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  • [C’est l’été] Entretien : Jean Marc Sicky, DJ local, signe son retour pour une soirée au Rove

    [C’est l’été] Entretien : Jean Marc Sicky, DJ local, signe son retour pour une soirée au Rove

    Jukebox et Magic queen tribute queen poseront aussi leurs valises, ce 21 juillet, au 7 boulevard de la Carrairade, au Rove, pour cette soirée musicale.

    La Marseillaise : Qui est DJ Sicky ?

    Jean Marc Sicky : Je suis originaire du Rove et j’ai commencé à mixer dans les années 80. Pendant ma carrière, j’ai travaillé dans des clubs assez connus de la région comme par exemple le Barbarella à Marseille, le Futuria à Gignac ou encore le club 88 à Aix-en-Provence. Dans mon palmarès, j’ai aussi été champion de France des DJ en 1986. Aujourd’hui, je ne fais quasiment plus de discothèque, j’ai arrêté il y a une dizaine d’années, mais jamais de mixer : j’ai monté mon autoentreprise et j’anime des mariages et d’autres événements.

    Faites-vous souvent des événements au Rove ?

    J.M.S. : À part des événements privés, pas du tout ! Ça fait plus de 10 ans que je n’en ai pas fait un seul ! Alors quand le maire, Paul Sabatino, m’a proposé de venir ce mardi 21, ça a été un devoir de répondre présent. Je vois un petit peu cette occasion comme un retour aux sources : je vais faire danser mes amis, mes voisins et les gens que je connais. Et surtout, le meilleur dans les fêtes de village, c’est le côté familial, c’est très populaire, j’aime beaucoup cette ambiance !

    Quel est votre style de musique ?

    J.M.S. : Plutôt le style années 80-90-2000, c’est ce que je souhaite mixer ce mardi, car je pense que le public va être très très hétérogène, il va y avoir des familles, des enfants, des adultes, des anciens, donc il va falloir faire plaisir à tout le monde avec de la musique intergénérationnelle ! Mais évidemment, je vais varier les plaisirs. Sinon, personnellement, ce qui marche plutôt bien en club, c’est l’afrohouse en ce moment ou la techhouse, que j’apprécie beaucoup aussi.

    Avez-vous déjà mixé pour la Tournée d’été de La Marseillaise ?

    J.M.S. : Bien sûr ! J’ai fait pas mal de dates avec eux, je connais un petit peu le concept et je me souviens qu’à l’époque, on avait fait une soirée incroyable à Caro, où il devait y avoir 3 000 à 4 000 personnes. C’était vraiment une ambiance phénoménale, je m’étais éclaté et je suis très content de refaire une édition, même si je ne fais qu’une seule date.

    Que diriez-vous à quelqu’un qui ne vous connaît pas pour lui donner envie de vous voir ?

    J.M.S. : Moi, je lui dirai, tout simplement : « Venez parce que vous n’allez pas vous ennuyer, vous allez danser, vous allez chanter, le tout sur des musiques que vous connaissez, ça va être un moment de partage incroyable, de convivialité, ça va être festif, tout le monde va avoir le sourire et vous allez rentrer à la maison avec du bonheur. » Et on en a besoin, avec tout ce qui se passe, c’est des moments importants.

    Qu’est ce qui vous motive à mixer depuis plus de 30 ans ?

    J.M.S. : Ce qui me motive toujours, c’est que les gens apprécient ma musique. Tant que je partage avec le public, que je ne les ennuie pas et qu’au contraire, je les divertis et les emmène là où je veux, moi, je continue. Le jour où je n’y arriverai plus, j’arrêterai, mais c’est mon public qui me dira quand je dois arrêter.

    Propos recueillis par Louis Golliot

    Les Amis de La Marseillaise présents sur la Tournée d’été

    Après le Mondial La Marseillaise à Pétanque les Amis de La Marseillaise suivent le rythme de la tournée d’été et sont présents à chaque date. Dans cette ambiance festive, leur stand réserve quelques surprises et proposera des objets à la vente pour « soutenir le journal et lui permettre de suivre le mouvement de développement qui doit obligatoirement être le sien » affirme Serge Baroni, président de l’association. À noter d’ores et déjà qu’à Septèmes-les-Vallons, le 26 juillet, les Amis remettront au journal un chèque de 3 000 euros récoltés durant le Mondial La Marseillaise à Pétanque. Une efficacité redoutable.

  • [Entretien] Stéphane Escafre, président de la Ligue Paca d’échecs : « Les modèles féminins font venir des joueuses »

    [Entretien] Stéphane Escafre, président de la Ligue Paca d’échecs : « Les modèles féminins font venir des joueuses »

    La Marseillaise : Comment les échecs se sont-ils développés dans la région ?

    Stéphane Escafre : La pratique du jeu d’échecs est très ancienne dans la région. Plusieurs clubs ont été fondés au XIXe siècle et sont encore en activité aujourd’hui. On a plus d’une centaine d’années de référence. Dans les années 2000, le ministère des Sports a reconnu les échecs comme un sport. Cela nous a aidés à créer une structure. Depuis une dizaine d’années, nous sommes très présents dans les écoles. Concernant le haut niveau, on a deux clubs très implantés : Marseille Échecs, le plus grand club de France en nombre de licenciés, et L’Échiquier du Roy René, à Aix-en-Provence. Ils sont dans le top 10 français. Chaque année, de nouveaux clubs se créent et les licences ont augmenté de 10 % cette saison.

    Avez-vous le sentiment que les pratiquants sont de plus en plus jeunes ?

    S.E. : Quand j’étais gamin, c’étaient surtout les vieux qui jouaient aux échecs. Des quinquagénaires, des sexagénaires ou des retraités. Aujourd’hui, les jeunes se sont emparés des échecs. Le champion de France actuel a 20 ans. Cela s’explique par plusieurs facteurs. Les interventions dans les écoles sont très importantes. Les animateurs repèrent des talents et les incitent à participer aux championnats scolaires. C’est tout un monde qui existe. Il est un peu caché, mais c’est très structuré, des milliers d’enfants participent à ces compétitions. Les échecs en ligne se sont aussi développés pendant la période Covid et ont joué dans l’arrivée d’un nouveau public.

    Les échecs n’attirent que 20 % de licenciées dans les clubs. Cherchez-vous à féminiser la discipline ?

    S.E. : La mixité des compétitions, mise en place depuis trois ans, a permis de faire venir plus de filles et d’augmenter leur niveau. Il y a aussi des « role model » : les filles s’identifient plus facilement à des joueuses, comme la présidente de Marseille Échecs, Laurie Delorme, ou la joueuse hongroise Judit Polgár. C’est la première femme à avoir battu un champion du monde et elle est dans le top 10 mondial. Ces modèles féminins font venir de plus en plus de joueuses. La série Le jeu de la dame a également permis à de nombreuses filles de voir qu’elles pouvaient dominer les garçons sur l’échiquier. Aujourd’hui, l’augmentation des licences est plus rapide chez les filles. Il y a moins de joueuses, mais tout cela va s’équilibrer.

  • « La formation des troupeaux renseigne sur la transmission des maladies »

    « La formation des troupeaux renseigne sur la transmission des maladies »

    La Marseillaise : Vous décrivez dans votre étude un méga-troupeau de 4 000 buffles au Botswana. Cela ne passe pas inaperçu… Les communautés locales le connaissaient-elles ?

    Alexandre Caron : La première autrice de l’article, Emily Bennitt, a mené l’enquête auprès des populations locales. Les rangers et les guides touristiques connaissaient le troupeau. Dans les villages, les communautés locales n’avaient pas l’impression qu’il était si gros car elles le voient rarement. En effet, buffles et bétail ont tendance à s’éviter. Donc les éleveurs voient quelques buffles de temps en temps qui s’enfuient rapidement. Ils ne se rendent pas compte de la taille du troupeau qui existe derrière.

    Au-delà du caractère impressionnant, en quoi est-ce intéressant d’observer un si gros troupeau ?

    A.C. : Pour la conservation, cela aide à sensibiliser les acteurs locaux sur l’existence de ce phénomène naturel important. Et cela donne une référence à partir de laquelle nous pourrons observer une évolution. Enfin, cela aide à comprendre ce qu’est un troupeau, comment il se forme et comment peuvent s’y transmettre des agents pathogènes.

    Lesquels ?

    A.C. : Près de 90% des buffles ont la fièvre aphteuse. Ils peuvent aussi avoir la tuberculose, la brucellose… Or ces maladies peuvent se transmettre au bétail, ce qui a des conséquences sociales et économiques. Ces transmissions se font rarement par contact direct car buffles et bétail s’évitent. Mais il peut y avoir des transmissions indirectes, par la salive ou les déjections laissées dans un espace partagé.

  • [Entretien] Robin Renucci : « Les congés payés ont été une conquête du temps libre »

    [Entretien] Robin Renucci : « Les congés payés ont été une conquête du temps libre »

    La Marseillaise : Dans quel contexte les congés payés se sont-ils imposés comme des acquis sociaux ?

    Robin Renucci : C’était dans l’urgence sociale, dans un étau menaçant lorsque les discours de fanatisme et de haine avaient libre cours dans une Europe vacillante. En 1936 une France républicaine a résisté à la couleur marron montante et s’est rassemblée en ce qu’on a appelé le Front Populaire, cette réunification syndicale de la CGT, de la CGTU, des socialistes, des communistes, des radicaux et des autres forces antifascistes autour de Léon Blum. La gauche l’a emporté et un grand mouvement de grève a poussé pour que des réformes soient mises en œuvre sans plus tarder. C’était donc une conjonction du consensus populaire, de la volonté de réforme du chef du gouvernement et puis d’une majorité parlementaire, qui a amené des avancées comme on n’en avait jamais vu dans le monde ouvrier : la semaine de 40 heures et les premiers congés payés.

    Que symbolisait cette mesure ?

    R.R. : Cette année-là, des femmes et des hommes ont réclamé et gagné quelque chose qui était immense, c’est-à-dire du temps. Du temps pour vivre, pour soi. Regarder ses enfants autrement qu’entre deux fatigues était devenu un événement. Ces mesures n’ont pas seulement été des acquis sociaux, mais une révolution sensible de l’existence, une transformation du regard sur la dignité humaine. Derrière ces idées, il y avait l’idée qu’une société juste est une société qui reconnaît à chacun le droit au repos, le droit à la beauté, à l’imaginaire et à la rencontre. Les gens ont aussi fait du théâtre, et toutes celles et ceux qui y sont sensibles sont aussi sensibles à l’idée que ces mesures ont fondé un modèle culturel : tout un peuple était entré dans le temps libre comme dans un horizon nouveau. Le théâtre public est né de tout cela. La culture n’est pas un luxe réservé à quelques-uns mais c’est un droit, un souffle qui doit se partager.

    Pourquoi déployer cette campagne nationale aujourd’hui ?

    R.R. : Déjà parce qu’on fête un anniversaire. Mais aussi parce que ces années 1936 nous rappellent qu’une société avance lorsqu’elle conquiert pour chacun davantage que la seule survie. Ces luttes sociales ont ouvert un droit nouveau, celui de disposer d’un temps à soi, libéré du travail contraint. Malgré cela, la précarité continue encore aujourd’hui et 40% des Français ne partent pas en vacances. C’est pourquoi il faut continuer à nommer le Front Populaire, à parler de ce bouleversement politique, social, mais aussi profondément culturel. Les montées totalitaristes sont en train de se répéter en Europe, le fascisme revient au galop et nous sommes dans une année électorale où l’extrême droite est en train de gagner beaucoup de terrain. La même extrême droite que dans les années 36, déguisée différemment. C’est important de fêter les congés payés et ce qu’ils racontent.

    Une campagne culturelle donc ?

    R.R. : Tout ça s’inscrit dans une année où la culture est menacée. Les coupes budgétaires qu’on subit sont une atteinte portée à ce temps-là, notamment aux festivals, qui se sont créés dans ce contexte. Les congés payés ont été une conquête du temps libre. À nous d’en faire un temps vivant, pour la culture, le partage du patrimoine, l’émancipation, la solidarité. Il faut rappeler l’histoire afin que nous soyons conscients de ce que nous risquons à nouveau en entrant dans la célébration de l’exclusion. Jean Guéhenno écrivait « la culture, c’est ce qui répond à l’homme quand il se demande ce qu’il fait sur la terre. » Cette phrase marque mon engagement, mes convictions artistiques et politiques. C’est pour ça que je parraine l’événement, je veux faire un contre-don.

    * L’UNAT, l’ANCAV et l’association PARCOURS

    La Marseillaise : Dans quel contexte les congés payés se sont-ils imposés comme des acquis sociaux ?

    Robin Renucci : C’était dans l’urgence sociale, dans un étau menaçant lorsque les discours de fanatisme et de haine avaient libre cours dans une Europe vacillante. En 1936 une France républicaine a résisté à la couleur marron montante et s’est rassemblée en ce qu’on a appelé le Front Populaire, cette réunification syndicale de la CGT, de la CGTU, des socialistes, des communistes, des radicaux et des autres forces antifascistes autour de Léon Blum. La gauche l’a emporté et un grand mouvement de grève a poussé pour que des réformes soient mises en œuvre sans plus tarder. C’était donc une conjonction du consensus populaire, de la volonté de réforme du chef du gouvernement et puis d’une majorité parlementaire, qui a amené des avancées comme on n’en avait jamais vu dans le monde ouvrier : la semaine de 40 heures et les premiers congés payés.

    Que symbolisait cette mesure ?

    R.R. : Cette année-là, des femmes et des hommes ont réclamé et gagné quelque chose qui était immense, c’est-à-dire du temps. Du temps pour vivre, pour soi. Regarder ses enfants autrement qu’entre deux fatigues était devenu un événement. Ces mesures n’ont pas seulement été des acquis sociaux, mais une révolution sensible de l’existence, une transformation du regard sur la dignité humaine. Derrière ces idées, il y avait l’idée qu’une société juste est une société qui reconnaît à chacun le droit au repos, le droit à la beauté, à l’imaginaire et à la rencontre. Les gens ont aussi fait du théâtre, et toutes celles et ceux qui y sont sensibles sont aussi sensibles à l’idée que ces mesures ont fondé un modèle culturel : tout un peuple était entré dans le temps libre comme dans un horizon nouveau. Le théâtre public est né de tout cela. La culture n’est pas un luxe réservé à quelques-uns mais c’est un droit, un souffle qui doit se partager.

    Pourquoi déployer cette campagne nationale aujourd’hui ?

    R.R. : Déjà parce qu’on fête un anniversaire. Mais aussi parce que ces années 1936 nous rappellent qu’une société avance lorsqu’elle conquiert pour chacun davantage que la seule survie. Ces luttes sociales ont ouvert un droit nouveau, celui de disposer d’un temps à soi, libéré du travail contraint. Malgré cela, la précarité continue encore aujourd’hui et 40% des Français ne partent pas en vacances. C’est pourquoi il faut continuer à nommer le Front Populaire, à parler de ce bouleversement politique, social, mais aussi profondément culturel. Les montées totalitaristes sont en train de se répéter en Europe, le fascisme revient au galop et nous sommes dans une année électorale où l’extrême droite est en train de gagner beaucoup de terrain. La même extrême droite que dans les années 36, déguisée différemment. C’est important de fêter les congés payés et ce qu’ils racontent.

    Une campagne culturelle donc ?

    R.R. : Tout ça s’inscrit dans une année où la culture est menacée. Les coupes budgétaires qu’on subit sont une atteinte portée à ce temps-là, notamment aux festivals, qui se sont créés dans ce contexte. Les congés payés ont été une conquête du temps libre. À nous d’en faire un temps vivant, pour la culture, le partage du patrimoine, l’émancipation, la solidarité. Il faut rappeler l’histoire afin que nous soyons conscients de ce que nous risquons à nouveau en entrant dans la célébration de l’exclusion. Jean Guéhenno écrivait « la culture, c’est ce qui répond à l’homme quand il se demande ce qu’il fait sur la terre. » Cette phrase marque mon engagement, mes convictions artistiques et politiques. C’est pour ça que je parraine l’événement, je veux faire un contre-don.

    * L’UNAT, l’ANCAV et l’association PARCOURS

    Les rencontres

    La campagne se déploie localement dans des centres sociaux et culturels du département. Au programme de ces événements tout public : exposition, projection du documentaire « été 36, les Premières vacances des Français », temps dédié au débat et représentation d’un spectacle sur mesure signé Christina Rosmini. Si le prochain rendez-vous affiche complet jeudi 16 juillet, d’autres rencontres sont prévues avant de clôturer la campagne au Sénat le 2 novembre.

    Infos : carte collaborative en ligne

  • [Entretien] Laurent Frajerman, professeur d’histoire : « Il n’y a pas assez de places dans le supérieur »

    [Entretien] Laurent Frajerman, professeur d’histoire : « Il n’y a pas assez de places dans le supérieur »

    La Marseillaise : Comment expliquer la hausse du nombre de candidats sans vœux validé sur Parcoursup à l’issue de cette première phase ?

    Laurent Frajerman : Le problème c’est l’offre. On voit bien qu’il y a un système qui est sous tension, où il n’y a pas assez de place dans le supérieur. À cela s’ajoutent des coupes budgétaires assez importantes qui ont, à un moment donné, des répercussions sur l’offre d’enseignement. C’est assez inévitable. Donc on peut imaginer que ça se répercute sur les lycéens.

    Ce qui pousse les familles à se tourner vers le privé ?

    L.F. : Oui, cela explique cette hausse spectaculaire du privé. L’un des arguments de celui-ci, est de s’appuyer sur le stress des familles en disant qu’il ne recrute pas par Parcoursup. Cette plateforme est d’une grande opacité, le rapport parlementaire publié en février dernier, est assez frappant. Ses partisans, dont ces deux parlementaires [les députés Pierrick Courbon (PS) et Frantz Gumbs (Modem), Ndlr] passent un temps fou à affiner le mécanisme de sélection plutôt qu’à aider les élèves à réfléchir à leur orientation. Je le vis en tant que professeur principal, il y a un enseignement qui tourne à vide uniquement pour expliquer comment utiliser. Ce qui génère des différences sociales très importantes.

    Avec d’un côté, les familles qui, soit ont les qualifications, le milieu social qui leur permet de comprendre le fonctionnement et d’en tirer profit pour leurs enfants ou payent pour des coaching privés. Et, de l’autre, ceux qui sont un peu livrés à eux-mêmes. C’est le grand problème de Parcoursup.

    Qu’a changé la mise en place du contrôle continu ?

    L.F. : Celui-ci aboutit à une surnotation. Logiquement, cela a créé une pression massive des familles pour une amélioration des notes, pression à laquelle l’institution scolaire n’a pas résisté, globalement. Sauf, paradoxalement, dans les établissements d’excellence. Le contrôle continu fait qu’il y a une grande opacité, ce n’est pas que le dispositif Parcoursup, c’est toute l’architecture Blanquer. On ne sait plus à quoi se référer. Donc, on demande au post-bac globalement, de sélectionner beaucoup plus qu’avant, mais presque de sélectionner un peu à l’aveugle. C’est l’une des conséquences absurdes du manque de fiabilité du contrôle continu.

  • [Entretien] Éric Navarro : « Le public est acteur du spectacle »

    [Entretien] Éric Navarro : « Le public est acteur du spectacle »

    La Marseillaise : Quelle est l’idée derrière le groupe Jukebox Connexion ?

    Éric Navarro : On a appelé le groupe ainsi en référence à cet appareil dans lequel on mettait une pièce pour choisir un morceau. Le jukebox, pour nous, c’est un QR code qu’on dispose partout sur le lieu où on joue, et les gens peuvent le scanner pour avoir accès à toutes les listes d’une trentaine de titres que le groupe peut jouer. En fonction des votes par chanson, on va rééquilibrer, réorganiser la soirée.

    Pourquoi avoir imaginé ce concept ?

    E.N. : La relation au public est essentielle, parce que la fête est là, parce que le public se ressemble. Donc ça a toujours été important pour moi, d’écouter quelles étaient les demandes du public et de faire en sorte qu’il soit aussi un acteur du spectacle.

    Quel est le style musical du groupe ?

    E.N. : On va plutôt se diriger vers les années 70, 80 et 90, avec beaucoup de chansons françaises. Le point commun entre toutes ces chansons, c’est qu’elles sont positives. Parce qu’on considère qu’aujourd’hui, la musique est fédératrice et que certaines chansons sont des symboles. Elles relient autant les jeunes que les plus âgés, mais aussi toutes les personnes socialement parlant. On a un public familial, et pourtant des jeunes qui, d’habitude, n’écoutent que du rap sont venus nous voir en disant : « On s’est éclaté. »

    Vous avez déjà participé à la Tournée d’été l’année dernière. Pourquoi être revenu ?

    E.N. : L’année dernière, c’était un vrai bonheur de faire la Tournée d’été. Ce que j’ai aimé, c’est justement qu’à travers La Marseillaise, il y a des valeurs de tolérance et de confiance qui sont portées, et c’est aussi ce que nous avons essayé de véhiculer dans notre prestation. Par exemple, dans toutes les communes où on s’est retrouvé, il y avait un public qui était très éclectique. Et pourtant, sur une chanson qui est Le Temps des fleurs de Dalida, tout le monde s’est pris la main et tout le monde a chanté ensemble.

    Y a-t-il des nouveautés dans le spectacle ?

    E.N. : Spécialement pour La Marseillaise, nous allons inaugurer à Rousset un écran géant. Pour toutes les chansons françaises, on va donc pouvoir diffuser les paroles au public et créer un karaoké géant en live avec le groupe.

  • [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    « Ma famille a vécu pendant la guerre parce qu’elle avait du petit épeautre, mon père n’avait que ça à manger parce que les Allemands prélevaient tout. Mais moi aujourd’hui, j’essaie de porter la voix du petit épeautre et des produits de qualités le plus loin possible » pose en préambule Sandrine Faucou, pétillante rousse qui avoue « ne pas s’être coiffée à la sortie de la douche ce matin » quand le moment de la photo est évoqué. Elle s’était tout d’abord tournée vers des études d’italien, avec pour objectif l’enseignement. De cette partie-là de sa vie, elle lance dans un éclat de rire : « Mangiare. »

    Si dans le cadre d’une agriculture vivrière, ses grands-parents cultivaient le petit épeautre, son père Aimé, dans les années 80 avec la mise en place de la politique agricole commune (PAC) marque un tournant avec un de ses collègues néo rural. Il décide de le protéger en enclenchant une démarche d’agriculture bio loin de l’agriculture productiviste des Trente glorieuses. « Au fil des années, il obtient l’indication géographique protégée, la fameuse IGP. C’était un pionnier », lance sa fille fiérote.

    Domiciliée dans le Luberon, côté Alpes-de-Haute-Provence, Sandrine précise : « C’est une zone où se croisent les quatre départements du Vaucluse, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Drôme. » Comprendre à environ 700 m d’altitude une terre aride, qui fleure bon le ciste et la bruyère, vous y êtes ? « J’ai compris très vite en ayant grandi à la campagne, que j’avais besoin d’être libre, d’être à l’extérieur, j’ai alors réorienté mes études vers un monde où je pourrais être mon propre patron, tout en profitant des paysages », commente-t-elle. Délaissant la fac de lettres, elle bifurque vers des études agricoles avec une spécialisation agriculture biologique. Démarre alors une nouvelle vie de conseillère agricole pendant 8 ans avant de s’installer en 2009 à la prise de retraite de son père. « À sa grande surprise, d’ailleurs. Mais au fond, je pense qu’il est fier. On naît agriculteur, mon père était un passionné, toujours à mes côtés », ponctue la productrice. La réalité du métier nécessite d’être très polyvalent, des travaux des champs, du semi à la moisson, en passant par la mécanique. « Sans oublier le décorticage, la transformation en farine par exemple, et la commercialisation », complète-t-elle.

    Appelé espeouto en provençal, le Petit Épeautre, aussi connu sous le nom d’engrain est un blé très ancien vieux de près de 12 000 ans qui demande peu d’eau.

    Histoire et humilité

    Aujourd’hui il est redécouvert et apprécié pour sa grande digestibilité due à son faible taux de gluten. L’agricultrice détaille son métier : « Le petit épeautre se moissonne, mais reste dans une enveloppe protectrice. Il est stocké au fur et à mesure. Tous les mois, je décortique, je trie et j’ensache de sorte que mon produit soit au plus près du moment où il est mis sur le marché pour une fraîcheur optimale. La farine se fait aussi au dernier moment. » Avec une ferme de 50 hectares dont 7 ou 15 hectares sont dédiés au petit épeautre, c’est un métier passion qui nécessite beaucoup d’investissement. « Moi, ce que j’aime, c’est toucher mon produit, la relation charnelle avec lui. En bouche, il faut qu’il soit comme le chocolat ferme et fondant à la fois. J’essaie de faire du mieux que je peux avec la terre, pour donner le meilleur de moi-même au consommateur. C’est comme l’éducation des enfants, on les confie qu’à des gens avec qui on sait qu’ils sont en confiance. J’essaie de porter la voix du petit épeautre le plus loin possible. »

    La génération de Sandrine a créé et développé les magasins de producteurs, se regrouper a sécurisé les ventes. Mais le climat change. En Provence, on dit Eici l’aigo es d’or [ici, l’eau est d’or]. Les pluies se raréfient, et sont en même temps plus denses. « Je n’ai pas d’eau du tout. On doit rester vigilant mais aussi évoluer. Par exemple, je fais un peu de lentilles, mais si l’année s’annonce très sèche, je choisis autre chose car je sais qu’elles vont griller. On se pose des questions sur les variétés à implanter, la conduite à avoir. Il faut garder de l’humilité. »

    Et de conclure : « Je sais le poids de l’effort du producteur pour avoir un beau produit et le prix à payer pour atteindre l’excellence. C’est sans doute en ça que je rends à ma famille et au monde agricole ce que j’en retire d’un autre côté ».

    Filière indication géographique protégée (IGP)

    Ce signe officiel d’identification de la qualité et l’origine du produit est un signe Européen. Il garantit qu’au moins une étape clé de la production est réalisée d’une zone géographique délimitée. Le produit doit être ancré dans l’historique de son territoire et ses particularités sont liées à un savoir-faire traditionnel et local.

  • [Entretien] Mario Morisi : « La poésie fait partie du monde de Roberto Baggio »

    [Entretien] Mario Morisi : « La poésie fait partie du monde de Roberto Baggio »

    La Marseillaise : La figure de Roberto Baggio s’avère parfaite pour montrer que le foot est un objet culturel, non ?

    Mario Morisi : Venu en France pour fuir Mussolini en 1922, mon papa me racontait quand j’étais sur ses genoux aussi bien Rome et la Renaissance que les exploits de grands sportifs. Il me mimait les actions pour en faire un mélange de culture populaire et de divertissement. À l’époque il n’y avait pas de télé et peu de magazines. C’est de là que vient mon amour pour le sport, de Piantoni et Platini jusqu’à Baggio. Pour ce bouquin, démarré il y a 30 ans, j’ai commencé à faire le portrait du décor : une Italie des cités, des couleurs, coupée entre les clubs du Nord et du Sud, l’industrie contre la poésie, revenir sur l’histoire des principautés qui s’affrontent… J’ai voulu raconter tout le substrat culturel italien qui fait qu’en Italie, en Angleterre ou en Amérique du Sud, sport et culture peuvent se marier comme l’ont prouvé de grands écrivains et cinéastes. J’ai dû récupérer et traduire des milliers de documents pour montrer les angoisses et envies autour de Roberto Baggio. Il est tellement beau que, comme Marilyn Monroe ou Rita Hayworth, il déclenche des vagues d’amour comme de haine.

    Outre son génie foot, sa fragilité physique et émotionnelle en font un personnage romanesque…

    M.M. : À cause des réseaux sociaux, on est en train de vivisecter le destin des gens. Baggio a beau aimer la chasse ou la poésie, ne reste plus du coup dans les mémoires que son penalty raté [en finale de coupe du monde 1994 contre le Brésil, Ndlr] et sa queue-de-cheval. La coupe du monde actuelle est à ce titre un cauchemar. On transforme une légende en film, pub, slogan. Moi avec mon bouquin, c’est le contraire, je veux reconstituer l’histoire. Il faut se rappeler que Baggio joue un dernier match avec Vicenza quand il a 17 ans. Il est acheté 3 milliards de lires par la Fiorentina (en 1985), plus cher que Maradona. Pour ne pas trahir son club de Vicenza, il tient quand même à jouer le match de la montée et s’explose le genou. Il est blessé pendant deux ans. À Florence, il se promène dans les rues comme une âme en peine. Tous les habitants le considèrent alors comme un putto, ces chérubins qui ornent les toits de la ville, et le prend en affection. Après un an et demi de calvaire, il finit par rejouer contre le Naples de Maradona et marque un coup franc. Il a même fini par être nommé Monument de la ville de Florence, au même titre que le David. Tous les artistes et poètes le voient comme la représentation de la grâce. C’est le plus beau et émotionnel de tous les footballeurs. Il n’a jamais eu un palmarès extraordinaire, mais a sculpté dans l’émotion des gens des moments paranormaux.

    Son transfert chez l’ennemi juré de la Juventus Turin déclenche même une émeute à Florence…

    M.M. : Le propriétaire du club, Pontello, décide de vendre la Fiorentina au producteur Cecchi Gori, mais juste avant, de vendre aussi pour 25 milliards de lires Baggio, alors que ce dernier venait de jurer qu’il n’oublierait jamais la considération des Florentins quand il était juste un joueur avorté. Mais la magie capitaliste se met alors en route. Le patron de la coordination des supporters de la Fiorentina m’avait expliqué que Roberto a dit qu’il était prêt à signer à vie en divisant par deux son salaire à Florence. Mais Pontello ne lui aurait pas vendu le club du coup. Le public a cru qu’il était un Pinocchio. En plus, Baggio joue la finale de la coupe UEFA contre la Juve, son futur club. Il y avait une telle pression que ça a fini en émeutes. À la Juventus, son premier match se déroule contre la Fiorentina, à Florence. Il joue très mal, refuse de tirer un pénalty contre son ancien club. On lui jette une écharpe de la Fiorentina. Il se baisse, la met et le public l’applaudit ému.

    Quel est le plus beau chef-d’œuvre de Roberto Baggio à vos yeux ?

    M.M. : Avec Brescia, contre la Juventus, à la fin de sa carrière (en avril 2001). Andre Pirlo lui envoie une grande balle qui arrive par-derrière. Pendant trois secondes, le ballon est dans le ciel. Baggio se retourne et se place. Dans le même geste, il arrive à faire un amorti et un crochet qui prend à contre-pied le gardien à qui il a fracassé la colonne vertébrale. C’est le but le plus pur, dingue et conceptuel jamais mis. C’est comme le Rasoir d’Ockham, principe de ce philosophe préscientifique qui dit que la nature tire au plus court.

    Baggio fait partie de ces artistes du foot, une espèce quasi disparue…

    M.M. : J’ai l’impression que c’est une chimère. Il est passionné de chasse, est bouddhiste, aime la nature. Il imitait même pour ses coups francs le vol des colverts quand ils atterrissent sur l’eau. La poésie fait partie du monde de Baggio. J’ai essayé d’entrer dans son destin avec pudeur. Il est croyant, actif dans son école bouddhiste, antiraciste et humaniste. Je demande s’il va serrer la paluche de Trump pendant cette coupe du monde. Ce n’est pas possible. S’il le faisait, c’est comme si c’était moi qu’il trahissait.

    « Roberto Baggio, vingt ans de folie italienne et mondiale » aux éditions Culture Foot et Cie. 29,90 euros, 460 pages.

  • [Entretien] Éric Besatti : « Attaquer en justice est un classique du RN »

    [Entretien] Éric Besatti : « Attaquer en justice est un classique du RN »

    La Marseillaise : Quelle est votre réaction au débouté en diffamation de la Ville de Beaucaire, du maire (RN) Nelson Chaudon et l’ancien maire Julien Sanchez ?

    Éric Besatti : C’est une petite victoire dans une grande bataille contre les tabous en démocratie. On aurait aimé ne pas jouer ce match, que la mairie réponde et soit claire sur sa politique. Il est scandaleux que ceux qui ne respectent pas leurs obligations de transparence nous attaquent. Mais la vague de solidarité à notre égard leur donne tort.

    Sur le fond, qu’est-ce qui vous a attiré les foudres des élus RN Julien Sanchez et Nelson Chaudon ?

    E.B. : Certaines communes ne publient pas leurs critères de préemption ou location de commerces, ni aucune liste de ceux bénéficiant d’un « plan commerce ambition », voté en 2021. Tous mes témoignages font montre d’une discrimination dont on a du mal à comprendre la logique. La loi n’est pas assez dure avec les mairies qui sont opaques. Ils se prennent des avertissements de la Commission d’accès aux documents administratifs [Cada] et au bout de 2 mois ils sont obligés de fournir le document, sinon on doit aller au tribunal administratif avec des avocats. On a la même opacité à Arles. Ils nous renvoient toujours à la Cada alors que les administrations doivent donner les documents aux citoyens qui le demandent. Mais on nous oppose souvent qu’« on sait ce que vous allez écrire ». Les politiques devraient plutôt se dire qu’un citoyen n’est pas un ennemi et qu’il a le doit d’être informé. C’est en cela que nous préférons la culture de la libre circulation des documents. La copublication d’une enquête avec Streetpress a pu jouer, car c’est une rédaction antifasciste.

    Qu’est-ce que cela traduit des agissements de l’extrême droite ?

    E.B. : Attaquer en justice pour faire perdre du temps et de l’argent est un classique du RN. Ça a fait parler de nous et de notre travail, plus de gens nous suivent, même si ce n’est pas ce qui nous importait le plus. Cela montre que le RN à Beaucaire ne veut pas que les gens s’expriment sur les commerces. Témoigner est difficile et les rares à l’accepter le font à visage couvert. C’est un terrain très difficile.

    Cette procédure judiciaire doit vous laisser une grosse ardoise…

    E.B. : Nous sommes condamnés à 5 000 euros d’amende en plus de 1 200 euros de frais d’avocat. Si on veut nous aider, il suffit d’aller sur le site, s’inscrire, s’abonner, donner… Ça sera utilisé pour l’enquête ou payer les frais d’avocat.

  • [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    La Marseillaise : Votre pétition a déjà obtenu plus de 600 000 signatures. Vous attendiez-vous à ce soutien ?

    Issam El Khalfaoui : On savait qu’on serait suivis, mais on ne pensait pas arriver à 500 000 aussi vite. On ne s’attendait vraiment pas à ça. Je tiens à préciser que le site de l’Assemblée nationale oblige à déposer les pétitions de manière nominative, mais il s’agit d’un texte rédigé par Save (Stop aux violences d’État), l’association que j’ai cofondée, et l’ONG Flagrant Déni.

    Vous évoquez dans votre pétition un « bilan humain inadmissible » et rappelez que, d’après un expert de l’ONU, la France est le pays de l’Union européenne avec le plus grand nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre. Comment l’expliquer ?

    I.E.K. : Ce bilan est largement dû à l’article L435-1 du Code de sécurité intérieure. C’est la loi qui a été votée en 2017 et qui élargit les conditions de tir pour les policiers [dans cinq situations au-delà de la légitime défense, Ndlr]. Juste sur les refus d’obtempérer, on s’aperçoit qu’il y a cinq fois plus de tirs mortels [selon les chercheurs Sébastian Roché, Paul le Derff et Simon Varaine, Ndlr]. C’est énorme.

    Avant, sur un refus d’obtempérer, on tirait sur des véhicules qui arrivaient à pleine vitesse. En général, on ratait sa cible. Il y avait un tir, mais il n’y avait pas de mort. Aujourd’hui, sur tous les refus d’obtempérer, on l’a vu sur l’affaire Nahel [adolescent de 17 ans, tué par un policier en juin 2023 lors d’un contrôle routier à Nanterre, Ndlr], il s’agit de tirs à bout portant sur des véhicules qui démarrent. Les tirs sont donc beaucoup plus létaux. C’est une conséquence directe de la loi qui permet aux policiers de tirer sur quelqu’un s’ils pensent qu’il peut représenter un danger plus tard. Le problème, c’est que cette évaluation du danger potentiel est complètement liée à la personnalité des policiers. Et aujourd’hui, dans une société de plus en plus à l’extrême droite, le racisme systémique peut leur faire croire qu’un jeune racisé est potentiellement dangereux dans un véhicule.

    La proposition de loi (PPL) inverse la charge de la preuve : ce sera désormais aux victimes ou à leurs proches de démontrer que l’usage des armes n’était pas justifié. Quel danger cela représente-t-il ?

    I.E.K. : Aujourd’hui, il y a un grand mensonge qui est propagé par Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône, Ndlr] et par toute la droite : ils assurent qu’on pourra à tout moment renverser la force de la preuve. Mais Laurent Nuñez est bien placé pour le savoir, les 24 premières heures sont essentielles. Or, avec cette nouvelle loi, comme le tir du policier est présumé légal, il n’y aura pas d’enquête automatique. Elle peut être déclenchée plus tard, si un proche de la victime décide de se constituer partie civile par exemple, mais ça peut prendre plusieurs mois. Le temps de rendre l’accès à des informations capitales beaucoup plus compliqué : les vidéos de surveillance peuvent avoir été supprimées, les témoins peuvent être plus difficiles à retrouver… Supprimer le recours à l’enquête systématique revient à organiser l’impunité. Rappelons par ailleurs que cette loi est, à l’origine, une proposition de Jean-Marie Le Pen, [fondateur du Front national, Ndlr].

    Vous avez assisté, le 7 juillet, avec d’autres familles de victimes, aux débats qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale à propos de cette PPL. Comment l’avez-vous vécu ?

    I.E.K. : On a assisté aux débats sans avoir le droit de parler. On nous a montrés du doigt, traités de racailles [Laure Lavalette, députée (RN) a réemployé ce terme sur un plateau de BFM TV, Ndlr]. Lorsque le député des Verts [Pouria Amirshahi] a lu la lettre que j’ai écrite, nous avons été hués par les députés de droite et d’extrême droite. À aucun moment on a considéré notre statut de victimes. À la fin, lorsque la loi a été votée, je n’ai pas pu rester sans rien faire et j’ai crié « Pas de justice, pas de paix ». J’ai été immédiatement évacué par des huissiers mais les autres familles ont pu continuer de chanter. Les députés de gauche ont applaudi et les députés de droite et d’extrême droite les ont insultés. On nous a dit qu’on était la honte de la République. Pour moi, la honte de la République, c’est de nous avoir sifflés et hués quand on parlait de nous.