Tag: Editoriaux

  • Le déni et la naïveté

    Le déni et la naïveté

    Les propos du chef d’État-major des Armées, appelant, devant les maires de France réunis en congrès, à « accepter de perdre nos enfants », ont provoqué dans notre pays un état de sidération, singulièrement dans la jeunesse.

    Difficile pourtant de croire qu’il s’est exprimé sans mandat. Ses paroles, faites pour choquer, sont destinées à préparer les esprits aux annonces du président de la République autour du service militaire volontaire et à instaurer un climat de peur du lendemain pour légitimer un gouvernement qui ne tient qu’à un fil.

    Les va-t-en guerre accusent celles et ceux qui refusent l’engrenage guerrier de déni et de naïveté. Improbable inversion des rôles.

    Irresponsables

    Le déni réside chez ceux qui croient pouvoir résoudre la guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine en versant le sang de jeunes français sur le champ de bataille. Quant à la naïveté, elle se situe parmi ceux qui imaginent prendre part à un conflit en Europe sans conséquence en chaîne. Pas seulement pour nos jeunes, mais pour notre monde tout entier.

    La Russie comme la France sont des puissances nucléaires. Alors que les derniers témoins de l’horreur des bombardements atomiques à Hiroshima et Nagasaki sont présents dans notre région à l’invitation du Mouvement de la paix, l’irresponsabilité est bien du côté de ceux qui ont oublié les leçons du passé.

    L’indispensable Défense nationale n’a rien à voir avec le bellicisme. Elle doit au contraire créer les conditions de la protection de notre peuple.

    Au lieu d’aviver les tensions, la France doit peser de tout son poids diplomatique pour trouver un chemin de paix dans le respect du droit international.

    C’est ce qu’elle doit à ses enfants comme au monde.

  • Question de vie ou de mort

    Question de vie ou de mort

    Terrible constat : selon les derniers chiffres officiels publiés jeudi par la Mission interministérielle pour la protection des femmes, le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11% entre 2023 et 2024, avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Alors que l’année 2025 n’est pas encore achevée, les associations féministes ont déjà dénombré 151 femmes ou filles tuées dans un contexte de violence misogyne.

    Ce n’est pas une addition de drames isolés, mais un fait social, le reflet de la violence que notre société laisse s’exprimer à l’égard des femmes.

    2,6 milliards

    C’est dans ce contexte, à la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, qu’une proposition de loi transpartisane a été présentée à l’Assemblée nationale. En réponse, la ministre chargée du dossier, Aurore Bergé, a annoncé de son côté un projet de loi-cadre sans être en mesure de préciser une date pour son examen ni de chiffrer son financement.

    Comme toujours, c’est là que le bât blesse. Pourquoi ce qu’il a été possible de faire dans une Espagne profondément marquée par le patriarcat, n’est pas possible en France ? De l’autre côté des Pyrénées, une loi-cadre dotée de financements conséquents a permis de faire reculer de 35% les féminicides.

    Oui, mettre les moyens pour protéger les femmes est une question de vie ou de mort.

    La Fondation des femmes estime à 2,6 milliards par an le budget minimum que l’État devrait consacrer
    à la protection des victimes de violences conjugales, sexistes et sexuelles en France, « soit 0,5% du budget de l’État ». Aux actes !

  • Debout

    Debout

    Et maintenant ? Après l’hommage impressionnant de dignité exprimé samedi par les milliers de personnes présentes au rassemblement en mémoire de Mehdi Kessaci, 20 ans, assassiné par les tueurs de la mafia de la drogue, quel sera l’après ? « Mon frère est mort pour rien et on nous traite comme des moins que rien. » Amine Kessaci, 22 ans, frère de Mehdi, exprime le profond vécu de centaines de milliers de familles populaires, laissées pour compte dans des quartiers immenses, ceux qui font l’essentiel de la France, en proie à la mainmise des trafiquants de drogue. Ce sont eux, ces lâches, qui vampirisent la vie quotidienne, imposent non pas leur loi – ils n’en ont aucune – mais la terreur pure et la cruauté totale. Dans un seul et unique but : accumuler toujours plus d’argent sale, couvert du sang de leurs victimes.

    Douleur et dignité

    Et maintenant ? Les États européens, dont la France, vont-ils continuer à fermer les yeux sur cet argent pourri de la drogue, recyclé en toute impunité, avec des complices en cols blancs, dans l’économie dite « légale » ? À quand des moyens pour couper les têtes de l’hydre ? Et où sont les protections durables dans nos villes, dans nos villages ? C’est-à-dire des services publics développés et de qualité ? Qui pour dire que le narcotrafic est systémique, amplifié par le libéralisme échevelé, sans éthique, ni morale ? Qui pour lever le voile et lutter contre la corruption ? Qui pour respecter la justice en lui donnant tous les moyens pour agir ? Samedi, Amine Kessaci, 22 ans, a tracé la voie et fait clamer le mot justice. Il incarne et la douleur et la dignité de ceux qui savent rester debout et résister.

  • Défendre les intérêts populaires

    Défendre les intérêts populaires

    Quelle réponse politique à l’assassinat de Mehdi Kessaci ? La question reste entière à l’heure de la marche blanche qui lui rendra hommage ce samedi.

    Face aux postures démagogiques de l’extrême droite qui se nourrit de tous les désordres de notre société, un immense besoin de discours de progrès s’exprime.

    Oui la sécurité est une question de classe. Ce sont les habitants des quartiers populaires qui sont en première ligne et subissent la violence du narcotrafic. Emmanuel Macron lui-même le reconnaît quand il pointe « les bourgeois des centres-villes » qui consomment la drogue mais ne paient pas les conséquences des trafics dans leur vie quotidienne.

    Divorce

    Chez les progressistes, la question a trop longtemps été délaissée. Fabien Roussel a même été pointé du doigt par une certaine gauche pour s’en être saisi. Comme si le sujet était tabou, comme s’il appartenait à la droite et à l’extrême droite. Pas besoin de chercher beaucoup plus loin pour comprendre le divorce de la gauche et du peuple.

    À Marseille, c’est pourtant la gauche et singulièrement la famille communiste qui a historiquement porté le fer contre la pègre depuis le combat pour « Marseille propre » de François Billoux jusqu’à Guy Hermier et la commission d’enquête sur le blanchiment de l’argent de la drogue. Quoi de plus naturel ? Le narcotrafic n’est rien d’autre que l’incarnation de la recherche de profit poussée jusqu’à l’assassinat.

    Fabien Roussel a raison : il est grand temps de renouer avec une gauche qui joue pleinement son rôle en défendant les intérêts populaires.

  • L’exemple qui vient d’en bas

    L’exemple qui vient d’en bas

    Très attendus à Marseille depuis l’assassinat de Mehdi Kessaci, les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Laurent Nuñez et Gérald Darmanin, ont écouté les exigences des élus du territoire sans apporter d’éléments tangibles pour y répondre.

    Peut-être était-ce la seule attitude digne à tenir après tant d’effets d’annonce sans transformation réelle des conditions de vie des habitants des quartiers populaires de Marseille ? Peut-être était-ce aussi le signe que le sommet de l’État est lui-même sonné par cet assassinat d’intimidation qui démontre la dimension incontrôlable prise par les groupes mafieux prospérant sur le trafic de drogue ?

    En tout état de cause, c’est une déception pour celles et ceux qui espéraient des annonces à la hauteur du défi à relever en matière de lutte policière contre le narcotrafic et de moyens judiciaires pour le réprimer.

    Courage et dignité

    À Marseille, malgré l’adversité, comme souvent l’exemple vient d’en bas. En l’espèce, il vient de la famille Kessaci qui appelle à marcher en mémoire de Mehdi, assassiné à l’âge de 20 ans mais aussi des signataires de l’Appel de Marseille « assassinat, trafics, armes, drogue, ça suffit ». Dans nos colonnes, ils disent avec courage et dignité leur refus de voir Marseille mise en coupe réglée par les criminels.

    Ils seront rejoints, samedi, par des responsables nationaux de partis de gauche mais aussi par les premiers élus de notre territoire. C’est le signe que les assassins de Mehdi ont échoué. Ils pensaient faire régner la loi du silence mais la société civile et les élus de la République leur crient « stop ». Une exigence que l’État se doit d’entendre.

  • Marchons unis

    Marchons unis

    Les narcotrafiquants voulaient le faire taire. C’est raté. Touché au cœur par l’assassinat de son petit frère, Amine Kessaci ne leur offrira pas cette victoire.

    En prenant la parole au lendemain de l’enterrement du jeune Mehdi, assassiné pour semer la terreur, il fait preuve d’un courage remarquable et d’une détermination exemplaire.

    C’est désormais à nous tous, habitants de Marseille et du sud de la France de nous exprimer. Refusons, haut et fort, que l’on puisse assassiner des innocents pour laisser perdurer un business qui n’engendre que souffrance et violence. Refusons, haut et fort, d’être réduits au silence par une mafia les mains pleines de sang. Refusons, haut et fort, la drogue et le crime comme seul horizon proposé à la jeunesse des quartiers populaires.

    Non à la loi de la pègre

    Dans son appel à la marche blanche de ce samedi à 15h au départ du rond-point Claudie-Darcy, la famille Kessaci réclame « Justice pour Mehdi, 20 ans, mort pour rien ». Il est en effet mort sans être coupable de rien.

    Charge à nous tous de faire qu’il ne soit pas mort pour rien en envoyant aux narcotrafiquants un message d’unité populaire plus fort que les armes et l’appât du gain mais aussi un message d’exigence de résultats à l’État.

    La Marseillaise appelle à participer en grand nombre à cette marche blanche en hommage à Mehdi Kessaci et pour dire non à la loi de la pègre.

    Marchons unis. La tête haute. Sans crainte. Nous avons le pouvoir de dire stop. Amine Kessaci a raison. « On ne peut pas tuer tout un peuple. » Ce sont les masses qui font l’histoire.

  • Stopper la pieuvre

    Stopper la pieuvre

    L’assassinat de Mehdi Kessaci marque une rupture. La pieuvre du narcotrafic s’en est prise cette fois à un jeune sans histoire pour atteindre son frère, engagé contre la mafia. Après avoir pourri la vie des habitants des quartiers populaires, après avoir fait couler le sang entre réseaux rivaux, les narcotrafiquants ont donc décidé de faire régner la terreur en tuant « pour l’exemple ».

    Il n’y a pas d’accommodements possibles avec ces criminels. Ils doivent être pourchassés, retrouvés et punis car dans notre société c’est à la Justice de faire l’exemple.

    Depuis trop longtemps, les pouvoirs publics ont laissé la pieuvre grossir. Par lâcheté, inconséquence et cynisme. En supprimant des effectifs de police, en sabotant les services publics dans les quartiers populaires, en ouvrant grand les frontières à la drogue.

    C’est de l’état de droit dont a besoin Marseille

    Dans la dernière période, bien sûr que des résultats ont été obtenus dans la lutte contre le narcotrafic à Marseille et dans la région mais l’emprise du narcotrafic est telle qu’ils n’ont pas empêché ce « point de bascule ».

    Face à cette situation, comme toujours l’extrême droite tente de se nourrir du désordre et de la peur. Derrière ses propositions démagogiques : toujours la même volonté de restreindre les libertés publiques. Le candidat RN à la mairie de Marseille propose ainsi d’instaurer l’état d’urgence dans la ville. Mais c’est de l’état de droit dont Marseille comme tout le pays ont besoin.

    Pour cela, la réponse doit être massive et globale comme le propose les près de 20 000 signataires de l’Appel de Marseille. La pieuvre peut être stoppée. C’est notre affaire à tous.

  • « Investir » pour la jeunesse

    « Investir » pour la jeunesse

    Dans le « musée des horreurs » du projet de loi de finances 2026, en débat à l’Assemblée nationale, la baisse de l’engagement de l’État dans les missions locales tient une place de choix car c’est l’avenir d’une grande partie de la jeunesse qui y est une nouvelle fois traitée par le mépris. Alors que le chômage des 16-24 ans atteignait 19,2% au premier trimestre, c’est en toute conscience que le projet de budget contient un recul de 13% des crédits de l’État aux missions locales qui viennent s’ajouter au recul des financements des collectivités locales.

    Vent debout

    Côté État, les financements étaient déjà en berne en 2025 (moins 6,8%) et, en 2024, le financement du Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (PCAEA) a été divisé par deux avec une baisse de 5% des crédits de paiement. C’est-à-dire l’argent sonnant et trébuchant qui permet concrètement aux 430 missions locales du pays de mener leur mission auprès des jeunes de 16 à 25 ans. Vent debout, l’Union nationale des missions locales appelle à la mobilisation ce mardi. Leur légitime inquiétude et leur appel à bloquer un tel projet ont déjà payé, partiellement, auprès de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Le 9 novembre, les députés qui la composent ont limité la casse en adoptant un amendement pour rétablir les crédits de 2025. C’est un minimum mais qui ne sera pas au niveau des nouveaux besoins tant le nombre de jeunes venant taper aux portes des missions locales est en hausse. Un budget devrait « investir » pour la jeunesse. Pour l’heure, la Nation lui tourne le dos.

  • Exemplarité

    Exemplarité

    La mise en scène de l’incarcération puis de
    la sortie de prison de Nicolas Sarkozy repose l’éternelle question de l’exigence de probité vis-à-vis des élus de la République. Mais avec un éclairage cru et pour le moins inquiétant alors que se profilent les municipales en mars prochain, durant lesquelles une tempête d’extrême droite menace de souffler fort.

    Que l’homme soit le premier président de la Ve République incarcéré est déjà un mauvais signal en soi. Que l’exécution provisoire soit dénoncée comme
    un coup politique alors même qu’elle n’est que l’application de la loi et donc écrite par ceux-là même qui la condamnent aujourd’hui, aussi. Que ceux qui ont construit une partie de leur argumentaire politique sur le laxisme de la justice, se retrouvent côte à côte pour dénoncer
    son application afin de permettre, concrètement, à Marine Le Pen de
    se présenter en 2027, également.

    Sans vergogne

    Depuis longtemps, l’impact de l’existence d’une justice à deux vitesses protégeant les cols blancs sur la désaffection des populations pour la chose politique a été démontré. Sans effet. Les affaires s’enchaînent, touchant de nombreux partis politiques. Pire elles ne semblent même plus être vécues comme un obstacle dans un parcours politique. Cela se voit à l’échelle municipale comme le détaille notre dossier sur nos trois départements. Mais également pour la future présidentielle. Avec le cas de Marine Le Pen mais aussi de Nicolas Sarkozy que certains se plaisent désormais à envisager en sauveur de la droite en 2027.

    Arrêter avec ces « dérives sans vergogne » est fondamental avant les municipales. Et rappeler que l’exemplarité en politique doit être une évidence.

  • Une page en train de se tourner

    Une page en train de se tourner

    La France est le deuxième marché au monde, après les états-Unis, pour Airbnb. En un an, le nombre d’annonces a encore augmenté. Selon l’enquête Terram, la plateforme californienne est désormais présente dans quatre villes sur cinq au travers de l’hexagone. Et ce malgré l’adoption d’une loi pour « renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale », il y a maintenant un an. La balle est désormais dans le camp des municipalités, qui multiplient les initiatives et outils pour s’emparer de l’arsenal mis à leur disposition et réguler un système dont les méfaits sont bien supérieurs aux avantages.

    Les plateformes de location touristique ont offert une soupape aux budgets contraints pour partir en vacances, permis le développement de certaines destinations rurales ou assuré des compléments de revenus parfois nécessaires. Mais à quel prix ?

    Logements captés

    Elles ciblent majoritairement les métropoles, où elles ont provoqué un tsunami de problèmes, captant des logements devenant indisponibles à la location traditionnelle et faisant mécaniquement augmenter les prix.

    Interdiction des boites à clé, obligation de déclarer les revenus à l’administration fiscale, limitation du nombre de nuitées, attaques en justice et parfois même l’objectif d’interdire à terme les locations de courte durée… De New York à Barcelone en passant par Paris et Marseille, les municipalités multiplient les obstacles pour reprendre la main et cadrer des pratiques qui ne s’embarrassent pas des dégâts collatéraux. Une page semble indéniablement se tourner, et la fin de la poule aux œufs d’or paraît enfin se dessiner.