Tag: extrême droite

  • [Entretien] Marc Pietrosino : « L’extrême droite n’a pas une politique au service des citoyens »

    [Entretien] Marc Pietrosino : « L’extrême droite n’a pas une politique au service des citoyens »

    La Marseillaise : L’UD a réalisé un vaste document sur les élections municipales, quel est le sens de cette initiative ?

    Marc Pietrosino : La CGT n’est pas neutre. Nous sommes en contact permanent avec les salariés du département, nous avons donc une vision pour améliorer le quotidien des travailleurs dans le cadre de ces élections. Cette campagne pour le scrutin n’aborde pas toujours de la bonne manière toutes les compétences des communes. À partir de celles-ci, l’idée était de mettre sur la table notre vision des choses, de donner des pistes, aux différents candidats, hors RN et extrême droite évidemment. Et cela fait écho à d’autres travaux d’organisations syndicales CGT, comme ceux de nos camarades de la Métropole ou de la santé, qui ont interpellé les candidats, dans leur domaine de compétence. Pour l’Union départementale, nous avons une démarche globale. Nous aimerions d’ailleurs que les candidats, a minima les progressistes, se positionnent sur nos propositions.

    Vous abordez largement la réindustrialisation, qui n’est pas une compétence directement municipale, qu’attendez-vous des candidats sur le sujet ?

    M.P. : Nous appelons les candidats à se saisir des problématiques industrielles. Je prends l’exemple d’Arcelor : toutes les collectivités doivent être à l’unisson pour accompagner la décarbonation, pour sauver l’usine. Nous avons besoin d’acier en France. Par extension, pour décarboner nos industries et les activités maritimes, on va être obligé d’avoir une alimentation massive en électricité. En ce sens, la ligne Très Haute Tension [projet de ligne de 300 000 volts entre Jonquières et Fos, Ndlr.] doit se faire dans le respect des normes environnementales, en concertation, en n’opposant pas industrie et écologie. Mais je préviens les candidats et futurs élus : si on ne veut pas finir dans le tout-tourisme, il faut cette ligne. Plus globalement, il faut qu’ils activent tous les leviers pour qu’on ne loupe pas ce tournant : sur les services publics qui doivent suivre, la demande en logement… Ils ont une grande responsabilité pour l’avenir de la zone. Par contre, nous avons été très déçus par la campagne pour le volet activité portuaire de notre département. Il y a eu de grosses attaques sur les bassins Est de Marseille. Le candidat RN propose la construction d’une marina, ce qui équivaut à supprimer 15 000 emplois. Et une déception vis-à-vis des candidats progressistes qui ne parlent du port que pour donner des accès à la mer et de nouvelles plages.

    Printemps Marseillais comme LFI parlent de l’emploi comme une priorité sur le port…

    M.P. : Nous sommes heureux quand ils affirment que c’est une priorité. Mais nous avons été surpris par les positions voulant donner de nouveaux accès à la mer au détriment des activités. Nous veillerons à ce qu’ils réaffirment ce soutien à l’emploi.

    Vous évoquez aussi les attaques sur les Bourses du travail, comme à Arles. C’est un exemple des politiques antisociales qui peuvent être menées contre les travailleurs par les mairies ?

    M.P. : Avant d’attaquer frontalement les salariés, ils s’attaquent d’abord aux corps intermédiaires, aux contre-pouvoirs, aux représentants des salariés. Priver les syndicats de leurs lieux de vie historiques n’est pas anodin. Cela revient à les empêcher de travailler, c’est une façon d’annihiler ceux qui défendent les intérêts des travailleurs. Et par ricochet, les droits de ces derniers. Les maires progressistes doivent sanctuariser les Bourses. L’exemple d’Arles est parlant : De Carolis est dans la ligne droite de la macronie, son gros chantier à Arles a été d’attaquer la Bourse du travail… Pour vouloir en faire un office de tourisme, ça en dit long.

    Dans cette lignée, il y a déjà eu des mairies passées aux mains de l’extrême droite dans le département, quelles conséquences pour les travailleurs ?

    M.P. : Les camarades de la fonction publique pourraient expliquer longuement ce qu’ils ont subi durant les mandats de l’extrême droite, à Marignane ou Vitrolles il y a quelques années… Ce sont des mises au placard, un management détestable, une politique qui n’est pas au service des citoyens. Si on a le malheur d’en avoir d’autres après ce scrutin, on ne fuira pas, on combattra et on montrera qu’une autre voie est possible.

    Vous appelez les militants à soutenir les listes progressistes au regard du danger de l’extrême droite dans certaines communes ?

    M.P. : Quand les forces progressistes réussissent à s’entendre, on appellera toujours à voter pour celles-ci. Bien souvent, leur programme reprend ce que l’on demande syndicalement, on aurait donc tort de ne pas les soutenir. Pour le cas des listes dispersées, nous appellerons au rassemblement des forces progressistes au second tour face à l’extrême droite.

    Vous tirez la sonnette d’alarme sur le logement, vous revendiquez plus de logement social ? Quid de l’encadrement d’Airbnb ?

    M.P. : Il y a deux aspects : certaines communes jouent le jeu du logement social, d’autres préfèrent payer des pénalités plutôt que d’en avoir. Nous enjoignons les communes à être dans les clous au niveau de la loi. Et à bâtir des logements sociaux partout sur le territoire. Nous avons le droit d’avoir des logements sociaux près de la plage, dans des communes dites touristiques. D’où le lien avec une autre problématique : celle des plateformes comme Airbnb. Il faut vraiment les encadrer, que les maires privilégient les logements pour ceux qui travaillent et vivent dans leur commune. Le nombre de logements de ces plateformes, dans certaines villes, provoque une hausse des prix de l’immobilier et empêche les travailleurs de s’y loger. Le logement est une compétence de la municipalité, les maires doivent agir dans ce domaine.

    Il y a tout un panel de revendications pour « renverser la fragilisation des services publics », comment faire ?

    M.P. : Nous devons avoir une fonction publique territoriale forte, qui ne délègue pas au privé. Cela passe par une fin des emplois précaires, le recours à des contractuels. Les partenariats public-privé se résument par « financement par le public et bénéfice pour le privé ». De fait, nous sommes favorables aux régies publiques. Avoir l’eau en régie publique, c’est une eau moins chère pour les citoyens, et de meilleure qualité. Pareil pour la restauration scolaire : il faut sortir de cette privatisation à tout va. Ce n’est que par des régies publiques qu’on pourra avoir une alimentation saine et équilibrée pour nos enfants dans les écoles. C’est une question de contrôle citoyen sur le service en question.

    Vous vous inquiétez aussi de l’enjeu métropolitain ?

    M.P. : C’est un scrutin dans le scrutin. La couleur politique qui sortira des différentes élections municipales, aura une influence directe sur la couleur politique de la Métropole. Et quand on connaît les prérogatives de cette dernière, notamment en matière économique, ça ne sera pas la même chose d’avoir une métropole majoritairement à gauche ou à droite. Le pire serait d’avoir une Métropole aux mains du RN. Ce serait une catastrophe pour le développement de l’emploi.

  • [Tribune] Renforçons la mobilisation contre l’extrême droite

    [Tribune] Renforçons la mobilisation contre l’extrême droite

    Nous faisons face à un danger grave, sans précédent et imminent, un risque jusqu’à il y a peu inimaginable, de victoire politique des idées d’extrême droite. Ce qui apparaissait il y a peu comme des limites infranchissables devient aujourd’hui possible, voire carrément accompli, les dernières digues sont en train de lâcher, la limite entre partis d’extrême droite et partis démocratiques s’estompe, certaines voix dites de gauche comme de droite ne se font plus entendre pour dénoncer le péril d’une république qui accueille en son sein des idées racistes et xénophobes. La minute de silence unanime à l’assemblée nationale à l’occasion de l’assassinat d’un jeune militant néonazi témoigne de ce trouble car le risque est grand d’oublier que derrière cette violence inacceptable, il y a l’expression d’idées de groupes néonazis qui elles seraient devenues acceptables. De même on a pu entendre sans pudeur une candidate à la mairie de Marseille revendiquer les valeurs Pétainistes traditionnelles de « travail, famille, patrie… ».

    Il est évident que ce que nous observons ici s’intègre dans un phénomène mondial, de nombreux pays démocratiques ayant opté pour des gouvernements autoritaires, racistes et violents, dont les milices anti-immigration de Trump sont l’expression la plus révoltante. D’aucuns pensent que c’est une logique capitaliste poussée à son extrême, le fruit d’un technocratisme sans limite servant des intérêts financiers profondément inégalitaires poussé par la propagande des réseaux sociaux et de la presse financée. Quelle est la part de responsabilité de chacun dans le laisser faire ? Peut-on continuer à accepter cet état de fait sans trop se soucier des conséquences, en détournant le regard ? Le racisme est implanté, il s’exprime librement et il tue.

    Les appels à un front républicain, le discours moralisateur qui consiste à dénoncer le discours d’extrême droite comme étant celui des méchants fascistes ne suffit plus. Il n’a d’autre effet que de renforcer la méfiance et le rejet car il nie l’évidence. La tolérance aux idées fascistes est désormais partout. On la retrouve à l’Assemblée Nationale, dans les médias, au travail, dans la rue, dans nos écoles, dans les hôpitaux. C’est un mal profond qui ronge et qu’il n’est pas si facile de nommer. Nous appelons à une prise de conscience de chacun sur ce qui pousse au laisser faire. Quelle violence est à l’œuvre, poussant à ne plus vouloir agir, à se résigner, voire à cohabiter ? Certaines voix s’élèvent aux USA, la résistance s’organise contre l’état fédéral. En France, on entend des prises de paroles isolées qui dénoncent les glissements qui s’opèrent. Nous appelons à rejoindre ces groupes et former une coalition des voix qui ne veulent pas se taire afin de continuer à faire entendre qu’un autre monde est possible, que les idées qui consistent à légitimer le rejet d’un groupe ou d’un individu ne sont pas compatibles avec notre idéal républicain, et qu’il s’agit de le défendre, de le faire vivre.

    Mobilisons-nous pour les élections municipales, pas d’abstentions ni votes blancs, faisons barrage à l’extrême droite et luttons contre ceux qui se sentiraient prêts à s’y allier.

    Signez et faîtes signer l’Appel des Voix de Marseille : https://voixdemarseille.com/

  • Jean-Luc Mélenchon exhorte Marseille à résister face au RN

    Jean-Luc Mélenchon exhorte Marseille à résister face au RN

    C’est un Jean-Luc Mélenchon comme à la maison qui a investi, ce samedi, la scène de la Cartonnerie, à la Friche Belle de Mai (3e) pour le meeting de Sébastien Delogu, candidat insoumis à la Ville de Marseille. Un soutien de poids pour un « enfant du peuple de Marseille » qui a su rassembler, sur une liste, « des insoumis et des écolos », insiste le leader de LFI.

    « Benoît Payan, inventeur de la pochette-surprise »

    Fort des « immenses meetings de 2012 et 2017 » sur les plages du Prado et au Vieux-Port, de la présence de 2 500 personnes ce samedi, selon les organisateurs, Jean-Luc Mélenchon est venu « participer à la démonstration de force » face à la menace de l’extrême droite. « Marseille ne sera pas emportée par la vague brune », assène-t-il, et « cela sera empêché par et grâce à nous ». Il revient sur la place de la ville dans son parcours politique et celui des insoumis : « Marseille qui m’élit, fait de moi le premier président de la gauche radicale depuis des décennies, Marseille qui a élu au premier tour Manuel Bompard et Sébastien Delogu ! »

    Et de s’en prendre au maire sortant, Benoît Payan (DVG), candidat à sa succession, qui selon lui fait partie de ces « personnages dérisoires, comparables d’une ville à l’autre », sans « un projet sans une idée, armés de mépris ». « Quand je viens ici pour préparer mon discours, je demande “qu’est-ce qu’il a fait ?” On me répond “rien” », ironise Jean-Luc Mélenchon. Il en remet une louche « sur les milliards du Grand Marseille qui devait se déverser ici », puis fait dans la blague : « Cet homme est l’inventeur de la pochette municipale surprise. Vous prenez la pochette, y a marqué dessus pochette Rubirola, vous ouvrez, coucou Payan ! »

    Après une longue digression sur la géopolitique internationale, il revient sur la menace d’une extrême droite violente face à la « division de la gauche, (….) un désastre », s’indigne-t-il, fustigeant le PS qui « met tout le monde en grand danger », en ostracisant les insoumis. Pour barrer la route au RN, il ne faut pas se désister, estime-t-il, rappelant la promesse de Benoît Payan de le faire si Sébastien Delogu arrive en tête. Il prône « un accord de fusion technique » comme un « front anti-fasciste ». Et si LFI venait à arriver derrière le Printemps marseillais ? C’est ce qui est demandé plus tard au député Manuel Bompard, Sébastien Delogu le laissant répondre aux questions de la presse. « Nous ferons la même chose, nous l’avons toujours dit », affirme-t-il.

  • À Marseille, Jordan Bardella veut en finir avec la droite

    À Marseille, Jordan Bardella veut en finir avec la droite

    Après la dégringolade de Martine Vassal dans les sondages, le RN veut en finir avec la droite républicaine et les dernières digues qui la séparent de l’extrême droite. Venu ce vendredi midi soutenir son candidat à Marseille, Jordan Bardella a lancé un appel « à grouper les voix sur la seule liste capable de battre la gauche ».

    « Martine Vassal ne peut pas gagner cette élection, Franck Allisio le peut, assure le président du RN face à la presse. La dispersion des voix est l’un des meilleurs moyens de renforcer la gauche, et l’extrême gauche, et Monsieur Payan. » C’est qu’il croit en la victoire de son parti dans la deuxième ville de France, tremplin assumé de ses ambitions. « Cette élection municipale revêt un enjeu national, ce sont l’une des dernières élections avant la grande bataille de la présidentielle », assume-t-il. Alors dans cette ville où il décrit « la mexicanisation de quartiers entiers où les lois de la République ne s’appliquent plus », il promet que le RN saura mettre en place « une des premières polices municipales de France et d’Europe ». Et vise des coupes sèches dans les services publics, dans le soutien aux « associations politico-religieuses ». « Nous sommes partisan d’une philosophie politique qui consiste à dépenser moins et mieux pour taxer moins », assume-t-il. Peu importe que l’équipe qu’il soutient soit marquée par les condamnations ou positions racistes. « Nous respectons la présomption d’innocence. Allez faire les poubelles sur dix ou quinze ans si ça vous intéresse », balaie Franck Allisio. Peu importe que les poubelles du RN, comme souvent à Marseille, débordent toujours.

  • Les sales méthodes de l’extrême droite à Toulon

    Les sales méthodes de l’extrême droite à Toulon

    Sans revenir sur l’emballement médiatique provoqué et attisé par la fachosphère suite à l’enregistrement frauduleux et à la diffusion des propos tronqués du colistier de Toulon en Commun Philippe Leroy, dans lequel il évoque l’enfant handicapée de la tête de liste RN, la sauvagerie de la réponse et les menaces de mort rappellent à qui voudrait l’oublier quelles sont les pratiques de l’extrême droite.

    « Hélas, ce n’est pas le premier mauvais coup de cette campagne. Il y a deux semaines notre local était vandalisé par un individu cagoulé qui heureusement a été pris en flagrant délit par la police nationale et le lendemain des sympathisants venant à une réunion publique que nous organisions, ont été photographiés à leur insu par des colleurs d’affiches du RN », rappelle la tête de liste Magali Brunel.

    Et d’ajouter : « Une nouvelle plainte a été déposée pour ces faits extrêmement graves, dont on sait jusqu’où ils peuvent mener. »

    Pourquoi ces gens qui prétendent vouloir se dédiaboliser se rabaissent-ils à de telles pratiques ? On se souvient de cette enseignante que Laure Lavalette avait jetée en pâture à la haine en diffusant sur les réseaux sociaux un enregistrement clandestin dans lequel la prof d’université commente du point de vue du droit et pendant son cours un tract de La Cocarde étudiante : un syndicat d’extrême droite. Comme on n’a pas oublié non plus les messages homophobes, antisémites et racistes postés par l’ancien attaché parlementaire de la députée RN, débranché dès que l’affaire a été ébruitée. Bien sûr. Une élue de la République qui dans un message nous reproche d’être « aveuglés par [notre] militantisme ».

  • Var : Cogolin, champion de l’extrême droite

    Var : Cogolin, champion de l’extrême droite

    L’extrême droite est en ordre de bataille dans le Var, avec 32 listes dans 28 communes. En particulier à Cogolin, où quatre listes d’extrême droite se présentent. En plus de Philippe Vallet, investi par le RN, les (ex) proches de Marc-Etienne Lansade se livrent une guerre de succession : la maire par intérim et ex-première adjointe Christiane Lardat (qui a depuis porté plainte contre lui pour harcèlement), ses anciens adjoints aux sports Pascal Cordé (2014-2016) et Francis Laprade (2020-2025, ce dernier partant avec une étiquette DVD), et… sa sœur, Véronique Lansade, novice en politique, dont la candidature de dernière minute – et invisible sur la place publique -, ressemble à une contre-attaque de l’ex-maire, condamné à 3 ans d’inéligibilité en juillet dernier pour abus de faiblesse, et qui semble avoir perdu prise sur ses anciens colistiers.

    Lavalette, Rachline, Boccaletti…

    Mais au premier rang des listes d’extrême droite figure celle conduite à Toulon par Laure Lavalette. La députée RN de la 2e circonscription du Var, également porte-parole du parti, tente de dissimuler son ancrage en se présentant sans étiquette. Une manœuvre qui ne saura faire oublier ses prises de position contre l’IVG, le mouvement LGBT, la PMA, les droits des travailleurs étrangers, ou en faveur de l’OAS.

    Plus sulfureux encore : Frédéric Boccaletti. Le député RN de la 7e circonscription se présente pour la 4e fois à Six-Fours. Ex d’Égalité et Réconciliation, mouvement d’Alain Soral, proche de Jean-Marie Le Pen, admirateur de Charles Mauras, il a détenu une librairie négationniste à Toulon, de 1997 à 1998. Accusé de violences par son épouse en 1999, il fut ensuite condamné, en 2000, à 1 an de prison dont 6 mois fermes pour « violence en réunion avec arme », après avoir poursuivi un groupe d’hommes en compagnie d’autres militants FN, et fourni une arme à l’un d’eux, qui en avait fait usage.

    Enfin, maire de Fréjus depuis 2014, David Rachline va briguer un 3e mandat. Soupçonné de prise illégale d’intérêt, il a été relaxé en janvier mais le parquet a fait appel. Il doit également être jugé en septembre pour favoritisme quant à l’attribution de marchés publics. Deux affaires qui ont poussé le RN à lui retirer son investiture, alors qu’il en était l’une des figures de proue dans le Sud.

  • Vaucluse : royalistes, ou « à bas les rouges » dans les parages

    Vaucluse : royalistes, ou « à bas les rouges » dans les parages

    Comment faire l’impasse sur l’inénarrable cas orangeois ? Ancien maire de la cité des Princes entre 1995 et novembre 2021, Jacques Bompard (Ligue du sud), 83 ans, brigue un 6e mandat dans dix jours. Il postule après avoir purgé une peine d’inéligibilité – raccourcie – pour prise illégale d’intérêts. Jacques Bompard compte donc reprendre la main à son fils maire, Yann, lui aussi condamné pour emploi fictif fin janvier et déclaré inéligible. Une sanction qui frappe également la députée RN Marie-France Lorho, conseillère municipale sortante, qui ne peut figurer sur les listes.

    Mais au-delà de ces cas médiatiques, d’autres profils, pas forcément condamnables judiciairement, éclairent sur le côté très réactionnaire du parti. À Morières, après avoir été directeur de cabinet du maire RN Grégoire Souque, Joris Varjabédian est cette fois candidat sur la liste [en 2020, il l’était aussi mais à… Marseille dans les 11-12, sur la liste de Stéphane Ravier]. Un homme à la forte conviction royaliste, le collectif No Pasaran épinglant ses publications à la gloire de Louis XVI. En véritable nostalgique de l’ancien Régime, chaque 21 janvier, il regrette la décapitation de l’ancien roi. « Depuis, la France continue de purger sa peine pour l’assassinat de ce monarque innocent », écrit-il en 2019. Contacté, il assume son opinion : « Je n’ai strictement rien à me reprocher. Si déplorer la décapitation d’un homme relève du fascisme, je laisse ces admirateurs de Robespierre à leurs délires », réagit Joris Verjabédian renvoyant No Pasaran à son soutien à la Jeune garde. « Plutôt que de décréter de véritables fatwas contre ceux qui ne pensent pas comme eux, ces gens-là feraient donc mieux de balayer devant leur porte et de faire profil bas », pique-t-il.

    Dans la ville centre d’Avignon, certains profils interrogent aussi. Comme celui de Clément Gautier. S’il n’est pas candidat sur la liste RN d’Anne-Sophie Rigault, il la soutient ardemment. « Avignon mérite la droite. Sus aux gauchistes », écrit-il sur son profil Facebook toujours actif, au sujet d’une réunion publique d’Anne Sophie Rigault mi-février. Un style trivial pour ce membre influent de l’Action française, dont il dirige l’une des éditions. Après la mort du militant identitaire Quentin Deranque, il relaie une réaction de l’Action française, estimant que « l’heure est à la réaction française et populaire contre l’engeance gauchiste, par tous les moyens, même légaux ». Et conclut « à bas les rouges ».

    Une colistière veut prendre les armes

    Caroline Lopez est, elle, en revanche candidate (25e position). « Employée de pharmacie, artiste peintre, défenseure des animaux », présentait Anne-Sophie Rigault, vendredi soir lors d’un meeting dévoilant sa liste. Elle aurait pu ajouter : appel à la sédition par la violence. Dans des publications sur Facebook, supprimées depuis, elle enjoint à défendre la France par les armes ou relaie des pseudo-blagues racistes. Rappelons qu’elle a été candidate FN aux départementales 2015 sur le canton de Pernes, accédant au second tour.

  • À Gardanne, un candidat de la liste RN le bras tendu

    À Gardanne, un candidat de la liste RN le bras tendu

    Presque autant que les têtes de liste, les dernières places servent souvent à envoyer un signal fort. C’est le cas à Gardanne pour la liste investie par le Rassemblement national, au détriment peut-être de son candidat et actuel élu d’opposition Bruno Priouret. Celui-ci a fait le choix de placer en 37e et dernière position un militant fidèle, la vingtaine habitué des tractages et collages du RN, Lucas Conill. Mais à l’inverse de certains militants de l’extrême droite échaudés d’être épinglés par la presse pour leurs publications passées, celui-ci n’a pas fait le ménage de ses réseaux sociaux au moment d’entrer en campagne. Ainsi sur son profil Facebook, entre deux commémorations et maraudes, le voit-on rendre hommage à Jean-Marie Le Pen, célébrer la dirigeante italienne Giorgia Meloni, publier ses selfies avec les cadres du Rassemblement national. Ou encore s’afficher, le 15 octobre dernier, devant le Parlement d’Aix-en-Provence à l’occasion d’une manifestation relayée par les milieux identitaires.

    Mais il n’oublie pas aussi de publier ses photos du carnaval de Fuveau, du 16 mars 2024, bonnet de bain sur la tête, avec lunettes de piscine et pince-nez, en peignoir. Et sur une photo postée plus tard, le 11 avril, debout sur le marchepied du tracteur qui tire un char figurant une barque, on le voit en noir et blanc le bras résolument tendu. Un geste qui apparaît immédiatement sur le cliché comme un salut fasciste. Une seconde photo le montre cette fois en couleur, souriant, le bras toujours fermement tendu mais incliné cette fois un peu plus vers le bas.

    Sollicité sur son profil Facebook, ce carnavalier n’a pas donné suite. Finalement, le candidat Bruno Priouret lui aussi contacté répond par téléphone. « J’ai demandé qu’il m’envoie les photos, c’est une photo sortie de son contexte, assure l’élu. C’est un carnaval, il était sur un char, il a un bonnet, un pince-nez. » Et d’assurer rapidement qu’il n’y a rien de fasciste dans ce bras tendu : « Il fait le gars qui nage. » Le ton de la tête de liste se fait même menaçant à l’autre bout du fil : « Je lui conseillerai de déposer recours en diffamation », annonce-t-il, si jamais la moindre ligne est écrite à ce sujet. « C’est un monsieur qui a un handicap, il est suivi, il est sous traitement et il est en 37e position, pas éligible », le défend-il. Expliquant l’avoir mis sur la liste « comme c’est un garçon dévoué, qui distribue des tracts, c’est tout ». Peu importe le cliché équivoque, crawl ou pas.

  • À Marseille, une liste RN de la justice aux outrances

    À Marseille, une liste RN de la justice aux outrances

    À défaut d’avoir été fait dans les rangs, le ménage a bien été fait sur les réseaux sociaux des candidats de la liste RN aux municipales à Marseille. De nombreux colistiers de Franck Allisio présentent désormais des profils fantômes, ou expurgés de pans significatifs de leur passé. C’est le cas pour l’ancien responsable de Reconquête dans la Drôme, aujourd’hui parachuté tête de liste du RN dans les 4-5, Thomas Battesti (17e sur la liste, ou pour l’ex-candidat de la Cocarde étudiante, syndicat étudiant d’extrême droite nationaliste, Hugo Cartallier (11e).

    Mais il y a ceux qui sont connus de la justice. À commencer par le député RN de Marignane lui-même, visé par une enquête suite à un signalement du conseil régional suspecté d’avoir détourné les moyens mis à sa disposition. Il se disait « à disposition de la justice ». Tête de liste dans les 13-14, Sandrine d’Angio (6e) a, elle, bien été condamnée pour favoritisme, pour l’attribution de marchés publics dans la mairie de secteur qu’elle dirigeait alors. Elle a fait appel. Antoine Baudino (23e), qui se demandait en novembre dernier « en quoi l’abolition de la peine de mort est une avancée de la civilisation » a été condamné en 2022 pour violences volontaires contre un militant RN.

    « Le fascisme c’est la fête ! »

    Ancien vice-président du Modem dans les Bouches-du-Rhône désormais rallié à l’extrême droite, Patrick Thevenin (37e) était convoqué en appel, en septembre 2014, après avoir été condamné en première instance à une peine d’emprisonnement de deux mois avec sursis pour « violence suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours ». Une situation similaire avait conduit le RN à écarter l’ex-adjoint de secteur Romain Brument.

    Les archives ont conservé les sorties de Caroline Sicard (28e) qui écrivait sur son mur Facebook « le grand remplacement est là », avec la photo d’une fillette blonde barrée des mots : « dites non au génocide des blancs ». Les militants de Reconquête ne sont pas en reste. Jean-Marc Graffeo (21e) estimait que « le danger numéro 1 de notre civilisation, c’est le grand remplacement, et l’islam conquérant », et reprochait au RN d’avoir rompu avec les militants de l’AFD en Allemagne « parce qu’ils prônaient la remigration ». Élu dans les 9-10, Richard Dubreuil (69e), partisan de l’interdiction « tout court » du voile assurait que « ce que les Français combattent, ce n’est pas une génération (leurs enfants) qui remplace l’autre, mais une civilisation qui remplace la leur ».

    Au RN, la députée Monique Grisetti (8e) avait suscité un tollé lors des législatives. Sur son fil Facebook, elle partageait une interview de la figure antivax Christian Perronne ou réclamait que maître Gims « retourne de là où il vient » avec « toute sa tribu » pour qu’il « aille traire la chèvre ». En 2020, rendant hommage à un militant royaliste, le conseiller municipal Bernard Marendat (39e) célébrait : « Le fascisme c’est la fête ! » Après avoir traité en septembre 2022 l’adjointe (PCF) aux solidarités Audrey Garino d’assassin, il mimait à son encontre un égorgement deux ans plus tard. « C’est ce que font les communistes », justifiait-il.

    Et il y a les discrets : Gabrielle Occuly (42e) abonnée aux pages pro-Poutine, Vincent Vendredi (61e) qui se dit « pour la peine de mort ». Et Mireille Casassi, nostalgique de l’Algérie française, qui accuse « le sénateur rat-vier, de l’espèce des surmulots accouillus [sic] » , d’avoir émis un avis favorable pour une mosquée « faute de réponse dans les délais ».

    Sollicité, le porte-parole et directeur de campagne Olivier Rioult n’a pas donné suite.

  • Paradoxe

    Paradoxe

    Alors que l’extrême droite est indéniablement en dynamique dans tout le pays et qu’elle est en mesure de conquérir les trois plus grandes villes de notre région : Marseille, Nice et Toulon, le RN et ses alliés ne parviennent pas à présenter de listes dans une majorité de communes de plus de 3 500 habitants. Sur 243 communes de cette catégorie dans notre région, le RN ou ses alliés n’ont été en mesure de présenter de listes que dans une centaine d’entre elles.

    Un fait statistique qui interroge alors que les dernières législatives ont montré la capacité de l’extrême droite à l’emporter dans une grande majorité de circonscriptions de notre région.

    Dans la proximité, il est peut-être encore difficile de s’afficher comme relais des idées haineuses. Assurément, il est aussi compliqué pour les organisations politiques qui se réclament de cet espace politique de trouver des candidats « présentables ».

    Perte de repères et courte vue

    Comme nous le rappelle ce dossier, de nombreux colistiers du RN dans notre région ont eu affaire avec la justice, ou tenus des propos sulfureux.

    À Gardanne, c’est un candidat qui tend le bras qui se trouve sur la liste du RN.

    Dans une France en pleine perte de repère, où l’antisémitisme, le racisme, la misogynie, l’homophobie sont banalisés, ces profils sont particulièrement inquiétants.

    Ce paradoxe qui consiste à constater que la stratégie nationale de ripolinage de l’extrême droite trouve ses limites lors des municipales, n’en est pas vraiment un. Lorsqu’on zoome, on y voit plus clair.