Tag: Editoriaux

  • Tenir bon

    Tenir bon

    10 ans après les attentats du 13 novembre 2015, comment va la société française ?

    Elle est toujours debout, mais force est de constater qu’un venin à action lente fait son chemin en elle.

    Le repli sur soi, l’extrémisme, la suspicion, la haine progressent dans les têtes et dans les faits. C’est le but que recherchaient les terroristes islamistes. Une polarisation de la société sur les questions identitaires.

    Les fascismes se nourrissent, ils se renforcent

    Au lendemain du 13 novembre 2015, nous écrivions : « Oui, décidément les fascismes d’aujourd’hui, au crâne rasé ou au visage barbu, ne sont pas antagonistes. Ils se nourrissent, ils se répondent, ils se renforcent l’un l’autre. Face à cet étau qui menace la société française et le monde dans son ensemble, il y a urgence à résister. Résister à la peur comme à la haine. Tenir bon. Le peuple français a de la ressource, il l’a montré en janvier. Il a la force de décréter l’état d’intransigeance. Intransigeance face aux terroristes, intransigeance face aux semeurs de divisions de tous bords, intransigeance face aux tentations liberticides. »

    Des mots qui n’ont malheureusement pas pris une ride.

    Dans notre République affaiblie, à bout de souffle, les repères s’estompent, les boussoles s’affolent.

    Il est toujours temps de dire non à tous ceux qui veulent nous prendre la liberté, l’égalité et la fraternité. Il est toujours temps de rejeter les assignations identitaires. Il est toujours temps de construire la vie et l’avenir. Ensemble.

  • Par-delà la défiance

    Par-delà la défiance

    Quelque chose s’est brisé entre la police et la population. Difficile de dater précisément la fracture mais elle s’élargit. 20 ans après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, électrocutés dans un poste électrique dans lequel ils étaient entrés afin d’échapper à un contrôle de police, le constat est sans appel.

    2 ans avant le drame, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur mettait à bas la police de proximité. Devenu président de la République, il supprimera près de 10 000 postes de fonctionnaires de police tout en tenant un discours martial avant de finir lui-même derrière les barreaux cette année.

    Où en est la police aujourd’hui ?

    Ces autres cols-bleus

    Oui dans une société où l’extrême droite atteint 37% d’intentions de vote, le racisme existe dans la police. Oui, les violences policières sont des faits. Oui, elles peuvent entraîner la mort. Dans le Sud de la France, le décès de Zineb Redouane, vieille dame de 80 ans ayant reçu une grenade lacrymogène en plein visage, est là pour le rappeler.

    Pour autant est-ce la réalité de toute la police ? Sans doute pas. Les jeunes recrues interrogées par La Marseillaise témoignent du contraire.

    Et est-ce que « tout le monde déteste » vraiment la police ? Sans doute pas dans les quartiers populaires. Malgré toute la défiance qui s’est installée notamment à cause des contrôles au faciès, c’est là qu’on la réclame pour rétablir la tranquillité publique.

    Délaissés par une certaine gauche comme les habitants des quartiers populaires, les policiers sont pourtant les agents d’un service public essentiel. Comme les autres cols bleus, ils ont besoin de hausse de salaire, d’accès à des logements sociaux, de plus d’effectifs et de respect.

    Bref, c’est tout un lien de confiance et de proximité qu’il y a à reconstruire. À contre-courant de ceux qui veulent en faire les exécutants d’un projet politique antirépublicain.

  • Tout schuss pour les transports

    Tout schuss pour les transports

    Clé du développement économique et social d’un territoire, les transports ont pourtant été longtemps le maillon faible de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    S’il reste des décennies d’inertie à rattraper, plusieurs réalisations sont désormais lancées et, surtout, incluses et financées via un avenant décisif au volet « mobilité » du plan État-Région signé lundi à Marseille. Celles et ceux qui attendaient cet engagement avec impatience seront très attentifs à son application.

    1,8 milliard d’euros d’investissements au total seront injectés dans des projets indispensables aux six départements de la région, sur route, mer et fer. Citons notamment l’amélioration de la desserte routière de la Zone industrialo-portuaire de Fos et l’Étang de Berre (210 millions d’euros), à travers le contournement de Martigues-Port-de-Bouc et la liaison Fos-Salon.

    Hisser au plus haut l’hinterland

    Mais aussi le développement du fret ferroviaire à Fos, Arles et Miramas également dans les Bouches-du-Rhône, vital pour hisser au plus haut l’hinterland d’un des plus grands ports d’Europe. Car sans infrastructures de transports, le développement industriel restera au stade de l’incantation alors que la région dispose des savoir-faire pour bâtir l’industrie du XXIe siècle.

    Pour les habitants, des Alpes aux rives de la Méditerranée, pouvoir mieux se déplacer c’est s’ouvrir des horizons notamment pour étudier, travailler mais aussi s’évader. Si à bien des égards, les JO 2030 ne sont pas exempts de critiques, la préparation de l’événement planétaire aura permis d’accélérer l’engagement de l’État. Gageons que désormais, au sud de l’Hexagone c’est tout schuss pour les transports.

  • Des jeunes en première ligne de la précarité

    Des jeunes en première ligne de la précarité

    La conjoncture se dégrade. Encore. Selon la Dares, le chômage des moins de 25 ans, qui frappe environ un jeune sur cinq dans le pays, a progressé sur le trimestre de 6,8% pour la catégorie A et de 4,4% pour les catégories A, B et C. Sur un an, il a bondi de 29,8% pour ceux sans aucune activité et de 19,5% en incluant l’activité réduite.

    La hausse du chômage des jeunes n’est pas un accident. Elle est le résultat d’un système qui les abandonne. Dans un communiqué, la CGT dénonce cette situation sociale, dont les jeunes sont « les premières victimes », évoquant une « précarité qui explose ».

    Investir dans l’avenir

    Derrière les chiffres, une réalité brutale : contrats courts, absence de perspectives, précarité durable. Les réformes de l’assurance chômage ont aggravé la situation, pénalisant les plus fragiles, notamment les jeunes, les saisonniers et les intérimaires. La politique de l’offre menée depuis de nombreuses années aboutie à une impasse.

    Pendant que France Travail voit ses moyens fondre alors que les besoins augmentent, les missions locales tentent de maintenir le cap avec des initiatives, comme le « Lab de l’engagement » à Marseille, qui redonnent confiance et envie d’agir à une jeunesse trop souvent abandonnée.

    Mais ces efforts locaux ne suffisent pas à compenser une politique nationale défaillante. Il s’agit désormais d’investir dans l’accompagnement, la formation, les services publics. Et cesser de culpabiliser une jeunesse qui subit les choix politiques. Car investir dans la jeunesse, c’est aussi investir dans l’avenir.

  • Des rites et du patrimoine

    Des rites et du patrimoine

    Depuis le paléolithique, l’Homme procède à des rites funéraires. En ce début novembre où les cimetières se remplissent de vivants venant visiter leurs chers défunts, la période permet aussi de découvrir un patrimoine singulier où la grande histoire côtoie l’intime.

    Plus le cimetière est ancien, plus l’intérêt du public s’aiguise, en témoignent les visites commentées dans ces lieux de repos éternel. Car en arpentant les allées des cimetières, c’est paradoxalement des histoires bien vivantes qui émergent. C’est le cas du cimetière Saint-Pierre à Marseille, une ville dans la ville. Bien que la cité phocéenne compte 21 cimetières sur une surface totale de 125 hectares, Saint-Pierre est le plus emblématique et le plus riche en histoires.

    La crémation, une tendance de fond en France

    Cet attrait pour le patrimoine de nos cimetières n’empêche pas une tendance de fond en France en faveur de la crémation. Selon un étude d’opinion d’Ifop datant de novembre 2023, 50% des Français opteraient pour la crémation. Ils étaient seulement 20% en 1979. Seuls 29% souhaiteraient être enterrés. Le changement est radical et tient à des raisons multiples. Le prix des concessions en fait partie. Il n’empêche que les cimetières doivent continuer à s’agrandir.
    À Marseille par exemple, où le manque de places est criant, la Ville veut créer plus de 5 400 emplacements supplémentaires. Mais au-delà de cette question matérielle, demeure la prégnance des rites de chacun vis-à-vis de nos disparus. Que l’historien romain Tacite a superbement résumé : « Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur du vivant. »

  • Acier rouge et mains d’or

    Acier rouge et mains d’or

    L’histoire est connue : la multinationale ArcelorMittal a fait main basse sur les hauts-fourneaux, en France et en Europe, et s’est servie des infrastructures publiques et des subventions de l’État pour augmenter ses profits à moindres frais. Cette prédation s’est réalisée au détriment d’une vision industrielle stratégique à long terme et donc de l’emploi. Une fois gavée, la multinationale ferme boutique et continue à considérer l’acier comme un vulgaire produit à cash. Cette logique court-termiste de milliardaires sans scrupules met en péril les sites de production d’acier vitaux pour l’avenir de toute l’industrie. Française et européenne.

    Outil industriel

    Face à cette menace de voir disparaître leurs derniers hauts-fourneaux et peu soupçonnables d’être des révolutionnaires, les parlementaires britanniques n’ont pas craint de voter une loi pour prendre leur contrôle. Ce jeudi, la France a l’opportunité d’ouvrir le chemin de la nationalisation des actifs d’ArcelorMittal, grâce à la proposition de loi des sénateurs communistes. Ce serait, au-delà de la dimension morale après tant d’argent public offert sans aucun engagement, d’une efficacité totale pour sauver les emplois et muscler un outil industriel indispensable, qui doit absolument réussir le virage de la décarbonation.

    Il y a aussi une dimension cruciale dans cette bataille de l’acier. Les déserts industriels font le lit du vote d’extrême droite. Rien de fatal, car dans nos territoires, on veut plus que jamais, comme le chante Lavilliers « travailler encore, travailler encore, acier rouge et mains d’or ».

  • Il est encore temps d’agir pour le vivant

    Il est encore temps d’agir pour le vivant

    S’inspirer du vivant, comme le promeut le rendez-vous Biomim’expo et les signataires de l’appel du Pharo à Marseille, c’est avant tout lui rendre justice. C’est rétablir la balance d’un déséquilibre abyssal au détriment de la nature.

    Car la destruction silencieuse de la biodiversité continue. Des données scientifiques sont sans appel et disent l’urgence absolue d’arrêter de faire la guerre au vivant et à notre environnement au risque de périr avec lui. Le Muséum national d’histoire naturelle le rappelle notamment à propos du déclin de 70 à 80% des insectes constaté depuis ces vingt dernières années. « Nous pouvons encore agir pour l’arrêter », prévient tout de même le Muséum. Car il est encore temps. Pour les promoteurs du biomimétisme (mimer le vivant pour trouver des solutions aux maux de notre temps), il est impératif en priorité de prendre conscience de la puissance du vivant et de sortir de notre système de prédation à son endroit.

    Changement d’échelle

    Car faune et flore ont beaucoup à nous apprendre et sont sources d’inspiration. Mais le changement d’échelle est à penser. L’exception de certaines expériences et démarches vertueuses doit devenir la norme. Pour cela, il faut investir dans le vivant et la biodiversité. À ce titre, la tenue dans ces prochains jours de la conférence des parties sur le changement climatique, la COP30, à Belém au Brésil, aura le mérite de remettre le vivant sur le devant de la scène et au cœur du débat public. Des mesures systémiques au niveau mondial sont nécessaire. Et pour cause : le vivant, comme le capitalisme, n’a pas de frontières. Pour faire triompher le premier, il faut s’attaquer au second.

  • Un outil pour s’émanciper socialement

    Un outil pour s’émanciper socialement

    Dans une société où la mobilité est communément une clé décisive pour l’insertion professionnelle, le permis de conduire ne devrait pas être un luxe. C’est un outil impératif. Cependant, en France, obtenir ce précieux sésame relève aujourd’hui du parcours du combattant.
    Trois mois d’attente en moyenne pour passer l’examen, parfois jusqu’à un an dans de grandes agglomérations, selon les professionnels du secteur, aujourd’hui en colère.

    Ce délai pénalise les jeunes, les demandeurs d’emploi et globalement et tous ceux pour qui un véhicule est le seul moyen d’accéder à un travail.

    Offrir une chance à chacun

    À cette attente s’ajoute l’obstacle financier. Entre les heures de conduite supplémentaires imposées par cette incertitude et diverses présentations à l’examen, l’addition devient lourde. Souvent inaccessible pour des jeunes déjà ancrés dans la précarité.

    Des aides, comme celle du CPF (compte personnel de formation), restent inaccessibles à la majorité d’étudiants et jeunes en formation, qui doivent financer seuls un permis, dont le coût peut dépasser les 1 200 euros. Un montant très compliqué à réunir à un moment charnière de leur vie, où le permis conditionne régulièrement l’accès à un emploi ou à une formation.

    Le permis de conduire est plus que jamais un outil d’émancipation sociale. Le rendre plus accessible, c’est offrir l’opportunité à chacun de s’engager sur le chemin de l’emploi et de l’indépendance.

    Il est temps que les pouvoirs publiques prennent toute la mesure de cet enjeu.

  • Mal de maire

    Mal de maire

    Les mandats de Macron les ont sacrément malmenés : les maires, quintessence des corps intermédiaires dont le superprésident voulait se débarrasser. Mais des Gilets jaunes à l’épidémie de Covid, ils ont montré leur importance. Quand le pouvoir central était dépassé, c’était eux les interlocuteurs. Le maire est d’ailleurs, et de loin, l’élu préféré des Français, l’élu de proximité par excellence, qui connaît son terrain et ses administrés. Mais le sentiment d’abandon, difficultés budgétaires sans oublier les violences… ont provoqué un malaise qui a débouché sur un niveau record de démissions : 2 181 édiles lors du dernier mandat.

    Film symptôme

    L’instabilité politique du pays n’aide pas au lancement d’une campagne paisible pour le scrutin de mars. Et l’extrême droite qui surfe dans les élections nationales rêve de voir son hégémonie se traduire à l’échelon local. D’autant que les engagements non tenus de Macron ont sacrément endommagé le « front républicain ». Une extrême droite qui compte bien aussi capitaliser sur le malaise d’une droite explosée par le « en même temps » et qui voit ses appels du pied vers la droite maquillés sous des labels inaugurés pour l’occasion commencer à faire mouche. Si tout le pays est concerné, notre région reste un laboratoire de l’exercice local du pouvoir de l’extrême droite hier à Toulon, Marignane ou Orange… Et aujourd’hui, la lutte commune entre la candidate divers droite Martine Vassal et Stéphane Ravier, ex-zemmouriste rallié au RN Franck Allisio, pour la diffusion du film prosélyte de Bolloré « Sacré cœur » au Château de la Buzine à Marseille ne peut qu’inquiéter.

  • Quand le sport conjugue les défis

    Quand le sport conjugue les défis

    C’est un événement devenu mythique qui se révèle, aujourd’hui, comme un carrefour des engagements et défis contemporains.

    Ce dimanche, 20 000 coureurs s’élanceront sur les 20 km du Marseille-Cassis. Depuis 1979, cette course imaginée par la SCO Sainte-Marguerite s’est imposée comme un rendez-vous incontournable du calendrier sportif français, attirant des athlètes du monde entier, amateurs comme professionnels.

    C’est un défi personnel. Le col de la Gineste, avec ses 327 m d’altitude et ses pentes jusqu’à 7%, pousse à se dépasser.

    Causes communes

    Mais Marseille-Cassis est bien plus qu’une épreuve sportive : c’est une vitrine éclatante de la Provence. Le parcours traverse le Parc national des Calanques, offrant un décor de carte postale entre mer et falaises calcaires. Avec 76 pays représentés, l’événement incarne le rayonnement du territoire.

    Cette course se distingue aussi par son engagement social. Des jeunes issus de quartiers prioritaires participent grâce au dispositif « Marseille-Cassis des quartiers », qui allie sport et insertion professionnelle.

    Enfin, l’événement se donne un cap écologique. Traversant un espace naturel protégé, la course adopte des pratiques durables : dossards recyclables, sacs en algues marines, limitation des bouteilles plastiques ou encore les « Cleanup Dossards » attribués à ceux qui s’engagent dans le ramassage de détritus.

    Marseille-Cassis conjugue donc sport, solidarité, nature et valorisation du territoire. Une certaine idée du sport au service de causes communes.