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  • [Entretien] Amine Kessaci : « Les jeunes ont aussi besoin de vivre et de respirer »

    [Entretien] Amine Kessaci : « Les jeunes ont aussi besoin de vivre et de respirer »

    Figure de la lutte contre le narcotrafic, le jeune élu écologiste a commencé à mettre en pratique un projet pour la jeunesse dont il martèle que la Ville a fait une priorité.

    La Marseillaise : Quand les éducateurs vous transmettent leur rapport, que devient-il ?

    Amine Kessaci : Je le fais suivre à la fois au CLSPDR et au service prévention de la délinquance, qui ont les associations qu’on a déjà mandatées et avec qui on a démarché pour accompagner des jeunes, trouver des solutions emploi, etc. Et justement, ce que je suis en train de créer depuis mon arrivée, c’est une coordination entre les services, pour que, dès qu’on a des remontées comme celle-ci, on ait quelqu’un qui puisse justement faire le suivi, relancer, proposer des entretiens, des rendez-vous. Car j’ai constaté à mon arrivée, qu’il n’y avait pas de coordination entre les remontées terrain et le suivi de ces demandes. Jeunesse, prévention de la délinquance et CLSPDR, les trois services qui sont sous ma délégation travailleront ensemble.

    De quels moyens et budget disposez-vous pour ce faire ?

    A.K. : En tant que président du CLSPDR, le procureur de la République est le premier vice-président et peut nous donner les moyens niveau justice. On a la préfète de police qui est également vice-présidente et les structures sociales qui font les accompagnements. La Mission locale peut prendre le relais. Quand il s’agit de questions d’addictologie, on a des associations spécialisées. Marseille Habitat en tant que bailleur social peut aussi faire le lien, débloquer les situations. Ces dispositifs existaient déjà, je ne crée rien de nouveau, ce que j’apporte c’est la coordination. Niveau financier, nous sommes sous le coup des restrictions, la situation de la métropole nous met dans une situation inconfortable mais le maire l’a assuré, la jeunesse reste une priorité.

    Avez-vous des objectifs précis ?

    A.K. : Avec le maire, on s’est fixé deux lignes sur les politiques jeunesse. Premièrement, protéger les jeunes Marseillais face à l’entrée dans les narcotrafics, au mal-logement, au manque d’information, de formation, d’emploi, de dispositifs d’insertion. Le deuxième objectif, c’est de faire rêver la jeunesse, de permettre aux jeunes Marseillaises et Marseillais de pouvoir faire la fête, s’amuser. On se rend compte, qu’on est juste sur de l’action sociale, d’urgence, ce qui est important et nécessaire, mais les jeunes ont aussi besoin de respirer, de vivre. C’est quelque chose qu’on a oublié, notamment depuis le Covid. C’est pour ça aussi qu’on a lancé le dispositif « Vacances pour tous » qu’on a piloté avec Farida Benaouda [DVG, conseillère municipale déléguée en charge des vacances pour tous et des cités éducatives, Ndlr.] et Hassan Guenfici [DVG, adjoint au maire, en charge des centres sociaux et de l’éducation populaire]. La semaine dernière je me suis rendu à La Paternelle (14e), pour un départ en car des familles. Ces dernières sont meurtries, même si elles n’ont peut-être pas perdu des proches dans leur chair, elles ont en tout cas vu la guerre de la drogue de très près en 2023. Aujourd’hui elles peuvent partir, profiter d’une journée à l’extérieur grâce au dispositif « s’évader », mené avec ma collègue Anne-Sophie Sidani [PS, conseillère municipale déléguée à la politique de la ville].

    Peut-on déjà tirer un premier bilan de votre action, cinq mois après avoir été élu ?

    A.D. : Nous sommes en train de mettre en place toutes ces actions de coordination et de lancer une nouvelle dynamique au sein du CLSPDR. Sur le décrochage scolaire par exemple, on attendait que le jeune ait plusieurs centaines d’heures de décrochage scolaire pour le convoquer et pour mettre en place des dispositifs. Maintenant on agit dès le départ. Dès qu’on voit qu’il y a des jeunes qui commencent à avoir beaucoup d’heures d’absence répétées sans justification, l’Éducation nationale et le procureur de la République nous saisissent pour justement éviter aux familles les placements, les actions judiciaires. Et on réunit ces jeunes avec leurs parents, les deux parents. On met en place aussi un accompagnement social. Avec des associations qu’on mandate, qu’on finance et à qui on demande de faire le suivi avec un bilan un mois après pour voir si le jeune est retourné à l’école.

    C’est un travail de dentelle ?

    A.K. : Oui et franchement c’est nécessaire. Les jeunes ont besoin aussi de voir un jeune comme eux en face. Piloter au niveau « macro », c’est très bien et cela fait partie évidemment de mon rôle, mais la proximité ça a toujours été ma marque et je compte bien continuer.

  • « Mon bateau est devenu mon meilleur ami »

    « Mon bateau est devenu mon meilleur ami »

    La Marseillaise : Depuis votre qualification, comment vous préparez-vous ?

    Mikaël Mergui : Après le rush en mars et avril, c’est la période creuse. Le bateau est à La Trinité-sur-Mer, où mon équipe est en train de travailler pour optimiser ce qui peut encore l’être. Et moi, je me ressource à Puy-Saint-Vincent.

    Cela fait quatre ans que vous naviguez sur Hirsch – Centrakor, qu’est-ce qu’il représente pour vous ?

    M.M. : Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, partagé de belles aventures. Je peux dire qu’il est mon meilleur ami. Avec le temps, je commence à bien connaître ses qualités, ainsi que ses défauts.

    Quelles sont vos ambitions sur cette Route du Rhum ?

    M.M. : Aller au bout celle fois ! Lors de ma première, en 2022, j’ai cassé le bateau après six jours de course. Depuis, j’ai acquis une certaine expérience, grâce à trois Transat notamment. Je suis mieux préparé pour cet événement qui est hors-norme.

    Qu’elle est la différence entre Route du Rhum et transat du Café ?

    M.M. : Sur le « Rhum », vous êtes seul à bord. La part d’aventure est plus présente. Tu dois lutter contre les éléments, mais aussi contre toi-même, apprendre à gérer la fatigue. Alors que sur le « Café », nous sommes deux, ce qui permet de pousser le bateau. Il est possible de vraiment prendre du repos, alors que seul à bord, il faut de temps en temps s’en remettre au bateau. Et croiser les doigts pour que les éléments ne se déchaînent pas au mauvais moment. La « Route » est donc plus dure, car tu dois tout maîtriser, tout chapeauter à bord. Tu dois te battre contre les éléments, contre le bateau, mais surtout contre toi-même. Les arrivées sont également différentes. Pour le « Café », c’est direct au port, alors que le « Rhum » demande de faire le tour de la Guadeloupe, et cela peut changer beaucoup de choses. Car la mer à l’approche de l’archipel réserve pas mal de pièges. Il y a d’ailleurs souvent des rebondissements à ce moment de la course. C’est pourquoi je suis allé en repérage, en février dernier. J’ai fait le tour des îles pour prendre mes marques. Cela peut être utile. Si je devais faire une comparaison, c’est comme passer du rugby à XV au rugby à VII. En fait, la Transat du Café, c’est une épreuve sportive, alors que la Route du Rhum, c’est une aventure humaine. Toutefois, pouvoir courir les deux, c’est chouette.

    Vous pouvez aller chercher la victoire ?

    M.M. : Je suis accompagné d’une petite équipe. Avec Mylène, mon épouse, Sophie Claudon et Richard Aubin, nous sommes un peu David contre Goliath. Mais j’ai envie de montrer que les Méditerranéens sont capables de relever le défi. De plus j’ai des partenaires qui m’ont renouvelé leur confiance, comme Hirsch et Centrakor. C’est une aide précieuse pour moi.

    En parlant de Méditerranée, vous êtes en première ligne pour constater les changements climatiques qui l’impactent ?

    M.M. : La canicule maritime est un fait. Je vois son évolution depuis quelques années. L’eau est plus chaude, ce qui a un impact fort sur la faune, mais également sur les conditions météorologiques. Les houles sont plus marquées, les orages plus violents, les changements de vent également. D’ailleurs, j’ai constaté la disparition du ponant. C’était un vent d’après-midi thermique qui soufflait alors que l’eau se réchauffait en début d’après-midi. Cela a changé la façon de naviguer. Il est désormais nécessaire d’être plus vigilant, car les vents médians ont quasiment disparu. Cela commence à se sentir en Atlantique, où l’on constate souvent un manque de vent d’ouest dominant et une recrudescence des algues vertes. Je suis allé naviguer là-bas en mai et juin. J’ai trouvé des conditions inhabituelles, avec du grand soleil et très peu de vent. Alors qu’avant, c’était une période où les conditions de mer étaient plus musclées.

    Outre la course au large, vous avez aussi un programme qui est à destination des enfants ?

    M.M. : J’ai choisi d’utiliser mon expérience de marin pour sensibiliser les enfants à la mer, leur montrer qu’elle était un véritable trésor à portée de main. En collaboration avec la Métropole Toulon Provence Méditerranée, je propose des ateliers dans une quarantaine de classes. Je suis allé rencontrer les élèves en amont de la Route du Rhum. Cela a donné de belles discussions. Nous avons parlé des métiers qui étaient liés à la mer. Pendant la course, je vais faire un film, qui sera projeté à mon retour. Eux-mêmes pourront me lancer des défis, via la Virtual regatta. Près de 1 800 enfants se sont portés volontaires pour me suivre. La majorité de Toulon et sa région. Mais il y a aussi des classes d’autres départements qui ont rejoint le programme.

    Pourquoi cette ouverture vers
    les enfants
     ?

    M.M. : J’ai pris conscience que dans mon département, même lorsqu’ils en sont à proximité immédiate, peu d’enfants connaissent la mer. J’ai senti une certaine appréhension vis-à-vis de cet élément. En utilisant la voile et les métiers de la mer, c’est une manière de désacraliser l’élément et ramener chez eux une certaine curiosité.

    Vous êtes maintenant un habitué des courses transatlantique, n’êtes-vous pas attiré par un autre challenge après la Route du Rhum ?

    M.M. : Certains me demandent si l’idée d’aller sur le Vendée globe me trotte dans la tête. C’est vrai que pour la course au large, c’est le mythe absolu, l’Everest des marins. Mais y aller implique énormément de choses, et je ne veux pas me mettre de pression inutile. Pour moi, naviguer, c’est rêver. Si je devais me lancer dans une course autour du monde, je serais plus dans la philosophie d’une Whitbread.

    Qu’est-ce que cette Whitbread ?

    M.M. : Cette course existait quand j’étais gamin, et je rêvais en lisant les récits qui en étaient faits. Si elle n’existe plus, je pense qu’avec l’Ocean race, je pourrais trouver mon compte. C’est une épreuve qui est plus dans ma vision de la navigation et de la compétition. C’est un tour du monde, en équipage, avec escale. Il y a donc autant de départs et d’arrivées, avec cette adrénaline spécifique. Et puis, il y a surtout la possibilité de mettre pied à terre. Dans le Vendée globe, ce qui me frustrerait, c’est passer au large de sites et de ports magnifiques, sans pouvoir y accoster, et partager avec les locaux ma passion. Vivre, même quelques heures seulement, une expérience hors-norme. Le Vendée globe va trop vite pour moi. Je suis adepte du partage, des rencontres avec le grand public. Et puis, quand tu navigues en équipage, tu peux mieux profiter du bateau. Le pousser au maximum. Faire également d’autres choix stratégiques.

  • [Entretien] « Le Demi-Festival, c’est transmettre le flambeau »

    [Entretien] « Le Demi-Festival, c’est transmettre le flambeau »

    La Marseillaise : Quelle saveur a cette édition anniversaire ?

    Demi Portion : Que le temps passe vite. Tout a commencé en 2016, avec le groupe Scred Connexion, pour mon premier vrai concert dans ma ville natale : on avait invité des copains. L’histoire du Demi-Festival a démarré comme ça. Et aujourd’hui, on se retrouve déjà à fêter les dix ans.

    En dix ans, le rap est passé d’une culture souvent marginalisée à la musique la plus écoutée en France. Dans ce contexte, quelle est aujourd’hui la mission du Demi-Festival ?

    D.P. : La musique a évolué. Aujourd’hui, il n’est plus forcément nécessaire de très bien écrire pour faire un succès. Mais nous, on essaie de défendre cette culture qui repose sur l’écriture, la prise de parole et le fond. Même si ce n’est pas forcément le rap qui domine aujourd’hui, on continue de le faire vivre. Pour moi, le hip-hop, c’est revendiquer quelque chose, exprimer ce qu’on a au plus profond de soi. C’est aussi le respect, la bienveillance, l’union et le fait de rassembler les gens.

    En ce sens vous mêlez des figures reconnues et d’autres moins. Si vous deviez nous présenter quelques noms à ne surtout pas manquer, lesquels choisiriez-vous ?

    D.P. : Si je devais citer quelques noms, je commencerais par Le Rat Luciano, artiste incontournable pour le parcours, la longévité, pour ses écrits. Oxmo Puccino, qui reste un pilier qui nous a tous bercés. J’ai aussi envie de mettre en avant des artistes moins connus comme Hermano Salvatore, Tinaa ou Ossem. L’idée, c’est de leur donner de la force. On retrouvera aussi JoeyStarr, Hugo TSR et beaucoup d’autres. Ce qui compte, c’est de montrer qu’on peut tous être réunis sur une même scène. Et le public vient avant tout partager un moment, découvrir des artistes et soutenir les plus petits comme les plus grands.

    Peut on parler d’une édition plus ambitieuse ?

    D.P. : On passe à cinq jours de festival et on a aussi organisé un grand concert gratuit en centre-ville le mercredi. Il y a énormément d’artistes, mais aussi des conférences, des DJ sets et plein d’autres rendez-vous. On voulait proposer quelque chose de plus riche qu’une simple succession de concerts. Alors les soirées commencent dès 18h30 et peuvent se terminer très tard. L’objectif c’est vraiment que ce soit une grande fête.

    Il y aura aussi des conférences avec des invités comme le journaliste Olivier Cachin. Pourquoi c’était important pour vous d’intégrer ce volet là au festival ?

    D.P. : C’est important pour nous que le festival soit aussi un lieu d’échange et de réflexion autour de cette culture. J’aimerais transmettre. On partira avec rien, alors autant laisser une trace et passer le relais. Moi-même, j’ai appris grâce à des ateliers d’écriture et à des artistes qui m’ont transmis leur passion. Aujourd’hui, j’ai envie de faire la même chose avec la nouvelle génération. Le but, c’est de transmettre le flambeau. C’est à ça que sert ce festival.

    Propos recueillis par amelia siapo

  • [Entretien] Frédéric Mazer, éleveur et co-président national du Modef : « Déclarer l’alimentation d’utilité publique »

    [Entretien] Frédéric Mazer, éleveur et co-président national du Modef : « Déclarer l’alimentation d’utilité publique »

    La Marseillaise : Vous dites que l’agriculture est en train de mourir. Qu’est ce qui vous rend si alarmiste ?

    Frédéric Mazer : Ce n’est pas toute l’agriculture qui est en train de mourir, c’est l’agriculture familiale que nous défendons au Modef. C’est programmé mais on a l’impression que quelque chose se passe. Il y a une attaque franche qui est portée, surtout contre l’élevage familial. On veut alerter les citoyens là-dessus. Les politiques passent à côté de l’épisode de sécheresse parce que les bonnes mesures sous-entendent une rupture avec les choix économiques actuels. Il faut déclarer l’agriculture et l’alimentation d’utilité publique et arrêter avec le libre-échange. Si on rend les choses obligatoires, il ne sera plus question d’économie de marché. Une majorité d’agriculteurs sont pour cela mais se heurtent à une espèce d’épouvantail de l’agriculture administrée. Or, on vit déjà dans une agriculture administrée, notamment l’élevage français. Le premier budget de l’Europe c’est la PAC [Politique agricole commune, Ndlr.]. Le problème c’est que la PAC c’est la course à l’hectare, à l’agrandissement pour obtenir davantage d’aides. Ce n’est pas une politique d’aménagement du territoire. La trajectoire actuelle c’est 50 000 paysans en moins. Pourtant, il serait possible dès 2030 de revenir à un million de paysans en France comme au début des années 90 (contre 430 000 aujourd’hui).

    Quels sont les secteurs agricoles les plus touchés par la sécheresse et la canicule ?

    F.M. : Aucun secteur agricole n’est épargné ! Quand vous bousculez ainsi la nature… Tous les secteurs sont touchés. Pour la vigne, s’il ne pleut pas d’ici les vendanges, ça va être une catastrophe. Il n’y aura pas de rendement et la qualité ne sera pas au rendez-vous parce que les raisins sont secs. Le muscat a commencé à être vendangé le 24 juillet, c’est historique. Certains ne vendangent pas mûr, de peur de tout perdre. Dans l’élevage tout le monde a entamé les réserves de l’hiver car il n’y a plus rien dehors. Côté maraîchage, il faut savoir qu’au-delà de 36 degrés une plante ne fait plus de photosynthèse, elle se met au repos. Plus grand-chose ne se passe, on va devoir importer à tour de bras. Pour le lait, on arrive à s’en sortir grâce aux bâtiments. Mais les services d’équarrissage sont submergés avec le taux de mortalité des poulets et des porcs. Les paysans ont même été autorisés à enterrer chez eux les cadavres des bêtes. Enfin, les apiculteurs s’en sont à peu près bien sortis sur les premières récoltes. Mais après mi-juillet, les abeilles ne pouvaient plus sortir, il faisait trop chaud. Elles ont attaqué les réserves de miel.

    Comment les agriculteurs peuvent-ils s’adapter en attendant que le gouvernement ne réagisse ?

    F.M. : Il n’y a pas grand-chose à faire à part mettre les bêtes à l’ombre, les nourrir dans les bâtiments. L’irrigation, ça sert jusqu’à un certain point mais arrive un moment où les plantes crèvent quand même. La seule chose à faire c’est prendre des mesures pour diminuer nos gaz à effets de serre et limiter le réchauffement climatique. On n’est qu’au début, il faut inciter les responsables politiques à prendre des résolutions.

    En quoi consisterait la loi canicule que vous souhaitez ? Qu’est-ce qu’un « véritable régime public et de prévention face aux aléas climatiques » que propose le député PCF Julien Brugerolles ?

    F.M. : Déjà partons d’où on est. Le système assurantiel actuel est mixé public/privé. Si un agriculteur accuse moins de 30% de pertes, le privé prend en charge mais si vous n’avez pas d’assurance, vous ne touchez rien. Entre 30 et 50% de pertes, il y a un partage entre privé et un fonds européen. Au-delà, c’est la solidarité nationale qui prend en charge les pertes supérieures à 50%. L’assurance multirisques privée est prise en charge par la PAC à hauteur de 70%. Au Modef, on dit que ce n’est pas possible ainsi. Certains agriculteurs sont tellement en difficulté qu’ils ont arrêté de prendre une assurance privée. Pour eux, c’est donc la double peine : perte de récolte et pas de compensation. On propose une prise en charge des calamités agricoles via le fonds européen et un fonds national français de 2 milliards d’euros, abondé par une taxe sur les émetteurs de gaz à effets de serre. Il faut que les pollueurs payent. Sinon Total Energies et les autres ne comprendront jamais. À court terme, il faut aider les éleveurs à acheter du fourrage, sans quoi ils vont vendre des bêtes. Avec les vautours qui rôdent, cela crée déjà une chute des cours de la viande. La proposition de loi de Julien Brugerolles, avec qui on a discuté en juin, reprend plusieurs de nos propositions.

    La récente loi votée à la demande des principaux syndicats ne va pas dans le sens d’une agriculture familiale ni du revenu des agriculteurs…

    F.M. : Cette loi est une catastrophe. Elle ne correspond qu’aux demandes des centrales de la FNSEA : les grands céréaliers, laitiers, producteurs industriels de porcs, volailles. Ce sont eux qui ont réclamé qu’on augmente les plafonds des ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement) pour que les grandes exploitations puissent s’agrandir encore. La presse a beaucoup repris la réintroduction d’insecticides comme l’acétamipride, qui fait courir un risque aux abeilles notamment. Mais il y a dans cette loi des choses beaucoup plus graves sur l’agro-industrie.

    Le stockage de l’eau ? En soi, on est pour. En Cévennes, les anciens ont toujours fait des retenues d’eau l’hiver. Mais l’eau qui court, pas celle qui va dans la terre ! Les dossiers retoqués sont ceux de bassines qui concernent des pompages dans une nappe phréatique. Il n’en est pas question. On peut irriguer jusqu’à 35-40 degrés. Mais avec le réchauffement climatique, quoi qu’il en soit, ça ne suffira pas. Il faut s’adapter et arrêter de faire croire qu’on peut faire comme avant.

    Les syndicats dominants ne sont-ils pas un frein au changement de modèle que vous espérez ?

    F.M. : Bien sûr qu’ils sont un obstacle. À la différence de la Coordination rurale qui, comme l’extrême droite, n’a pas d’idée pour l’agriculture, la FNSEA veut qu’on fonce dans ce qu’on sait faire industriellement. Et tant pis si le reste doit disparaître. C’est une ligne hyperlibérale avec les sous de l’Europe. Mais c’est plus compliqué. Les agriculteurs ont toujours été conservateurs. Une immense majorité a toujours été de droite. On assiste à une polarisation entre ceux qui ont compris ce qu’il se passe et ceux qui le constatent mais ne veulent rien changer. On oppose souvent le rural au citadin, l’écolo à l’agriculteur car la survie politique du système en dépend. Il faut être plus pédagogue, plus pragmatique. Sur le terrain c’est le cas. Nos débats à la Chambre d’agriculture du Gard sont concrets par rapport aux discours nationaux. On trouve ensemble des solutions pour rentrer le raisin, protéger les bêtes. Pourquoi ça coince ? Il y a aussi une dimension de confort. La mécanisation a diminué la pénibilité. La remise en question de notre modèle en raison du réchauffement climatique est vécue comme un déclassement social.

  • [Entretien] Yann Bisiou : « La DZ Mafia est une franchise, une sorte de KFC de la drogue »

    [Entretien] Yann Bisiou : « La DZ Mafia est une franchise, une sorte de KFC de la drogue »

    La Marseillaise : Le 16 juillet,
    le maire d’Alès a fait l’objet de menaces de mort signées «
     DZ Mafia ». À qui fait référence cette appellation ?

    Yann Bisiou : Il faut être vigilant sur cette affaire. La DZ Mafia est une organisation criminelle qui est devenue progressivement une marque, une sorte de franchise du narcotrafic. C’est un peu le KFC de la drogue. Cela signifie qu’on peut se réclamer de la DZ Mafia simplement pour susciter de l’inquiétude ou des réactions dans la presse. Par exemple, en début d’année à Alès, une affaire de chantage a été menée au nom de la DZ Mafia et pourtant, aucun des huit auteurs interpellés ne faisait finalement partie de cette organisation. S’agissant des menaces visant Christophe Rivenq, il est plus que probable qu’elles soient liées au trafic de drogue. En revanche, on ne sait pas encore si elles émanent bien de la DZ Mafia.

    Mais alors, s’agit-il d’une mafia ou n’en a-t-elle que le nom ?

    Y.B. : La DZ Mafia n’est pas du tout une mafia au sens où on l’entend pour les organisations italiennes par exemple, soit des organisations très hiérarchiques, organisées et quasi militaires. Au contraire, elle a toujours été horizontale. Ce n’est pas une organisation structurée, mais plutôt des gens qui se connaissent sur un territoire et qui mettent en commun leurs compétences criminelles. Ce qui ne signifie pas qu’elle n’est pas dangereuse : ses membres restent ultra-violents. Cependant, en France et ailleurs dans le monde, le trafic de stupéfiants a évolué. Si le modèle classique des années 1970 à 1990 avec des points de deal identifiés qui changent de propriétaire au gré des interpellations existe toujours, il est concurrencé par une nouvelle forme de trafic plus horizontale. Celle-ci s’organise à travers des relations interpersonnelles entre des criminels qui se connaissent ou se rencontrent, et ne vont faire parfois qu’une seule opération ponctuelle ensemble. Une autre évolution notable est le passage depuis cinq ou six ans à des formes de trafic digitalisées, via le dark web, les réseaux sociaux ou les messageries cryptées. En résumé, il a deux caractéristiques principales du narcotrafic aujourd’hui : l’absence de hiérarchie stricte et un caractère éphémère de la structure. C’est ce que démontrent d’ailleurs les rapports d’agences comme Europol ou Interpol, qui dressent tous le même constat.

    Comment expliquer ces mutations ?

    Y.B. : Il y a plusieurs facteurs d’explication, mais le plus évident reste l’explosion de la consommation de stupéfiants. La demande a augmenté, donc automatiquement, le marché est moins concurrentiel. Pour être plus précis, en France, les chiffres de 2025 de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), montrent une stabilisation voire une légère diminution de la consommation de cannabis, même s’il demeure la drogue illégale la plus consommée avec 900 000 usagers quotidiens. En revanche, la consommation de cocaïne a explosé, avec 1,1 million de Français âgés de 11 à 75 ans qui en ont consommé au moins une fois dans l’année.

    Toutes ces évolutions ont-elles une incidence sur les dispositifs de lutte contre le narcotrafic ?

    Y.B. : Bien sûr. La nouvelle génération de narcotrafiquants a davantage une logique territoriale qu’une logique hiérarchique. Or, en France, l’organisation de la lutte contre le trafic de stupéfiants en bande organisée n’a pratiquement pas bougé depuis 1953 et les services d’enquête restent spécialisés dans l’infiltration des mafias traditionnelles. Ce savoir-faire est adapté à des organisations criminelles structurées, hiérarchisées et pérennes. À mon sens, le fait que la police et la justice communiquent régulièrement sur les saisies et les interpellations est la preuve d’un échec de la lutte contre le narcotrafic. Si l’action était efficace, on devrait constater une baisse des saisies et des interpellations. De mon côté, je regarde toujours trois indicateurs pour évaluer l’état du narcotrafic : la prévalence, les prix et la pureté. La prévalence, nous l’avons vu, c’est le taux estimé de consommateurs et il ne cesse d’augmenter. Les prix des stupéfiants sont en baisse en euros constants. Enfin, la pureté des produits n’a jamais été aussi élevée. Autrement dit, le marché illégal des stupéfiants se porte très bien. Il faut que les politiques de lutte évoluent.

    À votre avis, dans quel sens doivent-elles évoluer ?

    Y.B. : Il y a plusieurs évolutions nécessaires, notamment la réintroduction de la police de proximité. Je fais aussi partie de ceux qui pensent que le seul et unique moyen de couper les revenus des narcotrafiquants est de légaliser la consommation de stupéfiants. Et ce pour toutes les drogues, bien qu’avec des cadres différents, évidemment. En France nous en sommes loin malheureusement, avec en moyenne une nouvelle loi répressive tous les six mois en matière de stupéfiants depuis 56 ans. Dans le même temps, il y a un abandon complet du volet prévention, ainsi qu’un renoncement à la réduction des risques, qui a pourtant fait ses preuves.

  • [Entretien] Pierre Villard, Mouvement de la paix : « C’est toujours émouvant de venir à Hiroshima »

    [Entretien] Pierre Villard, Mouvement de la paix : « C’est toujours émouvant de venir à Hiroshima »

    La Marseillaise : Dans quel contexte s’inscrit votre nouveau déplacement au Japon ?

    Pierre Villard : L’urgence de l’élimination des armes nucléaires est encore plus forte aujourd’hui que ce qu’elle était il y a un an. Je le sens dans le contenu des débats. C’est-à-dire que 2025, était une année anniversaire, c’étaient les 80 ans des bombardements donc il y avait beaucoup d’expressions sur la réalité de la bombe avec des témoignages des hibakushas [personnes ayant survécu aux bombardements, ndlr]. Évidemment, c’est toujours très présent. Mais les mobilisations pour l’élimination des armes nucléaires, notamment en vue de la première conférence d’examen du Tian (traité sur l’interdiction des armes nucléaires), qui aura lieu en novembre prochain, ont pris plus de place. Nous sommes par ailleurs porteurs d’une action qu’on va proposer dans le monde entier le même jour à l’ouverture de la conférence du traité d’interdiction. La question de la convergence des actions pacifistes dans le monde entier, pour contraindre les gouvernements toujours réticents, reste au centre de nos discussions. Ces États sont de moins en moins nombreux quand même, puisque là, on vient d’avoir le centième, les Îles Tonga, qui a signé le traité d’interdiction des armes nucléaires, quand 75 l’ont ratifié. Aujourd’hui, la majorité des États s’engagent pour le traité, considérant que le seul moyen de se prémunir de la menace atomique, ce n’est pas de la contrôler, mais c’est de l’éliminer.

    Qu’est-ce qui a changé depuis
    votre première visite
     ?

    P.V. : C’est la sixième fois que je viens ici, la première fois, c’était il y a 15 ans donc je vois aussi des évolutions. Cette fois, il y a énormément de gens de Corée du Sud car c’est le pays où il y a le plus d’hibakushas après le Japon. Et pour cause, pendant la Seconde guerre mondiale, du fait de l’impérialisme japonais, il y avait énormément de prisonniers coréens au Japon, et qui, eux aussi, ont été victimes des radiations. En France, on a les victimes des essais nucléaires français, à la fois en Algérie et en Polynésie. Ici, j’ai posé concrètement la question du lien et de la solidarité entre toutes les victimes des politiques nucléaires, qu’elles le soient des bombardements ou des recherches et des essais. Les milliers de Français qui, actuellement, sont membres de l’Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) eux, ne se revendiquent pas comme étant victimes de la bombe atomique.

    Comment ces échanges nourrissent vos actions ?

    P.V. : À titre tout à fait personnel, c’est toujours à la fois émouvant, enrichissant et rafraîchissant de venir ici. C’est émouvant parce qu’on a du mal à s’imaginer qu’il y a 80 ans, la ville était rasée. Cela renforce, à la fois la valeur de l’engagement pour la paix et l’interdiction des armes nucléaires et la nécessité de le développer encore. On réfléchit à faire venir les hibakushas à nouveau, début 2027 dans le cadre des actions qu’on va développer pour la campagne des élections présidentielles. Nous sommes engagés sur plusieurs mois d’actions pour l’élimination des armes nucléaires avec une montée en puissance jusqu’à l’élection présidentielle pour que cette question-là soit dans le débat public.

  • [Entretien] « La culture à Toulon on va la faire tous ensemble »

    [Entretien] « La culture à Toulon on va la faire tous ensemble »

    Dans sa mission d’amener la culture au plus près des habitants dans tous les quartiers de la ville, l’élue Stéphanie Slimani, dramaturge, metteuse en scène, marionnettiste, auteure et professeure de théâtre, peut s’appuyer sur son expérience et son goût pour la solidarité et le partage.

    La Marseillaise : Quelle est l’ambition de la municipalité à travers ce projet ?

    Stéphanie Slimani : La revitalisation des quartiers, par la culture notamment, et le soutien aux artistes du territoire. Ce projet-là va permettre quasiment de lier ces deux ambitions.

    L’idée c’est de faire venir des artistes dans les quartiers et de faire de la culture pas seulement pour les habitants, mais surtout avec eux. De leur permettre de redécouvrir parfois des histoires de gens qui vivent là et dont ils ne connaissaient pas le parcours de vie, l’architecture de leur quartier, de revisiter des espaces, la mémoire des lieux… Tout cela en faisant participer aussi le milieu associatif, les écoles, les médiathèques et les commerçants, afin que tout le monde se sente concerné. C’est une manière de faire de la culture avec les gens qu’on souhaite développer à travers ma délégation qui est nouvelle.

    L’objectif est de renforcer
    la cohésion sociale
     ?

    St.S. : Évidemment, de toute façon la culture fait société. C’est donc pour faire société, pour se rencontrer, pour partager. Certains n’aiment pas dire socioculturel, mais pour moi ces deux termes sont intriqués : la culture c’est social ! Donc bien sûr que l’ambition c’est de créer du lien, du plaisir et de la joie dans le quartier. De faire que les habitants soient fiers aussi de raconter ce qui s’y fait. De pouvoir dire : « Moi, j’ai fait du théâtre, j’ai pu participer à un spectacle de danse, on a fait de la peinture… » Ça permet aussi de faire changer le regard extérieur porté sur le quartier, en mettant juste en valeur ce qui existe déjà. Parce que je le répète, dans les quartiers il y a déjà de la culture, il y a déjà des gens formidables. Mais on peut aussi s’y sentir parfois délaissé, c’est légitime.

    C’est une manière aussi
    de rétablir un peu d’égalité des chances dans
    les quartiers populaires…

    St.S. : Absolument, tous ces mots ont énormément de sens pour moi. Parce que malgré tous les efforts développés pour rendre la culture accessible à tous, il reste encore une barrière qui fait que selon d’où on vient on s’interdit d’y aller, on se dit que ce n’est pas pour soi, qu’on ne va pas comprendre, que peut-être même c’est un peu trop bizarre parfois. C’est pour ça qu’il faut absolument créer des passerelles plutôt que des forteresses. Moi j’aime le mot populaire, je trouve ça noble, la culture populaire, le théâtre populaire, le spectacle populaire. Ça veut dire que cela nous concerne tous, que personne doit s’en sentir exclu. Je défends et revendique donc de faire une culture populaire. Ce n’est pas quelque chose de moins bien, ou de plus facile, simplement je crée des liens pour que chacun se rende compte qu’elle lui appartient aussi.

    J’ai beaucoup travaillé dans les quartiers et en milieu rural sur des projets participatifs, donc je sais que c’est vertueux, je sais que ça fonctionne. Mais il faut avoir en même temps beaucoup d’humilité, et ne pas partir avec l’idée qu’on va tout révolutionner, qu’on va tout changer, et ce n’est pas le but. Il faut venir rencontrer tranquillement ses habitants, les écouter, et puis après commencer à développer des projets participatifs avec eux. Il faut aller doucement. C’est pour ça que le projet du Pont du Las, s’étale sur deux années, qui se renouvelleront après. Il faut du temps.

    Quelle va être la chronologie ?

    St.S. : On lance un appel à projets au mois d’octobre ouvert à tous les artistes professionnels, et le jury se décidera au début d’année 2027. L’ouverture, elle, est prévue au printemps. Le collectif d’artistes viendra s’installer dans un local, avec un budget et un cahier des charges très précis de projets participatifs, d’ateliers et pratiques artistiques gratuits.

    Et avant cela, en fin d’année 2026, on va mettre en place cinq projets, avec notamment de la danse au Pont du Las, où une chorégraphe va travailler dans l’espace public avec une association de femmes, et à Pontcarral, c’est autour de la récolte de la mémoire et du son qu’une compagnie de théâtre va mettre la population à contribution.

    Des actions qui donnent
    de l’espoir, en tout cas…

    St.S. : Toulon est une ville qui a souffert à travers plusieurs époques, qui a su s’épanouir. Où il y a une forme de résilience. Les gens savent vivre ensemble. On a beau essayer de nous désunir, de nous diviser, ça ne marche pas. Et les Toulonnais l’ont montré aussi au mois de mars. Le centre-ville a été réhabilité, c’est magnifique. On a envie d’y aller. Et quand on reçoit des gens, on a envie de le leur faire visiter. Eh bien, on va faire la même chose dans les quartiers.

    On a entendu les habitants des quartiers, on sait qu’il y a du travail, on va le faire. Et la culture à Toulon on va la faire tous ensemble.

  • [Entretien] Valérie Boyer : « Je prends la place de la droite républicaine »

    [Entretien] Valérie Boyer : « Je prends la place de la droite républicaine »

    La Marseillaise : En 2020 vous êtes élue sur une liste de la droite rassemblée. Quel est le sens de votre candidature solitaire ?

    Valérie Boyer : En 2020, j’étais n°2 d’une liste où les trois premiers étaient Les Républicains avec ensuite une représentation centriste pour Aix. Aujourd’hui, ma candidature a tout son sens : je suis sortante, de droite, Les Républicains, et j’ai toujours été fidèle et loyale à ma famille politique. C’est une question de clarté. Je pense qu’il y a une alternative entre le macronisme incarné par la liste de Devésa – Muselier et les autres listes extrêmes. C’est la place que je prends, celle de la droite républicaine. Je suis très heureuse du soutien de David Lisnard, le président des maires de France. Je ne suis ni dissidente, ni solitaire dans cette démarche, et il y a sur ma liste des maires qui ont une carrière : Jean Mangion n’est pas n’importe qui pour Les Républicains du 13. Ce n’est pas un LR de cinq minutes.

    Vous ne craignez pas la dilution des voix de droite avec quatre listes ?

    V.B. : Quelle dilution ? C’est une affirmation. Si je n’avais pas été candidate, mon courant de pensée ne serait pas représenté. Ma liste est la seule liste de droite. Brigitte Devésa explique que la liste d’Hervé Granier est pilotée par Mme Roubache. Donc, il y a deux listes macronistes que je ne place pas à droite. Moi, je suis d’une droite libre et républicaine.

    ll se dit que vous avez quitté la liste Muselier par rapport à votre place ?

    V.B. : Je l’assume. Il y avait des négociations, sans moi, on voulait me mettre 4e puis 3e mais ça ne fonctionnait pas. J’ai de l’amitié et de bonnes relations avec Renaud Muselier mais à un moment, il soutient Gabriel Attal et moi tout m’y oppose, c’est un vrai différend politique. Je ne suis pas du tout alignée sur le plan des idées. Moi je suis restée fidèle au chemin tracé par le parti où je milite, je ne suis pas allée ailleurs contrairement à ce qu’on m’a prêté, et je ne suis pas méprisante en le disant. Donc ce n’était pas possible parce que la tête de liste colore la liste. Or je ne suis ni Modem-UDI, ni Renaissance. Et puis ça ne correspond pas à la sociologie du vote dans les Bouches-du-Rhône, ni aux maires. À part Jean-Pierre Serrus, il n’y a pas de maire Renaissance. Il n’y a d’ailleurs pas de maire en position éligible sur leur liste. Donc j’ai dit non, en cohérence avec les convictions que je défends depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir. J’ai toujours été dans son opposition. Même quand il était en majesté à Marseille, je ne l’ai pas soutenu. Ni lui, ni ses candidats. Qui est plus LR que moi dans les Bouches-du-Rhône ? Personne.

    Vous et cette droite assumée avez quand même voté au Sénat, ces budgets qui font mal aux maires dont vous dites porter la voix.

    V.B. : Oui et grâce au Sénat, beaucoup moins que ce que le gouvernement proposait. C’est la Macronie qui a lancé « Balance ton maire », et la baisse de la dotation aux communes a été féroce, sous Macron. On a fait en sorte de la compenser.

    Pourquoi ne pas s’opposer ?
    La gauche a voté contre.

    V.B. : On va jusqu’au bout de ce qu’on peut. Sur certains sujets, comme l’euthanasie, on s’est opposés mais sur le budget, à un moment il faut un compromis. Donc on a fait des propositions pour que la casse soit moins importante. Je suis intervenue sur le ZAN ou la loi SRU pour que les maires retrouvent de la disponibilité. Je plaide pour changer totalement le système et redonner de la liberté aux maires et aux communes.

    Où siégerez-vous si vous êtes réélue, sachant que Gérard Larcher, le président (LR) de la majorité sénatoriale soutient la liste Devésa ?

    V.B. : Brigitte Devésa siège chez les centristes et la majorité sénatoriale a différentes composantes. Les Républicains sont très largement majoritaires et je siège dans ce groupe. Vous voulez que j’aille où ? Et je peux vous dire que mes collègues me soutiennent énormément.

  • [Entretien] Anthony Gonçalves : « Le calcul égoïste d’un gouvernement à l’affût de la moindre économie »

    [Entretien] Anthony Gonçalves : « Le calcul égoïste d’un gouvernement à l’affût de la moindre économie »

    La Marseillaise : Le gouvernement a annoncé le doublement des franchises médicales et une hausse du reste à charge. Quel regard portez-vous sur ces mesures ?

    Anthony Gonçalves : Je suis profondément choqué par ces annonces. Le gouvernement considère que les gens consomment des médicaments ou ont des actes médicaux pour se faire plaisir. Il imagine qu’en augmentant ces franchises, ils vont réduire leur consommation médicale, ce qui est totalement faux. La grande majorité de ces consommations répond à des besoins réels. Ça va toucher des personnes atteintes de maladies graves qui n’ont pas choisi de l’être.

    Ces mesures permettraient, selon
    le gouvernement, de financer l’accès aux soins. Qu’en pensez-vous
     ?

    A.G. : C’est incroyable de ponctionner les malades pour favoriser l’accès aux soins. C’est l’inverse qui va se passer. Penser qu’on va freiner des dépenses de santé comme s’il s’agissait d’une consommation de confort est un calcul terrible. Les plus modestes, souvent en affection de longue durée, vont renoncer aux soins dont ils ont besoin. Les malades du cancer, avec des traitements lourds et réguliers, seront touchés de plein fouet. Au final, cela dégradera leur état de santé et coûtera encore plus cher lorsqu’il faudra les hospitaliser. C’est le calcul égoïste d’un gouvernement à l’affût de la moindre économie. Il ne va pas chercher l’argent là où il se trouve. On nous parle du déficit de la Sécurité sociale, mais il est largement alimenté par les exonérations de cotisations accordées aux entreprises.

    Qui seront les plus pénalisés ?

    A.G. : Les retraités vivant avec moins de 1 500 euros par mois et atteints d’affections de longue durée, de cancer ou de maladies cardiovasculaires. Ce sont des patients qui ont besoin de consultations et de prescriptions régulières. On va aller taper dans la poche de ceux qui n’ont déjà pas beaucoup pour vivre.

    Quelles seront les conséquences de ces mesures sur le prix des mutuelles ?

    A.G. : On parle d’un transfert de charges de 1,5 à 2 milliards d’euros, donc les mutuelles vont mécaniquement augmenter leurs tarifs, alors qu’ils sont déjà un problème pour une partie de la population. D’où notre idée d’instaurer une mutuelle communale à Marseille, pour permettre aux plus modestes d’accéder à une complémentaire à un tarif plus favorable.

    Que révèlent ces annonces sur
    la gestion politique de notre système de santé
     ?

    A.G. : Depuis des années, on entend cette petite musique de la responsabilisation des malades. L’idée serait de dire que le droit à la santé est une affaire de responsabilité individuelle. C’est un retour en arrière de plus sur un droit universel, qui ne doit dépendre ni des revenus ni du niveau social. On assiste à une attaque en règle globale contre notre système de Sécurité sociale.

    Les annonces ont été faites en plein été, sans débat parlementaire.
    Que pensez-vous de la méthode
     ?

    A.G. : La méthode est aussi choquante que le fond. L’an dernier, cette proposition avait été rejetée par le Parlement. Le gouvernement revient à la charge sans passer par le débat. C’est le pari abominable du gouvernement : on fait passer les mauvais coups pendant l’été.

  • [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée »

    [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée »

    La Marseillaise : Vous avez alerté sur la situation financière de la Fondation Gabriel-Péri, son existence est-elle aujourd’hui menacée ?

    Guillaume Roubaud-Quashie : Depuis le début de son financement public, la trajectoire est simple, on est autour d’une division par quatre des budgets de la Fondation depuis 2007. Depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, donc sur seulement 10 ans, on a plus que divisé par deux. Ce sont des baisses bien plus radicales que dans d’autres secteurs, il y a des responsabilités politiques claires de ce côté-là. Si on continue comme ça, dans peu de temps, ça sera fini, tout simplement. C’est une mise en danger mortelle des fondations à vocation politique, à commencer par la Fondation Gabriel-Péri qui, encore plus que les autres, est menacée aujourd’hui.

    Cet affaiblissement
    des fondations politiques représente-t-il un danger pour
    le débat démocratique
     ?

    G.R.-Q. : Oui, on vit un moment de crise démocratique considérable, et on a besoin de débats argumentés pour l’affronter. Il faut savoir qu’en France, ce qui a compté dans le développement des fondations, c’est l’accession pour la première fois de l’extrême droite au pouvoir le 21 avril 2002, et l’idée que la République française était peut-être menacée. Il fallait réfléchir à des structures contribuant à renforcer l’ampleur, la vitalité et la qualité du débat démocratique. C’est dans cet esprit que la Fondation Gabriel-Péri a été créée, en 2004, à l’initiative du Parti communiste français. Les raisons qui ont mené à la création de ces fondations sont aujourd’hui encore plus fortes qu’elles ne l’étaient à l’époque. Je pense que, par leur capacité à produire des travaux qui vont au-delà des tweets, des expressions courtes ou des polémiques superficielles, les fondations ont aujourd’hui un rôle très précieux.

    Vous vous êtes rendus mardi dernier à Matignon, avez-vous eu les réponses que vous espériez ?

    G.R.-Q. : Avec d’autres fondations, nous avons alerté le Premier ministre quant à la situation d’extinction des fondations. Nous sommes actuellement en discussion pour envisager la suite.

    Concrètement, comment soutenir la Fondation ?

    G.R.-Q. : On a l’objectif de récolter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour affronter les coupes de l’année. Il y a deux choses à faire. D’abord, souscrire est une aide concrète et immédiate. Sur le site de la Fondation, on peut faire des dons défiscalisés. Le deuxième aspect, c’est de participer aux activités qu’organise la Fondation. Elle a une revue qui s’appelle La Pensée et propose aussi des expositions gratuites. Il faut faire vivre et connaître la Fondation Gabriel-Péri, nous solliciter pour l’organisation de débats… Ce travail, il est à la disposition de toutes et tous, et pour que ça puisse continuer, on a besoin d’un soutien plus large. On a commencé à recevoir un certain nombre de dons, c’est encourageant, mais il faut que cette dynamique se poursuive. J’espère que la période de difficulté financière lourde que nous affrontons sera l’occasion pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore la Fondation de découvrir ce qu’elle fait et par la même occasion, de multiplier les partenaires et les initiatives à l’échelle nationale. La période que l’on vit mène à beaucoup d’interrogations, beaucoup de gens cherchent des réponses, des éléments de réflexion, et s’il y a une demande, nous on est là pour ça. Je suis confiant, même s’il y a des batailles à mener, on a l’habitude.

    Entretien réalisé par Andréa Goyard-de Castro