Tag: France

  • [Entretien] Loukas Benard, CGT Forêt : « L’enjeu du siècle, c’est de transmettre une forêt résistante et adaptée »

    [Entretien] Loukas Benard, CGT Forêt : « L’enjeu du siècle, c’est de transmettre une forêt résistante et adaptée »

    La Marseillaise : Quelles sont les difficultés de l’ONF en ce moment ?

    Loukas Benard : Depuis les années 1986, on a perdu la moitié de nos emplois. Plus récemment, en 2016, on était encore 9 300 à l’ONF. Aujourd’hui, on n’est plus que 8 200. Et sur ces 8 200 personnes, il y en a en réalité 500 emplois de type apprentissage. Donc on est plutôt de l’ordre de 7 600 personnels à l’ONF. En revanche, sur le financement de la défense des forêts contre les incendies, c’est une mission d’intérêt général qui nous est confiée. Et le volet DFCI (Défense de la forêt française contre les incendies) a été rehaussé. À l’heure actuelle, on va dire qu’on est à peu près à 33 millions d’euros, donc on a une DFCI qui a quasiment triplé en sept ans.

    Pourquoi ne pas embaucher de nouveaux forestiers avec ce budget ?

    L.B. : Malgré ce budget, on ne peut pas embaucher plus de personnels parce qu’on a un plafond d’emplois. On est un établissement public, donc c’est l’État qui va nous dire le nombre de postes autorisés à l’ONF.

    Dans ce contexte de multiplication des incendies en France, quelles sont les conséquences de ce manque de moyens humains ?

    L.B. : La problématique que l’ONF rencontre, c’est la superposition des missions. Il nous manque des bras, on est à l’os. Il y a des nouvelles missions qui arrivent avec le changement climatique parce qu’on doit protéger les forêts contre les incendies et on doit reconstituer les peuplements qui subissent le changement climatique. D’une certaine manière, on doit aussi réapprendre notre métier. En fait, on se retrouve dans un cercle vicieux où on perd notre capacité à transmettre une forêt aux générations futures parce qu’on essaye d’empêcher la forêt actuelle de cramer. Notre travail se gère sur le long terme et là on est dans une logique de court terme.

    Combien de postes supplémentaires demandez-vous ?

    L.B. : À la CGT Forêt, on demande à retrouver un minimum de 9 300 emplois pérennes au total à l’ONF, soit 1 200 effectifs supplémentaires sur le prochain contrat qui courra jusqu’en 2031. Ce qu’on demande, c’est de la visibilité. C’est que tout soit décidé dans le contrat quinquennal et que les éléments soient donnés sur le long terme. Mais malheureusement, les propositions de loi de finances peuvent affecter le contrat et le budget de l’ONF.

    Quelles missions pourriez-vous renforcer avec plus de moyens ?

    L.B. : Les moyens humains nous permettraient vraiment d’adapter la sylviculture, notre gestion, mais aussi d’être plus présents sur les massifs pour pouvoir réduire encore un peu ce risque de DFCI. On va entretenir les infrastructures de DFCI qui permettent aux pompiers d’accéder aux massifs, c’est-à-dire les pistes et les routes forestières, les citernes qui permettent de stocker de l’eau en forêt, les barrières qui permettent de fermer les massifs et contrôler l’afflux des gens quand il y a des périodes d’interdiction. On va aussi faire des patrouilles purement de prévention, où on va dire aux gens d’avoir un comportement responsable et où on va surveiller les massifs. Il y a d’autres types de patrouilles qui sont des patrouilles d’intervention sur les petits feux, avec des 4×4 et des cuves de 400 litres. Et quand il y a des plus gros feux, le rôle de l’ONF, c’est aussi de guider les secours en leur disant : « Là, ce sont des peuplements qui sont assez inflammables », ou bien « le vent va dans cette direction ».

    Quel est l’enjeu actuel de l’ONF ?

    L.B. : L’enjeu du siècle c’est de transmettre une forêt qui soit résistante, résiliente et adaptée aux changements climatiques. On a vraiment un intérêt à avoir une forêt qui stocke du carbone, qui permet de fixer l’eau, et de réduire la pollution.

  • La Ville de Marseille dégaine l’astreinte contre un kiosque en tôle

    La Ville de Marseille dégaine l’astreinte contre un kiosque en tôle

    Un kiosque alimentaire installé sur la nouvelle place Castellane rénovée n’est pas conforme à la déclaration préalable autorisée en 2024. L’installation commandée par le commerçant Michel Sultan est de style radicalement moderne, de la tôle métallique jugée sans allure aux yeux de certains.

    Il y a plus d’un an, un procès-verbal avait dressé un constat d’infraction. « Le kiosque mis en place ne s’harmonise pas avec les kiosques de style haussmannien présents sur la place Castellane reconnue comme un lieu emblématique par le Site patrimonial remarquable et dont la fontaine est inscrite au titre des Monuments historiques », énonce l’arrêté municipal de mise en demeure du 25 juin 2026, qui exige sa remise en conformité dans un délai de six mois sous astreinte de 200 euros par jour de retard. Un montant lourd qui doit suffire à convaincre de s’exécuter. Le respect du Site patrimonial remarquable est en réalité une problématique forte à Marseille, en particulier sur les places publiques à fort enjeu patrimonial.

    « Je me suis fait avoir », explique à La Marseillaise Michel Sultan, le gérant, qui assure de sa bonne foi. Plutôt que de louer un kiosque à la Métropole pour environ 400 euros par mois, il a préféré être propriétaire du sien. « Pour faire simple, j’ai pris un ferronnier marseillais, mais il ne m’a pas fait la frise et le dôme haussmanniens. Ça m’a coûté 56 000 euros quand même. En vrai, il n’y a qu’un seul ferronnier d’art, dans le nord de la France, qui fait le kiosque haussmannien. Il faut dire qu’il a déposé le brevet », nous dit-il.

    Depuis quelques jours les mesures ont été prises et la commande passée. Le commerçant nous assure de sa volonté de se mettre en règle. Il dit aussi comprendre les autorités : « C’est logique, ils veulent faire un bel endroit vu l’argent qu’ils ont mis pour rénover la place ».

    « Tendance bobo végé »

    Pour l’heure, la Ville a édité une autorisation provisoire d’occupation du domaine public pour le kiosque. L’emplacement n’est pas donné. Il dit s’acquitter de 3 800 euros tous les six mois de redevance d’occupation à la Métropole pour poser ses tables et ses chaises. « Avant, j’étais de l’autre côté de la place. Quand je me suis déplacé ici, je voulais faire quelque chose dans la tendance bobo végé et en harmonie avec la place. Pas un kebab quoi. Je m’attendais à ce que ça marche mieux, mais ça va prendre, j’en suis sûr. »

    La requalification de la place Castellane a magnifié l’espace public piétonnisé. La fontaine Cantini a été remise en eau et inscrite, en novembre 2023, au titre des Monuments historiques. L’espace entre le bassin et les grilles a été végétalisé et l’ensemble est mis en lumière. Actuellement, la fontaine est cerclée d’une clôture girondine en bois, les grilles et les vases étant partis à la restauration. Les groupes sculpturaux réalisés par les meilleurs artistes marseillais de l’époque sont en triste état. Rien n’est programmé pour eux.

  • [C’est l’été] Lecture : « Le Journal de Brigitte M. »

    [C’est l’été] Lecture : « Le Journal de Brigitte M. »

    Quant à l’éditeur, il tient à signaler qu’il assume tout, quoi qu’il lui en coûte… même les images, brillamment truquées. Pour ce qui est de la chroniqueuse, elle avoue avoir bien ri. Enfin du délassement, au milieu de tous ces livres qui foutent le cafard, ou qui se reproduisent par calque.

    Éditions Le Rocher, 14,90 euros

  • Le PCF plaide pour des moyens au Fregate F-100

    Le PCF plaide pour des moyens au Fregate F-100

    Après le secrétaire fédéral des Bouches-du-Rhône Jérémy Bacchi, c’est au niveau national que le PCF monte au créneau pour demander que « la société Hynaero avec son Frégate F-100 soit bénéficiaire des crédits nécessaires et suffisants afin de mener à bien et dans des délais les plus courts possibles cet avion bombardier d’eau qui fait cruellement défaut aujourd’hui et peut-être encore plus demain », dans un communiqué de la commission Défense et industries stratégiques du secteur international du PCF.

    Non que Jean-Charles Schmidt, responsable de cette commission, soit contre les projets en cours d’adaptation d’avions existants – il rappelle notamment que le Parti communiste avait porté dans les années 1980 la proposition d’adapter un avion militaire
    C -160 Transall – mais parce que « transformer un avion militaire ou un avion de ligne ne remplacera jamais un avion étudié et fabriqué pour la mission a laquelle il est dédié ».

    « Avec sa capacité de 10 tonnes d’eau, le Fregate-F100 apporte un bond capacitaire par rapport aux avions qui ont fait référence jusqu’à ce jour », apprécie encore Jean-Charles Schmidt, qui souligne également les « plus de 4h d’autonomie de vol » ou « une autonomie de plus de 3h de combat sur les feux à 250 km de la base de stationnement ».

    Le responsable communiste souligne enfin que pour la société Hynaero, qui devra être installée à Istres, ait les moyens d’aboutir « une partie des profits des grandes entreprises aéronautiques doit être mobilisée au service de la France et de sa population » et que « les actionnaires devront faire preuve de patriotisme et non d’égoïsme ».

  • [Incendies] L’État au chevet de l’économie locale

    [Incendies] L’État au chevet de l’économie locale

    Une réunion exceptionnelle est prévue, ce jeudi, au ministère de l’Économie. Le gouvernement a affirmé son souhait d’apporter « des réponses plus précises » aux « préoccupations » des entreprises dont l’activité est affectée par les feux de forêts qui frappent la Gironde a indiqué ce mardi 28 juillet le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin.

    Près de 14 500 sociétés ont été mises à l’arrêt, dont 7 000 artisanales et 6 300 commerciales, essentiellement dans le secteur du tourisme, 40 000 emplois et 7% du PIB départemental pour 3,2 milliards d’euros de retombées directes. « Nous sommes face à une crise totalement inédite. Les salariés sont démunis, tout comme les chefs d’entreprise, dont certains ont perdu leur logement » a indiqué Cécile Despons, présidente de l’organisation patronale Les Entrepreneurs (ex-CPME) de Gironde. Pour elle, il s’agit d’éviter « la double peine ». « Nous attendons des décisions à la hauteur de la gravité de la situation », ajoute-t-elle.

    La CGT appelle à accompagner aussi les salariés

    De son côté, la CGT demande dans un communiqué à « dresser un état des lieux exhaustif des entreprises touchées, qu’elles soient en cessation totale ou partielle d’activité, avec la mise en place de cellules départementales de suivi associant les organisations syndicales ». Pour le syndicat, « une vigilance particulière doit être portée aux établissements industriels à risques, notamment les sites Seveso ». La CGT insiste sur la prise en compte et l’accompagnement des salariés qui seraient, selon la Chambre de commerce de Bordeaux, 100 000 à 150 000 affectés par le chômage partiel. Le syndicat estime indispensable de « prendre en charge à 100% le dispositif exceptionnel d’activité partielle, afin qu’aucun [d’entre eux] ne perde un euro, et à mettre en œuvre via les services de l’État une information claire sur leurs droits ». Dans la même optique, la CGT appelle à « convoquer les instances représentatives du personnel afin d’évaluer les besoins au plus près du terrain, adapter les conditions de travail et garantir [leur] protection, organiser la solidarité entre entreprises et entre territoires ».

  • Des modalités de fusion incertaines pour l’IRD

    Des modalités de fusion incertaines pour l’IRD

    Beaucoup de questions et peu de réponses. Le bilan de la réunion organisée par la présidente de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), Valérie Verdier, n’a pas levé les interrogations des représentants de salariés présents, ce 28 juillet. À l’ordre du jour, les modalités du projet de fusion entre l’IRD et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), souhaitée par le Gouvernement.

    L’absorption, prévue au 1er janvier 2027, préoccupe le personnel, tant pour leur avenir professionnel que pour le modèle unique de l’institut, qui réalise des missions en partenariat avec les pays du Sud. « On a exprimé nos inquiétudes. On réfléchit actuellement à notre demande d’allocation de moyens pour 2027, mais les agents nous demandent si cette projection budgétaire a du sens », raconte Fabienne Cartieaux, secrétaire générale de STREM-CFDT, syndicat majoritaire de l’établissement. Et de préciser : « Mais la présidente a affirmé qu’il y aurait un budget pour 2027 ».

    Selon la syndicaliste, Valérie Verdier a aussi soutenu que les engagements de l’IRD s’étendaient sur trois ans, et qu’ils seraient « tous honorés ». Un discours qui se veut rassurant, également au niveau d’une potentielle réduction d’effectifs. La présidente a assuré avoir « à cœur de défendre le personnel », selon Fabienne Cartieaux, qui émet des doutes : « Concernant les postes supprimés, la question se pose pour les contractuels. Le CNRS ne pourra pas gérer cet afflux de nouveaux agents ».

    Une fusion

    bien trop rapide

    Un des autres enjeux abordés pendant la réunion est l’autonomie de l’IRD au sein du CNRS. « Comment pourrait-on garder notre autonomie ? Rien ne nous garantit que le conseil d’administration du CNRS votera un budget adapté à nos missions Sud, s’alarme la secrétaire générale. Normalement, toutes les instances paritaires doivent être consultées, au niveau de l’IRD, du CNRS et du ministère de la Recherche ». Des étapes brûlées, selon la syndicaliste. Le personnel demeure donc dans le flou après cette réunion. « On poursuit nos projets, en attendant de savoir à quelle sauce on sera mangés », conclut-elle.

  • Zidane couronné à la tête des Bleus

    Zidane couronné à la tête des Bleus

    Monument du football français, Zinédine Zidane a été officiellement nommé mardi sélectionneur de l’équipe de France. Une consécration attendue pour l’ancien numéro 10 des Bleus, dont la carrière d’entraîneur est déjà jalonnée de succès, mais qui devra désormais relever le défi immense de succéder à son ancien coéquipier Didier Deschamps. Depuis le siège de la Fédération française de football, où plus d’une centaine de supporters s’étaient rassemblés, certains vêtus du maillot bleu, le président de la FFF, Philippe Diallo, a officialisé ce qui apparaissait depuis longtemps comme une évidence.

    L’ancien meneur de jeu et capitaine des Bleus, dont la candidature s’était imposée naturellement, prend ainsi les rênes de la sélection nationale. À 54 ans, « Zizou » accède enfin à la fonction qu’il convoite depuis des années. Son prestige repose autant sur son parcours de joueur – champion du monde en 1998 et champion d’Europe en 2000 – que sur son exceptionnelle réussite sur le banc du Real Madrid, avec notamment trois Ligues des champions remportées consécutivement entre 2016 et 2018. « Dès février 2025, j’ai rencontré Zinédine Zidane pour lui proposer le poste », a révélé Philippe Diallo.

    Visiblement ému, Zidane a évoqué « une continuité » et « quelque part un rêve » avant d’adresser un hommage appuyé « aux pompiers, au monde agricole et à toutes les personnes mobilisées » face aux incendies qui touchent actuellement plusieurs régions françaises, notamment la Gironde. Sans club depuis la fin de son second passage au Real Madrid (2019-2021), le Marseillais succède à deux autres champions du monde 1998 devenus sélectionneurs : Laurent Blanc (2010-2012) puis Didier Deschamps (2012-2026).

    « Le sens de l’histoire »

    Dès le mois de mars, Philippe Diallo avait laissé entrevoir son choix dans les colonnes du Figaro, sans jamais citer directement Zidane. « Il n’y a pas énormément de profils capables de diriger l’une des plus grandes sélections du monde. Il faut quelqu’un qui coche beaucoup de cases et qui puisse susciter l’adhésion des Français », expliquait alors le dirigeant. Difficile, à travers ce portrait-robot, de ne pas reconnaître l’enfant de la Castellane, à Marseille, entré dans la légende du sport français le 12 juillet 1998 grâce à son doublé en finale de la Coupe du monde face au Brésil (3-0).

    Discret dans l’espace médiatique et peu enclin aux déclarations publiques, Zidane a conservé au fil des années une popularité intacte. Même son célèbre coup de tête sur Marco Materazzi lors de la finale du Mondial 2006, conclue par une défaite contre l’Italie après les tirs au but, n’a jamais réellement terni son aura auprès du public français. Son nom circule avec insistance depuis plusieurs années pour prendre la succession de Deschamps.

    Dès 2018, l’hypothèse apparaît. Elle prend de l’ampleur en 2022, alors que le contrat du sélectionneur arrive à échéance après la Coupe du monde au Qatar. À l’époque, le président de la FFF, Noël Le Graët, reconnaissait déjà que cette nomination irait « dans le sens de l’histoire ». « L’équipe de France, c’est la seule chose que je voulais faire », a-t-il confié. « J’ai reçu plusieurs propositions pour entraîner en club ces quatre ou cinq dernières années, mais je les ai toutes refusées pour l’équipe de France », a-t-il ajouté. Son contrat débutera officiellement le 1er août pour une durée de quatre ans. Le nouveau sélectionneur présentera son staff au début du mois de septembre. « Il est déjà quasiment constitué. C’est pratiquement celui qui m’a accompagné pendant toutes mes années au Real Madrid », a précisé Zidane.

    Selon L’Équipe, il devrait notamment retrouver son fidèle adjoint David Bettoni. Deux autres champions du monde 1998 pourraient également intégrer l’encadrement : l’ancien gardien Fabien Barthez, ainsi que Bernard Diomède.

  • Des feux fixés, mais l’inquiétude demeure avec la canicule

    Des feux fixés, mais l’inquiétude demeure avec la canicule

    Le feu fixé à Gros Bessillon après huit jours de lutte

    L’important incendie dans le département du Var qui a parcouru environ 4 500 hectares en huit jours, menaçant plusieurs villages, a été déclaré fixé mardi soir et un homme soupçonné d’une dizaine de départs de feu dans cette zone a été incarcéré, ont annoncé les autorités. « Le feu est fixé mais le travail se poursuit et la vigilance reste de mise », a indiqué la préfecture du Var dans un communiqué, rappelant que près de 5 000 personnes avaient dû être évacuées de plusieurs communes du centre du département depuis le début du sinistre mardi dernier.

    Déclenché mardi 21 juillet en milieu de journée dans un champ situé sur la commune de Pontevès, l’incendie a dévoré un flanc du massif du Gros Bessillon et cerné plusieurs villages emblématiques de la Provence verte – entre mer Méditerranée et gorges du Verdon – dont Cotignac, Correns ou Barjols. « Certains quartiers de Correns et de Barjols restent soumis aux mesures d’évacuation car ils se situent à proximité ou à l’intérieur du périmètre du feu », précise la préfecture.

    L’incendie qui a mobilisé quotidiennement plus de mille pompiers avec d’importants moyens aériens, assistés de nombreux bénévoles, ne progressait plus depuis plusieurs jours mais avait connu de nombreuses reprises.

    Feu fixé, mais pas encore éteint

    au Bois noir

    Les flammes, qui ont parcouru 510 hectares sur le secteur du Bois noir, sur les communes de L’Argentière-la-Bessée et de Freissinières, sont désormais fixées par les sapeurs-pompiers.

    Après une semaine de haute lutte, le périmètre de l’incendie n’a plus évolué depuis près de quatre jours. Cependant, 120 sapeurs-pompiers et militaires, appuyés par 30 engins restent présents sur place car l’incendie n’est pas encore éteint. Une réactivation d’un foyer a été observée ce lundi soir d’après la préfecture, sur le secteur de L’Argentière. La préfecture prévient que de nombreux points chauds persistent sur l’ensemble du massif et présentent un risque de réactivation, notamment avec la remontée des températures, la sécheresse et les vents attendus dans les prochains jours.

    La gestion de cet incendie provoqué par la foudre et découvert dès le 15 juillet, a suscité des interrogations et critiques sur les réseaux sociaux, le maire de Freissinières évoquant même la création d’une commission d’enquête sur la gestion du feu. De son côté, la préfecture des Hautes-Alpes a rappelé la difficulté d’intervenir sur ce terrain accidenté et annoncé qu’un bilan complet de l’opération sera fait en septembre, avec une réunion de retour d’expérience.

    « Cette évolution favorable permet au territoire de retrouver son rythme estival », se félicite l’office de tourisme du Pays des Écrins. Au hameau de Pallon, le camping des Allouviers a ainsi rouvert ses portes et accueille à nouveau les vacanciers. De même pour les Élixirs d’Isabelle, et ce, dès mercredi, avec les visites du jardin et du caveau.

    Le mégafeu stabilisé, mais

    des inquiétudes liées

    aux températures annoncées

    L’incendie est « stabilisé » et ne « progresse pas », a déclaré en fin de journée mardi la préfète du département, Sophie Brocas. Pour autant, les pompiers ont fait face à « 14 reprises de feu, c’est très important, sur des zones qui avaient déjà été parcourues par le feu ». Ces récidives sont « un témoignage de la précarité de la situation », a averti le commandant Matthieu Jomain, du Service départemental de secours et d’incendie. Pour prévenir de nouvelles récidives, la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) a réalisé 121 km de pare-feu, selon son président Bruno Lafon. Passées à midi en vigilance jaune canicule, la Gironde et les Landes s’apprêtent à vivre selon Météo France un « fort pic de chaleur ». Après une première hausse des températures mardi jusqu’à 33 à 35 °C dans les terres, le thermomètre atteindrait des maximales « souvent comprises entre
    38 et 41
     °C » mercredi, avec des vents un peu moins forts mais plus secs, et avant une nette baisse attendue jeudi. Par précaution, mardi, environ 4 000 personnes ont été évacuées des hébergements touristiques de Lacanau, « dans le plus grand calme, puisqu’on avait un peu de temps », s’est satisfait le maire Laurent Peyrondet. Depuis le début du mégafeu, 222 000 personnes ont été évacuées de manière préventive dans 24 communes. Les habitants de trois villes proches de Bordeaux évacuées dans le week-end, Le Haillan, Mérignac et Eysines, vont pouvoir rentrer chez eux « s’ils le souhaitent », a annoncé mardi la préfète de Gironde, mais à deux conditions. « Un, qu’ils laissent leur portable allumé et qu’ils suivent strictement les consignes de sécurité. S’ils reçoivent de nouveau un message FR-Alert, ils devront partir. Deux, avoir un sac prêt », a-t-elle précisé. Le feu n’étant pas « fixé », c’est-à-dire contenu, le retour du plus grand nombre dans leurs hébergements n’est à ce stade pas envisageable.

    Début de retour à la normale

    À Biscarrosse, l’incendie qui a détruit près de 200 bâtiments ayant été fixé, les habitants étaient de retour dans la ville mardi, oscillant entre désarroi et soulagement. Après « trois jours dignes de scènes de guerre », « tout le monde est content de rouvrir », assure derrière son comptoir une boulangère à l’entrée de la ville de 15 000 habitants hors saison, autour de laquelle jusqu’à 30 000 personnes ont été évacuées pour échapper aux flammes qui ont ravagé 3 700 hectares de pinède. Le brasier qui a sévi durant plusieurs jours, fixé dans la journée de lundi mais pas encore éteint, continue d’inquiéter. « Le feu peut reprendre. On peut avoir des mauvaises surprises », avait mis en garde la veille le préfet Gilles Clavreul, en maintenant bouclé une poignée de quartiers par précaution.

    Le pays entrevoit « le bout

    du tunnel »

    Si le vent menace de tourner au sud, la levée de l’ordre d’évacuation dans 13 communes donne un premier signal positif de la lutte contre les feux en Espagne. Le travail des pompiers et des militaires « dans des heures très difficiles, très critiques » a permis d’inverser « réellement la tendance et nous permet donc de commencer à entrevoir la lumière au bout du tunnel dans la lutte contre ces incendies, avec toutes les précautions nécessaires », a déclaré mardi le Premier ministre Pedro Sanchez.

    Mais le front le plus critique, au nord du lac artificiel de San Juan à 70 kilomètres à l’ouest de la capitale, préoccupe encore les autorités. Une nouvelle vague de chaleur arrive en Espagne et doit durer jusqu’à au moins dimanche, selon l’Agence météorologique nationale (Aemet), qui a alerté sur des risques « extrêmes » d’incendies.

    Une femme grièvement brûlée dans l’incendie qui a touché l’Andalousie le 9 juillet est morte des suites de ses blessures, a annoncé jeudi l’hôpital où elle était soignée, portant le bilan à 14 morts, en majorité des étrangers. Cet incendie, qui s’était déclenché dans la région d’Almeria, était parti d’un câble d’alimentation électrique le long d’une route nationale dans la zone de Los Gallardos, où la végétation était desséchée à cause de la chaleur, d’après les autorités.

  • La France brûle, les moyens manquent

    La France brûle, les moyens manquent

    Posté devant les flammes de l’incendie hors-norme de Gironde, qui a brûlé 50 000 hectares et coûté la vie à deux pompiers depuis le 22 juillet, un sapeur témoigne sur France 3 Aquitaine : « On essaie de dormir 3 ou 4 heures par nuit, mais les organismes commencent à être touchés. Pour moi, comme pour les collègues, ça commence à tirer ». Le même jour sur franceinfo, un autre s’indigne : « Non, on n’est pas assez nombreux. Mais on fait comme on peut, parce que c’est la guerre. »

    Pourtant, les cris d’alerte ne datent pas d’hier. En 2021 déjà, dans le cadre d’un conflit social porté par les sapeurs-pompiers pour obtenir une meilleure rémunération, la CGT des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) pointait la perte de 1 000 camions dédiés à la lutte contre les incendies entre 2000 et 2020. « Le problème en France c’est que, schématiquement, nous n’avançons que lorsqu’on affronte une catastrophe. Un an plus tard, après les mégafeux de 2022 [60 000 hectares de forêt ont brûlé cette année-là dans le pays, ndlr], le Président a fait de grandes annonces et a promis de 1 080 nouveaux véhicules », note Sébastien Delavoux, sapeur-pompier et représentant syndical de la CGT Sdis. Des annonces positives, mais tardives et insuffisantes selon le syndicaliste : « D’abord parce qu’il faut attendre 2027 et 2028 pour que tout soit livré, ensuite parce que cette nouvelle flotte ne comblera pas le vide, car elle remplacera une partie des engins aujourd’hui devenus trop vétustes ».

    Penser une réponse durable

    Les déficits d’effectifs humains ont eux aussi été signalés par la CGT Sdis, dans un communiqué d’octobre 2025. Le document indique, notamment, que le nombre d’hommes de rang volontaires, regroupant les grades de sapeur et de caporal, est passé de 161 230 en 2002 à 123 453 en 2023. Une évolution préoccupante alors même que le risque incendie s’est étendu dans l’espace comme dans le temps depuis les années 2000, sous l’effet du changement climatique, selon le ministère de la Transition écologique. « Il faut interroger la centralité des pompiers volontaires et embaucher davantage de professionnels qui puissent garantir une disponibilité sur tout le territoire », souligne Sébastien Delavoux.

    Mais ces perspectives d’embauche restent limitées par les moyens des Départements, en charge d’une large partie du financement des Sdis. De quoi pousser l’association des Départements de France à réclamer, lundi, dans un communiqué, « l’ouverture immédiate d’une réforme du financement des Sdis, assortie de ressources nouvelles, pérennes et à la hauteur des risques auxquels notre pays est désormais confronté ».

    Au-delà des manques de moyens constatés directement chez les pompiers, Sébastien Delavoux dénonce des coupes budgétaires chez d’autres acteurs de la prévention : « Le nombre d’agents de l’Office national des forêts (ONF) est passé de 12 500 à 8 000 en vingt ans. Évidemment que ça dégrade l’entretien de la forêt. Leur travail ne se voit pas, mais est essentiel ».

    Dans un communiqué, mardi, la CGT nationale, qui souhaite « rendre obligatoire et automatique la libération effective des pompiers volontaires par leurs employeurs pendant les interventions », plaide elle aussi pour « renforcer les effectifs de pompiers professionnels et les moyens matériels ». Le syndicat réclame par ailleurs la sortie d’une logique de gestion de crise et l’engagement de véritables politiques de prévention, d’adaptation et de renforcement des moyens publics face à une crise climatique devenue durable.

    D’après les projections de Météo France, au sujet des feux de forêts, le nombre de jours à risque élevé devrait être multiplié par deux d’ici 2050, du fait du réchauffement climatique.

  • Austérité incendiaire

    Austérité incendiaire

    « Préoccupant, grave même », « limite notre liberté d’action et nous place en situation de vulnérabilité » : ces propos du Premier ministre Sébastien Lecornu datent du 22 juillet, date du départ du gigafeu de Gironde. Ils ne parlent pas des incendies, mais du déficit et tentent de justifier les tours de vis budgétaires.

    Sur pression de l’Union européenne et au nom d’un respect d’une règle édictée par des libéraux, les dépenses publiques doivent toujours être revues à la baisse. Pourtant, ce que nous démontrent ces incendies, ce qui est « préoccupant, grave même », qui « limite notre liberté d’action et nous place en situation de vulnérabilité », c’est bien le sort réservé aux investissements dans les services publics. Que si les inconséquences humaines provoquent des incendies, l’austérité budgétaire empêche de les combattre correctement, à l’heure où le changement climatique transforme les brasiers en ogres destructeurs.

    Dans le rouge

    Manque de moyens et de personnels pour la Sécurité civile, coupe claire chez les agents de l’Office national des forêts… ont toujours des explications comptables.

    Ces superstitions libérales nous ont mis dans le rouge dans bien des domaines. On l’a vu en 2020 avec la santé et une épidémie de Covid qui n’a été surmontée que grâce à la mobilisation incroyable des soignants. Cette fois-ci, c’est le dévouement des pompiers au bord de l’épuisement qui force le respect. Respect qu’on ne peut éprouver envers des dirigeants qui préfèrent le dogme budgétaire à la sécurité des personnes. Mais, contrairement au Covid, il faudra s’en souvenir une fois ces incendies surmontés.