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  • [Entretien] Yves Métayer, gouverneur militaire de Marseille : « Le 14-Juillet unit la nation et ses armées »

    [Entretien] Yves Métayer, gouverneur militaire de Marseille : « Le 14-Juillet unit la nation et ses armées »

    La Marseillaise : quel message le défilé militaire de Marseille veut-il faire passer ?

    Yves Métayer : C’est d’abord un défilé représentatif de toutes nos armées avec les forces de sécurité intérieure, la douane, la pénitentiaire et d’autres administrations. Ce défilé militaire a effectivement un horizon stratégique, celui de la résurgence d’une menace, de la guerre sur le continent européen. Le thème retenu au niveau national, c’est le réveil stratégique de l’Europe avec en filigrane, la notion de réarmement, du rôle que joue notre pays dans cette prise de responsabilité des Européens.

    Il s’agit aussi de dire à la nation qu’une révolution silencieuse est en cours. La transformation de nos armées est engagée avec une dynamique extrêmement rapide depuis 2024 avec la loi de programmation. C’est une révolution silencieuse et pas spectaculaire, mais c’est une révolution car c’est bien un changement de paradigme que connaît le système de défense français.

    Pouvez-vous en donner des illustrations concrètes ?

    Y. M. : On le verra à l’occasion du défilé du 1er Régiment étranger de cavalerie qui descendra de Carpiagne avec deux Jaguars qui sont des engins blindés de cavalerie de toute nouvelle génération. Avec la compagnie de transmission de la 11e Brigade parachutiste et des véhicules Servals de la gamme Scorpion. On le verra encore avec le 4e Chasseurs, des plus petits matériels adaptés à l’action en montagne qui sont assez illustratifs. On le verra avec le 54e RA qui, outre sa mission première de défense sol-air, est engagé dans la lutte anti-drone. Le 54e RA a aidé nos partenaires stratégiques dans le golfe Persique pour se protéger des frappes iraniennes avec de l’armement sol-air, des hélicoptères de combat, du brouillage électromagnétique.

    Pour le défilé, j’ai demandé aux chefs de détachement de montrer qu’à travers la tenue et la rigueur, ils envoient une image de professionnalisme, de détermination, d’engagement, une image qui doit exprimer ce que doivent faire les femmes et les hommes de nos armées pour se transformer, accélérer la dynamique d’adaptation. C’est le défi de cette révolution capacitaire qu’on est en train de vivre avec la loi de programmation et autour tout un écosystème d’adaptation que ce soit dans le champ du numérique, de l’IA embarqué.

    On a besoin de toutes les forces vives dans la recherche et dans l’économie de notre pays pour nous aider à aller le plus vite possible.

    Comment cet effort se traduit-il en zone sud ?

    Y. M. : Mon travail au niveau des territoires, c’est de mesurer comment cette dynamique d’adaptation se traduit, de répondre aux questions des entrepreneurs pour comprendre nos besoins. En Occitanie, autour de Toulouse, nous avons un pôle aéronautique de niveau mondial. En région Paca, on a le pôle naval de Toulon, première base navale d’Europe. On a l’industrie aéronautique autour du pôle Marignane-Istres et énormément de numérique en Paca jusqu’à Cannes-Nice. Et on a une plateforme absolument remarquable avec Canjuers, premier camp d’entraînement d’Europe.

    Vous avez lancé en décembre une opération d‘intérêt national « Défense et sécurité »

    Y. M. : Cette opération permet de canaliser, de fédérer, de catalyser tout un tas de projets et de connecter des mondes. Je pense aux projets Airbus Helicopters sur Marignane, aux projets sur Istres, aux autres projets liés au porte-avions nouvelle génération sur Toulon. Ou encore ce projet très intéressant avec Aix-Marseille Université pour adapter le système de formation et d’enseignement supérieur. Ce sont des perspectives concrètes d’emploi pour les étudiants qui s’engagent dans ces filières. On est là pour accompagner, pour crédibiliser cette démarche, la connecter à la réalité stratégique des besoins de défense.

    Le budget de l’armée a doublé en dix ans. La société civile peut-elle l’entendre ?

    Y. M. : Dans sa grande majorité, elle a compris le monde dans lequel on était. Elle n’a peut-être pas conscience des sacrifices qu’on a faits en matière de défense après la chute du mur de Berlin dont on évalue les économies sur notre capital de défense en Europe à 2000 milliards d’euros. Ce sont les « dividendes de la paix ». On a cru à la paix perpétuelle. L’Europe a arrêté d’investir dans sa défense et a perdu son capital. Aujourd’hui les Américains nous disent que ce ne sont pas eux qui feront le job à notre place. L’Europe est face à ses responsabilités. Les équilibres internes des alliances sont modifiés. On doit se poser la question suivante : que consacre-t-on à son assurance-vie dans le monde dangereux dans lequel nous sommes ? Je pense pour ma part qu’il ne faut pas opposer mais articuler le combat budgétaire que le pays doit conduire avec le besoin de défense. Les Français savent qu’ils peuvent compter sur leurs armées.

    Le pays consent pour ses armées professionnelles, entraînées, un effort d’équipement, de crédit qu’on utilisera au mieux. Le 14-Juillet, c’est l’unité de la nation et des armées. Les armées disent aussi aux Français à travers un défilé, une cérémonie : vous pouvez compter sur nous pour vous défendre face aux menaces d’aujourd’hui et de demain.

  • [Entretien] « Il faut aller au bout du projet du nouvel hôpital d’Aubagne »

    [Entretien] « Il faut aller au bout du projet du nouvel hôpital d’Aubagne »

    La Marseillaise : Vous vous êtes réunis mercredi avec les maires des 18 autres communes concernées par la construction d’un nouvel hôpital à Aubagne. Qu’y avez-vous appris ?

    Roland Giberti : On a appris tous ensemble que le financement de l’hôpital d’Aubagne, en particulier l’achat du terrain, n’était pas assuré. C’est quelque chose de grave. Nous sommes un peu étonnés : l’hôpital est un service public qui par définition devrait être géré et financé par l’État. [Une partie des travaux est financée par l’État dans le cadre du plan Ségur, mais l’acquisition du foncier était à l’origine prévue à la seule charge d’Aubagne, Ndlr]. Mais comme il ne le fera pas, nous essayons de voir ce que l’on peut faire avec la mairie d’Aubagne pour ne pas perdre l’hôpital. Nous devons agir vite, d’ici octobre-novembre. Car si l’État n’assure pas, qui sera puni ? C’est nous, notre population, nos administrés, ceux qui en ont besoin. Donc, à contrecœur, mais de façon obligatoire, il faut trouver des solutions qui nous permettent de financer cet achat.

    La mairie d’Aubagne suggère que les autres communes participent financièrement à l’achat
    du foncier…

    R.G. : C’est la proposition qui a été faite. Nous, la commune de Gémenos, nous pourrons sortir la somme demandée. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des municipalités : les dotations de l’État diminuent de plus en plus, les communes sont à bout de souffle. Elles ne peuvent pas sortir 100 000 ou 150 000 euros de leur budget. De notre côté, nous tentons de trouver des solutions. Nos administrés vont là-bas, nous allons donc participer, mais je ne sais pas si ça réglera le problème.

    Vous comprenez que la Ville d’Aubagne demande une participation ?

    R.G. : Je trouve la situation anormale, car je pense que ce devrait être à l’État de financer. La mairie d’Aubagne nous a annoncé qu’elle s’occuperait de la moitié du financement du foncier. Nous pensons qu’elle devrait donner un peu plus, car elle doit hériter des locaux de l’ancien hôpital. Dans tous les cas, j’espère que nous parviendrons à trouver une solution mercredi prochain, à 11h, lors de notre prochaine réunion. Si on ne la trouve pas, ça va être dramatique. Cet hôpital est une infrastructure importante et nécessaire pour le territoire. Le projet est magnifique : des services médicaux vont être créés et développés. Il faut absolument que l’on aille jusqu’au bout.

  • Romain Barré : « La Marseillaise est une belle vitrine pour notre discipline »

    Romain Barré : « La Marseillaise est une belle vitrine pour notre discipline »

    La Marseillaise : C’est votre deuxième année en tant que délégué sur le Mondial de La Marseillaise. Votre regard sur ce concours a changé ?

    Romain Barré : Oui, mon regard sur la Marseillaise a changé. J’avais des a priori, pour ne pas le cacher, puisqu’étant du Nord, on a parfois des choses qui nous remontaient, qui n’étaient pas très sympa sur le concours. Je l’ai découvert l’an passé et j’ai trouvé des équipes de bénévoles très solidaires, un environnement familial, en fait, où on sent que les gens ont plaisir à se retrouver et à être là pour faire plaisir aux joueurs qui parcourent beaucoup de kilomètres pour venir. On retrouve la même chose chez les arbitres. Des liens se créent entre les uns et les autres et je trouve ça très sympa. En ce qui concerne le concours, on a eu de nouveau un plateau avec les meilleurs joueurs du monde, ce qui, il est vrai, n’a pas toujours été le cas. C’est vrai que j’ai complètement changé d’avis sur ce concours depuis que je fais les délégations.

    Comment vous le définiriez ?

    R.B. : Comme l’a dit le président Le Bot mercredi midi, la fédération est, évidemment, attachée aux valeurs de notre sport mais on tend aussi aujourd’hui à évoluer comme une vraie discipline sportive. Et en ce sens, La Marseillaise fait cette passerelle entre l’aspect convivial et familial qu’on trouve lors de la première journée, où tout un chacun peut participer à la fête, puisque c’est une fête pour beaucoup, et le sport de haut niveau que l’on retrouve lors des parties finales. Donc, on y trouve tous les ingrédients qu’on aime retrouver.

    Les parties dans les allées avec ces grosses galeries sont une spécificité de La Marseillaise. Quel est votre avis dessus ?

    R.B. : C’est vrai que là aussi, j’avais des a priori sur la foule qui se masse autour des joueurs. J’ai 49 ans et 43 ans de licence, j’ai connu ça jeune, ces parties qui se déroulaient au milieu du public. Parfois, on était obligé d’écarter les gens avant d’aller tirer. Mais ça a évolué et surtout ça, ça plaît aussi aux joueurs et aux spectateurs. Il y a cette ambiance, avec un peu de pression, parce qu’évidemment, ça crée une tension. Mais on coche beaucoup de cases de ce qu’aiment les vrais joueurs de pétanque et les amateurs, venir dans un concours populaire, s’amuser, passer du temps entre copains.

    Le stade d’honneur a aussi évolué avec un nouveau revêtement du terrain. Qu’en pensez-vous ?

    R.B. : Alors d’un côté technique, ce terrain est très intéressant, je l’ai dit à Maryan Barthelemy, le directeur du concours, parce qu’en fait, chaque poste est valorisé. On a parfois des terrains rapportés, qui sont très favorables au tir. Et je considère que lorsqu’un pointeur se demande s’il doit jouer deux mètres à gauche ou deux mètres à droite pour entamer une mène, c’est qu’il manque quelque chose dans ce jeu. Là, il faut vraiment faire un jeu équilibré. Il faut bien engager les mènes, c’est assez tactique. Et je trouve ça très, très intéressant. C’est vraiment une belle surface de jeu. Et en ce qui concerne l’environnement, je crois que c’est près de 3 000 personnes qui sont dans ce stade. Avec les loges, on a eu mardi la « night session » avec un éclairage qui valorise vraiment. L’écran géant, là encore, on est sur quelque chose qui s’approche de ce qu’on aimerait voir dans chaque concours.

    Cette année, la première partie s’est faite en deux sessions, quel est votre avis là-dessus ?

    R.B. : Vu la taille du concours, je pense que c’était indispensable de faire cette première partie en deux sessions. D’ailleurs, ça a été très apprécié. J’ai énormément sur le terrain de retours positifs, puisque ça a fluidifié. Ça a permis aussi aux gens de ne pas devoir attendre parfois 1h30, 2h leurs adversaires. Tous les joueurs que j’ai croisés, que ce soit des joueurs amateurs ou des joueurs de haut niveau, ont trouvé cette évolution très intéressante. On pourrait améliorer, mais je pense qu’on s’approche quand même de quelque chose qui est optimum. On a 4 832 équipes. Bien sûr, on pourrait créer un espace un peu plus sécure pour certaines parties. Quand je dis « sécure », c’est éviter qu’un spectateur prenne une boule dans une jambe. J’ai vu, je crois que c’est le lundi, une boule qui a rebondi sur un trottoir, qui aurait pu blesser quelqu’un. Ça fait partie des choses que l’on pourrait actionner. Mais vu la masse de spectateurs qui s’agglutinent autour des parties, c’est assez difficile à mettre en place dans un univers comme celui-là. Après, peut-être donner un peu d’aération sur les jeux. À partir des 16e, on a eu des parties qui se sont faites en enfilade sur une allée. Peut-être donner un petit peu plus d’espace pour que les gens soient un peu plus à l’aise. Ça, c’est un point d’amélioration.

    Comme sur le contrôle des licences à partir du dimanche soir…

    R.B. : Sur cet aspect licences, on a été un petit peu pris de court. Il faudra le repenser, l’anticiper peut-être, en faisant les vérifications en amont, pour pouvoir déjà vérifier les gens qui s’inscrivent avec leur numéro de licence. On va y travailler. On a un an pour se mettre en place pour 2027.

    Cette année on a dû intervenir dans les allées de Borély car des personnes streamaient des parties en direct ce qui est réservé à France TV, notre diffuseur officiel. Comment la Fédération se place sur ce sujet ?

    R.B. : On est sur un domaine public. Évidemment, France 3 a une exclusivité sur La Marseillaise pour la diffusion des parties. Ici la Fédération est simplement contrôleuse et gestionnaire du règlement sportif et sur l’administratif. Après de notre point de vue, ça peut poser problème. On rencontre les mêmes problèmes sur nos championnats de France. On a un diffuseur officiel et des web-TV qui viennent filmer quelques parties. On a des réflexions, on va essayer de sortir des choses pour limiter ça. Mais dans une tribune de stade, c’est plus facile à maîtriser. Dans les allées, devoir reprendre chaque personne qui sort son téléphone pour prendre une photo ou filmer, ça devient compliqué.

    Un mot sur les autres concours de cette Marseillaise 2026 ?

    R.B. : Je trouve que cette édition est une belle réussite. Je sais que l’organisation a le souhait de faire évoluer notamment le concours féminin. C’est un souhait fort de Maryan Barthelemy qui m’en a fait part. Évidemment, la Fédération l’accompagnera dans ce sens en donnant aussi peut-être une protection plus stricte par rapport à certaines concurrences qui sont dans la région. On est toujours ravis lorsque tous les pans de notre discipline sont mis à l’honneur. On a pu voir des parties filmées pour les femmes, pour les enfants, pour les handis. Il faut se le dire, aujourd’hui Le Mondial La Marseillaise est une belle vitrine pour notre discipline. Certains licenciés critiquent le fait qu’on puisse jouer le premier jour sans licence. Nous, ça ne nous pose pas de problème à partir du moment où on sait mettre un cadre par la suite. Et ça reste une compétition qui est très valorisante pour le sport pétanque.

  • [Entretien] Erwann Favre : « Les assos ne sont pas shootées à la subvention »

    [Entretien] Erwann Favre : « Les assos ne sont pas shootées à la subvention »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que
    le Mouvement associatif ?

    Erwann Favre : C’est la tête de pont des associations dans leur diversité. On va s’occuper de tout ce qui est commun à l’ensemble des assos, quel que soit leur secteur : modèle économique, bénévolat, engagement, dialogue civil, etc. Il y a deux cordes à notre arc. La première, c’est la représentation des associations auprès des pouvoirs publics pour tenter de faire en sorte qu’ils comprennent ou anticipent le mieux possible les conséquences de leurs décisions. La deuxième mission, c’est de conseiller, informer et accompagner les acteurs associatifs dans la région. Au niveau de l’Occitanie, à peu près une asso sur deux est représentée par le mouvement asso via nos membres.

    Quelle est la situation du secteur associatif ?

    E.F. : Depuis une vingtaine d’années, on a un glissement de la relation entre les assos et les acteurs publics. On était à peu près à 40% de subventions dans le modèle économique des assos et aujourd’hui, on est à moins de 20% du financement public. On est très loin de l’image d’Épinal d’associations shootées à la subvention et soutenues à bout de bras. Si on parle en volume au national, les aides publiques aux assos, c’est à peu près 40 milliards d’euros. Les aides publiques aux entreprises, c’est entre 210 et 250 milliards d’euros. Bref, on assiste à un désengagement de la puissance publique. On est donc allé chercher des financements ailleurs : auprès des bénéficiaires, des usagers et des entreprises privées via le mécénat ou les dons. Le mécénat est assez stable depuis 20 ans, on est entre 4 et 5% du modèle économique des assos au niveau national.

    Malgré ça, l’engagement bénévole et l’emploi associatif sont en augmentation. Avec deux exceptions : la crise Covid et ce qui se passe depuis un an et demi maintenant. On constate une très forte dégradation des financements associatifs avec des coupes budgétaires au niveau national mais également des collectivités qui ont répercuté ces baisses sur le monde associatif. Cette année, comme tous les budgets ne sont pas encore votés, notamment les BOP, les budgets opérationnels de programmation, donc on ne sait toujours pas ce que vont recevoir les assos de certains secteurs d’activité. Il y a un pilotage à vue. En région, en 2024, il y avait à peu près 176 000 salariés dans le secteur associatif. Les premiers chiffres font état d’une baisse qui devrait se situer entre 1 500 et 3 000 emplois perdus.

    Existe-t-il des risques de disparitions d’associations ?

    E.F. : On assiste à une augmentation importante du nombre de défaillances dans notre région qui a doublé une première fois entre 2023 et 2024 puis une nouvelle fois entre 2024 et 2025. Donc il est évident que des structures vont être liquidées. Ce n’est pas forcément un problème économique pur, c’est qu’il n’y a pas eu d’anticipation de la part de la puissance publique. L’association est au pied du mur et elle n’a pas les moyens de licencier les gens, donc c’est la liquidation.

    Existe-t-il une crise du bénévolat ?

    E.F. : Alors oui, mais elle est travestie. Il faut arrêter de dire que les Français ne s’engagent pas, sont individualistes et ne pensent qu’à eux. L’engagement progresse. Il y a un habitant sur deux qui est membre d’une asso en France. C’est énorme. Le bénévolat augmente dans notre pays, y compris chez les moins de 35 ans et les plus de 65. Ce sont les deux classes d’âge qui, proportionnellement, s’engagent le plus. On peut parler de crise du bénévolat de gouvernance. Ce sont des administrateurs, des membres des CA, des membres des bureaux, des présidents, trésoriers. En fait, piloter, gouverner, diriger une association aujourd’hui employeuse, c’est être chef d’entreprise, on a les mêmes obligations légales. Donc quand vous êtes chef d’entreprise bénévole et qu’il y a une succession de crises à affronter, ça veut dire que vous donnez énormément de votre temps et que la satisfaction que vous aviez de trouver dans la réalisation de votre engagement n’est plus là. Et c’est épuisant.

    L’arrivée de l’extrême droite à la tête de mairies s’est traduite par une baisse des subventions de certaines assos. L’ennemi du secteur associatif ?

    E.F. : Il est certain qu’on a des groupes politiques qui sont plus ou moins dans un esprit de coopération et de financement d’associations, quelles qu’elles soient. Pour le RN, une asso ne peut pas être politique. Pour nous, une asso qui n’est pas politique, elle n’a rien à faire sous statut associatif. Une asso a une vision du monde et elle va faire ce qu’elle peut pour mettre en place sa vision de la cité. Et donc, les élus du RN, globalement, il y a des sujets sur lesquels ils votent systématiquement contre les subventions à certaines assos : celles qui aident, qui fournissent un service ou qui accueillent des populations étrangères (accueil de jour, les Cada, les assos qui font du français langue étrangère). Tout ce qui est droits des femmes et des familles, contre les violences sexuelles, tout ça c’est pareil, c’est supprimé. Et je ne parle même pas de la Ligue des droits de l’Homme. Mais ça se voit aussi dans d’autres mairies qui ne sont pas RN. La LDH s’est fait virer de ses locaux à Toulouse par [le maire DVD] Moudenc. On sent que les politiques se recentrent sur ce qu’ils faisaient il y a une cinquantaine d’années, un retour en arrière où si tu n’es pas d’accord avec ma politique ou que tu me critiques, je ne te finance plus.

    Justement, ce contexte d’austérité n’est pas une justification pour s’en prendre aux associations critiques, notamment via le contrat d’engagement républicain ?

    E.F. : Ce qu’on défend le plus collectivement au Mouvement associatif, c’est notre vision démocratique de fonctionner dans notre pays et donc quelque part c’est le droit à la critique, on a le droit de ne pas être d’accord et de l’exprimer tant que c’est étayé. Or, le contrat d’engagement républicain est un formidable outil pour permettre à n’importe quel autocrate, quel qu’il soit, de dissoudre n’importe quelle association. Il est complètement passé à côté de sa cible originale qui était lutter contre le séparatisme puisque des lois existent déjà pour ça. Il permet de rendre responsable une asso et son président pour des propos tenus par ses adhérents, y compris quand ils ne sont pas mandatés par l’asso. Donc en fait, si demain il y a une autocrate, un Trump qui arrive au pouvoir, il a un outil clé en main pour bâillonner la plupart des assos dans notre pays, en tout cas toutes les assos qui ne seront pas d’accord avec la politique publique menée par l’acteur public qu’elles ont en face d’elles. Il y a une crainte de plus en plus forte de voir s’éteindre la voix des assos ou de restreindre la liberté d’association.

  • [Entretien] Keny Arkana : « Je brûle, je finis en cendres et je renais »

    [Entretien] Keny Arkana : « Je brûle, je finis en cendres et je renais »

    La Marseillaise : Après la sortie de votre mixtape « Avant l’exode », en 2021, vous avez observé un silence médiatique. Qu’avez-vous fait ces dernières années ?

    Keny Arkana : Je suis partie de France en 2021 et ne suis revenue qu’en juin dernier. J’ai passé cinq ans au Mexique. La première année, j’étais un peu à droite à gauche, puis je me suis posée en 2023. J’avais une partie de mon matos avec moi, j’ai fait mon petit studio : ordi, compresseur, micro, enceinte… et je n’ai pas arrêté de faire du son toute seule : des instrus aux textes en passant par les enregistrements. J’ai énormément de chansons de côté donc j’aimerais bien sortir un album dans l’année qui arrive. Et puis, comme les artistes comme moi sont un peu boycottés, je me suis dit que ça serait bien de montrer au public que je suis encore là.

    Depuis vos débuts dans les années 2000, votre carrière et discographie alternent souvent entre les périodes hyperprolifiques et des parenthèses hors des radars de plusieurs années. Vous renaissez à chaque fois comme un phénix en fait ?

    K.A. : La vérité, c’est que je n’ai jamais eu vraiment de manager autour de moi. Ce qui explique que, souvent après la sortie d’un album et d’une tournée, je finissais en gros burn-out. J’étais aussi souvent en fight avec ma maison de disques à l’époque. Cette industrie me gavait. J’ai toujours été sur tous les fronts, je n’ai jamais eu le luxe d’être juste une artiste. Durant toutes ces années, je me suis toujours battue pour ne pas être un produit et garder mon intégrité. Après, même si j’ai des périodes d’inactivité publique, je fais toujours de la musique, j’ai des disques durs pleins de morceaux. Mais, à force de tout faire, les albums et les tournées, je finis en burn-out et ciao. Je brûle, je finis en cendres et je renais.

    Êtes-vous aussi partie au Mexique parce que Marseille vous gonflait ?

    K.A. : Ce n’est pas Marseille qui me gonfle mais la France. Je suis partie à l’époque du « passe sanitaire ». À Marseille, pendant le confinement, ça allait à peu près car il n’y avait pas trop de ségrégation. Mais j’ai surtout mal vécu le retournement de veste du peuple français. Si je me sens mal quelque part, et même si c’est chez moi, je me casse. Moi, je suis bien à Marseille, je n’ai pas de problème ici. Mais vraiment, ce qui m’a gonflé, c’est la France, la macronie, tous ces gens qui font du mal au peuple.

    Vous avez mis en ligne il y a trois mois un nouveau titre, « Quelque chose de pur a survécu »…

    K.A. : J’y parle des gens comme moi, qui ont traversé des épreuves depuis l’enfance et qui, malgré tout, ont fait preuve de résilience. On a gardé un truc pur en nous.

    Grâce à quoi n’avez-vous pas sombré ?

    K.A. : Déjà, j’ai la foi. J’arrive encore à m’émerveiller des belles choses de la vie. C’est la racine de mon engagement, de mon côté antisystème, de mon militantisme. Cela m’a toujours donné de la force par rapport à la douleur et à l’obscurité de ce monde. Je ne suis pas habitée par la peur et j’essaie de cultiver cela. Je me considère comme un être spirituel avant tout, avant même d’être un être social.

    Est-ce que le mouvement zapatiste au Chiapas, cette région pauvre du Sud du Mexique, avec qui vous êtes en lien depuis 20 ans, vous a aussi aidé à tenir le coup ?

    K.A. : Depuis cette période, nous sommes toujours en contact étroit. Marcos [le « sous-commandant » et figure de l’Armée zapatiste de libération nationale, Ndlr.] ainsi que tous ses camarades sont des gens vraiment importants dans ma vie. Notre relation a traversé les années. Souvent, ils me font des clins d’œil dans leurs communiqués, et moi, je leur en fais dans mes morceaux. Ce sont mes frères de lutte. Ce n’est bien sûr pas un hasard que je sois allée au Mexique car j’ai finalement un lien plus profond avec eux qu’avec mes propres origines.

    Inspirés par le socialisme libertaire et l’autogestion, les Zapatistes du Chiapas continuent de défendre leurs terres mais le gouvernement mexicain ne cesse pas ses coups contre eux…

    K.A. : Oui, et depuis toujours. Derrière leur lutte, il y a aussi toute une spiritualité, quelque chose de très profond envers les humains, la nature, les animaux : la vie quoi. Cela fait des décennies qu’ils construisent une autonomie, c’est un exemple. À mes yeux, c’est presque le seul exemple d’un peuple qui s’est construit dans l’autonomie totale par rapport au système actuel. Ils ont fait énormément de belles choses dont il faut s’inspirer.

    Pour revenir à un aspect plus musical, vos derniers titres montrent qu’en plus du rap, vous vous laissez de plus en plus aller au chant…

    K.A. : J’ai toujours chantonné, même sur mon premier album [Entre ciment et belle étoile, 2006]. J’essaye d’aller au bout de mes délires musicaux. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est que je produis tout au niveau de mes instrus : je peux donc aller encore plus loin. J’ai depuis toujours eu des influences musicales plus larges que le seul rap. J’aime la musique en général, donc la mélodie aussi. J’ai la même bande de musiciens avec moi depuis 2012. Désormais, ça se fait un peu plus car le rap est devenu plus mélodieux.

    Vous vous produisez vendredi 10 juillet à Vitrolles, au cours d’une soirée très marseillaise avec notamment Le Rat Luciano et Massilia Sound System. Quel est votre rapport à eux ?

    K.A. : Cette soirée, ça tue. Avec Luch’ [L’un des surnoms du Rat Luciano, Ndlr.], on n’a jamais officiellement fait de morceaux, mais je l’ai toujours croisé en centre-ville. Pour l’anecdote, quand j’étais petite, encore mineure, et qui lui était une star de la Fonky Family, je suis allée quelques fois chez lui au Panier. Il m’a fait des instrus alors que moi, j’étais une petite anonyme. Ce mec est une légende, l’un des plus grands rappeurs de France, voire le plus grand. Et c’est surtout un exemple d’humanité. À l’époque, j’étais juste une petite du centre-ville, tout le monde s’en battait les couilles de moi, et lui prenait le temps pour me faire des sons. Et je ne suis pas la seule dans ce cas, il a aidé plein de petits à l’époque. Quant à Massilia Sound System, je les considère comme des grands frères. Pour moi, ça représente les sardinades de la Plaine et tout le reste. On a déjà fait des festivals en commun. C’est la famille.

    Entretien réalisé par Philippe Amsellem

    Hip-hop, folk et pop fleurissent Jardin Sonore à Vitrolles

    « Deux jours, comme un temps de rencontres musicales entre les têtes d’affiche et les plus émergents », résume Alexandre Langlais, directeur du festival Jardin Sonore dont la 9e édition se déploie les 10 et 11 juillet au Domaine de Fontblanche. Au menu, vendredi soir, un plateau très marseillais avec les tauliers du raggamuffin Massilia Sound System et le rappeur le plus légendaire de la ville, Le Rat Luciano, récemment à l’origine de l’album Magma, 26 ans après son classique Mode de vie béton style. La rappeuse colombienne Valentina ou encore le MC marseillais Allen Akino seront aussi de la partie. Davantage portée pop, folk et électro, la soirée du samedi verra la venue du groupe Lilly wood and the prick, mais aussi d’Angus & Julia Stone ou Ben Mazué.

    www.jardinsonorefestival.com

  • [Entretien] Christiane de Félice : « Il faut prendre des mesures pour la santé au travail »

    [Entretien] Christiane de Félice : « Il faut prendre des mesures pour la santé au travail »

    Alors que la question des morts au travail se pose face aux épisodes de chaleur, le Gouvernement travaille sur des économies dont le plafonnement des indemnités des victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles.

    La Marseillaise : Votre association dénonce un plan d’économie sur les accidents de travail et les maladies professionnelles. De quoi s’agit-il ?

    Christiane de Félice : Le Gouvernement a demandé à la caisse des accidents du travail et des maladies professionnelles [AT-MP] de la Sécurité sociale de réaliser 800 millions d’euros d’économies au prétexte de déficit de la branche. Ces économies vont directement toucher les victimes de Troubles musculosquelettiques [TMS], la maladie professionnelle la plus répandue. Le gouvernement envisage en plus de limiter les indemnités journalières dans ces cas-là à 4 ans alors que certaines personnes cumulent parfois plusieurs maladies. Il faut savoir qu’en 2024, 50 598 nouvelles maladies professionnelles étaient reconnues, soit 3 100 de plus qu’en 2023, et dont 90 % sont des TMS. On parle des travailleurs ayant les tâches les plus difficiles et ingrates, qui au bout de 20 ans au même travail deviennent invalides. Il y a eu 150 000 déclarations d’inaptitude en 2024, souvent soldées par un licenciement. Et encore, c’est quand l’entreprise ne dit pas de rester à la maison sans déclarer ! Toute une population va être précarisée. Car l’invalidité saute à la retraite contrairement à la rente des maladies professionnelles.

    Mais s’il y a déficit, il faut bien combler quelque part ?

    C.d.F. : La branche AT-MP, malgré ce qu’on dit, est toujours en excédent. Les exonérations de cotisations patronales représentent 80 milliards d’euros par an en moins. C’est un détournement financier des droits des salariés qui eux continuent à financer la solidarité par la cotisation sociale. De plus, rendons-nous compte que la sous-déclaration des maladies professionnelles représente entre 2 et 3,6 milliards d’euros. Mais le 5e plan santé au travail 2026-2030 ne propose aucun objectif de résultats.

    Quelles sont vos propositions dans ce contexte ?

    C.d.F. : Il faut prendre des mesures draconiennes. Il faut de la clarté sur les maladies qui devraient être déclarées comme professionnelles et qui ne le sont pas. La création d’un registre de cancers dans chaque région industrielle. Une médecine du travail au plus près des salariés et de la médecine de ville. Rétablir les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail [CHSCT]. Stopper les exonérations de cotisations, car c’est avec ses cotisations que le travailleur peut se soigner, partir à la retraite ou pouvoir être couvert en cas d’accident. Une partie de cette exonération est financée par la TVA, payée par le salarié. Combien de fois sera-t-il encore pénalisé ?

  • [Entretien] Ezra Collective : « Le jazz a toujours été un genre fondé sur la collaboration »

    [Entretien] Ezra Collective : « Le jazz a toujours été un genre fondé sur la collaboration »

    Ezra Collective est aujourd’hui l’un des ensembles les plus populaires et influents de sa génération. Figure de proue du renouveau du jazz britannique, le quintet londonien poursuit une ascension fulgurante depuis sa victoire au Mercury Prize en 2023, couronnée par son sacre comme « Groupe de l’année » aux Brit Awards, porté par le succès de son dernier album, Dance, No One’s Watching.

    La Marseillaise : Comment définiriez-vous votre approche du jazz ?

    TJ Koleoso : Quand je suis arrivé au club de jeunes [Tomorrow’s Warriors], où nous avons appris le jazz, j’avais toujours eu l’impression que cette musique n’était pas faite pour des gens comme moi. C’est une question de découverte. Il suffit qu’on vous fasse écouter cette musique, qu’on vous la présente. C’est cette introduction qui vous permet ensuite d’en tomber amoureux. Le jazz a toujours été un genre fondé sur la collaboration et l’improvisation, à travers toutes sortes d’autres musiques. Il y a toujours ce dialogue qui doit exister entre les instruments. Et c’est cette philosophie que nous avons intégrée à notre musique.

    Cette année marque les dix ans de Chapter 7. Comment avez-vous évolué depuis, dans quelle direction vous tournez-vous à présent ?

    TJ.K. : En une phrase, nous sommes le même groupe avec un sens des responsabilités beaucoup plus important. Aujourd’hui, quand nous jouons ou que nous prenons des décisions, nous ne pensons plus seulement à nous. Nous réfléchissons à ce que cela représente pour un public plus large, mais aussi pour toutes les personnes autour de nous qui souhaitent évoluer dans le monde de la musique. Même au-delà. Nous partons en tournée avec toute une équipe. Il y a une responsabilité de continuer à bien jouer et à faire de bons concerts parce qu’il y a des gens qui en dépendent financièrement.

    Avec trois albums et trois EP à votre actif, est-ce que vous savez déjà à quoi ressemblera la setlist au MJ5C ?

    TJ.K. : Non, mais il y aura un mélange de chansons qu’on a déjà jouées de nombreuses fois et d’autres qu’on n’a encore jamais interprétées sur scène. On a notamment hâte de se plonger dans une bonne partie du nouveau répertoire cet été.

    Votre nouvel album sort en septembre, quelle en était l’inspiration ?

    TJ.K. : Le nouvel album s’intitule Here Because of Hope, et il s’articule autour du chemin qui mène de la douleur à la joie. Historiquement, on a toujours beaucoup parlé de la joie en tant que groupe, avec cette idée que la joie est davantage une manière de voir les choses qu’une simple émotion. Je pense que l’espoir est ce qui vient combler l’espace entre la douleur et la joie. Voilà le socle philosophique de cet album. Musicalement, ce qui en ressort est un album beaucoup plus vulnérable, plus réfléchi et peut-être plus émotionnel qui traverse différents genres musicaux comme Ezra à l’habitude de le faire.

    Le premier single est sorti. Une collaboration avec Pa Salieu.

    Ife Ogunjobi : Ce qui est intéressant chez lui, c’est sa polyvalence. Ce n’est pas un rappeur cliché. Il est capable d’évoluer dans plein de registres différents et il puise dans énormément d’influences. Pour un groupe comme le nôtre, qui ne vient pas du rap au sens traditionnel mais qui cherche à le mêler à l’afrobeats, au jazz et à d’autres styles, c’était la collaboration idéale.

    Interview traduite de l’anglais. Concert le 9 juillet, au Parc Aurélien Fabre. De 15 à 40 euros.

  • Yohan Cousin : « J’ai toujours été bien accueilli à La Marseillaise »

    Yohan Cousin : « J’ai toujours été bien accueilli à La Marseillaise »

    La Marseillaise : Après un 8e
    de finale en 2024, puis un 32
    e
    de finale en 2025, comment se passe votre troisième campagne au Mondial en compagnie
    de Messonnier et Loy?

    Yohan Cousin : Ça se passe très bien, même si c’est éprouvant. On avance petit à petit avec mes partenaires et on produit un très bon jeu. Il y a une vraie cohésion d’équipe. Pour l’instant, tout roule : tant que l’on continue à gagner, l’aventure se poursuit et on garde le sourire. Avec l’espoir d’aller au bout.

    Quel est votre rapport avec La Marseillaise ?

    Y.C. : En fait, ce qui est bizarre à La Marseillaise, c’est qu’on fait trois ou quatre parties par jour, mais on est épuisé. On a l’impression d’avoir fait les Nationaux comme on fait nous toute l’année. On est beaucoup plus épuisé à La Marseillaise, alors que c’est sur plusieurs jours étalés, que nous, quand on fait un week-end complet à un National, où on va au bout. C’est ce qui fait la magie aussi de ce concours. On rencontre vraiment tout type de personnes. Des gens qui ne sont pas licenciés, qu’on a rencontrés hier en quarts de finale. Le pointeur qui n’avait pas de licence avant. C’est vraiment une belle aventure pour lui. Après, c’est ce qui fait la beauté de La Marseillaise. Moi, j’ai toujours été bien accueilli ici. Je passe toujours de super beaux moments.

    Votre collaboration avec Michel Loy porte à nouveau ses fruits. Comment cette osmose est née
    au sein du tandem ?

    Y.C. : Au départ, je devais jouer avec Ligan [Doerr] et Michel à Nice. Le matin même, on apprend que Christophe [Sarrio] remplace finalement Ligan. On dispute le National ensemble et, très vite, le courant passe avec Michel. À la fin, il me glisse : « Si tu cherches un troisième l’année prochaine, je suis disponible. » J’ai d’abord cru à une blague. Mon club est modeste, il n’y a ni gros moyens ni contrat. Quand un triple champion du monde te dit ça, tu te demandes ce qu’il vient faire chez toi. Quelques jours plus tard, il m’envoie un message pour me demander si on joue ensemble la saison suivante. C’était un immense plaisir. L’année d’après, on est champions de France en doublette. Parfois, certaines rencontres sont simplement faites pour arriver. Depuis, on fonctionne très bien ensemble. On est complémentaires et, quel que soit notre troisième, on arrive toujours à bien jouer.

    Vous avez récemment porté les couleurs de l’équipe de France aux championnats d’Europe. Comment avez-vous vécu
    cette expérience
     ?

    Y.C. : Je l’ai vécu assez difficilement. Dès mon arrivée, je suis tombé malade. Je n’ai pas pu évoluer à mon meilleur niveau avec Mickaël en doublette, et ça m’a frustré parce que je n’aime pas pénaliser mes partenaires. En revanche, je me sentais beaucoup mieux pour la finale et je pense avoir réalisé une belle prestation. On a même eu deux boules de gagne, mais c’est le sport. Il faut savoir rebondir. On travaille pour être performants et offrir du beau jeu à tous ceux qui nous suivent. Il y a des encouragements, mais aussi des critiques : c’est le lot du sport de haut niveau. L’essentiel est de garder le cap, rester dans sa bulle et continuer à prendre du plaisir sur le terrain.

    En dehors de vos parties,
    vous passez beaucoup de temps
    à regarder celles des autres. Comment est née votre passion pour la pétanque
     ?

    Y.C. : J’ai traversé une période compliquée avec la perte d’un proche de mes parents. Puis, à 19 ans et demi, on m’a diagnostiqué un diabète. Pendant six mois, j’ai complètement décroché : j’ai arrêté le sport et mis beaucoup de choses entre parenthèses. C’est alors que mon oncle, Jacques Lefebvre, président de club, m’a lancé : « Pourquoi tu ne te mettrais pas à la pétanque ? » J’ai décidé de tenter l’aventure. J’ai d’abord pris une licence en FSGT, puis en FFPJP, près de Brest. Les résultats sont arrivés très vite : dès ma première saison, je me qualifie pour le championnat de France. C’était le début d’une belle aventure.

  • Romain Fournié : « C’est très rare de voir trois tireurs réussir à gagner La Marseillaise »

    Romain Fournié : « C’est très rare de voir trois tireurs réussir à gagner La Marseillaise »

    La Marseillaise : Comment se passe votre Mondial jusqu’ici ?

    Romain Fournié : Ça se passe très bien. Avec Jean-Michel [Puccinelli], j’avais déjà disputé La Marseillaise avec lui il y a une douzaine d’années. Ça remonte. De mon côté, je ne peux plus vraiment la jouer depuis quelques années à cause de mon travail. Mais cette année, exceptionnellement, j’ai réussi à me libérer. Je suis donc très content d’être là, parce que ça reste un très beau concours.

    Vous évoluez également avec le petit prodige Dawson Herlemann. Un mot sur lui ?

    R.F. : Il n’a pas le stress du bac, ni celui d’aller travailler. C’est presque l’âge parfait pour jouer aux boules. En plus, il est très doué. Maintenant, il faut qu’il reste calme et tranquille. Il ne faut pas qu’il fasse n’importe quoi entre les parties, comme on peut avoir tendance
    à le faire à 15 ans. C’est justement
    l’erreur à ne pas commettre à La Marseillaise.

    Sur quel point êtes-vous vigilant à ses côtés ?

    R.F. : Oui, sur le plan technique, il n’y a pas de souci. Après, là où on peut l’aider, c’est dans les moments où il sera un peu plus en difficulté, en le remettant sur le droit chemin. Mais je pense que ça va aller tout seul pour lui. À son âge, on ne se fait pas de souci. Il est dans les meilleures années. Avec Jean-Michel, notre rôle sera surtout d’être présents quand les moments seront un peu plus compliqués, pour lui comme pour nous.

    Quel est votre rapport
    avec La Marseillaise ?

    R.F. : C’est un concours avec lequel j’ai une relation un peu particulière. Il y a des années où je l’ai aimé, d’autres où je ne l’ai pas aimé. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Ça dépend de la façon dont il se déroule. Parfois, tu te retrouves à faire dix kilomètres par-ci, dix kilomètres par-là. Tu finis complètement épuisé, tu ne te sens pas bien. En rentrant chez toi, tu te dis : « Cette année, je ne l’ai pas aimé. » Puis l’année suivante, tu l’apprécies un peu plus. C’est un concours atypique. C’est aussi celui qu’on rêve tous de gagner. Tout le monde rêve de remporter La Marseillaise, même si c’est un concours à part. On en parle souvent avec des joueurs qui disent
    ne pas l’aimer… mais ils reviennent quand même chaque année. Finalement, c’est bien qu’ils l’aiment un peu.

    On évoque souvent la difficulté des terrains. Qu’en pensez-vous ?

    R.F. : J’étais content de retrouver un carré d’honneur comme celui-là, où le pointeur avait vraiment sa place. Malheureusement, le rôle du pointeur est en train de se perdre sur certaines compétitions. Aujourd’hui, sur 90% des concours, on joue soit sur du sable, soit sur une épaisse couche de gravier, des terrains où le pointeur fait moins la différence.

    Quel regard portez-vous sur l’appoint dans la pétanque moderne ?

    R.F. : C’est aussi pour ça que j’aime ce concours de La Marseillaise. C’est vrai que, sur quasiment tous les terrains, le pointeur a un vrai rôle à jouer. Même dans les allées où le sol est en goudron lisse, les organisateurs ne rajoutent pas une épaisse couche de cinq centimètres de sable pour permettre aux tireurs de s’exprimer partout. Ici, le point a une importance primordiale. On le voit chaque année : les équipes qui vont loin ont souvent un pur pointeur. C’est très rare de voir une équipe composée de trois tireurs réussir à gagner La Marseillaise.

    Malgré vos grands résultats,
    avec un titre de champion de France tête-à-tête en 2016 et trois victoires à Millau, vous avez été très peu convoqué en équipe de France dans votre carrière. Avec du recul aujourd’hui, comment analysez-vous les choses ?

    R.F. : Disons qu’il y a eu, entre guillemets, une génération un peu sacrifiée. On est tombés à une période où Philippe Quintais, Philippe Suchaud et Henri Lacroix étaient au sommet de leur carrière, quasiment injouables. Forcément, les sélectionneurs se reposaient sur eux depuis des années et ne nous donnaient pas vraiment notre chance.

  • [Entretien] Gaëlle Salado : « Faire de chaque membre du Secours populaire un relais de solidarité actif »

    [Entretien] Gaëlle Salado : « Faire de chaque membre du Secours populaire un relais de solidarité actif »

    La Fédération du Secours populaire des Bouches-du-Rhône organise, ce lundi 6 juillet de 9h30 à 12h30, sa onzième université d’été sur le thème « Ecol’lectif – Pour que la solidarité devienne une valeur indestructible de l’être ». La matinée s’articulera autour d’un débat sur l’école, le collectif et la solidarité comme point d’appui pour la jeunesse, avec la participation des Copains du Monde, mouvement qui accompagne et réunis enfants et adolescents de différents pays. L’événement, gratuit, se tient au 169 Chemin de Gibbes, à Marseille (14e).

    La Marseillaise : Avant d’aborder cette 11e édition, pouvez-vous nous en dire plus sur les universités d’été et leur objectif ?

    Gaëlle Salado : L’université d’été, c’est un travail qui a été lancé il y a une dizaine d’années avec le sociologue Jacques Broda et qui permet de faire le lien entre le travail de terrain du Secours populaire et des concepts philosophiques, sociologiques et psychanalytiques. Ça permet de conceptualiser ce que l’on vit et la société dans laquelle on évolue. Les universités d’été sont animées par le désir de vouloir donner plus de puissance à notre action en la reliant avec des concepts plus théoriques et de montrer la place centrale qu’occupe la solidarité. On a amené une dimension internationale, ces dernières années, en impliquant nos partenaires étrangers au travers des villages Copains du Monde, avec les enfants des pays partenaires. Ce sont les enfants Copains du Monde, avec qui on travaille toute l’année sur différents concepts, qui choisissent le thème de l’université d’été. Le but est de se poser les mêmes questions, tout en sachant que l’on n’a pas grandi dans les mêmes endroits, que l’on n’a pas forcément la même culture.

    Cette année, le thème de l’université d’été est « Ecol’lectif – Pour que la solidarité devienne une valeur indestructible de l’être ». Pourquoi ce thème ? Pourquoi avoir choisi de mettre l’école au centre ?

    G.S. : C’était une demande des jeunes, car c’est un espace où ils passent énormément de temps et dans lequel ils ne sont parfois pas bien. C’est l’un des premiers espaces de socialisation pour les plus jeunes, un lieu où l’on éprouve le collectif avec des contraintes. Le collectif, c’est important, par rapport à tout ce qu’il se passe aujourd’hui dans le monde : les violences, le harcèlement… Le collectif, c’est quelque chose qui reste et qui existe. Les Copains du Monde sont un moyen de protéger les enfants et les adolescents, en leur donnant des outils.

    Le sujet porte sur les jeunes. Sont-ils les seuls à qui s’adresse l’événement ?

    G.S. : Non, l’université d’été ne s’adresse pas qu’aux jeunes. Elle est ouverte à toutes les personnes qui s’intéressent à ce sujet : les parents, les professeurs, les familles qu’on accompagne toute l’année ou encore les personnes extérieures au Secours populaire qui pourraient être curieuses.

    La matinée du 6 juillet s’articulera autour d’un débat. Comment l’avez-vous conçu et organisé ? Qui seront les intervenants ?

    G.S. : Cette année, on accueille l’île de La Réunion, le Maroc, le Liban et les États-Unis. On travaille avec des associations partenaires locales : un orphelinat au Liban, une association qui travaille pour l’accès à l’éducation des enfants en situation d’exclusion aux États-Unis… Et on va discuter de projets communs. Les jeunes des Copains du Monde ont préparé l’introduction depuis le mois de janvier. Dans des ateliers d’écriture, ils ont rédigé des textes qui ont été mis en scène par un bénévole qui fait du théâtre. Après cela, on lancera le débat sur l’école idéale. On déroulera jusqu’à la question de l’adolescence, de comment on peut accompagner les adolescents pour qu’ils maintiennent leur engagement autour de la solidarité. On veut offrir l’association à la jeunesse, questionner la place qu’on lui donne au sein du Secours populaire.

    Pouvez-vous revenir sur le village Copains du Monde et détailler son programme ?

    G.S. : Le village Copains du Monde se déroulera du 10 au 16 juillet. C’est un projet qu’on met en place aussi depuis 10 ans, au Secours populaire des Bouches-du-Rhône, qui nous permet d’accueillir des enfants et adolescents des pays partenaires. Ça permet aux jeunes de se mélanger avec d’autres cultures, langues et codes, de dépasser ces différences et de pouvoir se dire qu’ensemble, on est capables de créer quelque chose de différent.

    Une collecte financière est également prévue ?

    G.S. : Oui, les jeunes participent aussi à une collecte financière. Le jour du marché du Prado, on aura un stand du Secours populaire avec nos objets promotionnels et de l’artisanat des pays pour financer les actions. Cette collecte fait partie de leur formation en tant que bénévoles, qui sont très importants pour nous et sont appelés « animateurs, collecteurs, bénévoles ». Et tout au long de la semaine, les jeunes découvriront des activités et des jeux proposés par les autres pays. L’idée principale est vraiment le partage. Les enfants sont contents, les retours sont généralement : « On a l’impression d’être en famille même si on ne se connaissait pas au départ. » Quand ils ressortent de là, ils sont d’autant plus engagés. Ce qui est fondamental car le but est aussi de faire de chaque membre du Secours populaire un relais de solidarité actif.