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  • [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    Émission exceptionnelle de « Quoi de neuf » qui est à écouter en intégralité en podcast sur Divergence. Au moment où le pays vit un mouvement social inédit, historique, trois témoins relatent comment ils vivent les manifestations. Une étudiante engagée dans un syndicat et deux journalistes.

    Françoise Verna : Comment envisagez-vous la suite de la mobilisation ? Je pense au 5 novembre, journée interprofessionnelle de grève et de mobilisation, dans lesquelles les revendications de la jeunesse seront centrales.

    Enola Kraemer : Avec le SCUM, nous participons à l’appel du 5 novembre, en tant que syndicat, parce qu’on n’a pas obtenu satisfaction. Quand Macron a pris la parole à 20h, sa seule réponse est d’appeler au calme. On ne peut pas dire qu’il ait compris que les étudiants et les lycéens se mobilisent, qu’on est en colère. Donc, c’est une mobilisation qui est vouée à continuer. Aujourd’hui, on a à nouveau bloqué l’université Paul-Valéry à l’initiative des étudiants et étudiantes. Il y a également la faculté des sciences qui continue son occupation depuis deux semaines. Et ce matin, on a également bloqué la faculté d’économie, mais le président de l’université de Montpellier a décidé d’envoyer les CRS, donc le site a été débloqué.

    Françoise Verna : Vous avez des points de convergence avec les lycéens ?

    Enola Kraemer : On doit permettre fin à la sélection, à Parcoursup, à Mon master, parce qu’on devrait tous pouvoir étudier dans les filières de son choix. C’est 250 000 places qui devraient être ouvertes dans l’enseignement supérieur pour pouvoir garantir une possibilité aux étudiants et étudiantes de pouvoir étudier dans les études de leur choix. L’université Paul-Valéry de Montpellier est assez emblématique des universités françaises les moins bien dotées. Comment on peut justifier cet état de fait ? Actuellement, à Paul-Valéry, il nous manque 17 millions d’euros pour fonctionner correctement. L’État ne nous donne pas assez d’argent pour fonctionner correctement. Il ne veut pas financer des sciences sociales, des sciences humaines.

    Françoise Verna : Yann Castanier, depuis 2016 jusqu’à aujourd’hui, vous avez été le témoin, en tant que photo-journaliste, des mouvements sociaux. Est-ce que vous avez pu constater une évolution de la réponse répressive policière ?

    Yann Castanier : Ce qui va advenir, c’est qu’au fur et à mesure il y a de plus en plus de revendications face à un État qui ne répond pas. Et ensuite, ce qui va arriver, c’est les gilets jaunes. Il va y avoir un glissement qui va mener à la répression de manifestations par le LBD. La BRAV-M (Brigade de répression de l’action violente motorisée) est créée [unité spécialisée de la Police nationale. Créée en 2019, Ndlr.]. Du coup, ça fonce dans le tas, en permanence, pour pouvoir disperser, y compris quand il ne se passe rien. Je me rappelle les manifestations contre les retraites de 2022 ou 2023. Là, c’est l’incompréhension totale. On les voit charger même sur le cortège de la CGT et sur le service d’ordre de la CGT. Et puis, il va y avoir la logique des nasses qui se mettent en place, qui sont interdites, il faut préciser. Oui, elles sont interdites, mais elles sont utilisées en permanence. Cela consiste à isoler des personnes, à encercler des personnes par des CRS ou des gendarmes mobiles, et faire en sorte qu’elles ne puissent plus bouger, ni sortir pendant des heures.

    Françoise Verna : Louis Laratte, vous avez couvert en tant que journaliste la manifestation parisienne, le 17 octobre. Avez-vous été surpris de la tournure de la journée ?

    Louis Laratte : Ce qui a été vraiment inédit, c’est ce qui s’est passé bien avant que le rassemblement ait lieu et que les gens convergent vers la place de la République. En fait, la répression était déjà en marche. Alors que les personnes n’avaient pas encore débuté leur manifestation. Je pense que cela a surpris beaucoup de gens et surtout, ça a énervé pas mal de gens parce que la répression en manifestation, c’est un fait avéré.

    Je pense que la majorité des gens qui viennent en manifestation sont au courant de comment ça se passe, que la répression, elle est là et que c’est quelque chose avec lequel il faut faire.

    Là, je pense que beaucoup de gens étaient pris au dépourvu et ça a énervé beaucoup parce qu’au-delà de cette répression, c’est vraiment le droit de rassemblement et le droit de manifestation qui ont été entravés avant même que la manifestation ait lieu.

    Françoise Verna : Peut-on dire que les manifestants étaient sidérés ?

    Louis Laratte : Il y a beaucoup d’incompréhension, je pense, par rapport à la stratégie qui a été adoptée. Et en fait, la situation s’est tendue à un tel point qu’en fait, les CRS se sont eux-mêmes embourbés sur la place de la République, parce que les gens n’ont pas spécialement voulu en partir.

    Les affrontements ont duré assez longtemps. Ça a commencé sur la place à peu près à midi et ça a duré avec une vraie intensité jusqu’à, je pense, 16-17 heures. C’était vraiment très, très violent. Ensuite jusqu’à tard dans la nuit, en parallèle, pas de police pour empêcher les magasins d’être pillés. Et j’en ai fait des kilomètres dans Paris.

  • [Entretien] Yannick Simonin : « L’année 2026 est un signal d’alarme par rapport au virus du Nil occidental »

    [Entretien] Yannick Simonin : « L’année 2026 est un signal d’alarme par rapport au virus du Nil occidental »

    La Marseillaise : Avec 161 humains infectés par le virus du Nil occidental en France, l’année 2026 marque un record…

    Yannick Simonin : Oui, c’est trois fois plus que le précédent qui datait de… 2025. Ce virus est un grand gagnant du changement climatique. D’abord parce qu’il se transmet par les moustiques qui bénéficient du réchauffement. Mais aussi car lors des canicules, les points d’eau se raréfient. Les oiseaux et les moustiques se concentrent autour de ceux qui restent, ce qui favorisent la transmission. L’année 2026 est un signal d’alarme.

    Doit-on s’en inquiéter ?

    Y.S. : Oui, sans pour autant paniquer. Les cas augmentent. Les formes sévères et les décès aussi. Mais nous n’attendons pas d’épidémie majeure. C’est une montée progressive avec parfois des pics importants. Il faut être vigilant, développer des programmes de surveillance, des traitements et des vaccins. Pour l’instant, il n’existe qu’un vaccin chez le cheval. Chez l’humain : aucun vaccin ni traitement.

    Par rapport à la dengue ?

    Y.S. : Les cas de dengue sont plus nombreux et plus largement répartis géographiquement. Mais le virus du Nil occidental provoque plus de formes sévères car il atteint le cerveau et entraîne des inflammations souvent fatales. Toutefois, une grosse différence avec la dengue est qu’un humain infecté par le virus du Nil occidental ne le transmet pas s’il est piqué par un moustique. Sa charge virale n’est pas suffisante. Cela freine la transmission. C’est plutôt une bonne nouvelle. Mais le virus peut se transmettre par don de sang ou d’organe.

  • [Rue de la République] Jacques Latil : « Les Restos du cœur des Bouches-du-Rhône ont distribué 3,9 millions de repas en 2025 »

    [Rue de la République] Jacques Latil : « Les Restos du cœur des Bouches-du-Rhône ont distribué 3,9 millions de repas en 2025 »

    Les bénéficiaires des restos du cœur

    Didier Gesualdi : Quel est le rôle des Restos du cœur aujourd’hui ?

    Le rôle essentiel qu’on joue, c’est essayer d’accompagner le plus de personnes possible qui sont dans la précarité. Je parle de précarité alimentaire mais c’est aussi lié au logement. Une étude récente sur nos bénéficiaires met bien en évidence le sans-abrisme et la précarité résidentielle ce qui inclut par exemple les gens qui n’ont pas de domicile mais qui sont hébergés chez un tiers. Elle a été réalisée par cinq chercheurs : deux Américains, deux Français et un Allemand. Plus de 160 millions de données ont été analysées et on s’aperçoit que le sans-abrisme et la précarité résidentielle progressent énormément, on parle d’une augmentation de plus de 60% d’augmentation en quelques années.

    Léo Purguette : On parle de sans-abri mais on a aussi le sentiment que la pauvreté s’étend dans d’autres couches de la société. C’est le cas parmi vos bénéficiaires ?

    Oui, c’est un mouvement de fond depuis plusieurs années. Je suis aux Restos du cœur depuis 2018. J’ai vraiment vécu la crise covid où on a vu arriver de nouvelles populations. On a surtout beaucoup plus de jeunes et un nombre de familles monoparentales qui n’arrête pas de grandir.

    Didier Gesualdi : Des jeunes actifs aussi ?

    Bien sûr. Ce n’est pas parce qu’on a un travail qu’on est protégé de la précarité. C’est vrai pour les jeunes actifs, c’est vrai aussi pour les étudiants. Quand le Crous a mis en place le repas à 1 euro, il a été complètement dépassé. Ça prouve bien que cette jeunesse a du mal à se nourrir correctement et à se loger aussi. Les deux sont liés. Quand je suis rentré dans la vie active, les jeunes étaient totalement autonomes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On sait que beaucoup de jeunes sont en colocation en permanence. Il y a un problème sérieux à ce niveau-là.

    Didier Gesualdi : Et ceux qui n’osent pas pousser la porte, peut-être par honte ou pas peur de ne pas être dans les critères ?

    Oui, nous avons des seuils d’acceptabilité c’est normal mais quand une personne dans le besoin vient aux Restos du cœur, elle repart avec un colis de dépannage. La fois d’après, elle est obligée de justifier qu’elle est dans les barèmes que nous appliquons en fonction des moyens que l’on a. Et même si une personne ne peut pas bénéficier d’aide alimentaire, on peut l’orienter vers une aide juridique par exemple quand un papa quitte le foyer sans payer de pension alimentaire.

    L’ENGAGEMENT

    Léo Purguette : Qu’est-ce qui vous a personnellement conduit au bénévolat ?

    J’avais une maman assez branchée sur le milieu associatif ? Ce qui m’a poussé vers le bénévolat, c’est que quand j’étais gamin beaucoup d’adultes se sont occupés de moi. Je me suis toujours dit qu’il fallait que je rende la monnaie. Quand j’étais en activité professionnelle, j’étais assez souvent en déplacement et donc très pris, mais dès que la retraite est arrivée, j’ai tapé à la porte des Restos du cœur des Hauts-de-Seine. La difficulté dans le bénévolat, c’est de trouver des gens qui acceptent de prendre des responsabilités alors on m’a bombardé assez rapidement responsable départemental. Et puis ça a continué ici.

    Didier Gesualdi : Comment vous aider ?

    En continuant de sensibiliser à cette pauvreté… Il y a un paradoxe : les jeunes sont très sensibles à cela, les entreprises le sont aussi. Un peu pour leur image de marque sans doute. Mais à côté de cela on n’arrive pas à satisfaire tous les besoins.

    Léo Purguette : Concrètement comment vous aider ?

    La majorité des bénévoles ont mon âge mais on a aussi des jeunes. Il nous faut des bénévoles volontaires pour prendre des responsabilités et qui nous fassent profiter de leurs compétences professionnelles. L’entrepôt que la CMA-CGM a mis à notre disposition fonctionne avec un responsable approvisionnement spécialisé dans la logistique. Pour nous contacter c’est le 04.96.15.30.20 et par mail à : ad13.siege@restosducoeur.org

    LE NON-RECOURS AUX DROITS

    Didier Gesualdi : Rencontrez-vous des personnes qui ne demandent pas des choses auxquelles elles auraient droit ?

    Oui, je crois qu’à peu près 30% des personnes qui viennent ne savent pas qu’elles ont droit à des droits. On fait en sorte de les interroger pour savoir dans quelle situation elles sont. Nos distributions alimentaires sont ce qu’on appelle des « distributions accompagnées ». Les personnes qui viennent sont accompagnées d’un bénévole, ça permet de discuter avec les gens pour savoir où ils en sont. Est-ce que leur situation s’améliore ou se détériore ? On les aide à prendre les décisions qui s’imposent.

    Didier Gesualdi : J’imagine que cela nécessite aussi de former vos bénévoles.

    Oui tout à fait. On a des formations dans les différents domaines. On fait du juridique, de l’accompagnement scolaire. Pour tout ça, il y a des formations internes qui sont dispensées. On a des formateurs nationaux qui viennent localement et ensuite nos bénévoles qui forment la population.

    LES CENTRES

    Léo Purguette : L’un de vos 42 centres dans les Bouches-du-Rhône, a été touché par les intempéries, comment faites-vous face ?

    Oui c’est en effet un gros problème qui concerne le centre Barbini, celui de la Belle-de-Mai, un quartier en grande difficulté. Il a subi les intempéries et nous avons été obligés de le fermer parce qu’il y avait un risque d’électrocution. Nous avons pris la décision qui s’imposait mais cela touche quand même plus de 400 familles et au total entre 2 000 et 2 500 personnes qu’on ne sert plus. On a alerté la mairie concernée et on a été reçus par le préfet aux solidarités qui a été très à l’écoute de notre problématique. On est en train d’essayer de trouver des solutions. Est-ce que ça va passer par un autre local ? Un transfert ? Un local temporaire ? Au moment où je vous parle on n’a toujours pas la solution.

    LES FINANCEMENTS

    Léo Purguette : L’aide alimentaire a été plusieurs fois menacée au niveau européen. Votre financement est-il garanti ?

    Garanti, je ne sais pas. Il est remis en question régulièrement mais pour le moment on a toujours l’aide de l’Europe sur une partie des produits qu’on distribue.

    Didier Gesualdi : Avez-vous un bilan de l’an dernier ?

    Dans le département des Bouches-du-Rhône, on a distribué 3,9 millions de repas et servi 51 000 personnes. Ça va augmenter cette année c’est sûr. Dans un de nos 42 centres, le centre Paradou, le responsable me disait qu’en 2021 on servait 189 familles et qu’en 2025 c’est 479 familles.

    Didier Gesualdi : La Banque alimentaire qui redistribue via une association comme la vôtre pousse un cri d’alarme et en appelle à la générosité publique.

    Oui tout à fait. Il y a trois semaines nous avons fait une collecte au niveau du département. On est toujours surpris par la générosité de nos concitoyens. On a toujours des grosses inquiétudes avant que les collectes commencent et puis on s’aperçoit que les gens répondent présent. C’est quand même bon signe.

    Didier Gesualdi : Ceux qui donnent ne sont pas toujours ceux qui ont le plus de moyens…

    Exactement.

    Léo Purguette : Les chiffres que vous avancez posent la question de la responsabilité des pouvoirs publics. D’une certaine manière votre action les décharge de leur mission.

    Oui. Ce n’est pas nouveau. Ça s’accentue parce qu’on sent bien qu’il y a une tendance à tout réduire. Les finances sont exsangues donc on s’attend à avoir des difficultés pour avoir autant de financements que précédemment. On cherche d’autres voies. On essaye de récupérer un peu plus de marchandises dans le département pour compenser.

    Léo Purguette : En plus des dons alimentaires, sollicitez-vous des dons financiers ?

    Oui, heureusement qu’on les a d’ailleurs. C’est ce qui permet d’acheter presque la moitié de ce que l’on distribue.

    LE CLIMAT POLITIQUE

    Didier Gesualdi : L’ambiance politique est au repli sur soi. On sait bien que vous ne faites pas de politique mais ce climat ne va pas forcément dans le sens de la générosité à laquelle vous faites appel.

    Oui. Vous savez que le sujet politique, aux Restos du cœur, on garde un peu ça pour soi. Ce qui est normal. C’est d’ailleurs l’une des clefs du système mis en place par Coluche. Cela dit, oui, il y a une inquiétude sur la suite, une incertitude sur ce qu’il va se passer l’année prochaine.

    On a de plus en plus de difficultés à avoir des financements et tout à l’heure quand je vous parlais de la précarité résidentielle, on sait ce que les gouvernements ont à faire pour arranger les choses. 10% de logements sociaux en plus, c’est 10% de personnes accueillies en moins pour nous, parce que ça réduit les problèmes de pouvoir d’achat et de budget qui, aujourd’hui, ne le sont pas.

    LA RÉPUBLIQUE C’EST QUOI?

    Jacques Latil : « La République idéale c’est que tout le monde soit heureux dans son quotidien et vive à peu près correctement. On n’arrivera pas à gommer toutes les formes d’inégalité, mais avec le niveau de richesse que nous connaissons dans certains pays, ce n’est pas normal qu’il y ait autant de pauvres. »

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Maryse :

    On m’a dit que les restos du cœur ce n’est plus seulement l’hiver. Est-ce que c’est vrai?

    À une époque on avait même un barème différent entre l’été et l’hiver, partant du principe que les besoins étaient un peu différents en été mais désormais on ne fait plus de différence entre les saisons. On essaye de faire en sorte que les centres soient ouverts tout au long de l’année, ce qui est compliqué. On conserve notre campagne d’hiver qui sera lancée le 27 novembre. C’est un temps fort et le deuxième temps fort c’est la collecte nationale des Restos du cœur qui aura lieu le premier week-end du mois de mars.

    Aux Restos du cœur on rencontre des gens formidables toute l’année que ce soit au niveau des bénévoles ou des bénéficiaires. Ça fait réfléchir. On se pose des questions. On se demande pourquoi ces gens sont dans de telles difficultés par rapport à nous.

  • [Entretien] Sebastian Roché, CNRS : « Le gouvernement confond l’ordre politique et policier »

    [Entretien] Sebastian Roché, CNRS : « Le gouvernement confond l’ordre politique et policier »

    La Marseillaise : Quel bilan tirez-vous des mobilisations des dernières semaines et de la journée du 17 octobre ?

    Sébastian Roché : Le mot de « fiasco » s’impose. On l’avait employé pour le Stade de France, mais là, on est bien au-delà. C’est la démonstration que le maintien de l’ordre très agressif voulu par M. Nuñez est une faillite, contre-productive en plus. Son approche a été de multiplier les arrestations : 7 000 adolescents placés en garde à vue, c’est du jamais-vu. L’usage des grenades et des LBD a fait un nombre inédit de victimes chez les lycéens. C’est une véritable stratégie d’étouffement du mouvement. À des jeunes qui réclamaient de meilleures conditions d’études, on a répondu par des interpellations et des tirs. Faute de réponse politique, la colère ne s’est pas apaisée : elle s’est étendue, jusqu’à rejoindre la mobilisation contre la vie chère. Cette escalade a ainsi ouvert une fenêtre d’opportunité aux pillards, d’autant que le gouvernement avait mal anticipé l’ampleur du mouvement et que les dispositifs policiers se sont révélés désorganisés et débordés.

    Cette répression constitue-t-elle une rupture dans l’histoire récente du maintien de l’ordre ?

    S.R. : Les mutilations, les éborgnements, les arrestations nombreuses, on a déjà vu cela. Mais là, on est passé à la vitesse supérieure. On a probablement cinq mutilations d’adolescents en trois semaines : c’est un niveau jusque-là inconnu. Les interpellations massives servent à faire peur et à étouffer la mobilisation, des jeunes manifestants disent être traités comme des criminels en garde à vue… Ce n’est plus la police qui garantit les droits, c’est le modèle de la police qui fait peur ; et le ministre en fait un nouveau standard. Quand Laurent Nuñez déclare : « Aucune retenue dans l’usage des armes intermédiaires », c’est une phrase historique. Pointer des armes à feu sublétales sur une foule en colère, c’est une anomalie en Europe.

    Vous insistez sur la responsabilité politique. Le comportement
    des policiers dépend-il d’abord
    des instructions reçues
     ?

    S.R. : Le maintien de l’ordre, c’est politique de A à Z. Regardez les agriculteurs en 2024 : ils bloquent les autoroutes, forcent les barrages avec leurs tracteurs, mettent le feu aux grilles des préfectures. Le ministre les appelle des « patriotes ». Résultat : zéro tir de LBD et 60 interpellations. C’est pourtant la même police ! Des travaux attestent d’une proximité des policiers avec l’extrême droite, mais cela n’explique pas leur comportement individuel ici : ce sont des instructions qui viennent d’en haut. En France, le ministre fixe à la fois les objectifs et les moyens ; alors qu’au Royaume-Uni par exemple, le chef de la police détermine seulement les moyens. Le renseignement territorial subit aussi des pressions : les notes disent au ministre ce qu’il veut entendre. Puis, quand les choses tournent mal, on accuse les services. C’est tout un système.

    Vous évoquez une asymétrie entre la violence de l’État et celle des manifestants. Que révèle-t-elle ?

    S.R. : Regardez les tenues : d’un côté, des adolescents ; de l’autre, des policiers équipés comme des « Robocops », avec des armes à feu sublétales. L’État dispose du monopole de la violence légitime, mais cela ne signifie pas que tous les usages de la force sont légitimes. Or, le gouvernement semble oublier cette asymétrie. Il parle de violences, mais les mutilations sont du côté des manifestants. Bien sûr, des policiers prennent des coups, notamment du fait de la stratégie d’interpellations massives, mais ils n’ont aucun blessé grave. L’État doit trouver un équilibre entre le maintien de l’ordre et la garantie des droits. Aujourd’hui, on ne recherche plus que l’ordre par la contrainte, alors que l’ordre politique repose sur le consentement. On cherche davantage à dissuader de manifester qu’à garantir le bon déroulement des manifestations, et c’est assez inquiétant

    .

    La France est-elle en train de basculer vers un État policier ?

    S.R. : Dans un État policier, les contrôles de la police auraient été supprimés. Ce n’est pas le cas en France. Il reste une justice, des médias libres, des associations d’avocats, des universitaires critiques : des contre-pouvoirs. Mais la police prend une place démesurée. C’est un problème scolaire : les étudiants demandent des profs, on leur envoie les CRS. Le gouvernement confond l’ordre politique et l’ordre policier. Quand le Premier ministre associe la République aux forces de l’ordre, il renverse les choses. La République, ce n’est pas le gouvernement : ce sont les citoyens, leurs droits et leur expression politique. On est sur la mauvaise pente, mais dire que tout est déjà plié serait faux.

    Que vous inspirent les couvre-feux et l’évocation du recours à l’armée ?

    S.R. : Le gouvernement est en train de se noyer. Il cherche des symboles pour faire croire qu’il contrôle la situation. Comme il n’arrive pas à obtenir le consentement, il cherche les symboles de puissance les plus extrêmes, et quoi de mieux que le domaine militaire : couvre-feux, hélicoptères qui survolent Paris, opérations autrefois réservées à l’antiterrorisme, comme Sentinelle. On caricature la jeunesse en parlant de « violences urbaines » et l’extrême gauche en l’associant au terrorisme. C’est une manière de faire peur et de justifier le fait de brandir les symboles militaires de l’État.

    Qu’est-ce que ce discours dit de l’état de notre débat public ?

    On est dans un moment orwellien, avec une inversion complète du sens des mots. Le ministre affirme que tous les usages de la force sont « proportionnés », alors même que des adolescents sont mutilés. La proportionnalité signifie désormais qu’on mutile ! Un mouvement étudiant devient des « violences urbaines », la police censée vous protéger est celle qui interdit les cortèges, et les restrictions de liberté sont présentées comme des mesures prises pour notre bien. Comme chez Orwell, les mots finissent par signifier leur contraire. Le gouvernement peut ainsi ignorer la réalité tout en prétendant défendre la République.

    Quelles mesures permettraient de renouer avec un maintien de l’ordre respectueux du droit de manifester ?

    S.R. : D’abord, un geste de paix : suspendre les armes à feu sublétales dans la police des foules. Brice Hortefeux, ministre de Nicolas Sarkozy, avait suspendu les LBD après une mutilation. Le rappeler à Laurent Nuñez a une certaine dose d’ironie, mais c’est malheureusement juste. Il faut cesser l’escalade. Ensuite, remettre la politique au cœur de la question. Il y a des destructions, c’est vrai, mais elles se greffent sur un mouvement social de mécontentement. Le gouvernement veut déployer des forces extraordinaires pour traiter ce qui s’agrège au mouvement sans traiter le mouvement lui-même. Un maintien de l’ordre efficace est d’abord politique. Il n’y a pas de solution technique au fait que la jeunesse ne trouve pas de place dans la société. Il n’y a pas de solution policière à une crise de gouvernement.

  • [Entretien] Thibault Durand : « C’est aussi comme ça qu’on prépare une grève »

    [Entretien] Thibault Durand : « C’est aussi comme ça qu’on prépare une grève »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir fait cette rencontre ?

    Thibault Durand : On est dans une période compliquée. Même si l’initiative était prévue dès juin, on savait qu’on aurait une rentrée sociale chargée. Il y a une nécessité à regrouper les jeunes cheminots ensemble. La région est étendue, parfois il y a des jeunes qui sont seuls dans un poste d’aiguillage et qui ne sont pas au contact d’autres jeunes. Cette initiative permet donc que des jeunes de tous les coins de la région de se retrouver : ils viennent du fret de Miramas, des cheminots de Fos, de Nice et d’Avignon. Seul, on se décourage vite, mais quand on est en collectif, on est puissant. Le but est donc de se rassembler.

    La problématique de la vie chère se pose-t-elle pour les jeunes cheminots ?

    T.D. : On ne rentre pas à la SNCF pour devenir riche. Avec l’inflation, la flambée des prix de l’essence et de la nourriture, notre pouvoir d’achat diminue. Un salaire ne suffit plus. Si l’on veut des victoires, que ça soit sur les retraites ou l’augmentation du Smic, il faut faire corps ensemble et ne pas être chacun de son côté. C’est d’ailleurs par des initiatives comme celle-ci que l’on permet à des jeunes de mettre un pied dans le syndicat, puis qu’ils reviennent et participent aux mobilisations. C’est aussi comme ça qu’on prépare un mouvement de grève comme le 5.

    Cela renforce aussi la CGT ?

    T.D. : Si l’on n’a pas une CGT forte, on va perdre nos conquis sociaux petits à petits. C’est d’ailleurs notre ADN : tester unis et soudés pour conquérir des droits.

  • [Entretien] Fabien Roussel : « Nous appelons à se mobiliser où c’est possible »

    [Entretien] Fabien Roussel : « Nous appelons à se mobiliser où c’est possible »

    La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette réunion à Matignon ?

    Fabien Roussel : On est forcément déçus avec Stéphane Peu et Cécile Cukierman. On y allait pour commencer à discuter avec le gouvernement des mesures contre la vie chère pour les salaires, sur les prix de l’essence, de l’énergie. En fait, le Premier ministre nous avait conviés à une réunion qu’il a dite « technique » pour parler du maintien de l’ordre avec le général qui nous a expliqué ce que c’était. On est très loin de tout ce qui se dit en France depuis des mois concernant la vie chère. Si les questions de sécurité et de maintien de l’ordre nous préoccupent, pour autant, il est urgent d’apporter des réponses au problème du pouvoir d’achat. C’est ce que nous avons rappelé.

    Il n’a pas du tout été question
    de répondre aux revendications sociales
     ?

    F.R. : Rien. On a d’ailleurs mis l’accent sur le fait de recevoir les lycéens et les étudiants parce que c’est inadmissible que le Premier ministre ne l’ait pas encore fait, c’est ce que nous avons dit. Ils ont des propositions qui n’ont pas d’impact budgétaire, telles que l’abrogation de Parcoursup ou le fait de revenir sur le contrôle continu, la réforme de Jean-Michel Blanquer. Cela peut être annoncé dès maintenant.

    Le gouvernement devrait faire des annonces aux lycéens lundi.

    F.R. : Peut-être, en tout cas, on n’a rien entendu aujourd’hui.

    Qu’avez-vous pensé de la prise
    de parole du président Emmanuel Macron en amont de cette réunion
     ?

    F.R. : C’est lunaire parce que justement, on a un État qui est impuissant, un président qui est en fin de règne et au lieu d’entendre la colère qui monte et s’exprime depuis des mois, il met en cause des principes constitutionnels tels que le droit à manifester. Ça, c’est grave.

    Dans de nombreuses villes
    et départements, les interdictions à manifester tombent les unes après les autres.
    Qu’en pensez-vous
     ?

    F.R. : Quand des syndicats qui ont l’habitude de déposer, en bon ordre, la possibilité de manifester, il faut pouvoir défendre ce droit et ne pas accepter cette situation. Autant, il y a des endroits, quand il n’y a pas de demande des syndicats, de partis, d’organisations de jeunesse, je peux comprendre qu’il n’y ait pas d’autorisation à manifester. Mais quand ces demandes existent, et d’autant plus dans des villes où on a l’habitude de le faire, c’est inadmissible d’interdire à des organisations syndicales et politiques de manifester. Au contraire, l’État doit garantir ce droit et autant protéger les manifestants que les biens, les institutions et les commerces.

    Les transports seront également
    à l’arrêt, notamment à Marseille. Tout le monde est pénalisé
     ?

    F.R. : Encore une fois, c’est comme si c’était une double peine imposée aux Français et tout ça dans un discours sécuritaire qui mélange à la fois celui contre les immigrés, les terroristes d’ultragauche et la responsabilité de forces politiques de gauche. C’est une dérive dangereuse qui rappelle des discours que l’on a entendus dans les années 1930, où les partis communistes étaient interdits, où le bouc émissaire était le juif. Il faut faire attention à ces dérives.

    Si l’on en croit les révélations de Mediapart sur une note du renseignement intérieur, vous êtes un membre de cette « ultragauche »…

    F.R. : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et moi-même sommes cités dans une note du renseignement intérieur qui dit que nous sommes à l’origine de ces manifestations. Franchement, il n’y a pas besoin des renseignements intérieurs pour dire que les responsables des partis de gauche appellent à manifester pour le pouvoir d’achat.

    Vous appelez à manifester samedi ?

    F.R. : Tant qu’il n’y a pas de réponse concrète, nous appelons à se mobiliser où c’est possible. C’est-à-dire partout où les organisations syndicales, de jeunesse ou nous-même, appelons à manifester en ayant déposé une demande. Nous le faisons quand nous sommes en capacité d’organiser ces manifestations.

    La gauche est ressortie, jeudi, déçue, voire « en colère », de la réunion des partis politiques à Matignon. Consacrée au maintien de l’ordre, celle-ci a été défendue par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, comme « la priorité » avant toute « prise en compte » des revendications sociales. Le Premier ministre a assuré qu’il n’y avait « aucun amalgame » entre les manifestants qui défilent « de manière pacifique, qui ont des revendications à porter légitimement », et « les casseurs, les pilleurs, les délinquants, certains groupuscules aussi d’ultragauche ou d’extrême gauche radicalisés », selon Maud Bregeon.

  • Toulon-La Seyne : élection des représentants des locataires THM

    Toulon-La Seyne : élection des représentants des locataires THM

    Par ordre d’enregistrement ont donc été déclarées recevables celles conduites par l’association de consommateurs Indecosa suivie d’Afoc, « Que choisir ensemble » et Aval. Aux habitants de faire leur choix pour ceux qu’ils estiment les mieux à même de défendre leurs intérêts dans les instances dans lesquelles sont votées le budget, les loyers, les travaux et l’entretien.

  • [Entretien] Caroline Chevé, FSU : « Il faut contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications »

    [Entretien] Caroline Chevé, FSU : « Il faut contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications »

    La Marseillaise : Vous vous êtes rendue à Matignon dans quelle optique ?

    Caroline Chevé : Le courrier d’invitation portait sur deux points : des questions sur l’organisation des manifestations et des questions sur les revendications de la jeunesse. Sur ces deux sujets, nous sommes venus dire qu’évidemment nous ne voulions pas discuter de ça ! Sur les manifestations, la FSU n’a aucune leçon à recevoir de qui que ce soit. Nous n’avons pas attendu que Macron le demande pour condamner toutes les violences. Mais cela fait des semaines que nous sommes au plus près des jeunes, devant les établissements scolaires. Nous avons donc contribué à faire descendre la tension partout où l’on était. Par ailleurs, chacun ses responsabilités : nous assumons les nôtres, à l’État d’assurer la possibilité de manifester en toute sécurité. Et sur les revendications des jeunes : nous n’étions pas là pour parler à leur place. Nous avions demandé à ce qu’ils soient présents ou qu’ils soient reçus d’urgence dans leur cadre, nous ne comprenons pas pourquoi ils ne l’ont toujours pas été.

    Au niveau revendicatif, que portiez-vous à ce rendez-vous ?

    C.C. : Les revendications des personnels de l’Éducation nationale font directement écho à celles des lycéens. C’est le même principe pour les enseignants dans le supérieur avec les étudiants. Nous avons donc rappelé que plusieurs revendications n’ont toujours pas eu de réponses : la revendication salariale des fonctionnaires qu’on porte depuis bien longtemps, et elle fait le lien avec la problématique générale du pouvoir d’achat qui se pose aujourd’hui. Je ne vais pas faire une liste de courses mais je pense aussi aux enjeux de bâti scolaire, Ce que nous venions donc entendre, ce sont des réponses concrètes du gouvernement qui seraient visibles pour le budget 2027.

    Et quelles réponses avez-vous eues ?

    C.C. : Nous avons eu un discours de la méthode, une ébauche de calendrier. Mais nous n’avons eu aucun engagement qui pourrait figurer dans le budget de 2027. La seule annonce concrète qu’il y a eu, c’est la tenue d’une réunion au ministère de l’éducation nationale avec l’ensemble de la communauté éducative (représentants des personnels, des lycéens, organisations des parents d’élèves et les Régions). À l’occasion de cette réunion, des annonces seraient faites. Mais quand on creuse, ce dont il est question, ce sont des réponses à la plateforme lancée pour récolter les revendications des lycéens. Et les revendications présentes sur cette plateforme sont les mêmes que celles portées dans le mouvement : emploi du temps, accès aux études supérieures, conditions matérielles d’études… Donc il annonce des réponses et des chantiers ouverts sur ces sujets-là. Mais c’est ce que nous aurions dû entendre il y a 3 semaines ! Ils sont complètement en décalage avec le tempo qui s’est accéléré depuis fin septembre. Il y a une colère sociale qui s’exprime en permanence mais on a un gouvernement qui en est encore au point de réunir les organisations syndicales pour dire qu’il va y avoir des réunions dans lesquelles il y aura des annonces. Vu la situation, si le gouvernement reçoit les syndicats à Matignon, on aurait pu espérer autre chose qu’un calendrier.

    Quelle réaction de votre part ?

    C.C. : Notre priorité est de réussir une très grosse journée de grève le 5 novembre. Notre réponse doit être la grève. On appelle à ce qu’elle soit particulièrement massive dans la fonction publique. Il va falloir contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications. On ne peut pas se contenter d’un renvoi à un hypothétique débat parlementaire, dont on voit bien ce qu’il est. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et revoir sa copie pour le prochain budget. Il faut monter d’un cran, et pas seulement en mettant plus de gens dans la rue. On a vu samedi dernier que le nombre de manifestants était plus qu’important et dans les mobilisations de la jeunesse il y a aussi eu des cortèges très fournis. Là, l’enjeu est d’arrêter le travail et de construire un rapport de force. Nous sommes pleinement impliqués dans les mobilisations qui ont lieu depuis un mois mais là, nous sommes dans une autre dimension : grève interprofessionnelle, public-privé. Et avec des revendications très unifiantes puisqu’on est sur le pouvoir d’achat notamment. D’ores et déjà, cette journée appellera des réflexions pour les suites.

    Comment analysez-vous cette absence de réponse ?

    C.C. : Le gouvernement a plus qu’un train de retard. Ce qu’il se passe depuis 3 semaines dans le pays, ce n’est que la manifestation très forte de ce dont on leur parle depuis des mois et des années. Il se rappelle soudainement, en situation de crise, qu’il y a des corps intermédiaires. Alors que cela fait 10 ans que la démocratie sociale est piétinée par Emmanuel Macron. On le dénonce depuis la loi sur la représentation syndicale de 2019 mais il y a des dizaines d’exemples : Ce qui est resté de la convention citoyenne du climat, les cahiers de doléances des Gilets jaunes qui sont encore dans les sous-sols des préfectures. Il faut qu’ils entendent la défiance à l’égard de ceux qui exercent le pouvoir, à force d’avoir des gouvernements qui ne répondent pas aux revendications, qui considèrent que la démocratie se limite aux résultats d’élections.

  • [Entretien] Cédric Gimenez, CGT Cheminots Paca : « Rompre avec des années de sous investissement dans le rail »

    [Entretien] Cédric Gimenez, CGT Cheminots Paca : « Rompre avec des années de sous investissement dans le rail »

    La Marseillaise : La CGT dénonce la détérioration des chemins de fer. Par quoi cela se traduit-il concrètement ?

    Cédric Gimenez : Cela a des conséquences sur la qualité du service en engendrant des annulations ou des retards de train. Cela donne forcément une image dégradée de la SNCF qui ne nie pas les difficultés puisque nationalement une table ronde est organisée par SNCF réseau, au siège de la SNCF. Dans notre région où il y a de la concurrence qui a été imposée, cela ne règle aucun problème puisque tous les trains roulent sur la même infrastructure. Nous alertons sur les risques d’un réseau fragile : quand il y a des déformations de voie comme on l’a vécu cet été, il y a des possibilités de déraillement. Nous voulons protéger les cheminots et les usagers. Nous voulons rétablir un certain nombre de vérités sur les raisons qui nous ont conduits à cela. Mais surtout, pour nous l’enjeu c’est que l’on débouche sur des améliorations concrètes.

    Votre interpellation s’adresse-t-elle à la direction ou à l’État ?

    C.G. : Les deux. On entend tout un tas de sommes annoncées pour rénover le réseau. On nous parle de 2,5 milliards. Dans notre région, il y a notamment des investissements importants annoncés sur la ligne Marseille-Briançon pour accueillir les JO. Ce sont des travaux que l’on ne renie pas même si on estime qu’ils arrivent tard. Ce qu’on veut souligner c’est qu’à côté des investissements, il est nécessaire d’avoir des budgets de maintenance à la hauteur afin de pouvoir intervenir le plus vite possible quand il y a une problématique qui survient. Cela a été affaibli par toutes les réorganisations qui ont eu lieu dans l’entreprise avec comme unique but : faire des économies. Des années de sous-investissement et d’affaiblissement de la maintenance ont produit l’état du réseau d’aujourd’hui. Même du côté des infrastructures TGV, cela commence à se tendre. On l’a vu avec les intempéries qui ont montré une incapacité à agir vite.

    Les pluies et inondations qui ont touché les Bouches-du-Rhône causent la fermeture de la ligne Marseille-Miramas via Rognac pendant une semaine. Est-ce dû
    à la violence de l’épisode méditerranéen où aux faibles capacités d’intervention
     ?

    C.G. : Il y a la réalité du climat où on constate malheureusement de plus en plus d’intempéries de grande ampleur mais on s’aperçoit que l’entreprise a du mal à préparer cet avenir. Ce n’est pas en supprimant du monde qu’on y sera prêt. On ne peut pas être toujours dans la réparation d’urgence, il y a besoin d’un entretien régulier. Le but c’est de développer l’offre et pour y parvenir, il faut une infrastructure robuste. C’est une responsabilité qui incombe à l’État mais aussi à la direction SNCF que l’on ne peut pas exonérer des choix faits en interne depuis des années. En séparant les entités, en s’inscrivant dans une perspective de concurrence, elle s’est détournée de ce que nous estimons être les priorités pour l’avenir.

    Comment modifier la situation ?

    C.G. : Il faut faire grandir le rapport de force. Cela passe par l’interpellation de l’opinion publique et donc des usagers mais aussi, à l’approche des élections professionnelles, j’appelle l’ensemble des cheminots à voter CGT. Si on en est arrivé là c’est aussi lié à l’influence respective des organisations syndicales. Voter CGT du 19 au 26 novembre, c’est se donner les moyens de peser sur la situation et de défendre une vision d’avenir pour le ferroviaire.

  • [Entretien croisé] « Grigny et Marseille s’attaquent à la pauvreté »

    [Entretien croisé] « Grigny et Marseille s’attaquent à la pauvreté »

    La Marseillaise : L’actualité
    est marquée par le mouvement lycéen, suivi par cette journée du 17 octobre émaillée de violences. Comment l’avez-vous vécu en tant que maires ?

    Jean-Marc Coppola : Ce qui m’a frappé en rencontrant les lycéens, c’est qu’ils n’avaient pas d’interlocuteurs. Nous avons eu un échange avec une trentaine d’entre eux, nous leur avons donné la parole en conseil d’arrondissements. Ils sont d’une grande maturité, ils ont des revendications tout à fait justes. Mais le gouvernement ne répond pas à la hauteur de ce qu’ils demandent en matière de bonnes conditions d’études, de dignité, de respect. Ils n’ont pour seules réponses que des violences policières, auxquels nous avons été confrontés dans le 15e arrondissement. Derrière, il y a eu un samedi de chaos, auquel on ne s’attendait pas, avec cette accusation que ce sont des jeunes de quartiers, des cités qui viennent, alors qu’il s’agit d’éléments extérieurs. L’expression contre les institutions, la Marianne à terre, montrent une grande défiance. Je ne suis pas de ceux qui disent que parce que les politiques publiques sont violentes il faut répondre par la violence. La violence n’a jamais rien donné. Mais ce qui est inattendu aussi, c’est la réponse inappropriée de l’État qui n’a pas anticipé ce qui s’est passé, face à quelque chose de très organisé. Un État qui n’est plus capable de protéger ses concitoyens est un État en délabrement total. C’est le résultat de politiques menées depuis très longtemps, particulièrement avec Emmanuel Macron depuis dix ans. Cela pose des questions sur ce qu’il faut recoudre, des actes à prendre pour montrer que l’on entend les souffrances, la violence sociale. Nous sortons d’une rencontre avec des mères à la Castellane, qui nous disent qu’elles veulent le mélange, que l’humain soit pris en compte, qu’il faut de la mixité. Il faut des politiques qui rétablissent de la justice et de l’égalité.

    Philippe Rio : À Grigny, je n’ai ni commissariat, ni lycée. Mais nous avons donné la parole aux lycéens, j’ai été devant des lycées pour écouter longuement. Il y a une exigence d’égalité très claire. Les manifestations parisiennes se sont faites dans la joie, les élèves, les professeurs, les parents d’élèves étaient présents. Se retrouver ensemble pour réclamer la même chose, un avenir, c’était extrêmement rafraîchissant. Ce mouvement de samedi, des gens m’en parlent depuis quinze jours. Des gens qui ne sont pas politisés, qui n’ont jamais été à des manifestations qui me demandaient si j’y allais. Il y a un symbole dans la France invisible qui se dit qu’il se passe quelque chose, c’est le signe d’une colère extrêmement profonde. Je condamne sans conteste tous les dérapages qui ont eu lieu. Mais le biais médiatique aujourd’hui fait qu’on oublie le mouvement social, la lutte contre la vie chère. Au bout de dix ans, on se dit que la question des libertés publiques, de l’ordre public, des privatisations rampantes se pose dans le pays. Cela fait une addition très importante, il n’y a plus rien qui fonctionne. Il y a des Français polarisés et un président de la République qui appelle à la rescousse les corps intermédiaires pour demander l’arrêt des violences après nous avoir mis de côté pendant dix ans, mais qui ne donne aucun débouché. Nous sommes en début de mandat et on nous prend 7 milliards d’euros pour rembourser les dettes du pays, de l’argent que l’on n’a plus comme le service public de proximité. Nous sommes la dernière digue et on nous prend encore des moyens !

    Vous avez parlé des revendications sur le pouvoir d’achat. Il y a le même niveau de vie à Grigny que dans ce secteur. Que pouvez-vous faire face à la misère ?

    P.R. : Grigny et Marseille sont les deux villes qui en France ont décidé de s’attaquer à la pauvreté. Nous sommes au XXIe siècle dans la sixième puissance mondiale et ce sont des collectivités locales qui aujourd’hui se disent qu’il faut faire de la rénovation urbaine de manière XXL, s’attaquer aux copropriétés dégradées. Le logement est le premier poste de dépense des Français, si le logement va mal, les familles vont mal. Même s’il y a aussi l’emploi, l’éducation, parce qu’inégalités sociales et scolaires se nourrissent mutuellement. Nous ne sommes pas dans le déni : ça s’appelle de la pauvreté. Elle touche d’abord nos enfants, deux tiers des enfants à Grigny. Ce sont les femmes aussi, les familles monoparentales. Quand on prend le sujet pour construire des politiques publiques, on s’aperçoit qu’il y a plein de choses qui dysfonctionnent. Quand la moitié de ceux qui pourraient toucher le minimum vieillesse ne le touchent pas chez nos anciens, notre monde est détraqué. Nous avons décidé courageusement d’apporter des réponses, d’interpeller l’État. Ce n’est pas simple. Il y a trois ans, je suis venu ici à Marseille pour voir comment vous faisiez votre stratégie pauvreté, avec Audrey Garino [alors adjointe PCF aux solidarités, Ndlr]. Il y a eu une expérimentation, territoire zéro non-recours aux droits. Cela commence à fonctionner, j’ai interpellé l’État pour que cela ne s’arrête pas à la fin de l’année, avec une tribune ce mardi dans Libération.

    J.-M.C. : Nous sommes dans un secteur où il y a beaucoup de solidarités, à l’échelle de la cité. Cela tient comme ça, par ces associations qui permettent cette solidarité, qui permettent de la dignité mais ne règlent pas les problèmes de fond de la pauvreté. Il y a de nombreuses préoccupations sur ce secteur, mais la question de pouvoir manger se pose tous les jours.

    P.R. : Nous allons reprendre les distributions et nous allons voir de nouveaux visages, des travailleurs, nos anciens qui après une vie de labeur vont faire la queue ! Il y a un gouvernement qui ne peut plus faire et un peuple qui n’en veut plus. Nous, les communes sommes au milieu de tout cela et nous devons faire face à ces défis, à la pauvreté, au changement climatique. On l’a vécu pour la première fois avec une telle importance cet été. Dans ce moment très complexe, nous avons un rôle particulier à jouer. Dans ma ville, j’ai les petits-déjeuners financés par l’État pour tous les enfants et heureusement. J’ai dû me battre. Pareil pour qu’ils paient moins cher les inscriptions sportives, je fais entre 0 et 75 euros et j’ai 2 000 inscrits de plus dans mes clubs, avec 40% de filles.

    J.-M.C. : En tant que maire de secteur, je suis l’oreille et le porte-voix des souffrances et des aspirations à vivre dignement. Le trait d’union entre les institutions, la mairie centrale, la Métropole, l’État… pour apporter des réponses et des solutions concrètes. Les élus de proximité sont en première ligne et on doit surmonter des paradoxes. Sur le logement, il en manque 70 000 à Marseille. Mais quand on vient nous en demander, on ne veut pas montrer l’impuissance de la politique. Il faut contraindre là où se décident les choses, là où sont les moyens. C’est ce que nous avons fait lors du dernier mandat, auprès de l’État qui pendant des décennies a complètement délaissé Marseille. Sans l’État, nous n’aurions pas pu répondre à l’incurie sur les écoles. On essaie de mener des politiques de proximité utiles, de lutter contre les inégalités en mettant des priorités. On construit des écoles prioritairement dans nos quartiers, là où rien n’a été fait pendant des années. Aujourd’hui, on ne peut pas avoir un État qui abandonne les collectivités, les étrangle, nous rend impuissants. C’est terrible.

    Justement, vous ouvrez des services publics, mais en même temps, les centres sociaux et missions locales perdent des subventions, les services publics de l’État ferment. Vous ne vous sentez pas impuissants ?

    P.R. : C’est la question qu’on se pose tous les matins. Quand on parlait de logement, on mettait cinq ans pour avoir un logement social quand j’ai été élu maire [en 2012, Ndlr]. Aujourd’hui, c’est dix ans. Mais il faut toujours avoir de l’espoir. Même sans espoir, la lutte est encore un espoir, comme disait Romain Rolland. On arrive à bouger des choses. Je dis souvent à mes interlocuteurs de l’État, si vous voulez réussir la République, vous devez réussir Grigny. Si on veut réussir la France, il faut réussir Marseille. Je ne comprends pas pourquoi la deuxième ville de France est dans cet état. Marseille est un mystère pour moi. Une telle capacité à faire rayonner la France, et cette situation hallucinante. Je suis venu à Marseille il y a dix ans pour le plan initiatives copropriétés lancé par Julien Denormandie, du temps de la rue d’Aubagne. J’ai signé la deuxième opération d’intérêt national de rénovation de copropriétés dégradées, pour 5 000 logements. J’y habite, je viens du quartier de la Grande Borne. Tous les ans je vais à Paris, on parle toujours de nos deux villes sur les copropriétés. Nous sommes à l’avant-garde des défis de notre nation. Mais sur le logement : on en est où sur l’encadrement des loyers ? C’est le 26 novembre que l’expérimentation s’arrête. 83% des Français sont favorables, la crise sociale en Europe est autour du logement et pour la première fois il a été créé une commission européenne au logement. Il faut un encadrement des loyers obligatoires dans les opérations de requalification des copropriétés d’intérêt national. À Grigny, les marchands de sommeil louent à 50 euros le mètre carré ! C’est une mesure contre la vie chère facile à mettre en œuvre et qui fonctionne.

    J.-M.C. : Un des facteurs de mobilisation, c’est aussi de revaloriser ces quartiers. Je suis frappé des initiatives des adolescents eux-mêmes qui au centre social de Campagne Lévêque prennent une caméra et font un film de 10-15 minutes pour montrer que cette jeunesse n’est pas celle qui est décrite, dont on doit avoir peur. Ils montrent que leur quartier, leur cité est belle, ils grandissent là-dedans. Ici, il y a autant de qualités, d’atouts, de talents qu’ailleurs. Cela accompagne les initiatives que l’on peut prendre en direction des autres collectivités, de l’État, pour rassembler, dire que l’on existe. Par ces discussions, on peut montrer comment trouver des solutions, expliquer qu’il y a une indécence à avoir autant d’inégalités, d’avoir autant de richesses dans ce pays qui ne participent pas à un vivre ensemble. Nous sommes avant une échéance importante, et peu en parlent. Le leitmotiv depuis des années c’est on va baisser les impôts, mais l’impôt c’est la redistribution des richesses ! Il faut une grande réforme de la fiscalité pour donner des moyens aux collectivités, pour que les missions régaliennes de l’État soient aussi respectées. Redonner confiance, valoriser, cela permet de relever la tête. Je suis frappé par les initiatives bénévoles des habitants pour nettoyer leur quartier, créer des jardins partagés et ils attendent de nous qu’on les soutienne, qu’on les accompagne. Ce sont des petites choses mais la dignité passe par là.

    Il y a une chape de plomb à briser avec cette image que l’on peut avoir des quartiers Nord à Marseille, où celles renvoyées
    par Tibo Inshape quand il patrouille avec la Bac à Grigny ?

    P.R. : Nous sommes confrontés à des narratifs et à des récits. Le récit français majoritaire sur les quartiers populaires donne un biais négatif. Ceux qui vivent les quartiers populaires connaissent leurs fragilités, leurs vulnérabilités, mais en même temps cette incroyable créativité, cette force de vie, cette solidarité, cette énergie épatante. Dans ce moment politique dans lequel nous sommes, à la veille d’une élection présidentielle extrêmement importante, je vois bien ce qui est raconté médiatiquement. Nous sommes les petits vilains canards de cette Nation. Soit on fait avec, soit on fait sans. C’est le grand choix qui sera posé dans cette élection présidentielle. Le sujet est un impensé aujourd’hui, comme celui des collectivités locales, comme celui de la pauvreté, y compris dans le milieu rural. Il ne faut pas jouer les fractures entre les ruraux et les urbains, de 15 à 20 millions de nos concitoyens vivent dans des territoires marqués par la pauvreté. Nous participons, avec les territoires ultra-marins, à une question de jeunesse. C’est l’avenir de cette jeunesse qui se joue. Certains voudraient la préférence nationale. C’est faire sécession. Qu’est-ce qui va se passer si le pire arrive dans six mois ? Quelles vont être les collectivités locales les plus touchées ? Aujourd’hui c’est simple de dézinguer une ville populaire sur les dotations, sur les crédits de la politique de la ville. Ce projet nauséabond de préférence nationale aura comme premières victimes les villes populaires, nous avons un intérêt majeur dans cette période. Je suis dans l’Association des villes de banlieue, nous avons fait notre séminaire de rentrée sur ce sujet-là, parce que nous avons extrêmement peur. Il ne faut pas être sidérés par cette peur, mais que cela nous permette de se mettre en mouvement, de prendre des initiatives. Les habitants des quartiers populaires contribuent à la richesse de ce pays, à l’identité de ce pays. Nous sommes un plus, et pas un moins, si ce n’est que nous partons avec un peu de retard. Mais nous sommes l’avant-garde de ce pays. Si on regarde d’un point de vue électoral, tous les spécialistes nous disent que les résultats du Nouveau front populaire c’est aussi une réaction des quartiers populaires qui se sont surmobilisés pour ne pas que le Rassemblement national gagne. On sait qu’il y aura un deuxième tour, et nous avons déjà l’identité d’une personne qui y sera. Moi je demande déjà à mes services de faire un plan B pour mon budget. Nous travaillons tous à nos budgets en ce moment. Nous nous serrons déjà la ceinture et nous ne savons pas comment nous allons faire, parce que notre boulot c’est le vivre ensemble, nous sommes des animateurs du vivre ensemble. Cela coûte, il y a des dépenses, ou plutôt des investissements, y compris dans l’humain. Nous allons construire nos budgets avec moins encore. Mais s’il y a une catastrophe au mois de mai, ils vont tout couper. Cela sera un autre mode de gestion. Qu’est-ce qui se passe si on nous enlève la dotation de solidarité urbaine ? Demain s’il y a un autre gouvernement, je ne suis pas sûr de l’avoir. Chez moi, c’est 18 millions d’euros. On voit le danger. Nous devons très rapidement prendre conscience que nous serions les premières victimes de ce régime s’il arrive au pouvoir.

    J.-M.C. : Notre rôle c’est de créer du liant entre les personnes. De montrer comment ces différences sont une richesse. Tout est fait pour opposer, diviser, le racisme est exacerbé. Aujourd’hui, on sait combien il y a de discriminations ici. J’ai rencontré ce matin une association qui permet l’accès au sport, à la nage, à 300 enfants de la Bricarde à la Castellane. Quand elle veut les amener dans un camping à l’extérieur, ils voient 13015 Marseille et ils disent : ce n’est pas notre public. Il y a ces discriminations, il y a aussi cette opposition cherchée entre les générations en plein mouvement lycéen, comme si on devait choisir entre les uns et les autres. Alors notre boulot c’est de créer du lien, apaiser les peurs, valoriser, sans mettre la poussière sous le tapis. On le sait que la pauvreté, l’absence de logement amènent à des dérives, que les trafics s’en nourrissent. Mais parlons de ceux qui se retroussent les manches. Je suis heureux qu’il y ait le projet de cité de cinéma à côté, c’est un des arts qui permet de montrer sans fards !

    P.R. : On a mille et une expériences de choses incroyables. Pour revenir au mouvement lycéen, il commence à Mayotte. Ils demandent de l’égalité. Il se poursuit à Créteil. Les lycées de banlieue arborent le drapeau bleu-blanc-rouge, c’est la première fois qu’il y a ça de cette manière-là. J’ai entendu La Marseillaise dans les défilés. Et très rapidement les grands lycées parisiens, de l’élite se sont mis en grève pour dire qu’ils ont tout, et se mobilisent pour ceux qui n’ont pas les mêmes chances. Quelle intelligence ! Il n’y a que notre monde adulte qui est stupide et nous fait courir un grand danger. Et dans les quartiers populaires il y a les petites choses de la vie qui nous changent. Le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises de France a grandi à Grigny, il a commencé à la JC, il a terminé à HEC ! J’ai deux influenceurs, Golo et Ritchie qui cartonnent sur les réseaux sociaux. Pour la première fois, un documentaire est fait avec eux sur la banlieue, il n’y a aucun policier, aucune violence. C’était le meilleur documentaire en nombre d’entrées de ces dix dernières années ! Nous sommes en train de gagner quelque chose.