La Marseillaise : Comment se déroule la campagne ?
Cathy Chaulet : Bien. Nous avons un bon accueil dans les communes. Nous avons une équipe unique, collective, combative et à l’écoute. On sillonne le département, soit par des rendez-vous individuels, soit par des réunions entre grands électeurs. On essaye d’être chaque fois le plus nombreux possible, si on peut y aller à 5 on y va à 5. Après, nous sommes des élus locaux, donc nous connaissons aussi d’autres élus et les spécificités liées à nos territoires.
Quelles sont les attentes des élus et des maires que vous rencontrez ?
C.C. : Ce qu’ils demandent en priorité, c’est de la simplification administrative, des allègements, et de l’autonomie financière. Ils souhaitent un peu plus de décentralisation mais avec des moyens. Ils veulent qu’on n’ait pas un État contraignant, mais un État qui soit facilitateur. C’est particulièrement demandé dans le cadre des appels à projets. Ensuite, ils demandent de la confiance, que l’on fasse confiance aux élus locaux qui sont quand même au cœur des réalités du quotidien et de la proximité. Enfin, ils réclament la défense des services publics, un sujet très important pour notre liste que nous portons depuis longtemps. Les communes ne réclament pas des privilèges mais d’être simplement entendues, écoutées, parce qu’elles sont au cœur des réalités de ce que vivent les Français, que ce soit en ville ou à la campagne.
Ce sont des thématiques où la gauche a des idées à faire avancer…
C.C. : On essaie de peser fort sur ces thèmes. Mais la simplification c’est facile de l’annoncer, après il faut la traduire. Parce que parfois, il y a des décrets qui n’arrivent pas. Il faut surtout parvenir à prendre en compte cette richesse d’expérimentation qui fait que l’on ne peut pas appliquer les mêmes choses en Bretagne que sur le pourtour méditerranéen ou simplement entre Saint-Privat-de-Champclos et Nîmes.
Quels sont les autres axes de votre campagne ?
C.C. : Nous voulons défendre les communs, l’eau, l’air, les sols… parce que c’est l’essentiel. Même si c’est peut-être une utopie, nous souhaitons une non-marchandisation de ces communs. C’est très important, surtout dans un contexte de changement climatique qui fait que tous les secteurs du quotidien et l’ensemble des citoyens sont impactés, que ce soit l’habitat, les bâtiments, qu’ils soient scolaires ou qu’ils soient municipaux, que ce soit la santé, que ce soit les conditions de travail des salariés à l’extérieur comme à l’intérieur… Il y a des enjeux face à la déprise agricole qui pose la question de la prévention des incendies et qui pose la question des moyens de la sécurité civile. Ce sont des sujets transversaux qui reviennent régulièrement dans la bouche des élus. Aujourd’hui, cette transition est à défendre, et c’est même le défi de demain.
Sur ces sujets, qu’apporte votre expérience de vice-présidente du conseil départemental du Gard en charge de l’agriculture ?
C.C. : J’ai peut-être une écoute différente et une plus grande expérience. Mais je suis issue de ce monde de paysans, issue de cette ruralité. J’y suis née, j’y ai grandi et j’y vis. Toutes ces questions sont au cœur de mon mandat, au Département mais aussi de mon mandat de maire. Je pense que c’est donc la réalité et le quotidien de beaucoup d’élus. Chez moi, je suis atterrée de ce que je vois. J’avais une commune complètement agricole, et aujourd’hui il ne reste plus personne. Le peu qu’il y a ne gagne pas sa vie, y compris sur la lavande et le lavandin. Aujourd’hui, ces plantes plutôt résistantes sont mises à mal.
Sur un plan plus politique, pensez-vous aujourd’hui que le troisième siège de ces élections sénatoriales dans le Gard se joue entre vous et le Rassemblement national ?
C.C. : C’est difficile à dire mais j’ai très peur. On se bagarre. La présidente du Département, Françoise Laurent-Perrigot (PS), a raison de dire que le vote utile c’est le vote de la liste du Gard en commun, parce que c’est le seul moyen d’envoyer une sénatrice de gauche au Sénat. Tout le reste, ce sont des voix perdues et des voix qui feront les beaux jours du RN. La bataille va être compliquée mais on se bagarre pour aller arracher ce siège en réaffirmant que le vote utile, c’est le vote Bouad. Surtout que, quand on entend aujourd’hui les débats du Rassemblement national et cette volonté de changer la Constitution, on se dit qu’il faudra qu’au Sénat, il y ait un peu plus de gens qui pèsent pour que tout ne leur soit pas ouvert. Et quand on voit le glissement de la droite, on est en droit d’avoir peur. On a rencontré beaucoup de maires, on est allé dans des endroits franchement pas faciles pour la gauche, mais on n’a pas l’impression que les maires sans étiquette soient proches du Rassemblement national.
Dans ce contexte, que pensez-vous de la candidature de Carole Bergeri qui est également vice-présidente du conseil départemental du Gard ?
C.C. : Dès lors qu’on fait partie d’un collectif et d’une majorité départementale, les aventures individuelles ne doivent pas être au rendez-vous. Sinon, on ne peut pas dire qu’on fait de la politique et qu’on est là pour l’intérêt commun et l’intérêt général. Quand on a en face six députés d’extrême droite, plus un septième qui est au Parlement européen, et quand on voit le résultat des élections municipales, on n’a pas le droit de la jouer perso.