Tag: Devoir de mémoire

  • Le résistant Marc Bloch entre au Panthéon

    Le résistant Marc Bloch entre au Panthéon

    Pour la première fois de son histoire, le Panthéon, sanctuaire de la mémoire nationale, accueille un historien qui fut aussi un grand résistant, engagé dans la clandestinité à Lyon en 1943-1944. Issu d’une famille alsacienne attachée de longue date à l’idée de République, Marc Bloch a donné sa vie pour que la France demeure libre face au nazisme et que la pensée des citoyens puisse s’appuyer sur une critique rigoureuse des sources et des faits. Liberté et critique sont les maîtres mots qui guident et éclairent le parcours de chercheur et d’enseignant de Marc Bloch. Des bancs de l’École normale supérieure (1904) à Saint-Didier-de-Formans (Ain), où il est tragiquement assassiné quarante ans plus tard, il s’est efforcé de mettre en accord son discours et ses actes.

    Né à Lyon en 1886, agrégé d’histoire en 1908, professeur à Strasbourg puis à la Sorbonne, il traverse deux guerres mondiales. Combattant en 1914-1918, il analyse les rumeurs et fausses nouvelles du conflit, posant les bases d’une histoire attentive aux représentations collectives, prélude à ce que l’on appelle aujourd’hui « fake news ». Entre 1912 et 1914, il enseigne l’histoire-géographie au lycée de Montpellier, puis d’Amiens. Dans l’entre-deux-guerres, il renouvelle profondément la façon dont on comprend le Moyen Âge, en développant une histoire économique et sociale comparée. Mobilisé à sa demande en 1939, témoin de la débâcle, il rédige L’Étrange Défaite, témoignage lucide d’un intellectuel face à l’effondrement politique, militaire et moral de la France. Dans cet ouvrage, publié à titre posthume, il analyse le « plus atroce effondrement de notre histoire ».

    Torturé puis assassiné par

    la Gestapo en 1944

    À partir de 1942, il entre en résistance à Montpellier. Un an plus tard, il bascule définitivement dans la clandestinité, rejoint Lyon et intègre le mouvement Franc-Tireur, dont le programme socialiste modéré correspond à ses convictions républicaines. Sous le pseudonyme de « Narbonne », il assume des responsabilités importantes en matière de propagande et de logistique. « Quoi de plus utopique que l’idée d’organiser, dans un pays asservi et jeté au plus bas, un vain sursaut de révolte en un vaste réseau de volontés ? C’est pourtant ainsi que la Résistance a fini par voir le jour », écrivait-il deux ans auparavant dans l’Étrange Défaite.

    À près de 60 ans, l’historien devient un combattant de l’ombre, publiant des articles, coordonnant les Cahiers politiques du Comité général d’études, s’imposant comme l’une des têtes pensantes de la Résistance. Il est délégué régional de Franc-Tireur au sein des Mouvements unis de la Résistance (MUR). Le 8 mars 1944, dans le cadre d’une vaste opération contre les MUR, la Gestapo l’arrête à Lyon, sur le pont de la Boucle. Emprisonné au fort de Montluc dans la cellule 75, il est interrogé pendant des jours sous la torture. Pris pour un dirigeant communiste, il échappe à la déportation. Conformément aux consignes de la Résistance, Marc Bloch protège ses compagnons par des demi-vérités calculées : noms de résistants déjà arrêtés ou ayant changé de pseudonyme, descriptions qui égarent ses tortionnaires. Le 16 juin 1944, il est assassiné avec 27 autres prisonniers, dans un champ près de Saint-Didier-de-Formans, par la police politique du régime nazi. Deux survivants témoignent du massacre. Quelques jours plus tard, Simonne Vidal meurt à son tour, emportée par la maladie, sans avoir su le sort de son époux. Tous les deux reposeront désormais ensemble dans le temple des grands de la Nation.

    Cette panthéonisation est la sixième depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir. Dans une lettre lui étant adressée, les héritiers du résistant ont expressément réclamé « que l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de toute participation à la cérémonie », rappelant que l’œuvre de leur aïeul, « patriote convaincu », était « profondément anti-nationaliste, construite contre le roman national et la réduction de l’histoire française aux frontières nationales ».

    Une partie du texte est tirée de l’exposition conçue par l’association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) et le Centre des monuments nationaux (CMN).

  • Pour une France qui fait Bloch

    Pour une France qui fait Bloch

    L’historien et résistant, victime des lois antisémites et de la barbarie nazie, entre ce mardi au Panthéon, aux côtés de son épouse Simonne Vidal.

    Après la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian avec le groupe de l’affiche rouge, c’est une nouvelle figure de la Résistance qui intègre ce temple républicain. Un homme d’histoire qui entre dans l’Histoire de la Nation.

    Marc Bloch était un patriote profondément opposé aux nationalismes et aux dérives meurtrières qu’ils portent en germes.

    Sa vie comme sa mort sont des symboles.

    Marc Bloch était tout ce que les nazis et leurs complices de Vichy haïssaient : issu d’une famille juive d’Alsace, érudit, républicain dans l’âme, Résistant à leur folie barbare. Ils l’ont torturé puis assassiné.

    L’entrée de Marc Bloch au Panthéon résonne avec les enjeux de notre temps

    Marc Bloch était tout ce que la France fait de mieux.

    Une France qui est capable de faire Bloch, c’est une France fidèle à l’idéal républicain, en mesure de promouvoir des femmes et des hommes quelle que soit leur origine, leurs croyances réelles ou supposées.

    Sa panthéonisation résonne avec les enjeux de notre temps.

    Face aux semeurs de haine, aux héritiers de Pétain, aux falsificateurs de l’histoire, face à tous les racismes, antisémitismes, discriminations… la France d’aujourd’hui doit faire bloc. Et faire vivre en actes les principes républicains comme l’héritage
    de la Résistance.

  • Fenouillet : les héros de la Résistance célébrés

    Fenouillet : les héros de la Résistance célébrés

    Il y 82 ans, un convoi nazi arrêtait ses camions dans une clairière juste entre Charleval et la Roque d’Anthéron. C’est dans cet espace isolé, caché par les bois, que 28 résistants seront tirés des véhicules, avant d’être froidement exécutés le 13 juin 1944, au lendemain de l’assaut du maquis de Saint-Anne, lancé par la Wehrmacht et quelques jours seulement après le D-Day.

    Parmi les fusillés dans cette clairière, huit martégaux, arrêtés, eux, le 8 juin par la Gestapo chez un instituteur local, Robert Daugey. Dans le lot, cinq d’entre eux n’ont jamais pu être identifiés, trop mutilés pour être reconnus par leurs proches. « Le symbole de ceux dont l’Histoire a effacé la trace », a rappelé Gaby Charroux (PCF), maire de Martigues, au cours d’un discours solennel. C’est en leur mémoire et en souvenir de leurs actions de résistance que ce samedi 13 juin, élus locaux, associations d’anciens combattants, représentants de la société civile et enfants issus de deux classes locales se sont réunis dans cette même clairière, témoin, il y a plus de quatre-vingts ans, des conséquences des guerres et de la haine.

    Parmi les présents, Jean-Pierre Serrus, maire de la Roque-d’Anthéron, Christophe Hocmard, maire de Charleval, Dimitri Farro, maire de Mallemort, ainsi que les représentants des villes de Lambesc, Salon-de-Provence et Saint-Victoret. Sont aussi présents dans les rangs d’officiels Gérard Frau et Jacky Gérard, conseillers départementaux et Pierre Dharréville, ancien député de la 13e circonscription des Bouches-du-Rhône.

    Résister, mot d’actualité

    Comme chaque année depuis la première manifestation en la mémoire des 28 martyrs, une cérémonie solennelle s’est tenue, sous une chaleur de plomb, ponctuée de chants et lectures des enfants des écoles Louise Michel et Henri Tranchier. « Je trahirai demain, pas aujourd’hui », les vers du poème de Marianne Cohn, résistante juive (1922-1944), sonnent à plusieurs reprises. Les écoliers entonnent aussi le Chant des Partisans, devenu l’hymne de la résistance française. « 82 ans nous séparent désormais de ce drame, 82 ans durant lesquels des générations de femmes et d’hommes se sont relayés pour entretenir ce souvenir, pour faire vivre cette mémoire et transmettre l’histoire de ceux qui ont refusé de plier devant la tyrannie. Aujourd’hui encore, cette responsabilité est la notre, encourage Gaby Charroux, face au parterre de participants. Car si le temps passe, le devoir de mémoire demeure. Parce que les hommes auxquels nous rendons hommage aujourd’hui ne furent pas seulement des victimes, ils furent avant tout des combattants. Qui, dans l’une des périodes les plus sombres de notre histoire, ont fait le choix de l’engagement. Ils ont refusé l’occupation, la soumission, le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de haine qui constituaient le socle idéologique du nazisme ». Il s’agit, aujourd’hui, de se souvenir des noms gravés sur la stèle dressée dans la clairière, pour laquelle les drapeaux sont dépliés aujourd’hui. Ceux d’Abadie et Joseph Barthélémy, Marius Arnaud, Georges Borel, Baptiste et Louis Castaldi, Georges Flandres… Entre autres. Ils venaient des communes alentours, voire de Paris. La cérémonie de dépôt de gerbes a débuté avec Michel Delmasau nom de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône. « Ces combats demeurent d’une nécessité absolue, car le monde dans lequel nous vivons connait lui aussi ses tensions, ses fractures, ses drames, ses inquiétudes. Partout, nous voyons progresser les discours de haine. Partout, nous voyons prospérer les tentations du repli. Partout, nous voyons certains remettre en cause des principes qui nous paraissaient pourtant acquis, pose Gaby Charroux, qui appelle à la vigilance et à la transmission. « Face à cela, le souvenir des Résistants du Fenouillet doit nous servir de boussole (…) Il nous rappelle que la démocratie est fragile, que la liberté n’est jamais définitivement acquise, que l’indifférence est souvent le premier allié des ennemis de la République. »

    Eva Bonnet-Gonnet

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. L’explosion au palais de justice

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. L’explosion au palais de justice

    La revendication de l’acompte provisionnel de 25% fut avancée, mais l’essentiel restait la protestation et la libération des emprisonnés.

    Une délégation des déportés, conduite par le révérend père Perceval, intervint auprès du préfet et l’association des anciens détenus de la centrale d’Eysses demanda la libération de Dani, secrétaire de la section marseillaise, déporté à Dachau.

    Malgré le témoignage des gardes mobiles affirmant honnêtement qu’ils n’avaient été l’objet d’aucune violence, le préfet socialiste exigea que les ouvriers arrêtés soient déférés devant le tribunal. Le procès eut lieu devant la 5e chambre correctionnelle le mercredi 12 novembre 1947.

    Nous appelâmes tous les camarades à assister au procès. Effrayé, le commissaire central envoya deux pelotons de gardes mobiles dès 7h30 au palais de justice, répartis dans le cabinet du président du tribunal et dans la salle d’audience.

    Pendant ce temps, les manifestants affluaient par milliers devant le palais de justice. Les travailleurs étaient en grève dans la plupart des entreprises métallurgiques.

    Les travailleurs de la métallurgie au premier rang

    Ceux de la navale, de la SPCN, Terrin, Groignard, Paoli, Durbec, Duclos, des aciéries du Nord, Bolsonni et Jauffret, de la SNCASE de Marignane, étaient présents. Beaucoup s’introduisirent dans la salle d’audience, la police voulut faire évacuer tous les étages du palais.

    Mais le barrage policier établi à la rue Fortia céda sous la pression des travailleurs. Le commissaire central fit fermer les portes du palais, mais trop tard. La salle d’audience était pleine à craquer et les travailleurs de la métallurgie au premier rang.

    À 10h, après délibération, seul Dani est mis en liberté, les trois autres inculpés furent maintenus sous mandat de dépôt. Le président du tribunal n’eut pas le temps de poursuivre la lecture des décisions prises par les magistrats. Sur l’ordre de Georges Brunero, secrétaire du bureau de l’UD, les travées des témoins et des avocats furent envahies par les travailleurs. Les magistrats se réfugièrent dans le cabinet du président.

    Devant une telle manifestation, le magistrat instructeur s’apprêtait à signer l’ordre de mise en liberté provisoire, lorsque le préfet exigea un jugement de maintien sous dépôt, qui s’appliquait aux trois inculpés malgré l’absence de délit. Deux inculpés furent libérés par les travailleurs, malgré les policiers qui reculèrent devant eux. Les deux autres, dont Dani, furent maintenus par les gardes mobiles retranchés dans un bureau du Palais. Les travailleurs avaient leur outil de travail, « le ganchou », qu’ils ne quittaient jamais et qui effrayait les policiers.

    Dès midi, la grève s’étendit. Les dockers arrivèrent en masse au palais de justice avec leurs outils de travail ; « le ganchou » qu’ils ne quittaient jamais et qui effrayait les policiers. Les marins, les produits chimiques, l’alimentation, la Sécurité sociale en mouvement, réclamaient la libération et un non-lieu pour les quatre inculpés.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Vingt ans, le plus bel âge de la vie des Archives

    Vingt ans, le plus bel âge de la vie des Archives

    La Marseilloise, avec une Une particulière : « Jul, nouveau maire de Marseille, lance les JO 100% phocéens ! » À l’occasion des 20 ans des Archives et Bibliothèque départementales (ABD), plusieurs événements ont été organisés mardi, lançant des animations qui se poursuivront durant le mois de juin. Parmi eux, une restitution d’un projet d’éducation artistique et culturelle, réalisé par des collégiens de la cité scolaire Jacques-Chirac et André-Chénier.

    « Cette image est vraie ou fausse ? », demande un collégien qui présente une installation en forme de bateau, nommée CTRL+S, rempli de fausses informations. Durant l’année, les élèves ont réalisé un travail autour de notions du vrai et du faux et de thématiques liées à la mémoire, illustrant la manière dont les archives peuvent aborder des problématiques actuelles. « L’idée était d’ancrer les archives dans la réalité, le monde présent », souligne Marie-Claire Pontier, directrice des Archives. Le projet, porté par le Département et l’association Planète émergences, a fait appel à Germain Prévost, artiste plasticien, pour encadrer les élèves. « J’ai voulu transformer le bâtiment des Archives en bateau, car vu d’au-dessus, il a une forme de coque », sourit l’artiste. « L’objectif était d’apprendre à comment naviguer sur un océan qui serait Internet, avec son flux d’informations, et comment gérer ce que les jeunes voient sur les réseaux sociaux », développe-t-il. Driss, élève de 3e, a participé à l’élaboration du « navire ». « Je pense que c’est un projet important, on voit de plus en plus de fake news, surtout avec l’augmentation de l’utilisation de l’IA sur les réseaux sociaux », explique-t-il.

    Préserver la mémoire

    Autre temps fort, une frise photographique « 20 ans des ABD » déroulée sur le mur extérieur du jardin de la lecture, présentant le quartier d’Arenc avant Euroméditerranée, avec la construction du bâtiment et l’histoire du quartier, qui était à l’origine dans une friche industrielle. « Ce bâtiment est emblématique, c’était une première en France. Il part d’une volonté du Département d’installer deux compétences dans une même structure », note Marie-Claire Pontier. Des espaces habituellement fermés au public sont également ouverts, une manière de mettre à l’honneur l’architecte du bâtiment, Corinne Vezzoni.

    « Préserver et transmettre nos archives, c’est faire vivre notre mémoire collective et la rendre accessible à tous », rappelle Martine Vassal, présidente (DVD) du Département des Bouches-du-Rhône.

    Germain Prévost partage cette idée : « Il y a une réelle importance des lieux comme les Archives, qui sont des garants de l’information, un sanctuaire des rôles de l’histoire, permettant de préserver la démocratie », déclare-t-il.

    « Vous pourrez venir voir vos travaux quand vous serez plus grands ! », lance la directrice des Archives aux élèves. Les documents des collégiens seront rangés et conservés dans les 14 kilomètres de rayonnage, aux côtés des 415 000 archives des Bibliothèques départementales.

    Programme sur archives13.fr

  • Anciens enfants juifs cachés, ils transmettent aux plus jeunes

    Anciens enfants juifs cachés, ils transmettent aux plus jeunes

    Charles Lastmann n’avait que 5 ans lorsque plusieurs membres de sa famille et lui sont arrêtés à Toulouse, en 1941, parce qu’ils sont juifs. Cet enfant, réfugié d’Allemagne, est séparé de son père, mais reste avec sa mère, pourtant contrainte de le confier à l’Œuvre de secours aux enfants (OSE). « Rachitique et couvert de vermines », il est soigné par la maternité de l’Elne, avant d’être envoyé en Creuse. En France, les rafles se multiplient. Ses parents font appel à une assistante sociale, active dans un réseau de sauvetage, qui le confie à une famille de paysans, Irénée et Noémie Combe, dans le Rhône.

    À cette époque, l’Occupation nazie force des centaines de parents à abandonner leurs enfants dans l’espoir d’un avenir meilleur. Cachés par d’autres citoyens, c’est grâce à la protection de ceux que l’on a appelés les « Justes » qu’une poignée d’entre eux est aujourd’hui encore en vie pour témoigner. Ce mardi, ils étaient une délégation de 29 enfants cachés, rescapés de la Seconde Guerre mondiale, à se rendre au Camp des Milles pour rencontrer près de 80 élèves du collège Jean-Marc Gaspard Itard (Oraison).

    « Entre le bien et le mal »

    L’initiative est à l’origine du Fonds social juif unifié (FSJU). « Vous avez face à vous non seulement des personnes qui ont subi, mais des personnes qui ont surmonté. C’est un des messages importants que cette journée porte : les victimes sont très souvent résistantes et résilientes », rappelle Alain Chouraqui, président de la Fondation du Camp des Milles.

    Venus de Lyon et de Marseille, ils sont deux, notamment, à avoir témoigné de cette Résistance dont ils ont bénéficié. Mais aussi des horreurs du nazisme. La douleur de la perte de proches. Reine Peres, née en 1939 à Marseille, évoque longuement cette voisine qui « faisait les courses à notre place, qui faisait le maximum. Cette femme – et c’est dommage que nous n’ayons pas pu faire de sa famille une famille de Justes -, ce qu’elle a fait était exceptionnel. Et cela a duré plusieurs années. » Si Reine Peres et certains de ses proches s’en sortent, plusieurs membres de sa famille connaissent la déportation. Les chambres à gaz. « On est toujours entre le bien et le mal, le miracle et la tragédie », confie-t-elle à propos de cette période.

    Face à ces deux enfants devenus nonagénaires, le silence pèse dans la salle. Aux témoignages longs et parfois difficiles s’ajoutent les interventions d’une partie de la délégation des 29. Il y a notamment cette femme, impeccablement habillée, Luxembourgeoise ayant « atterri » à Marseille, avant de « terminer son parcours à Izieu. Je fais partie des trois derniers survivants du mémorial ». À Charles Lastmann et Reine Peres, une élève pose la question : « Mais comment, en tant qu’enfant, vous viviez la guerre ? ». « Par une trouille immense », résume Charles Lastmann.

    Sylvie Altar, docteure en histoire, membre associée à Larhra (Lyon II), insiste : « À la veille de la guerre, les juifs ne représentaient que 0,7% de la population (…). 330 000 personnes pour lesquelles le régime de Vichy va mettre en place une législation antisémite (…). Se met en place ce qu’on appelle le processus génocidaire.  » Et d’ajouter : « Tant qu’on témoignera, on se protégera de dangers qui nous menacent. »

    À la sortie de cette rencontre, Emma concède : « Pour certains mots, j’avais les larmes aux yeux. C’était émouvant. » À l’avenir, poursuit la jeune fille, «  il faut faire au mieux pour limiter le plus possible l’antisémitisme et le racisme en France, voire dans le monde entier. Il faut que ça s’arrête, ça n’a pas lieu d’être, ça sert à rien et ça ne changera pas le monde ». Pour Angélina, « c’est important de raconter. Si on n’est pas au courant, on ne peut pas connaître les solutions ». On raconte « pour ne plus que ça arrive », résume de son côté Charles Latsmann, alors « qu’aujourd’hui, on est comme en 1930, le fascisme sort de partout ».

  • Une journée d’hommages à la Résistance

    Une journée d’hommages à la Résistance

    Cette journée a été instaurée en souvenir de la réunion du Conseil national de la Résistance (CNR) du 27 mai 1943 à Paris, réunissant Jean Moulin, représentant du Général de Gaulle, les représentants des huit grands mouvements de résistance français et les représentants de six principaux partis politiques de la troisième République. Une rencontre fondatrice, qui avait pour but d’unifier et de coordonner toutes les forces et les tendances politiques de la Résistance au sein d’un seul et même mouvement.

    Bouches-du-Rhône

    À Salon-de-Provence, à 9h30, au Mémorial Jean-Moulin, sur la route nationale 583.

    À Aix-en-Provence, à 11h30, au Wagon du Souvenir au camp des Milles, chemin des déportés.

    À Martigues, à 18h, au monument aux Morts sur la place du 8 mai 1945.

    À Aubagne, à 17h, au Parc Jean-Moulin.

    À La Ciotat, à 11h, au cimetière Sainte-Croix.

    Var

    À Toulon, à 10h, sur la place Gabriel-Péri.

    À Draguignan, à 18h30, au Monument de la Résistance, sur la place de la Paix.

    À Six-Fours, le collectif Six-Fours à gauche, écologiste, régionaliste et citoyenne organise à 10h, au rond-point Jean-Moulin, une cérémonie en réponse à la « cérémonie patriotique » programmée par la mairie d’extrême droite de Frédéric Boccaletti, afin de rappeler que les racines de son parti n’étaient pas du côté de la Résistance. Et de dénoncer : « Une entreprise de récupération et de falsification de l’Histoire, salissant la mémoire des résistantes », selon le collectif.

    Vaucluse

    À Avignon, à 10h, à l’angle du boulevard de la première DB et de l’avenue Pierre-Semard, une cérémonie commémorative se tiendra à l’occasion du 82e anniversaire des bombardements de la ville d’Avignon, et à 10h45, au Monument aux Morts, place
    1ère armée d’Afrique, se tiendra la cérémonie commémorative de la Journée nationale de la Résistance.

    À Carpentras, à 11h, au Monument aux Morts du cimetière.

    À Cavaillon, à 17h, sous le péristyle de l’hôtel de ville.

    Alpes-de-Haute-Provence

    À Manosque, à 18h, au Monument aux Morts, bd Élimir-Bourges, organisée par l’association Anacr.

  • Les lycéens de la région restituent leurs travaux sur la Shoah

    Les lycéens de la région restituent leurs travaux sur la Shoah

    Au lycée Adam-de-Craponne, à Salon-de-Provence, le projet pédagogique retenu a été celui d’un format du type « C’est pas sorcier » au sujet des femmes des Sonderkommando, ces déportées chargées de faire fonctionner les fours crématoires des camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale. « Nous avons travaillé, sur l’année, à partir des cahiers nouvellement édités d’Alter Fajnzylberg, militant juif communiste interné à Auschwitz, rescapé des Sonderkommando », rapporte Nathalie Dupont, professeur de lettres de terminale.

    Depuis 2015, 47 000 lycéens ont bénéficié du dispositif « Mémoire et citoyenneté », financé par la Région Sud. Ce travail de mémoire sur l’univers concentrationnaire est mené sur l’année scolaire par les enseignants avec les élèves, en lien avec des historiens et des auteurs.

    Un voyage d’étude « vraiment marquant »

    Le parcours « hors les murs » débute au camp des Milles, ancien camp d’internement et de déportation, situé à Aix. Les lycéens se rendent ensuite au Mémorial de la Shoah et au Panthéon à Paris, avant de se déplacer en Pologne, au camp d’Auschwitz-Birkenau, pour un « voyage d’étude ».

    « Ça a créé une dynamique de classe forte, c’était touchant », confie Margaux, en classe de terminale générale au lycée Adam de Craponne. « Nous étions au camp d’Auschwitz en janvier, ce qui nous a permis de voir à quel point les conditions étaient terribles. C’était vraiment marquant », conclut-elle.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    Dans la chimie, il fallut quatre arrêts collectifs de travail d’une heure dans quatre usines. Ainsi, aux usines Kuhlmann, Rocca‑Tassy de Roux, les actions se répétaient pour le maintien des avantages acquis, le paiement de 25% sur les primes et pour protester contre les employeurs qui maintenaient l’abattement de 10% sur les salaires des femmes. Le 28 août, le personnel de la Compagnie générale des pétroles arrêta le travail le matin de 7h30 à 8h30. Des points de vue divergents décidèrent de porter le différend devant le ministre du Travail. La réaction des travailleurs ne se fit pas attendre. Le soir même, les ouvriers arrêtèrent le travail à l’Électrochimie de la Barasse en laissant sur place le personnel nécessaire au fonctionnement de l’usine. Le lendemain matin, le travail reprenait normalement, le syndicat respectant les mots d’ordre de la CGT en faveur de la production et des arrêts de travail de brève durée. La chimie avait un patron de combat, Keller, que nous dénoncions et qui n’avait qu’un but : arrêter le progrès social en fomentant des refus et des troubles. Le syndicat dirigé par deux bons camarades, Antoine Vabre et Maurice Alby, déjoua ce piège. En général, notre action porta ses fruits : en octobre les revendications ouvrières étaient satisfaites et les accords tenaient compte des avantages acquis.

    Mais l’inspecteur divisionnaire du travail fut rappelé à Paris, dénoncé par le CNPE, le Parti socialiste et le préfet comme un « ami de Lucien Molino et de la CGT ». Il est vrai que, dans de nombreux cas, il avait aidé les travailleurs. C’était un inspecteur honnête qui fut regretté par les syndicats. À Paris, on l’installa dans un bureau sans responsabilité et il attendit l’âge de la retraite. Dans mes déplacements dans la capitale, je lui rendais visite et j’ai pu me faire une idée de ce qu’étaient capables de faire les ennemis de la classe ouvrière.

    Les élections municipales du 19 octobre 1947

    Ces élections furent marquées par la montée du RPF et l’effondrement du MRP, tandis que le Parti maintenait, dans les grandes villes, les positions obtenues en novembre 1946. À Marseille, le PC augmentait son score de 1 000 voix et la SFIO de près de 4 000 voix. Pourtant, les bouleversements dans notre département furent importants. Nous perdîmes Marseille au bénéfice de Carlini, avec la complicité du Parti socialiste, et Aubagne à la suite d’une entente entre la SFIO, le RPF et le MRP. Arles, La Ciotat et Martigues passaient aux mains des socialistes soutenus par le RPF. La SFIO gardait la mairie d’Aix grâce au MRP. À Salon, Francou (MRP) obtenait sa réélection avec l’aide des socialistes.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Commémoration des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, l’autre 8 mai

    Commémoration des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, l’autre 8 mai

    « Le 8 mai 1945, la France a manqué à ses devoirs universels et a commis l’inexcusable. » C’est le ton grave qu’Anthony Krehmeier, maire (PS) des 2e et 3e arrondissements de Marseille, a lancé la cérémonie commémorative des massacres du 8 mai 1945, qui se déroulait, ce vendredi après-midi, à côté de la Porte d’Aix.

    Des massacres qui ont lieu à « Sétif, Guelma et Kherrata », comme le rappelle le maire de secteur, lors de manifestations qui font suite à la mort de Bouzid Saâl, jeune militant anticolonialiste qui défilait drapeau algérien à la main, tué par un policier français, le 8 mai. « Trop longtemps, après ces dizaines de milliers de morts, il y a eu le silence des vivants », dénonce Anthony Krehmeier, rappelant qu’une année auparavant, le maire (DVG) Benoît Payan a procédé à la pose d’une plaque commémorative.

    Devoir de mémoire

    « Il est de notre devoir d’entretenir cette mémoire. Cette histoire commune, c’est aussi ce qui lie nos deux rives, Marseille connaît mieux que quiconque la douleur de ceux qui ont subi la colonisation et ses crimes », martèle le maire des 2-3. Outre la pléiade d’élus de la Ville, le député insoumis Manuel Bompard ou le sénateur écologiste Guy Benarroche, de nombreux représentants de la communauté et diaspora algérienne à Marseille étaient présents pour l’occasion, dont le consul adjoint d’Algérie, Ahmed Si-Ahmed. Zoheir Sabri, futur président de l’espace Franco-Algérien, a également pris la parole pour rappeler que le lien entre « Marseille ville des exilés » et les victimes de ce massacre. « Des milliers d’Algériens qui marchaient pacifiquement pour la dignité et l’égalité ont été massacrés par l’armée coloniale. Parmi eux, se trouvaient des familles des mêmes tirailleurs algériens qui avaient versé leurs sangs pour libérer Marseille en août 1944 », lance-t-il.

    En parallèle de cette cérémonie, plusieurs associations et collectifs organisaient un rassemblement revendicatif pour une reconnaissance plus officielle de ces massacres.