Tag: Éducation

  • [Entretien] Laurent Frajerman, professeur d’histoire : « Il n’y a pas assez de places dans le supérieur »

    [Entretien] Laurent Frajerman, professeur d’histoire : « Il n’y a pas assez de places dans le supérieur »

    La Marseillaise : Comment expliquer la hausse du nombre de candidats sans vœux validé sur Parcoursup à l’issue de cette première phase ?

    Laurent Frajerman : Le problème c’est l’offre. On voit bien qu’il y a un système qui est sous tension, où il n’y a pas assez de place dans le supérieur. À cela s’ajoutent des coupes budgétaires assez importantes qui ont, à un moment donné, des répercussions sur l’offre d’enseignement. C’est assez inévitable. Donc on peut imaginer que ça se répercute sur les lycéens.

    Ce qui pousse les familles à se tourner vers le privé ?

    L.F. : Oui, cela explique cette hausse spectaculaire du privé. L’un des arguments de celui-ci, est de s’appuyer sur le stress des familles en disant qu’il ne recrute pas par Parcoursup. Cette plateforme est d’une grande opacité, le rapport parlementaire publié en février dernier, est assez frappant. Ses partisans, dont ces deux parlementaires [les députés Pierrick Courbon (PS) et Frantz Gumbs (Modem), Ndlr] passent un temps fou à affiner le mécanisme de sélection plutôt qu’à aider les élèves à réfléchir à leur orientation. Je le vis en tant que professeur principal, il y a un enseignement qui tourne à vide uniquement pour expliquer comment utiliser. Ce qui génère des différences sociales très importantes.

    Avec d’un côté, les familles qui, soit ont les qualifications, le milieu social qui leur permet de comprendre le fonctionnement et d’en tirer profit pour leurs enfants ou payent pour des coaching privés. Et, de l’autre, ceux qui sont un peu livrés à eux-mêmes. C’est le grand problème de Parcoursup.

    Qu’a changé la mise en place du contrôle continu ?

    L.F. : Celui-ci aboutit à une surnotation. Logiquement, cela a créé une pression massive des familles pour une amélioration des notes, pression à laquelle l’institution scolaire n’a pas résisté, globalement. Sauf, paradoxalement, dans les établissements d’excellence. Le contrôle continu fait qu’il y a une grande opacité, ce n’est pas que le dispositif Parcoursup, c’est toute l’architecture Blanquer. On ne sait plus à quoi se référer. Donc, on demande au post-bac globalement, de sélectionner beaucoup plus qu’avant, mais presque de sélectionner un peu à l’aveugle. C’est l’une des conséquences absurdes du manque de fiabilité du contrôle continu.

  • Admis au bac avec mention mais recalé par l’algorithme

    Admis au bac avec mention mais recalé par l’algorithme

    Quand Manuel*, lycéen dans un établissement privé de Marseille, formule ses vœux sur Parcoursup, rien ne laisse présager du parcours du combattant qui attend sa famille. Pour faire des études de kiné, il envisage une première année de médecine. « C’est un profil d’élève qui a suivi une scolarité classique sur des spécialités scientifiques », raconte sa mère.

    Consciente de l’incertitude qui accompagne désormais l’orientation post-bac et forte de l’expérience de sa fille aînée, cette dernière prend les devants. 24 vœux sont formulés : médecine, licences scientifiques, psychologie, Staps mais aussi des BTS « au cas où ». « Je lui disais : c’est le plan B, le plan C… ».

    Bon à rien, sans avenir

    Mais très vite, c’est l’incompréhension. Les BTS sont refusés. Les formations sélectives de médecine le placent trop loin sur des listes d’attente pour espérer une admission. Même les licences universitaires non-sélectives semblent inaccessibles. « On se demande comment font les enfants qui n’ont pas les parents derrière » souffle sa mère, écœurée du manque d’accompagnement et du timing.

    Car les premières réponses brutales, coïncident avec les épreuves du bac. « Il est allé passer ses épreuves en pleurant, en disant : je ne veux plus y aller, ça ne sert à rien. Il disait qu’il était bon à rien, qu’il n’avait pas d’avenir. » À la maison, il faut alors convaincre l’adolescent d’aller au bout : « Sa fin de lycée s’est faite dans les larmes, il ne voulait même pas aller au bal de fin d’année… » Avec la phase complémentaire, le 11 juin, l’espoir renaît. De nouvelles candidatures sont déposées. Sans succès. « On avait un retour en trois minutes : dossier non retenu. On imagine qu’il est bloqué par l’algorithme », reprend sa mère

    Malgré de nombreux appels à la plateforme, elle ne comprend pas pourquoi son fils reste sans proposition. Un paradoxe encore plus difficile à accepter que Manuel obtient son bac avec mention. « Là il se dit, je vais avoir au moins une licence », poursuit-elle sauf que les listes ne bougent pas. Avant la fermeture de la phase complémentaire, elle apprend « que les notes du bac ne comptent pas ». Ce même algorithme…

    « Une fois on m’a dit qu’ils étaient coincés par le nombre de demandes », poursuit-elle, « une autre on m’a dit qu’avec un service civique, il aurait des points pour faire la licence qu’il voulait. Mais quel rapport ? » Un accompagnement pouvant déboucher sur des places disponibles en septembre, est proposé… Mais tout va se débloquer de façon inattendue. Après avoir directement contacté un établissement dont les formations étaient ouvertes en complémentaire, elle envoie ses notes du bac et Manuel est « pris dans la journée… »

    Aujourd’hui soulagée, elle reste marquée par l’expérience. Assistante sociale à l’enfance, elle s’inquiète des conséquences psychologiques pour des jeunes déjà fragilisés par cette période charnière. « On est sur une tranche d’âge où apparaissent les premières maladies mentales, on est sur un risque psychique maximum, et leur faire vivre ça… Si je n’avais pas passé un mois à lui dire que ça ne définissait pas ce qu’il est, qu’il allait y arriver, mon gamin aurait fini terré au fond de son lit. C’est complètement inégalitaire. »

    * son prénom a été changé

  • Parcoursup : 126 000 candidats en attente

    Parcoursup : 126 000 candidats en attente

    C’est un été compliqué qui s’annonce pour des milliers de lycéens et étudiants en réorientation. La phase principale d’affectation de Parcoursup s’est clôturée samedi 11 juillet, la plateforme recense 126 652 candidats, parmi lesquels 57 024 bacheliers, 46 216 étudiants en réorientation et 23 412 candidats scolarisés à l’étranger, n’ayant pas reçu de proposition positive à l’un de leur vœu formulé. Cela équivaut à près de 15% des demandes, quand 576 749 bacheliers et 152 351 étudiants ont reçu au moins une proposition d’admission. À titre comparatif, le nombre de candidats sans proposition était de 103 582 en 2025. « Comme l’an dernier, ce sont des dizaines de milliers de bacheliers qui ont des réponses négatives à leurs vœux, des dizaines de milliers qui sont affectés dans une filière “par défaut”, parfois loin de chez eux, avec tous les frais et les difficultés que cela engendre… », dénonce dans un communiqué la Fédération nationale de l’enseignement de la culture et de la formation professionnelle Force ouvrière (Fnec FP- FO).

    Huit ans après son instauration, l’outil reste plus que jamais décrié. « La logique de Parcoursup a été faite pour créer une espèce de goulot d’étranglement qui s’inscrit dans la volonté de tri des élèves qu’on a vus à tous les niveaux, jusqu’au collège avec “le choc des savoirs” », fustige Marion Chopinet secrétaire académique du Snes-FSU Aix-Marseille. Dans un communiqué, le ministère de l’Enseignement supérieur pointe un « contexte de croissance forte du nombre de candidats inscrits cette année sur Parcoursup », soit 66 000 supplémentaires, en particulier du nombre de lycéens +10 000 par rapport à 2025 (660 000 lycéens au total) et davantage d’étudiants, 206 000 étudiants en réorientation (soit +23 000 par rapport à 2025).

    Une hausse démographique qui s’accompagne d’une suppression de 10 300 places cette année par rapport à 2025 selon Snesup-FSU. Auxquelles s’ajoutent les 43 000 places en moins par rapport à 2024. « Au lieu de mettre les moyens sur le supérieur et sur l’université pour ouvrir des places à tout le monde, on a pris le prétexte des taux de réorientation ou d’échec en première année pour créer un système de sélection extrêmement difficile. C’est-à-dire que maintenant, même sur un accès à l’université, la place n’est pas acquise », tempête Marion Chopinet.

    « Même à l’université,

    la place n’est pas acquise »

    Dès lors, et pour éviter que les élèves ne subissent le stress de se retrouver sans orientation, les professeurs les incitent à choisir des filières moins sélectives, à défaut de s’orienter vers celles qui leur plaisent… « On est hyper attentifs à ce que les élèves mettent des vœux de sécurité. C’est dans toutes les stratégies expliquées partout qu’on ne fait pas que des vœux sélectifs sur Parcoursup, puisque même les universités s’intègrent là-dedans, mais là aussi, même quand on demande une fac de sciences ou de langue, on n’est pas du tout sûr d’avoir de la place », déplore la syndicaliste. Quelque 5 781 bacheliers et 719 étudiants sans proposition d’admission ont depuis le 1er juillet sollicité l’accompagnement personnalisé des commissions d’accès à l’enseignement supérieur (CAES) pour les aider à trouver une place.

    La phase complémentaire se poursuit sur Parcoursup jusqu’au 10 septembre. Les candidats pourront se tourner d’ici là vers les formations où des places sont encore disponibles. Quelque 83 000 places sont vacantes dans 6 000 formations diversifiées (licences, BTS, BUT, classes préparatoires, écoles, etc.), selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Si l’on se fie à la carte interactive des formations disponibles, il reste par exemple des places en prépa au lycée Saint Exupéry à Marseille (15e), ou encore en licence de lettres à l’université d’Avignon, en BTS négociation et digitalisation de la relation client au lycée Dominique-Villars de Gap, en BUT génie biologique parcours agronomie au site de Digne-les-Bains de l’IUT d’Aix-Marseille, ainsi qu’en apprentissage certificat de spécialisation sommellerie au sein du lycée des métiers d’hôtellerie et tourisme Anne-Sophie-Pic à Toulon.

    Explosion de l’enseignement supérieur privé lucratif

    « En parallèle, le gouvernement Macron-Lecornu fait tout pour diriger les jeunes vers des formations payantes… ou bien vers l’armée », fustige la Fnec FP-FO, qui appelle à abroger Parcoursup. Et pour cause : sur les 16 635 formations consultables sur la carte interactive du ministère en charge, 6 646 le sont au sein d’établissements publics, 4 425 vers des structures privées en contrat avec l’État ou d’établissement d’enseignement supérieur consulaire (EESC), quand 5 564 sont exclusivement privés, allant de l’apprentissage rémunéré par l’entreprise à des formations facturées à 9 700 euros l’année ! « Parcoursup, ce n’est pas seulement le stress et la sélection. C’est aussi l’explosion de l’enseignement supérieur privé lucratif. Un marché parallèle s’est développé, financé par la taxe d’apprentissage et par des familles laissées seules face à un algorithme. Les jeunes sont l’avenir du pays, pas une marchandise. », alertait en janvier le sénateur communiste Pierre Ouzoulias.

  • Le soulagement des bacheliers à l’annonce des résultats

    Le soulagement des bacheliers à l’annonce des résultats

    « Je l’ai eu ! Je l’ai eu ! ». Mardi 7 juillet, à l’annonce des résultats du bac, les explosions de joie ont résonné dans la cour du lycée Périer à Marseille. À l’ouverture, un peu avant 11h, ils étaient une cinquantaine, agglutinés devant le portail, attendant avec appréhension. À quelques minutes de l’annonce, Maroua, élève de terminale, explique son angoisse et parle de « nausées et vomissements ». Une crainte partagée par Jolan, car avec ses notes au contrôle continu, le lycéen savait que le bac n’était pas gagné d’avance. S’il « redoutait les rattrapages », avoue-t-il, la surprise a été finalement bonne. Il obtient le bac dès le premier tour, et peut envisager sereinement la rentrée de septembre en première année de licence de physique. À ses côtés, son ami Anis « savait qu’il allait l’avoir », explique-t-il. Mais le jeune homme était venu chercher une mention, « le bonus », comme il l’appelle.

    Pour d’autres, la victoire a une saveur particulière. « Ça fait trois fois que je rate le bac », raconte Ludwig qui a bataillé pour suivre sa scolarité, alors « c’était cette fois ou jamais ». Après quatre années de terminale, sa réussite a suscité une explosion de joie chez ses camarades, mais aussi la fierté de ses professeurs. Pour la rentrée prochaine, Ludwig est d’ores et déjà accepté dans une licence de sciences, mais il garde espoir d’intégrer la première année de médecine, pour laquelle il est encore en liste d’attente.

    Devant le portail de l’établissement, les parents sont parfois plus angoissés que leurs enfants. À l’image de Nawal, qui attend avec impatience les résultats de sa fille. Si cette dernière est confiante au regard de ses résultats durant l’année, sa mère avoue « espérer une mention ».

    Les derniers aux revoirs

    Si les résultats étaient déjà visibles sur internet, certains élèves ont préféré garder la surprise, pour découvrir leurs notes entourés de leurs camarades. « Un moment plus authentique », estime Amaya. C’est aussi l’avis de Titouan, venu avec deux autres amis, « profiter une dernière fois de l’ambiance du lycée ».

    Pour d’autres, c’est l’occasion de « dire au revoir à leurs professeurs », expliquent Imane et Jasmine. À la sortie, c’est avec Monsieur Israël, enseignant de droit et d’économie, que les deux élèves échangent. Pour lui, il ne faisait aucun doute « que ces deux lycéennes allaient obtenir une mention », mais il était important de venir pour « dire merci », à des élèves « qui sont importants » pour lui. Au lycée Périer, la plupart des élèves rencontrés restent à Marseille pour leurs études. Par conséquent, pas de logement à trouver pour ces étudiants qui vivront chez leurs parents. Le bac en poche, certains, comme Louis, se réjouissent « d’être enfin tranquilles ».

    92,5%

    des élèves en terminale générale ont obtenu
    le baccalauréat,
    ils ont été 79,1 %, en filière technologique et 80,6 % pour les baccalauréats professionnels.

  • La colère ne faiblit pas contre « l’accord de la honte » entre l’Université de Montpellier et Total

    La colère ne faiblit pas contre « l’accord de la honte » entre l’Université de Montpellier et Total

    Ils étaient une petite cinquantaine, ce mardi 30 juin après-midi, à s’être réunis malgré la canicule devant le bâtiment administratif de la faculté des sciences de Montpellier. Mobilisés depuis déjà presque un mois, collectifs et étudiants réclament l’annulation d’un partenariat signé le 11 juin 2026 entre l’Université de Montpellier (UM) et la multinationale TotalEnergies.

    Une collaboration visant, selon l’UM, à « renforcer les liens entre le monde universitaire et le monde de l’entreprise, au bénéfice des étudiants du master mention énergie de la faculté des sciences. » À l’intérieur du bâtiment, la commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) était réunie, avec à l’ordre du jour une motion déposée par le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) demandant la résiliation du partenariat. Après de longs débats, la motion a finalement été rejetée à 18 voix « contre », et 9 voix « pour ».

    Des étudiants déterminés

    Aurélien Trannoy est membre du Scum, élu au Conseil d’administration de l’UM. Il raconte : « Nous avons appris l’existence du partenariat via un communiqué de presse de l’Université sur son site internet. Or TotalEnergies est une entreprise écocidaire, responsable du dérèglement climatique, et qui a été condamnée en octobre 2025 par le tribunal judiciaire de Paris pour greenwashing. L’Université de Montpellier se vante pourtant de son côté d’être classée au 14e rang mondial du classement de Shanghai pour l’écologie. C’est inacceptable. » Malo, étudiant en master écologie à l’UM, est venu soutenir la mobilisation parce qu’il se dit choqué à l’idée qu’une entreprise multinationale entre dans le système universitaire : « Le risque c’est qu’une entreprise polluante définisse la manière dont les savoirs sont créés autour de l’énergie et du développement durable. » À ses côtés, Floriane, membre de l’organisation le Poing Levé, ajoute : « C’est d’autant plus scandaleux que certains cours seront délivrés par des employés de TotalEnergies, ce qui revient à ce que Total délivre des diplômes à des étudiants qui s’intéressent à l’écologie. C’est ridicule. » Au cours de la réunion, la présidence a rappelé que l’instance décisionnaire restait le Conseil d’administration, qui se réunira le 6 juillet. « Nous ne manquerons donc pas de nous mobiliser une nouvelle fois à cette occasion », assure Aurélien Trannoy.

  • La CGT démonte une entreprise de conquête idéologique

    La CGT démonte une entreprise de conquête idéologique

    Depuis l’automne, la CGT Éduc’Action essaie d’alerter sur un livret mal nommé Passeport du civisme, diffusé dans plusieurs communes de l’académie de Nice, « qui cherche à faire de l’école un terrain de conquête idéologique ». Nous avions relayé dans nos colonnes le 24 novembre la lettre ouverte envoyée à la rectrice. Nos confrères du Canard Enchaîné venant de révéler le pilotage par l’extrême droite de ce document présenté comme pédagogique.

    Parmi les soutiens de ce « passeport » mis en avant, figurent Geoffroy Boulard, maire parisien proche de la Manif pour tous, et David Lisnard, maire de Cannes. Et l’association qui porte le dispositif est financée par le « Fonds du bien commun » de Pierre-Édouard Stérin. Ce milliardaire « patriote » et exilé fiscal en Belgique déclarant le 22 mars 2026, dans les colonnes du New York Times, sans ambiguïté : « Je suis encore plus à droite que l’extrême droite. » Il est l’initiateur du programme Patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, européens, souverainistes (Pericles) qui vise explicitement à fédérer toutes les forces réactionnaires dans une entreprise de conquête idéologique et électorale, explique Olivier Gérard, le secrétaire général de la CGT Éduc’Action. « Dans cette stratégie, l’école est à la fois un terrain d’influence, un espace de légitimation et une cible privilégiée des attaques », précise-t-il.

    Un « Passeport du Civisme » diffusé et revendiqué notamment par le très droitier maire de Saint-Raphaël Frédéric Masquelier, qui nous répondait : « Rien ne se fait pas de manière cachée ou en catimini. »

    Il serait intéressant de savoir ce que pense le nouveau préfet du Var de ce livret.

    L’école ne doit pas se taire

    « Un Passeport du Civisme à ce point problématique que le ministère de l’Éducation nationale a retiré son agrément à l’association en novembre 2024, au motif de lacunes pédagogiques et d’atteintes à la neutralité », rappelle le responsable syndical.

    Pourquoi dans ce cas laisser faire les mairies qui continuent à distribuer aux élèves dans les écoles de la République cet outil de propagande ?

    « Dans un contexte où notre employeur invoque, use et parfois dévoie le principe de neutralité du service public pour encadrer strictement les personnels, il est pour le moins surprenant qu’il accepte de faire de l’école la vitrine d’un programme municipal », pointe également Olivier Gérard. Et d’insister : « C’est un outil politique, financé par un acteur politique. Quel que soit le travestissement de son propos, il porte des valeurs qui ne sont pas celles de l’école républicaine. »

    Et pour la CGT, l’émetteur plus encore que les propos parfois habillés de bienveillance, éclaire la perfidie de l’intention politique, le projet idéologique déterminant la portée réelle d’un discours aussi séduisant paraît-il. Comme : « La jeunesse représente l’énergie qui doit porter la nation vers son avenir. » Le problème c’est que la formule vient de l’ex-dictateur du Chili Augusto Pinochet, prononcé le 9 juillet 1977, fait remarquer Olivier Gérard.

    Et de poursuivre : « Nous savons ce que vise cette galaxie réactionnaire. Elle se bat pour remodeler la société selon une vision autoritaire, identitaire et inégalitaire, en faisant de l’institution scolaire un instrument de normalisation idéologique et de hiérarchisation sociale. » L’occasion, de réaffirmer que « la CGT ne cédera jamais, nulle part, face à l’extrême droite ». Pas question donc d’accepter les pressions, intimidations, tentatives d’entrisme et les récits identitaires. Le responsable syndical conclut : « L’École ne doit pas se taire au nom d’une neutralité dévoyée, mais tenir droite, fidèle à sa mission, et refuser de devenir le terrain d’une idéologie qui nie l’égalité et fragilise la démocratie. La CGT, elle, ne lâchera jamais rien. »

    La Marseillaise non plus.

  • Les cent jours de mandat qui ont déjà changé Nîmes

    Les cent jours de mandat qui ont déjà changé Nîmes

    Vincent Bouget réussit-il une entrée en matière quasiment parfaite ? Pour l’heure, ni l’opposition de droite, toujours fracturée par les divisions, ni la démagogie du RN ne sont parvenues à faire tanguer la nouvelle équipe.

    Pourtant, après 25 ans sans alternance, lancer une nouvelle dynamique dans une administration centrale peu habituée à s’adapter était un véritable défi. Mais le nouveau maire de Nîmes s’est attaché en premier lieu à travailler avec les agents de la collectivité. C’est d’ailleurs sur ce point que Vincent Bouget a ouvert sa conférence de presse consacrée aux cent premiers jours de son mandat. « Nous avons réalisé huit réunions, organisé 60 ateliers avec 1 300 agents où la parole a été libre. Il fallait entendre les agents qui portaient des questions personnelles et globales. Ils ont fait 1 600 propositions pour rendre un meilleur service public », a présenté l’édile en précisant qu’un projet d’administration serait réalisé à l’automne.

    Ce dialogue, Vincent Bouget l’a également lancé avec les habitants de la Ville grâce à l’organisation de sept réunions publiques. Une restitution publique de ces discussions se tiendra d’ailleurs le 8 juillet à 18h30 au Parnasse.

    Des avancées concrètes

    Outre la méthode, Vincent Bouget s’est aussi félicité de plusieurs réalisations concrètes malgré « un budget 2026 décidé par l’ancienne équipe ». Parmi elles, le maire note la bonne organisation de la feria avec la mise en place des transports gratuits le week-end, expérience qui sera renouvelée pour la feria des Vendanges.

    « Nous sommes aussi allés plus vite que prévu pour le déblocage de fonds et de moyens humains pour le poste de police de Pissevin », s’est-il félicité. En effet, lors de son déplacement dans la capitale du Gard, Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, avait annoncé le déblocage d’une enveloppe de 620 000 euros pour la construction du poste de police dans le quartier populaire nîmois et l’arrivée de 16 policiers au 1er septembre au commissariat de Nîmes. Vincent Bouget a également confirmé que les élus de la majorité avançaient sur « les projets au long cours » comme la végétalisation de la ville et de ses écoles, la création des fameuses places communes, les questions de mobilité et la réhabilitation du stade des Costières.

    S’il n’a pas voulu s’éterniser sur les squelettes laissés dans le placard par l’équipe précédente, il a confirmé qu’en plus du fort endettement de Nîmes Métropole et de la situation du stade des Costières, qui étaient connus, la Ville connaît une « dette grise », c’est-à-dire que nombre d’infrastructures n’ont pas été entretenues ou rénovées. « Deux écoles ont connu une rénovation énergétique, il en reste 81. Ici, au Carré d’art, le toit fuit quand il pleut », a-t-il illustré.

    Gratuité des bibliothèques

    Si Vincent Bouget a tenu à réunir la presse au Carré d’Art, c’est surtout pour annoncer plusieurs nouveautés concernant la culture et l’éducation. Ainsi, les bibliothèques seront gratuites à partir du 1er septembre « comme dans 60% des collectivités de France ». Le coût de la mesure est estimé à 75 000 euros. En parallèle, tous les enfants entrant en CP recevront désormais une carte de bibliothèque. Concernant la jeunesse érigée en « priorité », 10 euros de fournitures scolaires ont aussi été débloqués par élève de primaire, s’ajoutant aux 50 euros de dotation totale par enfant déjà consentis. La mesure coûtera 50 000 euros.

    Vincent Bouget a aussi confirmé la gratuité totale du musée des cultures taurines à la rentrée et l’extension de la gratuité dans les trois autres musées municipaux (musée des beaux-arts, muséum d’histoire naturelle et musée du vieux Nîmes) pour les moins de 26 ans. Toutes ces mesures seront votées lors du conseil municipal du 4 juillet.

    Vincent Bouget a conclu en donnant rendez-vous aux habitants le 13 juillet aux Jardins de la Fontaine pour un nouveau rendez-vous : « À la Table de Marianne ». Le principe est simple, les Jardins seront ouverts jusqu’à minuit pour un « pique-nique géant familial », où le partage autour des valeurs républicaines sera à l’honneur, avec en prime des animations culturelles.

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, des créations de classes insuffisantes pour la FSU

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, des créations de classes insuffisantes pour la FSU

    Les syndicats Snes-FSU et Snep-FSU des Alpes-de-Haute-Provence étaient à la Direction de services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) de Digne-les-bains, ce mardi. En cause ? La suite du mouvement de contestation de la baisse des moyens dans les collèges et lycées. « Au mois de mars, nous avions fait une opération collèges morts, aujourd’hui, on avait une réunion pour savoir ce qu’il s’était passé depuis », relate Lionel Lasfargues, secrétaire du Snes-FSU et enseignant à Forcalquier. Une réunion avec des annonces plus ou moins positives : « Ils ont annoncé la création de cinq classes dans les collèges, mais en ont supprimé une autre. »

    « Rentrée catastrophique »

    Dans le détail, selon le syndicaliste, les collèges de Sainte-Tulle, Château-Arnoux-Saint-Auban, Forcalquier auront une classe en plus, et deux pour celui de Gassendi à Digne. Tandis que la suppression de classe concerne le collège Le Mont d’Or. Mais pas de quoi sauter au plafond : « Ils en avaient tellement supprimé au départ que ça reste une rentrée catastrophique pour nous. » Snes-Fsu et Snep-FSU décomptent à la fin « trois en classe en moins » pour la prochaine rentrée. « Cela fait des années que notre ministère publie le fait que nous sommes les derniers en Europe pour les effectifs par classe. La moyenne européenne est de 21 élèves, dans notre département, il manque donc 40 classes pour qu’on soit dans cette moyenne », dénonce Lionel Lasfargues. Plus globalement, il pointe des calculs arrangeant pour l’administration : « Ils prévoient 35 élèves en moins pour la rentrée prochaine, mais ils suppriment trois classes ! »

  • Les syndicats dénoncent une école inclusive à l’abandon

    Les syndicats dénoncent une école inclusive à l’abandon

    À Marseille, la FSU, la CGT Éducation 13, SUD Éducation et la FCPE ont organisé une conférence de presse commune, vendredi à la Bourse du travail, pour dénoncer le fait de ne pas avoir été invités à la 5e Conférence nationale du handicap (CNH). Ce rendez-vous, prévu le 25 juin sous la présidence du chef de l’État, a finalement été reporté, sans nouvelle date. Créée par la loi de 2005, cette conférence fixe pourtant, tous les trois ans, les grandes orientations de la politique du handicap, y compris à l’école.

    Pour les syndicats, ne pas être invités est « inacceptable », puisqu’il s’agit de « ne pas convier les personnels de l’éducation qui tiennent à bout de bras l’école inclusive au quotidien ». Vingt ans après la loi de 2005, le constat reste sévère : la Cour des comptes pointait déjà, en septembre 2024, un manque de formation des enseignants et des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), qui revendiquent un statut de fonctionnaire et une gestion plus humaine. Dans les Bouches-du-Rhône, les syndicats dénoncent des réseaux d’aides spécialisées (Rased) à bout de souffle et le manque de dispositifs spécialisés, notamment d’Unités localisées pour l’inclusion scolaire (Ulis). Selon Élodie Boussarie, enseignante spécialisée et militante à SUD Éducation, une quarantaine de postes d’enseignants auraient disparu dans le département, dont dix gelés à Marseille. À l’échelle nationale, elle évoque « 50 000 enfants qui étaient sans solution pour aller à l’école à la rentrée 2025 ».

    Des moyens humains insuffisants

    Côté AESH, Laurence Casandri, qui accompagne des élèves en Ulis à Port-de-Bouc, décrit un métier précaire : « La majorité d’entre nous gagnent entre 900 et 1 000 euros. » Elle évoque aussi une charge de travail épuisante, qui a fortement augmenté et pousse beaucoup d’entre eux à démissionner : « Avec un même contrat de 24 heures, on peut aujourd’hui suivre dix à quinze élèves, contre deux ou trois à ses débuts en 2009, faute d’assez de personnel. »

    Les syndicats critiquent aussi les Pôles d’appui à la scolarité (PAS) qui, selon eux, récupèrent des postes déjà existants au lieu de créer de nouveaux moyens. Ils demandent notamment moins d’élèves par classe, un véritable plan de formation pour les enseignants spécialisés, un statut pour les AESH et un renforcement de l’intervention du médico-social directement au sein des établissements scolaires.

    Sur le terrain, ce manque de moyens se traduit par des enfants qui peinent à suivre un enseignement correct. C’est le cas de Nils, 7 ans, atteint de troubles du spectre autistique et de TDAH. Sa mère, Sandra Manitch, raconte deux années de maintien en maternelle à l’école Château Saint-Cyr, à Marseille, puis un refus d’intégration en Ulis faute de place, sans aucune explication. Sa notification de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) prévoit pourtant 12 heures d’accompagnement AESH par semaine. Résultat : à la rentrée, en CP, Nils sera déscolarisé à mi-temps, faute de moyens suffisants pour l’accompagner toute la journée. « C’est la débrouille pour les directrices, pour les maîtresses, pour les parents, pour les enfants. Tout le monde doit se débrouiller tout seul », confie-t-elle.

    Les syndicats appellent désormais à une mobilisation commune pour faire entendre la voix des personnels et des familles, notamment lors de la prochaine CNH.

  • Les Bouches-du-Rhône renoncent à l’uniforme dans les collèges

    Les Bouches-du-Rhône renoncent à l’uniforme dans les collèges

    En cette rentrée 2024, au moment de remettre leurs nouveaux uniformes scolaires aux élèves du collège Château-Forbin dans le 11e arrondissement de Marseille, la présidente (DVD) du conseil départemental, Martine Vassal, se réjouissait d’une expérimentation qui allait « renforcer le sentiment d’appartenance à l’établissement scolaire, de répondre aux problématiques de harcèlement scolaire et d’améliorer le pouvoir d’achat des familles ». Mais deux ans plus tard, celle-ci tourne court. Ce 22 juin, la collectivité a brusquement résilié le marché signé avec la Quincaillerie aixoise pour fournir ces tenues uniques testées par 1 200 élèves à Château-Forbin et au collège Mont-Sauvy à Orgon. Officiellement, le conseil départemental estime que l’envolée du prix des uniformes proposée le 22 avril -plus de 31,90% en moyenne- remet en cause le contrat. Mais cette résiliation vient surtout mettre discrètement un terme à l’expérience largement médiatisée à son lancement.

    « Nous arrêtons effectivement l’expérimentation », confirme la conseillère départementale (DVC) déléguée aux collèges, Béatrice Bonfillon-Chiavassa, reconnaissant que les coûts de fabrication « avaient significativement augmenté ». Mais tandis que le collège d’Orgon comptait bien poursuivre l’expérience, le conseil d’administration de Château-Forbin s’est prononcé contre sa poursuite le 30 mars. « La gestion quotidienne des élèves ne respectant pas le port de la tenue représente une charge de travail trop importante », explique la conseillère départementale. Surtout, « l’État a décidé après ces deux ans d’expérimentation d’y mettre fin et donc d’arrêter la subvention qui l’accompagnait. C’est la raison pour laquelle nous avons arrêté cette expérimentation, avec regret », indique Béatrice Bonfillon-Chiavassa.

    « Pas un gâchis »

    Au total, près de 210 000 euros ont été initialement consacrés à cette expérimentation, indiquait le conseil départemental lors de son lancement, soit 127 euros par élève pris en charge pour moitié par la collectivité. « On ne peut pas dire que c’est un gâchis quand on réalise une expérimentation pour aller vers le mieux, défend l’élue. S’entêter à aller dans ce dispositif quand une équipe ne souhaite plus le faire, ça, cela aurait été du gâchis. » Elle espère désormais en tirer le bilan avant de regarder plus en avant. « Pour les avoir rencontrés, c’était plutôt bien perçu par les parents mais aussi par les élèves », explique-t-elle, y voyant une manière de lutter contre le harcèlement et d’aider les familles. Une étude de l’Éducation nationale publiée le 12 mai montrait que si les directions d’établissement appuyaient la mesure, l’uniforme était vu comme « une contrainte inutile » par la moitié des collégiens.