Tag: Editoriaux

  • Histoires de phénix

    Histoires de phénix

    Le « café de Flore » provençal, la brasserie des Deux garçons, située cours Mirabeau à Aix-en-Provence renaît de ses cendres. Lieu emblématique de la cité du Roi René, l’établissement multiséculaire a vu se succéder dans ses murs, artistes, écrivains, musiciens et hommes de pouvoir.

    Paul Cezanne, Raimu, Pablo Picasso, Francis Poulenc, Jean Cocteau, Alain Delon, Darius Milhaud, Jean-Paul Belmondo se sont succédés dans cette institution également fréquentée par tous les acteurs de premier plan du monde politique.

    Les stigmates de l’incendie qui l’a ravagé en 2019 et dont l’origine est toujours l’objet d’une enquête, disparaissent peu à peu grâce à la rénovation complète qui est en cours. Les échafaudages ont été démontés et l’avenir du lieu se devine au milieu du chantier.

    Le château La Coste, autre institution du pays d’Aix, s’apprête à reprendre la gestion du lieu. Gage de solidité dans le projet qui s’y dessine.

    Du pire peut parfois surgir le meilleur

    Dans notre région, les précédents ne manquent pas. Et parfois, comme pour l’incendie des Nouvelles galeries, ces feux qui ont dévoré des institutions du territoire, ne sont pas resté sans conséquence.

    C’est de cette catastrophe de 1938 qu’est née le bataillon des marins pompiers de Marseille. Le signe que du pire, peut parfois surgir le meilleur.

    Des histoires de phénix qui montrent que la fatalité n’est pas un horizon indépassable et qui donne espoir dans notre capacité commune de résilience.

  • Notre système de santé toujours grippé

    Notre système de santé toujours grippé

    La grippe jouera-t-elle les trouble-fêtes ? La réponse est oui. Dans notre région, la vague épidémique est forte et plus précoce que la normale. Elle met déjà notre système de santé sous tension avec une explosion des appels au Samu, une saturation des consultations en médecine de ville mais aussi des services hospitaliers.

    Tout se passe comme si les leçons de l’épidémie de Covid-19 n’avaient pas été tirées. La fragilité de notre système de soin est telle qu’un virus saisonnier récurrent comme celui de la grippe le met à mal.

    Pire, la défiance qui s’est installée vis-à-vis de la vaccination à l’occasion de la pandémie de 2019-2020 pèse désormais sur la prévention de la grippe. Les personnes fragiles et âgées de plus de 65 ans sont vivement invitées à se faire vacciner mais elles sont encore trop peu à franchir le pas. De même, une vaccination plus large permettrait de freiner les conséquences de l’épidémie et de protéger les actifs, durement frappés cette année.

    Un enjeu d’intérêt général

    C’est un véritable choix de santé publique à faire car seules les personnes à risque bénéficient d’une prise en charge à 100% du vaccin, les autres doivent le payer.

    Et pourtant, la grippe n’est pas une maladie anodine. Selon Santé publique France, elle a été responsable l’an dernier de 17 600 décès, d’environ 30 000 hospitalisations et de près de 3 millions de consultations chez un médecin.

    C’est dire si l’objectif de prévenir l’épidémie et celui de prendre au mieux en charge les malades sont un enjeu d’intérêt général.

  • De l’emploi local et un rayonnement mondial

    De l’emploi local et un rayonnement mondial

    Paris, Londres, New York et bien sûr Apt, en passant par Marseille, Nice, Toulouse… L’entreprise vauclusienne Blachère Illumination s’est taillé une réputation et des parts de marché lumineux dans le domaine des éclairages festifs sur toute la planète. Selon l’organisation Business Research Insights, spécialiste dans le conseil aux entreprises, le marché des illuminations de Noël devrait atteindre 10 milliards d’euros contre 7,3 milliards prévus en 2026.

    Magie de Noël

    De quoi conforter Blachère dans sa quête de toujours mieux se développer.

    La magie de Noël dans nos villes doit beaucoup à son savoir-faire et sa créativité renouvelée. Ses ateliers sont installés dans la capitale des fruits confits depuis plus d’un demi-siècle et sa croissance place Blachère parmi les leaders mondiaux de ce secteur en pleine expansion.

    Fait remarquable, cette industrie cultive la haute technologie au cœur du Luberon grâce à des investissements dans des outils uniques au monde comme des imprimantes 3D colossales. Une dimension technique au service du plaisir des yeux et de l’enchantement des espaces urbains et ruraux. Blachère a su s’implanter durablement, via ses 28 filiales dans le monde et possède aujourd’hui 5 ateliers de production. Le cœur de l’entreprise est ancré en Vaucluse et permet de développer l’emploi local et maintenir cette industrie dans un département qui ne peut pas uniquement miser son avenir sur le tourisme estival et fortement besoin d’emplois. Blachère démontre que l’on peut rayonner mondialement sans renier ses origines.

  • Enfin un QG pour rêver ensemble

    Enfin un QG pour rêver ensemble

    Parmi les grands carnavals provençaux, celui de Martigues se distingue par sa notoriété et son inventivité. Sa fabrication est en cours et a désormais son lieu de ralliement, un QG installé au cœur de l’espace Simone-Veil de la Venise provençale. En ce mois de décembre, habitants et artistes travaillent ensemble pour réussir le carnaval 2026. Ici point de barrières et encore moins de compétition entre Martégaux. Le carnaval est une affaire citoyenne et collective. Il mobilise les quartiers et les services publics. On y cultive l’esprit transgressif et émancipateur de la culture carnavalesque.

    Faire vivre la cité

    Cela peut sembler d’une folle légèreté mais réussir à fédérer, à embarquer les habitants dans cette aventure est un acte politique au sens premier du terme : faire vivre la cité, promouvoir la concorde, l’amitié, la fraternité. Avec sa dimension théâtrale, mythique et délurée, le carnaval devient, dans ses temps sombres où les semeurs de divisions pullulent, un acte de résistance. Une résistance de joie que l’on se fabrique, de bonheur que l’on se tricote ensemble, dans le partage et les savoir-faire. Non pour oublier les duretés du quotidien mais pour puiser l’énergie indispensable pour faire face aux désordres du monde, à l’égoïsme triomphant. C’est à cela que l’on reconnaît, outre sa qualité, la visée d’une politique culturelle ouverte sur le monde et tournée vers l’autre à commencer par son voisin. Cultiver l’altérité et offrir des outils pour grandir, c’est aussi le sens du carnaval martégal qui sait fédérer au-delà de la commune. En cette fin d’année, c’est un sacré message d’espoir.

  • Drogue : pour Macron, la répression en totem

    Drogue : pour Macron, la répression en totem

    Mettre un fléau systémique sur le dos des individus. C’est du libéralisme pur sucre. Et sans surprise, c’est l’essentiel du message du président de la République délivrée mardi à Marseille pour répondre au narcotrafic. En opposant les habitants des quartiers qui subissent de plein fouet la guerre de la drogue et ceux qui achètent ces produits, sous-entendus les « petits-bourgeois » des beaux quartiers, Emmanuel Macron ne fait pas avancer d’un iota le débat. Croit-il sérieusement que le passage de 200 à 500 euros de l’amende pour consommation va stopper l’usage de la drogue ? C’est faire fi de la dimension addictive et du problème de santé publique liée à la consommation de stupéfiants en France. Elle touche toutes les catégories sociales. Les trafiquants le savent.

    Marché de la mort

    Certes le président de la République a aussi parlé démantèlement des réseaux, de têtes aux manettes de ce marché de la mort à faire tomber. Mais les mots doivent être suivis d’actes courageux, concrets. L’État va-t-il prendre langue avec les dirigeants des pays producteurs à l’instar du Maroc ? Va-t-il enfin doter le port de Marseille de détecteurs efficaces pour ausculter les containers ? Va-t-il, cet État si répressif, donner tous les moyens à la justice – autre que des places de prison – pour lutter contre la corruption, mener des enquêtes, remonter les réseaux ? Va-t-il rétablir la police judiciaire démantelée ? Va-t-il protéger ceux qui osent parler, dénoncer ? La réponse à la pieuvre doit être multiforme et ne peut se payer de formules. L’État doit y mettre tous les moyens.

  • Marseille n’est pas un « laboratoire »

    Marseille n’est pas un « laboratoire »

    « Il va falloir rêver Marseille » déclarait en septembre 2021 le chef de l’État lors d’une visite de trois jours dans la deuxième ville de France. Alors qu’il vient à nouveau ce mardi pour une visite marathon, Marseille n’a pas besoin de rêves mais d’actes concrets.

    En 2021, le chef de l’État venait poser les bases du plan Marseille en grand. Dans les faits, c’est un plan de rattrapage pour une ville longtemps délaissée par l’État en dépit de l’opération Euroméditerranée. Obtenue par le maire Jean-Claude Gaudin auprès du Premier ministre de l’époque, Édouard Balladur, Euromed visait plus, en 1995, à faire sortir de terre des opérations d’affaires qu’à recoudre les quartiers paupérisés par la destruction de l’industrie.

    Les Marseillais veulent l’égalité

    Emmanuel Macron s’inscrit dans cette histoire. Si l’argent mis dans Marseille en grand n’est que justice la question de la maîtrise démocratique de ce plan et de ses budgets demeure entière à l’heure où les associations et les services publics subissent des coupes budgétaires drastiques. Dans sa vision, Macron voulait faire de Marseille « un laboratoire de nouvelles politiques publiques ».

    Sauf que Marseille n’est pas un laboratoire mais une grande cité dont les habitants, notamment des quartiers populaires, exigent l’égalité. Or, la ségrégation spatiale et sociale est toujours là, en dépit des efforts du Printemps marseillais à la tête de la mairie depuis 2020. Cet enjeu d’égalité et les réponses à la question sociale doivent être au cœur des prochaines municipales qui planeront sur cette visite élyséenne.

  • « Tous ensemble ! »

    « Tous ensemble ! »

    1995 reste gravé dans les mémoires des militants qui ont connu cette bataille. Pour la victoire des forces syndicales. Pour le camouflet infligé à des dirigeants suintant le mépris de classes. Pour les souvenirs d’ambiance incroyable dans les cortèges. Un épisode riche en enseignements, tant sur l’importance de l’unité syndicale que sur l’action interprofessionnelle ou encore le lien avec la société et le soutien de l’opinion publique, sans oublier le relais politique. Si victoire il y a eu avec le beau slogan « Tous ensemble ! », c’est un ouvrage constamment remis sur le métier. Juppé s’attaquait alors aux retraites mais aussi à la sécu, à la casse des grandes entreprises publiques… Il marquait la volonté affichée de rompre avec une société héritée du Conseil national de la résistance et de se tourner résolument vers une politique libérale. Bien d’autres après lui ont continué à creuser le sillon de cette pensée réactionnaire.

    Gangrène libérale

    Bien sûr, la situation a changé et pas en faveur des travailleurs. Les grands services publics ont été explosés, la sous-traitance et la mondialisation ont fracturé le monde du travail, le libéralisme a gangrené les esprits… Mais nulle nostalgie dans cette commémoration. À bien des égards, les grands mouvements contre la dernière réforme des retraites et les actions contre l’austérité budgétaire de la rentrée attestent que l’heure n’est pas à la résignation. Certes, les victoires ne sont pas toujours au rendez-vous. Mais comme notre une le rappelle quotidiennement avec la citation de Bertold Brecht : « Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu ».

  • Devoir de protection

    Devoir de protection

    Des enfants qui seraient maltraités, ou subiraient des violences, dans un cadre qui, théoriquement, a pour but de les « protéger », c’est-à-dire de leur éviter tout risque potentiel ou immédiat. Tous les minots qui sont sous la responsabilité d’une structure d’aide sociale à l’enfance (ASE) et dans une maison d’enfance à caractère social (Mecs) ont vocation à connaître une autre vie que celle à laquelle ils ont été soustraits sur décision de justice. Un placement est en soi un traumatisme, une rupture, brutale, même si les conditions de vie étaient devenues intenables. Prendre en charge ces enfants est une affaire d’adultes, de personnes en capacité de prendre ses responsabilités. Las, c’est à une véritable fuite en avant à laquelle on assiste. La « gestion » de ce secteur par la collectivité en charge, le Département, pose évidemment question.

    Un constat implacable

    à commencer par l’absence de « dialogue », comme le dénonçaient encore, le mois dernier, les professionnels du collectif Alerte 13,
    constitué par une quinzaine d’associations représentant 80% de la prise en charge d’enfants sur le territoire.

    Ensuite, par le constat. Froid et implacable d’un désordre prompt à renvoyer ses enfants dans le chaos. Alors effectivement, les politiques d’austérité successives, les baisses de budget à répétition, d’aides et de subventions à tous les étages, rendent la tâche difficile, puis impossible et en définitif illusoire. Jusqu’à ce que des pans entiers de l’aide sociale soient pris en charge par des organismes privés à but lucratif. Une menace directe, voire une intention avérée.

  • Hisser haut l’emploi portuaire !

    Hisser haut l’emploi portuaire !

    Si Paris valait bien une messe pour le futur Henri IV, la compétitivité des ports du sud de la France ne vaut certainement pas de passer par-dessus bord les droits des travailleurs, de niveler par le bas leurs salaires et de déséquilibrer l’économie des territoires.

    Ces sites stratégiques, au cœur des échanges mondiaux et moteur du développement de la façade méditerranéenne, sont en plein essor, mais une logique suicidaire de mise en compétition pourrait enrayer cette belle dynamique. C’est pour protester contre ce danger que de nombreux ouvriers dockers et travailleurs portuaires se rassemblent, ce jeudi 11 décembre, sur le port de Port-la-Nouvelle (Aude), un des plus importants d’Occitanie et de Méditerranée, à l’appel de la Fédération nationale des ports et docks CGT.

    Intérêt général

    Car le développement des activités portuaires ne peut se réaliser en jouant la concurrence entre les ports français. Or, certains opérateurs jouent sans vergogne cette carte pour attirer des clients au détriment des autres places portuaires. Mettre en concurrence Marseille, Sète et Port-la-Nouvelle relève d’un calcul à très court terme, où seul l’accumulation de l’argent domine au détriment de l’équilibre économique de toute la façade méditerranéenne. Or, pour tirer les coûts vers le bas, le moyen le plus simpliste est de dévaloriser les métiers portuaires en embauchant une main-d’œuvre mal payée. C’est aussi accepter l’inacceptable : le non-respect du pavillon français. Bref, la mobilisation des travailleurs portuaires est d’intérêt général. Ils attendent aussi de l’État et des collectivités des engagements forts au service des ports.

  • Ça passe mais il y a de la casse

    Ça passe mais il y a de la casse

    Le budget de la Sécurité sociale a été adopté lors d’un vote serré des députés malgré la crise politique induite par la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron.

    La mise en œuvre de la réforme des retraites à 64 ans est stoppée et on estime à 650 000 le nombre de personnes qui pourront partir plus tôt dès 2026. C’est une bonne nouvelle et la confirmation que les Français comme leurs représentants n’ont jamais digéré ce recul social imposé par la méthode antidémocratique du 49.3. Ce texte reste à abroger définitivement.

    Contrairement au budget de l’État d’autres inflexions positives ont été obtenues, justifiant un vote pour des socialistes et une abstention des écologistes. Il s’agit notamment de l’abandon du doublement des franchises médicales, du renoncement à geler les pensions et les minima sociaux ou encore d’augmenter les cotisations des apprentis.

    Une grande Sécu

    Mais le « musée des horreurs » dénoncé par les syndicats lors de la présentation par le gouvernement de son projet initial n’a pas été vidé de ses mesures répulsives.

    Le budget des hôpitaux et des Ehpad reste très en dessous des besoins réels et pourrait aboutir à de nouvelles fermetures de lits. Les mutuelles et donc leurs adhérents seront taxés à hauteur d’un milliard d’euros. Une mesure particulièrement injuste, en décalage avec l’aspiration à la justice sociale et fiscale qui s’exprime partout dans le pays.

    Le budget passe mais la casse de la Sécurité sociale se poursuit. Elle est une conquête fondamentale, un bien commun précieux. Il est possible de faire autrement. Pour une grande Sécurité sociale, à la hauteur de besoins de notre temps, le dogme des exonérations de cotisations patronales doit être abandonné et toutes les richesses doivent être mises à contribution.