Tag: exposition

  • Au MAC Marseille, « AFRICA », théâtre antique de l’Algérie

    Au MAC Marseille, « AFRICA », théâtre antique de l’Algérie

    Sitôt franchi le seuil de la [Macroom], l’espace expérimental du Musée d’art contemporain de Marseille, trois pièces provenant du Musée d’archéologie méditerranéenne. Parmi celles-ci, une stèle du IIe siècle qui représente le dieu Saturne. « Mais a-t-il la même morphologie que le dieu romain ? Et qui l’a réalisée ? Un Romain berbérisé ou Berbère romanisé ? », interroge Louisa Babari. L’une des amorces d’« AFRICA », du nom d’une déesse berbère ayant donné son nom au continent, grande œuvre sonore et plastique accessible au public dès vendredi.

    « Temps immémoriaux »

    Dans une pénombre délimitée au loin par un rideau façon « scène de théâtre », situe Stéphanie Airaud, directrice du MAC Marseille, tintements d’épées, chevaux au galop et « flûtes qui embrassent le vent des Aurès » rythment la plongée dans cette Algérie antique. Réalisée par les élèves de la classe d’électroacoustique du Conservatoire de Marseille, une bande-son qui accompagne une décolonisation des esprits, illustrée notamment par huit impressions sur bâches qui réunissent influences romaines et berbères. Un cheval, des chaouis, des drapés, une statue romaine qui semble caresser des équidés… Montages, collages et photographies viennent rappeler des « temps immémoriaux » dont Louisa Babari stimule « intuitions et imaginaires ». L’interpénétration de deux civilisations subtilement balisée par des colonnes en marbre, avant qu’un diaporama d’objets issus de l’Antiquité algérienne nous enveloppe dans une « rêverie », imagine la plasticienne et photographe. De la statuette du Cavalier de Canosa, « parmi les seules représentations d’un Numide retrouvée en Sicile » jusqu’à des bustes d’empereurs, un souffle épique et méconnu. « C’est aussi cela, l’histoire de l’Algérie », commente-t-elle.

    Gratuit. Ouvert du mardi
    au dimanche entre 9h et 18h.

  • Résistances tunisiennes à La Citadelle

    Résistances tunisiennes à La Citadelle

    Depuis la partie haute du Fort Saint-Nicolas, construit sur ordre de Louis XIV pour mater la soif de liberté des Marseillais, la ville, la mer et l’horizon. Obstruction. Démantelée pendant la Révolution, transformée en prison et garnison militaire jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est ici qu’un certain Habib Bourguiba, alors jeune leader indépendantiste voulant libérer la Tunisie du protectorat français, fut détenu entre 1939 et 1942. Le point de départ de « Résistances & Désobéissances », œuvre d’une résidence croisée entre un artiste tunisien et un français, inscrite dans le cadre de la Saison Méditerranée à partir du samedi 16 mai à la Citadelle. « Je savais qu’il était passé par ici mais on n’en trouve pas traces dans sa biographie officielle. Pourtant, il raconte toutes ses autres incarcérations. Il était détenu dans ce fort sous le régime de Vichy et a été ensuite libéré par les Allemands à Lyon. On trouve trace ensuite de Bourguiba avec des hommes de Mussolini. C’est pour ça qu’il l’a caché », tranche Saber Zammouri, vue sur une cour et d’anciennes cellules cernées par des murs de pierre d’un rouge et blanc d’une liberté contenue. Comme les couleurs estompées de la Tunisie et de celui qui en deviendra le président entre 1957 et 1987. Père de la Tunisie moderne pour les uns, dictateur pour les autres. Sur les portes des cellules du Fort Saint-Nicolas, fines alcôves, des ouvertures qu’on se surprend à vulgairement inspecter tel un maton. Une dizaine de lucarnes sur l’enfer d’où jaillissent dispositifs et archives sonores, objets en tous genres.

    « Je parle aussi du colonialisme, de l’Empire français, des rapports historiques et actuels entre la France et la Tunisie. Pour un migrant et artiste comme moi, c’est une belle occasion pour dire quelque chose », prend à cœur cet artiste installé à Marseille depuis plus de trois ans. La dictature et le colonialisme, des prisons mentales qui s’entretiennent mutuellement. « Le colonialisme a facilité la tâche de Bourguiba à devenir ce personnage politique dominant, paternaliste et autoritaire », estime Saber Zammouri. Selon lui, deux « séquelles » d’une même pièce qui percutent sa propre histoire, lui le natif d’« un petit village dans la région de Médenine et Tataouine. Pendant la colonisation française, c’était une région militaire où il y avait même un bagne. Une gouvernance militaire très violente envers ma région, ma famille, mon village. Et après l’indépendance, c’était presque pareil. Le régime tunisien a continué à la négliger. Et dans le pays, il y avait des luttes armées et une opposition à Bourguiba qui a emprisonné beaucoup de jeunes, assassiné ses opposants comme ceux de l’Union générale des étudiants de Tunisie. C’était un dictateur, il s’est même déclaré président à vie en 1974 », ne peut qu’observer cet artiste.

    Ce dernier tisse le lien entre hier et nos jours, représentant dans son installation l’esprit de Gilbert Naccache, « l’un des fondateurs du Parti communiste tunisien, emprisonné arbitrairement par Bourguiba », mais aussi un jeune Tunisois d’aujourd’hui dont les portraits tapissent des murs du Fort Saint-Nicolas. Connue pour son esprit frondeur et révolté, sa région natale l’est aujourd’hui « beaucoup moins. 60% à 70% de sa jeunesse est aujourd’hui migrante en France », fait remarquer Saber Zammouri, barbe hirsute mais idées claires. Le fruit d’un « même système », perpétué à la suite de Bourguiba par Ben Ali et les régimes suivants. « Nous, les artistes, on a un rôle compliqué. Certains disent qu’on est instrumentalisés mais on essaye de détourner les choses et créer des espaces de dialogue. Mais je pense qu’on peut changer les choses. Peut-être même plus que les politiciens », espère-t-il.

    Gratuit sur inscription. Ouvert tous les samedis et dimanches
    à partir du 16 mai. www.citadelledemarseille.org

  • [Exposition] Genre, sexe et transgression chez Negpos

    [Exposition] Genre, sexe et transgression chez Negpos

    Patrice Loubon n’a pas oublié cette journée du 27 avril 2025 où il a découvert sa galerie vandalisée. Mais le président et fondateur de l’association NegPos, qui a toujours associé son travail culturel à la politique, loin d’être impressionné, a récidivé. D’abord en accueillant à nouveau l’exposition féministe de Kamille Lévêque, puis en proposant à partir du 8 mai, une exposition autour du genre, du sexe et de la transgression.

    « C’est une exposition que l’on a déjà montrée en Espagne mais je me suis dit qu’elle était une bonne réponse au saccage de l’année dernière. Ça permet d’en remettre une couche et de parler de questions qui nous préoccupent tous, à savoir le genre, la liberté sexuelle, la liberté d’expression et de création. Cette exposition concentre tout cela à travers une grande diversité d’expressions », précise Patrice Loubon.

    Six photographes

    La galerie a en effet rassemblé le travail de six photographes dont quatre internationaux. Parmi eux, le Cubain Yomer Montejo Harrys (Cuba), radiographe, propose une série de radios pour illustrer la violence sexuelle engendrée par le tourisme sur son île. « C’est un travail original qui évoque la soumission chimique, la prostitution et la prostitution des mineurs. C’est un travail très fin parce que la radiographie permet de mettre à distance ces questions. Avec la radiographie, on touche vraiment au corps parce qu’on est dans le squelette même », explique Patrice Loubon. Alejandro Perez Alvarez, également cubain, présente lui son reportage réalisé durant trois ans au sein d’un cabaret transformiste de La Havane.

    Carla Yovane propose de son côté un travail rare, réalisé avec les hommes prostitués de Santiago au Chili après qu’ils ont eu des relations sexuelles avec leurs clients dans des chambres d’hôtel. La sud-africaine Noncedo Gxekwa, elle, multiplie les clichés de femmes puissantes à la force physique déroutante, presque menaçante. Un travail qui évoque fortement l’exposition de Kamille Lévêque « Benzine cyprine ». Côté français, Pauline Sauveur suit une personne en transition de genre, entre traitements hormonaux et démarches administratives, alors que Fabien Dupoux propose un reportage en noir et blanc sur des hommes déguisés en femmes.

  • Fernando Costa, le magicien du métal

    Fernando Costa, le magicien du métal

    Ancré dans son Périgord natal, où il est installé son atelier, Fernando Costa est un artiste autodidacte qui expose aujourd’hui dans le monde entier. Depuis bientôt 30 ans, il crée des œuvres à partir de supports en tôle émaillée (panneaux de signalisation, carrosseries de voitures, récupérations de pièces métalliques diverses) qu’il découpe, taille, réassemble et soude sur de grandes plaques de métal qui deviennent alors de véritables tableaux.

    Jusqu’au 20 septembre, le musée d’art urbain et contemporain de Montpellier Parcelle 473* invite à découvrir son univers en accueillant l’exposition « Le Champ du métal », Pour ce projet, l’artiste s’est servi d’éléments de vieux tracteurs agricoles. « Pliés, assemblés, mis sous tension, ces éléments mécaniques marqués par l’usage et le temps deviennent les composants d’œuvres puissantes où la force industrielle rencontre la mémoire rurale », commente Laurent Rigail, galeriste parisien fondateur et directeur du musée Parcelle 473. Certaines pièces prennent la forme de sculptures monumentales, d’autres s’apparentent à de véritables tableaux de métal.

    « Cette exposition résonne particulièrement avec l’histoire du musée, ancien site viticole », souligne Laurent Rigail. « Ces fragments de vieux tracteurs rappellent un passé agricole et ouvrier, fait de gestes répétés, d’efforts, de contraintes et de transformation de la matière. Fernando Costa ne cherche pas à effacer cette histoire  : il la plie, la contraint, la met sous tension pour en révéler une nouvelle forme. Son travail, nourri par l’héritage de la sculpture industrielle et notamment celui de César, interroge notre rapport à la force, à l’usage et à la mémoire des objets. »

    A.G.

    * 425 avenue des Frères Bühler

  • À Montpellier, des Boutographies qui mêlent société et légèreté

    À Montpellier, des Boutographies qui mêlent société et légèreté

    Un air de retrouvailles pour cette 26e édition des Boutographies. Du 9 au 31 mai, la manifestation culturelle montpelliéraine retrouve le Pavillon populaire, rénové et paré à accueillir pléthore de photographes. Car, encore une fois, du monde s’est bousculé au portillon. « Nous avons reçu 500 dossiers pour la présélection, ce qui est stable par rapport aux autres années. Nous en avons retenu 80 à présenter au jury. Il y aura 7 photographes en accrochage et onze en projection, avec comme nouveauté, la scène de projection héritée de l’exposition Depardon, dans des conditions idéales pour les visionner », explique Peter Vass, président fondateur des Boutographies.

    France, Belgique, Brésil, Venezuela, une diversité de pays est représentée, tout comme les sujets. « Il y a à la fois des sujets graves, lourds et pour contrebalancer cet aspect, des choses décalées, humoristiques », souligne Christian Maccotta, directeur artistique des Boutographies.

    Des séries sociétales

    Des « sujets lourds », que l’on retrouve par exemple chez Hannes Jung, photographe installé à Berlin, venu présenter « Men don’t cry  ». « Il est parti en Bosnie et travaille sur des gens qui ont été internés et ont subi des violences sexuelles lors de la guerre de Bosnie. Ces hommes vont parler de ça, c’est important, il y a un besoin de reconnaissance, de justice », détaille Christian Maccotta. La série photo sera accompagnée de témoignages. « C’est une tendance de cette édition : une forte présence de l’écrit, comme si les photographes avaient besoin de légitimer leurs travaux dans cette période trouble », poursuit Christian Maccotta.

    L’Italien Alessandro Silverj travaille, lui, sur le rapport entre chasse aux sorcières et violences faites aux femmes. Tandis qu’Alexandre Bagdassarian présentera « Seize et demi », où le photographe a suivi le quotidien des jeunes mineurs incarcérés à Lyon. « Les images montrent ces jeunes de 15 ans pleins d’espoir. Il y a une diversité de parcours, montrant que les délinquants ne peuvent pas être tous mis dans le même sac  », soutient Christian Maccotta. Autant de thématiques sociétales déclinées par les artistes. « Il y a des signes de convergence entre le champ des sciences sociales et la photographie. De plus en plus de sociologues et d’historiens travaillent avec des photographes, pas seulement pour illustrer leurs travaux mais pour en faire un outil de compréhension sociétale », fait valoir Christian Maccotta.

    La manifestation veut également offrir aux spectateurs des bouffées d’air. En ce sens, la série de Marie Lukasiewicz explore le business des coraux, utilisés notamment par l’industrie pharmaceutique. De même, Pascal Sgro et son projet « Cherry Airlines », réalisé avec l’IA. « Il s’intéresse aux formes de pubs des années cinquante. Il pousse les limites de la communication en inventant une marque de compagnie aérienne, Cherry Airlines ». Une manière de mettre en lumière le paradoxe entre le luxe et le dérèglement climatique.

    Une programmation ambitieuse, complétée par des rencontres avec des artistes, des ateliers de lecture et d’écriture, qui rythmeront le temps du festival. Sans oublier les accrochages « hors les murs » dans les établissements partenaires de la manifestation.

    * Programme complet à retrouver sur : boutographies.com.

  • À Marseille, des rendez-vous artistiques pour le Soudan

    À Marseille, des rendez-vous artistiques pour le Soudan

    Depuis trois ans, une guerre oppose le commandant Mohamed Hamdane Daglo au général Abdel Fattah Burhan dans une course pour le pouvoir. Les affrontements entre ces deux factions rivales ont causé la mort de plus de 150 000 personnes en plus de centaines de viols et de millions de disparus. Face à « la pire crise humanitaire au monde », selon l’ONU, des artistes et activistes s’engagent à Marseille.

    L’art pour parler de luttes et d’exil

    Plusieurs événements sont prévus durant ce mois de mai, à commencer par une projection du film documentaire Soudan, souviens-toi, réalisé par Hind Meddeb. La réalisatrice retrace la lutte de jeunes soudanais lors de la révolution contre Omar Al Beshir, dictateur déchu en 2019. La soirée se poursuivra autour d’un repas caritatif et d’une vente de t-shirts, le 10 mai de 18h à 21h à la Dar, 127 rue d’Aubagne. Les dons seront reversés à des caisses de solidarité soudanaises.

    Le 14 mai, le vernissage de l’exposition « Quant au Soudan, je le porterai en moi », organisée par les journalistes Elliot Brachet et Arthur Larie et financé par Avaaz, se tiendra à la librairie Maupetit, dès 17h30. Les clichés de six jeunes photographes soudanais seront exposés jusqu’au 20 juin.

  • Passage de l’art nouveau à l’art déco au Château Borély

    Passage de l’art nouveau à l’art déco au Château Borély

    Sitôt l’escalier monumental d’honneur du Château Borély gravi, deux portraits majestueux s’offrent à la vue des visiteurs. 11 années seulement les séparent mais ils témoignent pourtant de la transition de l’art nouveau à l’art déco. Peint par Antonio de La Gandara en 1901, l’un figure Madame Salvador, alanguie dans sa robe noire et dentelée aux courbes sinueuses. Imaginé en 1912, l’autre représente l’immense chanteuse de music-hall marseillaise Gaby Deslys, « pleine face, une coupe à la garçonne et des lignes beaucoup plus géométriques », détaille Marie-Josée Linou, directrice du Musée des arts décoratifs, de la faïence et de la mode, théâtre du 8 mai au 25 avril de l’exposition « Art nouveau – Art déco. Marseille au cœur des styles ». Marseille, justement, une ville qui « n’est pas un foyer des plus actifs du style art nouveau, mais où l’art déco prend ensuite plus d’importance », rappelle-t-elle, pointant entre autres un paravent « aux lignes très stylisées » issu du studio photo de Félix Nadar, installé sur la Canebière en 1897, ou encore une balustrade provenant d’un hôtel particulier marseillais marquée par des motifs d’ombelles. Une douce et lente transition de l’art nouveau à l’art déco, certaines œuvres de l’affichiste David Dellepiane en étant des exemples éloquents.

    Correspondances

    Impossible également de passer à côté de l’école de Nancy, « foyer d’art nouveau en France », indique Elise Vanriest, commissaire de l’exposition, « alliance provinciale des industries d’art qui se sont associées pour la production d’objets ». 300 œuvres jalonnent ce parcours dans lequel, fidèle aux styles concernés, « céramique, verrerie, mode et mobilier se répondent ». Illustration suprême dans la chambre d’apparat des Borély, datant du XVIIIe, où le mobilier réalisé par la manufacture des Gobelins et décoré par Jules Chéret fait correspondre les époques.

  • Une exposition pour ne pas oublier l’horreur des camps

    Une exposition pour ne pas oublier l’horreur des camps

    L’espace des Rotatives de La Marseillaise a accueilli le vernissage de cette exposition portée par l’Amicale de Mauthausen, association qui œuvre à la mémoire de ce terrible patrimoine historique. Cette exposition, qui rappelle les horreurs du camp de Mauthausen, est à découvrir jusqu’au 8 mai. Les photos présentées témoignent des atrocités de Mauthausen, camp de concentration situé en Autriche qui aura vu passer plus de 198 000 détenus de vingt nationalités différentes, entre 1938 et 1945. L’exposition investit l’espace des Rotatives à l’initiative d’Antoine de Gennaro, membre de l’Amicale et du Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943.

    Transmettre

    étaient également présents lors de ce vernissage Léo Purguette, président de La Marseillaise, Lisette Narducci, conseillère municipale déléguée à la mémoire et aux anciens combattants à la Ville de Marseille, Antoine Mignemi, rescapé de la rafle de Marseille en 1943 et Anne-Marie Thomazeau, fille de Marcel Thomazeau, dirigeant historiuqe de La Marseillaise qui a survécu au camp de Mauthausen. L’avocat Pascal Luongo, qui a déposé une plainte en 2019 visant à inscrire la rafle du Vieux-Port comme « crimes contre l’humanité », s’est aussi déplacé.

    Parmi les prises de parole, Léo Purguette a indiqué soutenir la démarche pour inscrire le camp des Milles, à Aix, au patrimoine mondial de l’Unesco. « Il est déterminant de faire comprendre aux jeunes générations que les engranges qui mènent au pire sont les toujours les mêmes », a-t-il souligné. Antoine Mignemi a aussi pris la parole : « Ce témoignage est pour moi un devoir de transmettre la mémoire et, en même temps, prononcer un message de paix et d’espoir, en particulier pour toutes les jeunes générations. Je déclare que le racisme et l’antisémitisme sont des délits majeurs. Soyons vigilants, aujourd’hui et pour l’avenir. » Une conférence-débat avec le collectif Saint-Jean a conclu le soirée.

    17, cours d’Estienne-d’Orves, entrée libre de lundi à vendredi, entre 10h et 18h. Jusqu’au 8 mai.

  • La 10e édition du concours photo Toulon forever ouverte

    La 10e édition du concours photo Toulon forever ouverte

    Le concours photo Toulon forever, invitant les habitants volontaires à poster sur Instagram des clichés représentatifs de « l’âme de [leur] ville », s’est ouvert vendredi 1er mai. Les photographes en herbe intéressés ont jusqu’à la fin du mois pour publier sur leurs réseaux, avec un maximum de deux photos par catégorie. Car, pour être sélectionnés, les clichés devront répondre à l’une des quatre thématiques proposées cette année : « Mon endroit préféré », « Côté mer », « Architecture et patrimoine » ou « Noir et blanc ». Un retour au format carré, traditionnel format d’Instagram, est également imposé. Un prix sera décerné au vainqueur de chaque catégorie, auxquels s’ajouteront trois autres récompenses, pour la photo la plus likée, le coup de cœur du jury et enfin pour « la photo de la décennie ». Pour participer : ne pas oublier, en dessous de sa publication sur un compte Instagram public, de préciser la catégorie dans laquelle on concoure et de taguer Toulonforever2026.

    Le concours se clôtura par une grande exposition en mairie d’honneur, du 17 juillet au 4 septembre. L’occasion, pour cette édition anniversaire, de présenter une rétrospective des gagnants des 10 dernières années. Le public pourra alors choisir, parmi les 65 lauréates, la fameuse « photo de la décennie ».

  • [Grand Entretien] Ernest Pignon-ernest : « L’amnésie,c’est la barbarie »

    [Grand Entretien] Ernest Pignon-ernest : « L’amnésie,c’est la barbarie »

    La Marseillaise : Vous avez laissé
    votre trace à Martigues plusieurs fois, notamment dans les années 1980. Quelles images en gardez-vous
     ?

    Ernest Pignon-Ernest : Martigues avait l’image d’une cité culturelle riche et cosmopolite, où se ressentait une dynamique exceptionnelle. C’est par exemple la seule cité où j’avais vu des animateurs culturels scientifiques. J’avais notamment travaillé avec un biologiste qui était originaire de Martigues et nous avions réalisé des sculptures avec des cellules végétales [pour la série Les Arbrorigènes, Ndlr]

    Parmi vos œuvres à Martigues, « Prométhée et la Martégale » vous avait été inspirée par la pétrochimie…

    E.P.-E. : J’avais constaté ce bouleversement, presque anthropologique, amené par l’arrivée de la pétrochimie. On venait ici avec l’image de la Venise provençale en tête, avant de se prendre ces cheminées et l’industrie pétrochimique dans la gueule. Une transformation que j’ai essayé d’exprimer à partir d’un portrait de Martégale du Musée Ziem. J’ai pris cette image comme l’archétype de la Méditerranéenne. À cette époque, on assistait à des relents racistes avec l’élection des premiers élus d’extrême droite dans la région. Il fallait donc que je travaille le portrait de cette femme qui symbolisait la Méditerranée et qui pouvait aussi bien venir d’une rive que de l’autre.

    La rétrospective que le Musée Ziem vous consacre remonte jusqu’à vos premiers dessins sur papier journal
    en Algérie en 1962, lorsque vous avez fait partie du contingent des appelés. Quels souvenirs gardez-vous
    du cessez-le-feu ?

    E.P.-E. : Je n’avais même pas 20 ans quand je suis arrivé en Kabylie. Moi, je suis originaire d’un village de l’arrière-pays de Nice. Enfant, je ramassais des olives et pois chiches sous les oliviers. En Algérie, j’avais donc l’impression que les gens étaient mes frères. J’étais évidemment contre cette guerre que je trouvais monstrueuse. Ma compréhension du monde vient d’ailleurs de la situation dans laquelle je me trouvais là-bas. J’étais persuadé qu’il allait de soi que le peuple algérien obtienne son indépendance.

    C’est cet épisode
    qui a forgé votre engagement antimilitariste
     ?

    E.P.-E. : Dans l’exposition au Musée Ziem, il y aura des images que j’ai collées à Alger et qui sont comme un hommage à Maurice Audin [mathématicien et militant communiste pour l’indépendance de l’Algérie incarcéré et assassiné par l’armée française en 1957]. Pour nous, c’était une référence, au même titre qu’Henri Alleg [auteur du livre La question en 1958]. Ce sont eux qui nous ont révélé que l’armée française pratiquait la torture.

    Le Musée Ziem fera aussi référence
    à vos interventions sur le plateau d’Albion en 1966, inscrites dans
    le mouvement contre l’arrivée de «
     la force de dissuasion nucléaire » dans la région. Que vous évoque le retour et l’affirmation des discours bellicistes ?

    E.P.-E. : A l’aune de tout ce que les gens de ma génération ont pu espérer, je suis consterné.

    Parleriez-vous de désillusion ?

    E.P.-E. : Oui. On assiste à un recul. Et pour revenir sur l’intervention du plateau d’Albion, c’est un tournant dans mon travail. Je suis allée m’installer dans la Vaucluse à l’époque car j’en avais une vision similaire à la Toscane, à cause de René Char et de la poésie. J’avais l’intention de faire de la peinture. Puis, à ce moment, il y a cet appel de René Char contre l’implantation de la force de frappe. Je pense faire des tableaux sur cette violence faite au territoire avec ces millions d’Hiroshima enkystés sous les oliviers. Et peu à peu, je me rends compte que moi, je ne peux pas représenter ça. L’idée s’impose alors qu’il faut intervenir directement sur les lieux au lieu de les figurer, de les stigmatiser. C’est l’histoire et la mémoire des lieux qui me guide.

    La mémoire des lieux mais aussi
    de ceux qui les habitent. Pionnière
    de l’art urbain en France, votre œuvre a entre autres été irriguée par la Commune de Paris ou ce qui touche
    à la condition ouvrière. Pour vous, c’était aussi un moyen de faire perdurer la trace de ceux qui ne possèdent rien mais ont pourtant fait l’histoire de ce pays
     ?

    E.P.-E. : Parfois, on peut se dire qu’on veut faire prendre conscience. Mais j’ai une plus grande humilité. Mes images apparaissent comme des interrogations. Elles font remonter des choses enfouies à la surface mais sont nourries de l’histoire des lieux. Or les villes sont faites de la vie des gens. Quand on intervient dans la ville, on partage de l’histoire, du symbolique. Et puisque vous parlez de l’image de la Commune, sachez que la première fois où je colle de grandes sérigraphies, elles sont entièrement faites avec du papier de La Marseillaise. Je suis allé le chercher à Marseille où on m’a donné des rouleaux des rotatives.

    Beaucoup de vos œuvres convoquent la mémoire comme « Les immigrés » ou « Les expulsés ». Quelles lueurs décelez-vous face à l’internationale réactionnaire qui ne cesse de gagner du terrain, y compris en France ?

    E.P.-E. : La culture, l’éducation, l’information. Le danger pour la démocratie, c’est la main mise sur l’information. Tous les journaux, à part deux ou trois, sont entre les mains de milliardaires. Et le danger, c’est aussi l’oubli. L’amnésie, c’est la barbarie. Au temps de Pinochet, j’ai travaillé avec des artistes chiliens. La vie y était impossible. C’est effrayant de voir que, 30 ans après, les gens revotent pour leurs héritiers. L’absence de mémoire conduit au pire. Moi, je travaille essentiellement sur ça en fait. Dans l’exposition à Ziem, il y aura aussi des images par rapport à Pasolini qui parlait dans ses Écrits corsaires [1973-75] de la force révolutionnaire du passé et de la nécessité d’être nourri par l’histoire.