Tag: Femmes

  • Une maison pour la « dame de la mer » à Martigues

    Une maison pour la « dame de la mer » à Martigues

    C’est une dénomination pleine de sens. Alors que la Maison de Carro souffle sa 30e bougie sous les couleurs de Noël et que les enfants de ce village de pêcheurs s’émerveillent devant la gigantesque crèche lumineuse érigée à l’occasion, l’équipement municipal prend le nom d’Anita Conti, pionnière de l’océanographie, première femme à embarquer sur un navire scientifique en 1935, décédée le 25 décembre 1997. La boucle est bouclée.

    Pour Marguerite Simoes, directrice de la maison de quartier, prendre le patronyme de la « dame de la mer » était une « évidence » : « Elle représente bien le village et a un parcours de vie exceptionnel, elle s’est engagée dans la protection de la mer et a dénoncé la pêche abusive pendant l’entre-deux-guerres. » Écologiste avant l’heure, Anita Conti affirmait : « On ne sauvera pas les terres sans sauver les mers. »

    Féminiser l’espace public

    Le maire de Martigues (PCF) Gaby Charroux affirme : « Anita Conti avait travaillé aux côtés du commandant Cousteau, pourtant, elle n’a pas bénéficié de la reconnaissance qu’elle méritait. Aujourd’hui, il est temps de lui rendre sa juste place. (…) Cette dénomination s’inscrit dans la démarche engagée par la Ville et sa commission extra-municipale des égalités afin d’œuvrer à la féminisation des espaces publics. Corriger cela ce n’est pas réécrire l’histoire, c’est la compléter, la rendre plus juste. »

    D’autres dénominations en hommage à des femmes historiques auront lieu avant la fin du mandat, comme celle de l’école de La Couronne, de l’ancien bâtiment de la Poste et de la placette en face de celui-ci. L’édile assène : « Nommer un lieu n’est jamais un geste anodin. c’est inscrire une histoire dans l’espace public. C’est faire vivre une mémoire collective. C’est transmettre des valeurs aux générations présentes et à venir. »

  • Une médiathèque faite avec et pour les habitants rue Loubon

    Une médiathèque faite avec et pour les habitants rue Loubon

    « Ça sera notre prochain refuge ». Avant même de visiter les travaux qui transforment l’ancienne usine de farine du 32 rue Loubon en médiathèque, Wassila en est certaine : ça va lui plaire. La jeune mère, ambassadrice du livre de l’association Peuple et Culture, est venue avec ses collègues découvrir, vendredi dernier, l’évolution des travaux. Un projet qu’elles suivent depuis un an, afin d’apporter leurs idées et leurs besoins.

    Des habitantes du 3e arrondissement et membres de l’association Mot à mot les accompagnent pour visiter le lieu. Les fils qui pendent, les échafaudages et les isolants qui traînent ne semblent pas les empêcher de se projeter. « On s’y voit parfaitement », s’exclame Wassila. En découvrant le puits de lumière et les charpentes apparentes du lieu, Mounira lâche un petit « c’est trop beau ».

    Un peu plus loin, elles pénètrent dans l’espace prévu pour la cuisine et le restaurant, séparé par une baie vitrée de la zone prévue pour la jeunesse. « C’est ce qu’on voulait : un café pour se retrouver où on voit nos enfants », s’enthousiasme Fatiha, mère de 5 enfants, qui suit le projet avec l’association Peuple et Culture depuis un an.

    Puis direction l’étage pour voir les volumes qui deviendront des salles de danse, de lecture, d’éveil sensoriel pour les bébés. Le moment décidé par la directrice de la médiathèque, Coline Meirieu, pour annoncer qu’il y aura des tables de ping pong en extérieur. Ce qui fait germer des idées. « Pourquoi on ne ferait pas des tables pour les échecs aussi ? », propose Fatiha, provoquant l’engouement des participantes. Une idée à laquelle n’avait pas pensé la directrice.

    La parole des habitants

    « On voit qu’il y a eu la parole des habitants qui a été écoutée, applaudit Mounira. Je n’ai jamais vu un projet de bibliothèque aussi varié. ça va vraiment faire vivre le quartier ! ». Elle regrette cependant qu’il n’y ait pas eu plus de communication en amont autour de la concertation, car elle aurait souhaité y participer. Mais c’est enthousiastes que toutes ressortent de la visite. « C’est bien, parce qu’il manquait d’un lieu comme ça dans le secteur. Parce qu’Alcazar, c’est quand même un peu loin », confie Nesrine, habitante du 3e arrondissement.

    Une nouvelle concertation avec les habitants et les associations est prévue le mardi 27 janvier au centre social de la Belle de Mai à 14h pour réfléchir au fonctionnement de l’établissement.

  • Des ingénieures pour inspirer les lycéennes de Thiers

    Des ingénieures pour inspirer les lycéennes de Thiers

    Les élèves, venues nombreuses, sont ravies d’entendre de vives voix les témoignages de celles qui se sont lancées dans les études de sciences ou de l’ingénierie. Comme Céline Roubinowicz, consultante chez Airbus, qui leur conseille : « Restez vous-même ! Peu importe le domaine, vous n’avez pas besoin de vous travestir pour que ça fonctionne ! »

    Pour Shaïma, en classe préparatoire : « Ce qu’elles sont venues nous raconter, c’est rassurant. Je trouve ça génial, on a plein de conseils ! » de son côté, Angelica, abonde en ce sens et se dit « très contente de rencontrer des femmes qui s’épanouissent dans leur travail ».

    « Les garçons sont très avantagés »

    Pour Abdel Dahmani, professeur de science de l’ingénieur : « Dans ma matière, je remarque de grosses différences filles-garçons, surtout sur la concentration et l’implication. Les filles sont beaucoup plus investies. » Il poursuit : « Il y a toujours un moment de basculement dans notre matière, où on commence à travailler sur la mécanique et le manuel, et les garçons se retrouvent très avantagés, parce que les parents les éduquent à tout ça. »

    Isabelle Brunel, elle aussi professeure, exprime le manque de modèles pour les adolescentes : « D’où l’intérêt d’avoir des moments comme celui-ci. Certes, ces carrières peuvent faire peur, parce que les filles ont conscience qu’elles ont l’idée de devoir gérer le foyer, du coup ces domaines leur paraissent difficiles. Les intervenantes sont aussi là pour casser ces clichés et leur apporter des réponses. »

    Parité en berne

    Le constat est amer dans les filières scientifiques. Les jeunes filles sont très sous représentées dans ce secteur. En 2024, les écoles d’ingénieurs n’en comptaient que 30% dans leurs effectifs, selon le dernier baromètre égalité femmes-hommes, produit par la Conférence des grandes écoles (CGE). Au lycée Thiers, on ambitionne d’arrêter l’hémorragie en invitant l’association d’ingénieures, qui œuvre depuis 19 ans pour renforcer la mixité dans les secteurs scientifiques, technologiques et industriels. À la fin des échanges avec l’association, les ados commencent déjà à songer autrement à l’avenir, comme Célia, en seconde : « On est moins de filles dans les matières scientifiques, donc je pense que ça nous a toutes fait beaucoup réfléchir ! »

  • « En 30 ans le regard que porte la société sur la pauvreté a changé »

    « En 30 ans le regard que porte la société sur la pauvreté a changé »

    La Marseillaise : Ce rapport met en lumière 30 ans d’augmentation de la pauvreté en France…

    Jean-Marie Brugeron : En effet la pauvreté s’est nettement intensifiée. Plusieurs chiffres en attestent : le niveau de vie médian des personnes que nous accueillions est passé de 658 euros en 2014 à 565 euros en 2024. 95% des ménages accueillis vivent sous le seuil de pauvreté (1 316 euros) et 74% sous le seuil d’extrême pauvreté (+11 pts entre 2017 et 2023). Nous recevons par ailleurs beaucoup plus de personnes sans aucune ressource : de 10% en 1994, leur proportion est passée à 26% (24% dans l’Hérault). Cela s’explique par les difficultés à bénéficier des aides, l’accès aux droits étant de plus en plus compliqué (38% de non-recours au RSA des ménages éligibles français en 2024) et par le fait, également, que de plus en plus de gens sont sans droits, notamment les étrangers, qui se présentent dans nos accueils car privés de tout moyen d’avoir un revenu quelconque.

    Les femmes et les enfants sont en première ligne de cette pauvreté ?

    J-M.B. : En 2024, les femmes représentent 56% des personnes rencontrées (58% dans l’Hérault). Elles étaient déjà majoritaires en 1994, mais on enregistre une augmentation de + 5 points en 30 ans. Dans l’Hérault, on compte 27% de mères isolées, dont les trois-quarts vivent dans l’extrême pauvreté. Les enfants, qui représentent 39% des personnes soutenues, sont ainsi les premières victimes de la pauvreté subie. Le rapport montre également une pauvreté davantage liée à des problèmes de santé ou de handicap. En 1999, 15% des personnes qui se présentaient avaient des problèmes de santé ; elles sont 23% en 2024.

    Ces 30 dernières années,
    la pauvreté a également
    pris de nouveaux visages…

    J.-M.B. : Oui, on a notamment vu apparaître une nouvelle catégorie qui n’existait pas en 1994 : les travailleurs pauvres. Auparavant, les personnes qui avaient un travail arrivaient à peu près à subvenir aux besoins de leur famille. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, à cause des temps partiels, de l’intérim, des saisonniers… Mais même un CDI ne vous exonère pas d’être pauvre : 28% des personnes accueillies en 2024 ont un CDI (17% dans l’Hérault, contre 5% en 2000).

    Par ailleurs les ménages étrangers sont de plus en plus nombreux (52,7% des adultes accueillis en 2024 contre 20% en 1994), de même que les seniors, dont la part a plus que doublé en 30 ans (de 3% en 1994 à 7% en 2024). Enfin, la pauvreté rurale a gagné du terrain. Ce sont souvent des personnes âgées, mais ce aussi des jeunes qui, on le voit bien dans l’arrière-pays héraultais, vont chercher des logements moins chers.

    La pauvreté n’est pourtant pas une fatalité ?

    J.-M.B. : On est passé, en 30 ans, d’une pauvreté conjoncturelle à une pauvreté structurelle. Cette évolution est en lien avec les politiques publiques. Selon la Cour des comptes, sans redistribution le taux de pauvreté ne serait pas de 15,4% en France, mais de 21,7%. Donc les politiques de redistribution fonctionnent. Mais lorsqu’on réforme le chômage dans le sens où cela a été fait, ça provoque une hausse des personnes non indemnisées. Lorsqu’on interdit aux sans-papiers de travailler, ça accroît la précarité. La société aujourd’hui est plus dure pour les plus fragiles et le regard qu’elle porte sur la pauvreté a changé.

    Qu’est-ce qui a changé ?

    J.-M.B. : En 1994, on considérait qu’on se devait d’aider les pauvres, qui étaient les laissés-pour-compte de la croissance.

    Aujourd’hui, on considère que s’ils sont pauvres, c’est de leur faute. On culpabilise les pauvres et on dénonce les étrangers. Le paradoxe dans tout ça, c’est que les Français sont tout de même attachés à la solidarité nationale, puisque 53 % d’entre eux se disent favorables à une augmentation du RSA. Reste qu’il y a un changement de regard qui est profond.

    Quelles sont les actions proposées par le Secours catholique ?

    J.-M.B. : On agit sur différents leviers : le soutien scolaire, les cours de français pour les personnes étrangères ; l’accès à une alimentation digne ; la lutte contre l’isolement à travers les cafés solidaires pour les migrants ou les actions dans les Ehpad ; la lutte contre le non recours aux droits ; et l’accueil des SDF, notamment sur Montpellier avec la Halte solidarité qui fait l’objet d’un gros projet de rénovation. Ce qu’on souhaite, c’est montrer qu’un autre regard est possible pour mieux vivre ensemble.

  • Une conférence en mémoire des femmes artistes déportées

    Une conférence en mémoire des femmes artistes déportées

    Juives, militantes, résistantes, espionnes, communistes, tziganes, artistes… Nombreuses sont celles qui sont passées par le tristement célèbre camp de concentration de Ravensbrück. Situé à quelques dizaines de kilomètres au nord de Berlin, dans une région que l’on a longtemps surnommé « la petite Sibérie allemande », le camp a accueilli 150 000 femmes. Plus de 90 000 y ont trouvé la mort. Aujourd’hui, il nous est parvenu des témoignages, des photos, des écrits, mais aussi des revue humoristiques, de mode, des portraits, des croquis, des peintures … Une chronique visuelle foisonnante, teintée de solidarité et de résilience, même au plus fort de l’horreur.

    « Elles ont survécu grâce

    à la solidarité »

    « Cette conférence prend place dans un contexte particulier hier, une bénévole qui faisait une collecte a subi une agression raciste, ce moment nous rappel aussi la dimension salutaire de la mémoire de Ravensbrück ! », se désole Farida Benchaa, secrétaire générale de la fédération du Secours populaire des Bouches-du-Rhône.

    Pour la militante associative, « le lien entre le Secours populaire et ces femmes, c’est qu’elles ont survécu grâce à la solidarité, elles se protégeaient, partageaient la nourriture : c’est précisément cette solidarité que le Secours populaire porte ». De fait, comme l’explique l’historienne : « Il n’était pas rare que des prisonnières prennent des commandes de dessins ou de peinture des nazis et reçoivent de la nourriture en échange, qu’elles échangeait avec leurs camarades. »

    L’historienne se fait la passeuse d’histoires des femmes de Ravensbrück. Au travers des œuvres et des écrits qu’elles ont laissés derrière elles, elle brosse le portrait de plusieurs artistes venues des quatre coins de l’Europe. France Audoul, par exemple, artiste et résistante, déportée à Ravensbrück en 1943. À l’origine d’une quarantaine d’œuvres montrant des scènes de la vie du camp, elle publiera ses œuvres dans l’ouvrage 150 000 femmes en enfer, en 1966.

    De l’art en enfer

    Hors des frontières européennes, les tragédies jalonnent aussi le destin de femmes artistes, comme le souligne Renée Bensoussan, à l’image de Hripsimeh Sarkissian : « Arménienne de Turquie, cette artiste survit au génocide arménien de 1915 ou elle perd son père, ses frères et ses sœurs. Vingt ans plus tard, en 1938, elle échappe au massacre de Dersim, mené par les turques. Ce n’est qu’après 1947 qu’elle peut retourner dans sa ville natale. »

    Comment ne pas conclure sur l’œuvre de Germaine Tillion, grande ethnologue et résistante française, envoyée à Ravensbrück en 1943, elle y rédigera une opérette un an plus tard. Pour Renée Bensoussan « Le Verfügbar aux Enfers… c’est une œuvre pleine d’humour ! ». Elle poursuit : « Germaine Tillion y combine des textes qui raconte la dure réalité de la détention avec des airs issus du répertoire lyrique. Mais l’œuvre va mettre plus de 60 ans à être portée à la scène, en 2007, lors d’une première représentation au théâtre du Châtelet. » Preuve que malgré leur valeur historique, les œuvres de femmes déportées mettent encore trop longtemps à atteindre le grand public.

  • Question de vie ou de mort

    Question de vie ou de mort

    Terrible constat : selon les derniers chiffres officiels publiés jeudi par la Mission interministérielle pour la protection des femmes, le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11% entre 2023 et 2024, avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Alors que l’année 2025 n’est pas encore achevée, les associations féministes ont déjà dénombré 151 femmes ou filles tuées dans un contexte de violence misogyne.

    Ce n’est pas une addition de drames isolés, mais un fait social, le reflet de la violence que notre société laisse s’exprimer à l’égard des femmes.

    2,6 milliards

    C’est dans ce contexte, à la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, qu’une proposition de loi transpartisane a été présentée à l’Assemblée nationale. En réponse, la ministre chargée du dossier, Aurore Bergé, a annoncé de son côté un projet de loi-cadre sans être en mesure de préciser une date pour son examen ni de chiffrer son financement.

    Comme toujours, c’est là que le bât blesse. Pourquoi ce qu’il a été possible de faire dans une Espagne profondément marquée par le patriarcat, n’est pas possible en France ? De l’autre côté des Pyrénées, une loi-cadre dotée de financements conséquents a permis de faire reculer de 35% les féminicides.

    Oui, mettre les moyens pour protéger les femmes est une question de vie ou de mort.

    La Fondation des femmes estime à 2,6 milliards par an le budget minimum que l’État devrait consacrer
    à la protection des victimes de violences conjugales, sexistes et sexuelles en France, « soit 0,5% du budget de l’État ». Aux actes !

  • Baisses de subventions au CIDFF 34 : « On a dû fermer des permanences »

    Baisses de subventions au CIDFF 34 : « On a dû fermer des permanences »

    « Cette journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes est importante : il faut rendre cette question visible, notamment dans cette période de grande inquiétude sur notre capacité à assurer nos missions auprès de toutes les femmes, y compris les plus isolées et les plus précaires, celles vers lesquelles il faut aller en priorité », estime Aline Faucherre, présidente du Centre sur l’information des droits des femmes et des familles (CIDFF) de l’Hérault.

    Les CIDFF – il en existe une centaine en France – constituent le premier réseau pour l’accès au droit des femmes en France, avec la mission de les rendre actrices de leur autonomie personnelle, professionnelle et sociale. « Les CIDFF ont des juristes qui informent gratuitement les femmes sur leurs droits. Sachant que notre CIDFF héraultais s’est voulu dès le début très engagé sur la question des violences faites aux femmes, qui est un signe flagrant – peut-être le plus évident – de l’inégalité persistante entre les femmes et les hommes », souligne Aline Faucherre.

    Chaque année, l’association reçoit 17 000 personnes, dont 80% de femmes – il y a aussi des couples qui viennent pour de la médiation familiale -, dans l’un de ses 50 points d’accueil répartis sur le département. « Mais avec les baisses de subventions, nous avons dû fermer des permanences dans des endroits où des femmes venaient et où le besoin existait. Par exemple Lunel, une permanence sur le Biterrois aussi », déplore la présidente du CIDFF 34. « On a dû réduire la voilure mais jusqu’ici on a pu maintenir l’activité, sans opérer de licenciements [il y a eu des départs non remplacés, Ndlr.] », souligne Aline Faucherre.

    En juin, l’ensemble des CIDFF avaient fermé symboliquement une journée pour obtenir de l’État l’argent nécessaire au financement du Ségur de la santé. « On a été heureusement surpris quand, en août 2024, on nous a dit que nos salariés y étaient éligibles, mais on a été très refroidis quand on s’est rendu compte que l’État n’avait pas prévu de nous verser les 5 millions nécessaires à ces augmentations. Finalement notre mobilisation a porté ses fruits pour 2025, mais l’inquiétude demeure pour 2026. »

    « 10% de moins partout »

    Outre cette question du Ségur, les CIDFF font face à une baisse généralisée des subventions : « Globalement il y a 10% de moins partout. Ou presque : du côté des CAF, dans l’Hérault, on est très bien soutenu, par exemple. Mais je ne jette pas la pierre, je sais que les collectivités comme les départements ou les mairies, sont très en difficulté », soupire Aline Faucherre.

    La question est : que fait l’État pour financer cette prétendue « grande cause nationale » ? « Quand l’Espagne, il y a plus de 20 ans, a fait des violences faites aux femmes une grande cause nationale, il y a eu un plan transversal avec de la prévention, de la répression, des financements, des tribunaux spéciaux, de l’éducation, des personnels qualifiés… un plan pluridisciplinaire qui a coûté très cher. La Fondation des femmes disait, il y a deux ans, qu’il manquait en France un milliard pour les droits des femmes. Ce milliard manque toujours… On n’a eu que des coups de pouce », déplore la présidente du CIDFF 34.

    Or « qui dit moins de subventions dit moins de professionnels de premier recours sur les territoires. Il y a un lien avec l’augmentation des féminicides : les femmes qui meurent sont celles qui n’ont trouvé personne à qui parler, et qui restent dans leur enfermement, sous l’emprise du conjoint violent ». Face à ces fermetures contraintes de permanences, l’association cherche des solutions. « Il y a par exemple des départements qui ont mis en place des bus itinérants. On peut aussi imaginer des permanences dans des Maisons France Services ou des visio… On est au début d’une réflexion pour trouver comment pallier ce manque, afin de rester présentes auprès de celles qui en ont le plus besoin. Car ce sont les femmes isolées, dans les territoires ruraux, qui sont les plus vulnérables. »

  • Des femmes et des lions veillent désormais sous le pont

    Des femmes et des lions veillent désormais sous le pont

    C’était un lieu sans charme. « Un peu glauque, pas très rassurant de nuit », se souvient Farah Ajili, alias Fahrenheit. Un passage bétonné tout gris, frontière imaginaire entre le quartier de Figuerolles et la cité Gély, le quartier gitan de Montpellier. En le traversant, l’idée est venue à Farah de redonner vie à cet endroit. De créer du lien en couleurs. « Je voulais remettre de la luminosité sous ce pont et permettre aux femmes de se le réapproprier, qu’il soit un peu leur espace et qu’elles n’aient plus peur de le traverser le soir », explique la jeune femme, qui décide d’associer à son projet une autre artiste peintre muraliste, Amélie Béral, spécialisée dans la peinture animalière.

    Soutenues par l’association Ademass, implantée à Figuerolles et qui les aidera notamment à obtenir les autorisations nécessaires, les deux artistes se lancent, chacune d’un côté de la route, dans une fresque monumentale (6 mètres de haut sur 12 de long) à dominantes bleu et orange, couleurs de Montpellier.

    Trois femmes, trois parcours de vie

    Fahrenheit, déjà à l’origine d’une belle fresque d’hommage aux licières* à l’entrée de Lodève, choisit de réaliser, à partir de photographies, les portraits en noir et blanc de trois femmes du quartier. À gauche, Eda. « C’est ma muse. Je la peins un peu partout depuis que j’ai commencé. On peut trouver son portrait à Marrakech, en Allemagne, à Paris… C’est une femme qui vit actuellement à la Paillade, qui a une très belle plume et dont le parcours de vie m’a beaucoup touchée. Elle a travaillé avec l’association Ademass sur la “grande parade métèque”, ce qui crée un lien avec le quartier. Je me suis donc dit qu’elle avait sa place sous ce pont », confie Fahrenheit.

    Le portrait situé au centre de la fresque représente Ornella Dussol, à la fois comédienne et médiatrice au théâtre du quartier, La Vista. « C’est une femme qui a un peu bouleversé les codes de sa communauté. On n’a pas l’habitude de voir une gitane dans ce milieu-là. Elle a permis d’introduire au théâtre La Vista beaucoup de connaissances sur la communauté gitane et de briser certains stéréotypes ».

    La troisième femme, plus âgée, s’appelle Marie. « Je ne l’ai pas rencontrée mais on m’a beaucoup encouragée à la peindre. C’est une femme qui, pendant plus de 20 ans, a nourri beaucoup de monde dans le quartier. Elle faisait de la cuisine qu’elle mettait à disposition. Elle a habité pendant longtemps à deux maisons du pont, avant d’être atteinte de la maladie d’Alzheiemer et d’aller vivre dans sa famille à la cité Gély ».

    Trois femmes, trois parcours de vie, trois figures du quartier en miroir desquelles Amélie Béral a peint trois lions, reflet de « l’énergie de ces femmes fortes ». Mais aussi référence aux statues de lions qui ornaient le parc de la Guirlande, auxquelles les habitants étaient attachés et dont les têtes ont été détruites par le passé.

    Fruit d’un projet entièrement bénévole, ces deux fresques, réalisées du 13 au 18 octobre, sont offertes par les artistes à la Ville. Elles seront inaugurées en présence des habitants à l’occasion d’une soirée festive vendredi 21 novembre à partir de 17h30, rue du Faubourg Figuerolles.

    * Femmes de harkis qui ont tissé, à partir de 1964, des tapis d’exception pour le Mobilier national

  • Opale Care : un outil digital pour sortir du déni des violences conjugales

    Opale Care : un outil digital pour sortir du déni des violences conjugales

    Évaluer en toute discrétion son exposition aux violences conjugales de toutes sortes, puis recevoir gratuitement un diagnostic personnalisé et si besoin des conseils pour s’orienter auprès de professionnels. Voilà les services que propose gratuitement la plateforme Opale Care*.

    Créé en 2024 par l’entrepreneuse montpelliéraine Vigdis Morisse-Herrera, cet outil digital unique de prévention, diagnostic et de suivi, propose de combler un manque pour les victimes. « J’ai été moi-même victime de violences conjugales sexuelles et psychologiques. J’ai créé la plateforme dont j’aurais eu besoin à l’époque », résume cette passionnée de French Tech.

    Elle explique que la multiplicité des atteintes (psychologiques, physiques, sexuelles, économiques, administratives, cyberviolences), complique souvent la prise de conscience des victimes, des femmes à 87% parmi les 271 000 plaintes déposées en 2023 (sachant que seules 14% des victimes réclament réparation). « Le sujet est souvent abordé sous l’angle de la femme battue, ce qui invisibilise toutes les autres formes de violences, laisse entendre que le reste n’est pas grave. »

    Pour avoir dû elle-même partir en quête d’informations, elle décide d’en faciliter l’accès. « Le numérique est un énorme levier », assure Vigdis tandis qu’Opale Care compte déjà 7 500 utilisateurs. Discret, le questionnaire anonyme de 200 occurrences (20 minutes) permet de lever les doutes ou sortir du déni. « Il catégorise les choses sans avoir le tabou de la réponse. » Sans interlocuteur physique à qui se confier, « il n’y a pas de gêne ni de honte. C’est parfois plus facile que de faire la démarche d’appeler un numéro d’urgence ou se déplacer dans une association. »

    Via une analyse juridique de ce que la loi interdit, la version pro d’Opale Care pousse l’expertise jusque dans l’entreprise pour l’inciter à « protéger et accompagner ses salariés ». Quel que soit le cadre des violences, les victimes sont renseignées sur les aides publiques (CAF, banque, assurance…) auxquelles elles ont droit et si besoin redirigées vers des associations ou professionnels compétents.

    Plus d’infos sur : opale.care

  • Des mobilisations dans l’Hérault et le Gard

    Des mobilisations dans l’Hérault et le Gard

    Elles sont partout : dans la sphère familiale, professionnelle, sur les lieux d’études, de soin, dans l’espace et les transports publics, dans les milieux culturel, sportif, politique… Malgré le mouvement #MeToo, qui a libéré la parole et permis une certaine prise de conscience, « les violences sexistes et sexuelles ne régressent pas », observe Marine Trégan, de Solidaires 34, membre de l’interorga féministe de Montpellier. « 141 féminicides ont été recensés en 2024. 213 000 femmes subissent des violences conjugales et 94 000 des viols ou tentatives, dont 8 000 sur leur lieu de travail, chaque année », liste-t-elle.

    « Macron et son gouvernement se vantent de faire de l’égalité hommes-femmes une priorité, de la lutte contre les violences faites aux femmes une grande cause nationale, mais à côté de cet affichage politique, ce qu’on constate ce sont des politiques de casse sociale qui ne cessent de fragiliser les plus précaires, dont les femmes font clairement partie. Or, on sait que la précarité économique, la difficulté de subvenir seule à ses besoins expose d’autant plus aux violences », dénonce Marine Trégan.

    Ces politiques austéritaires fragilisent également les associations, qui manquent de moyens (voir page 7). « On a un gouvernement qui n’est pas du tout dans le soutien des associations féministes, qui ont pourtant acquis une expertise depuis des décennies sur ces questions-là, qui sont les mieux formées et qui sont indispensables aux victimes. Le fait que le Planning familial de l’Hérault, par exemple, ait un budget incertain chaque année, qu’il doive faire un appel aux dons, qu’on ne sache pas s’il va pouvoir continuer à exister, c’est dramatique », illustre la militante.

    « Montée des idées réactionnaires »

    Cette austérité va également porter atteinte au service public « et donc empêcher des politiques ambitieuses de prévention des violences, d’éducation. Car ce n’est pas simplement en sanctionnant les violences une fois qu’elles ont eu lieu qu’on les éradique », insiste Marine Trégan. Dans l’Éducation nationale, un programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (Evars) vient bien d’être adopté, malgré de nombreuses attaques. Une avancée, pourrait-on penser, « sauf qu’il n’y a pas les moyens nécessaires pour la mettre en œuvre : pas d’heures dédiées et les personnels de l’Éducation nationale ne sont pas encore suffisamment formés. Sans oublier que les associations, qui interviennent depuis longtemps dans les établissements sur ces questions, voient leurs subventions des collectivités locales rognées d’année en année. On constate même parfois une défiance des pouvoirs publics à leur encontre. Dans l’Académie de Montpellier par exemple, on a appris qu’elles n’auraient plus de droit d’intervenir sur des séances d’Evars dans les écoles », dénonce la représentante de l’interorga féministe de Montpellier.

    Marine Trégan pointe par ailleurs « une montée des idées réactionnaires. Ces dernières années, des études montrent qu’il y a un fossé qui se creuse parmi les jeunes générations entre des jeunes femmes de plus en plus conscientes des inégalités avec une volonté de faire changer la société à ce niveau et des jeunes hommes de plus en plus exposés à des discours masculinistes, qui valorisent une virilité dominatrice. On le constate clairement sur les réseaux sociaux. Il y a des idées qui proviennent de l’extrême droite, qui valorisent l’exercice de la force et de la domination des hommes sur les femmes. Ce sont des choses très inquiétantes en termes d’évolution des mentalités », estime la représentante de Solidaires 34.

    Aussi, l’interorga féministe de Montpellier, qui rassemble syndicats, associations, collectifs féministes et organisations politiques, appelle à se mobiliser massivement samedi 22 novembre pour une manifestation qui partira à 14h de la place Albert 1er. À Béziers, deux rendez-vous sont prévus à l’initiative des organisations syndicales CGT, Solidaires et FSU et des collectifs féministes LesRosies et Les Simone veillent : le samedi 22 novembre à 10h30 sur le parvis du théâtre et le mardi 25 novembre à 16h30 devant la Maison des femmes (4 rue Jean Prévost). À Sète, un rassemblement est organisé le 22 novembre à 12h devant les Halles. À Lodève, le rendez-vous est fixé mardi 25 à 12h sur le parking de la sous-préfecture. À Nîmes, enfin, un rassemblement aura lieu le 22 novembre devant Carré d’art à 15h30, avant une déambulation jusqu’au tribunal.

    Ciné-débat le 28 novembre à Nîmes

    Le Zonta Club Nîmes Romaines, qui regroupe des femmes engagées pour promouvoir et soutenir l’autonomie des femmes et des filles, organise une soirée ciné-débat dans le cadre de la campagne mondiale Zonta says no to violence against women, le 28 novembre à 20h15 au Cinéma Sémaphore, à Nîmes. Cette soirée s’articulera autour de deux temps forts. D’abord la projection du film L’Amour et les forêts de Valérie Donzelli, adaptation du roman éponyme d’Éric Reinhardt décryptant les mécanismes et la dérive de l’emprise narcissique d’un mari sur sa femme suivant une rencontre amoureuse. La projection sera suivie d’un débat en présence notamment de la présidente du CIDFF du Gard (centre d’information sur les droits des femmes et des familles) et d’autres acteurs engagés dans la lutte contre les violences faites aux femmes.