Tag: Elections

  • [Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Cogolin, la fin de l’ère Lansade suscite un regain d’espoir

    [Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Cogolin, la fin de l’ère Lansade suscite un regain d’espoir

    Attablé dans un café du centre-ville, Francis José-Maria, président de l’association Place publique Cogolin et opposant de longue date à la politique d’extrême droite menée par Marc-Etienne Lansade, savoure l’instant. Sa commune, qui affichait le record de France du nombre de listes d’extrême droite en lice aux municipales (officiellement quatre), va pouvoir tourner la page grâce à la victoire d’Isabelle Farnet-Risso (DVD) : « C’est un soulagement, après douze ans de mandat. Lansade et son équipe ont maltraité la commune, avec une approche très clientéliste. Ils ont monté les Cogolinois les uns contre les autres, en fonction de leurs origines et de leur religion, et porté atteinte aux libertés des associations et de la presse. »

    La chute de l’édile aux onze mises en examen, condamné à 5 ans d’inéligibilité en juillet, « avec trois dossiers toujours en cours » précise-t-il, ainsi que celle de ses successeurs, est suivie d’une autre bonne nouvelle : l’effondrement de l’extrême droite, marqué par la défaite de Pierre-Yves Tierce (DVD), qui avait fusionné sa liste avec celle du RN Philippe Valet pour le second tour. « Lui qui se disait d’une droite présentable a, en plus, reçu le soutien de la plupart des autres listes d’extrême droite, et de Lansade. C’est la même stratégie que Ciotti ou que le maire de Sainte-Maxime, son mentor, qui l’a envoyé à Cogolin, et n’a pas hésité à prendre des membres du RN sur sa liste », explique celui qui a soutenu Isabelle Farnet-Risso, « qui était la plus proche de (ses) valeurs ». Un soutien dont Pierre-Yves Tierce a tenté de se servir : « Il a balancé des mensonges éhontés dans l’entre-deux-tours pour faire basculer une partie de l’électorat, disant que j’étais LFI, que j’avais un projet de camp pour migrants. Ce cocktail est un chiffon rouge ici. »

    Francis José-Maria souhaite que Cogolin devienne un « cas d’école » : « A contrario de ce qu’on veut faire croire, on a déjà essayé le RN, à Cogolin, à Toulon, et ça s’est toujours mal terminé. Les gens s’en sont détournés, surtout pour le côté affairiste. »

    Les habitants entre satisfaction et attentes

    Chez de nombreux habitants rencontrés dans les rues, ce changement de municipalité est également bien perçu : « Le maire a laissé une commune surendettée. Certains pensent que le FN est une solution pour la France, mais rien qu’au niveau communal, ça a été une catastrophe. On imagine ce que ce serait avec 70 millions d’habitants en voyant ce que ça a donné sur une commune de 12 000 », dénonce Christian. « Toutes ces affaires, ce n’est pas top pour l’image de Cogolin, mais c’est du passé maintenant », positive Juliet, jeune adulte à la tête d’une friperie dans la commune. Elle espère un renouveau urbain et intergénérationnel : « Le centre-ville a été mis de côté, il fallait un changement. Il faut redynamiser la ville dans son ensemble, prendre en compte tous les âges. Il faut motiver la jeunesse à rester, lui donner des coups de pouce, ainsi qu’aux saisonniers et aux commerçants, car Cogolin n’a pas atteint le maximum de ses capacités. »

    Un avis partagé par Vanessa, « contente de ce changement » pour l’avenir de ses enfants et qui espère « retrouver l’ancien Cogolin et la joie de vivre du village. On connaît Isabelle Farnet-Risso. C’est une Cogolinoise, elle est à l’écoute. Je crois que c’est ce qui a fait changer la donne, beaucoup de gens se disent qu’on va pouvoir prendre les choses en main avec elle ».

    Certains, comme Sébastien, qui a voté pour Pierre-Yves Tierce, se montrent plus dubitatifs : « On verra dans le futur si c’est positif », demande-t-il à voir. Comme Nicolas, qui a perdu foi en la politique : « Ils sont tous pareils. On verra bien ce qu’elle va faire, si elle suit son programme, c’est du lourd (sic). Cogolin n’est plus le Cogolin d’avant. Il n’y a plus de tourisme. Les voiries sont abîmées, il y a plus d’urgence à faire ça qu’à faire des bâtiments. »

    Quoi qu’il en soit, pour Nathalie, la nouvelle maire et son équipe vont « avoir du boulot » pour effacer les traces de l’ère Lansade. « Il faut prendre conscience que les gens doivent s’unir plutôt que se tirer dans les pattes. C’est ça qui fait la force d’un village. Il faut créer une harmonie, c’est un grand travail et je souhaite bien du courage à la nouvelle maire. »

  • [Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Carpentras, l’inquiétude après la victoire du RN

    [Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Carpentras, l’inquiétude après la victoire du RN

    Le sommet blanc de neige du mont Ventoux, qui scintille sous le soleil, à Carpentras, n’a pas fait oublier aux locaux la vague brune qui s’est abattue sur la ville dimanche, lorsque le candidat du Rassemblement national, Hervé de Lépinau, l’a emporté au second tour des élections municipales avec 50,78% des suffrages exprimés face à une gauche divisée.

    La capitale du Comtat Venaissin a ainsi basculé, pour la première fois de son histoire, à l’extrême droite. Et dans les rues du centre-ville de la deuxième plus grande ville du département de Vaucluse, les avis divergent. Claude, retraitée, assure qu’il « fallait du changement » et que « tout le monde mérite sa chance », sans pouvoir en dire plus sur les motivations de son vote, tandis que son petit-fils, la vingtaine, acquiesce sans vouloir en rajouter non plus. « Le Rassemblement national n’a pas sa place à Carpentras, ce n’est pas une bonne chose. Cela risque d’être compliqué pour un bon nombre d’habitants, notamment ceux des quartiers », regrette de son côté Didier, qui a voté dimanche pour le maire sortant Serge Andrieu. Mohammed, maçon de métier, a de son côté voté pour Francis Adolphe, maire de 2008 à 2018 contraint de quitter ses fonctions après une condamnation pour violences conjugales, car il le « connaît personnellement ». « Je juge au résultat, donc je préfère ne pas me prononcer avant de voir ce que ça donne. Mais c’est sûr que, quand on voit ce qu’il se passe au niveau national, on peut être inquiet », glisse-t-il, tout en regrettant le « cirque » de l’entre-deux-tours entre les deux candidats de gauche lors des discussions pour une fusion, qui ont finalement échoué.

    Un laboratoire

    Autre inquiétude majeure : la menace qui plane sur les structures associatives. À Carpentras, nombre d’entre elles vivent ou survivent au gré des subventions de la municipalité. Et l’éventualité d’un retrait de celles-ci, au bon vouloir d’une nouvelle politique plus austère, signifierait un arrêt de l’activité. Lors de son élection, Hervé de Lépinau apportait là-dessus une « réponse très juridique », de ses propres mots, tout en assurant qu’il ne ferait « rien de violent ». Ce, pour expliquer qu’il se fierait « aux contrats passés entre l’association et la commune et de voir si les objectifs sont remplis ». Et d’ajouter qu’il s’appuiera également sur la loi NOTRe de 2015 et que ce sera du cas par cas. « Soit on ne rentre pas dans le cadre réglementaire, ou l’équipe municipale considérera que ce n’est pas utile pour l’attractivité de la commune. »

    Du côté d’un dirigeant d’une association locale, souhaitant rester anonyme « pour ne pas tendre le bâton pour se faire battre », on craint que le futur premier édile « fasse une application stricte de l’idéologie » de son parti. Ce qu’il souhaite éviter « pour ne pas finir comme à Orange, où Bompard a supprimé toutes les subventions du jour au lendemain et où il n’y a plus un arbre ni un banc dans les cités ». Concernant de potentiels objectifs, il nuance en expliquant qu’il existe déjà des conventions de travail, mais qu’une possible évolution de celles-ci peut changer la donne. D’autant que plusieurs structures utilisent des locaux municipaux.

    Les futurs élus de l’opposition ont également exprimé leurs craintes. Le maire sortant, qui aura quatre sièges au conseil municipal, craint que le parti à la flamme ne fasse de Carpentras « son laboratoire, y développe des politiques xénophobes, inégalitaires et profondément injustes ». Francis Adolphe, qui a devancé Serge Andrieu de 22 voix, aura, lui, cinq sièges au conseil municipal. « Il faudra défendre en priorité le personnel municipal et éviter toute souffrance au travail. Mais aussi, évidemment, le tissu associatif, qui est très fort avec de nombreux bénévoles et qu’il faut continuer à aider. Il faut tenir compte de toute la population. Cette diversité de culture doit rester forte », confie ce dernier.

  • Le PCF varois pointe la « désunion » de la gauche

    Le PCF varois pointe la « désunion » de la gauche

    Au terme d’élections municipales qui ont vu l’extrême droite se maintenir ou l’emporter dans six communes du département (Fréjus, La Seyne-sur-Mer, La Valette-du-Var, Six-Fours, Salernes, Puget-sur-Argens), la fédération varoise du PCF fait le bilan.

    Si « la gauche était unie au premier tour dans plusieurs villes », la désunion, notamment à La Seyne et à Toulon, « les deux villes les plus importantes du département », fruit « de petits calculs politiciens irresponsables », est pointée du doigt. Au même titre que l’éloignement « des préoccupations du monde du travail et des quartiers populaires, avec une image brouillée au niveau national par les votes à l’Assemblée nationale », responsable du « recul » global des forces progressistes. « Les communistes ont agi pour rassembler les habitants sur des enjeux de progrès. Cela n’a pas suffi pour remporter des victoires », déplore le PCF 83, qui salue tout de même « les élus de gauche qui, dans leur diversité, vont siéger dans des conseils municipaux ».

    « Un travail en direction des abstentionnistes »

    Les communistes soulignent aussi « l’effondrement de la droite aux manettes depuis des décennies. Cette droite qui, par son implication dans différentes affaires judiciaires, ses allers-retours vers la macronie, sa porosité avec l’extrême droite, a ouvert la voie à cette dernière ».

    Pour contrer cette avancée, il faudra donc « poursuivre l’engagement contre l’urbanisation à outrance, la spéculation immobilière, la casse des services publics, leur privatisation », tout en défendant « l’emploi, le pouvoir d’achat, des logements accessibles, l’accès à des soins de qualité, le vivre ensemble ».

    Enfin, eu égard au taux d’abstention qui dépasse les 40% dans le département, le PCF Var mènera « un travail en direction des abstentionnistes, notamment pour les salariés ouvriers, employés, le monde du travail, qui attendent un positionnement politique qui corresponde à leurs attentes. »

  • Un recours déposé par Isabel Gamba (DVC) dénonçant “des irrégularités” à Oraison

    Un recours déposé par Isabel Gamba (DVC) dénonçant “des irrégularités” à Oraison

    Des isoloirs “pas aux normes” et, des “défaillances dans l’organisation” du scrutin… Tels sont les éléments “susceptibles d’avoir altéré la sincérité du scrutin” avancés par l’équipe d’Isabel Gamba qui a déposé vendredi un recours au tribunal administratif. Le maire sortant Benoît Gauvan (Renaissance) a été réélu dès le premier tour à 50,16%. A seulement quelques voix près, il y aurait eu un second tour. C’est également ce que dénonce la candidate et sa directrice de campagne Andréa Laurent, qui avait elle récolté 25,17% des voix.

    Dans un communiqué adressé à La Marseillaise mardi, la candidate Isabel Gamba et sa directrice de campagne Andréa Laurent dénoncent “des conditions matérielles d’organisation non conformes aux exigences relatives à la garantie du secret du vote”, ainsi que “des atteintes potentielles au principe d’égalité entre les candidats” et “la diffusion tardive d’éléments de polémique, intervenue dans des conditions ne permettant pas une réponse utile et effective, susceptible de constituer une manœuvre de nature à altérer la sincérité du scrutin”.

    Au regard de l’écart de voix particulièrement réduit, ces éléments sont susceptibles d’avoir exercé une influence déterminante sur le résultat du scrutin”, écrivent-elles. Contacté, le maire réélu en conseil municipal d’installation samedi n’a pas répondu dans l’immédiat et devrait s’exprimer à ce sujet prochainement.

  • Hors-sol, Oziol et Altrad relégués dans l’opposition montpelliéraine

    Hors-sol, Oziol et Altrad relégués dans l’opposition montpelliéraine

    Avec l’assise des 40,73% de J-L. Mélenchon à la dernière Présidentielle, Nathalie Oziol apercevait une porte entrouverte vers la mairie de Montpellier. Fort de sa notoriété et de sa réussite insolente dans les affaires, Mohed Altrad s’imaginait déjà régner sur le Clapas, tel un Georges Frêche de droite. Mais les municipales et les scrutins nationaux répondent à des logiques différentes et on ne gère pas la 7e ville de France comme une multinationale.

    Telle est la leçon que les électeurs ont donnée à Nathalie Oziol (25,06%) et Mohed Altrad (24,81%), sèchement battus dimanche 22 mars dans la triangulaire qui les opposait au maire socialiste sortant, Michaël Delafosse (50,13%).

    Peut-être que les réseaux socialistes tissés par Georges Frêche et que Mohed Altrad rêvait de court-circuiter sont toujours solides à Montpellier. Peut-être qu’en dépit de certains couacs, le bilan de M. Delafosse était suffisamment convaincant pour rendre impossible un scénario dégagiste dont avait été victime Philippe Saurel en 2020. Il n’en demeure pas moins que Nathalie Oziol et Mohed Altrad ont, chacun à leur façon, loupé leur campagne.

    La députée Insoumise a mis du temps a asseoir sa légitimité dans son propre camp, au départ coupé en trois, avant de faire front. Ensuite, l’angle très agressif, parfois caricatural choisi par N. Oziol contre le maire n’a pas permis d’élargir son potentiel électoral ni de réveiller les quartiers populaires. D’aucuns ont eu le sentiment qu’elle menait une campagne nationale anti-PS pour préparer le terrain à Mélenchon. Côté Altrad, la crédibilité a clairement fait défaut après 6 ans à déserter les bancs de l’opposition puis à esquiver les débats publics. Sa liste agglomérat des déçus de P. Saurel ou du macronisme avait tout d’un règlement de comptes personnel dans le conflit qui oppose le milliardaire à M. Delafosse pour son refus de vente du stade de rugby. Le signe qu’en politique l’argent ne suffit pas.

    Avec 7 de leurs colistiers, N. Oziol et M. Altrad siégeront donc sur les bancs de l’opposition. Enfin, pour M. Altrad, rien n’est moins sûr. R.C

  • Agde : la « perle noire » emportée par une vague brune

    Agde : la « perle noire » emportée par une vague brune

    Perceptible dès le soir du 1er tour où Aurélien Lopez-Liguori était arrivé largement en tête (38,44%), la catastrophe a bien eu lieu, dimanche 22 mars en Agde. Le sage retrait du maire sortant Sébastien Frey (3e avec 20,74%) n’y a rien fait. La « perle noire de la Méditerranée » s’est fait emporter par une vague brune. Dans son duel qui l’opposait au médecin agathois divers droite Thierry Nadal (45,13%), Aurélien Lopez-Liguori (54,87%) l’a emporté avec 1 652 voix d’avance et une participation correcte (64,75%) qui ne laisse aucune place au doute.

    Quatrième ville la plus peuplée du département, Agde est donc la première ville héraultaise à basculer aux mains du RN. Terrible pour les habitants de ce territoire sinistré qui compte l’un des taux de chômage les plus élevés de France (17,6%). Mais est-ce bien étonnant ? Dès 2007, Agde avait massivement plébiscité N. Sarkozy (62,47% au 2e tour). Aux deux dernières Présidentielles de 2017 et 2022, M. Le Pen est chaque fois arrivée en tête contre E. Macron (54,37% puis 60,14%).

    Si bien qu’aux législatives 2022, l’élection du député RN Aurélien Lopez-Liguori (59,19%) au 2e tour contre le communiste Gabriel Blasco n’avait surpris personne. Pas plus que sa large réélection aux législatives anticipées de 2024. Ce qu’on n’aurait pas imaginé en revanche, c’est que le député RN soit reconduit dès le 1er tour (51,66%).

    A. Rivière (PS) contre le RN ?

    Nul besoin de se remémorer le score famélique de la gauche au 1er tour de ces municipales (Arthur Labatut 6,52%) pour savoir que depuis longtemps Agde penche très à droite. Mais jusqu’ici, Les Républicains gardaient la main localement. La folie des grandeurs de l’ancien maire démissionnaire (31 mai 2024) Gilles d’Ettore, mis en examen dans l’affaire de la voyante Sophia Martinez, a provoqué la bascule. Comptable aux yeux des électeurs de cette politique favorable aux promoteurs, son successeur depuis près de 2 ans, Sébastien Frey, n’a pas réussi à incarner le renouveau à droite. Du pain béni pour Lopez-Liguori qui laisse son siège de député à son suppléant, Bernard Chaumeil.

    Reste à savoir si l’ombre de l’extrême droite peut s’étendre jusqu’à l’Agglo Hérault Méditerranée. Brillamment réélu au 1er tour à Pézenas et en réflexion, Armand Rivière pourrait avoir des ambitions. Mais le socialiste n’a que 5 sièges à l’Agglo plus les 3 de son homologue PS Vincent Gaudy reconduit à Florensac contre 13 acquis au RN avec Agde. D’autant que le maire DVD de Bessan (4 sièges), Stéphane Pépin-Bonet, a de bonnes relations avec Lopez-Liguori. Sachant qu’il faut 30 sièges pour prendre l’Agglo, le choix des maires de Portiragnes, Lézignan ou Saint-Thibéry (…) sera prochainement décisif.

  • M. Delafosse : « L’envie de poursuivre la transformation de Montpellier »

    M. Delafosse : « L’envie de poursuivre la transformation de Montpellier »

    La Marseillaise : Quel est votre état d’esprit après votre réélection ?

    Michaël Delafosse : Je veux d’abord exprimer ma satisfaction et ma reconnaissance en direction des Montpelliérains qui nous ont accordé leur confiance et les remercier. Durant cette campagne, ils nous ont fait part de leur grande fierté d’avoir tenu nos promesses, rendu les transports gratuits, s’attaquer à la rénovation des quartiers populaires. Une campagne qui s’adresse à l’intelligence des gens, où nous avons porté un projet global pour la ville, dans chaque quartier, avec une envie de poursuivre la transformation de Montpellier. Ils nous ont également beaucoup salué dans une campagne qu’ils ont pour beaucoup trouvé très violente, comme si notre vie démocratique était en train de se trumpiser. Si ça ne s’était vu qu’à Montpellier, ce ne serait pas grave. Mais dans plein d’endroits dans notre pays, la violence s’est déchaînée dans le débat démocratique.

    Plus de la moitié des inscrits ne sont pas allés voter au second tour, comment les mobiliser ?

    M. D. : La crise démocratique ou l’abstention se passe partout en France, d’élections en élections. Je ne vais pas m’en réjouir, c’est un phénomène qui est préoccupant. À Montpellier, sans doute beaucoup de gens ont dit « l’élection est jouée » et s’en sont peut-être un peu détournés. Mais je ne veux pas tirer d’analyse hâtive sur la cause de cette abstention. Cela montre que la défiance à l’endroit de la politique est forte, comme la capacité de la politique à changer les choses. Nous nous efforçons d’y répondre. Quand on promet la gratuité des transports, on donne la date, le jour et l’heure de sa mise en œuvre. Oui, la politique peut changer les choses. Et donc, ça ce sont des éléments. Beaucoup de nos concitoyens sentent qu’aujourd’hui il y a des leaders politiques qui déclament, mais qu’à la fin les réalités sont inexistantes. Et de ce point de vue, l’action du Président Macron est assez révélatrice. Moi j’ai souvent cette phrase, la France des procédures obère la France des projets.

    Et donc la question de la perception du choix apparaît très souvent difficile et je pense que ça joue aussi dans cette abstention. Après, ça dit aussi qu’il y a des gens qui ont des problèmes et tout ça leur apparaît parfois très loin, notamment dans les quartiers populaires. Alors je le dis, je suis élu par une majorité mais je serai évidemment respectueux de tous et de toutes.

    LFI a été votre principal adversaire à Montpellier mais on a vu à l’œuvre des alliances entre insoumis et socialistes. Comment va se passer la cohabitation ?

    M. D. : C’est à eux de le dire. Ce que je constate, c’est que LFI, depuis le premier jour en conseil municipal [en 2020], combat l’action d’une des villes qui a mené l’une des politiques les plus à gauche et les plus écologistes de France. J’ai toujours dit qui était mon adversaire et mon ennemi : l’extrême droite. Et d’ailleurs je n’ai pas fait des tracts contre les autres, j’ai fait des tracts pour Montpellier et pour les gens. Moi j’ai été caricaturé, attaqué par une composante qui se réclame de la gauche. Le respect de la parole, ça compte. Quand on prend une position nationale de clarté, il faut s’y tenir. On peut prendre une position autre, mais dans ce cas-là, on s’y tient. Je constate, dans des villes où l’alliance a eu lieu, alors qu’elles apparaissaient imperdables pour la gauche, une partie des électeurs se sont détournés. À Brest, à Clermont-Ferrand, etc.

    Nous sommes très différents du style : l’outrance contre la pondération, la constance des convictions face à parfois des cheminements douteux quand on vote contre la gratuité des transports. D’ailleurs, les élus LFI au conseil municipal auront un premier test puisque c’est dans le budget que figurera la gratuité des transports. Et donc s’ils ne le votent pas, ils seront cohérents avec leur position passée, mais qu’ils ne viennent pas ensuite nous faire la leçon.

    Quels sont les premiers projets que vous allez lancer ?

    M. D. : N’espérez pas de pause dans l’action. Il y a plusieurs choses. Mais évidemment, l’installation de l’antenne du CHU à la Mosson est un sujet prioritaire pour moi. Nous allons commencer à travailler sur le plan infrastructures sportives 2035 et nous présenterons le premier gymnase qui va être rénové pour répondre à la pratique amateure. Nous allons travailler sur le musée Fabre en lançant les travaux pour son bicentenaire d’extension, ça va être le symbole de l’engagement de la ville en faveur de la culture. Nous allons travailler sur les enjeux des projets qu’on va mettre en concertation : la mise en œuvre du plan trottoir, sur le sujet des bus tram. Et d’ailleurs il y aura beaucoup de temps de participation.

  • Bagnols-sur-Cèze, 3e ville du Gard, bascule au RN

    Bagnols-sur-Cèze, 3e ville du Gard, bascule au RN

    Après Beaucaire, 4e ville du Gard il y a douze ans, c’est au tour de Bagnols-sur-Cèze de tomber. Si la vague brune a été contenue de justesse à Nîmes et Alès, elle a emporté une terre labourée depuis des décennies par le Parti socialiste, qui s’est totalement retiré du scrutin municipal cette année.

    Cette « défaite annoncée » comme le dit le communiste local Elian Cellier, n’était pas inéluctable. Bien sûr, la députée de la circonscription Pascale Bordes, réélue en 2024, partait favorite. Mais un scrutin local n’est pas un scrutin national. Si la députée est parvenue à lisser l’image du parti d’extrême droite sur son territoire, elle comptait aussi de nombreuses faiblesses : une liste familiale inexpérimentée composée de nombreux couples, un programme uniquement axé sur la sécurité et une absence assumée dans l’opposition au conseil municipal depuis cinq ans signe que ses priorités n’étaient pas vraiment les sujets locaux. Mais en face, l’irresponsabilité de la désunion l’a emporté et avec elle, la menace d’une implantation durable de l’extrême droite sur le territoire bagnolais.

    « Ils sont complices »

    Élu sur une liste de gauche en 2008, le maire sortant Jean-Yves Chapelet n’a cessé de glisser vers la droite. Puis, les dossiers de l’imam Mahjoubi et la prolifération du trafic de drogue ont fini de le décrédibiliser. Incapable de s’en rendre compte avant le scrutin, Jean-Yves Chapelet est arrivé deuxième du premier tour mais avec un score historiquement bas (18,25%) qui montrait son incapacité à rassembler (25,02% au second tour). Il n’a d’ailleurs même pas tenté une alliance avec Philippe Broche arrivé 4e avec 14,43%. Incapable non plus de s’entendre avec les autres forces de gauche, Jérôme Jackel (Debout!) n’a jamais envisagé de se retirer et termine dernier de la triangulaire (22,10%).

    Après la victoire du RN, Elian Cellier s’en est pris aux auteurs de la désunion : « On ne peut rien contre la bêtise des hommes. Chapelet élu en 2008 sur une liste de gauche aura mandat après mandat exclu les communistes, les socialistes pour rejoindre le centre droit. Les idiots-utiles que sont les Jackel, Michel Cegielski (éliminé au 1er tour), Sylvain Hille (PS), Alain David (SE) et Christophe Prévost (ancien gilet jaune, plusieurs fois candidats) portent une lourde responsabilité dans la prise de la ville par le RN. Cette situation était pourtant prévisible. À croire qu’ils sont complices ».

  • La Seyne-sur-Mer, anatomie d’une chute

    La Seyne-sur-Mer, anatomie d’une chute

    Une claque à la hauteur du préjudice. Entre 1945 et 2020, la Seyne-sur-Mer a passé 55 ans à gauche, dont 22 sous le mandat de Toussaint Merle, illustre figure communiste de la Résistance. Le RPR (droite) y a exercé le pouvoir par intermittence, mais la cité des chantiers navals finissait toujours par revenir à ses racines ouvrières, portée par une mémoire profondément ancrée dans le fer du syndicalisme industriel.

    Une histoire qui perdure, mais qui n’a pas suffi à empêcher un brutal basculement vers le RN. Son nouveau maire, Dorian Munoz, s’impose avec un score sans appel de 46,31% au second tour. Une question s’impose alors : comment en est-on arrivé là, dans une commune encore ancrée à gauche il y a six ans ? Occulter les responsabilités de cette dernière face à ce tsunami brun serait une erreur d’analyse. Le dernier maire progressiste, Marc Vuillemot (GRS, 2008-2020), n’est sans doute pas parvenu à relancer une ville que de nombreux habitants décrivent comme « en stagnation », voire « à l’abandon », pointant, entre autres, l’état des routes, du centre-ville et des écoles. Mais, dans un contexte d’austérité, est-il judicieux d’élire un parti qui a proposé, et voté, en janvier, une baisse de 4,9 milliards d’euros de la dotation globale de fonctionnement des collectivités territoriales ?

    Trois villes de TPM au RN

    Mais là n’est pas le nœud de la question. En 2020, les Seynois ont élu Nathalie Bicais (LR), à la tête d’une « coalition » composée et recomposée, au fil du mandat, de personnes de sensibilités diverses, de la gauche jusqu’au RN. Un cocktail instable qui a explosé quand la maire a été condamnée à 5 ans d’inéligibilité et remplacée par Joseph Minniti. D’incongrue, la majorité est devenue illisible, au détriment de La Seyne, toujours dans l’immobilisme, symbolisé par le recul sur la construction d’une école et le retard pris dans les projets d’urbanisme. La « faillite » d’une droite « qui a passé son temps à se quereller », pointait Stéphane Sacco, candidat de la liste Uni.e.s à Gauche pour la Seyne, arrivé troisième dimanche soir.

    Dernier épisode : la guerre ouverte entre Joseph Minniti et son ancien adjoint Cheikh Mansour. Le premier, qui avait, lors de son élection, assuré qu’il n’irait pas au-delà de son intérim, est revenu sur sa décision. Le second, qui ambitionnait sûrement de longue date de se présenter, a été au bout de son idée. Leur passe d’armes dans l’entre-deux-tours aura duré jusqu’à dimanche soir. Cheikh Mansour reprochait encore à Joseph Minniti son refus de fusion, pointant son incapacité « à cumuler les voix de Dailleau et Peurière ». Joseph Minniti, lui, reprochait à Cheikh Mansour d’avoir « trahi la ville », répétant que la tradition républicaine voulait que les candidats arrivés derrière se retirent.

    Un reproche également adressé à Stéphane Sacco, que le socialiste Olivier Andrau accusait d’avoir « fait le choix du pire : les places et les indemnités, les miettes plutôt que l’intérêt général », qualifiant sa liste et celle de Cheikh Mansour de « coalition d’irresponsables ». Stéphane Sacco qualifiait l’accusation d’« inappropriée », rétorquant que « c’est la partie de la gauche qui ne [les] a pas appuyés qui manque pour être 2e », pointant aussi le soutien de Marc Vuillemot à Joseph Minniti.

    Tous disaient regretter ce dénouement, qui semblait toutefois bien moins évitable qu’à Six-Fours, tombée dans l’escarcelle du député RN Frédéric Boccaletti… à seulement 21 voix près. Avec La Valette-du-Var, acquise par Julien Argento, ce sont désormais trois villes de la métropole TPM conquises par le parti frontiste. « Nous ne lâcherons rien pendant 7 ans », promet Stéphane Sacco.

  • « Les Aubagnais ont refusé que l’extrême droite mène la ville »

    « Les Aubagnais ont refusé que l’extrême droite mène la ville »

    La Marseillaise : Alors que vous étiez en troisième position au premier tour, c’est finalement vous qui arrivez en tête au second, devant la liste de Joëlle Melin (RN) et celle du maire sortant (DVD), Gérard Gazay. Comment traduisez-vous ces scores ?

    Jean-Pierre Squillari : Ces résultats montrent que les Aubagnais et les Aubagnaises ont refusé que l’extrême droite mène la ville. Et que les habitants ont aussi rejeté le maire sortant (DVD), Gérard Gazay. C’est ma première analyse. Et puis, pour moi, cela traduit aussi une volonté d’avoir plus de proximité, en faisant confiance à une personne qui connaît bien sa ville.

    Vous avez notamment fusionné avec la liste divers centre menée par Giovanni Schipani. Comment allez vous travailler ensemble ?

    J.-P.S. : D’une manière très naturelle, puisque leur programme a de grandes similarités avec le nôtre. Donc, ça ne pose pas de problème. Les quelques problèmes qu’il pourrait y avoir, on va les aplanir très rapidement. On a déjà eu une réunion de travail et on va se répartir les rôles. Comme convenu à l’avance, ils auront 8 sièges au conseil municipal.

    Après douze ans de droite, Aubagne revient donc à gauche…

    J.-P.S. : C’est quelque chose de pratiquement exceptionnel dans la zone, puisque c’est, je pense, la seule ville de cette importance qui bascule de droite à gauche. Ce qui veut dire que le travail qui a été accompli a été formidable. Parce qu’au début, nous n’étions pas favoris, parce que nous partions de pas grand-chose. Mais, au fur et à mesure de la campagne, qui a duré pour nous trois ans, on a vu les bénéfices de cela. Car on s’est mis en ordre de marche, il y a trois ans, pour faire cette liste citoyenne et de gauche. Je pense aussi que M. Gazay [maire sortant, DVD] nous a facilité la tâche par sa politique de constructeur, bétonneur et démolisseur. Les Aubagnais et les Aubagnaises ont été fatigués de cette politique. C’est d’ailleurs sûrement pour cela qu’il est arrivé troisième à la fin de ce second tour, derrière le Rassemblement national. Il y a eu un rejet de sa politique par les habitants.

    … mais le score de la liste du Rassemblement national, portée par Joëlle Melin, reste haut, avec 33,71%.

    J.-P.S. : D’abord, si vous comparez avec les élections législatives de 2022, les résultats de l’extrême droite sont en baisse, donc on voit que c’est fluctuant. Mais c’est vrai qu’il y a une montée du Rassemblement national dans la France entière. On peut toutefois dire quand même que sur Aubagne, on l’a contenu. Car c’est Joëlle Melin qui avait remporté la mise en 2022 [pour les élections législatives].

    Qu’est-ce que cela révèle, selon vous ?

    J.-P.S. : Ça montre qu’il y a sans doute eu un basculement des voix de droite, de la droite traditionnelle sur le Rassemblement national. Puisque Monsieur Gazay perd 10 points au premier tour [par rapport au premier tour de 2020]. Notre liste quant à elle, a conservé et consolidé son électorat. Mais ce que révèle cette élection, c’est la perte pour la droite traditionnelle de ses électeurs au profit du Rassemblement national à Aubagne, comme dans toute la France.

    Qu’est-ce qui, selon vous, pourrait résorber cette montée de l’extrême droite ?

    J.-P.S. : C’est un problème général, mais lorsque les Aubagnais et Aubagnaises verront que leur ville redevient accueillante, souriante et intéressante avec un centre-ville plus dynamique par exemple, naturellement, ils adhéreront à notre politique. On ne va pas faire de l’anti-RN basique. C’est naturellement que les citoyens vont revenir dans notre politique. On va également travailler dans les quartiers, et surtout avec les associations à qui on a coupé beaucoup d’aides et qui n’ont plus de budget pour faire leur travail.

    Vous voulez donc augmenter
    les subventions aux associations
     ?

    J.-P.S. : Oui. Les responsables des maisons de quartier font un travail extraordinaire avec quatre bouts de ficelle. Ils essaient de faire vivre un quartier, mais c’est très difficile. Car pour emmener les jeunes à la mer ou à la montagne, il faut louer un bus, et sans financement, ils ne pouvaient plus le faire.

    Quelles vont être vos priorités dans les prochaines semaines et mois ?

    J.-P.S. : Une fois que je serai élu officiellement maire, c’est-à-dire samedi à 11h, nous allons tout d’abord rassurer les commerçants du cour Voltaire en leur précisant que le marché reviendra sur le cour, une fois qu’on aura fait les aménagements nécessaires. Ce qui sera fait en plusieurs étapes, en faisant d’abord ce qu’on peut réaliser le plus rapidement et qui ne coûte pas grand-chose. Au mois de mai ou de juin, ensuite, comme on l’a dit dans nos propositions, programmer une braderie dans le centre-ville. Un événement festif qui se renouvellera tous les mois. Puis on va également entamer des négociations pour municipaliser ce qui peut l’être au détriment du privé.

    Que voulez-vous municipaliser ?

    J.-P.S. : Tout d’abord, on va créer une mutuelle municipale. On va également entamer des négociations pour les frais d’obsèques. Car municipaliser cette partie de la vie est important, au profit du pouvoir d’achat des habitants. L’idée est de réduire les coûts de nos administrés. Et puis on va étudier tous les contrats qui ont été signés, pour tenter de voir ceux que l’on peut annuler, ou ceux où l’on doit attendre la fin du contrat. On va également faire un audit [procédure de contrôle de la gestion, Ndlr.] sur la comptabilité pour savoir où en est la ville.

    Et quels sont les projets sur le plus long terme ?

    J.-P.S. : Il y a nos projets phares. Tout d’abord, la rénovation de la piscine centrale avec un grand parc urbain. Nous souhaitons également mettre en place un plan Marshall pour les écoles, c’est-à-dire qu’il faut que, durant la mandature, nous ayons pu rénover les écoles qui sont dans un état de délabrement. Nous allons également créer une zone agricole protégée, afin qu’aucune construction ne puisse exister sur les parcelles agricoles irriguées. Nous allons aussi mettre en place un plan particulier des risques d’incendie concernant les forêts et les constructions dans les collines.

    Enfin, nous allons travailler sur le domaine culturel. Là aussi, depuis deux mandatures, les artistes désertent Aubagne, alors qu’auparavant la ville était une pépinière de jeunes talents. Aujourd’hui, ils fuient et vont se réfugier ailleurs. Il y a donc un immense chantier autour de cette thématique.

    Avez-vous un dernier mot pour les Aubagnais et Aubagnaises ?

    J.-P.S. : Mon dernier mot, ce serait pour remercier les électeurs et les électrices qui nous ont fait confiance. Je voudrais également remercier et encourager les employés du service public qui ont subi pendant des années des suppressions de postes. On leur a dit de tenir bon, et on est là maintenant.

    « Il y a sans doute eu un basculement des voix de droite sur le RN »