobilisations organisées dans le cadre de l’appel de l’intersyndicale (FSU, Unsa Éducation, CFDT Éducation formation et recherche publiques, CGT Educ’Action et Sud Éducation), lancé le 20 mars.

    En proie à d’importantes coupes budgétaires, impliquant notamment la suppression de 4 000 postes dans l’éducation nationale, le secteur de l’enseignement est poussé à de sérieuses restructurations à la rentrée 2026. Dans le cas des lycées, c’est d’abord le nombre d’heures d’enseignement délivré qu’on menace de réduire, avec 22 établissements publics concernés dans les Bouches-du-Rhône, dont 11 à Marseille. « Certains de mes proches vont être directement impactés par cette politique d’austérité, s’inquiète Gwendal, élève de terminale au lycée César-Baldaccini (7e) et membre du Mouvement national lycéen 13 (MNL). Des spécialités doivent être supprimées, comme humanité, littérature ou philosophie. C’est triste que les générations futures n’aient pas accès aux dispositifs que nous avons connus nous. »

    D’après un communiqué de Sud éducation, publié le 9 mars, ce sont 80 heures qui devraient être perdues au lycée Nelson-Mandela (12e), 180 heures à Jean-Perrin (10e), 146 à Marie-Curie (5e), 100 à Montgrand (6e), 80 à Diderot (13e) ou encore 77 à Saint-Charles (1er).

    Luc, entré au MNL 13 au début du mouvement et élève de première à Saint-Charles, est, lui, directement concerné par ces importantes baisses de moyens : « 77 heures (…), c’est un énorme impact sur la qualité de l’enseignement qui est donnée. Par exemple, dans les classes de spécialité, qui sont les cours les plus importants, aujourd’hui on est 25 élèves. L’année prochaine, avec ces baisses de dotations, on sera 35 par salle. » Et Gwendal d’ajouter : « Notre objectif est d’élargir le plus possible la lutte, à la fois au niveau national, pour que d’autres lycées nous rejoignent, mais aussi aux autres institutions du service public. Nous nous sommes déjà unis avec certains étudiants postbac. » Le MNL 13 annonce une série d’actions organisées sur les deux prochaines semaines, qui ne prendront pas forcément la forme de blocus.

  • La grève de la dernière chance à Kem One

    La grève de la dernière chance à Kem One

    La bombe sociale qui couvait à Kem One est sur le point d’éclater. Sur le pôle pétrochimique de Martigues-Lavéra, à Fos-sur-Mer, comme dans la région lyonnaise, l’ensemble des syndicats CGT du groupe pétrochimique appellent à la grève, ce mardi 31 mars, « pour défendre nos emplois et notre outil de travail », tel que le présente la coordination syndicale. Ils sont appuyés par leur fédération des industries chimiques (Fnic-CGT) et par leurs unions locales, notamment à Martigues.

    1 300 emplois sont en jeu à l’échelle nationale. « Tous les signes sont négatifs », quant à la santé financière de l’entreprise, considère Geoffrey Del Baldo, secrétaire général du syndicat CGT du site de Lavéra. Depuis notre état des lieux publié le 14 janvier, le syndicaliste poursuit son travail de « lanceur d’alerte ». Et pour cause : « Apollo a mis en vente Kem One depuis le début de l’année pour se désengager le plus vite possible », indique-t-il, à propos du fonds d’investissement, repreneur en 2021. La coordination syndicale CGT de Kem One fait état d’une dette colossale contractée par l’entreprise depuis, à hauteur de 700 millions d’euros au total, dont 230 millions « prioritaires en cas de liquidation », à comparer aux « 10 millions d’euros de dette » à la reprise en 2021. Et couplée aux « presque zéro euros d’obligations de l’entreprise sur les marchés financiers », soit un autre signal de faiblesse.

    Apollo ne répond plus

    La première des inquiétudes des syndicats est celle de l’emploi. Rien que pour le site de Lavéra, Geoffrey Del Baldo fait état d’« une vingtaine de postes qui n’existent plus depuis un an et demi, deux ans », citant notamment « deux postes RH en moins, un au magasin et deux à l’inspection ». « Plein d’alternants et de CDD n’ont pas été reconduits sur le site, ce qui met en péril la formation », selon le responsable, ce qui interroge sur la politique des ressources humaines.

    D’autre part, « la direction générale nous a dit que tout était possible lors du CSE extraordinaire du 25 mars », reprend Geoffrey Del Baldo, à propos d’une liquidation ou même d’un démembrement du groupe. « La vente à des concurrents, comme à des entreprises qui ne produisent pas de PVC, ou le démembrement : il n’y a pas de limite », rapporte-t-il. « Si, demain, il y a concurrence entre nos sites, certains seront désavantagés », estime le syndicaliste, pour qui « l’affaiblissement de Kem One est celui de toute la chimie ». Ce que confirme la Fnic-CGT dans sa lettre ouverte à Emmanuel Macron, lorsqu’elle parle de la « place stratégique au cœur de la chaîne de valeur industrielle française » de Kem One, « représentant des milliers d’emplois induits », ainsi qu’un aspect stratégique en Europe face au PVC chinois à bas prix.

    Dans leur combat, les syndicalistes de Kem One peuvent compter sur le sénateur (PCF) Jérémy Bacchi, qui a réagi en apportant son « soutien aux travailleurs en lutte pour la transparence et la pérennité de leurs emplois ». « Le gouvernement doit prendre la mesure de l’actualité de Kem One et agir pour pérenniser les savoir-faire et les outils de production stratégiques de notre pétrochimie », considère le sénateur. L’élu prévoit d’être représenté auprès des salariés mobilisés ce mardi, à Lavéra et à Fos-sur-Mer, pour « échanger avec eux afin de déterminer quelle sera notre action » au niveau parlementaire.

    D’autres soutiens locaux sont comptés comme le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, et Pierre Dharréville, de la direction nationale du PCF. Contactée, la direction de Kem One ne nous a pas répondu.

  • Le collège Coutarel, à Istres, en grève pour des effectifs

    Le collège Coutarel, à Istres, en grève pour des effectifs

    Au collège Élie Coutarel, la ligne rouge a été franchie. « Deux assistants d’éducation (AED) sont en accident de travail avec plusieurs jours d’ITT suite à un événement survenu la semaine dernière, commence une enseignante qui souhaite garder l’anonymat. Il y a eu une bagarre entre élèves le matin. Les parents sont venus les chercher et se sont à leur tour battus au sein de la vie scolaire. » S’il s’agit d’un acte isolé, cet épisode est « révélateur » d’un manque de moyens humains et d’une détérioration des conditions de travail, affirme l’équipe pédagogique, qui s’est mise en grève à l’appel de l’intersyndicale ce jeudi 26 mars. La Fédération des conseils de parents d’élèves soutient le mouvement.

    Postée à l’entrée de l’établissement avec ses collègues, Sylvie Petitjenet, professeure de français, témoigne : « On a eu douze conseils de discipline depuis le mois de janvier, alors qu’il y a eu deux semaines de vacances. Les faits de violence se multiplient. Les personnels sont agressés, les élèves s’étranglent entre eux, c’est quasiment incontrôlable. Donc tout le monde a peur pour sa sécurité. On est démunis. »

    Des angles morts

    Dans ce collège de 724 élèves, une seule conseillère principale d’éducation (CPE) est à l’œuvre. Côté encadrants, 5,5 équivalents temps plein sont chargés de surveiller les scolaires. Embauché l’an dernier pour s’occuper de la 3e classe du dispositif micro-collège, Santiago Gutierrez prête régulièrement main-forte aux AED. « Je vois bien que je suis bien plus qu’un renfort, que je suis quasi indispensable. (…) On n’arrive pas à être deux dans le hall, trois dans la cour, un à l’entrée et dans les étages. » L’agent déplore l’impact de ce manque d’effectifs pour les élèves. « On a beaucoup plus de cas de harcèlement ou de situations compliquées et on a de plus en plus de mal à les détecter, parce qu’on est tout le temps en train d’éteindre les feux. Il y a des angles morts. »

    Les enseignants eux-mêmes doivent « venir en renfort » en cas de problème, « intervenir quand il y a des malaises d’élèves », l’infirmière n’étant là qu’un jour par semaine. « Notre psychologue conseillère d’orientation vient de partir, on ne sait pas si elle va être remplacée, idem pour notre assistante sociale qui part en juin, donc quasi-tout le personnel médico-social est parti », révèlent trois professeures.

    « On ne peut pas se substituer au rectorat, qui est censé nous donner des moyens pour fonctionner », dénonce Lisa Laface, enseignante de lettres modernes syndiquée à la CGT Éduc’Action. « Ce n’est pas un climat apaisé, propice à la concentration et au travail, reprend une de ses collègues. D’autant que les élèves sont 31 par
    classe.
     »

    L’équipe pédagogique demande le recrutement de deux AED à temps plein et d’un CPE supplémentaire, d’accompagnants des élèves en situation de handicap, ainsi que des jours de présence supplémentaires de l’infirmière.

  • À Septèmes, le soutien du maire aux grévistes du collège Ferrandi

    À Septèmes, le soutien du maire aux grévistes du collège Ferrandi

    Ces derniers ont également reçu la visite du maire (PCF), André Molino, venu apporter son « soutien aux enseignants mobilisés ». « Ils défendent notre école publique fragilisée par un manque criant de moyens. Le gouvernement prévoit en effet la suppression de plus de 4 000 postes au niveau national dans les premier et second degrés, dont 900 pour l’Académie Aix Marseille », s’est notamment insurgé le maire, avant de poursuivre : « Toujours moins de postes, toujours plus d’élèves, des conditions qui ne cessent de se dégrader : autant de conséquences des politiques d’austérité qui mettent à mal l’éducation nationale. »

  • Grève tournante au lycée Paul-Langevin à Martigues

    Grève tournante au lycée Paul-Langevin à Martigues

    Alors que la sonnerie retentit, des dizaines de parents, de professeurs et d’élèves inquiets se rassemblent devant le lycée Paul-Langevin. En cause : les manques de moyens qui s’accentuent année après année, dégradant les conditions d’enseignement et de travail.

    À la rentrée scolaire 2026, 4 000 postes seront supprimés dans les collèges et les lycées. « Sur la France, ça paraît pas tant que ça, commence le professeur de mathématiques Akrem M’Hamdi. Pourtant si. Ce sont des groupes en moins, donc la fin d’une pédagogie différenciée, individualisée. Ce sont des classes de 35, alors qu’on s’est battus pendant des années pour que les élèves de seconde soient 24 par classe. C’est aussi moins d’accompagnants des élèves en situation de handicap, moins de surveillants. C’est une nouvelle attaque portée à l’école publique. C’est dangereux pour la France de demain. »

    Devant l’établissement, les enseignants distribuent un graphique montrant l’évolution du nombre d’heures par élève entre 2013 et 2026. En 13 ans, la baisse s’établit à 17,08%. « Avant la réforme du lycée, les élèves avaient 32 heures par semaine, rappelle Akrem M’Hamdi. Après, c’est 28 heures par semaine, c’est-à-dire deux mois de cours en moins par an. »

    À Paul-Langevin, les effets de cette « austérité budgétaire » se font déjà ressentir. Élèves en terminale, Lou et Léna témoignent. « On est 36 dans notre classe, donc il y a facilement du bruit, c’est dur d’étudier. On prend du retard sur le programme. Les heures en moins obligent à supprimer des options. L’an dernier c’était l’anglais. L’année prochaine ce sera probablement le latin. On pourra bientôt plus faire de demi-groupe pour les langues, donc on n’aura plus d’oral, alors que c’est nécessaire pour apprendre. Bref, on fait les frais de cette politique et c’est plus vivable. »

    Présents sur place, le maire communiste Gaby Charroux et ses élus annoncent leur intention d’intervenir auprès du rectorat. L’équipe pédagogique annonce quant à elle un mouvement où « deux fois par semaine, des collègues feront grève et se mettront devant le lycée », détaille Akrem M’Hamdi.

  • Des salariés de la Ligue de l’enseignement en grève

    Des salariés de la Ligue de l’enseignement en grève

    Le 7 février, Sabrina Mahfoud « apprend avec surprise » que son poste d’animatrice famille au centre social Estaque-Bassin-de-Séon, qu’elle occupe depuis quinze ans, va être supprimé. Comme elle, trois autres postes, dans des centres sociaux que gère la Ligue de l’enseignement-Fail 13, seraient sur la sellette.

    Un mouvement de grève avait déjà eu lieu au centre social de l’Estaque, jeudi 12 mars, à l’initiative de la CGT Uspaoc. Cette fois-ci, une trentaine de salariés et de sympathisants « en colère et préoccupés par la disparition progressive des services », se sont réunis devant le siège social de la Ligue 13, dans le 5e.

    Contraintes budgétaires

    « Des solutions de reclassement » ont été proposées aux quatre salariés concernés par les suppressions de postes, mais « elles n’offrent pas les mêmes conditions », selon Nadia Lacheter, coordinatrice famille au centre social de l’Estaque. Des accompagnateurs à la scolarité (AIS), salariés de la Ligue 13, sont aussi en grève pour témoigner de leurs « conditions de travail très précaires ». Pour Alma, embauchée depuis trois ans, « la convention collective de l’animation et les contrats courts sous lesquels nous travaillons ne permettent pas de se projeter sereinement ». Elle ajoute : « Nous sommes solidaires des salariés licenciés, parce que s’il y a moins d’activités en centre social, ce sont moins d’activités proposées aux enfants que l’on accompagne. »

    Des grévistes ont été reçus dans l’après-midi par le délégué général de la Ligue 13, Karim Touche. Contactée, la direction n’a pas encore donné suite. Elle s’était exprimée, lors de la grève du 12 mars, en justifiant du « contexte économique et budgétaire contraint » et de « la fragilisation du secteur associatif », notamment dans le milieu de l’éducation populaire, qui l’amènent à « envisager ces décisions difficiles afin de préserver la pérennité de ses activités ». La Ligue a aussi rappelé être « pleinement attachée au dialogue social ».

  • Kem One : une grève comme signal d’alarme pour la CGT

    Kem One : une grève comme signal d’alarme pour la CGT

    Après les alertes, la CGT de Kem One contre-attaque. L’organisation syndicale, largement majoritaire sur le site de Fos-sur-Mer, appelle à la grève pour ce mardi 31 mars pour tous les sites français du groupe plasturgiste.

    Un mouvement pas anodin pour l’un des principaux producteurs de PVC au niveau européen. « Le but de la grève est d’alerter les pouvoirs publics, les politiques, le gouvernement et les salariés. L’entreprise va très mal, pas seulement le site de Fos mais l’ensemble du groupe », expose Yann Beauné, secrétaire général de la CGT Kem One Fos. Il faut dire que son organisation syndicale a des arguments pour justifier son inquiétude : « En 2021, on était endettés à hauteur de 10 millions d’euros, aujourd’hui, on l’est à hauteur de 700 millions. L’actionnaire principal, Apollo, n’a mis aucune bille, et s’enrichit sur le dos des salariés via des montages financiers complexes. »

    Les quelques données disponibles publiquement sur la santé financière du groupe en disent long : son résultat net a fondu, passant de 184 millions d’euros en 2021 au négatif de
    -89 millions en 2024, tout comme sa trésorerie : de 185 millions à 15,5 millions. Mais pas ses dettes financières : de 14,3 millions à… 362 millions. Ajoutez à cela des mouvements anormaux en Bourse de plusieurs fonds d’investissement. « On a mis notre nez dans les montages financiers et c’est inquiétant. Certains actionnaires et partenaires d’Apollo [fonds d’investissement états-unien, actionnaire principal et repreneur de Kem One en 2021, Ndlr] parient à court terme contre Kem One et gagnent de l’argent sur notre perte », relate Yann Beauné.

    Des sites en danger direct

    La coordination syndicale CGT du groupe résume la situation : « Kem One est devenu le terrain de jeu préféré des spéculateurs de la finance mondiale. L’actionnaire Apollo a choisi de livrer les clés de l’entreprise à des fonds spéculatifs vautours. » D’où la montée au créneau à venir et d’où une lettre ouverte en direction d’Emmanuel Macron, président de la République, en date du 16 mars. Laquelle alerte notamment sur « l’entreprise stratégique » qu’est Kem One pour la France qui fût un temps aux mains d’Arkema. « On est un groupe stratégique au niveau du PVC en France, ce n’est pas une production anodine. Et on consomme de l’éthylène [matière première pour le PVC] produit par LyondellBasel et de Naphtachimie sur le bassin de Fos », développe Yann Beauné. Lequel insiste : « Si on tombe, d’autres acteurs tombent en amont de la chaîne mais aussi en aval, avec les usines qui font des billes de PVC, tous les acteurs qui achètent du PVC… ».

    Entre les 1 300 salariés du groupe selon les décomptes syndicaux, les emplois induits directs et indirects, l’impact sur l’écosystème de la chimie française pourrait être dévastateur : « Il y aura un effet domino énorme et l’on n’est que trois à produire du PVC en France. » D’autant que plusieurs sites sont déjà quasiment à l’abandon au niveau investissement : « Les outils de productions souffrent dans tous les sites. Certains équipements vitaux sont à bout de souffle », alerte la coordination syndicale CGT du groupe. Pour le site de Château-Arnoux-Saint-Auban, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le syndicat dépeint un décor qui a de quoi faire froid dans le dos : « Bâtiment qui s’écroule, économies sur la sécurité, non-remplacement de personnels… ». Constats tout aussi inquiétants pour le site à Lavéra : « Trois bacs de stockage de soude sur cinq sont hors service dus à la corrosion. » De quoi décrire les effets concrets de la stratégie d’Apollo sur les conditions de travail.

    Pour y voir plus clair, la CGT compte sur un comité social économique extraordinaire, qui se déroule ce mercredi 25 mars. « Selon les réponses, on déclenchera peut-être un droit d’alerte social et économique », prévient Yann Beauné.