Tag: Gard

  • L’aéroport de Nîmes en zone de turbulences

    L’aéroport de Nîmes en zone de turbulences

    Record de fréquentation d’un côté, trou financier de l’autre : l’aéroport de Nîmes-Garons cultive un paradoxe qui commence à peser lourd. Avec 259 000 passagers en 2024, la plateforme avait retrouvé son meilleur niveau depuis vingt-cinq ans. Loin, pourtant, des 400 000 voyageurs promis pour 2028 par le délégataire Edeis lors de la signature de la délégation de service public (DSP) en 2022. Et en 2025, la fréquentation a même légèrement reculé, à 245 552 passagers.

    Sur le plan comptable, la note est salée. Le rapport annuel d’Edeis affiche un résultat net négatif de 1,17 million d’euros en 2024, contre un excédent de 349 000 euros l’année précédente. Une provision exceptionnelle de 872 000 euros, liée à un vieux contentieux sur des autorisations d’occupation temporaires, gonfle l’ardoise. Mais même sans elle, le trou atteint près de 300 000 euros. Six lignes sont aujourd’hui exploitées, presque toutes par Ryanair, quasi seul maître à bord depuis le fiasco de la compagnie Odyssey l’an dernier, qui a annulé l’ensemble de ses vols.

    Élu à la tête de Nîmes Métropole en avril, Vincent Bouget (PCF) a hérité d’un dossier explosif. Devant le conseil communautaire fin juin, l’édile n’a pas mâché ses mots : « Les ambitions affichées lors de la signature de la DSP et les objectifs fixés au délégataire sont aujourd’hui loin d’être atteints. » Un contentieux qui pourrait, selon le contrat, déclencher de premières pénalités financières dès cette année.

    Coopérer

    plutôt que rivaliser ?

    Reste que pour Vincent Bouget, le trafic commercial n’est pas l’essentiel. « Le cœur du réacteur, c’est la sécurité civile », a-t-il tranché début juillet, rappelant le rôle de la base aérienne où sont entretenus les Canadair, avec quatre nouveaux appareils attendus d’ici 2032. Un statut de hub européen de la sécurité civile que Nîmes ambitionne depuis 2017, mais que Chypre pourrait bien lui souffler : la Commission européenne y prépare une plateforme régionale de lutte contre les incendies, confirmée en juin par la commissaire Hadja Lahbib. « S’il faut aller à Bruxelles avec Carole Delga pour que le hub européen soit bien ici, nous irons », promet le président d’agglo.

    Sur le volet commercial, la question d’une coopération avec les aéroports voisins refait surface. En septembre 2025, alors dans l’opposition, Vincent Bouget plaidait déjà pour une autre voie que la rivalité : « Rien ne peut s’envisager sans coopération avec les aéroports voisins, dont Montpellier. » Une ligne bien différente de celle défendue quelques mois plus tôt par son prédécesseur Franck Proust, qui menaçait ouvertement de « se tourner vers Marseille » face à ce qu’il jugeait être le manque d’ouverture de Montpellier.

    Aujourd’hui, l’opposition LR, par la voix de Franck Proust, avance un autre scénario : une reprise temporaire de l’aéroport en régie publique si Edeis venait à se désengager. Une piste que la majorité de gauche n’a, à ce stade, ni confirmée ni écartée. Après deux rendez-vous décisifs fin juin, avec le préfet du Gard puis le délégataire, Vincent Bouget maintient la prudence : « On travaille pour trouver une solution et sortir par le haut. » Le cap devra être fixé avant l’échéance de la DSP, fin 2028. Au-delà des désaccords, une question politique demeure : combien d’argent public faut-il mobiliser pour préserver cette vitrine aérienne, et pour quel service rendu au territoire ? Le débat ne pourra se limiter à une guerre de clochers : l’avenir de 850 salariés et de 200 élèves-pilotes est aussi en jeu.

  • Le maire d’Alès visé par des menaces signées « DZ Mafia »

    Le maire d’Alès visé par des menaces signées « DZ Mafia »

    Le message est clair. Jeudi dernier, l’épouse du maire d’Alès, Christophe Rivenq (LR), découvre dans leur boîte aux lettres une enveloppe marquée d’insultes et de menaces de mort visant son mari, avec à l’intérieur deux balles de 9 mm. Des tags injurieux et menaçants étaient également retrouvés sur les murs de leur domicile. Le tout signé « DZ NG », pour « DZ Mafia Nouvelle Génération ». Une appellation interprétée par certains spécialistes comme le signe d’une recomposition du pouvoir entre les principaux leaders du groupe criminel marseillais DZ Mafia, et qui semblerait s’être progressivement implantée à Alès depuis l’été dernier, notamment dans le quartier des Cévennes.

    Quelques jours après, lundi 20 juillet, Christophe Rivenq était exfiltré de son domicile par le RAID après le signalement d’une nouvelle menace et la suspicion d’une voiture piégée. Le soir même, des mesures de protection renforcées du maire étaient prises à la demande du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Le parquet anti-criminalité organisée s’est saisi de l’enquête, tandis que le 22 juillet, une vidéo tournée par des membres se réclamant de la DZ Mafia et niant sa responsabilité était publiée sur les réseaux sociaux. Cette démonstration de force intervient dans un contexte de fortes pressions exercées localement par les forces de l’ordre contre le narcotrafic. Interrogée par Le Monde au sujet des violences qui se sont multipliées ces derniers mois dans la commune gardoise, une source policière souligne que « la DZ NG est active sur Alès. Et on connaît la dangerosité de cette organisation et leur capacité à faire monter des jeunes endoctrinés sur leurs actions violentes ». Dans une vidéo publiée sur Facebook, Christophe Rivenq s’est montré déterminé à poursuivre avec « la même fermeté » son combat contre le narcotrafic.

    « Je resterai debout »

    « Je resterai debout parce que, ce faisant, c’est la République qui reste debout », affirme-t-il, avant d’appeler à renforcer le pouvoir des élus pour leur permettre « d’être encore plus actifs pour protéger nos concitoyens ».

    Rapidement, l’élu a reçu des témoignages de soutien de la part de la présidence de la République, du Sénat et du gouvernement, mais aussi de nombreux élus locaux. Dès le 17 juillet, Paul Planque, élu d’opposition (PCF) à Alès, affirmait dans un communiqué la nécessité de faire preuve « d’unité et de fermeté » face à des actes d’une telle gravité. « La peur ne doit jamais dicter nos choix, ni faire reculer celles et ceux qui accomplissent leur mission avec courage. » Des communiqués de soutien ont également été diffusés par la section d’Alès du PCF, par le maire de Sète Hervé Marquès (LR) ou encore par les Écologistes du Gard, ces derniers affirmant que « la réponse à ce défi doit être à la hauteur de l’urgence et ne saurait se réduire à une logique sécuritaire répressive qui, comme le montre l’exemple des opérations “place nette”, s’avère inefficace pour démanteler les structures mafieuses ». Vincent Bouget, le maire de Nîmes, s’est rendu de son côté dès le 17 juillet à Alès. « J’ai pu l’assurer de tout mon soutien face aux injures et aux menaces de mort inacceptables qu’il a reçues, indique-t-il. La peur ne doit jamais dicter la loi. Les conditions du débat démocratique doivent rester respectueuses de l’intégrité de toutes et tous. »

    « La peur doit changer de camp, la DZ Mafia traquée »

    Toujours au sein du PCF, Sylvain André, maire de Cendras, a aussi apporté son soutien à l’élu, affirmant que ces menaces constituent des faits d’une extrême gravité : « La République ne doit pas flancher d’un millimètre face aux voyous. Quelles que soient nos sensibilités politiques, nous devons faire bloc derrière celles et ceux qui incarnent la République. Face aux intimidations, notre unité est notre meilleure réponse. »

    Pour la fédération du PCF du Gard, « la peur doit changer de camp. La DZ Mafia doit être traquée et empêchée de nuire. Pas de place dans notre démocratie pour les trafiquants. Nous sommes disponibles pour toute initiative publique », déclare son secrétaire départemental et vice-président du Département, Christian Bastid.

  • 35e édition du Festival du rythme en Cévennes

    35e édition du Festival du rythme en Cévennes

    Depuis 35 ans, le Festival du Rythme en Cévennes propose chaque année un week-end entier de concerts gratuits, dans la commune de Saint-Jean-du-Pin, dans le Gard. « Le principe est d’offrir trois concerts par soir de musiques variées, mais qui donnent toujours le sourire », affirme Karine Lopez, présidente de l’Office municipal de la culture de Saint-Jean-du-Pin, qui organise la manifestation. Environ 3 000 personnes sont attendues, dans un village qui compte seulement 1 500 habitants. « Depuis le départ, nous réunissons une équipe d’une centaine de bénévoles du village, de 18 à 80 ans. »

    Une variété de genres

    Cette année encore, la programmation est éclectique. Le vendredi 24 juillet, à partir de 19h, c’est le groupe de rock Sham’Rock Music qui inaugurera le week-end, avant de laisser place à un concert de blues Mississippi par le trio Joharpo. Le groupe Guilty Delight clôturera la soirée, avec des morceaux de blues et de soul des années 1960. Le lendemain, la soirée du samedi mettra à l’honneur les groupes The Garlic Heads (reprises pop-rock), Chicharron (cumbia afro­t-ropicale et rock psychédélique) et enfin Zarhzä (chansons urbaines balkano-latines).

    Comme chaque année, le festival proposera de quoi se restaurer ainsi qu’une buvette. « La priorité pour nous est que ce festival reste gratuit et pour cela, il faut rassembler le plus de personnes possible pour continuer de faire vivre la culture », conclut Karine Lopez.

  • Tourisme et canicules : ce n’est que le début !

    Tourisme et canicules : ce n’est que le début !

    « Mesurer pour comprendre. » Telle est la mission de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En ces temps de canicules à répétition, il est temps de remettre en lumière une étude choc* de l’Insee Occitanie. Rendue publique le 19 novembre 2024, elle porte un titre brûlant d’actualité : « En Occitanie, les trois-quarts de l’offre touristique seront exposés à de fortes chaleurs en 2050 », c’est-à-dire à partir de 30°C et au-delà. Autrement dit, « 72% des lits des hébergements collectifs de la région sont situés dans des zones où les températures élevées seront les plus fréquentes à l’horizon 2050 avec plus de 35 journées où les températures dépasseront 30° C ou plus de 50 nuits tropicales par an » ; une nuit tropicale étant « une nuit où la température ne descend pas en dessous de 20°C ». L’étude de l’Insee parue il y a près de 4 ans, doit permettre aux professionnels du tourisme, aux services de l’État et aux collectivités locales de s’engager fortement sur le chemin de l’adaptation et l’atténuation d’un phénomène structurel : le réchauffement climatique. Sinon, le risque est de voir s’effriter un des piliers de l’économie régionale qui, au plus fort de l’été, génère jusqu’à 180 000 emplois, soit 7% de l’emploi marchand régional.

    L’autrice et l’auteur de l’analyse de l’Insee, Séverine Bertrand et François Hild, rappellent qu’en Occitanie « les étés 2022 et 2023 ont été marqués par des températures dépassant régulièrement les 35° C (voire 40° C) dans plusieurs départements, des niveaux rarement atteints autrefois » ; ajoutant que « les simulations climatiques les plus récentes confirment que ces phénomènes s’accentueront au cours des 25 prochaines années ». Résultat, l’Occitanie « est une des régions de France métropolitaine qui seront les plus exposées à des épisodes fréquents de fortes chaleurs, à la fois diurnes et nocturne ». L’étude de l’Insee a suivi l’évolution de la fréquence des journées de fortes chaleurs et des nuits tropicales pour la période 1976-2025 et aux horizons 2030 et 2050. L’accélération est impressionnante : sur la période 1976-2005, 2% seulement du territoire régional était concerné par les fortes chaleurs fréquentes, notamment dans l’Hérault et le Gard. Dans 4 ans, en 2030, ce sera 12% de l’Occitanie et dans 24 ans, en 2050, 50% de la surface régionale sera concernée ! Les touristes optent déjà pour des destinations au climat plus clément, notamment le littoral atlantique et du nord. Au printemps 2026, l’Insee a publié une analyse** montrant l’évolution des habitudes des vacanciers entre 2012 et 2024, sous l’impact du dérèglement climatique. « Dans ce contexte, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques augmente moins fortement en Occitanie qu’au niveau national. En Occitanie, la concentration de la fréquentation touristique en juillet et en août tend à s’atténuer au profit d’un développement du tourisme au printemps, notamment en mai. » Une évolution portée par l’hôtellerie de plein air, « majoritairement sur le littoral méditerranéen ». Un bouleversement de la saisonnalité qui va exiger des adaptations structurelles de l’économie du tourisme.

    *Insee Analyses Occitanie, n°157, novembre 2024. **Insee Analyses Occitanie  168, mars 2026.

    CHIFFRES

    17,5

    millions de touristes ont été accueillis en 2023 dans les hébergements collectifs marchands d’Occitanie (hôtels, campings, résidences de tourisme, villages vacances) totalisant 55,2 millions de nuitées, soit 12% des nuitées de France métropolitaine.

    2e

    région de France pour la fréquentation des campings, l’Occitanie s’est hissée en 2025 au 3e rang des régions pour la fréquentation touristique, derrière l’Île de France et la Nouvelle-Aquitaine et devant Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    125 000

    emplois en moyenne par an sont générés par le tourisme en Occitanie. Cela représente 7% de l’emploi marchand de la région. Au cœur de l’été, le secteur emploie jusqu’à 180 000 travailleurs.

  • Le sénateur Laurent Burgoa courtise la ruralité

    Le sénateur Laurent Burgoa courtise la ruralité

    Porté par des sénateurs de tous bords, le rapport sur le développement durable des territoires ruraux dont les propositions ont été rendues publiques, sort au meilleur des moments pour les parlementaires. Fin tacticien, Laurent Burgoa, qui a participé à son élaboration, sait bien qu’en rendant ce rapport à quelques semaines des élections sénatoriales, cela lui permettra de séduire des élus d’un territoire majoritairement rural.

    Pour autant, les propositions émises sont largement inspirées d’un travail de concertation avec les acteurs du territoire et notamment avec l’Association des maires ruraux (AMR). De quoi rassurer des élus toujours confrontés au manque de moyens et au désengagement de l’État. Pour réaliser ce rapport, les quatre sénateurs ont en effet « mené des auditions au Sénat, organisé un colloque ainsi qu’un regards croisés sur le sujet des mobilités dans les territoires avec le Cerema [Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, Ndlr.] et le CNRS et réalisé une consultation en ligne des élus locaux qui a recueilli 2 372 réponses ».

    L’objectif était ainsi de faire émerger des propositions pour allier le développement économique de ces territoires en souffrance et le respect de l’environnement alors que les effets du dérèglement climatique se font de plus en plus sentir. « Nous avons formulé des recommandations et mis en avant des exemples inspirants à l’attention des collectivités territoriales », explique Laurent Burgoa.

    « Besoin de planification »

    Ainsi, la Chambre haute propose par exemple la création d’un « répertoire national des bonnes pratiques de développement durable des territoires » pour mettre en avant les exemples de projets réussis ou encore la mise en place du « 1% ingénierie », qui permettrait de prélever 1% sur l’enveloppe de l’État dédiée aux investissements des collectivités. Le Sénat demande aussi un renforcement du pouvoir de dérogation des préfets pour faire face à la complexité des normes. « Les sénateurs ont repris beaucoup d’idées du grand atelier de la transition écologique organisé par l’AMR donc c’est plutôt bien », précise Emmanuel Grieu (Debout!), maire de Mandagout et membre du bureau de l’AMR 30.

    L’élu gardois met toutefois en garde contre une trop grande dérégulation. « Les normes sont très parisiennes et il y a une nécessité de les adapter aux territoires. Je me bats par exemple pour faire reconnaître la spécificité cévenole dans la gestion de l’eau, qui n’a rien à voir avec celle du nord de la Loire. Il y a donc des modulations à faire mais il faut quand même des règles pour ne pas laisser faire n’importe quoi », tempère Emmanuel Grieu.

    Le maire de Mandagout salue aussi le volet « planification » abordé dans ce rapport même s’il juge que la feuille de route ne va pas assez loin : « Il y a un vrai besoin de planification. Ce n’est pas propre à la ruralité, mais il y a des politiques publiques mises en place qui sont des réflexions à court terme. Je ne suis pas sûr que ce rapport règle vraiment ça. Il faut arrêter avec les appels à manifestation d’intérêt, il faut briser ce carcan des missions de 18 mois, d’appels à projets, parce que la transition doit être systémique. »

    Au cœur de la campagne sénatoriale, le développement de la ruralité dans le respect de l’environnement ne semble pas une priorité de la campagne présidentielle. Pourtant, avec 88% des communes françaises dans la ruralité, ce sujet devrait animer tous les programmes des candidats à l’Élysée.

  • [C’est l’été] Sophian, ancien salarié de Solvay, n’a pas fini la lutte

    [C’est l’été] Sophian, ancien salarié de Solvay, n’a pas fini la lutte

    Sophian est l’une des figures de la lutte des salariés de Solvay à Salindres. Ce délégué syndical CGT avait en effet été l’un des premiers à alerter dans l’entreprise sur la dangerosité du TFA, produit sur le site gardois, après avoir beaucoup échangé avec les associations écologistes. La Marseillaise lui avait ainsi déjà consacré un portrait en octobre 2024, quelques semaines après l’annonce de la direction de la fermeture de l’usine de production.

    Après le départ de l’entreprise, Sophian a traversé une période difficile. « Ça a laissé des traces, comme chez beaucoup d’autres salariés. J’ai pris 30 kilos que j’ai perdus depuis. J’ai arrêté de fumer en même temps, ça n’a pas dû aider. Et j’ai déclenché un psoriasis. Il y a eu trop de choses en même temps et ça a dû jouer sur ma petite tête », explique-t-il aujourd’hui.

    Si certains de ses collègues sont partis chez Orano, Sophian fait partie de ces salariés dégoûtés par l’aventure Solvay qui veulent désormais éviter tout emploi industriel. Au détour d’un forum, il a bien postulé chez Perrier mais n’a pas eu de retour. « Je pense que quand les responsables des ressources humaines tapent mon nom sur internet, ils voient que je suis à la CGT et que je me suis mobilisé chez Solvay, ils se tournent alors vers un autre profil », dit-il sans dépit. Après une période de congés de reclassement, Sophian est désormais au chômage depuis le mois de juin même s’il a effectué quelques extras dans le restaurant familial. Surtout, il aimerait maintenant se réorienter vers le social et changer complètement de branche. Ou trouver un poste pour continuer d’alerter sur la dangerosité des Pfas…

    « Les Pfas dans la tête »

    Car Sophian n’a pas abandonné son combat pour alerter la population, faire reconnaître les dangers encourut par les ouvriers en contact avec ces substances chimiques, et plus largement, lutter contre cette pollution : « J’avais une petite conscience qui m’a permis d’ouvrir les yeux sur ces substances chimiques mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Je pensais qu’on était dans un pays où on était un peu protégé. Après 13 ans passés à Solvay, je connais l’odeur du TFA. Beaucoup de salariés sont en colère car ils se sont rendu compte a posteriori qu’ils ont été surcontaminés ».

    Toutes les semaines, Sophian participe à une réunion avec des associations écologistes. « Il n’y a pas une journée sans que j’aie les Pfas dans la tête », reconnaît-il. Il continue aussi de répondre aux journalistes et il est même apparu dans un documentaire diffusé sur Arte : « J’essaie de défendre les ouvriers en général et les anciens salariés parce que sinon j’aurais tout abandonné ».

    Ce travail a payé puisqu’il a réussi, avec d’autres associations, à faire intégrer 25 anciens salariés de Solvay à l’étude Opal : « C’est une étude d’imprégnation sur les salariés », explique-t-il. « Il y a l’étude Perle sur les riverains à Lyon et Opal concernait jusqu’ici une centaine de salariés d’Arkema Daikin. Nous avons désormais 25 salariés de Salindres qui font des prises de sang ». Les premiers résultats devraient être rendus publics dans les prochains mois avant la restitution complète en 2027. En attendant, Sophian continuera de se mobiliser.

    Tristan Arnaud

  • Sous les étoiles, les Nuits musicales d’Uzès

    Sous les étoiles, les Nuits musicales d’Uzès

    Quand le jour tombe sur la cité ducale, les vieilles pierres changent de partition. Du 18 au 29 juillet, les Nuits musicales d’Uzès célèbrent leur 55e édition entre les cours du Duché et de l’Évêché ainsi qu’à L’Ombrière. Huit concerts composent une affiche cousue main, fidèle au triptyque défendu par Éric Desnoues : artistes, œuvres et lieux.

    La jeunesse donnera le premier accord avec Didon et Énée de Purcell, interprété par le Jeune Orchestre baroque européen. Seize musiciens, sélectionnés parmi plus de 400 candidats, participeront à ce dispositif d’insertion professionnelle. Le lendemain, le sopraniste Samuel Mariño fera résonner Vivaldi et Haendel.

    Du classique
    aux musiques de l’exil

    Alexandre Tharaud jouera Mozart avec l’Orchestre national Avignon-Provence, avant que Benjamin Grosvenor ne traverse Beethoven, Schumann, Scriabine et Chopin. Jean-Christophe Spinosi dirigera l’Ensemble Matheus dans un voyage symphonique tourné vers l’Italie.

    Puis les frontières s’effaceront. Avec La Sultane, André Manoukian puisera dans ses racines arméniennes pour mêler jazz, classique et musiques sacrées. Stochelo et Mozes Rosenberg feront glisser Charlie Chaplin vers le jazz manouche. Enfin, les anciens musiciens de Cesária Évora refermeront le festival en faisant revivre la morna de la Diva aux pieds nus.

    Un tarif à 10 euros est proposé pour les moins de 25 ans.

  • À Saint-Hilaire dans le Gard, les plus pauvres dans le viseur

    À Saint-Hilaire dans le Gard, les plus pauvres dans le viseur

    Depuis leur élection en mars, tous les maires d’extrême droite adoptent la même stratégie. D’abord, ils dénoncent la gestion financière de la précédente majorité et affirment que la commune est proche de la ruine. Cette première étape permet ensuite de voter des coupes dans les subventions aux associations et des hausses de certains tarifs. L’objectif est ensuite de libérer un budget pour recruter des policiers municipaux…

    Saint-Hilaire de Brethmas, commune de 4 600 habitants près d’Alès, ne fait pas exception. Le nouveau maire Gaël Mancuso l’a annoncé : il souhaite un policier pour 1 000 habitants. Il vient d’ailleurs de déposer la première offre d’emploi pour le recrutement d’un policier municipal tout en critiquant les finances laissées par la précédente majorité. « On continue à dégager un excédent de fonctionnement. La situation financière de la commune en l’état est bonne. Les choix politiques et les marges qui sont générées permettent en réalité de financer d’autres idées, notamment le recrutement de policiers municipaux, d’un directeur de cabinet et de communicants », s’agace l’élu socialiste d’opposition Nicolas Ferrière.

    Hausse de 90 centimes

    Car lors du dernier conseil municipal du 29 juin, la majorité a voté les changements de tarifs de la cantine, avec des augmentations plus ou moins élevées selon les revenus des foyers. Ainsi, la tranche A, celle des foyers les plus modestes, devra encaisser en septembre une hausse de 90 centimes, le repas passant de 3 à 3,90 euros. Les tranches B et C connaîtront une augmentation de 20 centimes, la tranche D de 30 centimes. « Je ne veux pas que la solidarité soit toujours payée par les mêmes. Pourquoi toujours taxer ceux qui travaillent ? » a alors soutenu le maire qui a précisé que les parents sans emploi, concernés donc par la hausse de 90 centimes, « peuvent récupérer leurs enfants à midi ».

    « C’est de l’argumentaire caricatural pour se défausser et qui sert un objectif politique de droite dure. Il s’inscrit dans tous les poncifs qui sont aujourd’hui ceux d’une droite extrémisée et de l’extrême droite de manière générale. Derrière, il y a des situations personnelles et familiales très variées et des conséquences pour les gens. Il y a aussi eu une baisse de la dotation par élève et il veut virer une association dont le siège n’est pas sur la commune », fustige Nicolas Ferrière.

  • L’État tente de faire rentrer les assos récalcitrantes dans le rang

    L’État tente de faire rentrer les assos récalcitrantes dans le rang

    Après dix ans de bons et loyaux services, le rideau s’est baissé pour l’Association recherche éducation action (Area), le 1er janvier dernier. Cette association, qui venait en aide aux personnes vivant dans les bidonvilles de Montpellier, notamment via un accompagnement social et éducatif et employait dix salariés, avait été placée en liquidation judiciaire en novembre 2025. Son tort ? « Il nous est clairement reproché d’avoir une position trop critique, c’est pour ça que nous sommes sanctionnés. Ça nous a été dit par les services de l’État à plusieurs reprises et ça nous a aussi été écrit », racontait Catherine Vassaux, ancienne administratrice d’Area, en novembre dernier, dans les colonnes de La Marseillaise.

    En effet, dans un courrier de septembre 2025, le Directeur départemental de l’emploi, du travail et des solidarités de l’Hérault reprochait à Area de se positionner « dans une posture critique des institutions à des fins d’amélioration continue de l’accompagnement des personnes en difficulté sociale sur les bidonvilles. Cette posture a amené à plusieurs reprises mes équipes à s’opposer à vos positions, depuis plusieurs années, tout en acceptant de continuer à financer la mission d’accompagnement au vu de vos résultats ».

    Un cas loin d’être isolé

    La préfecture a donc décidé de ne pas renouveler la convention la liant à l’association et les subventions ont été coupées. Tout comme les financements complémentaires de l’Europe, la Drac, la CAF et la Ville de Montpellier, mettant au passage les dix salariés sur le carreau. Pire, Area accompagnait 400 personnes, qui se sont retrouvées de facto seules, le temps qu’un nouvel opérateur pose ses bagages. Un cas loin d’être isolé, à en croire l’ancienne direction. « De plus en plus d’associations sont sanctionnées suite à des prises de position critiques. L’Observatoire des libertés associatives a rendu en juin [2025] un rapport qui révèle que 30% du secteur associatif a été sanctionné pour des positions qui ne convenaient pas à l’administration », faisait valoir Catherine Vassaux. En somme, une injonction à une prétendue neutralité.

    Ce risque de sanctions plonge les associations dans la crainte, pouvant mener à de l’autocensure. Or, selon une autre étude du même Observatoire, publiée cette fois-ci en février 2026, « cette autocensure produit une dépolitisation du monde associatif. Derrière ces injonctions à la neutralité, se joue en effet une bataille culturelle sur les frontières du politique. Faut-il concevoir les associations comme des auxiliaires du service public auxquelles il faudrait donc imposer le devoir de neutralité ou des actrices nécessaires et indépendantes du jeu démocratique ? La réponse à cette question à valeur de test pour la démocratie. » À l’aune de la présidentielle et d’un risque d’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, ce débat est on ne peut plus primordial.

  • À Nîmes, L’Espelido face à un contexte budgétaire tendu

    À Nîmes, L’Espelido face à un contexte budgétaire tendu

    Depuis sa création, L’Espelido accueille, héberge et accompagne des personnes confrontées à des difficultés sociales, économiques ou psychologiques. L’association œuvre aussi pour l’insertion, l’accès aux droits et la lutte contre toutes les formes d’exclusion.

    Des moyens qui ne suivent plus les besoins

    Comme d’autres acteurs du secteur, l’association subit les effets des restrictions budgétaires qui touchent le monde associatif. Sa direction a déjà expliqué il y a plusieurs mois ses difficultés et indiqué disposer que de « 38 euros par salarié et par jour pour couvrir l’ensemble des dépenses de fonctionnement », une enveloppe jugée insuffisante face à l’inflation et à l’augmentation des besoins. Cette situation fragilise la capacité des équipes à assurer leurs missions auprès des publics les plus vulnérables, alors même que les demandes d’accompagnement continuent de progresser.

    Présentes au plus près du terrain, ces associations constituent souvent le premier recours pour des personnes en grande précarité. En assurant un accompagnement quotidien vers l’hébergement, les droits, l’emploi ou les soins, elles jouent un rôle essentiel de prévention et de cohésion sociale. Leur fragilisation risque ainsi de se répercuter directement sur les publics les plus vulnérables, dans un contexte où les besoins ne cessent d’augmenter.

    L’APS 34 est aussi sous tension

    L’association de prévention spécialisée (APS) de l’Hérault -structure qui apporte du soutien aux familles et aux jeunes, restaure le lien social, lutte contre la délinquance etc. – dépends également des enveloppes allouées par le Département. Le contexte budgétaire menaçant laisse l’association sous tension.