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  • [Entretien] Éric Berton : « Nos étudiants peuvent se réorienter, c’est ça le service public »

    [Entretien] Éric Berton : « Nos étudiants peuvent se réorienter, c’est ça le service public »

    La Marseillaise : Ce salon est organisé à quelques jours de l’ouverture de Parcoursup. Quel regard portez-vous sur ce système où un algorithme décide de l’avenir des lycéens ?

    Éric Berton : C’est un système qui a le mérite d’exister, qui s’améliore chaque année. Mais c’est vrai que l’on retrouve souvent des parents et des étudiants qui se posent des questions, que cela angoisse un peu. Et certaines formations, privées en particulier, en profitent pour se vendre avec des produits… Pas toujours vendables.

    Dans ce contexte concurrentiel, comment défendez-vous l’université ?

    E.B. : Nous, nous sommes l’université de toutes les jeunesses et on revendique le fait d’accueillir le maximum d’étudiants. On est la plus grande université en termes de nombre avec 82 000 étudiants, 12 000 étrangers. On revendique le fait de donner l’accès à l’éducation, à l’enseignement supérieur, au plus grand nombre. Le but, c’est de faire réussir l’ensemble de nos étudiants, de leur trouver un avenir et au-delà de ça, d’en faire des citoyens éclairés qui peuvent réfléchir par eux-mêmes, qui sont curieux. On ne les enferme pas dans des cases, des castes. Ils peuvent changer de parcours, on a une certaine fluidité. Et nos étudiants ont le droit de se tromper, ils peuvent se réorienter. C’est ça, le service public.

    Qu’est-ce qui fait la différence avec les autres formations proposées ?

    E.B. : Justement cet état d’esprit, mais aussi la qualité de cette formation par rapport à d’autres, même s’il existe des écoles privées de qualité évidemment. Nous, nous pouvons aussi dire que nous sommes évalués, renouvelés. Nous avons un contrat avec l’État. Nous sommes accrédités. C’est ça aussi ce qui fait la force de notre université et de nos formations.

    À raison de 175 euros l’année en licence, 230 en master, les frais de scolarité sont relativement accessibles pour AMU. De quels moyens disposez-vous ?

    E.B. : Actuellement, c’est vrai que nous sommes dans un flou budgétaire, comme toute la fonction publique. Et c’est vrai que je revendique depuis longtemps un accroissement du soutien financier de l’État à l’enseignement supérieur et à la Recherche. C’est nous qui formons toutes les jeunesses et un pays doit investir dans sa jeunesse. C’est son avenir. Tous les conflits que nous vivons actuellement sont la conséquence d’un sous-investissement dans l’enseignement supérieur et la Recherche. Quand on enseigne, quand on cherche, on apprend à connaître l’autre, à ne plus en avoir peur. C’est ça, l’université. Elle est liée à la démocratie. Elles doivent prendre soin l’une de l’autre. On a besoin vraiment que la France, pays de liberté, de culture, réinvestisse dans sa jeunesse. Un pays qui ne le fait pas est un pays qui va dans le mur.

    Ce modèle français, vous l’avez également défendu avec le programme « Safe Place For Science », qui permet d’accueillir des chercheurs américains s’estimant menacés dans leur liberté académique par la politique de Donald Trump. Où en est-on ?

    E.B. : Ils arrivent et vont arriver tout au long de l’année. Même si certains sont déjà sur place, on leur laisse le temps. D’autres publient déjà sous notre nom. On ne les presse pas. Il y a des contingences matérielles avec des enfants encore à scolariser ou des parents dont il faut s’occuper. Cela se passe plutôt bien, ils ont l’impression ou le sentiment d’être chanceux par rapport à ceux que l’on n’a pas accueillis, ressentent parfois de la culpabilité. Là, pour le coup, l’État nous a beaucoup aidés. Avec 30 personnes au total, 20 sur le programme Amu « Safe place for Science » et 11 sur le programme « Choose France », c’est nous qui avons le plus de lauréats au niveau national. Il faut dire aussi que nous avons bien préparé leur venue. Ils arrivent aussi avec leurs étudiants et cela nous amène beaucoup d’échanges et de culture. C’est également l’occasion de montrer que notre modèle universitaire doit être préservé. Et je vous avoue que dans le cadre des prochaines élections… Je ne voudrais pas qu’ils aient fui Trump pour se retrouver dans un système similaire.

  • [Entretien] Serge Ragazzacci : « Enrayer les plans de licenciements dans l’Hérault »

    [Entretien] Serge Ragazzacci : « Enrayer les plans de licenciements dans l’Hérault »

    La Marseillaise : Ce début d’année est marqué par le chaos international…

    Serge Ragazzacci : On a une situation globale qui est en train de dégénérer. On dénombre plus de 400 morts depuis le cessez-le-feu en Palestine. On voit bien qu’on a une situation de guerre qui continue un peu partout dans le monde autour des questions liées aux ressources, en Ukraine avec les métaux rares, au Venezuela avec le pétrole. On revient à des choses un peu basiques dans le capitalisme, avec des postures très coloniales, les menaces réaffirmées sur Cuba, le Groenland, qu’on est bien obligés de prendre au sérieux après l’enlèvement de Maduro. Il faut donc réaffirmer un message de paix et la nécessité de se mobiliser contre l’avancée de l’extrême droite dans le monde et dans notre pays. On voit malheureusement ce qu’il s’est passé aux USA, avec cette police ICE, l’assassinat de cette mère de famille, les images de chasse à l’homme, des choses qui doivent en faire rêver plusieurs chez nous.

    L’année 2025, d’un point de vue syndical, a été marquée par des luttes victorieuses, notamment sur les retraites…

    S.R. : Ce qu’on a gagné, c’est de maintenir cette question des retraites dans le paysage et de ne rien lâcher. Il y a eu des conséquences politiques et même si c’est symbolique, ce décalage existe. On peut construire dessus pour aller vers la progression. Donc c’est une bonne chose, mais surtout ce qui a marqué l’année 2025, ce sont les luttes dans les entreprises sur l’emploi, les salaires. On a constaté qu’on avait eu une activité soutenue parce qu’on s’est rendu compte qu’on avait fait beaucoup d’actions, de formations. Il n’y a pas eu de relâchement, même si, peut-être, c’est moins visible de l’extérieur car il n’y a eu de grandes manifs.

    Néanmoins, on ne dénombre
    pas moins de 483 plans de licenciements en ce début d’année, il faut amplifier la lutte
     ?

    S.R. : C’est la grande question. Ça va bientôt faire un an que la CGT publie des éléments sur les plans sociaux en cours. Il faut arriver à enrayer le processus, même si on a pu avoir quelques victoires comme le rejet du PSE d’Auchan, le projet de la nationalisation d’Arcelor Mittal. Un certain nombre de luttes sont engagées et c’est sûrement un des grands enjeux de la séquence parce que notre pays est frappé, toujours dans le contexte international, par un déficit de souveraineté. Si on maintient la destruction de notre industrie, le pays va être complètement dépendant de ses approvisionnements en matériel. On l’a découvert en grand en 2020, mais rien n’a changé depuis. C’est ce qui fait le déficit de notre balance du commerce extérieur mais aussi ce qui crée notre dette au niveau de la planète et de la couche d’ozone. On a besoin de réindustrialiser le pays, ce qui veut dire commencer par éviter les grands plans de licenciement et les fermetures d’usines.

    Nationalisation, réindustrialisation, les idées syndicales progressent dans le débat public en 2026 ?

    S.R. : Il faut qu’on arrive d’une part à les partager davantage avec les autres formations syndicales et d’autre part que ce soit repris à la hauteur nécessaire par les formations politiques. Sur un certain nombre de sujets, je trouve que la gauche reste un peu timide. On a une offensive droitière pour revenir sur un ensemble de conquêtes sociales : les 35 heures, le 1er mai, etc. De l’autre côté, on a un peu du mal à trouver une accroche pour garantir quelques points d’appui pour le monde du travail. Par exemple, une nouvelle réduction du temps de travail à 32 heures ; le CDI dans le privé et le statut dans le public redeviennent la norme parce qu’aujourd’hui il y a une forte précarité, une déréglementation. On doit retrouver un droit du travail qui protège et évite de mettre les gens en compétition non pas sur la qualité de leur travail mais sur le statut de leur contrat de travail. La question de l’augmentation des salaires et des pensions est essentielle. Il y a quand même des éléments structurants que le mouvement syndical a mis en évidence et qui doivent être repris beaucoup plus fortement dans le débat public et sans aucune retenue.

  • [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Sébastien Delogu

    [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Sébastien Delogu

    [#RueDeLaRépublique] Posez vos questions à notre invité Sébastien Delogu (LFI). Municipales, Marseille, niveau de l’extrême droite, rapport au Printemps marseillais, propositions… À vous la parole ⬇️

  • [Entretien] Yves Métayer : « Notre pays est en sécurité »

    [Entretien] Yves Métayer : « Notre pays est en sécurité »

    Yves Métayer a pris ses fonctions le 1er août à la suite de Thierry Laval. Élève de l’école des officiers de l’Armée de Terre à Saint-Cyr, il a ensuite été affecté en unité opérationnelle à Canjuers mais aussi en Bretagne, en Nouvelle-Calédonie, à la Réunion où il a été commandant des forces armées de la zone sud de l’océan indien. Il a aussi été affecté à l’état-major des Armées durant huit ans au total. Il est marié et père de cinq enfants.

    La Marseillaise : Comment envisagez-vous votre rôle de gouverneur militaire ? Quelle place entendez-vous donner au lien armée-nation ?

    Yves Métayer : La colonne vertébrale du rôle et des missions d’un officier général de zone de défense, ce sont les opérations d’aujourd’hui mais aussi la préparation et l’anticipation de scenarii plus complexes. On a, par ailleurs, des interfaces notamment avec la jeunesse et le monde de l’éducation, plus récemment avec le monde économique également. Les Armées expliquent dans leur quotidien le sens de leur engagement et facilitent ainsi la diffusion de l’esprit de défense.

    Un climat d’inquiétude se développe dans la population qui constate des interventions hors du droit international, des guerres… Notre pays est-il en sécurité ?

    Y.M. : Oui notre pays est en sécurité parce qu’il dispose d’un outil de défense très large qui repose principalement sur la dissuasion nucléaire qui offre une capacité de défense face aux menaces du haut du spectre en toute souveraineté. Notre pays n’est pas seul, il est partie prenante d’alliances, si on devait faire face à des menaces critiques ne serions pas isolés. Il ne faut pas que le regard lucide que l’on pose sur le climat stratégique du moment soit anxiogène. Il faut que cela nous amène à être déterminés et à agir mais surtout pas à avoir peur. Nous avons la chance de vivre en France et en Europe, nous avons des leviers colossaux pour éviter que des cataclysmes n’arrivent.

    Emmanuel Macron vient ce jeudi présenter ses vœux aux Armées à Istres. Pouvez-vous nous éclairer sur ce choix ? En quoi la base d’Istres est-elle stratégique ?

    Y.M. : Le président de la République choisi chaque année un site emblématique de l’armée de Terre, puis de la Marine, puis de l’armée de l’Air. Istres, c’est un site stratégique, c’est un « Roissy militaire », c’est-à-dire que toutes nos capacités de transit-projection sont là avec les MRTT, ces appareils à la fois capables de faire du transports de fret, de passagers et de ravitaillement en vol. C’est un base qui a des fonctions, bien au-delà de la défense aérienne, c’est un hub logistique stratégique absolument fondamental pour les Armées. C’est certainement une des raisons du choix de ce lieu pour les vœux.

    Le chef de l’État a annoncé un nouveau porte-avions. Quelles conséquences pour notre région ?

    Y.M. : Cela a un impact majeur. J’en discute régulièrement avec l’Amiral Christophe Lucas qui est le commandant de la zone maritime Méditerranée et qui témoigne de l’ampleur des adaptations et des projets sur la base navale de Toulon autour des quais et des installations techniques nécessaires à l’accueil de ce porte-avions. Il y a un chantier industriel colossal qui est lancé à Toulon et qui a été très largement anticipé. Il y a une vraie dynamique économique tirée par ce projet.

    Comment participez-vous à la transmission du devoir de mémoire auprès des jeunes générations ?

    Y.M. : Cela fait partie de nos missions. Regarder ce qui s’est passé avant nous, c’est prendre en compte ce que nous ont légué nos anciens, Bien sûr que l’on peut être critique sur notre société mais nous sommes dans un pays où on vit librement, où on dispose de leviers pour s’épanouir. Il faut absolument le préserver. C’est un trésor qui a été attaqué par le passé et défendu également. C’est la fameuse phrase de Churchill, les peuples qui tournent le dos à leur passé sont condamnés à revivre les drames. Quand on pense aux événements fondateurs de La Marseillaise, on se rappelle que notre pays n’a pas toujours été en paix et quand des idéologies totalitaires sont venues prendre le contrôle de la population, heureusement des gens se sont levés, ont résisté. Avec l’aide de pays alliés, on a pu vivre la Libération et revenir aux fondamentaux de notre pays. À la fin des années 80, il y a eu une forme de mirage collectif à penser que c’était la fin de l’histoire. On a été rattrapé par l’état du monde qui est loin d’être apaisé.

    Il y a pourtant une aspiration forte à la paix.

    Y.M. : Le meilleur moyen de protéger ce que nous sommes et d’essayer d’étendre ce projet de paix au-delà de notre sphère, c’est de se donner les moyens d’entraver les démarches totalitaires qui s’affranchissent du droit, de la dignité humaine et cherchent à tout écraser sur leur passage. Les Armées sont en train de pivoter pour se préparer à affronter ces nouvelles menaces, elle ne peuvent pas le faire seules. Ça ne veut pas dire qu’on embarque le pays dans une démarche belliqueuse, guerrière, mais que l’on se donne les moyens de faire face. Nous les militaires qui avons eu l’occasion d’arpenter des terrains d’opération dans le monde avec des sociétés effondrées, des populations en souffrance, on sait que l’unité de la population est un bien majeur. On a la chance de vivre dans un pays libre, on a les moyens du débat démocratique, tous les gens qui sont tentés de fracturer au point d’opposer de façon violente les différentes composantes de la société, ont une responsabilité très grave.

  • [Entretien] Thomas Posado : « Cet acte de guerre est une ingérence impérialiste sans précédent »

    [Entretien] Thomas Posado : « Cet acte de guerre est une ingérence impérialiste sans précédent »

    La Marseillaise : Quelle est la situation actuelle au Venezuela, à la lumière des derniers événements ?

    Thomas Posado : Il y a eu une série de bombardements sur des sites militaires vénézuéliens et Donald Trump qui a annoncé la capture Nicolás Maduro et de son épouse. Quand on parle de capture, c’est plus précisément une exfiltration avec la volonté de juger Nicolás Maduro. Une information d’une telle gravité est un acte de guerre, une ingérence impérialiste sans précédent depuis plusieurs décennies en Amérique Latine de la part des États-Unis au Venezuela.

    Le contexte autour de ce dossier est une accusation de narcotrafic par Donald Trump concernant Nicolás Maduro. Qu’en pensez-vous ?

    T.P. : Cette accusation de narcotrafic et difficilement lisible de la part de Donald Trump, sachant qu’il a gracié Juan Orlando Hernandez, l’ancien président du Honduras, qui a été condamné par la justice états-unienne à 45 ans de prison pour avoir introduit 400 tonnes de cocaïne aux états-Unis, il y a quelques semaines à peine. On voit bien que ce prétexte de trafic de drogue est instrumentalisé par les états-Unis pour punir les gens qu’il n’aime pas et absoudre ceux qu’il apprécie. Oui, il y a du narcotrafic au Venezuela comme dans beaucoup de pays du monde, mais le Venezuela est une route secondaire du transit du trafic de cocaïne, il n’a aucun rôle dans la production. C’est une instrumentalisation dans des objectifs géopolitiques de corollaire Trump à la doctrine Monroe*.

    Comment en est-on arrivé là ? Quel regard portez-vous sur la situation ?

    T.P. : On a un Trump qui, depuis le début de son mandat, fait preuve d’un interventionnisme extrêmement fort en Amérique latine. Dans les huit premiers mois, il a négocié avec Nicolás Maduro le maintien de l’assouplissement des sanctions imposées par Washington contre l’acceptation des déportations de migrants vénézuéliens. Depuis août, on est dans une escalade permanente, sachant que CNN dénombrait 17 menaces militaires avant les vacances de Noël, donc là, on doit dépasser la 26e. On a eu des bombardements de navires au large des côtes vénézuéliennes, voire colombiennes et mexicaines, qui ont coûté la vie à une centaine de personnes, il y a eu la fermeture de l’espace aérien où seules les compagnies locales pouvaient opérer, un nouveau blocus maritime pour les pétroliers en décembre avec l’interdiction d’accoster et de se charger en pétrole vénézuélien. Et puis, le dernier en date, cet acte de guerre qui est encore plus grave.

    Quelle pourrait être la suite ?

    T.P. : Ce n’est pas la même chose de capturer un chef d’état que d’avoir le contrôle territorial du pays. Pour l’instant, on ne voit pas de dissidence dans l’armée et le scénario constitutionnel, au Venezuela, serait que Delcy Rodriguez, vice-présidente et fidèle de Maduro, prête serment dans les prochaines heures comme nouvelle présidente. Mais après une intervention militaire de ce type, elle sera de fait sur la liste des cibles de Washington.

    Doctrine selon laquelle les États-Unis considèrent l’Amérique latine comme leur zone d’influence et s’opposent à toutes interventions étrangères

  • « Il y a un avenir pour Brandt et ses salariés »

    « Il y a un avenir pour Brandt et ses salariés »

    La Marseillaise : Pour le ministre de l’Industrie, la reprise de Brandt ne pourra pas se faire avec les 700 salariés. Que répondez-vous à cela ?

    Pascal Sudre : Pour qu’un ministre fasse ce genre de déclaration, c’est que, quelque part, il y a un avenir pour Brandt et pour l’ensemble des salariés, si tenté que le gouvernement et le chef de l’État s’engagent réellement pour la réindustrialisation de la France. Cet avenir comprend les deux usines de production situées près d’Orléans à Saint-Jean-de-la-Ruelle et à Vendôme, dans le Loir-et-Cher. Pour nous, un licenciement est un licenciement de trop, quelle que soit l’industrie ou le site menacé. Quand l’annonce est tombée puis la confirmation par le tribunal de commerce de la fermeture et du plan de licenciement de 700 travailleuses et travailleurs, autant vous dire que notre réaction était à la hauteur du scandale, surtout à quelques jours des fêtes de fin d’année ! On a toujours en tête la situation concrète des salariés concernés, de leurs familles et de leurs enfants. Un emploi supprimé dans l’industrie, c’est trois emplois induits, notamment dans les services.

    Un appel d’offres pour la reprise de Brandt doit être lancé courant janvier. Un projet a été déposé
    par l’industriel Stéphan Français, propriétaire de Thomson Computing prévoyant la reprise de 150
     salariés seulement. Est-ce la seule ? Qu’en pensez-vous ?

    P.S. : Oui et elle a été faite la veille de Noël, en mairie d’Orléans par le maire et les collectivités locales. Ce qu’on peut dire, en étant honnête, c’est que les collectivités, même s’il y a des enjeux politiques, se sont engagées rapidement. L’engagement à hauteur de 15 millions d’euros qui a été fait en quelques jours confirme qu’il y a la volonté locale de faire en sorte de maintenir une activité avec le plus de salariés possible. En revanche, on dit depuis le départ que le compte n’y est pas. Reprendre uniquement 150 salariés sur 700, c’est pas du tout acceptable pour nous. En tout cas, cette proposition industrielle montre qu’il y a un avenir pour Brandt dans toute la France. On va poursuivre la mobilisation dès début janvier.

    Vous avez demandé à la préfète
    de région Centre-Val de Loire l’organisation d’une table ronde avec les différents acteurs concernés. Avez-vous reçu une réponse
     ?

    P.S. : Il n’y a pas d’engagement sur une table ronde avec l’ensemble des acteurs locaux comme il n’y a pas de volonté, en tout cas pour l’instant politique, de rassembler tout le monde. Ce serait un message fort envoyé aux salariés concernés. On a par ailleurs demandé à la préfète de mettre sous cloche les différents sites de production, notamment Saint-Jean-de-la-Ruelle et Saint-Ouen. Car si le liquidateur prenait la décision d’envoyer les outils de production dans un autre pays on se retrouverait uniquement avec les murs, il n’y aurait plus rien à l’intérieur. Autant vous dire que du coup, on ne parlerait même plus de nouveau projet industriel, ce ne serait même plus viable. À ce stade, nous n’avons pas eu de réponse sur ce sujet.

    Vous pointez la responsabilité du conglomérat algérien Cevital qui a repris Brandt en 2014 et aurait touché des aides publiques selon vous…

    P.S. : J’ai fait des demandes pour savoir à quelle hauteur s’élevaient les aides publiques. Je n’ai pas encore eu de retour. Finalement, personne ne parle de ce groupe algérien, Cevital. C’est pourtant lui qui a pris la décision de mettre la clé sous la porte et puis de laisser les 700 salariés. Quand il y a un plan de licenciement et une fermeture d’entreprise, c’est quand même assez rare, qu’on ne parle pas du propriétaire ! Personne n’a demandé des comptes au groupe Cevital sur sa responsabilité concernant le maintien des salaires alors qu’il a construit une énorme usine de production à Sétif. Depuis 2014, il y a très certainement eu des aides publiques, ça, je n’en ai aucun doute. Nous demandons des comptes à ce groupe-là. Ce n’est pas pour nous une surprise de voir que le carnet de commandes est moins rempli. Après tout, c’est leur système qui veut ça. Depuis le départ, les salariés font des sacrifices tandis que les marges des actionnaires ont toujours été garanties. De l’autre côté, ils continuent à toucher des subsides de l’État ainsi que des collectivités locales. Ce n’est plus tenable ni acceptable.

    Comment envisagez-vous
    la reprise de l’entreprise
     ?

    P.S. : Il y a un avenir pour l’industrie en France et pour l’électroménager. Quant à un nouveau projet industriel, plusieurs économistes ont confirmé qu’il fallait une diversification. La concurrence est telle dans ce système capitaliste qu’il est nécessaire de produire du matériel différent pour ne pas être soumis à une seule concurrence au niveau international et faire face à la demande. Finalement, on voit bien que la situation de Brandt, au-delà du made in France et de la marque emblématique qui venait de fêter ses 100 ans, gêne les politiques. Car c’est une fois de plus un fleuron de l’industrie française qu’on laisse partir. Au-delà du drame que ça génère, tout le monde pense qu’il y a un avenir pour Brandt, il y a un attachement fort de la population. Comme ce fut le cas pour Duralex, pour qui on s’est battus. Quand on créé les conditions d’une mobilisation large de l’ensemble de la population, on voit qu’elle répond présente pour défendre à la fois la marque mais surtout les emplois derrière. Les gens ont compris que quand une industrie fermait, c’était aussi une attaque contre le service public. C’est notre slogan à la CGT. Quand on dit qu’il n’y aura pas d’industrie sans service public et pas de service public sans industrie, c’est une réalité.

    On va continuer à se battre. Toute la CGT est mobilisée localement, l’union départementale, la fédération de la métallurgie, la confédération. On travaille ensemble et ça commence à porter ses fruits. Notre rôle de syndicalistes va être de peser à la fois sur toutes les collectivités et au plus haut sommet de l’État pour qu’un projet industriel voit le jour avec la reprise de l’ensemble des salariés et de l’ensemble des sites. Car pour Brandt, l’enjeu est extrêmement politique, comme il l’a été pour Duralex et l’est pour ArcelorMittal. L’enjeu est d’autant plus fort à trois mois des élections municipales. Une nouvelle industrie qui ferme, notamment dans le Loiret, ce sont des fermetures de sites en cascade. C’est 700 multiplié par trois en nombre de pertes d’emploi.

  • « La protection des milieux profite d’espèces qui suscitent l’empathie »

    « La protection des milieux profite d’espèces qui suscitent l’empathie »

    Michel Raymond : Cela permet de voir comment se met en place ce que nous avons observé chez l’adulte. D’autant plus qu’il n’y avait pas un âge fixe chez les enfants : nos participants avaient entre 5 et 12 ans. Nous voyons ainsi comment se construit la réponse empathique envers d’autres espèces avec l’âge, avec une accentuation de l’empathie envers celles phylogénétiquement proches de nous.

    Quels enseignements en tirer ?

    M.R. : C’est intéressant pour la préservation des espèces et la sensibilisation à la vie sauvage. Les espèces ne sont pas égales quant à l’empathie que nous éprouvons envers elles, et donc notre envie de les protéger. Le public sera plus touché par une espèce proche, qui nous ressemble, que par une espèce avec qui nous partageons très peu, voire qui a un aspect repoussant.

    Pourtant, d’un point de vue scientifique, il n’y a pas de raison d’en protéger l’une plus que l’autre…

    M.R. : Effectivement, souvent, ce n’est pas une espèce qu’il faut protéger mais un milieu ou un écosystème. En le protégeant, nous protégeons toute une série d’espèces. Et la protection d’un milieu profite des espèces qui suscitent l’empathie : il faut parfois mettre en avant celle, emblématique, qui en suscite le plus. Tout cela est à prendre en compte pour développer des politiques de conservation

  • Arysia Porter : « Les Harlem Globetrotters ont brisé les barrières raciales »

    Arysia Porter : « Les Harlem Globetrotters ont brisé les barrières raciales »

    La Marseillaise : Comment avez-vous rejoint les Harlem Globetrotters ?

    Arysia Porter : Après mes études secondaires et universitaires, je suis partie jouer au Mexique pendant environ un mois. Je comptais tenter ma chance en WNBA, la ligue majeure aux États-Unis. Mais avant cela, j’ai reçu un appel des Harlem Globetrotters de l’époque ; ils ont dit à mon agent qu’ils adoraient mes vidéos, car je publiais des vidéos de basket en ligne, notamment sur mes réseaux sociaux. Ils m’ont dit qu’ils adoraient ma façon de manier le ballon et ma personnalité, car j’ai un côté un peu gaffeur et j’aime répandre la joie autant que possible. Quand j’ai passé l’essai, je me suis dit que ça correspondait parfaitement à mon objectif : voyager à travers le monde et partager la joie, le bonheur et les rires grâce au sport que j’aime. C’était le meilleur des deux mondes.

    Vous êtes actuellement l’une des six femmes seulement à porter le maillot de cette mythique équipe. Est-ce que vous avez connu des difficultés à vous faire accepter dans ce milieu très masculin ?

    A.P. : Quand j’ai commencé à m’intéresser au basket, il n’y avait pas beaucoup de filles dans mon quartier qui y jouaient. Je jouais surtout avec les garçons et j’aimais bien leur montrer ce dont j’étais capable. Dès mon plus jeune âge, j’ai réussi à gagner leur respect et à leur montrer que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, je pouvais les battre à plate couture. Aujourd’hui, je veux être un modèle pour les autres femmes et les petites filles qui grandissent, pour leur montrer que si on s’en donne les moyens et qu’on croit en soi, on peut faire tout ce qu’on veut. Dans la lignée de ce qu’a entrepris Lynette Woodard, première femme à faire partie des Harlem Globetrotters, en 1985.

    Comment décrivez-vous la vision des Harlem Globetrotters ?

    A.P. : Cette équipe a toujours regorgé d’innovateurs et de pionniers. C’est d’ailleurs comme ça qu’est née l’expression « ambassadeurs de bonne volonté », grâce à notre impact et notre capacité à voyager à travers le monde pour répandre la joie et la bonne humeur, et rassembler les gens. Même si vous ne connaissez pas grand-chose au basket, nous le présentons de façon tellement simple que, quel que soit votre âge, vous pouvez comprendre notre style. Et je pense que cet héritage, nous essayons de le perpétuer.

    Cette équipe a également été une source d’inspiration pour la communauté afro-américaine…

    A.P. : Je pense qu’on a donné le ton, qu’on a placé la barre plus haut et qu’on a brisé les barrières raciales. En 1948, Nat « Sweetwater » Clifton a été le premier Afro-Américain à intégrer la NBA. Et c’était parce qu’on avait battu les Lakers du Minnesota à deux reprises à l’époque. Et ça nous a permis d’atteindre un niveau d’excellence, un niveau professionnel exceptionnel. Et ça a donné un véritable coup de pouce, ça a transformé les choses en quelque chose de bien plus important.

    Vous habitez à San Antonio, ville dans laquelle évolue Victor Wembanyama. Un mot sur lui ?

    A.P. : Je pense que c’est l’un des plus grands joueurs de tous les temps. Et ici, à San Antonio, ils l’apprécient vraiment, son style de jeu est incroyable. Il est déjà un joueur d’élite, il cherche à trouver son rythme. Je le vois très souvent parce que je travaille depuis neuf ans pour les Spurs. C’est mon deuxième emploi, en fait. On profite pleinement de lui, c’est certain, et on espère qu’il se sentira comme chez lui ici à San Antonio. Il est vraiment super.

  • [Entretien] Patrick Sorin : « Proche du podium national sur la formation des jeunes »

    [Entretien] Patrick Sorin : « Proche du podium national sur la formation des jeunes »

    La Marseillaise : Quelle est votre source de satisfaction principale au travers de cette saison 2025 riche en événements pour votre club ?

    Patrick Sorin : Dans le cadre de notre projet « Ambition la Pomme 2028 », notre objectif principal reste la formation des jeunes. L’année qui se termine a été très intéressante parce qu’on est à 70 victoires toutes sections confondues. J’en profite pour parler de l’école de cyclisme, qui est d’ailleurs championne régionale pour la première fois, où l’on a cumulé tout au long de la saison plus de 100 podiums et 11 titres régionaux. On conforte donc notre place de leader régional sur le cyclisme sur route. Et j’estime qu’on est proche d’ailleurs du podium national sur la formation des jeunes. Je pense qu’on va atteindre la barre des 300 licenciés dans très peu de temps, dont une centaine de jeunes. Ce qui est extrêmement réjouissant dans un contexte national qui n’est pas celui-là.

    La section cyclo-sportive nommée « Cyclo Compèt », créée il y a moins d’un an, s’avère déjà être un succès. Quelle est la prochaine étape de ce projet ?

    P.S. : On s’est donné un objectif pour 2026. La Fédération française de cyclisme a créé, il y a quelques années, un trophée Label d’Or. Ça porte sur une quinzaine de cyclos sportifs en France. Il y a un classement par équipe annuel et national. Notre objectif est de nous retrouver en 2026 sur le podium de ce trophée Label d’Or. Nos cyclos sportifs concernés par cette section reçoivent des entraînements programmés de la part de Claire Lafforgue, notre directrice U19. Je suis très satisfait qu’il y ait une porosité entre les sections.

    Concernant l’organisation de vos événements, quel est le plan de bataille pour la saison à venir ?

    P.S. : Les Bosses de Provence, ça y est, c’est parti. La 31e édition, l’an prochain, aura lieu le 26 septembre. Mais on a un deuxième événement qui grandit aussi : celui qu’on organise au Ventoux chaque été avec Bernard Hinault et les urologues. Ça ne cesse de grandir avec un retentissement qui devient international puisqu’il y a des Belges, des Hollandais, des Anglais et des Suisses qui nous rejoignent. C’est super intéressant parce que les urologues invitent leurs patients atteints d’un cancer de la prostate et sortant d’une chimiothérapie, à essayer de monter le Ventoux. Toujours dans un esprit de solidarité et de convivialité.

    Entretien réalisé par Camille Kadoum

    Parmi les événements prévus dans
    leur calendrier, le Vélo Club la Pomme organisera au début du mois de juillet
    le championnat régional U15, U17 et U19, rebaptisé sous le nom de Grand Prix de Belconnen.

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