Tag: Devoir de mémoire

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : la lutte pour les salaires

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : la lutte pour les salaires

    Les ouvriers avec de petits moyens avaient manifesté leur enthousiasme et fait tout leur possible pour la reprise économique de notre région, ce qui n’était pas le cas, au départ, de la Chambre de commerce et du patronat. Je me souviens que les établissements Rocca Tassy de Roux, qui avaient réalisé un bénéfice de 145 millions de francs, avaient un stand de 20 m de palissade et quelques affiches, ce qui montrait le désintérêt absolu des employeurs pour la renaissance de la France. Quant au PS, il s’opposa à notre mot d’ordre de « la renaissance de la France » et montra qui, à la tête de ce parti américain, méritait bien la caractéristique « d’aide agissante » que je dénonçais.

    Négociations sous la pression des travailleurs

    En même temps que le redressement de l’économie nationale, nous avions aussi le souci des salaires, avec notre campagne pour les 25%, pour que les travailleurs obtiennent une part plus juste des richesses créées par eux. Nous avons multiplié les interventions auprès des syndicats patronaux et des pouvoirs publics en vue d’obtenir de ceux-ci les nouvelles mesures tenant compte des avantages acquis. De fait, l’augmentation ne s’appliquait pas, aux termes des textes précités, à tous les salaires. La hiérarchie des salaires en vigueur au 1er juillet se trouvait écrasée. L’écart entre le salaire minimum et le salaire moyen était en diminution. Les syndicats patronaux s’en tenaient à l’application stricte de l’arrêté du 29 juillet. L’Union départementale multiplia ses efforts et demanda aux syndicats de manifester pour obtenir des accords maintenant les avantages acquis.

    Des négociations s’engagèrent sous la pression des travailleurs dans la métallurgie, la meunerie, l’alimentation syndicales. Le 26 août 1946, à ma demande, l’inspecteur divisionnaire organisa une réunion de tous les syndicats patronaux de l’alimentation marseillaise et des représentants de l’UD en vue d’un aménagement des salaires qui tienne compte de l’arrêté du 29 juillet.

    Devant les arguments anti-ouvriers développés par les syndicats patronaux, nous exigions l’application de l’arrêté du 29 juillet. L’inspecteur divisionnaire du travail approuvait nos demandes à un tel point que le président de la défense, qui présidait la délégation patronale, reprocha à l’inspecteur de sortir de ses attributions d’inspecteur divisionnaire et informait le président du CNPF, Monsieur Villiers, afin qu’il intervienne auprès du ministre du Travail, Ambroise Croizat. En réalité, le CNPF refusait les demandes que nous formulions, mais c’était mal connaître la combativité des travailleurs qui, par leur action en septembre, obtenaient satisfaction.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Avignon : hommage aux victimes du génocide arménien

    Avignon : hommage aux victimes du génocide arménien

    En présence des représentants de l’état, autorités civiles, militaires, parlementaires et élus locaux, Véronique Bruna-Mardoyan, présidente de l’Association franco-arménienne d’Avignon et sa région, a prononcé un discours : « Nous sommes dans la mémoire (…). Car il ne faut pas oublier que notre génocide est impuni, nié et continue (…). Nous demandons au gouvernement turc de reconnaître le génocide arménien et de le réparer. Malheureusement, nous sommes dans un devoir de mémoire qui s’ancre dans l’actualité, parce qu’en 2023, il y a eu le premier nettoyage ethnique du XXIe siècle. 1915 se répète en 2023. »

  • Le Palais du Pharo s’illumine aux couleurs de l’Arménie

    Le Palais du Pharo s’illumine aux couleurs de l’Arménie

    Comme un symbole, le rouge, bleu et orange ont recouvert la façade du Palais du Pharo à Marseille, ce mercredi soir à la tombée de la nuit, en commémoration du génocide commis il y a 111 ans par le pouvoir turc. Juste avant, une programmation culturelle, organisée à l’initiative de la Ville de Marseille et d’organisations de la diaspora arménienne, a mis « en lumière et en musiques la richesse et la résilience de la culture arménienne à travers l’art ». Avec notamment de la danse traditionnelle par 14 interprètes de l’association « Courants d’Arts » et des chants assurés par la chorale de l’école Hamaskaïne (12e arr.).

    De quoi faire le lien entre Marseillais d’origine arménienne et le devoir de mémoire. « Que personne n’oublie l’histoire. Quand on parle de l’Arménie, de ce pays 1 000 fois redéfini, nous parlons de notre histoire commune et collective », a martelé Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille, aux côtés notamment du consul général d’Arménie à Marseille, Ara Mkrtchian. Ce dernier a aussi insisté sur ces liens : « C’est dans cette ville refuge que des milliers de rescapés du génocide ont trouvé une terre d’accueil ».

    Tous deux ont loué la nécessaire « unité » du peuple arménien. Notons enfin que le Premier Ministre, Sébastien Lecornu, sera ce vendredi à Marseille dans la continuité des commémorations, puisqu’il sera présent pour la cérémonie prévue au mémorial du génocide arménien, rue Edmond-Pirian.

    LES RENDEZ-VOUS COMMÉMORATIFS

    Marseille

    Un rassemblement est prévu le vendredi 24 avril à 17h aux abords du consulat de Turquie organisé par CPLM (Courir pour la Mémoire).

    Aubagne

    Une commémoration est organisée ce vendredi 24 avril au cimetière Fenestrelle, de 17h à 18h.

    Carry-le-Rouet

    Un hommage aux victimes du génocide arménien est organisé au Monument aux morts, le samedi 25 avril, de 11h à 12h.

    Simiane-Collongue

    Une commémoration du génocide arménien, suivie de l’inauguration du Square d’Arménie, aura lieu le vendredi 24 avril à 11h, en haut des Cours du Héros.

    Le Cannet

    Une cérémonie est organisée par la Ville, en coopération avec l’Union des Arméniens de Cannes et ses environs. L’événement se déroulera le vendredi 24 avril à 10h, devant le Monument aux Morts, Square Pietra-Santa.

    La Ciotat et Ceyreste

    Un hommage sera rendu le vendredi 24 avril à partir de 11h, avec un dépôt de gerbes suivi d’une prise de paroles des autorités, Avenue Louis-Crozet à La Ciotat, et face à l’école Jean-D’Ormesson, à Ceyreste.

    Cabriès-Calas

    Un hommage est organisé par la ville le dimanche 26 avril à partir de 11h30 sur la Place du 24-avril-1915, avec une cérémonie et un dépôt de gerbes.

    Allauch et Plan-de-Cuques

    Vendredi 24 avril à 17h10, une cérémonie en hommage aux 1 500 000 victimes arméniennes du génocide perpétré en 1915 par l’empire Ottoman aura lieu place du Souvenir Arménien, rue Jules Ferry à Plan-de-Cuques. De même qu’à 18h30, place du 24 avril 1915 au Logis-Neuf à Allauch aura lieu une cérémonie pour le devoir de mémoire.

  • De la rafle de Saint-Jean au camp de Sachsenhausen

    De la rafle de Saint-Jean au camp de Sachsenhausen

    Une délégation de dix membres du Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943 est à Berlin depuis vendredi pour le 81e anniversaire de la libération du camp de concentration de Sachsenhausen situé à 30 km de la capitale allemande. Ces descendants des raflés et déportés y dévoileront dimanche une plaque rendant hommage aux Marseillais du quartier de Saint-Jean qui y ont été déportés et où une centaine n’est jamais revenue comme le boxeur Kid Francis.

    Alors que le fascisme veut renaître de ses cendres, la plaque grave dans le marbre « La rafle du Vieux-Port – Marseille 1943 » avec un texte en français et en allemand : « Le 24 janvier 1943 à Marseille, les 20 000 habitants du quartier Saint-Jean furent raflés. Leur quartier sera entièrement détruit par dynamitage. Plus de 250 Marseillais seront déportés à Sachsenhausen, beaucoup ne reviendront pas. Ce crime contre l’humanité fut perpétré par le nazisme avec la collaboration de l’État français. En mémoire de toutes ces victimes. Restons vigilants. Plus jamais ça ! ».

    Ce devoir de mémoire et de transmission veut remettre en lumière « l’opération Sultan » coproduite par l’occupant nazi et Vichy, suivie du dynamitage de près de 1 500 immeubles, 80 rues et places. Ce 24 janvier, 20 000 habitants sont chassés de cette « Petite Naples ». Un transfert forcé de population civile s’organise avec René Bousquet à la manœuvre. 12 000 hommes, femmes et enfants sont conduits par wagons à Fréjus pour être trié. Ce jour-là, un premier convoi de 1 600 Marseillais dont moitié sont juifs raflés les jours précédents part pour Compiègne. En tout 600 habitants de Saint-Jean seront déportés sur différents sites. C’est en avril 1943 qu’un convoi de 250 Marseillais arrive à Sachsenhausen.

    « Avec cette plaque, tous ceux qui viendront à Sachsenhausen sauront que des Marseillais ont été victimes d’une action conjointe et concertée des nazis et de l’État français de Vichy » résume l’avocat Pascal Luongo qui en janvier 2019 a déposé plainte pour quatre survivants et quatre descendants des rafles pour crime contre l’humanité. « Cette reconnaissance est essentielle dans une période où les héritiers de Pétain côté français et d’Hitler côté allemand, retapent à la porte du pouvoir. Cette rafle doit être enseignée comme la rafle du Vél d’Hiv commise six mois plus tôt par les mêmes acteurs », insiste Me Luongo.

    « C’est très émouvant car papa était dans le convoi du 28 avril. Il avait 21 ans », confie Gérard Agresti. « Il est revenu du camp mais en parlait peu car les choses atroces ne sont pas à entendre pour les petits. » Roger Agresti a été ensuite de longues années typographe à La Marseillaise. « Après deux guerres mondiales, ce serait terrible si cet humaniste et militant de gauche voyait qu’autant de peuples se font massacrer en Europe et au Moyen-Orient. Cette plaque prend absolument tout son sens. Ce n’est pas un témoignage ancré dans le passé. Il doit éveiller les consciences. »

    Vendredi, la délégation a été reçue au lycée John-Lennon de Berlin. Ils ont raconté à ces jeunes Allemands cette mémoire qui relie Marseille et Berlin. « C’est notre devoir de transmettre la mémoire de cette opération concertée entre la collaboration et le nazisme mais aussi de délivrer un message de paix », confie Antoine Migneni. Il avait 5 ans le jour de la rafle. Retenu à Marseille, il a fait lire son texte aux jeunes Berlinois : « Le racisme et l’antisémitisme sont des délits majeurs. Les guerres ne sont pas une fatalité. Les hommes et les femmes ont droit au bonheur et à la paix. Soyez vigilants ! S’il ne faut pas vivre dans le passé, il ne faut pas l’effacer non plus. Un peuple qui l’oublie est condamné à le revivre. »

    Cette plaque est pour Fernand Riberi, un aboutissement. « Ce sera mon lieu de recueillement pour mon grand-père, Francesco Commentale, déporté politique, matricule 65028, mort à Sachsenhausen le 30 juin 1944. Il avait 59 ans. Il habitait rue de la Reynarde avec ma grand-mère et leurs six enfants. C’était un modeste piqueur de sel de la communauté napolitaine. Dimanche, ce sera une émotion intense quand je découvrirai le block 24 où a été enfermé ce grand-père que je n’ai pas connu. »

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : des entreprises rendues aux actionnaires

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : des entreprises rendues aux actionnaires

    L’évolution de la situation et les prises de position de l’adversaire (minorité et PS) demandaient des méthodes d’organisation plus rapides : la création des pôles syndicaux auprès des entreprises nous permettait d’augmenter nos effectifs en développant les actions.

    Ces nouvelles intersyndicales n’avaient pas de permanents. Les militants des directions étaient élus au cours d’une assemblée de cadres du quartier.

    Ceci permettait de les faire connaître et de renforcer leur autorité non seulement dans les entreprises, mais aussi dans les quartiers. Toutes ces modifications permirent une intervention plus rapide et plus efficace. Dès le matin, à l’ouverture, nous nous trouvions devant les entreprises et échangions nos idées sur la situation et l’aide que nous apportions.

    Le nouveau bureau était composé ainsi : secrétaire général : Lucien Molino (transports), secrétaires généraux adjoints : Pierre Gabrielli (employé), Maurice Milhau (hospitalier), Exbrayat (métaux), secrétaires : Georges Brunero (transports), Line Cecaldi (PTT), Jean Comiti (métaux aviation), Joseph Giribone (produits chimiques), Pascal Posado (aviation). Les membres du bureau étaient : Marcel Andreani (docker), Raoul Arnaud (cheminot), Paulette Caresse (textile), Demaurizi (produits chimiques), André Fressinet (marins), René Le Guen (cadre), Marcel Paganacci (livre), Frédérique Roux-Zola (EDF).

    Déréquisitions

    Georges Dumonceau quitta la région pour prendre la direction d’une imprimerie dans le Nord, récompense d’un militant socialiste qui avait tout fait pour la scission syndicale.

    Au moment où se tenait le congrès, le statut des entreprises réquisitionnées que nous avions réclamé dès le début était en débat à l’Assemblée nationale. La commission économique, avec Francis Leenhardt (socialiste) et Germaine Poinsot-Chapuis (MRP), rejetait notre demande de statut. Seule Raymonde Nédelec, députée communiste, défendit les entreprises réquisitionnées. Les délégués présents au congrès acclamèrent celle‑ci et elle siégea à la tribune.

    Dans notre rapport d’activité, j’avais fait état du bilan magnifique de ces entreprises. Nous faisions la démonstration que les travailleurs, par leurs initiatives et dans de meilleures conditions sociales, avaient mis en échec les collaborateurs, les patrons et les traîtres. Mais le Conseil d’État, à la demande des patrons actionnaires, avait prononcé l’annulation des réquisitions, en premier celles des sociétés d’acconage, de la Société provençale de construction navale, de la Société phocéenne d’application électrique et, en juillet, des Aciéries du Nord.

    Des historiens écrivirent que notre riposte avait été modérée, ce qui est faux, preuves à l’appui : des centaines de motions de protestation accueillirent ces décisions et l’essentiel du débat à l’Assemblée nationale porta sur l’attribution des bénéfices réalisés sous la réquisition, l’État devant reverser une indemnité aux actionnaires.

    à suivre la semaine prochaine…

  • À Toulon, les lycéens mettent à l’honneur Micheline Maurel

    À Toulon, les lycéens mettent à l’honneur Micheline Maurel

    Engagée dans la Résistance dès le 17 juin 1940 alors qu’elle n’a que 24 ans, Micheline Maurel intègre son premier réseau dans lequel elle transporte des valises et est chargée de faire du repérage sur le littoral toulonnais occupé alors par l’armée italienne. Le 29 juin 1942, elle en intègre un second, où elle poursuit ses missions d’information et accompagne de jeunes pilotes qui doivent regagner Londres.

    Elle sera arrêtée au cours d’une mission à Amélie-les-Bains, le 18 mai 1943, puis sera déportée à Ravensbruck fin août 1943, puis à Neubrandenburg. Un camp dont elle ne sera libérée qu’en mai 1945 par l’arrivée des troupes soviétiques.

    Le poids de l’engagement

    De ce parcours d’exception les lycéens de Claret, accompagnés par leur professeur Lionel Remot, ont tiré une exposition élargie à la Résistance varoise visible jusqu’au 25 avril à la médiathèque du Pont du Las.

    Des panneaux sur lesquels entre autres on découvre l’implication de ces jeunes qui ont décidé de mettre en scène une correspondance avec l’héroïne toulonnaise disparue en juillet 2009. Des courriers dans lesquels ils saluent l’engagement de l’écrivaine et poétesse tout en s’interrogeant sur ce qu’aurait été le leur.

    « Chère Micheline Maurel, je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour ce pays : Je comprends pourquoi vous vous êtes engagés, vous avez tout donné pour survivre à cet enfer et pour cela je tiens à vous témoigner mon respect », écrit Nidal.

    Maelys exprime elle aussi toute sa reconnaissance pour la résistante qui a su laisser à travers son art des témoignages pour que jamais on n’oublie la barbarie nazie et le lâche renoncement du plus grand nombre.

    Un travail qui dans cette période troublée va bien au-delà du simple devoir de mémoire.

  • Deux événements pour honorer la mémoire du groupe Manouchian

    Deux événements pour honorer la mémoire du groupe Manouchian

    L’objectif est de rendre hommage à ces résistants entrés dans l’Histoire.

    Le premier rendez-vous est fixé ce vendredi 20 février à 19h, salle Fernand-Ros avec la projection du film-documentaire Missak et Mélinée Manouchian. Un moment d’autant plus particulier qu’il se déroulera en présence de sa réalisatrice, Katia Guiragosssian, invitée pour échanger avec le public à l’issue de la séance (entrée libre). Cette soirée se veut un temps de partage autour de l’histoire du couple Manouchian, figures emblématiques de la Résistance et symboles de l’engagement antifasciste.

    La commémoration se poursuivra le samedi 21 février, devant le foyer Missak-Manouchian, situé 211 avenue du 8 mai 1945, à proximité de la médiathèque Jorgi-Reboul.

    Prises de paroles

    Le programme prévoit des prises de paroles et dépôts de gerbes à 10h30, avec le partage du verre de l’amitié dans la foulée. Comme chaque année, cette cérémonie rassemblera habitants, élus, associations et sympathisants désireux de rappeler l’importance du souvenir et de transmettre l’héritage de ceux qui ont combattu pour la liberté. L’ACFOA encourage les habitants à se joindre à ces deux événements, dans une ville où le maire (PCF), André Molino, s’est fortement mobilisé pour l’entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon.

    Contact : 06.95.59.18.89 ou par mail : acfoaseptemes@hotmail.fr

  • La mémoire des Chantiers s’invite dans la campagne à La Seyne

    La mémoire des Chantiers s’invite dans la campagne à La Seyne

    « Sur le champ de ruines de nos chantiers certains auraient voulu que s’impose un champ d’oubli », explique le président de l’Association pour le maintien des intérêts des anciens de la Navale à La Seyne (Amians), Lucien Conac. C’était sans compter sur la combativité des bénévoles pour que cette mémoire ouvrière de la ville subsiste, en collectant des témoignages matériels, écrits et oraux de cette époque industrielle.

    Et c’est fidèle à ce même engagement qu’ils ont décidé, à l’unanimité, de consacrer, toutes leurs forces pour obtenir la transformation de leur siège social, installée dans l’un des seuls vestiges encore debout des Chantiers : la porte principale, en un vrai musée de la construction navale seynoise. « Nous voulons nous assurer pendant que nous sommes encore vivants, de laisser sur ce site un témoignage indélébile de sa grandeur maritime passée », ajoute le responsable associatif. Conscient que « la conservation, sérieuse, durable et officielle de la mémoire se fait par l’élévation de monuments ou de musées ».

    Le problème c’est que, depuis plus de 30 ans, ils ont l’impression d’être menés en bateau. Les promesses n’étant pas suivies d’actes. C’est pour ça que les militants souhaitent aujourd’hui, en cette période préélectorale, prendre l’opinion publique à témoin pour faire pression sur les candidats, mais aussi éviter les éventuels reniements de l’équipe gagnante arrivant aux affaires. Ils sont un peu échaudés.

    Les gars de la Navale n’oublieront pas

    Et de poser que « si la mairie tourne autour du pot pour ne pas réaliser notre projet, bien que parfaitement réalisable, c’est parce qu’elle ne veut ni investir, ni attribuer un budget d’investissement durable pour faire perdurer la mémoire ouvrière ». Un refus politique, donc.

    L’Amians se félicite en tout cas que la campagne d’information publique menée en 2025 ait permis de sensibiliser suffisamment la population pour intéresser la municipalité sortante. Même si, après les déclarations de bonnes intentions, rien n’a été finalisé.

    Pas question pour autant de renoncer à faire de la porte principale un véritable sanctuaire des Chantiers. Les militants associatifs scrutent donc les propositions des postulants au poste de maire. Et disent avoir suivi avec intérêt le projet de l’atelier mécanique du maire sortant qui prévoit un espace dédié à la mémoire industrielle des chantiers navals seynois.

    Et se félicitent que « pour la première fois depuis la fermeture des chantiers déjà trois listes au moins inscrivent dans leur programme un musée de la construction navale ». Un signe que « la bataille de l’opinion publique » est en passe d’être gagnée.

    Pour Lucien Conac, la proposition de la liste Uni.e.s à gauche pour La Seyne, menée par Stéphane Sacco, avec la création de la Maison de l’industrie et de la mer dans les anciens bâtiments de l’apprentissage, contre la façade ouest de la porte principale, se raccorde au projet porté par l’Amians de sacralisation de la porte principale. Autre note positive : le fait d’avoir été consulté avant sa publication. « Ce qui dénote bien l’intention de nous écouter et de travailler avec nous », approuve-t-il. Et de préciser : « Stéphane Sacco est d’ailleurs le seul candidat à avoir soutenu publiquement notre projet, dès le début l’année passée. Et il compte aujourd’hui l’insérer dans un ensemble plus grand avec une grande salle d’exposition de 353 m². »

    Pour sûr, les gars de la Navale n’oublieront pas.

  • Face à l’Histoire, résister se conjugue au présent dans le Port du Levant

    Face à l’Histoire, résister se conjugue au présent dans le Port du Levant

    Dans un département qui a envoyé à l’Assemblée nationale 7 députés RN sur 8, et dans un moment où les extrêmes droites parviennent à l’échelle internationale à imposer une lecture révisionniste de l’Histoire, mettre en avant le devoir de mémoire est un impératif politique.

    C’est ce qui en substance a été rappelé ce lundi, à Toulon, à l’occasion du 84e anniversaire de l’assassinat de Gabriel Péri au Mont Valérien par les troupes d’occupation nazies. Un hommage poignant, rendu par le président de l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (Anacr) Gérard Estragon. Et ce aussi bien à l’égard de l’ancien député communiste né à Toulon qu’au capitaine de corvette Honoré d’Estienne d’Orves et à la revendeuse des Halles de Toulon Esther Poggio. Tous trois payant de leur vie le refus de la défaite morale et de la soumission après un engagement sans faille dans la Résistance.

    Le premier, issu de la diaspora corse par son grand-père et Italien par sa grand-mère maternelle, est, rappelle Gérard Estragon, dès l’adolescence saisi par trois passions indissociables : le journalisme, le socialisme et la politique.

    « Le lit des régimes despotiques »

    Il tiendra la rubrique de politique internationale du journal L’Humanité durant quinze ans. Pacifiste lucide, mais farouche antifasciste, il dénonce très tôt la montée en Europe de ces idéologies mortifères. « Et pressent que les lâchetés, les renoncements, les intérêts égoïstes, l’exacerbation des nationalismes et la paupérisation des classes populaires font le lit des régimes despotiques conduisant à la guerre. »

    Un fascisme qui surgit quand les élites économiques préfèrent la dictature à la réforme sociale, analyse-t-il alors.

    Le président de l’Anacr en profite pour rappeler que seuls 80 parlementaires auront le courage de dire « non » à Pétain, et parmi eux six sont alors varois. « C’était un autre temps », lance-t-il. Malheureusement, en effet.

    Pour Honoré d’Estienne d’Orves, « c’est sa foi bouleversante en Dieu, qui lui a permis de toiser la mort sans frémir ».

    Alors que pour Gabriel Péri, c’est son engagement pour des lendemains qui chantent « dans un monde où l’exploitation de l’homme par l’homme ne sera plus la règle ». Une soif d’idéal qui entre le reniement et la mort, leur feront choisir la mort.

    À ces deux parcours s’ajoute celui d’Esther Poggio, « fille d’immigrés italiens dont les Halles restaurées portent fièrement son nom ». « Nombreux sont les enfants issus de l’immigration qui ont donné non seulement leur force du travail, mais également leur vie pour la France », souligne le président de l’Anacr. Ça aussi il est bon de le rappeler.

    Dès la fin 40, la résistante procure des fausses cartes d’identité et approvisionne les maquis des Francs-Tireurs et Partisans (FTP). Arrêtée le 3 juillet 1944, elle sera exécutée le 15 août, le jour du Débarquement de Provence.

    « En 2025, puisons, dans ces vies exemplaires, le courage nécessaire pour résister au populisme racoleur des manipulateurs de l’opinion publique qui fondent leur succès détestable sur la haine, la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, la peur de l’autre et le nationalisme borné. » Gérard Estragon concluant que « résister, à notre modeste niveau, c’est s’opposer à cette xénophobie, à ce racisme dont les manifestations croissantes ne peuvent qu’inquiéter ».

    L’esprit de résistance

    « Cette transmission de la mémoire est absolument vitale, pas pour la connaissance pure et éthérée mais parce qu’elle a des conséquences sur notre vie, sur notre futur, et sur l’avenir de l’humanité », explique le conseiller municipal d’opposition de Toulon en Commun André De Ubeda (PCF).

    Et de poursuivre : « Il y a des menaces terribles qui pèsent sur notre pays. Il faut absolument les combattre avec la même intelligence et le même courage qu’Honoré d’Estienne d’Orves, Esther Poggio et Gabriel Péri. »

    Même son de cloche pour la maire sans étiquette de Toulon Josée Massi : « C’est bon de rappeler ces beaux exemples. Et cet esprit de résistance qui doit continuer à nous animer. »

  • Association Dar Yumi : la maison qui rassemble les mémoires

    Association Dar Yumi : la maison qui rassemble les mémoires

    La porte grande ouverte est une invitation à entrer. Les têtes passent. Promettent de ne pas rester trop longtemps et finalement s’installent autour de la table baignée de soleil, juste derrière la baie vitrée, avec un thé à la menthe. À peine rouverte après plus de six mois de fermeture, la boutique Dar Yumi, inaugurée par Amel Ben Messaoud en 2021 sur la place du Docteur Igonet, redevient un lieu de vie où les visiteurs se sentent comme à la maison. C’est d’ailleurs la signification de Dar Yumi. « La maison de ma mère », traduit la Port-de-Boucaine.

    À l’intérieur, des tapis amazighs chatoyants jonchent le sol, de la vaisselle en céramique faite à la main garnit les armoires, des livres et des affiches de calligraphies arabes habillent les murs. « Au départ, je voulais absolument remettre en lumière les objets avec lesquels j’avais grandi, qui m’ont été transmis par ma mère et ma grand-mère, qui étaient vraiment issus de mon patrimoine culturel », raconte Amel, qui s’est donc associée avec des coopératives de femmes au Maroc et en Algérie pour mener à bien ce projet.

    Une culture populaire vivante

    Pour la jeune mère de famille, ces artefacts ne sont pas de simples biens matériels. Ils sont le témoin d’une histoire intime, familiale tout en étant universels. Ils appartiennent à la culture, celle du geste du quotidien. « Pour moi, le devoir de mémoire se fait aussi par l’objet », confie-t-elle.

    Amel veut désormais aller plus loin. Elle qui a vécu au Canada, à New York et qui a fait ses études à Montpellier puis à Paris explique : « J’ai voulu rentrer à Port-de-Bouc parce que c’est un des rares endroits où le multiculturalisme a un vrai sens. La proximité avec les gens ici est dingue, c’est un village et les personnes de différents milieux sociaux, de différentes origines évoluent ensemble. Je le vois dans ma boutique, où les gens de tous horizons s’installent et me racontent leurs histoires. Maintenant il faut que je fasse quelque chose de ces récits, c’est plus possible que je les garde pour moi. » Pour y parvenir, le statut de Dar Yumi change pour passer de commerce à association.

    Désormais, la trentenaire veut travailler avec les différentes structures et associations présentes à Port-de-Bouc et encadrer des projets culturels intergénérationnels, à mener sur une année entière, pour aboutir à une exposition. Amel illustre : « Ça peut être une maman sénégalaise et un jeune d’origine marocaine qui travaillent ensemble sur un livre de recettes qu’ils ont chacun l’habitude de faire chez eux, avec des ateliers cuisine pour échanger et se transmettre leurs secrets. Ça peut aussi être un projet musical, dans lequel le rap old school et le rap actuel se répondent. La culture populaire doit être vivante. L’idée c’est que les adhérents se nourrissent les uns des autres. Chacun a un patrimoine culturel, a une mémoire individuelle qui, mis en commun, devient une mémoire collective. »

    La Port-de-Boucaine veut faire rayonner sa ville et son histoire ouvrière liée à l’immigration, mais cette association est aussi pour elle un moyen de rompre l’isolement des personnes âgées et d’aider la jeunesse à ne pas céder à l’appel du narcotrafic. « Il faut les faire sortir des quartiers, assène-t-elle. Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. Ça nous donne de la valeur. Et souvent, on apprend de nos aînés, qui représentent la sagesse et sont parfois un refuge. »

    Les premiers événements de Dar Yumi auront lieu le 10 décembre, avec un petit-déjeuner offert aux seniors à partir de 8 heures, puis un goûter à destination des jeunes à partir de 15 heures.

    Le prix de l’adhésion varie en fonction de paliers, voir sur place à la boutique Dar Yumi.