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  • [Entretien] Marc Pietrosino, CGT 13 : « La grève du 5 novembre doit être inégalée »

    [Entretien] Marc Pietrosino, CGT 13 : « La grève du 5 novembre doit être inégalée »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur les mobilisations de samedi dernier ?

    Marc Pietrosino : Il faut souligner qu’il y a eu beaucoup de monde dans les rues. Beaucoup de personnes présentes dans une continuité des mouvements lycéens, dans une optique de manifestation pacifique et avec des revendications que l’on partage : contre la vie chère, contre la paupérisation de la société. Ou que l’on porte : augmentation des salaires, retour à l’égalité des chances… Malheureusement, il y a eu des casseurs qui se sont introduits dans le mouvement. Et une stratégie policière qui interroge, a minima. On a eu la drôle d’impression qu’il y avait plus de policiers lors des manifestations syndicales que l’on organise que lors de la mobilisation de ce samedi. Et surtout, des techniques policières qui résident dans un affrontement systématique et un gazage des cortèges pacifiques. On est d’ailleurs largement pointés du doigt à l’international pour cette doctrine du maintien de l’ordre française. Je ne vais pas justifier, ni excuser les débordements qu’il y a eu, je pense aux salariés des différents commerces et services qui ont été exposés, mais il y a un enchaînement d’événements qui questionne… Le maire de Marseille a d’ailleurs posé les bonnes questions : quelles étaient les consignes ? Est-ce que c’était de gazer les manifestants et de laisser faire les autres ? Ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que les forces de l’ordre étaient plus violentes envers les lycéens qu’avec les casseurs, ce samedi.

    La colère sociale a-t-elle été sous-estimée ?

    M.P. : À l’image de l’allocution vide d’Emmanuel Macron, il y a un déni total de la colère sociale. Je note aussi que, lors des scènes de pillage, on s’est beaucoup attardé sur les vols de téléphones portables et d’articles de luxe, mais il y a eu aussi ceux qui en ont profité pour remplir le frigo, prendre des couches et du lait. Cela dit quelque chose de l’état du pays. Il y a un profond malaise, en France, après deux quinquennats qui ont essoré les couches populaires, qui ont paupérisé l’ensemble de la population. Voilà dix ans que la politique du gouvernement est calquée sur les volontés du patronat, avec la fameuse théorie du ruissellement. Emmanuel Macron fait mine de ne pas assumer les choix ultralibéraux qu’il a faits. Il ne veut pas faire de lien entre ses actions et les conséquences. Pourtant, le 17 est une de ces conséquences. Les organisations syndicales doivent offrir des perspectives d’avenir. Un avenir pour notre jeunesse notamment. Pour cette dernière, l’avenir, c’est la mise en concurrence avec Parcoursup, le chômage, les attaques contre les retraites, le dérèglement climatique, l’intelligence artificielle qui va prendre les emplois… Il faut donc qu’on propose des alternatives, à partir de nos revendications. Pour cela, on doit réveiller le monde du travail et donc que le 5 novembre soit d’une ampleur inégalée afin d’imposer notre cahier revendicatif de progrès social.

    L’ampleur de la mobilisation du 17 octobre peut-elle être un appui pour ce 5 novembre ?

    M.P. : Les revendications qui ont été portées samedi sont justes, mais la casse les a rendues inaudibles. Je rappelle quand même que le principal responsable de la casse sociale, c’est bien le gouvernement actuel. Le message qu’on passe dans ce contexte, c’est qu’il faut qu’on s’unisse pour porter d’autres choix de société, pour une autre répartition des richesses. Ce n’est plus possible de ne pas arriver à vivre de son travail dans un pays comme la France. Dans ce cadre, il n’y a qu’une force organisée qui peut être efficace dans le combat social, il n’y a qu’une force organisée qui pourra garantir la sécurité des manifestants. Parfois, on reproche à la CGT qu’une manifestation d’un point A à un point B ne sert à rien. Cette manifestation, elle peut sembler dérisoire pour certains, mais elle n’est pas dérisoire si tout le monde est en grève. La vraie arme pour faire vaciller le gouvernement, c’est la grève massive. Ce n’est qu’avec elle et ses conséquences sur l’économie qu’on peut amener gouvernement et patronat à répondre aux revendications. Samedi, il y a eu beaucoup de casse, la veille, Emmanuel Macron était au concert de Céline Dion… Même les actions violentes ne sont pas prises en compte par le gouvernement, donc la seule alternative, c’est la grève. L’économie doit être à l’arrêt le 5 novembre. Cette date, il faut la réussir, c’est un enjeu pour l’ensemble du monde du travail. Les lycéens ont montré la voie, à nous de poursuivre avec un blocage de l’économie.

    Appelez-vous à manifester ce samedi 24 ou celui du 31 octobre ?

    M.P. : Nous n’empêchons aucune structure de la CGT d’être dans la rue pour ces dates. La problématique est que si nous appelons officiellement, en tant qu’Union départementale, cela nous place à un certain niveau de responsabilité. Quand on est là, on attend de nous que nous assurions le service d’ordre de la manifestation et ce n’est pas possible dans certaines conditions. Et ce n’est pas notre job d’empêcher des débordements.

  • [Entretien] Georges Linarès, président d’Avignon université : « L’argent mis dans les universités est un investissement »

    [Entretien] Georges Linarès, président d’Avignon université : « L’argent mis dans les universités est un investissement »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur le mouvement étudiant de ces dernières semaines ?

    Georges Linarès : Ce sont toujours des situations compliquées parce qu’il y a à la fois des revendications, non seulement qu’on comprend, mais aussi qu’on porte depuis quelques années – et qu’on ne porte pas seul. Pour garantir des conditions d’études qui sont correctes d’une part, et d’autre part pour assurer de bonnes conditions de travail aux chercheurs pour pouvoir innover et produire de la science.

    Que répondez-vous concernant
    les demandes plus locales,
    comme les heures d’ouverture
    de la bibliothèque ou l’exonération des frais d’études pour les étudiants étrangers
     ?

    G.L. : Ouvrir la bibliothèque jusqu’à tard le soir et le week-end n’est pas la bonne solution. Ce sont des espaces qui sont très grands et qui coûtent très cher à chauffer ou à rafraîchir Et cela obligerait à ouvrir tout le campus et donc à sécuriser l’ensemble. Ce qui représente une facture à plus de 400 000 euros par an. Mais le besoin des étudiants est cependant bien identifié : le travail à la maison accentue les inégalités et nous devons limiter l’impact des inégalités sociales sur la réussite académique. Une salle d’une centaine de places hors campus va être ouverte jusqu’à 22 heures et le samedi pour y remédier.

    Cette année, on ne peut exonérer que 30% des étudiants extracommunautaires. On peut penser ce qu’on veut de cette loi mais la loi est la loi, il y a une règle et il ne m’appartient pas de décider de respecter ou pas la loi. Mon avis personnel est que c’est une erreur de limiter l’exonération à 30% des étudiants extracommunautaires. Parce que faire venir des étudiants en France, c’est contribuer à la place de la France dans le monde mais c’est aussi drainer du potentiel intellectuel vers la France.

    Qu’attendez-vous du gouvernement ?

    G.L. : Il faut savoir de quel type d’université le pays a besoin. Je crois que la massification de l’enseignement supérieur, c’est-à-dire l’ouverture très large de l’enseignement supérieur, est une bonne chose pour le pays. Ce sont des perspectives qu’on ouvre à notre jeunesse. Ce sont des choix de société qui doivent se traduire budgétairement. L’argent qui est mis dans les universités, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement pour l’avenir.

  • [Quoi de neuf] Bernard Morin : « Il y a le feu au niveau de la misère, du climat, de la paix »

    [Quoi de neuf] Bernard Morin : « Il y a le feu au niveau de la misère, du climat, de la paix »

    Françoise Verna : Vous organisez la Journée mondiale du refus de la misère à Montpellier, Pézenas et Béziers ce samedi 17 octobre. C’est une première cette coorganisation sur ses trois villes de l’Hérault ? En quoi ces liens sont importants ?

    Bernard Morin : Pézenas, cela fait plus de quinze ans qu’ils agissent ensemble en collectif. Béziers c’est la première année qu’ils le font sur les Allées Paul-Riquet et la Colonie Espagnole. Et à Montpellier cela fait 25 ans que cela existe. Pourquoi ce lien cette année entre les trois communes ? Parce qu’il y a vraiment le feu au niveau de la misère, du climat, de la paix, de la société. On s’est dit qu’il serait judicieux de faire savoir à Béziers, à Pézenas et à Montpellier, aux trois coins de l’Hérault, que nous sommes reliés.

    Olivier Nottale : Justement nous sommes en ligne avec Serge Pesce depuis Béziers membre du pacte civique et du Pacte du Pouvoir de vivre biterrois. Comment construisez-vous cette journée ?

    Serge Pesce : C’est un collectif qui s’est constitué à Béziers dans le cadre du Pacte pour le pouvoir de vivre, une initiative lancée par de nombreuses associations et ONG au niveau national. Il y en a une quarantaine qui agissent dans le secteur social, citoyen, caritatif le plus divers. Sur Béziers, ce groupe a associé différentes structures : ATD-Quart Monde, la Ligue des Droits de l’Homme, la CFDT, le Pacte civique et un acteur très local, la Colonie espagnole qui est implantée en plein de Béziers dans un quartier touché par la problématique de la pauvreté.

    Françoise Verna : Où peut-on vous retrouver ?

    Serge Pesce : Nous serons présents sur les Allées Paul-Riquet de 14h à 17h pour échanger avec les Biterrois et rappeler la situation de la pauvreté sur la ville. La pièce de théâtre So so Sobriété sera jouée le soir à 18h à la Colonie espagnole.

    Olivier Nottale : Le thème, cette année, de la Journée mondiale du refus de la misère est, je cite : « Défendons la paix, pour un monde habitable : justice sociale et environnementale ». C’est fondamental de lier justice sociale et environnementale ?

    Serge Pesce : Malheureusement, la situation de misère, de pauvreté, elle s’additionne, se cumule. Le premier degré de la misère, c’est la misère financière, bien sûr. Mais, ces personnes sont aussi les premières à être victimes d’une misère culturelle, d’une misère sociale, dans la qualité de la vie, le logement. Ce sont les personnes qui sont le plus nombreuses dans les passoires thermiques où l’on crève de chaud l’été et de froid l’hiver. Elles ont moins accès aux soins, aux médecins. Les personnes fragiles vivent cela dans tous les domaines de la vie.

    Olivier Nottale : L’objectif est d’être force de proposition ?

    Bernard Morin : Il faut savoir de quoi on parle en premier. Sur Montpellier, cela fait six ans que nous existons. On a commencé par bredouiller mais depuis maintenant deux ans on travaille, on agit sur le logement en lien avec la mairie, dans des commissions. Nous allons travailler avec tout le réseau de l’éducation populaire sur Montpellier en lien et avec le soutien technique de la Ville.

    Françoise Verna : Vous avez fait un travail de fond sur la pauvreté à Béziers, une des villes, si ce n’est la ville, la plus pauvre de France. Quelles en sont les grandes lignes ?

    Serge Pesce : Le seuil de pauvreté, c’est 50% du revenu median qui lui est d’environ 1 500 euros par mois. En France, 14% de la population est à ce niveau [750 euros/mois], soit 9 millions de personnes. Et bien à Béziers, nous sommes à 36%. Si l’on regarde de plus près, cela concerne une population de moins de 30 ans où il est de 48%. La situation de famille monoparentale conduit à la pauvreté presque inéluctablement. C’est une situation qui a beaucoup évolué en France : Il y avait 10% de familles monoparentales en 1968, nous avons dépassé 26% en France au début des années 2020. Et cette fois encore, spécificité à Béziers, il y a 40% de familles monoparentales.

    Olivier Nottale : Bernadette Chamouton vous êtes membre du collectif du pouvoir de vivre de Pézenas. Samedi, la Journée du refus de la misère se déroule au lycée agricole. Il y aura notamment un stand de Territoire Zéro Chômeurs. Pourquoi ce projet est en difficulté ?

    Bernadette Chamouton : Nous sommes en galère après pourtant six ans de travail sur ce projet. Tout était prêt mais le gouvernement a demandé au fonds d’investissement de bloquer l’argent et de stopper le projet qui devait démarrer début septembre. Nous avons fait signer une pétition sur le marché de Pézenas. Une lettre a été envoyée au ministre du travail et même au président, monsieur Macron. Le projet est prévu, budgété. C’est une volonté de ne pas le réaliser. Des salariés attendent un travail depuis des années.

    Nous sommes dans l’incertitude sur ce projet important mais on ne baisse pas les bras car la création du collectif a créé une ambiance citoyenne à Pézenas.

    Consultez le programme complet et écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Entretien] Jean-Claude Eyraud : « Les assos d’aide alimentaire sont à la peine »

    [Entretien] Jean-Claude Eyraud : « Les assos d’aide alimentaire sont à la peine »

    La Marseillaise : Quels constats fait le rapport concernant la précarité alimentaire dans les Hautes-Alpes ?

    Jean-Claude Eyraud : La situation s’aggrave. Il y a un triple problème. On a des associations d’aide alimentaire qui sont unanimes sur le fait qu’il y a une augmentation des besoins. On a des subventions, notamment de l’État qui régressent. Et puis on a de plus en plus de difficultés à recruter des bénévoles.

    Combien de personnes dépendent de l’aide alimentaire ?

    J.-C.E. : À Gap, le Secours populaire estime accueillir aujourd’hui plus de 1 300 personnes, avec un volume de passages hebdomadaires ayant plus que doublé depuis l’avant-Covid. À l’échelle départementale, l’ordre de grandeur avancé est de 2 500 à 2 700 personnes. Le Secours catholique indique pour sa part avoir accompagné près de 1 400 personnes en 2025 à travers différents dispositifs d’aide alimentaire. Mais ces chiffres ne reflètent pas l’ensemble des besoins. Certaines personnes ne sollicitent pas les dispositifs existants et peuvent rester invisibles.

    Être dans un territoire rural rend-il aussi le travail des associations plus difficile ?

    J.-C.E. : Oui. C’est pour cela que la Croix Rouge expérimente un dispositif sur Valgaudemar pour s’adapter aux personnes qui ne peuvent pas être mobiles : personnes âgées ou précaires, surtout dans la période actuelle au vu du prix du carburant. Il faut aussi toucher les personnes qui se retrouvent seules, isolées, dans les zones rurales surtout l’hiver. Dans le département, il y a plusieurs expérimentations en cours qui verront le jour en 2027.

    Comment faire face à ces difficultés ?

    J.-C.E. : Dans le département, on a la chance d’avoir une organisation entre associations d’aide alimentaire : la Conférence permanente associative de la solidarité. Elle permet aux associations, de se connaître et de coopérer. Grâce à cette conférence, on travaille également avec l’État et le Conseil départemental, ce qui ne se fait pas partout. Le Département propose aussi un accompagnement financier qui permet aux associations d’acheter des produits frais, des fruits et légumes en circuit court, ce qui est quand même important depuis quelques années. Il faut donc continuer notre travail de coopération, qui nous donne espoir.

  • [Entretien] Didier Choupay : « Difficile de dire à des joueurs de se préparer sans les aligner »

    [Entretien] Didier Choupay : « Difficile de dire à des joueurs de se préparer sans les aligner »

    La Marseillaise : Vous avez pris vos fonctions de directeur sportif du collectif France senior masculin en janvier 2026. Quelles ont été vos intentions depuis ?

    Didier Choupay : Lorsque je suis arrivé, le collectif masculin comptait douze joueurs. J’ai souhaité réduire cet effectif à sept pour concentrer davantage les moyens sur un groupe restreint, favoriser les déplacements et permettre aux joueurs de participer ensemble à plusieurs compétitions. Lorsqu’on dispose d’un groupe aussi important, mais que seuls quatre joueurs sont finalement alignés en compétition, chacun avait peu d’occasions de se mesurer à la concurrence sur des compétitions majeures. Cela faisait peser une pression importante sur les athlètes, qui devaient être performants au bon moment sans véritable possibilité de se rattraper. Certains peuvent même être pénalisés dans leur club, où on leur reproche parfois d’avoir intégré l’équipe de France sans jouer. En les suivant sur plusieurs rendez-vous majeurs, je pouvais apprécier plus justement leur niveau et leur régularité. Cette première année devait donc me permettre de dresser un état des lieux précis avant d’envisager, pour la saison suivante, un collectif de huit à dix joueurs, en fonction des performances et des enseignements tirés.

    Comment analysez-vous ces prochains championnats du monde en Thaïlande du point de vue de l’équipe de France ?

    D.C. : On se doit d’être au rendez-vous, car les attentes sont toujours élevées. À l’époque où la France était la nation numéro un, elle n’avait pas de raison de craindre la concurrence. Depuis quelques années, nous rencontrons davantage de difficultés. Certaines nations émergent et d’autres nous ont dépassés sur certains aspects. Il ne faut pas avoir peur de le dire. Aujourd’hui, nous cherchons à comprendre les raisons de cette situation et à identifier les leviers de progression. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte, notamment le renouvellement des joueurs, la qualité de notre préparation en amont et notre capacité à nous adapter à une concurrence qui évolue très rapidement.

    Vous avez sélectionné Mickaël Bonetto, Yohan Cousin, Ludovic Montoro et Christophe Sarrio. Qu’est-ce qui a motivé le choix
    de ces quatre joueurs
     ?

    D.C. : Les quatre joueurs sélectionnés ont évolué ensemble toute l’année et se sont montrés performants malgré le contexte. En juillet, lorsque l’affaire des paris sportifs a éclaté, la Fédération a décidé que les joueurs concernés [Dylan Rocher, Henri Lacroix, Ligan Doerr et Jean Feltain, ndlr] ne participeraient pas aux compétitions avec le maillot de l’équipe de France. Cette décision ne m’a donc pas permis de les faire jouer ensemble. Concrètement, je n’ai pas eu l’occasion de voir Dylan Rocher évoluer une seule fois avec l’équipe de France sur l’année, pas plus qu’Henri Lacroix. Dans ces conditions, il était difficile de demander à des joueurs de se préparer sans pouvoir les aligner, puis de devoir les remplacer au dernier moment. En plus, imaginez que des éléments venaient à démontrer leur culpabilité, ils pourraient se voir retirer leur titre de champions du monde. Cela risquerait de ternir encore davantage l’image de la France. À mes yeux, c’était un risque qu’il ne fallait pas prendre. Les quatre joueurs retenus se sont investis, ont pris des congés et sont restés disponibles. Puisqu’ils avaient joué ensemble toute l’année, leur sélection s’inscrivait dans une certaine logique. J’ai également estimé qu’ils avaient été performants. Je suis convaincu qu’un athlète doit pouvoir démontrer son niveau lorsqu’il est au sommet de sa forme. À l’inverse, ne pas donner sa chance à un joueur performant peut finir par entacher sa motivation et sa confiance. Il est donc essentiel de reconnaître les performances de chacun et de permettre aux athlètes de saisir leur chance au bon moment.

    Pourquoi ne pas avoir officialisé leur sélection plus tôt ?

    D.C. : Lorsque l’affaire des paris sportifs a éclaté en juillet, nous avons envisagé différentes possibilités. La fédération s’était portée partie civile pour avoir accès au dossier, mais nous ne l’avons reçu qu’en octobre, un mois avant le championnat du monde. Il était alors difficile de modifier la sélection, d’autant que les joueurs concernés n’avaient pas évolué ensemble durant l’année. Ce choix ne s’est pas fait par défaut. Je crois en cette équipe et je suis convaincu qu’elle peut viser la médaille d’or. Je regrette toutefois que la sélection définitive n’ait pas été maintenue au 5 août, comme prévu initialement. Mais la Fédération avait ses propres contraintes et responsabilités.

    Mais n’y a-t-il pas un problème de temporalité, selon vous, quand le président fédéral Michel Le Bot annonce, deux jours seulement avant l’annonce officielle de l’équipe, que Dylan Rocher, Henri Lacroix et Jean Feltain sont de nouveau sélectionnables ?

    D.C. : Sur le plan de la communication, il y a effectivement eu un problème de calendrier. La sélection aurait dû être annoncée début août et je m’y étais personnellement engagé. Pour moi, le respect des engagements que nous prenons est essentiel. En respectant la date du 5 août, les sélectionnés auraient pu jouer de manière plus tranquille et sereine sur les trois mois et demi suivants. Ça ne leur a laissé qu’un mois de sérénité finalement. Cette situation doit nous servir de leçon. Nous devons être plus transparents. Je ne pense pas que nous ayons menti, mais nous n’avons pas été suffisamment bons dans la gestion du calendrier.

    On a l’impression que Philippe Quintais, directeur sportif du collectif féminin, ne pouvait pas agir concrètement au sein de son groupe. Est-ce que vous ressentez cela chez les masculins ?

    D.C. : Concernant Philippe, je pense qu’il est difficile de prendre position sans connaître tous les tenants et les aboutissants, ni avoir participé aux discussions, ni quels engagements ont été pris. Pour ma part, la mission confiée par la Fédération, en tant que directeur sportif, était d’amener les joueurs à leur pic de forme pour les championnats du monde. J’ai eu la liberté de travailler comme je le souhaitais, sans qu’on me mette de bâtons dans les roues. Je considère que lorsqu’on confie une mission à quelqu’un, il faut lui faire confiance et lui laisser la possibilité d’aller au bout de son travail, quitte à faire le bilan en fin de saison. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, chacun doit pouvoir en assumer les conséquences. Cette première année a aussi été une période d’immersion. Il fallait que je découvre le fonctionnement de la Fédération et que je m’adapte à un nouveau collectif. L’année prochaine, je pourrai proposer une vision plus affirmée, avec des orientations à moyen terme, sur quatre ou cinq ans.

    Est-ce que vous serez sur la chaise de coach en Thaïlande ?

    D.C. : Lorsque j’ai accepté la mission de directeur sportif, il n’était pas prévu que j’y sois, même si nous savions que la question finirait par se poser. Jean-Claude Boiron [responsable du collectif France seniors masculin, ndlr] a toujours souhaité poursuivre son rôle. Il possède de réelles compétences en pétanque, même si son expérience du jeu provençal semble parfois prendre le dessus dans le regard des autres. Si on avait pu partager le banc ensemble, il serait sûrement plus légitime aux yeux des passionnés. Nous avions déjà demandé à être deux sur le banc lors des championnats d’Europe, mais la Confédération européenne de pétanque (CEP) avait refusé. Elle ne l’a accepté que pour le mixte, ce qui m’a permis d’échanger plus facilement sur le banc avec Ludovic Pereira. Nous avons donc renouvelé notre demande auprès de la Fédération internationale, mais la question doit être étudiée en commission de direction et j’espère qu’elle recevra une réponse favorable.

  • [Entretien] Anthony Caillé, CGT-Intérieur : « En tant que service public, nous sommes le dernier rempart »

    [Entretien] Anthony Caillé, CGT-Intérieur : « En tant que service public, nous sommes le dernier rempart »

    Policier de terrain, le syndicaliste dénonce depuis le début une doctrine répressive menée par le gouvernement à l’encontre des lycéens et étudiants, avec des effets désastreux, entre éborgnages et mains arrachées. Les événements de ce week-end confortent ses craintes.

    La Marseillaise : Comment en est-on arrivé là ? Peut-on parler d’amateurisme ?

    Anthony Caillé : Tout laisse à penser qu’il y a eu un gros souci dans la gestion de la foule. Je ne me l’explique pas. Je sais que beaucoup de policiers sont extrêmement fatigués. Ce serait intéressant d’avoir les chiffres sur le nombre de policiers en arrêt de travail, pour savoir si ça a déshabillé les compagnies de CRS ou de gendarmerie mobile. Moins on aura d’effectifs, plus on aura de LBD et on aura tendance à vouloir s’en servir pour se protéger. Et impossible de le faire quand il y a des mouvements de foule, les conditions ne sont pas bonnes, on atteint difficilement sa cible. Cela ajoute au danger. Il va y avoir un drame.

    Le ministre de l’Intérieur
    évoque une sous-estimation
    du mouvement de samedi par
    le renseignement.
    A-t-il été défaillant
     ?

    A.C. : On est censé avoir un renseignement assez opérant. La collecte de l’information reste, en règle générale, plutôt bonne. Reste que depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, les renseignements territoriaux doivent suivre plusieurs secteurs quand ils n’en avaient qu’un auparavant. À partir du moment où on a plus de matière à travailler, on est moins performant, on connaît moins les gens. Après, il faut que l’institution policière ou gendarmesque travaille cette information, qu’elle en prenne la mesure, que le corps préfectoral y travaille aussi. Cela demande du temps et de l’expertise.

    En attendant, les manifestants témoignent de « gazage » tandis que des pilleurs s’en prenaient aux commerces, impunément…

    A.C. : C’est clairement un choix politique, celui du préfet de département. C’est lui qui décide de l’usage et de l’emploi de la force.

    Même s’il assure que la doctrine est décidée au niveau national ?

    A.C. : La doctrine actuellement, c’est nous contre les autres. C’est la posture qu’on demande à la police d’avoir. Cela ne peut pas durer. Mais tant qu’on aura un Macron qui préfère aller voir le concert de Céline Dion plutôt que d’aller en cellule de crise et de discuter avec les différents corps sociaux et les lycéens… La police ne peut pas régler le problème. Nous sommes, en tant que service public, le dernier rempart avec les pompiers. Et on est complètement désorganisés. Au moins un tiers, voire la moitié du maintien d’ordre est assuré par des policiers dont ce n’est pas le métier. Un manque de formation, mais aussi d’effectifs. Là encore, rappelons que Nicolas Sarkozy voulait supprimer les CRS et les gardes mobiles. Ils ont été dégraissés.

    D’aucuns évoquent également une mobilisation sans organisation, illisible pour les forces de l’ordre…

    A.C. : Oui, il y a 20 ans, on avait un service d’ordre dans les manifestations parce qu’il y avait des syndicats forts. Là, ils sont affaiblis, le rapport de force est moindre. Avant, les autonomes et autres « énervés » étaient en queue de cortège, aujourd’hui, ils sont devant le carré de tête.

    Quelles solutions alors ? Changer de doctrine avec la désescalade ?

    A.C. : La désescalade, c’est savoir laisser casser un abribus pour ne pas faire monter la violence d’un cran. Mais c’est l’autorité civile qui doit mesurer ça. Par exemple, j’ai vu, à Belfort, un jeune commissaire de police qui a demandé à ses effectifs d’enlever casques et boucliers. C’est courageux, surtout vis-à-vis de sa hiérarchie, cela peut être mal vu. Mais on pourrait avoir les policiers les mieux formés du monde avec le meilleur équipement du monde, et à un moment, ça ne marchera pas. Il faut une parole politique. Elle ne peut venir que du chef du gouvernement, du président de la République. Qu’ils disent « ok, on vous a entendu, on va mettre tout le monde autour de la table ». Mais pour l’instant, ce n’est que mépris. Quand on a la chefferie policière et préfectorale qui nous dit, à propos d’un corps social qui manifeste : « Qui est disponible ce week-end pour aller voir ce qui se passe dans le zoo social ? » Ces gens sont des monarques, n’ont aucun sentiment, cela va mal finir. Je sens arriver l’état d’urgence…

  • [Entretien] Marianne Collas : « Le Che reste un symbole de révolte contre l’injustice »

    [Entretien] Marianne Collas : « Le Che reste un symbole de révolte contre l’injustice »

    Quel est l’objectif politique de cette initiative ?

    Marianne Collas : Elle s’inscrit dans la campagne de solidarité avec Cuba pour sensibiliser politiquement aux graves conséquences qu’engendre le blocus sur l’île et les menaces d’agression que continue de faire planer Trump depuis quelques mois. Les États-Unis exercent une pression incroyable sur le pays mais aussi sur tous les partenaires, les entreprises qui, dans le monde, peuvent coopérer ou collaborer avec Cuba. Ils prennent des sanctions en dehors du droit international pour empêcher, par exemple, la solidarité concrète qu’il peut y avoir au niveau de la France et au niveau du monde entier.

    Comment le PCF met-il en branle cette solidarité avec Cuba ?

    M.C. : On a entrepris dans le même temps une campagne de collecte de médicaments et de produits d’hygiène tout en alertant sur l’aggravement de la situation. Et on a obtenu des succès puisque certains containers, on l’a appris il y a quelques jours, ont pu être déchargés à Cuba. Ils contenaient justement du matériel et des médicaments pour les hôpitaux, mais aussi pour la vie quotidienne des gens à Cuba. C’est une grande victoire parce que tout était bloqué.

    On a mené une intervention, bien évidemment, auprès du gouvernement français pour qu’il intervienne au niveau des affaires étrangères.

    Vous parlez de sensibilisation du grand public, comment cela se passe-t-il auprès du cercle non militant ?

    M.C. : Nos messages ont eu un écho très positif y compris auprès des gens pour qui on aurait pu se dire que Cuba ne les concernait pas. Mais vraiment, à chaque fois qu’on a mené des initiatives publiques, on a rencontré vraiment du succès. Et beaucoup de gens même veulent continuer dans la durée à soutenir Cuba. La solidarité financière va d’ailleurs se poursuivre pour participer à l’électrification d’un hôpital pédiatrique de La Havane. C’est intéressant aussi de pouvoir travailler et collaborer avec des entreprises sur place ou autour de Cuba.

    L’irréprochable image du Che peut encore aider la cause ?

    M.C. : Je crois qu’il y a beaucoup de jeunes, notamment, pour qui effectivement l’image du Che reste un symbole de révolte contre l’injustice. Et effectivement, aujourd’hui, alors qu’ici même, aujourd’hui à Toulon et ce matin à Brignoles des jeunes et de moins jeunes manifestent contre les injustices et pour la solidarité ça résonne tout particulièrement. On assiste à une jeunesse qui se soulève dans le monde entier contre la société capitaliste telle qu’elle est, qui brise les vies. Et il y a une aspiration à plus de justice, de liberté, d’égalité, etc.

    La projection du film
    va donc permettre d’approfondir
    la réflexion…

    M.C. : Oui, d’autant qu’on a la chance d’avoir le réalisateur du film présent ainsi que Maïté Pinero spécialiste de l’Amérique latine. C’est pour ça qu’on invite vraiment un très large public à venir et à débattre l’avant-veille d’un vote aux Nations unies pour une nouvelle résolution rapport au blocus de Cuba. C’est important parce qu’on sait que l’administration Trump fait pression auprès de beaucoup de gouvernements pour qu’elle ne soit pas adoptée. Les camarades cubains demandent vraiment à tous les pays du monde de faire très très fort sur cette sensibilisation-là.

  • [Parole de maire] Loïc Gachon (PS, Vitrolles) : « Nous adaptons la ville au siècle qui vient »

    [Parole de maire] Loïc Gachon (PS, Vitrolles) : « Nous adaptons la ville au siècle qui vient »

    Réélu avec 46,78% des voix en mars dernier à la tête d’une liste d’union de la gauche face à Fabien Bravi (RN), Loïc Gachon (PS) marque son 3e mandat par la proximité et l’adaptation au changement climatique.

    La Marseillaise : Le mouvement lycéen a été d’ampleur. Comment une Ville concourt à leur bien-être ?

    Loïc Gachon : Il est enthousiasmant et respectable que les lycéens se mobilisent pour leur qualité de vie et leur avenir face au même État qui met une pression colossale avec Parcoursup et ne donne pas les moyens de réussir. Que peut faire la ville ? On a l’habitude de s’adresser aux écoles, c’est plus compliqué avec les ados. La cité éducative a créé un partenariat avec les établissements du secondaire qui permette du suivi de parcours, c’est la priorité. On a aussi réussi l’implantation de la Maison des ados à côté du lycée Mendès France, un lieu de premier accueil universel pour n’importe qui ressentirait un problème social, de vie sexuelle, de harcèlement, de santé mentale… Ce premier accueil permet l’orientation par des pros vers des activités ou des spécialistes. La santé mentale étant un vrai enjeu, c’est un outil indispensable pour le lycéen et sa famille.

    Le vote d’extrême droite a progressé aux municipales. Comment creuser l’écart ?

    L.G. : Ce n’est pas ma manière de voir le sujet. Les élections ne sont pas un calcul, on ne gère pas une ville avec le résultat en tête. En revanche, comment on tient compte du résultat ? Des remarques ? Comment on fait évoluer les politiques municipales ? Il y a plusieurs niveaux de réponse. L’extrême droite a fait ses plus gros scores au bord de l’étang de Berre, ces quartiers qui se sentent laissés-pour-compte, isolés géographiquement du reste de la ville, un tissu urbain non anticipé contrairement au reste de la ville, pas d’équipement municipal, un réseau routier chargé… Il faut améliorer la qualité de vie. Ma première décision a été de nommer un adjoint de quartier – il n’y en a qu’un sur la ville – pour mieux le suivre et accompagner la montée en charge des services sur ce secteur. Plus globalement, les gens se sentent oubliés, laissés à côté des priorités. Cela nous a conduits à multiplier par 3 les rencontres de proximité, pour écouter, recenser les colères ou insatisfactions et donner une réponse, structurer les services dans leur réponse de proximité.

    Enfin, d’un point de vue plus macro, je note une grande porosité et une bascule de l’électorat de droite vers le RN. Franck Allisio comme Fabien Bravi incarnent cette volonté de standardisation du RN. Il ne faut pas reculer, affirmer plus clairement nos valeurs, et les amener à se positionner plus clairement. Jeudi en conseil de Métropole, le groupe RN s’est abstenu sur plein de délibérations sans s’expliquer, je n’admets pas ça. On fait de la politique, on n’est pas spectateurs. Pareil en mairie, il faut les amener à se positionner. Le RN est toujours un parti marqué par son histoire raciste et antisémite, favorable aux plus riches, qui vote systématiquement contre les collectivités et les plus fragiles. Ils ont beau mettre un vernis, mais quand on rentre dans les débats on peut les démasquer, cela aidera les gens à se positionner.

    Un collectif propose d’ouvrir la ligne Rognac-Aix aux voyageurs. Qu’en pensez-vous ?

    L.G. : Je crois énormément au ferroviaire, c’est un outil à privilégier pour notre Métropole. L’omnibus est la meilleure formule au vu de la discontinuité urbaine, sur le modèle du RER parisien. Je partage l’intérêt de Rognac-Aix aussi pour la perspective d’un direct Aix-Vitrolles-aéroport par le train, qui a du sens. Notre ville a été conçue comme hub des mobilités en 1970. C’est un territoire de 25 000 emplois dont 20 000 sont occupés par des extérieurs, tandis qu’une dizaine de milliers de Vitrollais vont travailler ailleurs. Il faut encore des progrès, avec à court terme la liaison câblée entre l’aéroport et la gare de Vitrolles, évitant les embouteillages de la D20 ou les parkings. En même temps se fait la liaison Zenibus jusqu’à la halte ferroviaire de Plan de campagne, connectée à la ligne des Alpes. Plus loin, la Métropole envisage d’aménager la D113 en boulevard urbain multimodal avec bus à haut niveau de service (BHNS) dans son plan local de déplacement. Je rêve qu’on puisse se passer du véhicule personnel, sans jamais vouloir l’interdire.

    Quelle est votre stratégie énergétique pour l’avenir ?

    L.G. : Notre horizon est que Vitrolles produise le plus possible l’énergie qu’elle consomme. On s’est lancé dans l’autoconsommation collective, et avons élargi ce principe aux particuliers et entreprises. Concrètement, « Notre énergie Vitrolles », la société porteuse, est en train de devenir un producteur d’électricité auquel on s’abonnera en plus du fournisseur classique. Pour le moment le gain financier n’est pas une priorité. Ça le sera dans l’avenir, car notre énergie est calée en dessous du tarif réglementé et n’évoluera pas au même rythme car découplée du marché. L’enjeu du pouvoir d’achat est plus fort et plus rapide avec notre réseau de chaleur car il a déjà rapporté aux abonnés.

    Nous serons fixés l’année prochaine sur le potentiel géothermie. Le permis de prospection 3D a été signé la semaine dernière pour identifier l’endroit idéal et simuler la température de l’eau. C’est l’étape où on dira stop ou encore. Si l’essai est concluant, un forage d’essai est prévu pour 2029, suivi d’un définitif en 2030 pour nous, Airbus et l’aéroport. Ce serait une énergie totalement décarbonée et renouvelable avec un gain sur la facture de 40% par rapport au tarif – actuel ! – du gaz. Si ce n’est pas concluant, les mécanismes de repli du délégataire Engie garantissent une solution biomasse et échange avec la station d’épuration pour la même performance écologique et tarifaire.

    Pourquoi relier Airbus ?

    L.G. : Car c’est un projet urbain et industriel pour le territoire d’aujourd’hui et sa mutation. Vitrolles restera un lieu de production d’hélicos pour le siècle qui vient et doit rester compatible avec la vie quotidienne des habitants. L’adaptation au changement climatique nécessite la décarbonation, le transport en commun, la production d’énergie, la végétalisation, le confort d’été et d’hiver chez soi… C’est le 2e socle de notre politique après la proximité, qui n’a de sens que si en même temps on adapte la ville au siècle qui vient. Nous sommes vigilants sur les pics de chaleur, à adapter le réseau pluvial avec la Métropole pour ne pas subir d’inondations. On a tous les jours l’occasion de faire l’aller-retour entre l’immédiat et les perspectives à 50 ans, pour lesquelles j’ai la même passion et engagement.

    Entretien réalisé par Antonin Maja

  • [Grand entretien ] Robert Guédiguian : « Ce film parle de toutes les formes de domination »

    [Grand entretien ] Robert Guédiguian : « Ce film parle de toutes les formes de domination »

    La Marseillaise : C’est vrai que votre film a été inspiré par
    la découverte dans la rue, par l’un de ses scénaristes, Serge Valletti, du journal intime d’une femme qui avait élevé l’enfant né d’une relation adultérine de son mari avec une servante en Algérie
     ?

    Robert Guédiguian : Quand on fait un film, on cherche toujours des motifs et des thèmes à la table de travail. On voulait parler d’une femme d’aujourd’hui, de l’immigration, du racisme et du colonialisme. Et là, me revient en mémoire une histoire que Serge Valletti m’avait racontée quelques années plus tôt : il avait trouvé un journal intime dans une poubelle, dans les rues de Paris, qui parlait d’une histoire de ce type-là. Après, bien sûr, on a pris toutes les libertés pour s’emparer de cette histoire et écrire nous-même ce journal intime. Pour parler de colonisations, d’agressions sexuelles, de domination de l’homme sur la femme, c’était un bon point de départ.

    L’oncle de Juliette, l’héroïne de votre film, qui est un rapatrié d’Algérie, lui dit d’ailleurs à un moment : « C’était joyeux l’Algérie. Mais
    les Arabes n’étaient
    pas invités
     »…

    R.G. : Ce film veut parler de toutes les formes de domination : de domination raciale et raciste, de domination des hommes sur les femmes, de domination des exploiteurs sur les exploités. Il faut donc chercher les manières de raconter les histoires. Cet oncle qui dit cette phrase, ça permet d’enlever cette espèce de mythologie selon laquelle, à cette époque, « on s’aimait bien, on était tous ensemble ». Car ce n’est bien entendu pas vrai. Même s’il existe peut-être quelques contre-exemples, dans les colonies, massivement, les gens n’étaient pas bien ensemble car il y avait tout simplement des colons et des colonisés.

    « Une femme aujourd’hui » évoque
    la domination sexuelle à travers le viol que subit Juliette. Votre film est aussi un cri en faveur
    des victimes, quelles qu’elles soient ?

    R.G. : Bien sûr, d’autant plus pour le savoir sur d’autres exemples comme les histoires de génocides ou de crimes contre l’humanité. Pour moi, la problématique est la suivante : quand on a un traumatisme aussi fort que celui-là, il faut l’oublier. Et en même temps, il faut en parler. Une contradiction absolue. C’est dur de réunir ces deux axes, ce qui explique parfois des hésitations. Dans les cas de génocides comme dans ceux de viols, les gens se mettent à parler parfois 30 ans plus tard. Je vois un rapport entre le viol, la colonisation et le génocide. Il y a dans ces actes la négation de l’humanité de l’autre.

    Votre film est tourné de la maison bourgeoise de Juliette dans
    le 7
    e arrondissement jusqu’au quartier de sa famille, à Saint-Thys. C’est l’histoire d’une transfuge
    de classe à la recherche
    de ses identités
     ?

    R.G. : On peut pitcher le film comme ça. Tous les parents modestes rêvent que leurs enfants fassent des études et aient un sort meilleur que le leur. Et cela ne va pas sans poser des questions et des problèmes. Cela éloigne, les pratiques ne sont plus les mêmes, les sujets de discussions et les centres d’intérêt non plus. Ce décalage peut parfois même provoquer chez une personne honnête et sincère une certaine tristesse, comme c’est le cas de Juliette au début du film.

    Un des centres névralgiques du film est la Tour La Marseillaise, où Juliette travaille dans la finance.
    La banalisation des activités des boursicoteurs vous inspire-t-elle toujours un profond dégoût
     ?

    R.G. : Oui, vraiment. À travers ces jeux financiers, et pas industriels attention, ils jouent avec des flux, des courbes, de l’abstraction, sans se préoccuper de ce qu’il y a derrière ces manipulations. Personne ne travaille sur le fait que le changement du petit pourcentage entre deux cotations dans une bourse internationale va, par exemple, faire qu’un petit artisan sur place, qui travaillait pour une boîte, va être viré. C’est là d’ailleurs où la narration est beaucoup plus forte que l’information.

    La notion de vengeance intervient aussi dans le film. Un écho à notre époque qui, aussi bien d’un point de vue local qu’international, montre que la justice et le débat sont de plus en plus piétinés par la loi du plus fort…

    R.G. : Les gens critiquent de plus en plus le droit et ce qu’ils appellent la « République des juges ». C’est une tendance très dangereuse. En France, on est encore pas trop mal, même si on n’est pas du tout à l’abri de cela. Il faut donc mener ce combat de manière prioritaire.

    Quel regard portez-vous sur
    les mobilisations lycéennes
    et étudiantes en ce moment
     ?

    R.G. : Les conditions d’études sont de plus en plus pourries alors qu’il y a 30 ans, on était un pays à la pointe pour l’éducation. Leur révolte est tout à fait légitime. Sans révolte de ce type-là, il ne se passe strictement rien. Je vois que les parents aussi les accompagnent, c’est bien. Peut-être qu’on va réussir à arracher des choses.

    Leur révolte peut-elle être une étincelle ? Ce samedi 17 octobre,
    des mouvements qui doivent réunir toutes sortes de personnes
    étranglées par des décisions
    ou par l’inaction du gouvernement ont lieu en France. La convergence des luttes, vous y croyez
     ?

    R.G. : Je suis heureux qu’il existe ces types de manifestations, mais je suis sceptique. Après, il faut que ces manifestations se traduisent par de la représentation politique et des élections. Je ne vois toujours pas d’autres systèmes possibles.

  • [Entretien] Serge Ragazzacci : « On ne sait jamais quand la cocotte-minute va péter »

    [Entretien] Serge Ragazzacci : « On ne sait jamais quand la cocotte-minute va péter »

    La Marseillaise : Comment sentez-vous le contexte social alors que les prix des carburants continuent d’atteindre des sommets ?

    Serge Ragazzacci : On a l’impression d’être dans une cocotte-minute. La mobilisation lycéenne est d’autant plus forte que la réponse du gouvernement, dès les premiers jours, a été d’une extrême violence. Forcément, ça a levé un mouvement de protestation qui est légitime. Il y a eu beaucoup d’émotions vis-à-vis des images qui ont pu circuler. Mais au-delà de cet épisode, ça fait un moment qu’on est dans une cocotte-minute et on ne sait jamais à quel moment elle va finir par péter, parce qu’on a une crise sociale extrêmement importante avec une question en particulier du pouvoir d’achat. Notre société est en souffrance, elle vit mal. Et on a un gouvernement qui a maltraité l’ensemble des institutions, des syndicats et qui fait preuve d’autoritarisme. Cela crée les conditions de mouvements sociaux qui ont parfois du mal à émerger car les sujets de mécontentement sont extrêmement nombreux, et il y a parfois du mal à trouver les lignes de convergence. Mais aujourd’hui, le gouvernement est sous pression, puisque les sujets que les jeunes portent sont aussi les sujets que nous avons portés le 29 septembre, en particulier sur l’avenir des services publics. Ce n’est pas un hasard que le mécontentement se fasse sentir en ce moment car nous sommes en plein débat sur le budget de l’État. Qui prévoit, pour l’instant, d’accroître les difficultés du service public.

    Cette situation est-elle inédite en France ?

    S.R. : C’est un peu inédit dans le sens où il y a un ras-le-bol général face à une situation qui est devenue catastrophique pour une bonne partie des Français. Les moments de ras-le-bol général ont toujours rencontré des mouvements sociaux. Ce qui est surtout inédit, c’est la brutalité avec laquelle le gouvernement a répondu aux premiers blocages des lycéens. Tout le monde a été surpris par la démesure de la répression policière. Nous sommes dans un temps d’extrême pression, sur fond de crise sociale, avec un gouvernement qui ne veut rien entendre aux douleurs que peuvent ressentir les travailleurs et les retraités et qui continue à vouloir leur faire les poches. Tout cela sur fond de crise démocratique, avec la perspective des élections présidentielles et une extrême droite qui n’a jamais été aussi haute.

    À la CGT, appelez-vous à élargir le mouvement lycéen ?

    S.R. : Le mouvement lycéen a sa propre vie, son autonomie, et nous, on respecte ses choix. On voit bien comment le pouvoir a essayé de faire croire que ce mouvement était récupéré par les uns ou par les autres. Si c’était si simple, on y aurait pensé avant. Mais ça a permis de noyer le débat pendant des jours et de ne pas s’interroger sur les raisons de cette colère dans la jeunesse. C’est important que le mouvement reste dans les mains des organisations lycéennes, même si elles sont faiblement représentées. Nous, on essaie de répondre à leurs sollicitations.

    Beaucoup de gens sont descendus dans la rue pour être auprès de la jeunesse et c’est une bonne chose. Mais la meilleure manière de préparer un avenir à notre jeunesse c’est de se mobiliser pour nos salaires, nos conditions de travail, l’accès à l’emploi etc… C’est pour cela qu’il y a la date du 5 novembre, qui est la suite de ce qu’on a construit le 29 septembre sur la fonction publique. Cette fois-ci, c’est une journée de grève et de manifestations interprofessionnelles, en particulier sur les questions de salaire et de pouvoir d’achat, sur les questions de services publics, d’emploi et aussi sur l’industrie, puisqu’il y a beaucoup de licenciements en cours. C’est une date de convergence qu’on a besoin de réussir pour venir en appui à la jeunesse.

    Appelez-vous aussi à la mobilisation avec les Gilets jaunes le 17 octobre ?

    S.R. : On a un peu de mal à voir quelles sont les revendications pour cette journée. La position nationale est la suivante : s’il y a des choses qui peuvent correspondre à notre cahier revendicatif, on pourra y participer. Mais pour nous, le syndicalisme se passe dans les entreprises où nous avons beaucoup de sujets avec notamment les questions de salaire et de pouvoir d’achat. Il n’y a pas un jour sans que les gens se plaignent du prix de l’essence, de l’électricité ou du prix du chariot quand on va faire ses courses. Notre responsabilité aujourd’hui, c’est donc de faire entendre ce mécontentement, de le transformer en revendication et d’aller pousser le gouvernement, mais aussi le patronat, dans leurs retranchements. Aujourd’hui, la colère, comme souvent, est dirigée contre le gouvernement, mais elle oublie le patronat alors que les entreprises du CAC 40 ont dégagé au premier semestre plus de 60 milliards de dividendes, ce qui est un record. La France est championne du monde du reversement de dividendes. Ce n’est donc pas vrai que notre pays est en ruines.

    Quelles sont les mesures d’urgence que vous réclamez pour répondre à la crise ?

    S.R. : D’abord le blocage immédiat des prix des carburants. Mais il n’y a pas que le carburant, nous demandons aussi le passage de la TVA à 5,5% sur l’électricité et le gaz. Du côté des mesures sociales, nous demandons, face à une inflation estimée entre 3 et 4%, d’augmenter le Smic à 2 200 euros bruts. On demande aussi le dégel du point d’indice. Le problème de la France, c’est que la consommation est en berne parce que les gens n’ont plus les moyens. On demande aussi un contrôle sur les 211 milliards d’aides publiques et d’exonérations sociales pour les entreprises. Malgré un rapport sénatorial, rien n’a été fait sur ce sujet. Aujourd’hui, on a donc toutes les raisons de se mobiliser et on va tout faire dans les jours et les semaines qui viennent pour inscrire la plus grande mobilisation possible.