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  • [Entretien] Valérie Boyer : « Je prends la place de la droite républicaine »

    [Entretien] Valérie Boyer : « Je prends la place de la droite républicaine »

    La Marseillaise : En 2020 vous êtes élue sur une liste de la droite rassemblée. Quel est le sens de votre candidature solitaire ?

    Valérie Boyer : En 2020, j’étais n°2 d’une liste où les trois premiers étaient Les Républicains avec ensuite une représentation centriste pour Aix. Aujourd’hui, ma candidature a tout son sens : je suis sortante, de droite, Les Républicains, et j’ai toujours été fidèle et loyale à ma famille politique. C’est une question de clarté. Je pense qu’il y a une alternative entre le macronisme incarné par la liste de Devésa – Muselier et les autres listes extrêmes. C’est la place que je prends, celle de la droite républicaine. Je suis très heureuse du soutien de David Lisnard, le président des maires de France. Je ne suis ni dissidente, ni solitaire dans cette démarche, et il y a sur ma liste des maires qui ont une carrière : Jean Mangion n’est pas n’importe qui pour Les Républicains du 13. Ce n’est pas un LR de cinq minutes.

    Vous ne craignez pas la dilution des voix de droite avec quatre listes ?

    V.B. : Quelle dilution ? C’est une affirmation. Si je n’avais pas été candidate, mon courant de pensée ne serait pas représenté. Ma liste est la seule liste de droite. Brigitte Devésa explique que la liste d’Hervé Granier est pilotée par Mme Roubache. Donc, il y a deux listes macronistes que je ne place pas à droite. Moi, je suis d’une droite libre et républicaine.

    ll se dit que vous avez quitté la liste Muselier par rapport à votre place ?

    V.B. : Je l’assume. Il y avait des négociations, sans moi, on voulait me mettre 4e puis 3e mais ça ne fonctionnait pas. J’ai de l’amitié et de bonnes relations avec Renaud Muselier mais à un moment, il soutient Gabriel Attal et moi tout m’y oppose, c’est un vrai différend politique. Je ne suis pas du tout alignée sur le plan des idées. Moi je suis restée fidèle au chemin tracé par le parti où je milite, je ne suis pas allée ailleurs contrairement à ce qu’on m’a prêté, et je ne suis pas méprisante en le disant. Donc ce n’était pas possible parce que la tête de liste colore la liste. Or je ne suis ni Modem-UDI, ni Renaissance. Et puis ça ne correspond pas à la sociologie du vote dans les Bouches-du-Rhône, ni aux maires. À part Jean-Pierre Serrus, il n’y a pas de maire Renaissance. Il n’y a d’ailleurs pas de maire en position éligible sur leur liste. Donc j’ai dit non, en cohérence avec les convictions que je défends depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir. J’ai toujours été dans son opposition. Même quand il était en majesté à Marseille, je ne l’ai pas soutenu. Ni lui, ni ses candidats. Qui est plus LR que moi dans les Bouches-du-Rhône ? Personne.

    Vous et cette droite assumée avez quand même voté au Sénat, ces budgets qui font mal aux maires dont vous dites porter la voix.

    V.B. : Oui et grâce au Sénat, beaucoup moins que ce que le gouvernement proposait. C’est la Macronie qui a lancé « Balance ton maire », et la baisse de la dotation aux communes a été féroce, sous Macron. On a fait en sorte de la compenser.

    Pourquoi ne pas s’opposer ?
    La gauche a voté contre.

    V.B. : On va jusqu’au bout de ce qu’on peut. Sur certains sujets, comme l’euthanasie, on s’est opposés mais sur le budget, à un moment il faut un compromis. Donc on a fait des propositions pour que la casse soit moins importante. Je suis intervenue sur le ZAN ou la loi SRU pour que les maires retrouvent de la disponibilité. Je plaide pour changer totalement le système et redonner de la liberté aux maires et aux communes.

    Où siégerez-vous si vous êtes réélue, sachant que Gérard Larcher, le président (LR) de la majorité sénatoriale soutient la liste Devésa ?

    V.B. : Brigitte Devésa siège chez les centristes et la majorité sénatoriale a différentes composantes. Les Républicains sont très largement majoritaires et je siège dans ce groupe. Vous voulez que j’aille où ? Et je peux vous dire que mes collègues me soutiennent énormément.

  • [Entretien] Anthony Gonçalves : « Le calcul égoïste d’un gouvernement à l’affût de la moindre économie »

    [Entretien] Anthony Gonçalves : « Le calcul égoïste d’un gouvernement à l’affût de la moindre économie »

    La Marseillaise : Le gouvernement a annoncé le doublement des franchises médicales et une hausse du reste à charge. Quel regard portez-vous sur ces mesures ?

    Anthony Gonçalves : Je suis profondément choqué par ces annonces. Le gouvernement considère que les gens consomment des médicaments ou ont des actes médicaux pour se faire plaisir. Il imagine qu’en augmentant ces franchises, ils vont réduire leur consommation médicale, ce qui est totalement faux. La grande majorité de ces consommations répond à des besoins réels. Ça va toucher des personnes atteintes de maladies graves qui n’ont pas choisi de l’être.

    Ces mesures permettraient, selon
    le gouvernement, de financer l’accès aux soins. Qu’en pensez-vous
     ?

    A.G. : C’est incroyable de ponctionner les malades pour favoriser l’accès aux soins. C’est l’inverse qui va se passer. Penser qu’on va freiner des dépenses de santé comme s’il s’agissait d’une consommation de confort est un calcul terrible. Les plus modestes, souvent en affection de longue durée, vont renoncer aux soins dont ils ont besoin. Les malades du cancer, avec des traitements lourds et réguliers, seront touchés de plein fouet. Au final, cela dégradera leur état de santé et coûtera encore plus cher lorsqu’il faudra les hospitaliser. C’est le calcul égoïste d’un gouvernement à l’affût de la moindre économie. Il ne va pas chercher l’argent là où il se trouve. On nous parle du déficit de la Sécurité sociale, mais il est largement alimenté par les exonérations de cotisations accordées aux entreprises.

    Qui seront les plus pénalisés ?

    A.G. : Les retraités vivant avec moins de 1 500 euros par mois et atteints d’affections de longue durée, de cancer ou de maladies cardiovasculaires. Ce sont des patients qui ont besoin de consultations et de prescriptions régulières. On va aller taper dans la poche de ceux qui n’ont déjà pas beaucoup pour vivre.

    Quelles seront les conséquences de ces mesures sur le prix des mutuelles ?

    A.G. : On parle d’un transfert de charges de 1,5 à 2 milliards d’euros, donc les mutuelles vont mécaniquement augmenter leurs tarifs, alors qu’ils sont déjà un problème pour une partie de la population. D’où notre idée d’instaurer une mutuelle communale à Marseille, pour permettre aux plus modestes d’accéder à une complémentaire à un tarif plus favorable.

    Que révèlent ces annonces sur
    la gestion politique de notre système de santé
     ?

    A.G. : Depuis des années, on entend cette petite musique de la responsabilisation des malades. L’idée serait de dire que le droit à la santé est une affaire de responsabilité individuelle. C’est un retour en arrière de plus sur un droit universel, qui ne doit dépendre ni des revenus ni du niveau social. On assiste à une attaque en règle globale contre notre système de Sécurité sociale.

    Les annonces ont été faites en plein été, sans débat parlementaire.
    Que pensez-vous de la méthode
     ?

    A.G. : La méthode est aussi choquante que le fond. L’an dernier, cette proposition avait été rejetée par le Parlement. Le gouvernement revient à la charge sans passer par le débat. C’est le pari abominable du gouvernement : on fait passer les mauvais coups pendant l’été.

  • [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée »

    [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée »

    La Marseillaise : Vous avez alerté sur la situation financière de la Fondation Gabriel-Péri, son existence est-elle aujourd’hui menacée ?

    Guillaume Roubaud-Quashie : Depuis le début de son financement public, la trajectoire est simple, on est autour d’une division par quatre des budgets de la Fondation depuis 2007. Depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, donc sur seulement 10 ans, on a plus que divisé par deux. Ce sont des baisses bien plus radicales que dans d’autres secteurs, il y a des responsabilités politiques claires de ce côté-là. Si on continue comme ça, dans peu de temps, ça sera fini, tout simplement. C’est une mise en danger mortelle des fondations à vocation politique, à commencer par la Fondation Gabriel-Péri qui, encore plus que les autres, est menacée aujourd’hui.

    Cet affaiblissement
    des fondations politiques représente-t-il un danger pour
    le débat démocratique
     ?

    G.R.-Q. : Oui, on vit un moment de crise démocratique considérable, et on a besoin de débats argumentés pour l’affronter. Il faut savoir qu’en France, ce qui a compté dans le développement des fondations, c’est l’accession pour la première fois de l’extrême droite au pouvoir le 21 avril 2002, et l’idée que la République française était peut-être menacée. Il fallait réfléchir à des structures contribuant à renforcer l’ampleur, la vitalité et la qualité du débat démocratique. C’est dans cet esprit que la Fondation Gabriel-Péri a été créée, en 2004, à l’initiative du Parti communiste français. Les raisons qui ont mené à la création de ces fondations sont aujourd’hui encore plus fortes qu’elles ne l’étaient à l’époque. Je pense que, par leur capacité à produire des travaux qui vont au-delà des tweets, des expressions courtes ou des polémiques superficielles, les fondations ont aujourd’hui un rôle très précieux.

    Vous vous êtes rendus mardi dernier à Matignon, avez-vous eu les réponses que vous espériez ?

    G.R.-Q. : Avec d’autres fondations, nous avons alerté le Premier ministre quant à la situation d’extinction des fondations. Nous sommes actuellement en discussion pour envisager la suite.

    Concrètement, comment soutenir la Fondation ?

    G.R.-Q. : On a l’objectif de récolter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour affronter les coupes de l’année. Il y a deux choses à faire. D’abord, souscrire est une aide concrète et immédiate. Sur le site de la Fondation, on peut faire des dons défiscalisés. Le deuxième aspect, c’est de participer aux activités qu’organise la Fondation. Elle a une revue qui s’appelle La Pensée et propose aussi des expositions gratuites. Il faut faire vivre et connaître la Fondation Gabriel-Péri, nous solliciter pour l’organisation de débats… Ce travail, il est à la disposition de toutes et tous, et pour que ça puisse continuer, on a besoin d’un soutien plus large. On a commencé à recevoir un certain nombre de dons, c’est encourageant, mais il faut que cette dynamique se poursuive. J’espère que la période de difficulté financière lourde que nous affrontons sera l’occasion pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore la Fondation de découvrir ce qu’elle fait et par la même occasion, de multiplier les partenaires et les initiatives à l’échelle nationale. La période que l’on vit mène à beaucoup d’interrogations, beaucoup de gens cherchent des réponses, des éléments de réflexion, et s’il y a une demande, nous on est là pour ça. Je suis confiant, même s’il y a des batailles à mener, on a l’habitude.

    Entretien réalisé par Andréa Goyard-de Castro

  • « Les mammifères s’adaptent de manière similaire face aux changements »

    « Les mammifères s’adaptent de manière similaire face aux changements »

    Jérémie Naudé : C’est notre hypothèse, car nous avons tous un cortex orbitofrontal – là où augmente le taux de noradrénaline face à un changement durable – et un locus coeruleus – où est produite la noradrénaline. Et que ce soit un chat, un éléphant ou un humain, quand l’environnement change et que la nourriture n’est plus au même endroit, les règles d’adaptation sont les mêmes. Mais il faudrait vérifier que c’est bien conservé.

    Comment ?

    J.N. : Des collègues à Lyon étudient ces questions chez les primates. Chez l’humain, c’est difficile de mesurer un taux de noradrénaline dans le cerveau. Mais il y a une possibilité avec des électrodes de stimulation profonde. Cela se fait de plus en plus avec des patients atteints de pathologies comme la maladie de Parkinson. Il est possible d’ajouter une sonde à noradrénaline.

    Le dysfonctionnement de ce mécanisme de production de noradrénaline pourrait-il être impliqué dans des troubles psychiatriques ?

    J.N. :C’est possible, par exemple dans des troubles compulsifs où une personne refait à l’identique les mêmes actions. Cela peut aussi être impliqué dans des troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) souvent réglés par des psychostimulants – qui augmentent les niveaux de dopamine ou de noradrénaline dans le cortex. Mais nous sommes encore loin de faire ces liens.

  • [Entretien] colonel Sébastien Paletti : « Le Sdis 30 est organisé pour faire face aux risques »

    [Entretien] colonel Sébastien Paletti : « Le Sdis 30 est organisé pour faire face aux risques »

    Le département du Gard est particulièrement exposé aux risques de feux de forêt. Le colonel Sébastien Paletti revient sur la situation actuelle et les évolutions à prévoir pour faire face à la situation.

    La Marseillaise : Vous êtes né dans le Gard et vous y avez déjà effectué une partie importante de votre carrière. Que représente pour vous ce retour à la tête du Sdis 30 ?

    Sébastien Paletti : C’est beaucoup d’honneur, beaucoup de sens et beaucoup de plaisir puisque, comme vous le dites, je suis gardois de naissance et d’origine. J’avais commencé dans un premier temps mon parcours professionnel dans le Rhône et j’ai eu l’opportunité en 2002 de revenir dans le département du Gard au sein duquel j’ai servi pendant 16 ans. C’est un territoire que je connais. Pendant 8 ans, j’ai été amené à occuper d’autres fonctions : j’ai été directeur adjoint du Sdis de Haute-Savoie et j’ai occupé deux fonctions au sein du ministère de l’Intérieur, une de chef de bureau au sein d’un des services de la direction générale de la sécurité civile et puis dernièrement conseiller sécurité civile du ministère de l’Intérieur. Le fait de devenir directeur département de Sdis était un rêve et le faire dans le département qui m’est sans doute le plus cher, c’est très fort en termes d’engagement et de responsabilité.

    Vous revenez dans un département particulièrement exposé aux risques naturels, notamment les incendies de forêt. Quel diagnostic vous faites aujourd’hui de la situation du Gard face à ces nouveaux risques ?

    S.P. : Le département du Gard est un des départements de la façade méditerranéenne les plus exposés aux risques feux de forêt. Le département a construit un partenariat interservices depuis de nombreuses années, piloté par le préfet du Gard, en lien avec le département, la direction départementale des territoires et de la mer, l’ONF, la gendarmerie nationale. Ces partenaires travaillent de concert avec les collectivités locales, en particulier les maires ruraux, pour continuer à préparer le territoire à l’évolution du risque, à travers la défense de la forêt contre l’incendie, l’adaptation des massifs. J’ai constaté que ce partenariat était fort et nous permettait de se préparer au mieux à l’évolution du risque. Concernant le Sdis en tant que tel, il a au cours des dernières années, du fait des investissements, de la gouvernance et de l’appui du département du Gard, significativement renforcer ses moyens en investissant, en louant deux hélicoptères bombardiers d’eau et en renforçant les effectifs de permanence dédiés à la lutte contre les feux de forêt l’été. Donc le Sdis 30 est organisé pour faire face, avec beaucoup d’humilité, à ce risque-là et va devoir continuer à s’adapter.

    Les sapeurs-pompiers alertent régulièrement sur la tension entre l’augmentation des interventions et les moyens disponibles. Vous pensez qu’aujourd’hui le Sdis 30 dispose des ressources nécessaires pour répondre aux besoins du territoire ?

    S.P. : Aujourd’hui le Sdis répond aux besoins du territoire et a su s’adapter, mais il va devoir continuer à s’adapter. Le Sdis c’est 2 700 sapeurs-pompiers dont 730 pompiers professionnels et un peu plus de 2 000 volontaires qui sont mobilisés au quotidien. En matière de feux de forêt, il est important de noter que depuis le début de l’été, nous avons lutté contre plus de 500 feux de végétation, ce qui correspond à environ une dizaine de feux de végétation par jour et ces feux ont détruit à cette date 836 hectares de végétation. Nous avons dû faire face, en raison de risques importants, à plusieurs jours où nous avons lutté contre plus de 30 feux de végétation. Une des forces de la stratégie nationale de lutte contre les feux de forêt est fondée sur l’attaque des feux naissants, plus de 90% des feux de végétation contre lesquels nous luttons parcourent moins d’un hectare et sont traités avec un nombre minimum de moyens, parce que nous pré-positionnons des moyens au plus près du risque, nous avons des hélicoptères bombardiers d’eau qui sont engagés au plus tôt. Tout ça correspond à la mise en œuvre de la stratégie nationale qui, malgré le contexte de la saison feux de forêt que nous vivons, le niveau de risque et la sécheresse historique, porte ses fruits et doit être consolidée.

    Au vu de l’évolution des feux de forêt, de leur fréquence et de leur ardeur, pensez-vous que le Gard va devoir adapter ce modèle de lutte contre les incendies ?

    S.P. : Je pense que notre modèle de lutte contre les feux de forêt, qui est donc fondé sur l’attaque du feu naissant, la solidarité interdépartementale, la complémentarité entre les moyens aériens, les moyens terrestres, la complémentarité entre les moyens nationaux et les moyens locaux, a fait sens et est un modèle qui fonctionne bien. Au-delà des moyens, la vraie question, c’est l’aménagement du territoire : nous devons aménager nos territoires et les rendre plus résilients aux risques de forêt à travers des politiques de défense de la forêt contre l’incendie, à travers des moyens préventifs qui viseront à mieux protéger le territoire, à mieux protéger les citoyens et à faciliter l’action des secours. C’est ça le vrai enjeu des prochaines années.

    Le volontariat semble être une question centrale pour de nombreux Sdis. Comment se porte le Sdis 30 à ce niveau-là ?

    S.P. : Le volontariat est capital pour notre réponse opérationnelle, en complémentarité avec nos effectifs sapeurs-pompiers professionnels. Notre objectif est de faire en sorte que les engagements citoyens de nos sapeurs-pompiers volontaires soient le plus équilibrés possible, pour leur permettre d’être engagés le plus longtemps possible. Le sujet de la fidélisation, c’est le sujet de l’assouplissement, de tout ce qu’on peut mettre en œuvre de façon à ce que les pompiers volontaires souhaitent et soient en mesure de s’engager le plus longtemps possible. Toutes nos ressources sont indispensables aujourd’hui. Quand par exemple, sur le feu en Gironde, près de 3 000 pompiers sont engagés, cette capacité à mobiliser les ressources est liée à une complémentarité entre les professionnels et les volontaires. On travaille donc avec les entreprises et avec les collectivités pour faciliter les conventions, pour faciliter la mise à disposition. Ici comme ailleurs, nous avons besoin de nos pompiers volontaires pour répondre aux attentes de la population.

  • [Entretien] Dominique Morvan, Aix-Marseille Université : « Cette saison des feux exceptionnelle deviendra la normalité »

    [Entretien] Dominique Morvan, Aix-Marseille Université : « Cette saison des feux exceptionnelle deviendra la normalité »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui rend cette saison des feux exceptionnelle ?

    Dominique Morvan : Il y a trois conditions qui déterminent le comportement du feu : la température, le niveau d’hygrométrie (le taux d’humidité dans l’air) et le vent. Cette année, on a vu trois canicules avec des températures exceptionnelles qui ont considérablement asséché la végétation, avec des vents violents. La conséquence, c’est que les incendies sont rapidement devenus des mégafeux.

    Quelle est la spécificité des feux en Gironde et dans le Var ?

    D. M. : Il y a une différence entre ces deux régions. En Gironde, ce sont principalement des champs d’arbres : des pins plantés par l’homme, le sol est pauvre et asséché. Ces arbres sont hautement inflammables ; avec la montée des températures, la région est très vulnérable aux feux. Pour le Var, c’est une forêt naturelle, mais il y a une urbanisation galopante qui la fragilise. De plus, comme dans les Alpes, l’inaccessibilité de certaines zones peut compliquer l’extinction des incendies.

    L’incendie de la forêt de Fontainebleau a marqué les esprits. Comment expliquer cette extension du risque de feu au reste du territoire ?

    D. M. : L’effet du réchauffement climatique augmente les températures l’été, mais aussi l’hiver. La coupure hivernale devient trop courte et pas assez froide. Dans une forêt, l’intérêt du froid, c’est qu’il tue les insectes ; aujourd’hui, certains insectes survivent et s’attaquent aux arbres. On y ajoute les sécheresses à répétition et la perte d’eau dans les sols, et cela rend les forêts beaucoup plus vulnérables. Par conséquent, aujourd’hui, les feux touchent aussi le nord de la France.

    Comment adapter les territoires, leurs paysages et leurs forêts aux aléas et aux événements climatiques extrêmes ?

    D. M. : Il faut réintégrer des cultures respectueuses de l’environnement. Par exemple, réintroduire le pastoralisme. Les chèvres, en broutant, vont naturellement réduire la végétation et créer des zones de protection sans arbres. Par ailleurs, l’Inrae et l’ONF réfléchissent à introduire des espèces plus résistantes à la sécheresse. Dans les alentours de Marseille, le chêne pourrait réduire la quantité de pins, arbres hautement inflammables. Il y a également une nécessité d’augmenter les postes à l’ONF et adapter les effectifs de sapeurs-pompiers aux risques présents sur tout le territoire.

    À quoi doit-on s’attendre pour les prochaines saisons estivales en matière de risque incendie ?

    D. M. : Cette saison exceptionnelle deviendra la normalité, elle va se reproduire. La saison des feux va continuer de s’allonger, elle pourra commencer en mai et finir à l’automne et toucher tout le territoire. Dans le pourtour méditerranéen, il faudra s’attendre également à des feux en décembre et janvier.

    Propos recueillis par Gabrielle Cartellier

  • [Entretien] Vincent Laforge, médecin urgentiste : « J’ai voulu un témoignage concret, au ras du bitume »

    [Entretien] Vincent Laforge, médecin urgentiste : « J’ai voulu un témoignage concret, au ras du bitume »

    Expert en balistique lésionnelle, l’urgentiste a dû raccrocher pour raisons de santé, mais à grand renfort d’anecdotes, son livre nous plonge dans un quotidien hors-norme.

    La Marseillaise : Fusillades, accidents, tentatives de suicide, naissances d’urgence… Vous nous livrez une série d’histoires au plus près du réel. Pourquoi avoir choisi ce ton ?

    Vincent Laforge : [Il sourit] Parce que ça m’a été demandé par le responsable de la collection, Jacques Dallest*, pour accrocher le lecteur, mais de toute façon, je l’aurais fait quand même. C’est la vérité, c’est comme ça que ça se passe. J’ai voulu être concret, au ras du bitume.

    Ce sont aussi des histoires
    de camaraderie, teintées d’humour, dans une ville de Marseille qui vous touche…

    V.L. : Il y a un rôle très important des équipes, aussi parce que si, en partant d’une intervention, on se met tous à pleurer dans les bras des uns et des autres, on ne va pas tenir. On se fait confiance, on a noué des liens d’amitié durables, pour la vie. C’est une façon de se protéger. Il y a des interventions particulièrement dramatiques, tristes. Je vous renvoie à celle où il y a une défenestrée de 16 ans. La pauvre gamine… [Il est ému] On a fait ce qu’on a pu, mais on n’a rien pu. J’étais légitimement en colère. Quand je passe rue Paradis j’y pense encore. Quant à Marseille, c’est une espèce de sentiment d’affection et de répulsion en même temps. Elle a ce côté sympa, la mer, et puis, les quartiers Nord, au mois de décembre, à 2h du matin. Il y a une fois, j’ai eu cinq morts dans la matinée, c’est difficile.

    Vous témoignez aussi d’un métier qui a largement évolué, dont vous avez apprécié le côté artisanal. êtes-vous nostalgique d’une époque ?

    V.L. : J’ai été obligé d’arrêter en raison d’un quadruple pontage. Cela a été dur quand mon médecin chef m’a dit que je n’avais plus droit au stress, plus de nuit, plus rien. Je parle beaucoup de certains médecins de Gonesse, dont j’ai été l’élève. Je ne voudrais pas porter un regard trop sévère sur mes jeunes collègues. Ils font ce pour quoi ils ont été formés. Ils sont beaucoup plus forts que moi, ont tous passé à un concours très difficile que je n’ai pas passé. Mais, avant, on faisait avec ce qu’on avait, avec notre expérience et le matériel qui était ce qu’il était. Mais l’interrogatoire du patient, c’est 75% de l’examen clinique. Et puis dans l’artisanat, il y a aussi l’amour du travail bien fait. À chaque fois, je me demandais « qu’est-ce que je pourrais faire de plus ? ».

    Vous restez réserviste chez les pompiers de Paris. Médecin urgentiste, c’est pour la vie ?

    V.L. : J’ai exercé dans un hôpital, c’est un monde impitoyable, c’est la médecine de terrain qui m’intéresse. Il y a un côté « prima donna » aussi. Il faut être honnête. Quand on arrive sur l’intervention, tous les feux des projecteurs sont sur vous. Mais en même temps, vous êtes obligé d’être dans l’action et d’être efficace aussi. C’est particulièrement vrai pour des interventions multivictimes. On a vraiment été formés pour ça, comme pour la prise d’otage à la tour Méditerranée. On apprend à ne pas arriver sous le feu. J’en suis au point où, aujourd’hui, quand je vais dans un magasin, je me dis la sortie est là, l’entrée ici, j’organiserais mon poste médical avancé comme ça…

    Ce livre est-il aussi un message aux nouvelles générations de médecins ?

    V.L. : Je n’ai pas voulu faire un livre de médecine où j’explique aux jeunes ce qu’il faut faire, ils trouveront par eux-mêmes. Je trouve que c’est odieux, les vieux cons qui veulent pontifier. Non, j’ai écrit pour ma petite-fille, qui a 2 ans. C’est à elle qu’est dédié le livre. C’est un legs, une forme de témoignage. Car cette transmission, je ne l’ai pas eue. J’ai beaucoup regretté que mon père, en particulier, ne raconte pas sa campagne de Normandie, tout comme mes grands-pères, qui ont tous deux participé à la Première Guerre mondiale. Je suis allé aux archives, à Vincennes, j’ai découvert mon grand-père, que je n’avais pas connu, était médecin. J’ai découvert des choses extraordinaires.

    Pensez-vous écrire une suite ?

    V.L. : Je ne sais pas, pourquoi pas. J’ai encore plein d’histoires. Quand je me promène dans Marseille, je me souviens : là une explosion de gaz, devant l’Hôtel-Dieu un arrêt [cardiaque], un accouchement difficile rue de la République… C’est mon premier ouvrage grand public, mais j’en ai écrit deux plus techniques. L’un intitulé La chair et le plomb sur les plaies par arme à feu depuis Ambroise Paré, un autre sur la balistique lésionnelle. Je donne des cours à la fac sur ce sujet en particulier à Marseille, Lyon, Montpellier…

    * ex-procureur de la République
    à Marseille

    « Du sang sur les mains, Récits »,
    de Vincent Laforge, 244
     pages,
    Mareuil Éditions, 20,99
     euros

  • [Entretien] Christine Hernandez, PCF : « Chaque olivier plantéest un acte de résistance »

    [Entretien] Christine Hernandez, PCF : « Chaque olivier plantéest un acte de résistance »

    La Marseillaise : Comment est née la campagne du PCF « Un million d’oliviers pour la paix en Palestine », dont vous êtes la coordinatrice ?

    Christine Hernandez : La campagne est née au mois d’avril 2025, à l’initiative du Parti communiste (PC) du Val-de-Marne, à l’occasion de la Journée internationale de la Terre. La fédération souhaitait s’engager pour la Palestine, mais dans le cadre d’un projet concret de solidarité politique et financière, tout en menant une bataille politique pour l’existence d’un État libre et souverain en Palestine. Le PC du Val-de-Marne avait déjà fait une campagne de solidarité, appelée « Urgence Gaza, Urgence Palestine », qui avait récolté plus de 25 000 euros.

    Cette fois, l’idée était de créer une nouvelle campagne pour la Cisjordanie occupée, où existe une grave problématique de spoliation de la terre, de colonisation et d’annexion. Est donc venue l’idée d’une campagne de plantation, pour défendre une réappropriation des terres, devenue nationale en mai 2025.

    Le choix des oliviers est très symbolique…

    C.H. : L’olivier, en plus d’être un symbole culturel de l’identité palestinienne [pour son lien avec la terre, son ancienneté et sa longévité, Ndlr], représente aussi la paix, comme l’a défendu Yasser Arafat [leader de l’Organisation de libération de la Palestine entre 1969 et 2004 et président de l’Autorité nationale palestinienne de 1996 à 2004], dans son discours devant l’ONU en 1974.

    L’olivier est par ailleurs la cible de la colonisation israélienne depuis toujours. Depuis 1948 [année de création de l’État d’Israël, qui débouche sur la première guerre Israélo-Arabe, Ndlr], avec les expulsions et les accaparations de terres, mais surtout depuis la guerre des Six jours de 1967 [depuis laquelle une grande partie de la Cisjordanie est occupée par Israël, illégalement au regard du droit international, Ndlr]. Au total, un million d’oliviers ont été arrachés depuis le début de l’occupation militaire israélienne en 1967, dont 50 000 après le 7 octobre 2023.

    Les colons les brûlent, les détruisent ou les arrachent pour que les Palestiniens ne puissent plus vivre de leur production agricole.

    La campagne permet donc à la fois de soutenir les agriculteurs, de contribuer au maintien d’une souveraineté alimentaire, puisqu’on fait tout avec l’huile d’olive, mais participe aussi du maintien de l’existence d’un État de Palestine. En effet, planter permet de protéger les terres de la spoliation et de l’occupation militaire. Chaque olivier planté est donc un acte de résistance.

    Quel est pour l’instant le bilan
    de la campagne, lancée il y a plus d’un an
     ?

    C.H. : Depuis le début de l’opération, des communiqués de presse ont été diffusés partout en France, les fédérations se sont investies, des ventes militantes se sont également organisées dans les marchés ou lors d’événements politiques du parti. Cette mobilisation nous a permis d’obtenir, à ce jour, 54 000 euros et de planter plus de 11 000 oliviers en Palestine. 366 familles ont pu en bénéficier. Nous avons désormais un nouvel objectif de 100 000 euros pour poursuivre notre action.

    Une délégation du parti, rassemblant de nombreuses fédérations, s’est rendue en Cisjordanie du 10 au 22 juillet, dans le cadre de la campagne. Avez-vous pu constater ses impacts sur le terrain ?

    C.H. : Nous avons visité plusieurs villages de Cisjordanie occupée, notamment Sebastia, un village agricole situé au nord de Naplouse et qui a vu ses terres complètement confisquées. Grâce à cette campagne, des oliviers ont pu être réimplantés là où d’autres avaient été arrachés. Nous sommes donc directement allés voir les plantations. Certains oliviers ont été plantés dans des endroits très protégés, en dehors de la colonisation, d’autres plus près des zones occupées. Nous tentons en fait de répondre à deux problématiques. D’abord, celle des attaques faites aux agriculteurs, qui voient leurs arbres arrachés et qu’il faut donc remplacer. Ensuite, celle induite par la loi israélienne sur la propriété des absents, qui permet aux colons de s’approprier les terres non-exploitées, d’où l’importance de replanter partout.

    L’idée était aussi de contribuer à l’émergence de jumelages entre communes françaises
    et palestiniennes…

    C.H : Développer les coopérations entre villes françaises et palestiniennes était en effet un axe important que devait porter la délégation. L’objectif est de pérenniser ces coopérations sur la base, par exemple, de l’agriculture, de la jeunesse ou d’autres formes d’échanges. L’idée est de légitimer notre solidarité internationale et de l’inscrire dans la durabilité. La reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron n’a été suivie d’aucun acte politique fort. Pourtant, elle est insuffisante. Les jumelages permettent de légitimer institutionnellement toutes les relations avec les villes palestiniennes et c’est en ce sens qu’ils sont importants. Un jumelage pourrait d’ailleurs se concrétiser avec Sebastia.

    Vous avez aussi rencontré des acteurs locaux de la résistance…

    C.H. : Nous avons rencontré l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), au sein de laquelle figure le Parti du peuple palestinien, qui correspond au Parti communiste palestinien. La campagne a été saluée comme étant un espoir pour le peuple palestinien. Les Palestiniens sont unanimes. Aujourd’hui, le constat est très aggravé. Mais cette campagne suscite un espoir. Elle permet de protéger la terre. Une chose est sûre, les Palestiniens cultivent l’espoir de rester sur leur terre. Et ils ont besoin, pour ça, d’une réelle solidarité internationale. La campagne permet d’y contribuer. L’olivier, c’est la paix, c’est l’espoir.

    Lien pour la cagnotte sur Hello asso ou
    sur le site du PCF.

    Une délégation du Parti communiste français (PCF), rassemblant plusieurs fédérations, s’est rendue en Cisjordanie, du 10 au 22 juillet, dans le cadre d’une campagne intitulée « Un million d’oliviers pour la paix en Palestine ». L’initiative, lancée en 2025 par les communistes du Val-de-Marne, avant d’être reprise au niveau national, est menée en collaboration avec l’Association des agronomes arabes (AAA), basée à Ramallah. Son objectif : apporter un soutien concret au peuple palestinien face à l’occupation et la colonisation israélienne. Pour l’heure, 54 000 euros ont été récoltés et plus de 11 000 oliviers, symboles de l’identité palestinienne, ont été plantés.

  • [Entretien] Loukas Benard, CGT Forêt : « L’enjeu du siècle, c’est de transmettre une forêt résistante et adaptée »

    [Entretien] Loukas Benard, CGT Forêt : « L’enjeu du siècle, c’est de transmettre une forêt résistante et adaptée »

    La Marseillaise : Quelles sont les difficultés de l’ONF en ce moment ?

    Loukas Benard : Depuis les années 1986, on a perdu la moitié de nos emplois. Plus récemment, en 2016, on était encore 9 300 à l’ONF. Aujourd’hui, on n’est plus que 8 200. Et sur ces 8 200 personnes, il y en a en réalité 500 emplois de type apprentissage. Donc on est plutôt de l’ordre de 7 600 personnels à l’ONF. En revanche, sur le financement de la défense des forêts contre les incendies, c’est une mission d’intérêt général qui nous est confiée. Et le volet DFCI (Défense de la forêt française contre les incendies) a été rehaussé. À l’heure actuelle, on va dire qu’on est à peu près à 33 millions d’euros, donc on a une DFCI qui a quasiment triplé en sept ans.

    Pourquoi ne pas embaucher de nouveaux forestiers avec ce budget ?

    L.B. : Malgré ce budget, on ne peut pas embaucher plus de personnels parce qu’on a un plafond d’emplois. On est un établissement public, donc c’est l’État qui va nous dire le nombre de postes autorisés à l’ONF.

    Dans ce contexte de multiplication des incendies en France, quelles sont les conséquences de ce manque de moyens humains ?

    L.B. : La problématique que l’ONF rencontre, c’est la superposition des missions. Il nous manque des bras, on est à l’os. Il y a des nouvelles missions qui arrivent avec le changement climatique parce qu’on doit protéger les forêts contre les incendies et on doit reconstituer les peuplements qui subissent le changement climatique. D’une certaine manière, on doit aussi réapprendre notre métier. En fait, on se retrouve dans un cercle vicieux où on perd notre capacité à transmettre une forêt aux générations futures parce qu’on essaye d’empêcher la forêt actuelle de cramer. Notre travail se gère sur le long terme et là on est dans une logique de court terme.

    Combien de postes supplémentaires demandez-vous ?

    L.B. : À la CGT Forêt, on demande à retrouver un minimum de 9 300 emplois pérennes au total à l’ONF, soit 1 200 effectifs supplémentaires sur le prochain contrat qui courra jusqu’en 2031. Ce qu’on demande, c’est de la visibilité. C’est que tout soit décidé dans le contrat quinquennal et que les éléments soient donnés sur le long terme. Mais malheureusement, les propositions de loi de finances peuvent affecter le contrat et le budget de l’ONF.

    Quelles missions pourriez-vous renforcer avec plus de moyens ?

    L.B. : Les moyens humains nous permettraient vraiment d’adapter la sylviculture, notre gestion, mais aussi d’être plus présents sur les massifs pour pouvoir réduire encore un peu ce risque de DFCI. On va entretenir les infrastructures de DFCI qui permettent aux pompiers d’accéder aux massifs, c’est-à-dire les pistes et les routes forestières, les citernes qui permettent de stocker de l’eau en forêt, les barrières qui permettent de fermer les massifs et contrôler l’afflux des gens quand il y a des périodes d’interdiction. On va aussi faire des patrouilles purement de prévention, où on va dire aux gens d’avoir un comportement responsable et où on va surveiller les massifs. Il y a d’autres types de patrouilles qui sont des patrouilles d’intervention sur les petits feux, avec des 4×4 et des cuves de 400 litres. Et quand il y a des plus gros feux, le rôle de l’ONF, c’est aussi de guider les secours en leur disant : « Là, ce sont des peuplements qui sont assez inflammables », ou bien « le vent va dans cette direction ».

    Quel est l’enjeu actuel de l’ONF ?

    L.B. : L’enjeu du siècle c’est de transmettre une forêt qui soit résistante, résiliente et adaptée aux changements climatiques. On a vraiment un intérêt à avoir une forêt qui stocke du carbone, qui permet de fixer l’eau, et de réduire la pollution.

  • [C’est l’été] Entretien : Chinese Man, « La tournée d’été, l’occasion de se rassembler autour de la musique »

    [C’est l’été] Entretien : Chinese Man, « La tournée d’été, l’occasion de se rassembler autour de la musique »

    La Marseillaise : Quelle est l’histoire de Chinese Man ?

    Matteo : On a lancé le projet de Chinese Man il y a 20 ans. C’étaient des artistes qui avaient envie de faire de la musique tout en restant indépendants. Chinese Man, c’est d’abord un groupe, formé par High Ku, Sly et moi, puis un label, Chinese Man records, et un collectif. Au départ, c’était un projet uniquement musical, mais il est devenu protéiforme en évoluant, avec d’autres formes d’art, notamment de la vidéo. On a toujours eu comme objectif de mettre en avant un projet, plus que des individus, tout en restant libres dans nos choix artistiques et dans les directions que l’on voulait prendre. On tient à cette indépendance.

    Comment définiriez-vous la musique de Chinese Man ? Quel est le style du collectif ?

    Matteo : C’est une musique inspirée par le hip-hop, notamment la manière de fabriquer de la musique avec le sample. Au début, on était très influencé par la culture hip-hop des années 80 et 90, le hip-hop instrumental, DJ Shadow, puis la bassmusic par exemple. Toute cette vague-là nous a beaucoup influencés. Au fil des années, puisqu’il y a une porosité entre les styles musicaux, on est arrivé à un mélange qui nous permet d’avoir des esthétiques musicaux très différents.

    Qui sera présent sur scène ce mercredi ?

    Matteo : Ce mercredi soir, ce n’est pas le groupe Chinese Man qui se produit, c’est moi en tant que membre du groupe et du collectif. J’ai invité l’artiste Tracy De Sá, une rappeuse engagée, qui tient un collectif féministe. Elle a un parcours incroyable, avec des influences musicales espagnoles, anglaises, indiennes, portugaises… Cela fait déjà plusieurs fois que j’arrive à l’inviter sur scène avec moi. Je serai en DJ set et elle sera là pour poser une voix, créer de l’interaction avec le public. Elle interviendra sur des sons de son répertoire et sur d’autres pour qu’elle improvise : l’idée, c’est vraiment de faire fusionner nos deux univers.

    C’est la première fois que vous prenez part à la tournée d’été La Marseillaise. Pourquoi avoir accepté d’y participer ?

    Matteo : Les valeurs, l’indépendance et l’engagement de La Marseillaise correspondent à la fois à ce que l’on fait avec notre label et à comment je situe personnellement mon action en tant qu’artiste. Par exemple, avec la branche Applause du label Chinese Man Record, on développe des scènes émergentes et inclusives, ou nous essayons de créer de la sécurité. La tournée d’été La Marseillaise représente également une occasion de se réunir, d’avoir un espace gratuit pour se rassembler autour de la musique. La musique permet de partager ces valeurs. Le collectif est également basé dans le sud de la France. Personnellement, j’habite à Marseille depuis longtemps. On trouvait ça chouette de faire une date gratuite ici. Depuis le début de notre carrière, on a beaucoup bougé et on a beaucoup fait de dates à l’international, mais c’est vrai que l’on a un peu délaissé la scène locale. Cela fait quelques années que l’on essaie de remettre notre énergie vers ces espaces-là, la Plaine est un lieu significatif pour ça.

    La scène sur laquelle vous allez jouer mercredi est une scène ouverte, place Jean-Jaurès. Avez-vous l’habitude de jouer dans ce type de configuration ? Comment appréhendez-vous le concert ?

    Matteo : C’est rare pour nous de faire des scènes ouvertes et gratuites. C’est une configuration particulière pour les gens qui sont là pour écouter la performance, pour ceux qui viennent juste sur cet espace public sans avoir forcément envie d’écouter un concert, mais aussi pour ceux qui jouent sur scène. Il faut prendre en compte la situation et s’adapter au public. La scène ouverte permet d’offrir un accès à la musique. On crée un temps ensemble, d’échange et de partage.

    La sixième date de la tournée d’été La Marseillaise se tient ce mercredi 29 juillet sur la place Jean-Jaurès, à Marseille, à partir de 20h. Accès libre.