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  • [Entretien] Bruno Mansio : « L’idée est de progressivement faire grandir l’International d’Aix »

    [Entretien] Bruno Mansio : « L’idée est de progressivement faire grandir l’International d’Aix »

    La Marseillaise : Vous affichez presque complet à la veille de l’événement. Comment s’est passée l’organisation en amont ?

    Bruno Mansio : Au départ, on était sur 256 équipes, avec la possibilité de monter à 260, ce qui permettait de rester sur une jauge d’environ 320 jeux, comme l’année dernière. Avec les 128 équipes féminines qui attaquent à 14h, le problème était surtout l’espace. On avait prévu de faire le carré d’honneur dans le bassin du parc, mais ça devenait trop compliqué et on se retrouvait à l’étroit. Un autre événement devait également se tenir à la Boule d’Orbitelle, mais la Ville leur a demandé de partir. On a donc cherché une solution et, en passant devant le stade des Platanes, on s’est dit : pourquoi ne pas déplacer l’événement à l’extérieur ? On a finalement trouvé ce site, qui permet d’installer environ 80 jeux. Comme on avait beaucoup de demandes et qu’on était limités en capacité, l’objectif était de pouvoir accueillir un maximum d’équipes et de satisfaire le plus de monde possible. L’idée est aussi de faire grandir progressivement l’événement. On était à 320 équipes, on a rouvert avec 200 séries supplémentaires.

    De plus en plus d’événements sportifs disparaissent, faute de moyens ou de soutiens. À quel point l’organisation d’un International est difficile ?

    B.M. : Dès lors qu’on a l’appui de la Ville et de ses services, notamment pour toutes les démarches administratives, ça simplifie énormément les choses. Mais le financement reste un vrai défi. Les dotations sont importantes. Rien que pour un Top 1000, les vainqueurs gagnent 1 000 euros chacun, auxquels s’ajoutent les dotations des finalistes. Au total, on est sur un budget qui avoisine les 100 000 euros. Quand on valorise l’ensemble des moyens nécessaires – barriérage, sécurité, éclairage, aménagement des terrains et des carrés d’honneur, prestataires comme Boulistenaute ou Ludax – les coûts s’accumulent rapidement. Rien que l’éclairage représente 5 000 à 7 000 euros.

    La Boule Aixoise a été créée seulement il y a deux ans et demi, et vous faites déjà partie des grandes équipes nationales…

    B.M. : On est fier d’avoir déjà un finaliste du Championnat de France tête-à-tête, des demi-finalistes en doublette et en doublette mixte, ainsi que cinq titres départementaux. On a envoyé plusieurs équipes aux Championnats de France. Il nous manque encore quelques titres, mais ce n’est pas grave. On va continuer à se renforcer et à recruter. Ce qui me rend surtout fier, ce sont nos jeunes. Ils ont remporté pour la troisième fois la finale de La Marseillaise et l’objectif est de les garder et de les accompagner.

    L’avenir de la pétanque passe par la formation des jeunes, selon vous ?

    B.M. : Si on veut que la pétanque soit pleinement reconnue comme un sport, il faut investir davantage dans la jeunesse. Un titre de Champion de France senior viendra, mais ce n’est pas l’essentiel. Le plus important est d’accompagner les jeunes, de leur donner les moyens de progresser et de rester dans le sport. Il faut donc que la Fédération et les comités départementaux se saisissent réellement de cette question. Nous sommes dans un département qui compte environ 12 000 licenciés. Il y a des moyens, mais il faut les investir davantage dans la formation, notamment en accompagnant et en soutenant les éducateurs. C’est là que nous avons encore une vraie marge de progression.

    Comment s’installer durablement au niveau national et rivaliser avec les autres grands clubs de l’Hexagone ?

    B.M. : Il faut mettre les moyens correspondants à vos ambitions. Une saison comme la nôtre représente un budget d’environ 150 000 euros, avec des sponsors, le soutien des institutions et la confiance de partenaires. Quand la Ville nous met à disposition 3,5 hectares du parc Jourdan en nous disant de montrer ce qu’on est capables de faire, c’est un véritable défi, mais aussi une formidable opportunité. Il y a évidemment des clubs, comme Arlanc et Fréjus, qui disposent aujourd’hui de joueurs et de moyens considérables. À nous maintenant de continuer à nous structurer.

    La section féminine se renforce

    Pour sa première saison chez les seniors, Mélissa Marsille a remporté le championnat des Bouches-du-Rhône en doublette mixte avec Michel Hatchadourian, puis s’est hissée jusqu’en demi-finale du championnat de France avec le même bombardier arménien. Pour qu’elle puisse continuer à progresser, la Boule Aixoise a attiré deux joueuses de renom dans ses filets : Séverine Roche, « dont l’expérience et le calme seront précieux pour accompagner les jeunes » et la talentueuse Kaylie Victoor-Demeter, également âgée de 18 ans. « Nous avons déjà une quarantaine de joueuses, mais l’objectif est de constituer un véritable groupe de haut niveau, avec suffisamment de joueuses pour pouvoir aligner plusieurs doublettes et triplettes », souligne Bruno Mansio, président du club aixois.

  • [Entretien] Laura Fleury : « Je serai à 100% avec Gap pour cette rencontre »

    [Entretien] Laura Fleury : « Je serai à 100% avec Gap pour cette rencontre »

    La Marseillaise : Vous êtes la première femme de l’histoire à être manager général d’un club de Ligue Magnus. Comment se passent vos premiers mois à la tête des Rapaces de Gap ?

    Laura Fleury : Ça se passe très bien. C’est un gros challenge, compte tenu du contexte autour de l’équipe de Gap, avec beaucoup de travail en tant que manager général. Mais c’est un beau défi. La dynamique et le projet commencent à prendre, même s’il reste beaucoup à faire pour construire quelque chose de pérenne et durable. On commence à poser les bases et c’est ce qui est encourageant.

    Comment analysez-vous votre effectif pour cette saison ?

    L.F. : L’équipe est composée de joueurs de qualité, aussi bien sportivement qu’humainement. C’est essentiel pour créer un vrai collectif, dont Gap a besoin aujourd’hui. Il reste des choses à améliorer, mais nous avons déjà vu de belles choses. Au-delà des victoires, l’objectif est de construire un groupe solide et de poursuivre cette dynamique.

    Sur quoi repose l’identité des Rapaces de Gap, selon vous ?

    L.F. : Elle repose d’abord sur l’histoire du hockey à Gap, son palmarès et ses victoires. Même en reconstruction, nous devons garder l’ambition de retrouver progressivement le haut du tableau et le meilleur niveau du hockey français. Le chemin est encore long, mais nous voulons avancer de manière progressive et solide. Notre identité repose aussi sur un public fidèle et connaisseur, présent depuis des générations. Sa ferveur est particulière et différente de celle de Marseille, mais elle implique une vraie exigence pour être à la hauteur de ses attentes.

    Vous avez démissionné, lundi, de vos fonctions de présidente du Marseille Hockey club amateur pour vous consacrer pleinement aux Rapaces. Est-ce particulier d’affronter les Spartiates quelques jours seulement après l’annonce de votre départ ?

    L.F. : Je mentirais si je disais que ce match n’a pas une saveur particulière pour moi. Marseille est un club de la région que je connais bien et que j’apprécie, mais ce match vaut les mêmes points que les autres. Il pourra être plus engagé en raison de la proximité entre les deux clubs, mais dès le coup d’envoi, je serai pleinement concentrée sur Gap et derrière mon équipe. La rivalité est évidemment sportive et existe à chaque match, avec une saveur particulière pour un derby, comme Briançon. Mais au-delà du terrain, nos enjeux sont communs, à savoir développer le hockey français. Je suis désolée pour mes amis marseillais, mais je serai à 100% avec Gap pour cette rencontre.

  • [Entretien] Rémi Nicolas : « Nous voulons ouvrir une nouvelle histoire pour l’Agglo »

    [Entretien] Rémi Nicolas : « Nous voulons ouvrir une nouvelle histoire pour l’Agglo »

    La Marseillaise : Vous avez beaucoup œuvré à la constitution de la majorité autour de Vincent Bouget. Quel est aujourd’hui votre rôle ?

    Rémi Nicolas : J’ai œuvré pour constituer ce que j’appelle une « majorité de territoire », autour d’un projet le plus large possible et rassemblant le plus de maires. L’objectif était d’éviter une agglomération en opposition avec sa ville-centre, qui représente plus de la moitié de la population et des richesses de Nîmes Métropole. Aujourd’hui, comme premier vice-président, je suis effectivement « au cœur du réacteur » : je suis quasiment quotidiennement en relation avec Vincent Bouget et son cabinet et je ne suis pas limité à ma délégation. Je ressens aussi chez le président une volonté de travailler de manière plus collective qu’auparavant.

    Qu’est-ce qui a changé
    dans la manière de gouverner par rapport au précédent mandat
     ?

    R.N. : On est encore au début de la mandature et Vincent Bouget est toujours dans un temps d’inventaire, nécessaire pour s’approprier tous les dossiers. Mais le ressenti que j’ai, c’est une volonté d’associer le plus grand nombre et de travailler de manière plus collective qu’on ne pouvait le faire auparavant. Il y a aussi cette volonté de construire un projet politique en concertation avec les élus, la population et nos partenaires. Le constat que l’on fait, c’est aussi que beaucoup d’habitants connaissent mal l’Agglo et ses missions. Fin 2026 ou début 2027, nous allons donc lancer un grand travail autour du projet de territoire à l’horizon 2040, avec l’objectif d’aller à la rencontre des habitants, de mieux leur faire connaître les compétences de Nîmes Métropole et de recueillir leurs attentes. Cela doit permettre de poser la question de l’évolution de nos compétences. Je pense, par exemple, à la petite enfance ou à la restauration.

    Magna Porta est l’un des grands dossiers hérités. Que voulez-vous en faire ?

    R.N. : Aujourd’hui, le projet porte sur 60 hectares. Mais pour aménager cette surface, on nous demande plus de 400 hectares de compensation : ce n’est pas possible. Notre objectif est donc de sortir environ 20 hectares à l’échelle du mandat. Il faudra probablement faire évoluer le projet. Jusqu’ici, on imaginait uniquement de l’activité économique ; pour trouver un équilibre, il faudra peut-être aller vers une zone mixte, avec du logement et de l’activité. Je suis élu communautaire depuis 2014 et depuis 2014 j’entends parler de Magna Porta. L’objectif, c’est qu’enfin une partie du projet sorte et que le serpent de mer ne serpente plus.

    L’aéroport de Nîmes-Garons est lui aussi en pleine remise à plat. Quel avenir lui voyez-vous ?

    R.N. : Les ambitions du délégataire autour de 400 000 voyageurs par an sont aujourd’hui inatteignables. Le rêve économique vendu autrefois autour de ce chiffre s’écroule. La DSP arrive à échéance en 2028 : il faudra alors regarder si, avec environ 258 000 voyageurs par an, le trafic commercial peut trouver un équilibre économique. Mais l’avenir de l’aéroport ne repose pas sur les lignes commerciales. Il peut vivre sans elles. La clé, c’est la Sécurité civile et notre ambition de faire de Nîmes-Garons la base française, voire un hub européen, autour duquel on peut développer une industrie aéronautique. Aujourd’hui, avec Ryanair comme mono-opérateur, l’Agglo n’a quasiment aucune maîtrise sur les destinations. Nîmes ne peut pas prétendre concurrencer Montpellier ou Marseille.

    Cette majorité très large peut-elle tenir lorsqu’arriveront les grands arbitrages ?

    R.N. : Je le crois, parce que la manière dont fonctionne Vincent Bouget consiste justement à éviter qu’un désaccord majeur apparaisse. Rien ne se construit contre les 39 maires, et c’est aussi ce qui fait la particularité de ce mandat. Il peut y avoir des oppositions ponctuelles, éventuellement un maire qui quitte la majorité, mais je ne crois pas à une majorité qui vacille. Nous sommes réunis autour d’une vision de territoire et d’un projet commun. Et nous avons aussi une opposition RN qui, par son attitude et ses postures au conseil communautaire, nous rassemble et nous renforce. Une Agglo, c’est une collectivité de construction à plusieurs, même quand certains essaient de court-circuiter le processus ou de faire de l’hémicycle une simple tribune politique. Et c’est bien ce que nous comptons faire, afin d’ouvrir une nouvelle histoire pour l’Agglo, qui ne soit plus uniquement construite autour de la ville de Nîmes, mais à l’échelle des 39 communes.

  • [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    La Marseillaise : Pourquoi les ouvriers ont-ils eu besoin de Bourses du travail ?

    Sylvie Brunol : Au départ, ce sont des lieux faits pour accueillir les travailleurs, les informer, les aider et organiser la solidarité. On y trouve du placement, des bibliothèques, de l’entraide, et même autrefois des cours du soir, essentiels pour l’éducation ouvrière. Et au fond, cette fonction existe toujours : aujourd’hui encore, on y vient pour un conseil juridique, pour être accompagné lors d’un licenciement, pour rencontrer un syndicat. Ce ne sont donc jamais de simples bureaux.

    Ont-elles joué un rôle dans
    la construction du syndicalisme français
     ?

    S.B. : Un rôle majeur. À la fin du XIXe siècle, il y a d’un côté les fédérations de métiers, de l’autre les Bourses du travail, notamment animées par Fernand Pelloutier. La CGT naît en 1895, mais l’unification reste incomplète. Et Montpellier joue un rôle important : en 1902, Louis Niel, secrétaire de la Bourse du travail, travaille à rapprocher les deux structures. Le congrès de Montpellier marque cette unité entre fédérations de métiers et Bourses du travail. C’est une étape essentielle dans la construction de la CGT telle qu’on la connaît.

    Dès l’origine, ces lieux dépendent pourtant beaucoup des municipalités…

    S.B. : Oui, et c’est toute l’ambiguïté. Beaucoup ont été créées dans des villes radicales ou socialistes, avec des locaux fournis ou financés par les communes. Certains syndicalistes s’en méfiaient déjà : si le pouvoir municipal change, le syndicat peut se retrouver dépendant d’un élu hostile. C’est une fragilité qui traverse toute leur histoire. À Sète, par exemple, la mairie UDF a tenté dans les années 1980 de transférer la Bourse, puis a cessé de financer certaines dépenses. Il a fallu un comité de défense et des années de mobilisation pour la maintenir. Et cette tension est presque aussi vieille que les Bourses elles-mêmes. Toujours à Sète, dès 1901, le maire Honoré Euzet refuse de remettre les clés aux syndicats avec l’autonomie prévue par leurs statuts. Il faudra son départ et l’élection d’une municipalité ouvrière pour que la Bourse leur soit officiellement remise en 1902.

    L’histoire fournit aussi des exemples plus brutaux…

    S.B. : Le patronat et l’extrême droite ont toujours menacé les syndicats. Mais sous Vichy, on change clairement d’échelle. La CGT est dissoute en novembre 1940. À Béziers, en 1942, les locaux de la Bourse sont attribués à des organisations liées à la « Révolution nationale » pétainiste, tandis que des militants CGT entrent dans la clandestinité et la Résistance. Je ne dis pas qu’on peut plaquer mécaniquement cette histoire sur l’actualité, ce serait faux. Mais elle montre que quand un pouvoir veut contrôler ou affaiblir le syndicalisme, les lieux où les travailleurs s’organisent deviennent très vite une cible. Cela doit nous pousser à être vigilants.

    Êtes-vous inquiète des attaques actuelles contre les locaux syndicaux ?

    S.B. : Oui. Il y a toujours eu des conflits avec des municipalités de droite comme de gauche. Mais aujourd’hui, avec les mairies RN de Carcassonne ou Bagnols-sur-Cèze, on voit se multiplier les décisions concernant directement ces lieux : la mairie de Carcassonne a engagé une procédure pour faire quitter la Bourse du travail aux syndicats ; à Bagnols, elle a annoncé la fin de la mise à disposition des locaux du centre Mendès-France. Derrière la question immobilière, il y a la capacité de se réunir, d’accueillir les salariés, de construire une action collective. Je pense aussi à l’Italie : le siège de la CGIL a été saccagé en 2021 par des militants d’extrême droite. C’était avant l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir, mais pour moi cet épisode reste un avertissement sur la fragilité des libertés syndicales.

    Pourquoi faut-il encore défendre ces lieux en 2026 ?

    S.B. : Parce qu’ils servent toujours. On y accompagne des salariés, des chômeurs, des précaires, parfois des travailleurs sans papiers. On y trouve des conseillers du salarié, de l’aide juridique, mais aussi un espace pour s’organiser collectivement. La liberté syndicale ne vit pas seulement dans les textes : elle a besoin de lieux. Le Préambule de 1946 reconnaît d’ailleurs le droit de chacun à défendre ses intérêts par l’action syndicale. Si je devais résumer, je dirais simplement : « les droits pour tout le monde ».

    Entretien réalisé par Axel Jolidon

    « Sans vouloir
    faire de parallèle mécanique avec les années 30, certains mécanismes historiques doivent nous pousser
    à rester vigilants. »

  • [Entretien] Nicole Giraudi, France Cuba Marseille Bouches-du-Rhône : « On a dépassé le stade de l’urgence sur l’île »

    [Entretien] Nicole Giraudi, France Cuba Marseille Bouches-du-Rhône : « On a dépassé le stade de l’urgence sur l’île »

    La Marseillaise : En quoi consiste le mouvement Semillas de solidaridad et quelle place prend Aleida Guevara dans ce projet ?

    Nicole Giraudi : Elle joue un rôle d’ambassadrice non-officielle de la pensée et du socialisme cubain. Son objectif est de faire connaître les difficultés de son pays et solliciter l’aide, la coopération et le soutien, en se déplaçant dans différentes villes pour y faire des rencontres et des conférences. D’où le mot Semillas, qui signifie graine : elle sème la solidarité. Semillas de solidaridad est né grâce notamment à la branche du Gard de l’association France Cuba. Aleima s’est donc rendue dans le Gard, mais viendra aussi à Marseille et dans le sud-ouest.

    Il sera question, lors de la conférence, de la situation médicale actuelle à Cuba. Qu’en est-il aujourd’hui ?

    N.G. : Aujourd’hui, on a dépassé le stade de l’urgence à Cuba. Comment pouvez-vous espérer que les hôpitaux fonctionnent quand il y a parfois vingt heures de coupure de courant par jour ? L’OMS a comptabilisé, rien que sur le mois de mars, 1 800 nouveau-nés qui sont morts à l’hôpital à défaut d’assistance respiratoire, et c’est la même chose pour les personnes âgées. La crise s’étend au-delà du milieu médical, les transferts d’argents sont bloqués par les Américains, le troc a fait son retour dans l’économie. Même le gouvernement cubain a dû diminuer les rations pour la population depuis janvier.

    Toujours au sujet de la santé, Cuba opère depuis 1959 une politique d’aide médicale internationale. En quoi consiste-t-elle ?

    N.G. : Dans le cadre de coopérations, Cuba envoie des médecins dans les endroits qui ont besoin d’une aide médicale. Au départ, cette aide s’est concentrée sur les pays en voie de développement, mais depuis le Covid, des médecins cubains interviennent aussi en Europe. En France par exemple, dans le Gard, mais aussi en Bretagne. En Italie également, certaines régions en ont bénéficié et en redemandent. C’est une manière pour Cuba d’affirmer la paix et la coopération internationale. Mais les États-Unis mettent la pression à tous les États qui seraient enclins à accepter cette collaboration médicale.

    La formation médicale est donc particulièrement bonne à Cuba ?

    N.G. : Oui, Cuba a beaucoup investi dans l’alphabétisation depuis 1961. La lutte contre l’analphabétisme était d’ailleurs un des objectifs de la révolution. Ce qui témoigne encore aujourd’hui de la qualité de la formation, c’est que sont formés à Cuba, des futurs personnels soignants étrangers.

  • [Entretien croisé] La Fiesta des jours heureux, « une fête qui se veut populaire, culturelle, mais aussi politique »

    [Entretien croisé] La Fiesta des jours heureux, « une fête qui se veut populaire, culturelle, mais aussi politique »

    La Marseillaise : Quel est le principe de la « Fiesta des jours heureux », organisée le dimanche 11 octobre par la Solimut, en partenariat avec l’association Parcours ?

    Pierre Méry : Le dimanche de la Fiesta des Suds est toujours une journée gratuite, ouverte à tous les Marseillais et plus généralement à toute personne qui le souhaite. C’est un moment très familial : il y a des stands pour les minots, des concerts de musique. C’est la deuxième année où nous Solimut, donnons une tonalité citoyenne et politique à l’événement. L’année dernière, sur les 80 ans de la Sécurité sociale, cette année sur les 90 ans du Front populaire.

    La journée s’appelle la Fiesta des jours heureux, en référence aux jours heureux de 1936.

    Notre idée est de conserver l’esprit familial et festif, tout en célébrant ces acquis. Il y aura un spectacle sous forme de comédie musicale. En parallèle, les gens peuvent se retrouver autour d’un banquet avec les Mariannes de Saint-Joseph, association du 14e arrondissement, qui s’occupe des 800 couscous offerts. Les 800 personnes qui arriveront à la Fiesta à partir de midi, pourront assister au spectacle tout en mangeant.

    Pour nous, ça correspond aussi à ce que peut être une fête populaire à Marseille. On a fait une sardinade l’année dernière, cette année c’est le couscous. L’idée est de faire en sorte que les gens puissent partager.

    Frédéric Rosmini : Cet événement s’inscrit dans une campagne, dont je suis le coordinateur, et qui rassemble une vingtaine d’organisations, dont Solimut. Nous nous déplaçons dans des centres sociaux, dans des villages-vacances et dans des communes de gauche. Nous allons au-devant des publics pour les convaincre que l’aspiration à des régimes autoritaires s’est toujours traduite par le chaos. Nous n’agissons pas au nom de partis politiques, mais au nom de l’ensemble du mouvement social, en rappelant qu’il a été déterminant en 36.

    Des interventions doivent aussi avoir lieu, en plus du spectacle musical…

    P.M. : Il y aura bien sûr des interventions autour de ce que 1936 représente pour nous [la Solimut], mais aussi sur ce que ça représente, plus globalement, de fêter ces 90 ans du Front populaire aujourd’hui. C’est une fête qui se veut populaire, culturelle, et politique aussi, pour les citoyens.

    F.R. : Peut-être ferons nous intervenir également l’association Promemo, qui cultive la mémoire du monde ouvrier. Gérard Leidet, qui en est le président, fait partie de notre campagne. C’est avec lui notamment que nous avons prévu d’intervenir dans les établissements scolaires. Il a une connaissance très marquée de ce qui s’est passé à Marseille et dans la région en 1936. Il peut proposer un éclairage sur la spécificité du Front populaire ici, ce qui a de l’importance.
    Ça reste un contexte festif, pas forcément adapté pour organiser de longs débats. Mais nous mettrons en place la veille, dans un centre social rue de l’Évêché, juste à côté, le reste de notre programmation. Nous présenterons l’exposition itinérante « L’héritage de 1936, culture, loisirs et éducation populaire », initiée par La Ligue de l’enseignement. Nous projetterons également le documentaire « Été 36, les premières vacances des Français ».

    Pourquoi est-ce important d’intervenir dans des événements comme la Fiesta des Suds sur des thèmes tels que le Front populaire ?

    P.M. : La Fédération des mutuelles de France est particulièrement engagée dans le cadre de ces 90 ans des congés payés. Pourquoi ? Parce que c’est aussi une époque où l’on a observé, au-delà des congés payés du Front populaire, énormément de réalisations ouvrières, notamment dans le domaine de la santé. Notre objectif est aussi de réfléchir à la façon dont a évolué le mouvement social et politique de société et quel impact il a eu sur la construction des solidarités dans le pays. Les mutuelles en font partie. Aujourd’hui, alors que la solidarité est mise à mal, c’est important pour nous de se poser la question de ce qui a pu fonctionner, il y a 90 ans, pour gagner des droits et permettre aux gens de vivre mieux.

    F.R. : Le principe de cette campagne n’est pas d’être dans une nostalgie historique en se contentant d’expliquer ce qu’a été le Front populaire. Notre objectif est d’aller à la rencontre de publics plus larges, comprenant des gens susceptibles d’avoir voté Rassemblement national. C’est ce qu’on a fait lorsqu’on est allé intervenir dans nos villages [parcours] vacances. L’idée est donc de montrer que 1936 a été une réussite grâce aux partis politiques qui ont bougé, ainsi que l’ensemble du corps social et notamment du mouvement syndical et de la CGT.

    Lorsqu’on ira à la Fiesta des Suds, l’idée est similaire. Même si le public est jeune, on sait que certains peuvent être touchés par les discours du Rassemblement national, car ils touchent tous les milieux. On propose donc une démarche concrète en allant sur le terrain pour les convaincre qu’ils se trompent de choix. On veut montrer que les grandes périodes qui ont donné du bonheur aux salariés et aux gens modestes sont celles du Front populaire et de tous les mouvements qui s’inscrivent dans ce creuset-là.

    La journée est gratuite sur inscription sur le site de la Fiesta des Suds.

  • [Entretien] Imany : « La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher »

    [Entretien] Imany : « La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher »

    La Marseillaise : Quels sont vos souvenirs de la Fiesta des Suds, où vous vous êtes produit pour la première fois en 2011 ?

    Imany : C’était au Dock des Suds. Je me rappelle de la sensation que j’avais eue de jouer pour la première fois à Marseille, où je garde de fortes attaches. On avait galéré avec le son, mais quelle ambiance… Le public marseillais n’est en général pas facile. Quand on arrive à le faire lever, on sait qu’on a fait quelque chose de bien. J’étais touchée aux larmes. Je me suis remémoré l’enfant que j’étais quand j’allais acheter le pain de l’autre côté du quartier, que je chantais à tue-tête car c’était le seul endroit où je me sentais libre de le faire.

    Votre père officiait dans l’armée de l’air. Vous avez vécu et grandi sur la base aérienne d’Istres. Un lieu où Emmanuel Macron était venu présenter ses vœux début 2026. Que vous inspire le climat actuel de guerre généralisée ?

    Imany : De la tristesse et de la colère. On oublie à chaque fois qu’il y a des individus derrière ces guerres, que c’est l’enfant de quelqu’un qui va se sacrifier. Moi, je suis fille de militaire, je suis allée en école militaire, je connais La Marseillaise par cœur que je chantais au son du clairon, de la levée du drapeau. Pour autant, je suis profondément antimilitariste et pour la diplomatie. Mais hélas, c’est toujours celui qui a le plus gros armement qui dicte sa loi.

    Une autre guerre, plus intime, vous a habité au moment de la création de votre dernier album « Women deserve rage ». Il parle de votre lent processus de souffrances, puis de libération, suite à une relation toxique avec votre ancien compagnon. Comment en êtes-vous ressortie ?

    Imany : Aujourd’hui, je vais très bien. J’ai construit l’album sur les pas du chemin que j’ai parcouru pour revoir enfin le jour. C’est un processus très compliqué que celui de se libérer d’une relation toxique. Déjà, c’est très difficile de l’identifier. Ensuite, c’est aussi dur de s’en échapper. Et enfin, il faut réussir à se désintoxiquer.

    Vous vous êtes libérée de cette prison mentale, mais à quel prix…

    Imany : La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher. On est obligés de traverser des épreuves difficiles pour accéder à sa propre profondeur. Sur le plan physique et émotionnel, on n’y échappe pas. Ceux qui y échappent, ce sont par exemple les gens qui se droguent ou se noient dans le travail pour ne pas avoir à y faire face. Mais pour les surmonter, il faut accepter la douleur qui vient. C’est le prix à payer.

    « Toutes les victimes sont dignes », chantez-vous sur le morceau « Ruling over ».
    Qu’est-ce que ça vous fait de voir que leurs paroles sont pourtant encore et toujours remises en cause
     ?

    Imany : Cela m’exaspère. Pour la manière dont les choses sont établies pour la justice, par exemple, c’est à la charge de la victime de prouver qu’elle a été victime. Dès lors, sa parole est forcément remise en doute car elle doit toujours prouver qu’elle est en fait victime. On voit que les statistiques sont plutôt du côté des victimes dans le sens où un infime pourcentage de déclarations sont s’avèrent fausses. Et au lieu de se ranger à l’écrasante majorité, on se dit que pour cet infime pourcentage, on va sacrifier le reste. Il y a tout un travail à faire autour de la protection et de l’écoute des victimes, déjà auprès des policiers car ils prennent la plainte en premier. Pour des violences familiales, par exemple, on peut mettre en doute la parole d’un enfant de 5 ans, alors qu’il n’a pas de raisons de raconter des histoires sur ses parents. Il faut d’abord être bienveillant envers les gens avant d’être méfiant.

    Parmi les genres que vous explorez, la musique soul, historiquement liée à la défense des opprimés. Ça vous fait quoi de voir l’extrême droite aux portes du pouvoir ?

    Imany : La polarisation des opinions s’affirme, mais elle est toujours rentable pour les pouvoirs en place. Tant qu’on se divise, qu’on pense que le problème vient de l’extérieur : c’est beaucoup plus dur de déplacer une foule quand elle se tient la main que quand elle se pointe du doigt. C’est un système vieux comme le monde depuis les Romains. Les réseaux sociaux et algorithmes donnent l’impression d’être attaqué par les autres en permanence : les noirs, les étrangers, les musulmans, les jeunes… Mais pour faire un pont avec mon album, quand on ne dresse pas sa colère, et bien cette dernière se retourne contre nous et on est plus facilement manipulable. C’est ensemble qu’on est plus fort. Je sais que ça semble être une phrase sortie d’un poster à la con. Moi, je chante dans le monde entier, dans des endroits où les chanteurs français ne vont pas : au Kazakhstan, en Lituanie… Là, je reviens d’Arménie, un peuple qui n’a jamais été tranquille tout au long de l’histoire car il est attaqué constamment. Quand je chante dans ces pays, je me rends compte que les gens vibrent au même endroit. Non pas que je sois une chanteuse exceptionnelle, mais ça veut dire qu’on veut tous fondamentalement la même chose : la sécurité, la paix, la douceur.

  • [Entretien] Murielle Pilorge, FCPE du Var : « Cette génération de lycéens peut être un moteur pour toute la société »

    [Entretien] Murielle Pilorge, FCPE du Var : « Cette génération de lycéens peut être un moteur pour toute la société »

    La Marseillaise : Pourquoi faut-il se tenir aux côtés des lycéens dans leurs mobilisations ?

    Murielle Pilorge : Parce que leurs revendications sont légitimes. Ça fait des années qu’il y a de moins en moins de moyens pour l’éducation et ils le vivent au quotidien. Cette génération a la capacité d’être un moteur pour toute la société. Ce n’est pas leur rôle, ils se retrouvent avec des responsabilités trop importantes pour les enjeux qu’ils ont à côté, c’est-à-dire tout simplement de pouvoir réussir leur vie. Mais ils y sont obligés parce que nous, parents, n’avons pas su le faire.

    En tant que parent, quel regard portez-vous sur la dégradation des conditions d’enseignement ?

    M.P. : Les effectifs sont de plus en plus importants. Ils sont plus de 35 par classe au lycée. C’est beaucoup trop. Ils ont à peine assez de tables et de chaises. Cette année, ils ont eu des correspondants. Ils ne pouvaient pas les recevoir dans la classe tous en même temps par manque de chaises. C’est une génération qui est rentrée à la maternelle avec le plan Vigipirate. Ils avaient 5 ans, on leur a appris à se cacher dans l’école. Après, ils ont eu le Covid, le confinement. Ils ont un rapport à l’école vraiment différent des autres, cela n’a jamais été un endroit préservé pour eux. Ils ont été impactés par la société en permanence.

    Comment cette situation affecte-t-elle les activités de la FCPE ?

    M.P. : Dans l’établissement où j’ai été représentante des parents d’élèves, on a toujours été écoutés et on a toujours participé aux administrations. Aujourd’hui, on peut parler, mais il n’y a pas de réponse. C’est la même chose pour les élèves. Il n’y a pas d’espace pour avoir vraiment un dialogue. Lorsque le ministère reçoit les enseignants ou les fédérations des parents d’élèves, il n’y a pas d’acte concret. C’est toujours reporté. On va créer une plateforme, on va créer un lieu d’écoute, etc. Mais les moyens sont toujours en diminution.

  • [Entretien] Reem Hazan, Parti communiste israélien : « Le 7 Octobre trouve son origine dans la Nakba »

    [Entretien] Reem Hazan, Parti communiste israélien : « Le 7 Octobre trouve son origine dans la Nakba »

    « Si nos forces venaient à subir des pertes, ce sont le Hamas et la population de Gaza qui en paieraient le prix fort, dans des proportions considérables », a annoncé le ministre de la Défense israélien, ce mardi, à la veille des commémorations. Il y a trois ans jour pour jour, le Hamas lançait une attaque sur Israël, tuant 1 221 personnes, en majorité des civils. Le mouvement islamiste palestinien a également enlevé 251 personnes. En représailles, le gouvernement d’extrême droite israélien a lancé une offensive dévastatrice et génocidaire sur la bande de Gaza, qui a fait plus de 74 200 morts.

    La Marseillaise : Quel impact ont eu les attaques du 7 Octobre sur la société israélienne ?

    Reem Hazan : La société israélienne a beaucoup changé depuis le 7 Octobre, les forces fascistes ont gagné énormément de pouvoir à cause de ce gouvernement et ses alliés. Malheureusement, cela a fortement aggravé le racisme et la répression envers les Palestiniens, pas seulement dans les territoires occupés mais également au sein même d’Israël. Ce qui a commencé début 2023 sous la forme d’un coup d’État judiciaire que Netanyahu et son gouvernement avaient planifié a réussi à marginaliser davantage les forces de gauche et à restreindre ce qui reste de la démocratie en Israël. Ces nombreux changements au sein de la société israélienne ont des répercussions, principalement sur le nettoyage ethnique en Cisjordanie et le génocide continu à Gaza. Les gens ici sont amenés à croire que la solution à deux États n’est pas bonne pour Israël et que l’existence d’un État palestinien est une menace. À trois semaines des élections, il est d’autant plus important et crucial de se débarrasser de Netanyahu et sa coalition.

    Pour le remplacer par qui ? Ses opposants autoproclamés, ceux qui caracolent en tête des sondages, ne sont pas des progressistes…

    R.H. : Ceux qui se présentent comme des alternatives à Netanyahu ne sont pas progressistes, même pas du centre, mais bien de droite. Ils ne constituent qu’un camp anti-Bibi [surnom de Benjamin Netanyahu en Israël, Ndlr.]. Ils ne s’opposent pas à la politique de ce gouvernement, n’apportent aucune alternative pour les citoyens israéliens, ni à la solution politique entre Israël et ce qui devrait être l’État palestinien. Nous en sommes parfaitement conscients. Mais d’un autre côté, nous savons qu’un changement de gouvernement pourrait légèrement améliorer la vie des Palestiniens dans les territoires occupés. C’est pourquoi nous travaillons au démantèlement du pouvoir de Netanyahu car cela pourrait nous offrir, au sein d’Israël, en tant que Palestiniens et forces démocratiques progressistes, juives et arabes, de meilleures conditions pour agir. Il n’y aura pas de révolution mais nous partons du principe qu’un gouvernement différent créera des conditions différentes dans lesquelles nous pourrons poursuivre nos luttes, et cela influencera également l’opinion publique pour qu’elle ne bascule pas vers l’extrême droite.

    Parvenez-vous à mener campagne dans ces conditions ?

    R.M. : Il y a des tentatives visant à éliminer et à disqualifier la Liste arabe unie et la Liste unifiée, Ofer Cassif (député Hadash) et Sami Abu Chehadeh (leader de Balad), qui ont finalement contraint ce dernier à se retirer il y a quelques jours. Nous nous servons de cela pour inciter les gens à aller voter pour la Liste unifiée [coalition composée de Balad (parti nationaliste arabe), Hadash (communiste judéo-arabe) et Ta’al (arabe laïc), Nldr.] afin d’avoir un poids bien plus important au sein du prochain Parlement. C’est notre objectif premier : se rendre aux urnes en masse et obtenir un taux de participation très élevé lors des élections. C’est un atout crucial que de disposer d’un groupe parlementaire plus important au sein du Parlement, les Palestiniens et Juifs de gauche, en sont tout à fait conscients. Si on se mobilise pour aller voter, cela pourrait nous permettre d’empêcher d’autres petits partis de droite de l’emporter, ce qui signifierait que Netanyahu n’aura pas suffisamment de soutien pour rester Premier ministre.

    De nombreux médias ont révélé que Benjamin Netanyahu était au courant qu’une attaque se préparait. Devrait-il être jugé pour cela ?

    R.H. : Ces révélations ont fait beaucoup de bruit en Israël et dans le monde. Je pense que Netanyahu devrait être jugé pour beaucoup de choses et principalement pour les crimes de guerre qu’il a commis et permis. S’il en avait connaissance auparavant et qu’il n’a pas agi en conséquence, cela fera partie de son jugement global. Mais c’est aussi une nouvelle occasion de rappeler que même s’il était au courant, ce n’est pas la raison du 7 Octobre, qui trouve son origine dans la Nakba, l’occupation et la répression qui se poursuivent. Il s’agissait donc d’un épisode parmi tant d’autres erreurs et de crimes que les gouvernements israéliens ont commis contre le peuple palestinien. Benjamin Netanyahu devrait être jugé pour beaucoup de choses, pour avoir plongé la population israélienne dans la pauvreté, pour avoir fait vivre les citoyens d’Israël dans la peur et l’incitation à la haine. Les enfants en Israël ont tant perdu, sans parler des crimes de guerre contre le peuple palestinien, contre les Iraniens, les Libanais. À mes yeux, quelqu’un devrait être jugé pour tout cela et en assumer la responsabilité.

  • [Entretien] Josée Massi : « Nous aurons des candidats avec l’étiquette majorité municipale »

    [Entretien] Josée Massi : « Nous aurons des candidats avec l’étiquette majorité municipale »

    La Marseillaise : Les jeunes sont à nouveau mobilisés aujourd’hui pour réclamer des moyens pour l’enseignement. Comment l’ancienne professeure de mathématiques analyse-t-elle la situation ?

    Josée Massi : Leurs revendications sont légitimes. Je suis allée à leur rencontre, la semaine dernière, avec Monsieur le préfet, le futur président de la Région et le Dasen (Directeur académique des services de l’Éducation nationale) devant le lycée Bonaparte, dans lequel j’ai été élève puis j’ai enseigné, après avoir été pion comme on disait avant. Donc, je connais par cœur ces bâtiments. Je pense qu’en effet, ils ont un peu vieilli.

    Vous connaissez ma méthode, je suis plutôt pour écouter, consulter et trouver des solutions. Je regrette simplement que certains profitent de leur mobilisation pour casser. Mais, je le répète, ils ont des revendications tout à fait légitimes et il faut les écouter. Je leur ai d’ailleurs proposé une table tonde.

    Vous revendiquez depuis votre première élection une position sans étiquette. Est-ce toujours aussi important pour vous ?

    J.M. : Oui, c’est important. C’est uniquement l’intérêt général qui me guide à chaque fois. On peut avoir de bonnes idées à gauche et de bonnes idées à droite. Ce qui m’intéresse, c’est : qu’est-ce qui est bien pour les Toulonnais ? Dans ma liste, il y a des personnes de sensibilités différentes et je ne leur ai pas demandé d’être encartées. C’est pour cela que je ne me suis pas positionnée pour les sénatoriales. J’ai été beaucoup approchée pour aller sur des listes, mais j’ai fait le choix de rester cohérente. Après, la liberté de s’engager a été laissée à chacun tout en précisant simplement que rejoindre untel ou untel reviendrait à s’inscrire en sortie de la majorité municipale. Il faut être cohérent.

    Deux sénateurs RN ont été élus dans le Var. Quel regard portez-vous sur ce résultat ?

    J.M. : C’est la démocratie, il faut la respecter. Je veux d’abord féliciter les deux autres sénateurs, Françoise Dumont et Christian Simon. Ce que je crois, c’est que la division nous a coûté un sénateur. Ils auraient pu s’entendre et mettre de côté des problèmes d’ego… Quand on passe à quatre listes à droite, franchement, on peut se poser des questions. J’espère que cela servira de leçon à tous pour les prochaines échéances électorales.

    Toulon peut-elle rester la place forte qui dit non au RN, comme elle l’a fait lors des dernières législatives, en étant la seule circonscription sur les huit à ne pas mettre genou à terre devant l’extrême droite. Vous engagerez-vous dans la bataille ?

    J.M. : Je vous confirme : nous entrerons dans la bataille. Il y aura des candidats issus de la majorité municipale aux législatives, aux départementales et aux régionales. Nous n’étions pas prêts pour les sénatoriales avec une équipe issue principalement de la société civile, mais là, nous le serons. « Majorité municipale », je pense que c’est une bonne étiquette. Et comme vous le dites, Toulon est la seule circonscription du Var à ne pas avoir un député RN. J’espère bien qu’on va continuer. En tout cas, je mettrai tout mon poids dans la bataille.

    Votre prédécesseur, Hubert Falco (DVD), ne rate jamais une occasion, depuis quelque temps, de lâcher une vacherie à votre encontre…

    J.M. : C’est son droit. Je remarque que, dernièrement, il s’exprime beaucoup sur les réseaux sociaux. Mais moi, je n’ai plus de nouvelles depuis la campagne. Je pense simplement qu’il y a des données qu’il n’a pas sur certains sujets, notamment sur la cité judiciaire.

    C’est un sujet qui me tient à cœur parce que je pense qu’il est incroyable que le tribunal de Toulon soit dans un état d’insalubrité pareil. J’en ai fait un combat depuis trois ans. L’État demande maintenant aux collectivités de mettre la main à la poche. Le projet représente environ 130 millions d’euros, dont 30 millions pour une cité provisoire. Nous avons donc cherché des solutions permettant de diminuer ce coût. Il existe notamment des locaux de la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer) qui sont vides et sécurisés. Un chargé d’admission est venu les examiner. Il faudrait y réaliser quelques travaux, notamment pour les salles d’audience. Nous avons proposé que toutes les collectivités se mettent autour de la table et aident. Pour le moment, nous en sommes là.

    Pourquoi cet acharnement de sa part aujourd’hui ?

    J.M. : Il faudrait lui poser la question. Je suis devenue maire de Toulon en 2023 pour le dépanner, parce que j’étais la seule en qui il avait confiance et de qui il pouvait dire : « Si je dois revenir, c’est la seule qui me rendra la place. » Et l’année dernière, en juin, il a fait un communiqué me demandant d’y aller. C’est important de le rappeler. Après, il a changé d’avis. Vous pourriez me demander pourquoi, mais je ne vais pas rajouter de la polémique à la polémique. Il n’a qu’à prendre ses responsabilités. J’ai toujours été loyale, je crois que celui qui n’a pas été fidèle, c’est quand même lui. Quand je vois sa garde rapprochée, je me demande ce qu’est devenu son positionnement politique ? Certains d’entre eux sont partis rejoindre Éric Ciotti ou carrément le RN… En tout cas, puisqu’on parle de parole donnée, je tiens à rendre hommage à Michel Bonnus [ancien sénateur LR et candidat à la mairie de Toulon, ndlr] qui se bat contre la maladie et à qui je souhaite de remporter ce combat. Il avait promis que, s’il n’était pas devant, il se retirerait. Et c’est ce qu’il a fait.

    Vous êtes régulièrement attaquée par l’extrême droite. Comment le vivez-vous ?

    J.M. : Madame Lavalette cherche la polémique. C’est sa technique. Moi, je ne rentre jamais là-dedans. Elle me caricature, mais je ne réponds pas. En conseil municipal, elle cherche la confrontation. C’est la stratégie du chaos. Elle répète que j’ai été élue avec les voix de la gauche ou de La France insoumise, quelle importance ? Ce sont les Toulonnais qui ont choisi. J’ai fait 52%. Elle a fait 48%. Elle peut dire ce qu’elle veut. Et mon programme, je vais l’appliquer. Elle parle d’idéologie en critiquant la mise en place de la piste cyclable sur l’avenue de la République. Mais les résultats sont là et c’est un grand succès. Nous faisons toutes les mesures. Entre 7 et 8 heures du matin, il passe 600 vélos et on constate 5 000 voitures en moins par jour. Je regarde maintenant si elles se sont reportées ailleurs. Elle prétend aussi que la ville est saccagée par les tags de l’extrême gauche depuis mon élection. Bizarrement, elle passe sous silence ceux du groupe Némésis, des identitaires… Alors qu’il y en a beaucoup.

    L’État menace de torpiller encore davantage les finances des collectivités territoriales. Comment réagit la maire de Toulon et présidente de la Métropole ?

    J.M. : On sait qu’avec la dette colossale de la France, on va tous devoir faire des efforts. Moi, j’en suis consciente. Mais ce n’est pas nouveau, ça fait trois ans que je suis maire et qu’on construit des budgets sans savoir ce qu’on va avoir en termes de dotation de l’État. Après, j’ai regardé ce que va proposer le Rassemblement national, qui se positionne, lui, sur 150 milliards de moins. Je ne sais pas où ils vont les trouver.

    Quel regard portez-vous sur les prochaines échéances électorales nationales ?

    J.M. : Je suis résolument optimiste. Je pense que les Français, à un moment, prennent leurs responsabilités. Et ce ne sont pas ceux qui hurlent le plus qui feront l’élection. Moi, je suis relativement confiante. Je rappelle que j’étais donnée perdante face à la numéro 3 du RN, Laure Lavalette, et que ce n’est pas du tout ce qui s’est passé au final. Moi, je suis relativement confiante.