Tag: entretien

  • [Entretien] Médéric Gasquet-Cyrus : « Jul incarne une partie de l’esprit de Marseille »

    [Entretien] Médéric Gasquet-Cyrus : « Jul incarne une partie de l’esprit de Marseille »

    La Marseillaise : Dans ses musiques, Jul utilise des expressions provençales, mais aussi arabes ou comoriennes. En quoi représente-t-il la diversité du parler marseillais ?

    Médéric Gasquet-Cyrus : Le parler marseillais, c’est quelque chose qui a toujours été divers, complexe. Mais souvent, on a une image un peu figée du Marseillais. On se dit que c’est celui de Marcel Pagnol, des anciens, des joueurs de boules, des pêcheurs… Alors, oui, mais ce n’est pas que ça. C’est aussi le parler du centre-ville, de Noailles, des quartiers périphériques, des quartiers Nord, de la Rose et celui des jeunes. Et ces jeunes ne sont pas tous de souches provençales. Ils peuvent être d’origine maghrébine ou comorienne. Ce parler-là existe depuis longtemps. Et là, il est mis en valeur, mélangé, sans qu’il y ait de choix ou de hiérarchie chez Jul. Il est mélangé à de l’argot, à ce Marseillais traditionnel, à ces mots gitans, à ces mots anglais ou espagnol… Donc il y a cette moulinette de mots, de phrases, d’expressions qui passent dans toutes ces chansons et qui montrent la diversité de ce Marseillais qui est plus riche que ce que l’on imagine.

    Maintenant que ses chansons sont écoutées dans toute la France et au-delà, cela aide-t-il à démocratiser certaines expressions marseillaises ?

    M.G.-C. : L’impact de Jul est tel que l’on écoute ses chansons, mais on en parle aussi sur les réseaux sociaux. Des Marseillais s’expriment et ça brasse des milliers de discours, d’écoutes. Les gens sont donc de plus en plus exposés au parler marseillais. Petit à petit, on peut tenter de faire une imitation puis, à force de l’imiter, on se met à employer certaines expressions. Cette surexposition est hors norme, elle dépasse Marseille, et donc le langage déborde lui aussi.

    Est-il devenu un symbole de Marseille ?

    M.G.-C. : Il incarne une partie de l’esprit de Marseille. Cela ne veut pas dire que Marseille, ce n’est que ça. Mais, aujourd’hui, c’est la bande-son de Marseille. C’est-à-dire que si vous prenez la voiture et que vous voulez vivre un moment sympa sur la corniche en ville ou sur l’autoroute, c’est souvent Jul qui accompagne le trajet. Parce que ça va avec. Il fait partie du paysage, à la fois sonore et visuel : les t-shirts, les dessins, sur les murs… Il est partout. C’est l’esprit de Marseille qui monte. Et qui s’arrête où ? On ne sait pas, parce que le Stade Vélodrome, le Stade de France, les records de ventes, les disques d’or et de platine, sa trajectoire est folle.

    Le phénomène dépasse-t-il
    les chansons
     ?

    M.G.-C. : Son image, son univers et ses mots sont sortis de sa simple activité de rappeur. Maintenant, tous les gens le connaissent, même sans écouter ses chansons. Tout le monde en parle, sans forcément être fan, sans forcément l’écouter. À Marseille, on ne peut pas traverser la ville sans voir une référence à Jul. Et puis il y a ce geste, ce signe reconnaissable, dont tout le monde a la référence désormais. Il est repris de manière presque inconsciente. Dès que des Marseillais posent sur des photos, ils font ça. Et pas seulement les Marseillais, c’est devenu une sorte de réflexe. Et encore une fois, on peut faire ce signe sans aimer ou sans écouter ses chansons. C’est bien que quelque chose d’autonome s’est créé autour de son univers.

    Propos recueillis par Eva Janus

  • [Entretien] Joseph Arakel : « Concrètement, nous pouvons tenir un mois »

    [Entretien] Joseph Arakel : « Concrètement, nous pouvons tenir un mois »

    La Marseillaise : En quoi consiste cette opération d’urgence sociale ?

    Joseph Arakel : Nous avions déjà lancé l’alerte l’an passé. Compte tenu du manque de denrées alimentaires de première nécessité (lait, farine, huile, pâtes…), nous lançons sur les deux prochains jours une collecte exceptionnelle auprès de 63 supermarchés. Cette collecte est habituellement organisée de façon annuelle, en novembre, mais nous n’avons pas reçu assez de dons. Notre appel à l’aide a eu un certain écho. Il y a eu une réponse de la préfecture qui lance une réunion des financeurs, et le département a également répondu présent.

    Pouvez-vous nous dresser un état des lieux de la situation ?

    J.A. : Concrètement, nous pouvons encore tenir un mois avec le stock de denrées dont nous disposons. Il y a le manque de denrées, mais aussi un manque de bénévoles que nous évaluons à 3 000. La plupart des bénévoles sont des personnes retraitées. Nous essayons de sensibiliser les jeunes pour qu’ils puissent se mobiliser à leur tour et prendre la relève. Cette collecte est un appel à l’aide.

    Quel impact cela a sur les associations et les bénéficiaires ?

    J.A. : Nous touchons 110 000 personnes aux profils très variés – et de plus en plus variés -, des jeunes, des étudiants, des gens qui travaillent et des retraités, via 177 associations, avec 70% de nos bénéficiaires sur Marseille. Nous avons constaté une hausse de 11% des demandes sur l’année passée. Nous réduisons les proportions des denrées distribuées aux associations, mais si nous ne leur fournissons plus rien, elles ne pourront plus venir en aide aux plus précaires. Toutes les associations traversent une période très difficile.

  • [Entretien] Christophe Madrolle : « Si tout le monde joue le jeu, on peut sauver la planète »

    [Entretien] Christophe Madrolle : « Si tout le monde joue le jeu, on peut sauver la planète »

    La Marseillaise : Quels sont les enjeux de cette 4e édition de « Nettoyons le Sud » qui se déroule ce samedi 30 mai ?

    Christophe Madrolle : Nous avons créé cette opération parce qu’il y avait beaucoup d’associations qui organisaient leurs propres nettoyages et on s’est dit, vis-à-vis de l’urgence de protéger notre belle région, que mobiliser l’ensemble des associations autour d’une date que nous avons fixée au 30 mai serait beaucoup plus impactant pour la population. Nous avons eu plus de 100 tonnes de déchets ramassés l’année dernière, une mobilisation de 400 collectivités et de 22 000 bénévoles qui se sont mobilisés ce jour-là. C’est une opération qui est construite avec les associations environnementales, les associations de défense de l’environnement, celle de l’espace marin, des collectivités et des entreprises. Nous espérons atteindre et doubler le nombre de bénévoles pour cette année.

    Cette opération porte aussi sur les enjeux autour des déchets sur le territoire ?

    C.M. : Absolument, elle a un rapport sur un véritable point, un point politique puisque cette opération permet de sensibiliser nos citoyens sur les moyens que met en place la région en matière de protection de l’environnement. On veut aussi rappeler que la Région Sud s’est dotée du premier budget vert européen, donc toute aide donnée par la région à une entreprise, une collectivité ou une association est acceptée à une seule condition : répondre à un cahier des charges avec la baisse d’émissions de carbone sur leur traitement de déchets.

    Au-delà de la sensibilisation, est-ce que cette opération peut donner un message d’espoir aux habitants ?

    C.M. : C’est ce qu’on cherche en tout cas, si tout le monde joue le jeu, on peut sauver la planète, grosso modo. On a une action à la région que nous portons pour que les entreprises réduisent les déchets à la source, mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi continuer à amener nos concitoyens à faire le tri sélectif et avoir de la transparence dans la chaîne de traitement des déchets. C’est un message qui nous amène à prendre conscience qu’un déchet, depuis sa fabrication jusqu’à sa destruction, c’est quelque chose que nous devons traiter.

    Selon l’Insee, en 2021, la quantité de déchets dans la région s’élevait à plus de 638 kg par habitant, soit 16% de plus qu’en France métropolitaine, on peut donc faire mieux.

    C.M. : Exactement, cette opération permet de porter un discours : que l’on habite dans une grande ou petite ville, le tri sélectif se fait différemment. Il faut alors une vraie sensibilisation et permettre à tous de pouvoir réduire ses déchets ménagers.

    Entretien réalisé par Noa Armony

  • [Entretien] Romain Baciak (CGT) : « Encore 1 500 suppressions d’emplois chez Michelin »

    [Entretien] Romain Baciak (CGT) : « Encore 1 500 suppressions d’emplois chez Michelin »

    C’est un nouveau coup de massue qui frappe l’industrie en France.
    Le groupe français Michelin, leader mondial des pneus, a annoncé ce jeudi matin un dispositif de départs volontaires en France portant sur 1
     500 emplois, soit près de 10% de sa masse salariale. Le groupe avait déjà supprimé 1 246 emplois en France en 2024 dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), en fermant deux sites industriels dans l’ouest du pays, à Cholet (Maine-et-Loire) et Vannes (Morbihan). Et ce, alors que le groupe a perçu quelque 10 millions d’euros d’aides publiques aux entreprises en 2023…

    La Marseillaise : Michelin a annoncé ce jeudi matin un dispositif de « départs volontaires » en France concernant sur « jusqu’à 1 500 postes sur trois ans ». Êtes-vous surpris ?

    Romain Baciak : On n’est pas surpris, il y avait des bruits de couloirs qui circulaient. Nous avions été alertés par la préfecture. Ça fait encore 1 500 suppressions d’emplois chez Michelin sur les 14 000 qui reste – si on ne compte que MFPM (Manufacture française des pneumatiques Michelin), soit près de 10% de la masse salariale. On sait que derrière, ça induit 4 à 5 emplois supprimés en plus. Ça signifie donc 6 000 à 7 500 emplois en France qui vont disparaître grâce à Michelin. Il y a deux ans ça concernait les sites de Vannes et Cholet. Un peu avant c’était la Roche-sur-Yon. Moi, je suis aux Carmes à Clermont-Ferrand et nous avons été impactés par ces précédents plans. C’est à se demander si un jour il restera des Michelin en France ou pas.

    Comment la direction de Michelin justifie-t-elle cette annonce ?

    R.B. : Elle va encore le justifier, je pense, par les coûts, en disant que la vie est trop chère, etc. Mais Michelin est celui qui vend les pneus les plus chers. Si lui n’y arrive pas, comment font les autres groupes pour s’en sortir ?

    Comment comptez-vous au sein de la CGT Michelin vous opposer
    à ce nouveau plan social
     ?

    R.B. : Pour l’instant, ça vient de tomber donc on ne sait pas quels seront les salariés concernés. On ne parle que de départs volontaires mais on sait ce que ça veut dire chez Michelin : on supprime ton poste, il faut que tu partes. On va attaquer les négociations en connaissant déjà la position de la CGT. On ne signera pas un plan comme ça. La CGT est le seul syndicat qui est pour la réindustrialisation du pays.

    Aujourd’hui, quand on est syndicaliste, on ne peut pas être pour des suppressions de postes. Si on valide des suppressions de postes, derrière, il faut aussi penser aux générations futures. C’est-à-dire que 1 500 postes en moins sur Michelin, ça fait 1 500 postes en moins pour nos enfants et nos petits-enfants. Je sais que tous les syndicats ne sont pas d’accord avec nous. Moi, je ne conçois pas qu’on soit là pour valider des suppressions de postes. Reste à savoir ce que feront les autres organisations syndicales.

    La commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises avait mis en cause Michelin qui avait révélé avoir perçu plus de 10,6 millions d’euros d’aides en 2023. Est-ce toujours le cas ?

    R.B. : Tous les ans, Michelin touche des aides publiques. Le groupe en a touché pour son usine de La Roche-sur-Yon et a été contraint de rendre 4,3 millions d’euros [le site a fermé en 2020, Ndlr.]. Mais il avait touché beaucoup plus. Cet argent a été restitué parce que Michelin a été forcé par le sénateur Fabien Gay [PCF], qui a mis le sujet en avant. Si ça n’avait pas été le cas Michelin aurait toujours ces 4,3 millions d’euros dans sa poche.

    Quelle est la demande que vous formulez à l’État ?

    R.B. : À l’État, tout ce qu’on demande, c’est d’arrêter de donner des subventions publiques à des entreprises qui font des milliards de bénéfices et qui reversent des milliards d’euros aux actionnaires. Cette année, Michelin a quand même pioché dans ses réserves 200 millions d’euros pour les donner aux actionnaires. Quand on est capable de piocher des millions d’euros pour les donner à ses copains les actionnaires, on peut sauver des emplois ! On doit être le seul syndicat à être contre ça et à agir pour la réindustrialisation du pays. Les autres votent pour les PSE…

    Quel message souhaitez-vous faire passer ?

    R.B. : Le message, il est clair : aucune suppression de postes chez Michelin. Et puis, que l’État arrête de les valider ! Quand une entreprise fait des milliards de bénéfices, qu’on n’ait pas le droit, même si c’est des départs volontaires, par des ruptures conventionnelles collectives (RCC), par des accords de gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP), ou autre, de supprimer des postes.

  • [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    La Marseillaise : Qu’aborde concrètement le livre « La matrice des classes sociales » de Vivek Chibber, dont vous avez écrit la préface ?

    Florian Gulli : Déjà, il faut souligner que, malgré ce que pourrait suggérer le titre, il ne s’agit pas de dire qu’il faut revenir à la façon dont la gauche parlait de classes sociales dans les années 1950. L’ambition est d’intégrer toutes les critiques qui ont été adressées à l’analyse de classe pour proposer une version plus robuste du matérialisme.

    Le cœur du livre part d’une question classique du marxisme. Karl Marx défendait que le capitalisme allait forcément s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions. L’idée est qu’il fait mécaniquement souffrir de plus en plus de monde et qu’il crée, du même coup, ses propres fossoyeurs. Mille fois, on a annoncé que le capitalisme allait s’effondrer. Ça ne s’est jamais produit. Pour le justifier, des explications ont commencé à émerger à partir de la Seconde Guerre mondiale avec l’idée que le non-avènement de la révolution résulterait de l’émergence de médias manipulateurs. L’aspect matérialiste a été progressivement abandonné, pour laisser place à une gauche plus élitiste, qui perd progressivement le lien avec les classes populaires. Ici, l’auteur tente de donner une explication de classe au non-effondrement du capitalisme.

    Quelle explication propose-t-il ?

    F.G. : Lui, en suivant le schéma classique du marxisme, dit qu’en effet le capitalisme nous paupérise, nous prolétarise et nous fait souffrir. Une situation qui produit effectivement une résistance, mais individuelle, pas collective. La thèse est que l’erreur de Marx et des marxistes a été de croire que le capitalisme produirait forcément une résistance collective. Les gens souffrent du capitalisme et essaient de s’en sortir, mais en tentant de grimper à l’intérieur de leur entreprise, pour obtenir une meilleure position. Donc, s’ils n’ont pas fait la révolution, ce n’est pas parce qu’ils ont été abrutis par les mass media mais parce qu’ils se sont résignés. Cette perspective est compatible avec une certaine bienveillance à l’égard des classes populaires. C’est un phénomène de résignation générale.

    Comment expliquer l’émergence de cette résistance individuelle quand on sait qu’une résistance collective a pu exister ?

    F.G. : Il y a eu des transformations des conditions historiques et sociales. Au début du XXe siècle, la grande industrie rassemblait 30 000 ouvriers au même endroit, ce qui facilitait de fait le militantisme. On touche 30 000 personnes avec un tract en une heure, quasiment. Alors que dorénavant, les unités sont beaucoup plus petites, tout est très déconcentré. Donc, forcément, c’est plus difficile. Vivek Chibber parle aussi de l’évolution des villes et de la disparition des quartiers ouvriers, où il pouvait se créer des sentiments de solidarité et de proximité. Tout ça a disparu. L’idée n’est pas de dire que tout est foutu, mais qu’il faut trouver un moyen de briser la résignation.

    Et les partis et les syndicats sont dans ce cadre un outil indispensable pour l’auteur…

    F.G. : La perte de crédibilité de la gauche auprès des classes populaires vient d’abord de l’abandon de la conception matérialiste, mais aussi de la disparition des partis dans le quotidien des gens, avec des cellules de quartiers, ce genre de choses. Lui suggère d’y revenir. En fait, tant qu’on n’a pas créé une culture de partis, ce n’est pas très rationnel de faire grève. Autant ne pas y aller et laisser les autres s’engager. S’ils gagnent un truc, tant mieux. S’ils perdent, je n’ai rien perdu. Le seul truc qui a permis de mettre un terme à la logique du « passager clandestin », ce sont les partis, qui lient les uns avec les autres par des liens moraux.

  • [Entretien exclusif] Josée Massi : « Je ne me suis pas battue contre le RN mais pour les Toulonnais »

    [Entretien exclusif] Josée Massi : « Je ne me suis pas battue contre le RN mais pour les Toulonnais »

    La Marseillaise : Vous êtes parvenue à déjouer tous les pronostics en écartant la menace du RN, grâce notamment à l’électorat de gauche. Une partie de celui-ci a même voté pour vous dès le premier tour. Diriez-vous que cette confiance vous engage ?

    Josée Massi : Je mesure la confiance que tous les Toulonnais m’ont apportée, parce que c’est vrai que si on a réussi c’est grâce à un élan. Je ne me suis pas battue contre le RN mais pour les Toulonnais et avec tous les Toulonnais, quels que soient les partis. C’est bien pour ça que mon slogan, c’était « Toulon, mon parti », et pas un autre. Et je remercie aussi bien la droite que la gauche et même ceux qui n’ont pas de parti. Je crois que ça m’a un peu réconciliée avec la nature humaine. Et ça fait sens.

    Pardonnez-moi d’insister sur la gauche. Elle a disparu du conseil municipal. Est-ce que, selon vous, ce n’est pas un peu dommageable ?

    J.M. : C’est le principe de la démocratie.

    Par contre, j’ai l’intention de les associer, notamment dans les conseils de secteur. Ça sera mon travail de l’été, pour voir leur composition et que cela soit vraiment des conseils de secteur démocratiques. Mais c’est vrai que je n’ai pas encore eu le temps de m’y pencher parce qu’entre la Métropole et la Ville, il y a beaucoup de désignations à faire. Mais j’ai à cœur d’avoir une nouvelle gouvernance et ces conseils de secteur pourraient être un lieu où chacun puisse exprimer ses opinions mais toujours bien sûr dans le sens de l’intérêt général et de la ville.

    En parlant de changement de gouvernance vous avez refusé de donner des vice-présidences à la Métropole aux maires RN…

    J.M. : Oui, ils en réclamaient trois sous prétexte que c’est ce qui se faisait habituellement… Chaque maire avait c’est vrai une vice-présidence. Mais ça se faisait au moment où il n’y avait qu’une majorité. On m’a rétorqué que Marc Vuillemot [ancien maire de gauche de La Seyne, Ndlr.] avait une vice-présidence. Mais il faut rappeler que de lui-même, il était venu nous voir pour dire qu’il était dans la majorité métropolitaine, ce qui n’est pas le cas des trois maires RN. Alors chacun sa place. On ne peut pas être à la fois opposant et dans l’exécutif. Mais je n’oublierai pas les habitants des trois communes, parce que ce sont des habitants métropolitains. Il n’y a pas de souci. Je ne vais pas pratiquer la chasse aux sorcières. Et bien sûr, ils font partie de la métropole. On travaillera avec eux.

    Aujourd’hui, on se retrouve avec un groupe RN très agressif, surtout Mme Lavalette. Ça risque d’être un peu long 7 ans comme ça, non ?

    J.M. : Pour elle vous voulez dire ! Parce que dans l’opposition, elle va au moins y rester 7 ans… Alors, elle a beau dire qu’elle a recueilli 48% et lancer en conseil municipal « Il faut oser, Josée ! », comme je lui ai répondu l’autre fois, les Toulonnais ont osé puisque c’est nous qui avons été élus.

    Elle a la défaite amère. Voilà. Mais en même temps elle croyait tellement être maire… Après, elle a une tribune, une fois par mois, au conseil municipal. En fait, Laure Lavalette ne cherche pas le débat mais à faire le buzz. Ma mère disait que le silence, c’est le plus grand des mépris. Quand on ne peut pas débattre, ce n’est pas la peine.

    Vous insistez sur le fait de n’appartenir à aucun parti mais votre victoire a provoqué un espace politique. Comment cela va se traduire pour les prochains scrutins électoraux ?

    J.M. : C’est vrai qu’ils vont s’enchaîner, là. Mais, oui, je pense que notre étiquette « Majorité municipale » est toute trouvée et qu’on soutiendra des élus. Sauf pour les sénatoriales où je ne pense pas que nous ayons de candidat. Mais vous savez, je suis très convoitée pour ces sénatoriales. J’ai à présent beaucoup d’amis depuis le 22 mars, c’est marrant ! Mais, c’est peut-être le privilège de l’âge : je ne suis dupe de rien. Et je le répète : je n’ai pas d’ambition politique. Vous ne me verrez pas sur des sénatoriales, sur des législatives ou même sur des départementales. Je pense qu’être maire et président de la métropole, c’est plus qu’un temps complet. Et quand on s’engage sur un mandat, il faut pouvoir le tenir.

    Les Toulonnais vous ont élue sur un programme. À quoi peuvent-ils s’attendre prochainement ?

    J.M. : Sur la sécurité, on met en place la police de proximité sur le Pont du Las et sur Saint-Jean du Var. De façon à ce que les habitants connaissent les équipes et qu’on ne soit pas seulement dans la répression mais aussi dans la prévention, c’est important.

    Sur la proximité, on travaille sur les maisons de santé. Celle de Claret est bien lancée et j’espère pouvoir l’inaugurer au premier trimestre 2027. Pour celle de Pont du Las, la ville a préempté le local. En parallèle, on facilite également l’implantation de toutes les maisons de santé privées, avec différents médecins qui se regroupent.

    Proximité encore avec la concertation. On a pu le voir sur les plages de Mourillon, avec l’inauguration de la plaine de jeux que j’avais initiée en 2023. C’est un lieu qu’on améliore d’année en année avec une vraie concertation avec les utilisateurs de la plage. Il faut que le Mourillon reste ce lieu où les Toulonnais qui ne partent pas peuvent se considérer un petit peu comme s’ils étaient en vacances.

    Et dans les 5 jours, une expérimentation va débuter sur le boulevard de la République avec l’aménagement d’une piste cyclable sécurisée à double sens. On va voir ce que ça donne par rapport aux flux de voitures qu’amènent les embarquements de ferries. Mon objectif, c’est de faire des pistes cyclables continues, un réseau.

    Concernant le scandale des crèches privées, comment se prémunir de ce type de dérives ?

    J.M. : Nous avons prioritairement des crèches publiques et des crèches associatives que l’on finance. Vous savez, je l’ai souvent dit, l’objectif des crèches privées c’est faire du business. Et je peux vous dire, pour en avoir gérées, que pour faire du bénéfice sur une crèche, il faut soit réduire l’encadrement et avoir des personnes moins diplômées, soit rogner la qualité des services qu’on rend aux enfants. Alors nous on va en construire une de plus. On a rénové les deux de Lamalgue et on finance les associatives, puisqu’il y en a une qui va se faire à Barbès. Et on s’engage à ce que tous les parents qui travaillent aient une place en crèche.

    On a vu la semaine dernière dans cette barre délabrée de Pontcarral que la misère sociale continue de causer des ravages…

    J.M. : Un drame épouvantable ! Mais j’en profite pour rappeler à nouveau, qu’il n’y avait eu aucun signalement concernant cette famille. Ces enfants qui avaient été inscrits à l’école Basse Convention en avaient été radiés au mois de mars, parce que la maman avait déménagé et les avait inscrits à Marseille.

    Mais on ne reste pas sans rien faire. On travaille avec la préfecture sur deux copropiétés qui sont à peu près dans le même état : La Grande-Plaine et Pontcarral. La première étant plus facile à appréhender que celle de Pontcarral, parce qu’il n’y a que deux propriétaires. J’ai écrit au ministre pour avoir une dérogation parce que vous savez qu’on est en Quartier prioritaire de la ville et qu’on n’a le droit normalement de rajouter du logement social. Et si on rénove la Grande-Plaine, on va y faire des services publics en plus, avec un centre social dans la Maison Verlaque.

    Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour ce mandat ?

    J.M. : Que Toulon continue à être une ville apaisée, où il faut bon vivre, où on est contents de s’installer. On veut l’améliorer, mais ce que je veux dire aussi c’est que ça ne se fait pas à sens unique, pour reprendre la parabole du Colibri : il faut que chacun fasse sa part. Et puis que les habitants s’engagent aussi dans les CIL [Comité d’intérêts locaux, Ndlr.] qui sont les mieux placés pour remonter les besoins de la population.

  • [Entretien] Maxime Tommasini : « Près de 40% de la population marseillaise est d’origine italienne »

    [Entretien] Maxime Tommasini : « Près de 40% de la population marseillaise est d’origine italienne »

    La Marseillaise : Que représente pour vous votre élection et quelles sont vos priorités ?

    Maxime Tommasini : Cette confiance m’honore et m’oblige. Notre objectif, plus que de développer le commerce, est de créer de l’emploi et de la croissance, autant du côté italien que du côté français. Aujourd’hui, les projets européens prennent une place de plus en plus importante, notamment sur l’entrepreneuriat féminin. C’est un axe que j’ai souhaité développer, avec des programmes de mentorat et de coopération entre plusieurs pays du bassin méditerranéen dans le cadre du projet She Empower. En tout ce sont 140 entrepreneuses qu’on souhaite accompagner. C’est une nouvelle ère qui commence.

    De quelle manière vous financez-vous ?

    M.T. : Nous sommes une association loi 1901 et, contrairement à ce que l’on croit souvent, nous sommes très faiblement subventionnés par l’Italie. Notre région consulaire s’étend du Var jusqu’à La Rochelle, en passant par l’Occitanie et la Corse. C’est complexe à gérer, mais cela reflète le dynamisme et le potentiel de ces territoires. Bien que nous soyons la troisième chambre la plus dynamique, nous nous autofinançons à 90% en vendant des services, un peu comme une agence de conseil.

    Comment expliquer le lien entre Marseille et l’Italie ?

    M.T. : Près de 40% de la population marseillaise est d’origine italienne. Ce lien se retrouve naturellement à la Foire de Marseille, mais aussi dans des projets comme l’AOC Cassis et l’œnotourisme. Nous cherchons également à pérenniser la liaison aérienne Marseille-Rome, qui ouvre cet été.

    Entretien réalisé par Macha Ryzhova Guichard

  • [Entretien] Philippe Sands : « Il y a un trou entre la définition publique et juridique du génocide »

    [Entretien] Philippe Sands : « Il y a un trou entre la définition publique et juridique du génocide »

    La Marseillaise : Hiérarchisez-vous le droit et l’histoire pour aider à la sauvegarde de la mémoire ?

    Philippe Sands : Non. Ce sont deux aspects différents, mais absolument liés. Par exemple, chaque procès auxquels j’ai participé comme avocat ou chaque livre que j’ai écrit comportent des aspects bien sûr fortement juridiques, mais il y a toujours des aspects historiques et intimes qui entrent en jeu. La question de la mémoire touche ces deux côtés.

    « 38, rue de Londres » se situe entre l’enquête historique
    et le thriller. Pourquoi
     ?

    P.S. : J’habite à Londres, dans le quartier d’Hampstead. Pendant 25 ans, mon voisin était John le Carré, un très grand écrivain de thrillers. Nous sommes devenus amis. Il a toujours été fasciné par les questions juridiques : sur la guerre en Irak, Guantanamo… Il me posait plein de questions. Il se trouve que, dans chacun de ses ouvrages, il y a un juriste épouvantable. Mon rôle auprès de lui était de vérifier que le juriste correspondait à la réalité. En lisant ses manuscrits, j’ai compris comment aider les lecteurs à entrer dans un sujet sérieux et complexe, comment les aider à continuer à lire.

    Votre récit s’échafaude autour des liens entre le criminel nazi Walter Rauff et le dictateur chilien Pinochet, qui ont tous deux bénéficié d’une certaine impunité. Quand on est victime ou descendant de victime, comment faire lorsque la justice échoue à préserver la mémoire ?

    P.S. : Après 1963, chaque jour qu’il vivait, Walter Rauff savait qu’il encourait des risques, qu’il avait la possibilité d’être attrapé, assassiné. Pinochet a, quant à lui, été arrêté à Londres en 1998. Il a passé 503 jours en détention, avant de rentrer chez lui et de perdre son immunité. Un procureur chilien, Juan Guzman, l’a poursuivi. À sa mort [en 2006], il était détenu chez lui, n’avait pas le droit de sortir. On peut donc parler d’impunité partielle. Mais, du point de vue des descendants des victimes, il n’y a pas de doute : il n’y a pas eu de jugement d’un tribunal disant que Pinochet était responsable de ses crimes. C’est peut-être, aussi, l’une des raisons pour lesquelles il reste une figure qui continue d’inspirer des gens comme on l’a récemment vu au Chili.

    Comment analysez-vous le retour au pouvoir ou en force d’héritiers de criminels de guerre, avec José Antonio Kast au Chili et l’AfD en Allemagne ? L’absence de reconnaissance juridique fait-elle bégayer l’histoire ?

    P.S. : L’histoire ne se répète pas exactement, mais il y a des points de comparaisons. Dans le contexte européen par exemple, la génération qui a vécu les années 1930 et 1940 a presque disparu. Aujourd’hui, la mémoire directe n’existe donc plus. Les gens oublient ce que nous sommes capables de faire contre d’autres êtres humains. De nos jours, les populismes et nationalismes sont de retour. Cela va certainement durer un moment et provoquer des désastres. Qu’apprend-on de l’histoire ? Finalement, peut-être pas grand-chose.

    Vos activités juridiques et littéraires trouvent leur épicentre dans le procès de Nuremberg en 1945-1946, notamment à travers la figure de Raphaël Lemkin et l’apparition du terme de génocide. Le trouvez-vous galvaudé de nos jours ?

    P.S. : On assiste à un grand débat. Autour du mot « génocide », il y a en fait une grande différence entre ce que pense le grand public et ce que décident les juges. Je viens par exemple de plaider une affaire de la Gambie, contre la Birmanie, sur la question du génocide des Rohingyas. Il y aura un jugement dans la deuxième partie de l’année. Les gens ne comprennent pas qu’il n’est pas toujours si simple de prouver un état d’esprit, l’intention de détruire un groupe partiellement ou totalement. Il existe ce trou entre la définition juridique et publique. Et, entre les deux, il y a forcément des interprétations différentes. Récemment, le New York Times m’a demandé si on pouvait considérer ce qu’il se passe à Gaza ou en Ukraine comme un génocide. Je ne peux pas, moi seul, répondre à cette question. La définition du génocide, inventée par Raphaël Lemkin en 1944, prend une approche beaucoup plus élargie du génocide, à tel point que s’il était encore parmi nous, il caractériserait ce qu’il se passe à Gaza actuellement, mais aussi le 7 octobre 2023 en Israël, comme génocide. Pour autant, cela ne veut pas dire que la Cour internationale de justice ou la Cour pénale internationale vont faire la même chose. Il faut juste attendre. En ce qui me concerne, je ne fais pas de hiérarchie entre crimes de guerres, contre l’humanité et génocide. C’est atroce dans tous les cas. À quoi sert donc d’avoir ce débat ?

  • [Entretien] Natacha Malet : « Le Parti communiste agit en “intellectuel collectif” »

    [Entretien] Natacha Malet : « Le Parti communiste agit en “intellectuel collectif” »

    La Marseillaise : Comment se déroule le congrès du PCF ?

    Natacha Malet : Les communistes ont produit des contributions. On a une commission nationale du texte qui a travaillé à l’élaboration d’un projet de base commune de discussion, qui a été envoyé aux membres du conseil national. Ils ont pu l’amender et l’ont adopté à 77%. Ce texte a ensuite été porté à la connaissance de l’ensemble des adhérents pendant cinq semaines. À l’issue de ce délai, la commission nationale de transparence des débats a validé trois textes alternatifs remplissant les conditions requises par nos statuts. Ces textes ont été ensuite portés à la connaissance de l’ensemble des adhérents par le PCF, même s’ils avaient déjà été publiés sur des sites Internet ou les réseaux sociaux par leurs signataires.

    Les 6 et 7 juin, les communistes sont appelés aux urnes dans leurs sections. En quoi consiste ce vote ?

    N.M. : Les communistes vont délibérer entre eux pour choisir parmi ces textes, lequel répond le mieux aux enjeux à relever pour le prochain mandat. Pour pouvoir voter, il faut être à jour de ses cotisations. Chaque communiste est appelé à se positionner sur l’un des quatre textes. Celui qui sera choisi majoritairement sera la base de discussion de tous les communistes qui pourront ensuite l’amender.

    De quelle manière ?

    C’est un grand exercice démocratique qui va permettre de faire évoluer le texte retenu à travers des amendements proposés et votés dans les congrès de section qui se tiendront les 13 et 14 juin, les congrès départementaux les 20 et 21 juin, et le congrès national prévu à Lille les 3, 4 et 5 juillet. On peut aussi faire des vœux et des contributions qui sont mises en ligne sur le site du congrès afin de participer à la réflexion collective.

    Le PCF est parfois considéré comme monolithique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ?

    N.M. : Ce processus de congrès montre qu’il y a du pluralisme dans le PCF. Je n’aime pas le mot « tendance » qui ne fait pas partie de nos règles de vie collective mais, en fonction des réalités vécues dans chaque territoire par chaque militant, il est possible d’appréhender différemment les enjeux à venir tout en ayant une boussole commune qui est le communisme.

    Qu’est-ce qui fait le plus débat ? La stratégie électorale, les alliances ?

    N.M. : Pas seulement, nos débats ne se structurent pas autour d’enjeux électoralistes. Le congrès est l’occasion de réfléchir à l’état du monde, aux moyens de le changer, au projet de société que nous portons pour la France, à la façon de faire reculer l’extrême droite et les logiques capitalistes… C’est ce qui nous fait dire que le PCF agit en « intellectuel collectif ».

  • [Entretien] Sauveur Cavataio : « On subit de plus en plus de faillites d’entreprises du BTP »

    [Entretien] Sauveur Cavataio : « On subit de plus en plus de faillites d’entreprises du BTP »

    La Marseillaise : Comment cette hausse des prix impacte votre activité ?

    Sauveur Cavataio : Le carburant, c’est un peu l’oxygène du BTP. Quand les prix s’envolent, ce sont nos chantiers, nos entreprises et nos territoires qui suffoquent. Le secteur dépend 100% du carburant pour les engins, les camions, les rotations de matériaux, les déplacements des équipes. Quand une entreprise consomme entre 5 000 et 20 000 litres de carburant par mois vous imaginez la hausse des coûts quand il y a une augmentation. Et puis ça impacte également certains matériaux dérivés du pétrole, comme l’asphalte ou pour l’étanchéité. Comment voulez-vous répondre au marché public quand vous savez que d’une semaine à l’autre les prix peuvent varier de 20 à 30 centimes ?

    Quelles en sont les conséquences ?

    S.C. : Les entreprises suffoquent. Car depuis 2021 [et la guerre en Ukraine], nous avons compensé ces augmentations, pour ne pas répercuter les prix sur nos clients. Mais aujourd’hui, on a des marges qui sont divisées par deux. Et la conséquence concrète, c’est des chantiers en retard ou même abandonnés.

    L’état a annoncé des aides pour le secteur. Est-ce suffisant ?

    S.C. : Le dispositif, auparavant réservé aux très petites structures, est élargi à des entreprises de jusqu’à 50 salariés. Ce qui est bien, mais largement insuffisant. Ce que l’on recherche, c’est la stabilité, pour savoir comment on se projette pour demain. Parce que malheureusement, aujourd’hui, on subit de plus en plus de faillites d’entreprises du BTP. Et le bâtiment est un poids lourd de l’économie avec entre 60 et 80 000 recrutements par an en France et le premier secteur économique des Bouches-du-Rhône. Et si on veut augmenter les salaires, ce qui est normal vu l’augmentation du coût de la vie, il faut bien que nos prix de base, soient augmentés.

    Propos recueillis par Eva Janus