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  • [Entretien] Julie Bonato Dallet : « Le féminisme, c’est la remise en cause d’un système de dominations »

    [Entretien] Julie Bonato Dallet : « Le féminisme, c’est la remise en cause d’un système de dominations »

    La Marseillaise : À peine élue présidente, l’actualité est marquée par des violences faites aux femmes et aux enfants. Comment l’affrontez-vous ?

    Julie Bonato Dallet : Ces violences trahissent un système de domination. Le patriarcat, qui en découle, crée ces violences dont nous parlons un peu plus depuis #MeToo. Il faut aussi noter que le système juridique n’aide pas les enfants et les mères protectrices. Il y a de quoi être en colère quand Emmanuel Macron parlait de grande cause nationale et qu’en réalité la parole est toujours écrasée. J’espère que nous sommes à un point d’étape de la mobilisation. Avec notre coalition locale, composée d’Osez le féminisme ! et de Femmes souveraines, nous allons passer l’été avant de reprendre de plus belle à la rentrée, avec l’appel à la grève du 7 septembre, dans la lignée des manifestations du lundi au tribunal de Tarascon, et pour préparer l’examen de la loi globale promise par la présidente de l’Assemblée nationale.

    Quel est le rôle de Femmes solidaires dans ce combat ?

    J.B.D. : Nous sommes une association populaire qui inclut la lutte des classes dans sa lutte contre les dominations. L’un ne va pas sans l’autre car, en leur absence, nous resterions dans un système de domination. Je me retrouve dans cette association justement pour ce message politique assez fort. Femmes solidaires est née de l’Union des femmes françaises (UFF), créée dans l’après-guerre par des femmes résistantes, dont certaines étaient communistes. Leur leitmotiv était : plus jamais la guerre, plus jamais le fascisme. Nous avons d’ailleurs fêté les 80 ans de l’association l’année dernière. Cela me touche d’être dans la lignée de leurs grands combats.

    Il y a pourtant des femmes d’extrême droite qui se revendiquent féministes. Est-ce un combat commun ?

    J.B.D. : Ce sont des impostures ! Ces mêmes femmes d’extrême droite, dont celles de la mouvance tradwife [mouvement prônant le retour d’un rôle de la femme au foyer, Ndlr.], partagent des messages d’enfermement en mettant de côté tous les autres combats. Ce sont souvent des petites bourgeoises d’un bon niveau social, blanches… La femme de Charlie Kirk en est un exemple, à travers ses discours prônant le fait de s’occuper de son mari et de ses enfants. C’est à contre-courant de nos combats. Il y a une bataille culturelle avec les fémonationalistes. Une maman m’a récemment dit qu’elle s’identifiait à Némésis [collectif d’extrême droite qui se revendique féministe, Ndlr.]. Ces mouvements arrivent à faire croire que leur courant de pensée va dans le sens de nos batailles en mettant systématiquement en avant la nationalité d’un violeur, quand il est racisé, au lieu de dénoncer le patriarcat comme système de domination.

    Comment combattre ces idées ?

    J.B.-D. : La loi intégrale que nous voulons comporte ce versant de prévention scolaire. En tant qu’association, nous pouvons sensibiliser les jeunes à la vie affective, au consentement, aux dangers du masculinisme. Expliquer aussi que le masculin ne l’a pas toujours emporté en français. Ça ne semble pas évident, mais c’est aussi une violence sexiste. Ma fille de 10 ans était scandalisée quand on lui a appris : « Et pourquoi, en fait ? » La féminisation des noms de rues et des métiers permet aussi aux jeunes filles de s’identifier, d’avoir plus d’ambition, de pouvoir se projeter… Lors d’une conférence, une neurophysicienne nous a expliqué qu’à partir d’études sur la perception des couleurs, on détermine que la perception que l’on a du monde influe sur notre capacité à nous projeter. On peut en déduire que la perception d’un métier comme masculin influe sur la légitimité des filles à le faire. Cela fait partie de nos combats.

    Les réactions des hommes sont très diverses face à votre lutte. Quel est votre message à leur égard ?

    J.B.D. : Le féminisme n’exclut pas les hommes, ils peuvent nous soutenir. La société patriarcale impacte les femmes, les hommes, et ils sont aussi parfois victimes de cette société quelque part. Au contraire, on déplore qu’il n’y ait pas plus d’hommes dans nos mobilisations, surtout quand cela concerne aussi les enfants. La déconstruction du patriarcat se fera sur des générations, par l’éducation, la discussion, la sensibilisation. Le combat contre les stéréotypes de genre, qui sont des constructions sociales, est commun.

  • [Entretien] Sophie Binet : « La capitalisation, c’est la triple peine »

    [Entretien] Sophie Binet : « La capitalisation, c’est la triple peine »

    La Marseillaise : L’offre de reprise pour Fibre Excellence portée par Matthieu Pigasse et les salariés est examinée, ce lundi, au tribunal de commerce. Quel est votre état d’esprit ?

    Sophie Binet : On a réussi à trouver un investisseur grâce aux salariés, à la CGT et aux élus locaux, mais pour l’instant l’État n’est pas au rendez-vous. Il fait 2 milliards d’euros de chèque pour STMicroelectronics qui licencie, mais rien pour Fibre Excellence, alors que leurs difficultés sont liées à une désorganisation du marché du bois. Le chauffage à la biomasse s’amplifie, la demande explose, faisant augmenter le prix du bois de 50%. La France devrait mettre en place une directive européenne pour prioriser les usages industriels, chose qu’elle ne fait pas. Le préjudice est évalué par un expert indépendant à 28 millions d’euros par an pour fibre excellence. La réévaluation à minima du prix de revente de l’électricité fait seulement rentrer 8 millions d’euros. Le compte n’y est donc pas du tout, il faut que l’Etat trouve 20 millions supplémentaires pour rééquilibrer l’équation! Sur ce point ce n’est pas Fibre Excellence qui peut répondre, c’est l’État. On a fait une série de propositions techniques au gouvernement, qui fait la sourde oreille et l’autruche. S’il ne répond pas il sera seul responsable de la liquidation et ce serait une honte ! Il faut qu’il se réveille et qu’il réponde à ces exigences.

    Fibre Excellence c’est Saint-Gaudens, Tarascon et Chapelle Darblay. Il faut que le projet de reprise sécurise ces trois sites. On est inquiets pour Tarason, parce qu’on sait que certains au gouvernement, ou ailleurs, parient soit sur la liquidation, soit sur la reprise de seulement Saint-Gaudens. Il n’est pas question de séparer Saint-Gaudens de Tarascon. L’équilibre économique dépend de la complémentarité des deux sites. Pouvoir relancer la papeterie de Chapelle Darblay donne toute la cohérence au projet. Aujourd’hui un quart de nos papiers usagers partent à l’étranger, certains en Allemagne d’autres jusqu’en Asie, pour être recyclés. C’est un non sens environnemental. Avec Chapelle Darblay, on recyclerait le papier jeté en France en France et on sécuriserait une part de marché pour Saint-Gaudens et Tarascon, puisqu’il y a besoin d’une part de papier neuf. On développerait l’économie circulaire, des circuits courts.

    L’optimisme que suscitait au départ le mouvement de décarbonation dans l’ouest des Bouches-du-Rhône laisse place à l’inquiétude : certains projets, comme Carbon, ne verront finalement pas le jour. L’avenir d’industries historiques, comme Arcelor, semble incertain. Comment sauvegarder les emplois existants ?

    S.B. : Il faut investir dans les usines existantes. J’ai échangé avec les camarades d’Arcelor à Fos, qui m’ont dit qu’il y a eu un nouvel accident alors qu’ils relançaient le four dans la nuit de vendredi à samedi. La dernière fois que je les avais vus, au printemps, il y venait juste d’y avoir un accident. À cause de Mittal, qui n’investit plus depuis 20 ans, l’outil industriel est vétuste. C’est dangereux pour les ouvriers et les ouvrières, qui n’arrivent même pas à le relancer. Il y a besoin qu’il y ait des investissements. Ce que prépare Mittal, c’est le départ de la France. Il faut que l’État nationalise Arcelor pour protéger notre sidérurgie. Sinon, à l’image de ce qui se passe à Fos, on va sur la fin des hauts-fourneaux en France.

    La ligne très haute tension entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer cristallise les oppositions. Comment concilier avenir industriel et écologie ?

    S.B. : Il faut mettre sur la table les problèmes concrets et regarder les solutions pour y répondre. On a besoin de cette ligne haute tension pour pouvoir électrifier notre industrie. Après, il ne faut pas la faire au mépris de l’environnement et donc il faut adapter le cahier des charges. Le problème, aujourd’hui, c’est que l’objectif est de la faire au moindre coût et donc au mépris des contraintes environnementales, qui ne peuvent pas être une variable d’ajustement.

    La Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne (CPMM) revendique l’obtention d’aides à la distribution de la presse. Pensez-vous que les pouvoirs publics doivent s’intéresser à cette question ?

    S.B. : Oui, c’est un enjeu démocratique. S’il n’y a pas de système équitable de distribution de la presse, ce sont les milliardaires qui vont distribuer leurs propre presse et la presse des travailleurs et travailleuses, comme La Marseillaise, ne sera plus distribuée. Je suis très fière que la CGT ait été au rendez-vous et ait réussi à créer CPMM pour garder un système mutualisé et solidaire de distribution. On a fait la même chose dans la région du Rhône. Mais malgré les montagnes qu’ont déplacées les camarades, on voit bien que le système n’est pas financé, donc il faut construire un nouveau modèle. On a fait des propositions très concrètes, notamment faciliter la diversification pour que en même temps qu’on distribue la presse, qu’on puisse distribuer des médicaments par exemple. Il faut que le gouvernement réponde là-dessus.

    Vous avez débattu avec Patrick Martin, patron du Medef, lors des Rencontres économiques d’Aix. Qu’en est-il ressorti ?

    S.B. : J’ai débattu avec Patrick Martin, le patron du Medef, autour du thème de l’industrie. Sa première proposition a été de développer la capitalisation et l’épargne retraite, de récupérer nos retraites par répartition pour les financiariser. Ils osent expliquer que la difficulté de l’industrie en France, c’est qu’elle n’est pas assez financée. On sait que c’est un énorme mensonge, qu’il n’y a jamais eu autant d’épargne qu’aujourd’hui en France. La question c’est comment utiliser l’épargne actuelle, notamment celle des milliardaires. L’assurance vie représente des milliards d’euros qui ne sont pas investis dans l’économie réelle. On pourrait commencer par mobiliser ces fonds. La capitalisation, c’est la triple peine pour les travailleurs et les travailleuses : ça coûte plus cher que la répartition, c’est nous qui payons ; on n’a aucune assurance de récupérer notre retraite au bout ; et ces fonds financiarisent nos entreprises et dégradent nos conditions de travail. Ambroise Croizat, premier et dernier ministre du Travail ouvrier, avait l’habitude de dire : « Rien n’est jamais acquis, parlez de conqui » Le patronat n’a jamais supporté la création de la sécurité sociale. Là, il y a une offensive en règle contre notre système par répartition organisée par le patronat et l’extrême droite. Leur point commun et la bataille idéologique centrale c’est d’un côté la solidarité, qui est notre choix, et de l’autre le chacun pour soi. Sur la question de la défense de notre système social, il y a besoin que tous les syndicats soient unis. La capitalisation, c’est le loup qui rentre dans la bergerie. Chaque année 250 milliards d’euros de la sécurité sociale échappent à la finance et financent nos retraites et notre santé. C’est ce que le capital ne supporte pas. Le développement de la retraite par capitalisation ferait un seul gagnant : la finance, les assureurs et les banquiers.

  • [Entretien] Fabien Roussel : « Nous sommes prêts à aller à la présidentielle »

    [Entretien] Fabien Roussel : « Nous sommes prêts à aller à la présidentielle »

    La Marseillaise : Avec ce congrès, le PCF s’engage vers une candidature à la présidentielle de 2027. êtes-vous prêts à vous lancer dans cette campagne ?

    Fabien Roussel : Nous sommes tous très motivés à participer à ce grand débat, à répondre aux urgences sociales, la précarité, la vie chère, mais aussi à défendre la paix et nos libertés face à l’offensive de l’extrême droite. Nous avons beaucoup parlé des propositions pour la France, mais aussi du chemin pour le mettre en œuvre. Nous finissons ce congrès en étant très rassemblés, avec des choix approuvés à près de 75%. C’est important d’avoir une force politique unie et rassemblée pour mener ces débats.

    C’était l’une de vos inquiétudes avant le congrès : le PCF sort-il rassemblé de ces débats ?

    F.R. : Aujourd’hui, oui ! Après trois jours de débats, plus de 100 votes, 5 000 amendements, nous avons vraiment poussé le débat à fond, en s’écoutant tous, en acceptant de changer de point de vue, en essayant de trouver les choix qui nous rassemblent le plus. C’est très important, aujourd’hui, d’avoir une force de gauche qui assume pleinement ses choix et qui est prêt à aller à la rencontre des Français. Comme on le dit, chez nous, c’est carré, et c’est démocratique en plus ! Pour affronter cette élection présidentielle, ces élections législatives, ce ne sont pas des choix simples à faire, mais nous avons pris notre décision et nous sommes prêts à aller à ces échéances.

    Il a beaucoup été question de la menace de l’extrême droite dans les débats de ce congrès. Comment faire face à cette menace ?

    F.R. : Participer à cette échéance, c’est montrer qu’il y a des propositions, des moyens de sortir de la pauvreté, des bas salaires, des retraites de misère. Nous allons les porter, c’est pour nous le meilleur moyen de faire reculer l’extrême droite. Le RN a toujours été du côté du capital, des grandes fortunes. Jordan Bardella et Marine Le Pen le montrent régulièrement. Notre présence dans cette campagne, pour porter la voix du monde du travail, des salariés, est importante pour faire reculer l’extrême droite.

    Le contexte est très différent de 2022. La bollorisation des médias risque de peser sur la campagne… Comment faire entendre cette voix ?

    F.R. : Nous allons nous déployer dans toute la France, nous sommes la force politique qui a le plus d’adhérents, implantée sur tout le territoire, autant dans les grandes villes que dans les villages, la deuxième force à gauche en nombre d’élus. Nous avons la capacité de nous déployer dans tout le pays pour nous donner la possibilité de faire le meilleur résultat. Le premier parti de France, aujourd’hui, c’est le parti des abstentionnistes. C’est à eux que nous voulons nous adresser pour faire reculer l’abstention, mais aussi regagner les voix qui manquent à la gauche, pour qu’elle soit plus forte et puisse l’emporter.

    À gauche, il y a une pression très forte en faveur du vote utile. Risque-t-elle de déterminer l’élection ?

    F.R. : Je rejette autant le vote utile que le vote barrage au second tour. Il y en a marre de ne pas pouvoir voter pour ses idées ! Nous devons être en capacité, au premier comme au second tour, de voter pour nos idées. Au moins pour le premier tour, votons pour le candidat dont on se sent le plus proche ! J’invite les Français à découvrir notre programme et à voter pour la candidature que je vais porter.

    Parmi ces idées, le socialisme fait son retour dans les orientations du PCF pour la première fois depuis 1996. Pourquoi ?

    F.R. : Nous vivons aujourd’hui dans un monde capitaliste qui est porté à outrance par de grandes fortunes, des oligarques, qui se sont accaparé des grandes entreprises, nos moyens de production et donc des richesses. Ils nous imposent des bas salaires. Ils captent l’essentiel des aides publiques et ne les redistribuent pas. Il y a besoin de se réapproprier nos moyens de production, de décider comment nous voulons produire, ce que nous voulons produire. Sur la distribution de ces richesses, c’est un aspect important de ce socialisme que nous défendons pour le XXIe siècle. Et l’autre aspect, c’est la paix, parce que le capitalisme, c’est aussi celui qui est représenté par Donald Trump, celui qui mène des guerres pour s’approprier notamment les ressources pétrolières. Cet impérialisme, nous le combattons.

    Sur l’international justement, certains ont reproché au PCF de ne pas être assez audible sur la défense de la Palestine…

    F.R. : Tout ce que nous avons dit lors de notre congrès tord le cou à ceux qui peuvent penser ça ! Nous luttons au côté du peuple palestinien : soixante ans de combat sans jamais dévier d’une ligne que nous avons toujours défendue, la paix, l’indépendance pour le peuple de Palestine et la création de deux états vivant côte à côte. Il n’y a aucune autre force politique à gauche qui a ni cette antériorité, ni cette ligne politique qui n’a jamais dévié. Et pendant cette campagne, j’entends être le candidat qui portera cette voix-là, qui est différente d’autres voix à gauche.

    Ces différentes voix à gauche, avec toutes leurs nuances, comment les rassembler pour les législatives ?

    F.R. : Par la discussion et le dialogue ! J’appelle à ce que nous poursuivions les échanges que nous avons entre nous pour que nous ne menions pas une campagne présidentielle où on se tape dessus et qu’au contraire, on réserve nos coups et nos arguments contre la droite. Passons au contraire notre temps à discuter pour préparer les élections législatives, qui seront des élections majeures, et que l’on se fixe comme objectif que la gauche l’emporte.

    Il y a quelques années, vous disiez : « PCF is back ». Quel bilan en tirez-vous ?

    F.R. : La mission est remplie ! Maintenant, le Parti communiste français, ce n’est pas seulement qu’il est revenu : c’est l’avenir ! C’est l’avenir pour que la gauche soit forte, pour que la gauche retrouve une colonne vertébrale et pour que les idées que nous portons s’imposent dans le paysage politique et deviennent incontournables.

  • [Quoi de neuf] Guy Bersinger : « La première marche d’accès à la Justice »

    [Quoi de neuf] Guy Bersinger : « La première marche d’accès à la Justice »

    Rémy Cougnenc : La conciliation est-elle comparable à la médiation ?

    Guy Bersinger : Les fonctions de médiateur et de conciliateur sont voisines mais différentes dans leur mode de fonctionnement. Les médiateurs sont des professions libérales qui facturent leurs prestations. Les conciliateurs de justice sont des bénévoles. Pour le devenir, il faut faire acte de candidature auprès du premier président de la Cour d’appel ou du tribunal. On est reçu, on suit un stage pour prendre connaissance de la fonction et de ses contraintes, on est formé par des formateurs de l’École nationale de la magistrature. Quand la référente madame Béatrice Bourgal (de l’association des conciliateurs de justice), estime que le candidat est prêt, on rencontre la présidente puis on prête serment. On peut alors commencer à concilier.

    Rémy Cougnenc : En quoi consiste la mission d’un conciliateur ?

    Guy Bersinger : Le conciliateur doit rester neutre et impartial. Nous avons un code de déontologie à respecter. On ne peut pas intervenir dans un litige quand on connaît l’une des parties. On doit respecter la confidentialité des échanges. Ce qui est dit reste dans le bureau. La solution à laquelle le conciliateur amène les deux parties, si jamais l’une refuse jusqu’au dernier moment c’est son droit. Quand les deux parties trouvent une solution d’entente, le conciliateur peut rédiger un constat d’accord de conciliation, le faire signer par les deux parties et le présenter à un juge. Il a alors force exécutoire. Si l’une des deux parties ne respecte pas sa part de l’accord, c’est le juge qui reprend l’affaire et qui tranche.

    Olivier Nottale : Concilier signifie donc faire des compromis, même quand on est persuadé d’avoir raison ?

    Guy Bersinger : Si l’un a parfaitement raison et l’autre tort, il n’y a pas de conciliation possible et ils vont en Justice. L’idée c’est que les conciliateurs ont l’obligation de traiter un dossier dans les trois mois après transmission. C’est beaucoup plus rapide que les délais de la Justice malheureusement engorgée. Si chacun ne fait pas un pas vers l’autre, la partie qui s’estime lésée va devoir monter un dossier, payer des frais de dossier, d’avocat… La conciliation est plus rapide, plus souple. On ne gagne peut-être pas tout ce que l’on veut mais on s’évite de gros tracas et une décision du juge.

    Rémy Cougnenc : Pour l’État n’est-ce pas un moyen déguisé de désengorger les tribunaux sans recruter les personnels nécessaires ?

    Guy Bersinger : Ce peut être une conséquence mais ce n’est pas la volonté à l’origine. Dans les textes, les conciliateurs sont la première marche d’accès à la Justice. On est à l’écoute, il y a un côté convivial, non contraignant. Il faut plutôt le voir comme un moyen de recréer du lien avec son voisin qui n’a pas coupé les branches de son arbre qui dépassent chez vous.

    Rémy Cougnenc : Quelles sont les affaires qui peuvent entrer dans le cadre de la conciliation ?

    Guy Bersinger : Le conciliateur n’intervient que dans le cadre du droit civil, pas dans le domaine du droit pénal ni de la famille ni le droit du travail. On intervient dans les litiges entre deux personnes comme deux voisins, les relations entre bailleurs et locataires pour des non-restitutions de dépôt de garantie, de réparations, de charges… On est aussi dans une ville où il y a l’encadrement des loyers avec 80 000 étudiants à Montpellier et une pression sur le marché de la location. Certains bailleurs manquent un peu de vigilance. Il y a aussi les litiges de la consommation. Un particulier fait venir un professionnel et estime que la réalisation ne correspond pas au devis. On intervient aussi entre deux professionnels. Ce genre de litige représente 30% de nos affaires tout comme les litiges entre bailleurs et locataires, les affaires de voisinage 12%…

    Olivier Nottale : Y a-t-il un seuil financier au-delà duquel vous ne pouvez pas intervenir ?

    Guy Bersinger : Il n’y a pas de limite. Quelqu’un qui a une belle villa nous a saisis parce que son ancien voisin a vendu sa villa qui a été détruite et remplacée par un immeuble de trois étages dans les règles de l’urbanisme. Simplement le propriétaire estime que cet immeuble lui crée de l’ombre et que depuis le 3e étage on peut voir sa piscine. Le montant du litige s’élevait à plusieurs dizaines de milliers d’euros. En revanche, la conciliation est obligatoire dans les domaines qu’on a évoqués pour des affaires aux montants inférieurs à 5 000 euros. Le juge impose d’abord de passer par une conciliation.

    Rémy Cougnenc : Combien d’affaires traitez-vous chaque année ?

    Guy Bersinger : Cela varie beaucoup d’un conciliateur à l’autre. Il n’y a pas de minimum, rien ne nous est imposé. Des collègues traitent jusqu’à 150 dossiers par an, personnellement j’en suis à un peu plus de 100. Dans le ressort de la Cour d’appel de Montpellier (Hérault, Aude, P-O et Lozère), nous avons 123 conciliateurs dont 46 dans l’Hérault et 28 à Montpellier. Ces derniers ont traité 2 698 dossiers en 2025. 1 107 sont arrivés à un accord de conciliation (41%). On a eu 700 carences quand l’une des parties invitées ne s’est pas présentée.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Marco Foyot : « J’ai tissé une véritable histoire d’amour avec La Marseillaise »

    Marco Foyot : « J’ai tissé une véritable histoire d’amour avec La Marseillaise »

    La Marseillaise : Avec six victoires, vous êtes toujours à une longueur d’Albert Pisapia. Croyez-vous toujours à une septième étoile ?

    Marco Foyot : J’ai déjà raté le coche en 2020, avec Rocher et Robineau, face à la belle équipe de Puccinelli, Renaud et Montoro. Sur celle-là, on avait vraiment une opportunité. C’était ma septième finale, et je ne vais pas me plaindre : j’en ai joué beaucoup. J’ai disputé 15 finales de championnat de France, pour 7 victoires et 8 défaites. J’ai aussi atteint plusieurs demi-finales et quarts de finale, ce qui montre une certaine régularité au plus haut niveau. Au total, je suis entré environ 17 fois dans le dernier carré. Il y avait sans doute de quoi aller chercher une étoile de plus. Cette saison, je repars avec Sissou Cantarell, que je considère comme un petit frère, et Jérémy Fernandez, un joueur que j’apprécie énormément. À moi de faire le travail. Physiquement, j’ai eu quelques soucis, notamment au dos et aux genoux, ce qui rend certaines positions plus compliquées, surtout pour se baisser. Mais la motivation est toujours là. Je continue à marcher, à m’entretenir, même si avec l’âge, tout devient un peu plus exigeant : les boules paraissent plus basses et plus lourdes aussi, forcément, avec le temps.

    Vous faites profiter votre grande expérience aux jeunes de la Boule Aixoise. Quel est le secret pour être un bon coach ?

    M.F. : Mon savoir, je le transmets surtout dans les moments difficiles. Quand ça se passe mal, j’essaie d’expliquer pourquoi, et d’apprendre à jouer aussi dans la perte. Quand tu gagnes 13-0 ou 13-2, c’est facile, il n’y a pas grand-chose à dire. Mais c’est dans les situations compliquées qu’il faut comprendre le « pourquoi du comment ». Cela me renvoie souvent à des flash-back avec mon père, dans les années 1966. J’avais 13 ou 14 ans, je jouais avec mes copains à Meaux, en Seine-et-Marne, au sein du club du Cochonnet Meldois, dont mon père était président, dans le quartier du Parc Frot. C’était un environnement très populaire, avec beaucoup de jeunes, notamment des enfants de familles pieds-noirs. Nous étions parfois 40 ou 50 gamins. C’est mon père qui m’a tout appris, avec exigence et rigueur. Il était dur, mais formateur. Et aujourd’hui, si je peux transmettre à mon tour, à tous les niveaux, c’est aussi pour ça que je fais des stages. J’aime enseigner la pétanque, prendre le temps d’expliquer. Lors de mon dernier stage, par exemple, il y avait 35 personnes dont 9 femmes, et j’accorde une attention particulière à chacun. On ne s’adresse pas à une femme comme à un homme, ni à un adulte comme à un enfant : il faut adapter sa pédagogie. C’est aussi ce qui me plaît. Avec le temps, le regard des autres a aussi évolué. On m’a longtemps mal perçu, peut-être 75% de personnes qui ne m’aimaient pas ou que je dérangeais. Puis c’est devenu plus équilibré, et aujourd’hui, je pense que 90% des gens sont en accord avec moi. Les 10% restants sont souvent des jalousies ou des critiques sans importance. De mon côté, je m’en détache. L’essentiel, c’est de transmettre, d’être en phase avec les personnes que j’apprécie et de continuer à enseigner la pétanque avec la même passion, mais avec davantage de recul et de sérénité.

    Après cinquante ans de carrière, parvenez-vous à continuer à avancer dans le présent et à ne pas rester prisonnier du passé ?

    M.F. : J’ai eu la chance, au fil de ma carrière, de jouer dans quasiment tous les carrés d’honneur des grands rendez-vous. Je n’ai pas connu les toutes premières éditions au stade Vélodrome – à l’époque j’étais encore trop jeune – mais j’ai participé à de nombreuses finales marquantes. J’ai notamment joué à l’Huveaune, au Mucem, sur la barge face à l’hôtel de ville, ou encore au stade du parc Borély. Avant cela, en 1974, ma première grande victoire se fait au Skating, dans une ambiance très particulière, avec les carrés d’honneur installés au Blockhaus. J’ai aussi connu le Prado et d’autres grands lieux emblématiques. J’ai également joué avec Passo et Jojo (Farré), avec une demi-finale à la clé. Toutes ces expériences m’ont permis de traverser différentes époques de la pétanque et de ses grands événements. Aujourd’hui encore, je mesure le chemin parcouru, notamment avec ce qui a été mis en place ces dernières années, grâce à des personnes comme Pierre Guille, et surtout Michel Montana, qui a compté énormément pour moi. C’est quelqu’un qui fait partie de mon histoire. À chaque fois que j’entends son nom, il y a de l’émotion. J’ai tissé une véritable histoire d’amour avec La Marseillaise.

    Le sport a tant changé pour vous ?

    M.F. : La pétanque de haut niveau a beaucoup évolué. Par exemple, en tant que consultant pour TV Monaco sur les Masters, j’ai pu voir de très belles parties, notamment Quintais, Lacroix, Suchaud contre Rocher, Rizzi et Puccinelli. Le niveau reste très élevé. Mais ce qui me manque aujourd’hui, c’est l’ambiance d’autrefois : les grands carrés d’honneur, la Marseillaise, les spectateurs installés avec leurs fauteuils, à écouter les joueurs. Pour moi, la pétanque, c’était presque du théâtre : une triplette, des spectateurs autour, une véritable pièce vivante. Aujourd’hui, cette dimension est beaucoup plus encadrée, voire supprimée. Avec Fazzino, on plaisante souvent en disant qu’on est devenus les « rock’n’roll men » en écopant de cartons de toutes les couleurs… jaunes, bleus, rouges, on ne peut presque plus jouer. Même le temps de jeu a changé : une minute par coup, parfois vingt secondes seulement. Quand je dis aux arbitres que, pour les anciens, il faudrait un peu plus de temps, ils en rient… mais pas toujours. Moi, j’ai de l’humour, j’aime bien mettre un peu les arbitres en scène, mais ce n’est plus vraiment possible aujourd’hui. L’arbitre te dit « 20 secondes », et tu pars avec ça même en rentrant chez toi. J’ai connu une époque où les arbitres avaient un mètre, aujourd’hui, ils ont des chronomètres. C’est un autre monde.

    La pétanque est devenue un sport plus strict, au niveau de son règlement notamment…

    M.F. : Pour moi, on n’est pas sur la bonne voie. Les meilleurs arbitres que j’ai connus, comme Jean-Luc Fuentes ou Roland Armand, avaient une vraie intelligence du jeu. Ils te prévenaient, ils expliquaient les choses. Un bon arbitre doit être transparent dans une partie. S’il voit que tu traînes, que tu n’es pas dans le rond ou que tu fais une erreur, il intervient au début, il pose le cadre, il explique : « voilà la situation, voilà les règles, attention à ça ». Ça, ce sont de bons arbitres. À l’inverse, l’arbitre qui reste les bras croisés derrière toi, à surveiller le moindre geste, les millimètres de pied ou le moindre détail, ça ne correspond pas à l’esprit de la pétanque. À mon sens, la pétanque doit rester entre les mains des joueurs. La fédération a évidemment son rôle, puisqu’elle représente tous les licenciés. Mais on constate une baisse des licences. La pétanque loisir reste très vivante le week-end, les gens continuent à s’amuser, mais ils sont de moins en moins nombreux à prendre une licence.

    Comment faire, selon vous, pour inciter les jeunes à se mettre à la pétanque ?

    M.F. : Avec mes idées, qui viennent aussi de ce que m’a transmis mon père, je reste convaincu d’une chose : il faut aller chercher les jeunes là où ils sont. À une époque, il y a cinquante ou soixante ans, on allait naturellement vers eux, dans les quartiers, dans la vie de tous les jours. Aujourd’hui, la société est plus compliquée, il y a des tensions, des dérives et il faut proposer autre chose. La pétanque peut jouer ce rôle : offrir une alternative, un cadre, une activité simple avec trois boules, mais qui peut apporter du plaisir, de la fierté et parfois même un petit revenu honnête. L’idée, c’est d’ouvrir la pétanque aux jeunes, de leur donner une activité, une passion, plutôt que de les laisser basculer dans d’autres logiques. Aller vers eux, leur expliquer, les impliquer. C’est, pour moi, un vrai rôle social que notre discipline peut encore jouer.

  • [Entretien] Luc Cervellin, Shift Project : « On vit l’été le plus frais du reste de notre vie »

    [Entretien] Luc Cervellin, Shift Project : « On vit l’été le plus frais du reste de notre vie »

    La Marseillaise : En quoi cette vague de chaleur révèle-t-elle l’impréparation des gouvernements successifs alors que nous avions déjà connu une canicule dévastatrice en 2003 ?

    Luc Cervellin : On constate que le rythme de l’adaptation ne suit clairement pas le rythme de l’accélération du dérèglement climatique. Les deux tiers des vagues de chaleur qu’on a connues depuis 1947 se sont déroulées après les années 2000. Si on suit les prévisions des scientifiques, qui ont été assez fiables jusqu’ici, leur nombre va être multiplié par cinq d’ici 2050. On vit donc l’été le plus frais du reste de notre vie. Ensuite, on remarque qu’en comparaison à 2003, on a structuré la réponse d’urgence, donc la vigilance, les points d’eau, les EHPAD climatisés, etc. Mais les causes structurelles, comme le bâtiment ou l’organisation du fonctionnement de la société, ne sont pas traitées. La climatologue Valérie Masson-Delmotte explique que notre société a été conçue pour un climat qui n’existe plus.

    La semaine dernière, le président de la République Emmanuel Macron a fait une sortie pour expliquer qu’on ne pouvait pas s’adapter à un pic aussi inédit. Pour nous, Shifters, c’est incompréhensible du point de vue même du principe de l’adaptation, parce que l’adaptation consiste justement à se préparer à des scénarios qui ont de fortes chances de se produire et on sait que des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et de plus en plus importantes ont de plus en plus de chances de se produire.

    Pourquoi faut-il toujours lancer des mesures d’atténuation du réchauffement climatique ?

    L.C. : Il faut bien comprendre que réduire les émissions reste la seule façon de limiter l’ampleur du problème. Et chaque dixième de degré compte. Pour moi, pour mes enfants et pour tout le monde, il vaut mieux vivre dans un monde à plus de 2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle qu’un monde à plus de 4 ou 5 degrés, qui est la tendance actuelle. L’atténuation et l’adaptation fonctionnent ensemble parce qu’on aura beaucoup plus de mal à s’adapter à un monde à plus 4 ou 5 degrés. Et au Shift Project, on réaffirme qu’une trajectoire de neutralité carbone reste possible d’ici 2050 si on la planifie dès maintenant dans tous les secteurs.

    Le débat a beaucoup tourné autour de la climatisation ces derniers jours, quelle est la position du Shift Project sur le sujet ?

    L.C. : La climatisation est une toute petite partie de la réponse parce que beaucoup d’infrastructures, comme les rails, les ponts, les chantiers, les forêts ou les champs de blé par exemple ne se climatisent pas. Évidemment, généraliser la climatisation créerait un effet rebond c’est-à-dire que ça aggrave la cause du problème qu’elle prétend résoudre. Pour nous la bonne question c’est « comment le bâtiment est-il capable d’évacuer la chaleur qu’il accueille ? » Pour cela, il faut prioriser les solutions passives qui sont très efficaces, comme la ventilation nocturne, les protections solaires ou la végétalisation. La climatisation est vraiment le dernier maillon de cette réflexion. Dans certains cas particuliers, climatiser reste nécessaire dans les lieux publics, les EHPAD, les hôpitaux ou les écoles, et avec sobriété. Mais présenter la généralisation de la clim dans les logements individuels comme la solution d’adaptation à la canicule revient à repousser et accentuer le problème, parce que cela entraînera une hausse de la consommation électrique, un réchauffement de l’air extérieur des villes et des impacts sur la facture d’électricité des ménages.

    Quelles sont les autres propositions du Shift Project pour s’adapter à ces températures ?

    L.C. : Pour nous, il faut avant tout planifier plutôt que réagir. L’anticipation via des diagnostics de vulnérabilité est beaucoup plus efficace à long terme que de gérer chaque épisode dans l’urgence. Dans cette planification, il y a la nécessité de rénover massivement le bâti en intégrant le confort d’été comme une priorité avec des protections solaires, des brasseurs d’air, la végétalisation. Donc pas seulement l’isolation hivernale comme on le fait en ce moment. Il y a aussi des transformations de l’emploi à gérer, parce que certains métiers vont disparaître, d’autres vont émerger et ça appelle des discussions par branche, par territoire, pour s’adapter.

    L’Espagne a mis en place un congé climatique pour ces travailleurs, est-ce une bonne idée ?

    L.C. : C’est un signal politique utile, parce qu’il reconnaît que travailler dehors par 40 degrés n’est pas faisable. Mais ce n’est pas une solution structurelle. Cela traite la conséquence plutôt que la cause. Au Shift, on met vraiment l’accent sur l’adaptation organisationnelle en amont. Pour nous, il faut travailler sur les horaires décalés, le télétravail quand c’est possible et la réduction de l’activité physique aux heures les plus chaudes. Toute mesure politique doit cibler en priorité ces métiers qui ne peuvent pas télétravailler comme l’agriculture ou les métiers du soin par exemple, sous peine de voir se créer une nouvelle inégalité entre les emplois protégés et non protégés, comme on a pu le voir pendant le Covid. Aujourd’hui la loi qui impose des dispositions de rafraîchissement pour les travailleurs est appliquée de manière plus ou moins juste, plus ou moins forte suivant les entreprises, suivant les endroits, mais elle garantit pourtant aux salariés des conditions d’hydratation, d’accès à l’eau et éventuellement des douches.

    En quoi ces vagues de chaleur touchent-elles en priorité les plus précaires ?

    L.C. : Le logement est vraiment le premier facteur d’inégalité. Près de 48% des logements ont un confort d’été insuffisant. Ceux qui sont les plus vulnérables, ce sont les quartiers populaires, parce que les logements sont plus petits, suroccupés, mal isolés, avec peu d’îlots de fraîcheur à proximité, peu de parcs, etc. Pour eux, il y a le double effet ciseaux, c’est-à-dire que ceux qui souffrent de la chaleur ont aussi le moins de moyens pour s’en protéger. Quand vous vivez dans des barres d’immeubles, vous n’avez pas forcément les moyens de faire installer la clim quand ça devient vraiment insupportable. Et ce sont aussi souvent les personnes qui ont les emplois les plus exposés. C’est pourquoi nous pensons que les moyens doivent être ciblés en priorité sur les publics et les lieux les plus vulnérables plutôt que dispersés dans une généralisation de la clim individuelle.

  • [Entretien] Jean-Marie Battini, NPA : « Jean-Luc Mélenchon est un réformiste radical »

    [Entretien] Jean-Marie Battini, NPA : « Jean-Luc Mélenchon est un réformiste radical »

    La Marseillaise : La conférence nationale du NPA a décidé samedi de ne pas présenter de candidat à la présidentielle et de soutenir Jean-Luc Mélenchon. Comment accueillez-vous cette décision ?

    Jean-Marie Battini : Relativement mal. Je ne suis pas du tout d’accord avec cela, nous avons été 20% dans le parti et 50% dans les Bouches-du-Rhône à voter pour une plateforme demandant que le NPA ait une candidature. Nous ne pouvons pas nous rallier à quelqu’un avec qui on sait très bien qu’on ne sera pas d’accord sur certains points. On peut nous dire qu’il faut défendre les candidatures antilibérales, mais je ne me considère pas comment antilibéral, je suis simplement anticapitaliste ! Nous avons un discours à tenir, des propositions à faire que ne fera pas Jean-Luc Mélenchon.

    À quoi aurait servi une candidature ?

    J.-M.B. : Malheureusement, dans le cadre des institutions de la Ve République, on sait que l’élection présidentielle est l’échéance centrale, celle qui mobilise le plus le débat politique. Nous avons réussi à nous faire entendre ces dernières années parce qu’on a présenté Olivier Besancenot puis Philippe Poutou. On ne va pas nous entendre si on est un soutien à Jean-Luc Mélenchon ! Je peux comprendre qu’il y a un risque d’extrême droite. Pourquoi pas une candidature unitaire, mais qui nous dit que celle de Mélenchon serait la meilleure ? On aurait aussi très bien pu présenter une candidature, aller à la recherche des parrainages, et si les sondages montrent que le RN risque d’être élu, se retirer. Mais là, pour moi, c’est une erreur, nous n’aurons aucun poids dans cette campagne. C’est une capitulation en rase campagne.

    Vous en tirez quelles conclusions ?

    J.-M.B. : Pour l’instant je me mets en retrait. Je ne ferai pas cette campagne. Je continuerai à défendre les idées du NPA mais je sais très bien qu’au niveau des grands médias on n’intéressera plus personne. Et je ne vois pas pourquoi on soutiendrait plus Jean-Luc Mélenchon que les autres candidats de la vraie gauche, les organisations que l’on rencontre dans les luttes : j’y vois la France insoumise, mais aussi le PCF, Lutte ouvrière. Le PS n’y est pas. Pourquoi spécialement Jean-Luc Mélenchon ? Pour moi ce n’est pas suffisant. C’est un réformiste radical, mais ce qu’il faut c’est un discours plus révolutionnaire et nettement anticapitaliste. Je reste dans mon parti, je verrai bien à l’issue de l’élection. Il y aura un congrès, on en tirera le bilan. Mais pour le moment je ne me sens pas légitime pour être porte-parole du parti.

  • [Entretien] Igor Zamichiei, PCF : « L’élection présidentielle est un moment de lutte de classe »

    [Entretien] Igor Zamichiei, PCF : « L’élection présidentielle est un moment de lutte de classe »

    La Marseillaise : Le 40e congrès du PCF s’ouvre ce vendredi à Lille. Avec quel état d’esprit l’abordez-vousj’ai relu et prolexisé, tu peux le prendre ?

    Igor Zamichiei : C’est un congrès très important :  dans la nouvelle étape de la crise du capitalisme, il ambitionne de redonner une perspective au pays et à la gauche. C’est le sens du texte que nous avons adopté, « Un communisme de conquête », qui vise à ouvrir un chemin politique pour la conquête de nouveaux pouvoirs par le monde du travail.

    Parmi les concepts clés au cœur
    du débat, il y a l’idée de défendre
    un socialisme aux couleurs de
    la France. Pourquoi cette idée fait-elle son retour
     ?

    I.Z. : On assume de reparler du socialisme, non comme une formule nostalgique, mais vraiment comme un processus de transformation sociale pour l’émancipation humaine, en prise avec les réalités du XXIe siècle. Le socialisme que l’on porte dans ce texte, c’est le pouvoir des travailleurs et des travailleuses sur l’économie, sur le travail, sur l’argent et sur l’avenir du pays, pour la réponse aux besoins, à l’écologie, à la nécessité de la paix. Pour cela, nous mettons en avant plusieurs piliers : la planification démocratique, l’appropriation sociale et publique des moyens de production, l’émancipation culturelle.

    Les militants ont fait le choix de la base commune qui défend la légitimité d’une candidature communiste. Pourquoi choisir ce chemin ?

    I.Z. : Nous abordons 2027 avec beaucoup de gravité. Pour battre l’extrême droite, renforcer la gauche et gagner des avancées pour la classe travailleuse. Ces élections, présidentielle et législatives, ne sont pas une parenthèse institutionnelle, c’est un moment de lutte de classe. C’est une des raisons de la candidature communiste. Nous voulons mettre à disposition du pays une candidature qui met au centre du débat les salaires, l’emploi, une nouvelle politique industrielle, sociale et écologique, la paix. Et une candidature qui serve aussi à préparer les législatives parce que l’enjeu c’est aussi de faire élire le plus grand nombre possible de députés de gauche, et parmi eux de députés communistes, qui seront utiles pour le monde du travail.

    Certains s’inquiètent d’une division de la gauche face à l’extrême droite…

    I. Z. : Notre réponse à l’extrême droite, c’est de reconstruire l’unité du monde du travail. Il faut unir celles et ceux que l’on cherche à diviser, sinon nous ne renforcerons pas la gauche qui aujourd’hui plafonne à 30% des intentions de vote. C’est tout le sens de la candidature communiste, on fera reculer l’extrême droite en répondant à la colère qui s’exprime dans le pays.

    Fabien Roussel avait dénoncé les ingérences de la France insoumise dans le débat des communistes.
    Le message a été entendu
     ?

    I.Z. : Notre boussole est simple : rassemblement, oui, effacement, non. Et le rassemblement doit toujours partir du réel, pas de discussions de sommet. Malheureusement, on constate que LFI a joué la division aux municipales et ne conçoit le rassemblement pour la présidentielle que derrière Jean-Luc Mélenchon. Nous continuerons à tendre la main à toutes et tous pour combattre l’extrême droite et pour gagner des avancées.

  • [Entretien] Frédéric Vigouroux : « Je souhaite qu’un grand débat sur la mobilité ait lieu »

    [Entretien] Frédéric Vigouroux : « Je souhaite qu’un grand débat sur la mobilité ait lieu »

    La Marseillaise : La liaison routière Fos-Salon, passant par Miramas, est en concertation jusqu’au 15 juillet. Comment voyez-vous ce projet routier chiffré à 566 millions d’euros en tant que maire d’une cité cheminote ?

    Frédéric Vigouroux : Je n’oppose pas les modes de transport. Bien sûr, j’ai une sensibilité particulière pour le train puisque le nœud ferroviaire de Miramas est à l’origine de cette Ville. Le maître d’ouvrage de cette liaison, l’État, a rappelé, pour le financement, qu’il y aurait bientôt des négociations sur les concessions autoroutières. Il y a plusieurs options, comme la nationalisation ou le maintien en concession. Dans la discussion, il est envisagé qu’une partie des revenus des concessions alimente les réparations des réseaux ferroviaires. On peut difficilement dire « Vade Retro », car non seulement on peut faire porter sur le privé des investissements que l’État ne peut plus faire, mais en plus générer des recettes pour le rail.

    Le 22 juin dernier, en réunion publique, un péage a été annoncé. Comment l’accueillez-vous ?

    F.V. : Le péage sera négocié pour l’ensemble de la concession. Nous avons deux choix : soit on attend les financements publics, sans savoir quand ils tomberont, avec 60 ans de retard, ou alors on entre dans le jeu de la concession. Ça ne me dérange pas de faire payer les camions, quitte à reporter sur le train, mais ça m’ennuie pour les populations. À Istres et Miramas, nous n’avons plus de routes capables d’accueillir les gens qui ne voudront pas payer l’autoroute, car nous les avons réduites au profit d’espaces naturels. C’est pour cela que nous exigeons la gratuité entre nos villes. Mais aussi que les camions ne puissent plus passer par Grans depuis Salon, il faut les obliger à passer par l’autoroute.

    Pendant ce temps, le triage perd en activité. Comment éviter le drame social que représenterait son abandon ?

    F.V. : Déjà, par le doublement de la ligne électrique jusqu’au port. Ce n’est pas encore dans les tuyaux, mais on y travaille. Ensuite, il faut convaincre les industriels de remettre de la caisse et du vrac sur le train, outil industriel de déplacement. Le camion est plus simple, car il n’a pas besoin des mêmes infrastructures que le train. Mais le camion ne paye pas les siennes ! La concurrence est faussée depuis le départ, alors que le train offre un outil incomparable en matière de développement durable et de sécurité. De notre côté, avec des élus à la RTM, nous travaillons à refaire des trains au dernier kilomètre pour favoriser le report modal sur Marseille ou Gardanne, notamment pour le bois de la centrale. C’est un débat permanent et je pense qu’il faudra refaire un colloque. Il y a eu un tel démantèlement, avec séparation des métiers, arrêt des lignes secondaires, au moment où l’on relance des dynamiques industrielles et de décarbonation des transports. Et s’il passe des trains de marchandises, on peut imaginer des trains de passagers sur chaque voie, comme Rognac-Aix-Toulon. La situation générale ne permet pas d’affirmer quoi que ce soit. En revanche, il faut une concertation associative, des usagers, défenseurs de l’environnement, industriels et élus. Je travaille pour que le grand débat sur la mobilité ait lieu.

  • [Entretien] Cécile Helle : « Je suis surprise, l’attaque du maire est extrêmement violente »

    [Entretien] Cécile Helle : « Je suis surprise, l’attaque du maire est extrêmement violente »

    Sollicitée par La Marseillaise, l’ancienne première magistrate a accepté de sortir de la « réserve » qu’elle s’impose depuis qu’elle n’est plus en responsabilité. Et ce, afin de rétablir sa vérité financière après les lourdes accusations sur sa gestion portées par son successeur Olivier Galzi (DVD).

    La Marseillaise : Quelle a été votre réaction quand vous avez entendu Olivier Galzi dire que « la Ville est un champ de ruines » ?

    Cécile Helle : J’ai mûrement réfléchi avant de sortir de mon silence. Je comprends qu’il y ait une théâtralisation dans la mise en scène, mais outrancière. Il faut savoir raison garder et ramener sur la réalité des chiffres. En 2014, on avait fait un audit, mais on n’avait pas cherché à l’exploiter politiquement. La différence aussi par rapport à nous quand on est arrivé, c’est que là, il y a un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) qui est tombé quasiment au même moment que l’audit. C’est cela qui prévaut, avec des magistrats indépendants qui ont analysé la situation financière de la ville de 2019 à 2024. On peut leur faire confiance. Ils ont aussi posé un certain nombre de questions sur le budget de 2025, même s’ils n’en ont pas formellement rendu compte dans leur analyse.

    Vous vous inscrivez en faux avec les données avancées par Olivier Galzi ?

    C.H. : Je suis surprise de cette analyse. Les villes ont l’habitude d’être accompagnées par des cabinets qui font régulièrement des prospectifs financiers avec des scénarios alarmistes. Chacun des budgets qu’on a eu à construire, ça a été des combats. Quand on a des convictions, comme nous, pour porter un haut niveau de service public, pour être sur des politiques de solidarité et de soutien au pouvoir d’achat des familles, tout en préparant la ville aussi à la transition climatique, à travers un haut niveau d’investissement, il faut y aller, ne pas avoir peur de l’adversité et surtout ne pas refuser l’obstacle. Quand j’ai rencontré Olivier Galzi lors de la passation de pouvoir, c’est un point sur lequel je l’avais alerté en le prévenant qu’il fallait vraiment être en première ligne pour piloter et suivre le budget. Quant aux chiffres avancés, il y a non seulement le rapport de la CRC, mais aussi le compte administratif 2025. On sort avec une épargne brute qui est à 21,5 millions d’euros et un excédent de 18 millions d’euros. En 2025, on a réussi notre plus haut niveau de désendettement à 2,4 millions d’euros, ce qui était une des exigences de la CRC. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de points d’alerte, mais est-ce ça la faillite ?

    Le maire dit qu’il y a eu 5 millions d’euros de glissement du budget 2025 non payées vers 2026.

    C.H. : Je n’ai pas les éléments. Je n’ai eu aucune alerte de ce point de vue là, y compris lorsque j’ai refait une réunion sur le budget en mars, où j’avais demandé des documents pour qu’il y ait un dossier transmis au futur maire. Je n’ai eu aucune alerte des services, ni du comptable public, ni du préfet [Olivier Galzi met en avant un courrier signé par le préfet et le directeur des finances publiques qui fait état de mauvais indicateurs], avec qui j’ai déjeuné en tête à tête à la mi-février. Chaque année, il y a des reports. C’est de la gestion des comptabilités, mais au début de chaque mois de décembre, on arrête ce qu’on appelle les mandatements, donc de payer les factures. Et ce, à la demande du comptable public. Et donc nécessairement, tout ça glisse sur l’année suivante.

    Quid aussi, par exemple, de l’absence de fond pour faire fonctionner la piscine Pierre-Reyne, qui doit rouvrir cette année après travaux ?

    C.H. : On avait bien précisé que le budget primitif qui était présenté en décembre offrait un cadre global avec les grandes orientations. J’assume le budget sur le premier trimestre, mais pas la suite. Vu que la piscine allait rouvrir au plus tard en septembre, c’est au nouveau maire de calibrer la dépense de fonctionnement qui est liée à la réouverture de cet équipement. Je l’ai fait quand on a rouvert les piscines Jean-Clément et Chevalier de Folard. Quand pendant l’été, on décide de ne pas ouvrir toutes les piscines, c’est dans un souci d’une gestion financière soutenable du budget annexe des activités aquatiques. Il faut trouver ensuite un juste équilibre. J’avais fait travailler les services sur différents scénarios et ce que ça représente en dépenses de fluides, de ressources humaines. C’est bien le rôle d’un maire que de piloter au plus près les budgets.

    Cette description apocalyptique sert-elle à préparer les esprits à des renoncements ou privatisations ?

    C.H. : Je pense que c’est un habillage pour sûrement ensuite instaurer une politique d’austérité et vraisemblablement de privatisations. Si on prend la cantine [service remunicipalisé par Cécile Helle en 2015], la Ville ne dépense pas plus aujourd’hui que ce qu’elle dépensait quand elle versait une contribution à Scolarest [délégataire privé]. Et entre-temps, on a assuré une meilleure qualité alimentaire aux enfants, en baissant les tarifs en trois temps. Plus généralement, pendant 12 ans, on a réussi à construire des budgets, y compris dans des contextes où l’adversité était encore plus forte qu’à l’heure actuelle, comme en début de second mandat avec les crises sanitaires et énergétiques. On a assumé un haut niveau de subventions aux associations [diminuées de 10% au conseil municipal de mardi] et d’investissement sans jamais augmenter les impôts.

    Plus globalement, quel bilan tirez-vous des 100 premiers jours de votre successeur ?

    C.H. : Je ne cherche pas à commenter. Je pense avoir renvoyé l’image d’une maire soucieuse du devenir de sa commune, de l’accompagnement de ses concitoyens et qui a essayé de faire au mieux dans le contexte qui est celui de la ville d’Avignon : à savoir une ville pauvre où il y a 30% de ménages qui vivent sous le seuil de pauvreté, où il y a 36% de logements sociaux, où on a un revenu moyen par habitant qui est de 13 000 euros, quand dans les villes de la même strate c’est 17 000 euros. Croire que la gestion d’une ville comme Avignon est facile, c’est se fourvoyer. En 2022, on a eu une année budgétaire extrêmement compliquée : je suis allée chercher, avec les dents, un total de 4 millions d’euros dont 1 en toute fin d’année, après un déjeuner avec la Première ministre. Alors c’est sûr, moi, je n’en ai pas fait un selfie sur le perron de Matignon.

    On ne vous a pas entendu sur le résultat des municipales. Y voyez-vous un rejet de votre bilan ?

    C.H. : Je ne l’ai pas analysé comme ça. Parce que la liste conduite par David Fournier n’a pas été battue par un grand nombre de voix [40,62 % contre 38,01%]. Bien sûr qu’il y a un regret qu’il n’y ait pas eu une continuité politique. Et quand je vois la manifestation mardi [devant le conseil municipal contre le démantèlement du plan Faubourgs], je me dis qu’il y a quand même des gens qui se sont reconnus dans ce qu’il s’est fait pendant 12 ans, et qu’il ne faut pas simplement aller voir sur les réseaux sociaux ou écouter les gens qui habitent dans l’agglomération, mais pas dans la ville-centre.

    Quelle est désormais votre journée type ?

    C.H. : Je suis redevenue une citoyenne d’Avignon. Je n’ai pas vocation à revenir sur le devant de la scène. Je l’avais bien précisé et je n’ai pas changé d’avis. En voyant l’attaque extrêmement violente de la part du maire actuel, il fallait rappeler certaines choses. Il y a toute une temporalité de la part de M. Galzi où il tape sur les prédécesseurs, mais là, maintenant, on va voir ce qu’il est capable de faire sur le budget 2027. Y compris sur le plan pluriannuel d’investissement [PPI] qu’il va devoir construire sur tout son mandat. Je serais intéressée de voir ce qu’il va proposer, là où il va mettre les priorités et qu’il nous apporte la démonstration qu’il a un vrai projet, une vraie sensibilité aux enjeux environnementaux et aussi voir ses choix en termes d’accompagnement des Avignonnais dans leur vie quotidienne et leurs difficultés.