Tag: France

  • Ne plus perdre sa vie à la gagner

    Ne plus perdre sa vie à la gagner

    Ce sont les chiffres des services de l’État qui le disent : en France, on meurt encore au travail. En moyenne 2 travailleurs perdent la vie par jour et 100 sont blessés d’après les dernières données disponibles. Dans notre région, ce sont 107 personnes qui ont trouvé la mort dans leur activité professionnelle durant l’année 2024.

    Ce n’est pas un phénomène marginal, c’est un mal systémique, un fait social qui passe trop souvent sous les radars de l’actualité.

    Ce n’est pas non plus une fatalité mais le résultat de politiques libérales qui, au prétexte de « simplifier » et d’« économiser » produisent des résultats qui se chiffrent en vies humaines sacrifiées.

    Ainsi, la disparition des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, les regrettés CHSCT mais aussi la chute drastique du nombre d’inspecteurs du travail, ont eu des conséquences mécaniquement funestes.

    Une question de classe

    C’est sans conteste une question de classe car ces morts sont, pour beaucoup, des travailleurs du secteur du Bâtiment Travaux Publics et de l’industrie.

    Il y a dix jours, l’émotion était forte après la mort d’un élève de 15 ans d’un lycée professionnel du Gard écrasé par un chariot élévateur lors de son stage en entreprise.

    Une information judiciaire du chef d’homicide involontaire dans le cadre du travail a été ouverte selon le parquet de Nîmes.

    Un tel fait d’actualité appelle un changement dans les pratiques et les priorités à l’entreprise.

    Il n’est plus possible de perdre sa vie à la gagner. Il y a urgence à placer l’Humain d’abord.

  • Un avenir à bâtir

    Un avenir à bâtir

    Sébastien Lecornu a dévoilé un projet de loi destiné à atteindre l’objectif de construction de 2 millions de logements d’ici 2030, soit « 100 000 de plus par an que ce qui est construit aujourd’hui », en additionnant des incitations et des simplifications de procédure. Le Premier ministre a annoncé également une troisième vague de rénovation urbaine jusqu’en 2040.

    C’est une bonne nouvelle et pour tout dire une décision qui s’impose au regard de l’état du secteur du logement dans tout le pays.

    Que l’hôte de Matignon choisisse Marseille pour faire ces annonces n’est pas anodin. Ici, la crise du logement – ou plutôt ceux qui en profitent – a des morts sur la conscience.

    Paradoxe

    On ne le répétera jamais assez. Non, ce n’est pas la pluie qui a tué rue d’Aubagne. C’est la rapacité des uns et la complicité des autres.

    Oui, il y a besoin de construire, de rénover, d’isoler les logements massivement ici et dans toute la France.

    C’est un paradoxe : cette ambition est très difficilement compatible avec la politique d’austérité que le Premier ministre mène.

    Elle pourrait même être à la source d’un changement de politique profond en constituant le cœur d’un plan de relance fondé sur la réponse aux besoins humains et la transition écologique.

    Même contradiction sur l’avenir de la Métropole Aix-Marseille Provence : le développement impératif des transports exige des moyens que l’État rechigne à aligner.

    Et pourtant, l’argent existe à condition de vouloir le trouver lorsqu’on a un avenir à bâtir. La France est championne d’Europe du versement des dividendes.

  • Les militants socialistes vont plancher sur leur projet

    Les militants socialistes vont plancher sur leur projet

    Le texte de 144 pages, rédigé sous l’égide de l’eurodéputée Chloé Ridel, proche du premier secrétaire Olivier Faure, a vocation « à nous identifier sur le long terme », au-delà de l’élection présidentielle de 2027, a précisé Chloé Ridel à la presse. Il part du principe que le modèle de la social-démocratie « a permis des progrès sociaux considérables » mais « n’a jamais pris en compte les limites planétaires, n’a pas effacé les inégalités entre femmes et hommes ni les discriminations racistes et s’est progressivement fissuré sous l’effet de la mondialisation libérale ». Il doit désormais « être dépassé ». Le texte doit être enrichi par les militants, qui ont six semaines pour l’amender, pour un vote avant l’été.

    Tous les courants du PS ont été associés à la rédaction mais, lors d’un bureau national mardi soir, les opposants à Olivier Faure se sont désolidarisés, déplorant que ce projet soit présenté à la presse avant la consultation des militants. Cette présentation est une réponse de la direction du parti, souvent accusée par ses détracteurs de ne pas avoir « travaillé » sur le fond. « On nous a reproché de ne rien produire, là on a 144 pages qu’on peut amender », défend un proche d’Olivier Faure. Le Premier secrétaire du PS est notamment contesté sur sa volonté de faire participer le PS à une primaire de la gauche et des écologistes, qu’il souhaite soumettre au vote des militants. Ses opposants réclament eux un vote pour désigner rapidement le candidat des socialistes pour 2027. Le projet fait la part belle à la notion de liberté, que le PS veut « reprendre à la droite et l’extrême droite ». Pour la droite et l’extrême droite, la liberté, « c’est l’absence de règles communes, c’est la fin de l’État et des services publics, c’est le règne du tout marché », a détaillé Chloé Ridel. Pour les socialistes, « pour que la liberté soit réelle pour tous, il faut des règles communes, des sociétés solidaires, une puissance publique forte ».

    Le projet entend aussi répondre à Jean-Luc Mélenchon, et à sa notion de « nouvelle France » qu’il semble opposer à « une ancienne France », selon Chloé Ridel. Le PS veut plutôt « réconcilier les Français » par « des politiques de justice radicales en matière de fiscalité, de réforme démocratique, de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie, pour les services publics, pour les transports ».

    Smic à 1 690 euros net

    Parmi les mesures, le PS veut rehausser le Smic à 1 690 euros net, instaurer la taxe Zucman de 2% sur le patrimoine des fortunes de plus de 100 millions d’euros et créer un « impôt sur les grandes successions ». Il prévoit aussi d’abroger la réforme Borne sur les retraites et de conserver un régime par « répartition », avec une durée de cotisation de 43 annuités « réductible en fonction de la pénibilité » et des carrières hachées, et « un âge légal de départ ramené à 62 ans » mais qui ne constituera « pas le critère central du système ».

    Concernant l’immigration, autre thème monopolisé par la droite et l’extrême droite, le PS propose une régularisation par le travail, avec un titre de séjour pour toute personne étrangère ayant un contrat de travail depuis au moins 6 mois. En matière de bifurcation écologique, le PS, veut « sortir l’électricité de la logique de marché » et planifier la sortie des énergies fossiles et la transition vers « un mix énergétique 100% décarboné en 2050 ». Le parti à la rose développe aussi de nombreuses mesures pour le logement, les transports, le grand âge (création d’un service public de l’autonomie), l’enfance et l’école (avec un objectif de 19 élèves par classe en 10 ans par exemple). Le projet fait aussi de la réindustrialisation une priorité, et propose « un plan de prises de participation minoritaires ou de nationalisations en dernier recours » sur des filières stratégiques comme « la sidérurgie, l’énergie et la chimie ».

  • Wembanyama touché à la tête et incertain

    Wembanyama touché à la tête et incertain

    Victor Wembanyama est définitivement sorti pour respecter le « protocole commotion » suite à une lourde chute lors du deuxième quart-temps du deuxième match de play-offs des Spurs face aux Trail Blazers mardi à San Antonio.

    Le Français de 22 ans a chuté vers l’avant avec un gros choc de la tête face au parquet, restant allongé quelques secondes avant de se relever et de se diriger au pas de course vers le vestiaire, sans assistance. Il s’est blessé lors d’une action offensive à 8 min 57 de la pause.

    Les Spurs ont annoncé juste avant la pause qu’il ne reviendrait pas au jeu mardi soir en raison du « protocole commotion », avec 5 points et 4 rebonds au compteur.

    En attente d’un diagnostic plus précis

    D’après le règlement de la NBA, un joueur ne doit pas revenir sur le parquet s’il est « suspecté d’avoir subi une commotion » ou s’il « présente les symptômes d’une commotion ».

    Si une commotion est avérée, Wembanyama devra observer au moins 48 heures de repos. Il pourrait être disponible pour le troisième match de la série, à Portland, vendredi, en cas d’examen rassurant.

    Les joueurs du coach Mitch Johnson se sont donc inclinés sur leur parquet pour cette deuxième rencontre du 1er tour des play-offs dans la conférence ouest. Sans sa star, fraîchement élue défenseur de l’année, les Spurs ont fini par s’incliner 106-103.

    San Antonio avait remporté le premier match de la série, dimanche, avec une excellente performance du Français, auteur de 35 points pour ses débuts en play-offs.

  • Faire de la France une puissance de paix

    Faire de la France une puissance de paix

    Sommes-nous déjà dans un monde où la loi du plus fort a repris le dessus sur tous les garde-fous issus
    de la Seconde Guerre mondiale ? Organisation
    des Nations unies, multilatéralisme, diplomatie, Déclaration universelle des Droits de l’Homme, liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, droit international… Tous ces cadres et ces principes n’ont jamais, il est vrai, éliminé les rapports de force, les interventions impérialistes et les conflits armés mais ils avaient considérablement « civilisé » notre monde à la sortie de la grande barbarie que fut le nazisme.

    Depuis l’effondrement de l’Union soviétique et la domination sans partage du modèle libéral, ses partisans nous avait décrit une « fin de l’Histoire » dans une forme de prospérité généralisée et pacifique fondée sur le libre-échange et le ruissellement des richesses du haut vers le bas de la société…

    Enjeu de 2027

    Le mirage s’est depuis longtemps dissipé notamment parmi les classes populaires des pays désindustrialisés et l’avènement du trumpisme aux États-Unis a tout bousculé. Affirmant sans fard ses ambitions dans le contrôle des ressources et des territoires, le président étasunien s’en est tour à tour pris au Venezuela puis à l’Iran tout en ayant menacé le Groenland et Cuba, en dépit de toutes les règles internationales, ivre de sa puissance militaire.

    Dans ce monde nouveau et dangereux, la France cherche sa place. Elle doit être une puissance de paix.

    Si vis pacem para bellum « si tu veux la paix, prépare la guerre » dit la célèbre locution latine. Si tu veux la paix, prépare ta défense,
    oui sans nul doute. Mais surtout si tu veux la paix… prépare la paix !

    La France, avec son histoire et son réseau diplomatique, ses moyens de défense, doit se mettre au service de la construction d’une paix mondiale durable qui ne peut être fondée que sur la justice, le respect et la prospérité partagée.

    Ce ne sera pas le moindre des enjeux de la présidentielle de 2027.

  • [Entretien] Julien Guimard : « Réinventer ici et ensemble, à son échelle, le monde de demain »

    [Entretien] Julien Guimard : « Réinventer ici et ensemble, à son échelle, le monde de demain »

    La Marseillaise : Vous êtes un militant associatif très engagé. Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

    Julien Guimard : Oui, d’autant que les réalisations d’aujourd’hui sont l’aboutissement de 20 ans de travail sur le terrain, que ce soit avec la foire bio que j’ai lancée en 2003, mais aussi par rapport à tout ce que j’ai mis en place pour créer du lien sur le territoire. Notamment avec l’association la Vallée du Gapeau en transition, qui a fait plein d’étincelles. Toujours dans cette idée de donner des moyens d’agir concrets aux acteurs d’un territoire. C’est comme ça qu’on a créé, entre autres, le magasin biocoopératif et la monnaie locale : la Fève.

    Et aujourd’hui, vous publiez
    «
     À l’aube de nos territoires »*, votre nouveau livre…

    J.G. : C’est un livre de portraits conçu à quatre mains avec des amis tout autant engagés, qui souhaitent, eux aussi, à leur échelle, répondre aux enjeux de notre époque. Je me suis occupé de l’écriture des textes, qui sont accompagnés des photographies de Virgil Prudhomme et des aquarelles de Canelle Mingo. L’ensemble a été construit, mis en page et articulé par Aurélien Prudhomme, designer graphique. J’ajoute qu’il a été imprimé dans la région. Il est le reflet de toutes ces années de militantisme pour montrer toutes les richesses du territoire, mettre en lien les consommateurs et les producteurs. C’est un petit peu l’actualité du moment.

    Que raconte ce livre ?

    J.G. : Nos rencontres avec des producteurs de la région, du département. Et parmi ces personnes, il y en a que je connais depuis 2 ans, 6 ans, 10 ans… Ce qui m’a permis de prendre le temps de vraiment avoir des discussions profondes avec eux.

    J’avais vraiment envie de raconter leur histoire et de montrer qu’ils ont un savoir-faire extraordinaire. On a l’une des meilleures permacultrices de France, un apiculteur formateur qui a une connaissance incroyable de l’abeille. Ou encore, par exemple, des gemmothérapeutes qui font du soin avec les bourgeons. Je voulais vraiment mettre en lumière tous ces gens-là. Sans cacher, bien sûr, leurs difficultés, mais on a souhaité surtout montrer de belles choses. Et je pense qu’à l’époque qu’on traverse, c’est important de montrer aussi de belles choses sur le territoire, de créer du lien et des rencontres plutôt que d’attiser les peurs. C’était ça, l’idée première.

    L’échelle locale trouve sa véritable valeur correctrice lorsque nous remettons en cause nos systèmes de production ravageurs et nos habitudes de consommation à outrance. Au-delà du simple « faire et consommer local », la dimension nourricière implique de réfléchir ensemble aux manières de produire et de se nourrir autrement, en respectant le vivant et les communs sur un territoire donné. Appuyés par des dynamiques citoyennes, de nombreuses villes et territoires prennent ainsi conscience des enjeux du système alimentaire, pour la prospérité des sociétés à venir, et tentent d’y répondre, affichant ainsi une volonté commune forte. L’objectif étant de mutualiser nos connaissances, agir d’une même voix, ici ou ailleurs, riches de nos origines, cultures ou situations socio-économiques variées. Vitaliser le territoire et réinventer ici et ensemble, à son échelle, le monde de demain… Un programme vaste et motivant !

    J’imagine que ces alternatives seront au cœur de la prochaine foire bio de Signes…

    J.G. : Bien sûr, d’autant que, pour cette nouvelle édition qui va se dérouler les 23 et 24 mai, nous aurons comme invité d’honneur l’écrivain, réalisateur, poète et militant écologiste Cyril Dion. Il donnera deux conférences ayant pour thème « D’un monde à l’autre : le péril écologique nous confronte aux limites de notre planète ». La première sur place le samedi à 11h et le soir au jardin remarquable de Baudouvin, à La Valette.

    L’occasion, là encore, de montrer que nous sommes au bout d’un modèle et qu’il reste une nouvelle société à inventer en remettant l’économie à sa juste place. En attendant, pendant deux jours 100 à 120 exposants seront présents, avec des producteurs bio, des artisans-créateurs et beaucoup d’associations. L’idée est de créer une bulle qui montre un petit peu tout ce qu’il y a sur le territoire en matière de savoir-faire et de créativité, tout en offrant des moyens d’agir à celles et ceux qui souhaitent s’engager.

    *Précommandes sur : ulule.com/alaubedenosterritoires

  • Le comité d’alerte des finances publiques se réunit

    Le comité d’alerte des finances publiques se réunit

    « L’objectif est d’identifier suffisamment tôt d’éventuels dérapages et de prendre des mesures correctives rapidement », a expliqué au Parisien, samedi, le ministre de l’Économie Roland Lescure. Cette instance, lancée après d’importants dérapages du déficit public en 2023 et 2024, réunira à Bercy des parlementaires, représentants de la Sécurité sociale, des syndicats ou des collectivités locales autour des ministres de l’Économie Roland Lescure, des Comptes publics David Amiel, du Travail Jean-Pierre Farandou, de la Santé Stéphanie Rist et de l’Aménagement du territoire Françoise Gatel.

    L’an passé, cette structure s’était réunie deux fois : le 15 avril autour de l’ex-Premier ministre François Bayrou, qui avait alerté les Français sur le « piège » de la dette qui menace « la survie [du] pays », et le 26 juin pour annoncer un coup de frein supplémentaire de cinq milliards d’euros sur les dépenses publiques afin de tenir l’objectif d’un déficit de 5,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2025. Il s’est finalement établi à 5,1%, une bonne nouvelle dont le gouvernement s’est félicité fin mars. Mais la tâche reste ardue, alors que la guerre au Moyen-Orient bouscule l’économie française et entraîne « un renchérissement significatif du service de la dette », avec un coût de la crise « estimé aux alentours de 4 milliards » d’euros, a prévenu Bercy mardi.

    Et l’incertitude persiste, avec la situation au détroit d’Ormuz et face à l’envolée des prix de l’énergie. Le gouvernement maintient son objectif de 5% de déficit cette année et son engagement à le faire passer sous la barre des 3% en 2029, comme demandé par Bruxelles.

  • Grasset, symptôme d’un pluralisme fragilisé

    Grasset, symptôme d’un pluralisme fragilisé

    En quittant la direction de Grasset après vingt-six années passées à sa tête, Olivier Nora n’a pas laissé vacant qu’un poste stratégique : il a ouvert une fracture béante dans l’un des bastions historiques de l’édition française. Et cette crise qui secoue la maison d’édition n’est pas un simple conflit de gouvernance. Elle révèle des tensions profondes entre concentration industrielle, orientation idéologique et indépendance éditoriale.

    Le départ du PDG, officialisé le 14 avril sans explication par Hachette, maison mère contrôlée depuis 2023 par le milliardaire d’extrême droite, Vincent Bolloré, a été perçu par une large partie des auteurs comme un « licenciement politique ». Une interprétation que celui-ci a balayée dans une rare prise de parole au Journal du dimanche, autre titre de son empire médiatique. À ses yeux, la fronde de plus de 170 écrivains relève d’un « vacarme » orchestré par « une petite caste » persuadée d’être « au-dessus de tout et de tous ».

    Grand remplacement

    Ce mépris est déjà symptomatique de l’écart abyssal entre une logique capitaliste -rentabilité, contrôle, alignement stratégique- et la réalité d’un secteur fondé sur des équilibres symboliques fragiles : la confiance, la liberté intellectuelle, la continuité d’une ligne éditoriale. Car si Vincent Bolloré invoque les « performances économiques très décevantes » de Grasset et la hausse de la rémunération d’Olivier Nora pour justifier son éviction, c’est un différend éditorial qui cristallise la rupture autour de la date de publication du livre de Boualem Sansal, que la direction de Hachette voulait avancer contre l’avis du dirigeant de Grasset.

    L’épisode est lourd de sens. Qu’un actionnaire, même sans « fonction officielle » dans le groupe, tranche unilatéralement un choix éditorial revient à nier l’autonomie même de la maison. Car les auteurs ne dénoncent pas la publication de Boualem Sansal, mais la méthode : une décision imposée verticalement au mépris de l’histoire et des usages de Grasset, dont le catalogue incarne plus d’un siècle de littérature française.

    Face à la contestation, Vincent Bolloré assume la rupture : « Grasset continuera », assure-t-il, ajoutant que les départs permettront l’émergence de « nouveaux auteurs ». Le vocabulaire est révélateur. Les écrivains ne sont plus considérés comme des partenaires créatifs, mais comme une variable d’ajustement, interchangeable, remplaçable. Un grand remplacement déjà opéré avec les journalistes à la prise de contrôle d’I-Télé devenue CNews, puis du JDD.

    Cette vision industrielle de la création alimente aussi la crainte d’une normalisation idéologique progressive, déjà reprochée aux autres médias du groupe Bolloré : Fayard, Grasset, Hachette, mais aussi CNews, Europe 1 ou Le JDD. Autant de piliers du débat public désormais liés à un même centre de gravité idéologique ultra-conservateur, malgré les démentis répétés du groupe.

    Enjeu démocratique

    Et la colère dépasse largement Grasset. Plus de 300 auteurs, éditeurs, libraires et salariés du livre appellent à l’instauration d’une « clause de conscience » dans l’édition, sur le modèle de celle des journalistes. Tous décrivent le même dilemme : partir au prix d’années d’ancienneté et de stabilité, ou rester et accepter une « dissonance morale ». Cette inquiétude collective touche au cœur d’un enjeu démocratique.

    Dans une tribune anonyme publiée par Le Monde, des salariés de plusieurs maisons Hachette alertent sur le danger de la concentration croissante de l’édition et des médias entre les mains d’un même groupe. Avec une question centrale : quel avenir pour la liberté éditoriale ? Le président de la République s’est dit préoccupé, rappelant l’importance du « pluralisme éditorial » et le rôle patrimonial des grandes maisons. Sans condamner ouvertement Vincent Bolloré, Emmanuel Macron souligne qu’un éditeur n’est pas « simplement celui qui imprime des livres », mais le gardien d’une histoire et d’un esprit.

    Des paroles qui attendent surtout des actes. Or les états généraux de l’information initiés en 2023 sont restés sans suite. Début mars, Reporters sans frontières et plusieurs syndicats de journalistes (SNJ et le SNJ-CGT) ont saisi le Conseil d’État pour dénoncer l’inaction de l’État face à la concentration des médias. Ils reprochent à la France de ne pas appliquer le règlement européen sur la liberté des médias, en vigueur depuis août 2025, qui impose un contrôle indépendant des rachats.

  • Rouleau compresseur

    Rouleau compresseur

    Le modus operandi est éprouvé. Ce fut le cas pour I-Télé, devenue CNews, puis pour Le Journal du Dimanche. Vincent Bolloré, le milliardaire qui ne cache pas ses accointances avec l’extrême droite, achète une chaîne de télévision ou un journal. Il engage
    le rapport de force avec celles et ceux qui les font vivre. Objectif : en pousser le maximum vers la sortie, vider ces médias de leur substance, pour finalement y injecter l’idéologie d’extrême droite qui sied au propriétaire.

    C’est la même histoire qui est en train de s’écrire chez Grasset. L’éviction d’Olivier Nora, pour des motifs qui semblent relever de prétextes, a provoqué le départ de 170 auteurs
    de la maison d’édition, révulsés par la méthode, mais aussi par le projet politique de Vincent Bolloré.

    Bataille culturelle

    Il leur a répondu dans les colonnes du JDD avec mépris en les traitant de « petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient » et avec morgue en affirmant que « Grasset continuera et ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés, promus, reconnus et appréciés ».

    Un message relayé en boucle sur CNews et Europe 1 ce lundi. Comprendre : le rouleau compresseur Bolloré continuera à avancer tant qu’il ne rencontrera pas un obstacle sérieux.

    À ce titre, les conclusions des états généraux de l’information convoqués après l’affaire JDD mériteraient d’être enfin mises à l’ordre du jour du Parlement.

    En attendant, les progressistes feraient bien de se poser la question centrale de la bataille culturelle. Et des moyens de la gagner.

  • Calendrier retouché, le oui mais de Habib Beye

    Calendrier retouché, le oui mais de Habib Beye

    Avec deux équipes, le PSG et Strasbourg, qualifiées en demi-finale de coupes européennes, la LFP a estimé nécessaire de retoucher les dernières journées de la saison.

    Du côté de l’OM, Habib Beye a réagi sur ce sujet. S’il estime logique « de soutenir les clubs français, du moment que cela ne change pas notre préparation », il apporte toutefois un bémol à cette position. « J’aimerais qu’il y ait une règle et que cette règle ne soit pas au cas par cas sinon il y a toujours un club lésé ».

    Son équipe va devoir disputer ses deux derniers matches, au Havre, puis au Vélodrome contre Rennes, les dimanches 10 et 17 mai, au lieu des samedis 9 et 16 mai. Mais pour d’autres équipes impliquées dans la course pour le maintien, comme Nantes ou Nice, il y a un risque. Avec notamment les Bretons, qui ont un match en retard, face au PSG. Le PSG qui doit aussi disputer une autre rencontre décalée, face à Lens, qui pourrait être cruciale pour l’attribution du titre. L’entraîneur de l’OM demande à ce « qu’un équilibre soit trouvé entre les divers intérêts, avec une réflexion autour d’un cadre applicable à toutes les équipes ».