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  • [Entretien] Christophe Terras : « L’enjeu est d’empêcher le RN de prendre Draguignan »

    [Entretien] Christophe Terras : « L’enjeu est d’empêcher le RN de prendre Draguignan »

    La Marseillaise : Vous avez mené
    des consultations sur de nombreux sujets (école, démocratie, transports, santé, logement…). Quels enseignements en tirez-vous
     ?

    Christophe Terras : Ça répondait à un besoin. Les gens ont été contents de nous voir leur poser des questions. Certains pensaient même, au début, que c’était la municipalité qui s’était lancée dans une enquête sur l’école. Ce qu’ont révélé ces enquêtes, c’est que les gens ne se sentent pas du tout écoutés et qu’ils ont une soif de s’exprimer. Ce qui correspond tout à fait à la philosophie de notre liste, donc on en a été ravi.

    De manière plus générale, vous êtes la première liste de gauche à vous présenter à Draguignan depuis 2014. Comment évaluez-vous l’accueil que vous avez reçu sur le terrain ?

    C.T. : Beaucoup de gens nous ont remerciés en nous disant qu’ils allaient enfin pouvoir voter à gauche. Quant à l’accueil, il a été au-delà de nos espérances. On a fait du porte-à-porte, ce qui n’était pas évident, car certains militants découvraient cet exercice. Tout le monde en est ressorti ravi. On a vraiment reçu un très bel accueil de la part de la population.

    Quel sera pour vous l’enjeu principal de cette élection ?

    C.T. : Ce sera d’empêcher le Rassemblement national de prendre la ville. C’est vraiment aussi l’un de nos axes de campagne. Et, pour cela, celle-ci aura été utile car on a mis en avant des problématiques sur lesquelles le RN n’est pas à l’aise : le social, le logement, les transports, l’écologie urbaine… Ça les a obligés à jouer en dehors de leur zone de confort. Ils pensaient faire une campagne sur les SDF et les crottes de chien (sic), et il a fallu qu’ils sortent des bois sur ces thèmes. Ce qui est apparu est une méconnaissance totale de la ville et des sujets techniques.

    Vous êtes l’une des rares listes à avoir rassemblé la quasi-totalité du spectre de la gauche avec LFI, mouvement de la numéro 2 de liste, Sylvie Borgogno. C’est une satisfaction ?

    C.T. : Oui, nous sommes très fiers d’avoir eu le soutien de LFI jusqu’au PS. Ça a fonctionné loin des bisbilles nationales et, pour nous, le seul moyen que la gauche existe, c’est justement l’union de toutes les gauches. Tant qu’elle sera divisée, elle sera condamnée, dans le pays et à Draguignan encore plus, à être inaudible, voire inexistante. Évidemment, on a eu des critiques du style « jamais LFI, c’est pas possible ». Les mêmes qu’on faisait au Parti communiste il y a 20 ou 30 ans d’ailleurs. Les militants locaux ne s’y sont pas trompés et ne sont pas du tout entrés dans ce jeu-là. Ces critiques, ce sont celles de la droite, et lorsque la gauche est unie, la droite, évidemment, lui tape dessus. Mais pour nous, c’est plutôt un bon signe.

    Avez-vous déjà une stratégie établie selon les différents scénarios du second tour ?

    C.T. : Elle est limpide depuis le début : nous ne mènerons aucune stratégie qui pourrait favoriser la prise de la ville par le Rassemblement national. On a différentes stratégies qui peuvent être décidées, et notre position pour le second tour sera décidée démocratiquement, avec l’ensemble des gens qui ont participé à la campagne et l’ensemble des colistiers, qui seront invités à se prononcer avant le second tour. Mais une chose est sûre, c’est qu’on a des principes qu’on a arrêtés depuis le début, et l’un des premiers, c’est de ne pas favoriser l’arrivée au pouvoir du RN.

  • [Entretien] Hervé Martin : « Consolider le bouclier social à Montpellier »

    [Entretien] Hervé Martin : « Consolider le bouclier social à Montpellier »

    La Marseillaise : « Montpellier demain » est le nom de la liste conduite par Michaël Delafosse sur laquelle vous êtes à nouveau candidat. Un second mandat permettrait à la gauche de faire quoi pour la 7e ville de France ?

    Hervé Martin : L’important c’est de donner une vision pour l’avenir à la ville. Nous avons l’habitude de dire que nous avons fait deux mandats en un. On a eu aussi beaucoup de rattrapage à faire. L’exemple le plus criant c’est la réalisation de la ligne 5 du tramway qui était attendue et que Philippe Saurel [maire de 2014 à 2020] n’a jamais réalisée. C’est un investissement lourd qu’il a fallu réaliser. Maintenant, il faut redonner une ambition mais adaptée au monde d’aujourd’hui, bien évidemment. Il faut continuer à développer le bouclier social. Pourquoi c’est d’autant plus important ? Parce que nous vivons dans un monde de plus en plus incertain. Parce que les politiques publiques d’État sont soit inexistantes dans certains domaines, soit extrêmement inquiétante pour pouvoir soutenir les classes populaires et les classes moyennes, soit, on le voit, sur la question extrêmement importante du logement. On connaît dans toutes les métropoles les difficultés à se loger et Montpellier ne fait pas exception. Les gens rencontrent des difficultés de pouvoir d’achat de plus en plus criantes la question du logement est devenue encore plus importante qu’avant.

    Vous proposez de créer une agence municipale du logement. À quoi servira-t-elle ?

    H.M. : L’objectif est de pouvoir créer 1 000 logements conventionnés ce qui permettrait aux propriétaires de louer leur logement avec un loyer modéré tout en étant garanti du paiement. On sait que lorsque quelqu’un veut louer un appartement, il doit apporter de telles garanties que c’est juste impossible pour beaucoup. Donc, la mairie pourrait garantir à la place du locataire. C’est aussi la question de la rénovation énergétique : il y a des logements classés F ou E qui nécessitent un travail important pour pouvoir les inclure dans la location car ces logements déclassés ne peuvent plus être loués. Nous allons proposer aussi une assurance universelle car, là aussi, l’assurance est obligatoire mais c’est parfois un frein. Il y a trop de personnes qui n’assurent plus et lorsqu’il y a un dégât, on se retrouve dans des situations inextricables. De la même façon que nous avons créé une assurance communale nous créerons cette assurance habitation communale universelle. Cette agence municipale permettra aussi de regrouper tous les services pour accompagner à la fois les locataires et les propriétaires.

    Y a-t-il des mesures futures auxquelles les candidats communistes* tiennent particulièrement ?

    H.M. : Nous avons une proposition, une mesure acceptée avec beaucoup d’enthousiasme par Michaël Delafosse : la création d’un centre de vacances à l’extérieur de la ville. Quand nous avons proposé cela en assemblée générale des militants, un vieux camarade, instituteur retraité, nous a dit, « il ne doit pas y avoir d’enfants qui entrent en 6e sans avoir de souvenirs de vacances ». Oui, les bonnes vieilles recettes communistes, c’est cela qu’elles peuvent amener et c’est extrêmement important ! On réfléchit à des lieux comme les Cévennes, la Lozère. Pour le proposer à tous les enfants mais aussi aux personnes âgées, aux adultes. C’est fondamental pour le vivre ensemble, pour se faire des souvenirs, pour découvrir autre chose.

    Montpellier est une ville méditerranéenne et donc ouverte. Vous tenez aussi à la création d’un monument pour la paix. Pourquoi ?

    H.M. : La culture de la paix doit être cultivée. Et Montpellier doit cultiver cette idée de la paix. Donc nous aurons un monument, on ne sait pas encore sous quelle forme. Parce que nous avons dit, nous les communistes, dans la période actuelle, on ne peut pas faire comme si la question de la paix ne se posait pas, y compris dans les villes. La diplomatie des villes doit jouer à plein. La paix, ce sont des politiques publiques que l’on met en place comme la culture, le sport. Cela sert à quoi la culture, le sport? Ce sont des lieux d’émancipation, de rencontres et quand on en fait on cultive la paix.

  • [Entretien] Quentin Papillon : « Une rivalité s’est installée entre nous et les Spartiates  »

    [Entretien] Quentin Papillon : « Une rivalité s’est installée entre nous et les Spartiates  »

    Troisième saison en Ligue Magnus, troisième qualification pour les play-offs et troisième confrontation de suite face aux Boxers de Bordeaux pour les Spartiates de Marseille. Défaits à chaque campagne, les hockeyeurs phocéens comptent bien prendre leur revanche face au portier bordelais, Quentin Papillon.

    La Marseillaise : Malgré un début de saison compliqué, vous terminez quatrièmes du championnat. Quel bilan tirez-vous de cette saison régulière ?

    Quentin Papillon : On a été happés par une spirale négative au début, mais on a trouvé un peu plus de régularité par la suite. Je pense que nos premières défaites, face à de grosses équipes du championnat, ont installé du doute dans la tête de nos joueurs. Heureusement, ça ne nous a pas empêchés de bien nous classer et d’avoir l’avantage du terrain pour les quarts de finale.

    Vous allez affronter les Spartiates pour la troisième fois d’affilée en quarts de finale des play-offs. Est-ce un avantage à vos yeux ?

    Q.P. : On connaît bien les Spartiates, mais c’est une équipe qui a toujours modifié son effectif. Il reste quelques joueurs de la première saison, mais ils sont assez minoritaires. Aujourd’hui, une rivalité s’est installée entre nous et les Spartiates. C’est ce qui va donner une saveur particulière à ce 3e quart de finale de suite.

    Vous les avez battus à trois reprises en quatre confrontations cette saison. Quel est, selon vous, le point fort de cette équipe marseillaise ?

    Q.P. : Ils sont capables d’avoir un gros impact physique et possèdent un power-play (séquence en supériorité numérique) assez efficace. Il va falloir que l’on se montre disciplinés et qu’on fasse attention à ne pas prendre trop de pénalités.

    Plus de 5 000 spectateurs seront attendus dans les tribunes du Palais Omnisports Marseille Grand-Est pour les matches 3 et 4. Est-ce que cet engouement vous impressionne ?

    Q.P. : C’est vrai qu’il y a toujours une grosse ambiance quand on débarque à Marseille, même si pour nous, il y a forcément un peu plus d’animosité. Mais ça reste très plaisant, beaucoup plus plaisant que de jouer dans une patinoire à moitié vide.

    Programme des quarts de finale :

    Match 1 – Vendredi 13 mars, à Bordeaux

    Match 2 – Samedi 14 mars, à Bordeaux

    Match 3 – Mardi 17 mars, à Marseille

    Match 4 – Mercredi 18 mars, à Marseille

    Match 5 (si nécessaire) – Samedi 21 mars, à Bordeaux

    Match 6 (si nécessaire) – Lundi 23 mars, à Marseille

    Match 7 (si nécessaire) – Mercredi 25 mars, à Bordeaux

  • [Entretien] Séverine Dellanegra : « Pour déployer la participation citoyenne » à Saint-Martin-de-Crau

    [Entretien] Séverine Dellanegra : « Pour déployer la participation citoyenne » à Saint-Martin-de-Crau

    La Marseillaise : À la veille du premier tour, quels sont les retours que vous avez pu avoir sur le terrain ?

    Séverine Dellanegra : Ces dernières semaines, les retours sont positifs. Après un mandat qui a connu trois maires, les Saint-Martinois témoignent que depuis notre arrivée fin 2024, ils ressentent cette stabilité retrouvée et que les projets avancent. Il faut rester prudent mais je suis sereine parce que notre équipe a rempli son contrat.

    Pour ce dernier meeting, quelles priorités seront mises en valeur ?

    S.D. : Je ne vais pas décrire tous les projets, ni les classer par ordre de priorité, parce que tous ont leur importance. La ligne conductrice de cette réunion publique est d’exposer la philosophie qui a guidé l’élaboration de notre programme, et notre vision pour la ville. C’est ce qui me semble faire la différence avec l’autre candidate. Un mandat inscrit une commune sur une trajectoire bien au-delà de six ans.

    Comment décrivez-vous cette « philosophie » ?

    S.D. : Le fil conducteur est « le faire ensemble », pour accompagner la ville dans un développement harmonieux, adapté aux besoins de tous, en préservant son identité de ville à la culture provençale et de ses richesses comme la dernière steppe d’Europe. Mon rôle est de déployer la participation citoyenne : de permettre aux Saint-Martinois, de s’exprimer, de choisir, voire de décider pour certains projets. Et tout cela avec de la pédagogie. Notre rôle en tant qu’élu est de proposer des projets tout en inscrivant la ville dans une véritable stabilité financière. Les projets que nous proposons sont inscrits dans un programme pluriannuel de financement, de subventions qui peuvent être récupérées. Ils ont été pensés, travaillés, chiffrés.

    Vous annoncez un maintien des impôts fonciers : une différence par rapport à votre adversaire Tania Teixier qui mentionne une baisse de la taxe foncière ?

    S.D. : Aujourd’hui, les recettes fiscales constituent la quasi-majorité des recettes d’une commune, les recettes de l’État, dotation globale de financement et autres, s’amenuisant d’année en année. Donc j’estime que nous devons être prudents par rapport à un avenir qui est incertain. De plus, si nous voulons investir, et j’estime qu’on doit engager des rénovations dans des infrastructures communales qui ont été trop longtemps laissées de côté, on ne peut pas annoncer une baisse des recettes. Ce ne serait pas cohérent et surtout démagogique.

    Meeting, mercredi 11 mars, à 19h, salle Mistral.

  • Benoît Payan face aux lecteurs à Marseille

    Benoît Payan face aux lecteurs à Marseille

    Solidarité

    Mireille Faure : Dans votre programme, la solidarité est traitée de façon transversale dans ses aspects généraux. Que pensez-vous des Maisons de la solidarité qui, là où elles sont créées, permettent d’épauler les associations ?

    Benoît Payan : Vous l’avez noté, la solidarité n’est pas qu’un point du programme. C’est l’ADN du Printemps marseillais. En 2020, on récupère une ville qui ne comprend pas ce qu’est une politique sociale et solidaire. Nous, nous pensons que toutes nos politiques publiques doivent être vues sous l’angle de la solidarité. Ce n’est pas notre compétence, mais dans un territoire frappé par d’aussi fortes inégalités, peut-on se contenter de laisser faire ? Il a même fallu que l’État déroge à sa règle pour signer avec la Ville un pacte local des solidarités parce que l’interlocuteur naturel, le Département, est défaillant. Regardez le CCAS : on y faisait des lotos. C’est bien, mais ça ne sert pas qu’à ça. On peut aussi parler du non-recours aux droits. Il faut être proactif, aller vers les Marseillaises et les Marseillais. C’est ce qu’on propose avec l’assurance et la mutuelle municipale. On sait ce que coûte une mutuelle pour une famille avec deux enfants et aussi combien refusent de se soigner. Là, plus on sera nombreux, moins ça coûtera. Donc les Maisons de la solidarité sont essentielles, mais la solidarité c’est toutes les politiques… Les écoles que l’on construit sont des équipements ouverts sur le quartier, pour les habitants, les associations, les clubs, avec des lieux dédiés hors temps scolaire, et ça, ça multiplie les actes de solidarité.

    Education et écoles

    Séverine Vernet : Mes collèguesdu 1er et du 2nd degrés et les parents d’élèves se demandent si vous irez au bout du Plan écoles sur un 2e mandat ?

    Benoît Payan : Il faut toujours regarder d’où on part. Ça n’exonère de rien, mais quand on entre dans une ruine, on n’en sort pas à Versailles, six ans après. On a trouvé une ville où la capacité de penser les services était en déshérence. à l’éducation, en arrivant, on trouve 3 200 agents pour deux cadres A et le service RH n’est pas informatisé : on gère avec un tableau et des fiches T ! Les agents sont laissés à l’abandon et les écoles ne sont plus entretenues. L’idée, avec Marseille en grand, était de créer une société de droit privé pour aller plus vite. Ma seule condition était qu’elle soit 100% publique, avec des normes environnementales et sociales. On a fait 27 écoles. Et en deux ans et demi, en réalité parce que le plan est annoncé en 2021 et la Spem est créée en août 2022. Aujourd’hui, ça continue, il en sort à peu près 15 par an, et oui, on aura fini les 188 écoles en 2036.Après, il y a les autres qui sont aussi en demande très forte de rénovation. Sur l’entretien courant, on a multiplié par 280% l’investissement. On est passé de 15 à 40 millions par an. Il faut encore monter en puissance mais tout sera traité.

    Séverine Vernet : Il y a le sujet des ambiances thermiques…

    Benoît Payan : Toutes les écoles neuves sont autosuffisantes. Elles sont pensées pour les 70 ans qui viennent, bien orientées, auto-ventilées, fabriquées avec des matériaux de la région, réfléchies pour les changements climatiques majeurs. Et quand je dis autosuffisantes, c’est pour qu’il ne fasse pas 12° en hiver s’il y a une panne et 40° en été. C’est dans le cahier des charges des architectes. Et c’est fait en concertation avec les élèves, les parents, les enseignants, le personnel.

    Séverine Vernet : Vous vous êtes engagé à mettre un personnel Atsem par classe. Où en est-on concrètement ?

    Benoît Payan : On part de très loin. Les « tatas », c’était le bas de l’échelle, des gens qu’on embauchait essentiellement sur la base d’un système clientélaire. C’est à peu près tout ce qui comptait. Aujourd’hui, France Travail recrute. Le cousin de la cousine qui veut rentrer… ça ne marche plus. On a embauché 1 150 personnes en plus des départs en retraite et on va continuer. Mais je mentirais si je disais que je vais embaucher 3 000 agents demain. On veut que ceux qui travaillent avec des enfants soient diplômés, s’ils ne le sont pas, on leur fait passer des concours. Il faut les considérer, mieux les payer et elles ont le droit de sortir de leur condition d’Atsem.

    Séverine Vernet : Le savoir nager est une compétence obligatoireet nos collègues d’EPS sont en difficulté pour faire ces séances. Un plan piscines serait-il nécessaire ?

    Benoît Payan : On nous expliquait, avant qu’on arrive, qu’on n’avait pas besoin de piscines parce qu’on a la mer… Vous avez tous entendu ça. On a un vrai sujet et pour le coup, c’est pour moi un irritant du mandat. J’aurais aimé aller plus vite, mais on n’a pas vu à quel point ils ont laissé le parc se dégrader. Car la réalité est peut-être encore pire que celle des écoles. Il faut tout revoir. On a lancé deux grands chantiers pour Luminy et Nord. Elles vont sortir. Après, êtes-vous déjà allés à la piscine de Venelles ? Non ? C’est Versailles. Ailleurs, les piscines, les stades, les gymnases sont payés par la Métropole. Ici, rien, on est seul. Mais on va vivre une révolution. Si on gagne, avec la réforme PLM, la gouvernance actuelle sera finie. Et le but n’est pas de faire les poches des autres communes, c’est de ramener de l’équité.

    Port de Marseille

    Hugo Honde : Comment considérez-vous l’activité portuaire, tant en termes d’emplois directs et indirects que de retombées économiques ?

    Benoît Payan : La révolution industrielle a amené à cette ville le visage qui est le sien aujourd’hui et la construction de ce port autonome a permis une création de richesses et d’emplois comme jamais auparavant. C’est un outil essentiel qui est dans l’identité de la ville et sa question est centrale. Une ville de mer, son passé, son présent et son futur, se fait par la mer, donc son port et ses travailleurs. Il y a eu des incompréhensions avec la direction du port parce que je pense que la santé des gens ne se monnaie pas. Et il y a eu d’ailleurs des avancées phénoménales. Mais notre activité portuaire doit perdurer, on ne peut pas la remplacer par du tertiaire. Le port ne devra jamais devenir une marina…

    Hugo Honde : Ou une plage…

    Benoît Payan : On peut s’accrocher au port pour faire des choses, notamment la digue qui, historiquement, a toujours été ouverte aux Marseillaises et aux Marseillais. Mais une plage à la place du port, ça ne veut rien dire. Considérer que le port est un endroit qui appartient à ses travailleurs et ses entreprises, à partir duquel on réconcilie la ville et les gens, c’est autre chose. Le développement économique du Port est une nécessité, c’est créateur d’emplois directs et indirects, et ça touche des milliers de personnes. Aujourd’hui, ce qui me gêne le plus dans le port autonome, c’est le « autonome ». Il ne s’agit pas que le maire de Marseille dirige le Port, mais que l’État comprenne que le Port n’est pas qu’une machine à faire de la valorisation financière. Il a une histoire avec des travailleurs qui ont un savoir-faire, sur laquelle on a besoin de réfléchir. Il ne faut pas rêver d’un port qui ne soit qu’un port de tourisme. Évidemment, quand je vois un parking de 5 000 voitures, ça m’énerve. Il faut qu’on pousse sur le fer, les camions qui entrent dans la ville pour venir chercher les boîtes, ça n’existe plus. Et puis pourquoi vos métiers sont si peu valorisés ?

    Hugo Honde : Sur la digue du large, quel est le projet ? Une partie est quand même exploitée…

    Annick Karsenty : On pourra revenir s’y promener ?

    Benoît Payan : Le port est un outil de travail, il ne peut pas être une entité de Disneyland. Il se trouve qu’il a été fermé pour des questions de sécurité. Ce qui m’intéresse, c’est que les gens puissent aller pêcher de l’autre côté de la digue, qu’on puisse mettre des barges avec de l’ensablage. Il ne faut pas la détruire, au contraire, il faut lui donner une symbolique forte. Dans ce qu’on a prévu, rien ne gêne et ne doit gêner les activités portuaires. Le vrai sujet, c’est concilier une activité portuaire et d’autres usages. Les Marseillais ne vont pas se promener au milieu des boîtes, ils ne vont pas toucher les grues, ils iront de l’autre côté de la digue pour se baigner, avec la barge qui bouge. Ça existe dans d’autres ports.

    Economie sociale et solidaire

    Nicolas Guglielmacci : Qu’est-ce que la mairie pourrait apporter aux entreprises de l’économie socialeet solidaire ?

    Benoît Payan : Sur la métropole, l’économie sociale et solidaire (ESS), c’est un emploi sur sept. En France, c’est un sur cinq. La marge de progression est de quasiment 45%, en particulier à Marseille. On sait que ces modèles économiques tiennent parce qu’ils sont basés sur des choses qui existent et que ESS France sait les faire fonctionner. Des modèles économiques classiques ne fonctionnent pas sur certains secteurs ou ne fonctionnent plus pour des questions de rentabilité capitalistique. Mais quand ils sont remplacés par des modèles d’ESS où le but n’est pas que de faire du dividende, ça fonctionne et ça permet même de créer plus d’emplois. Tout n’est pas adaptable, mais le patronat devrait comprendre que c’est son intérêt de considérer que l’existence d’une ESS forte à ses côtés est bénéfique à tout le monde. Marseille investit à peu près 290 millions d’euros par an dans l’économie. On met de plus en plus de clauses sociales et on est en capacité de rajouter, aujourd’hui, des clauses spécifiques pour que ceux qui répondent à des appels d’offres incluent avec eux, pour que l’offre soit valable, une entreprise de l’ESS. Ça permet à des entreprises qui existent de se consolider. On a commencé à le faire, mais il faut encore pousser. Aujourd’hui, on est la seule collectivité qui le fait. Demain, à la Métropole, ça va changer.

    Droits des femmes

    Annick Karsenty : Sur les violences faites aux femmes, vous envisageriez une cité des femmes, un lieu d’information, où on pourrait contacter des avocats ? Comment faire pour que les femmes se réapproprient l’espace public, réduire les inégalités, déconstruire les stéréotypes ?

    Benoît Payan : Même si on a avancé sur beaucoup de sujets, y compris en interne, j’aurai aimé qu’on aille plus loin. Après, je peux raconter tout ce que je veux, dire que je suis féministe, je ne serai jamais à la place d’une femme, ni ne comprendrai ce que peut comprendre une femme. Donc ce que doivent faire, à mon sens, celles et ceux qui font de la politique, notamment les hommes, c’est écouter les femmes et se mettre au service de ces causes, sans vouloir les diriger. On a travaillé sur plein de sujets, sur les plages, avec des dispositifs spécifiques, on le fait dans les écoles… Mais cette affaire prendra évidemment beaucoup de temps, non pas parce que la société marseillaise est patriarcale, mais parce que c’est un stéréotype construit, répété, sur des milliers d’années et ancré très fortement, même si, ces dernières années, on connaît l’accélération d’une forme de prise de conscience. D’ailleurs, tout de suite, les mouvements masculinistes sont nés. Évidemment, pour nous, c’est une question de budget et de volonté politique. ça passe par l’éducation dès le plus jeune âge, l’école et les programmes scolaires. C’est aussi la pédagogie des associations, ce que vous faites, les conférences… C’est un combat qui ne doit jamais s’arrêter.

    Narcotrafic

    Annick Karsenty : J’ai signé l’Appel de Marseille contre la spirale de violence liéeau narcotrafic. Drogue et prostitution sont liées et ça touche beaucoup de femmes, des filles de 12 ans parfois… Comment leur montrer qu’il y a autre chose ?

    Benoît Payan : Les filles de 12 ans ne se prostituent pas par choix. Ce sont des petites filles, censées être à l’aide sociale à l’enfance, donc sous la protection du conseil départemental, qui sont seules dans des hôtels et sont prostituées par des réseaux mafieux. Après, j’entends dans le débat municipal, des candidats oser dire qu’ils vont lutter avec la police municipale. Mais j’ai un peu honte pour eux, les Marseillais sont des gens intelligents. Ils comprennent bien que pour des narcotrafiquants qui sont dans un pays où les extraditions sont compliquées, où la collaboration avec Interpol n’est pas faite, ça n’est pas la solution. Il nous faut de la police scientifique, judiciaire, financière, de la police aux frontières, des spécialistes et des moyens d’investigation et de justice énormes pour couper la tête de la pieuvre et pas seulement les tentacules.

    Jeunesse

    Moussa Camara : Avant tout, je veux vous remercier pour ce que vous faites, parce que je suis un rescapé de SOS Méditerranée… Des jeunes du monde entier viennent à Marseille, pour vous, c’est une chance ou un problème ? La municipalité doit-elle agir pour l’accueil des jeunes ?

    Benoît Payan : D’abord, on est la ville qui aide le plus SOS Méditerranée parce que c’est notre devoir. Je suis évidemment fier que son siège soit à Marseille et on continuera à les aider. On est des gens de mer et en mer, les marins s’entraident. Après, dans ma ville, des gens de SOS Méditerranée ont été stigmatisés par la droite et l’extrême droite… Mais en réalité, je n’ai eu qu’une opposition d’extrême droite puisque la droite a repris toutes les lubies et les phobies de l’extrême droite, croyant, en faisant cela, qu’elle gagnerait des suffrages. Elle n’a pas compris qu’elle leur déroule le tapis rouge. Quand la droite, que je combats mais qui a des valeurs républicaines, est la droite républicaine, elle ne perd pas son âme. Quand elle court derrière un parti créé par les héritiers de Pétain, ça donne ça. Ils sont allés jusqu’à dire pour faire peur que nous avions dit que nous voulions être le premier port de migrants de France. Non. On affirme qu’on veut être le premier port solidaire de France. Ces mots péjoratifs utilisés pour faire peur sont une folie. Sur l’accueil, que soit les MNA (mineurs non accompagnés), les réfugiés politiques ou dans conditions plus spécifiques des sans-papiers, je considère qu’il faut un accueil inconditionnel pour les jeunes. Si après il devient un criminel, la question pour moi ne se pose plus. Mais si c’est quelqu’un qui veut juste vivre et s’en sortir, comme nos grands-parents arrivés à Marseille parce qu’ils crevaient de faim ou ne pouvaient plus rester chez eux, eh bien c’est comme ça. Cette ville s’est créée comme ça, c’est notre histoire. La jeunesse ne peut jamais être un problème, elle est toujours une solution, mais il faut lui donner les conditions de sa réussite. On ne peut pas se substituer à l’État, aux règles de l’Union européenne et de droit, par contre, il faut accueillir dignement ceux qui sont là. C’est ce qu’on fait quand on peut et de la meilleure manière possible. Je reste persuadé que la jeunesse est une chance.

    Transports

    Jacques Takeylian : Les transports, ce n’est pas la mairie, mais c’est important quand on voit le déséquilibre. Il va falloir y penser pour demain, relier tous les quartiers, aller d’est en ouest…

    Benoît Payan : En matière de transports, la ville, qui a une géographie et une topographie assez unique, a été pensée après la fin de la Seconde Guerre mondiale pour ce qui représentait au début du XXe siècle une des plus grandes révolutions : la voiture. Puis à la fin des années 1960, on construit un métro et on inaugure deux lignes en 1977. Mais depuis cinquante ans, dans la deuxième ville de la sixième puissance mondiale, on n’a plus rien fait. Le transport public est un impensé total et des dirigeants politiques considèrent encore que le schéma absolu est celui du déplacement individuel. Il y a eu les navettes maritimes, les navettes « Pellicani », mais c’est à peu près tout. Entre-temps, on a supprimé le réseau de tram et de trolley, puis, comble de la folie, dans les années 2000, on refait un tramway qui suit le tracé du métro… C’est une gabegie. Alors on va s’attaquer à quelque chose d’extrêmement complexe. La première chose sera de revoir la carte des bus, c’est le plus simple, mais ça ne se fera pas en six mois. Il faut associer les usagers, les ingénieurs, les professionnels, imaginer où on va implanter des équipements publics, penser à l’urbanisme. La refonte du réseau est impérative. Après, le président de la République a dit à Mme Vassal, en 2021, qu’il donnerait de l’argent pour les transports, à condition de désenclaver les quartiers Nord et de faire en sorte que les gens qui sont « assignés à résidence », ne le soient plus…

    Jacques Takeylian : … Et on parle d’un tram sur la Corniche alors que le métro jusqu’à l’hôpital Nord est une urgence et qu’il existe des études.

    Benoît Payan : Je l’ai découvert dans le journal, je croyais que c’était un 1er avril. Un maire ne peut pas apprendre dans La Provence que la Métropole a travaillé un projet de tram sur la Corniche. Surtout que personne ne veut du tram des Catalans. On a besoin de pousser le tramway vers la Belle de Mai, tirer à Burel et monter à Château-Gombert. Le métro, à la Rose, on plonge, et à Dromel, on poursuit… c’est beaucoup d’argent, mais on n’est pas la deuxième ville de France ? Quand on réfléchit, on se dit où est passé l’argent ? Je ne suis pas complotiste, alors je lis le compte administratif et je vois qu’il est parti dans des ronds-points, des gymnases et des piscines à gogo… Marseille a juste été laissée-pour-compte.

    Culture

    Farid Tabet : Comment penser l’offre culturelle pour que les populations qui n’en ont pas l’habitude, et qui en sont éloignées, aillent dans les musées ?

    Benoît Payan : C’est une affaire compliquée parce que le capital culturel, c’est quelque chose que l’on a ou que l’on construit. Quand tu n’as pas cette chance, les pouvoirs publics doivent te permettre de le construire. Aujourd’hui, la plupart des grands musées sont au centre et au sud. Je serais favorable à réfléchir à faire avec l’état un musée type Mucem au nord de la ville. Un pays qui continue d’investir sur sa culture est un pays qui n’a pas lâché la rampe de ce à quoi il croit. La culture est le principal vecteur d’émancipation. Il faut avoir la possibilité de créer un objet totem reconnaissable qui valorise ces quartiers, rend ces habitants fiers et qui soit aussi un moyen que des gens d’ailleurs y viennent. Après, la culture, ce n’est pas que les musées. Les pouvoirs publics ont mis énormément d’argent sur les questions de diffusion et de distribution, et très peu sur la création. Or, c’est la genèse de la culture, un acte par essence émancipateur. Les pouvoirs publics ne savent pas, à mon sens, valoriser la création. On met de l’argent pour un spectacle, je le fais, c’est très bien et je suis fier des concerts, des spectacles, des musées gratuits, mais je le suis encore plus de faire des résidences d’artistes. En ce moment, on a des jeunes de la Méditerranée, Palestine, Liban, Sicile, Espagne, Algérie, qui rencontrent des Finlandais et des Suédois. On s’est battu pour la Villa Valmer, vous vous rappelez. Dans l’hôtel, il va y avoir des résidences et des expos de jeunes artistes. Il faut aider la création, or, on perd les financements État, Région, Département, Métropole, parce que la culture est vue comme de l’accessoire.

    Stade Vélodrome

    Nicolas Guglielmacci : Le stade Vélodrome, propriété de la ville, va-t-il être vendu ?

    Benoît Payan : On aurait pu imaginer que le stade devienne un équipement métropolitain, mais au regard de ce qui s’est passé avec la Métropole, j’ai préféré qu’on en reste, nous, Marseillais, propriétaires. Je ne vendrai pas le stade. Et si un jour je le vends, ce ne serait qu’à son club dans la mesure où il sera en capacité de le racheter. Personne ne viendra faire une affaire financière avec. Il ne peut avoir que deux propriétaires : l’OM ou la Ville.

    Nicolas Guglielmacci : Mais il n’y a pas que l’OM qui l’utilise. Il y a d’autres événements sportifs, des concerts…

    Benoît Payan : Celui qui est propriétaire du stade ne le fermera pas. Et l’OM continuerait à faire la même chose.

    Nos lecteurs à Marseille

    Hugo Honde, électricien sur le Grand port maritime de Marseille

    Jacques Takeylian, retraité, vice-président de CIQ, habitant du 13e arrondissement

    Farid Tabet, habitant du 5e arrondissement, ouvrier du bâtiment en reconversion professionnelle

    Mireille Faure, bénévole du Secours populaire, habitante du 4e arrondissement

    Moussa Camara, président fondateur de l’association Guinée à Marseille

    Séverine Vernet, professeure de collège dans le 13e arrondissement

    Annick Karsenty, responsable d’une association féministe

    Nicolas Guglielmacci, responsable transport à la Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne

  • [Entretien] Stéphane Zumsteeg : « Une possibilité de bascule à gauche » à Nîmes

    [Entretien] Stéphane Zumsteeg : « Une possibilité de bascule à gauche » à Nîmes

    La Marseillaise : Quel est le principal enseignement du sondage Ipsos-BVA pour La Marseillaise et Experts et territoires sur les intentions de vote pour le premier tour des élections municipales de Nîmes ?

    Stéphane Zumsteeg : Nous voyons que, petit à petit, il y a une possibilité que la ville de Nîmes bascule à gauche. La liste conduite par Vincent Bouget est à un niveau assez élevé avec des intentions de vote à 29%. Cela correspond à l’étiage de la gauche si l’on compare ce résultat aux scores des municipales de 2020 de l’ordre de 28% pour la gauche et aux Européennes de 2024 avec 38%.

    Comment expliquez-vous cette position de la liste Nîmes en commun conduite par Vincent Bouget ?

    S.Z. : L’analyse que nous pouvons faire c’est qu’au fur et à mesure que nous nous rapprochons du premier tour, le 15 mars, la liste de Vincent Bouget bénéficie d’un réflexe de vote utile de l’électorat de gauche. Nous pouvons penser que même si LFI reste sous la barre des 10% et n’appelle pas à voter pour Nîmes en commun, leurs électeurs pourraient, eux, le faire. Car la tête de liste de Nîmes en commun, Vincent Bouget, est communiste et que l’essentiel pour ces électeurs est d’une part de faire basculer la ville de Nîmes à gauche et éviter l’arrivée de l’extrême droite.

    Votre enquête place le candidat de l’extrême droite RN à 26% comment analysez-vous ce score ?

    S.Z. : Le candidat du RN Julien Sanchez est dans une situation compliquée même si son score, 26%, est élevé. On ne voit pas de réserves de voix pour le RN.

    Un rapprochement de l’extrême droite avec les candidats de droite est-il possible au second tour ?

    S.Z. : Ce n’est pas du tout la ligne officielle de Marine Le Pen, elle a été très claire là-dessus, avec Jordan Bardella cela serait peut-être autre chose. Rappelons qu’en 2020, aux municipales, la liste RN avait obtenu 14,5% à Nîmes. Mais la situation en 2026 n’est pas comparable. En 2020, le taux d’abstention était de 67,58%!

    Le RN a depuis 2020 réalisé 29,8% aux élections européennes de juin 2024. Si à la présidentielle de 2022, le RN a obtenu 20,1%dans la ville de Nîmes, n’oublions pas qu’Éric Zemmour a réalisé dans cette même ville le score de 9,9%. Le total de l’extrême droite était donc haut.

    La droite nîmoise est divisée mais peut-elle fusionner au second tour?

    S.Z. : Avec respectivement 22% pour Franck Proust et 16% pour Julien Plantier, une fusion des deux listes au second tour mettrait la droite dans une situation favorable. Mais si la liste de Julien Plantier se maintient, les possibilités de l’emporter pour Franck Proust sont limitées. Au second tour, le rôle des outsiders sera décisif.

  • [Entretien] Michaël Delafosse : « Faire de la ville de Montpellier une locomotive de l’emploi  »

    [Entretien] Michaël Delafosse : « Faire de la ville de Montpellier une locomotive de l’emploi  »

    La Marseillaise : Vous avez gagné en 2020 en tant qu’outsider. Êtes-vous confiant dans le rôle du favori ?

    Michaël Delafosse : J’ai l’expérience du maire mais je vis la campagne avec la même exigence qu’en 2020. On a fait 12 réunions publiques, on aura un meeting de clôture, on n’esquive aucun débat. Certains ont les moyens de se payer des sondages, il ne faut pas s’y fier, ils sont aussi des outils de manipulation de l’opinion. Le meilleur sondage, c’est d’aller à la rencontre des habitants, de se nourrir des discussions.

    Vos 10 opposants vous décrivent comme macroniste, décidant seul, l’incarnation du système PS ayant endetté la Ville…

    M.D. : L’institut Montaigne nous classe comme 2e ville la mieux gérée de France avec une situation financière qui s’est améliorée depuis 2019. Je regrette l’absence de rigueur dans l’opposition. Le tramway est un investissement pour 50 ans au moins et la rénovation des écoles, on ne pouvait pas attendre. Roosevelt a eu raison de faire le New Deal, les USA en bénéficient. Certains opposants n’ont même pas siégé [Mohed Altrad, Ndlr]. Je décide avec le conseil municipal et de Métropole avec 30 autres maires avec qui je ne me suis pas fâché. C’était ma promesse de gouvernance apaisée. LFI est dans la caricature. Je serais macroniste parce que j’ai accueilli le Président de la République ou François Bayrou ? Quand on est de gauche, on défend la laïcité, la liberté de conscience. Je dois à Mélenchon mes convictions laïques, lui a évolué sur le sujet. J’observe que LFI n’a qu’une seule cible, c’est la gauche. Ils se sont opposés à la gratuité des transports, à la résorption du bidonville de Celleneuve. Leur tract n’est pas pour Montpellier c’est contre ce que nous faisons. Ce sont des caricatures, on voit bien que madame Oziol ne veut pas être maire de Montpellier. Elle est là à d’autres fins, pour financer plus de permanents pour son parti ou autre.

    Georges Frêche voulait développer la ville vers la mer. Quelle est votre vision de la métropole ?

    M.D. : J’entends agir sur toutes les échelles. Président de la Métropole, je serai très actif pour poursuivre les coopérations avec nos voisins, quelle que soit leur couleur politique. C’est l’intérêt général qui doit primer. Je veux qu’on traite à égale dignité chaque quartier. D’où mon ambition à la Mosson avec l’Anru pour réaménager. C’est aussi un enjeu à l’échelle métropolitaine. Les habitants avenue de la Justice de Castelnau ont des voitures venant du Crès et de Vendargues. D’où le développement du bustram. Pareil sur l’avenue de Toulouse avec du trafic depuis Pignan. D’où le contournement routier ouest…

    Montpellier gagne 4 000 habitants par an. Est-ce soutenable ?

    M.D. : On ne peut pas être la seule ville qui accueille la croissance démographique. Il faut la répartir. On travaille avec Sète, Lunel et Lodève. Il y a un enjeu de rééquilibrage du territoire. Cela passe par le Service Express régional métropolitain (Serm) avec des car express, les coopérations économiques, l’offre de santé. Je défends l’étoile ferroviaire mais ce sera cher et long alors que la LGV va cadencer le TER pour les travailleurs. Je suis abasourdi de voir que madame Oziol ne veuille pas améliorer le train du quotidien. Je dis aussi que le tramway doit sortir de la métropole par le Sud. Les habitants de Mauguio-Carnon galèrent dans les embouteillages.

    Donc la 5e ligne de tramway n’a pas sifflé la fin des grands chantiers ?

    M.D. : Pour des raisons financières, il n’y aura pas de 6e ligne dans le mandat. Mais il nous reste 4 lignes de bustram à finir d’ici 2032. Et on fera sortir le tramway vers le port de Carnon ou l’aéroport. On verra avec leur prochain maire. Le rôle du maire c’est de voir loin pour agir juste.

    Vous voulez créer 30 000 emplois. Comment comptez-vous faire ?

    M.D. : Quand vous connectez la gare Sud de France au tramway, quand vous vous équipez de la plus grande centrale géothermie de France, quand vous adoptez un Plan local d’urbanisme intercommunal avec 350 hectares réservés aux entreprises, vous créez des conditions favorables pour attirer des entreprises comme Cykero, dans les jeux vidéo, les studios de cinéma, la bioproduction de médicaments, le tourisme… Nous devons être attractifs et répartir les entreprises dans la métropole. Dans une France des procédures qui dévore la France des projets, Montpellier doit être une locomotive de l’emploi.

    Que peut vraiment faire un maire contre le narcotrafic, ce fléau ?

    M.D. : D’abord ne pas faire l’autruche, ne pas dire comme mon prédécesseur, la sécurité c’est l’État. Le narcotrafic nécessite la mobilisation de tous. J’ai eu des engagements forts qui m’ont valu d’être menacé. Les condamnés pour deal ont été expulsés de leur logement social. Je mène un combat contre les vitrines du narcotrafic que sont les épiceries de nuit. L’immense majorité sont des lessiveuses. Notre arrêté renforce les pouvoirs du préfet et du maire. Ensuite on va ajouter 100 policiers municipaux et doubler les caméras (1 000 au total). On fera des campagnes de prévention de santé contre la cocaïne, on sera aussi aux côtés de la Protection judiciaire de la jeunesse.

    Vous avez reconnu un « fiasco » sur les déchets. La chaudière CSR décriée est-elle la seule solution ?

    M.D. : C’est la solution validée par tous les maires et préconisée par l’agence de l’énergie (Ademe) que l’extrême droite veut faire fermer. Il y a un CSR en plein milieu de Copenhague. On va faire le nôtre à Ametyst à 45 mètres de l’autoroute. On sera très vigilant sur la qualité de l’air. Si on ne fait rien, les feuilles d’impôt vont exploser pour exporter par camions nos déchets dont plus personne ne veut. J’observe que le maire EELV de Lyon n’a pas fermé son incinérateur. On doit être à fond sur le tri et avec les 40 000 tonnes qui restent nous produiront de l’énergie qui fera baisser la facture de 20 000 ménages et la taxe des ordures ménagères de 10%. Je reconnais mon erreur de ne pas avoir mesuré la gravité de la situation. On fera une concertation.

    Comptez-vous peser à la présidentielle face au danger RN ?

    M.D. : Mon seul adversaire dans cette campagne c’est l’extrême droite. Ceux qui se réclament de gauche, je suis frappé par l’énergie qu’ils mettent à essayer de l’affaiblir. Je crois que ce que nous défendons à Montpellier peut être inspirant, que la question écologique doit toujours être liée à la question sociale : c’est l’exemple de la gratuité des transports. Nous devons être des combattants indéfectibles de la culture et du sport pour tous… Je serai dans le débat national. Je suis frappé qu’il soit aussi coupé des réalités vécues par les gens. Il faut donner de la force à nos services publics. L’École et l’Hôpital public doivent être plus efficaces. Je prendrai la parole sur ces sujets après les municipales.

  • [Entretien] Agnès Mellon et Chrystèle Bazin : « Les quartiers populaires sont de moins en moins populaires »

    [Entretien] Agnès Mellon et Chrystèle Bazin : « Les quartiers populaires sont de moins en moins populaires »

    Après leur exposition « La dent creuse, cartographie de la colère » inaugurée à la suite du drame de la rue d’Aubagne, la photographe Agnès Mellon et la journaliste Chrystèle Bazin présentent le livre Marseille, ce qu’il reste de la colère (éditions de l’Atelier). Touchées par les soulèvements populaires qu’avaient entraînés les effondrements d’immeubles insalubres, causant la mort de huit personnes, les deux artistes poursuivent leur réflexion sur les mécanismes à l’œuvre.

    La Marseillaise : Qu’y a-t-il de nouveau dans le livre, qui n’était pas dans l’exposition ?

    Chrystèle Bazin : Les photos sont celles de l’exposition et le texte est original. Les trois premiers chapitres reviennent sur le vécu du drame et des mobilisations. Le quatrième chapitre correspond à la création de l’expo. Ensuite, il y a le récit photographique d’Agnès. Puis ça raconte la suite de l’histoire : on passe sur l’après avec l’élection du Printemps marseillais, les victoires politiques, le procès. On a interviewé cinq militants pour créer un récit plus chorale. Martine Derain qui est éditrice. Marie Beschon, chercheure et anthropologue urbain. Kevin Bhema Vacher a été engagé en politique. Laura Spica, anthropologue. Et Karine Bonjour, qui est journaliste.

    Pourquoi avoir voulu revenir sur ces événements, sept ans après le drame ?

    C.B. : En 2024, on a réinstallé une partie de notre exposition « La dent creuse, cartographie de la colère » dans notre atelier Rafale, sur le cour Julien. On a rencontré Fabrice Denise, directeur du musée d’histoire de Marseille, et on a échangé sur la façon dont on construisait la mémoire collective. On s’est rendu compte que l’exposition, c’était ça : construire la mémoire de ce qui s’est passé et pourquoi ça s’est passé, pas juste de parler de l’effondrement. On s’est décidées à écrire le livre quand le procès est arrivé.

    Le livre parle aussi du logement ?

    C.B. : C’est une réflexion sur la manière dont on habite une ville, comment on la transforme. C’est vraiment faire un point d’étape en 2026, sept ans après le drame. On voulait revenir aux origines et même avant. Quand j’arrive à Marseille, il y a 10 ans, on habitait place Jean-Jaurès où un mur en béton avait été bâti. Le drame de la rue d’Aubagne arrive peu de temps après… Cette histoire fait vase communiquant entre le mur qui s’érige et celui qui s’effondre. Tout cela fait aussi parti de l’histoire qu’on raconte.

    Qu’est-ce qui vous a motivées ?

    Agnès Mellon : Quand on a un moyen d’expression, il faut l’utiliser. À ce moment-là, on avait ce média et ce pouvoir de faire continuer à parler de ce sujet et de sensibiliser peut-être une autre population. Au début, il y a le mur sur la Plaine, puis les effondrements rue d’Aubagne et la question s’est posée de prendre l’appareil photo. Je me suis dit : non, ce n’est pas ma place. Puis quand nous sommes allées sur les manifs en tant que Marseillaises, cela nous paraissait évident qu’il fallait faire quelque chose.

    En tant que militante ou artiste ?

    C.B. : On adopte une posture de citoyennes parce que nous ne sommes pas victimes. Le livre s’articule comme un double récit à la première personne parce qu’on ne voulait pas être surplombantes.

    A.M. : Dans l’exposition comme dans le livre, je voulais que les gens se baladent. Ce n’est pas juste « je leur donne et ils prennent ». Il y a des photos coupées et ce n’est pas pour rien, c’est pour déranger, pour faire réfléchir. Qu’est-ce qui est caché derrière une photo qui déborde, derrière ces fragments où on ne voit pas toute l’image ?

    La colère est au centre de votre œuvre. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ?

    C.B. : La colère s’est atténuée avec le départ de Gaudin, mais elle pourrait revenir facilement. Beaucoup de choses se sont passées depuis 2018. Et on se dit : oui, aujourd’hui, il y a de la réhabilitation. Mais les loyers ne sont plus ou très peu accessibles. Ce livre est aussi au sujet de la transformation de la ville et de la façon dont un quartier populaire peut rester populaire. Changement de municipalité ou pas, les quartiers populaires sont de moins en moins populaires.

    « Marseille, ce qu’il reste de la colère », aux Editions de l’Atelier, 190 pages, 22 euros.

  • Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne, est décédée à 76 ans

    Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne, est décédée à 76 ans

    Née en 1949 à Beyrouth, elle fut l’une des premières femmes à représenter l’OLP à l’étranger. Retrouvée morte à son domicile de Lecques, dans le Gard, elle laisse l’image d’une figure engagée et respectée du dialogue euro‑palestinien.

    Relire notre entretien du 15 septembre 2020 : « L’accord de normalisation avec Israël : une imposture »

  • [Grand entretien] Cœur de pirate : « L’anxiété est très stigmatisée »

    [Grand entretien] Cœur de pirate : « L’anxiété est très stigmatisée »

    La Marseillaise : Vous êtes de retour avec votre album Cavale sorti en 2025, il signe la fin de 3 ans d’absence. était-ce un besoin pour vous de remonter sur scène ?

    Cœur de Pirate : C’est toujours un besoin. J’ai une belle histoire avec le public en France depuis maintenant 19 ans, ce qui n’est pas négligeable. Donc je suis toujours heureuse de repartir en tournée et de les retrouver.

    Justement 19 ans de carrière en France, aux États-Unis mais aussi au Québec, c’est quoi
    le secret de cette longévité selon vous
     ?

    Cœur de Pirate : Je pense que je suis arrivée dans le milieu à un moment où les gens achetaient encore des disques, en 2008, donc l’impact que l’on avait en sortant de la musique était fou. J’ai eu la chance d’avoir un grand succès dès le début de ma carrière, ce dont beaucoup se souviennent. Il y en a qui me suivent depuis le début donc je pense que quand ils viennent me voir en spectacle c’est pour l’ensemble de ma carrière et pas juste les nouvelles chansons. Bien sûr qu’au passage ils peuvent découvrir une nouvelle chanson qui leur parle mais je ne pourrai pas dire exactement ce qui fait que ça marche encore (rires) !

    C’est un album très intime où vous avez écrit la grande majorité des textes ainsi que la musique. Que raconte cet album ?

    Cœur de Pirate : Le sujet principal de l’album c’est l’anxiété. Je pense que pendant longtemps j’ai voulu éviter ce genre de sujet en me demandant si ce n’était pas trop personnel ou si les gens allaient se retrouver dans ce que j’avais à dire. Finalement j’ai réalisé que l’anxiété est un sujet qui est universel sans compter qu’en ce moment c’est un truc de fou, les gens sont vraiment très stressés… Donc j’ai décidé de l’aborder car même si c’est très personnel c’est très général à la fois. Il y a beaucoup de stigmatisations sur les diverses formes que peut prendre l’anxiété.

    C’était important pour vous de vous raconter et de dire aux personnes qui vivent la même chose que vous qu’ils ne sont pas seuls ?

    Cœur de Pirate : Absolument. Je pense que je l’ai toujours fait dans mes albums même si je parlais d’amour autour de thématiques complexes comme les relations toxiques, certaines violences, etc. Là je ne voulais pas parler d’amour relationnel parce que je l’avais beaucoup exploré. En ce qui concerne le fait de libérer la parole je pense qu’on le fait tous un peu quand on est musicien parce que faire de l’art ça reste être engagé et être politique. Parler d’anxiété alors que c’est quelque chose qui a encore le dos large, que les gens ont tendance à rabaisser énormément ou alors de déresponsabiliser les personnes qui en souffrent… Et je ne parle pas que d’anxiété je parle de santé mentale en général. C’est important pour moi que les gens puissent se reconnaître, se retrouver dans mes chansons.

    Peut-on dire que « Cavale » est une introspection sur fond de journal intime que vous partagez avec le public ?

    Cœur de Pirate : C’est aussi une forme de thérapie. Quand j’écris une chanson ça me permet de comprendre aussi ce qui m’est arrivé c’est pour cela que je me sens très chanceuse d’avoir ce médium pour pouvoir parler de certaines choses mais c’est encore mieux si ça peut aider les gens.

    C’est un album mélancolique mais qui n’en est pas pour autant triste. Le fil rouge de « Cavale » est-il aussi celui de votre vie ?

    Je fais une musique en règle générale où il y a une dichotomie entre la musique en elle-même et les paroles de la chanson. C’est d’ailleurs ce qui me plaît parce que je pars du principe que l’on ne peut pas traverser les épreuves difficiles de la vie si on ne ressent que de la joie tout le temps. Je pense qu’il faut vivre une certaine tristesse pour progresser en tant qu’être humain. Selon moi c’est important de vivre ces émotions-là et de ne pas être dans le déni.

    Vous participez au Festival Avec le Temps, un événement engagé en faveur de l’inclusion notamment. C’est important pour vous de participer à un festival qui a du sens au-delà de l’aspect culturel ?

    Cœur de Pirate : Faire de l’art c’est politique et prendre position en tant qu’artiste via les plateformes c’est politique donc j’ai beaucoup de respect pour les festivals qui non seulement programment des gens qui sont ouverts et ont une parole libérée sur certains sujets et le line-up est très bon. Sans compter que j’adore Marseille, c’est ma ville de cœur puisque j’y passe tous mes étés et j’ai hâte de retrouver le public marseillais.