Tag: CFDT

  • Journée cruciale au tribunal pour Fibre Excellence

    Journée cruciale au tribunal pour Fibre Excellence

    « En quelques jours, chacun a accepté de faire évoluer sa position. Des investisseurs se sont engagés, d’autres sont en train de le faire. Les Régions se sont mobilisées. Les organisations syndicales ont contribué activement à la construction du projet », écrivent dans une lettre commune, adressée dimanche au ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, Matthieu Pigasse, les deux présidents des Régions Sud et Occitanie, et les responsables des syndicats CGT, CFDT et FO. Et de presser le gouvernement à prendre ses « responsabilités » avec « la mobilisation effective de tous les leviers dont dispose l’État afin de donner toutes les chances à ce projet désormais profondément consolidé ». Gouvernement qui reste pour l’heure dans l’attente d’un « projet crédible », répond-il.

    L’offre de reprise de l’entreprise Fibre Excellence et de ses deux usines, situées à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et à Tarascon, par l’homme d’affaires doit être déposée ce jeudi, au tribunal de commerce de Toulouse. L’audience pour l’examen de l’offre a été reportée au 6 juillet.

    Cette offre pourrait donner un second souffle au fabricant de pâte à papier et sauver les quelque 10 000 emplois directs et indirects que génère l’activité. L’entreprise a été placée en redressement judiciaire, fin avril, tandis que son actionnaire indonésien, Jackson Wijaya, a refusé tout net de remettre de l’argent dans la société, qui souffre d’un déséquilibre structurel. Pour y remédier, outre l’apurement du passif, les salariés ont rappelé la nécessité d’un relèvement du tarif de rachat de l’électricité produite par l’usine. Une promesse du gouvernement.

  • Stéphane Richard élu président de la CAF du Var

    Stéphane Richard élu président de la CAF du Var

    Xavier Receveur (Medef) devient, lui, le 1er vice-président du nouveau conseil d’administration, Muriel Rodrigues (U2P), 2e vice-présidente et Philippe Spaziano (FO), 3e vice-président. Pour mémoire, les administrateurs de l’organisme représentent les différentes parties prenantes concernées par les politiques

    familiales et sociales. Ils sont à ce titre représentants des salariés désignés par les organisations syndicales, des travailleurs indépendants désignés par les organisations professionnelles et des associations familiales.

  • Investisseur béton pour Fibre Excellence

    Investisseur béton pour Fibre Excellence

    Face aux grandes cheminées de l’usine Fibre Excellence de Tarascon, dont presque plus aucune fumée ne sort depuis le placement en redressement judiciaire de l’entreprise de pâte à papier, fin avril par le tribunal de commerce de Toulouse, une bonne partie des plus de 300 salariés étaient présents avec le sourire, ce jeudi 18 juin. Et pour cause, ils ont appris l’entrée, ce mercredi, d’un investisseur de taille dans l’unique offre de reprise : Matthieu Pigasse.

    En conséquence, l’audience devant le tribunal de commerce, qui devait statuer sur l’avenir de la structure et était initialement prévue le mercredi 17 juin, a été reportée au 6 juillet, le temps d’étoffer le dossier. L’entreprise risquait notamment la liquidation judiciaire après le retrait de son actionnaire principal indonésien, il y a bientôt deux mois.

    La plupart des salariés ont ainsi suivi en visioconférence la conférence de presse organisée sur l’autre site de l’entreprise, à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, en présence de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, et de la présidente du conseil régional d’Occitanie, Carole Delga (PS). Depuis le parking de l’usine, une télévision avait été installée pour l’occasion. Les élus locaux et les représentants syndicaux, quant à eux, ont suivi l’événement depuis le réfectoire de l’entreprise.

    « Il y a 48 heures, on a appris qu’un investisseur français allait essayer de sauver 10 700 emplois directs et indirects. Le ministre avait des réserves avant, car les investisseurs étaient Indonésiens. Maintenant que c’est un Français, il faut y aller. C’est une très bonne chose pour nous, mais le combat n’est pas fini. Si ça se réalise, c’est comme si le père Noël était passé en juin », se réjouit, sous les applaudissements, Laurent Quinto, salarié du site de Tarascon et représentant de la Filpac-CGT. « Il ne faut plus traîner », lance de son côté Florent Bertaud, secrétaire FO du site. Il dénonce le « blocage du gouvernement » qui selon lui « a l’entière responsabilité » de la situation, tout en appelant à « passer par une nationalisation temporaire si nécessaire ». « Ce matin, on a la banane avec cette petite lueur d’espoir », conclut Frédéric Sanchez, représentant de la CFDT, qui donne rendez-vous le 6 juillet. En espérant une bonne nouvelle.

    Table ronde

    L’occasion, également, pour les responsables politiques de réaffirmer leur soutien. Si les Régions Occitanie et Sud ont mis la main à la poche (lire ci-dessous), les différents maires et présidents d’intercommunalités alentour rappellent l’importance de Fibre Excellence pour le territoire. Le maire d’extrême droite de Tarascon, Alexandre Ducouret (RN), n’a pas été convié à la conférence de presse, la CGT rappelant son opposition aux idées de son parti. L’édile aurait menacé de porter plainte avant de publier un communiqué sur les réseaux sociaux de la commune.

    C’est son prédécesseur et vice-président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Lucien Limousin (DVD), qui a pu s’exprimer aux côtés des maires d’Arles et de Maussane-les-Alpilles. « L’intersyndicale réalise quelque chose d’énorme. On espère que l’État va se réveiller », lance-t-il.

    « On ne peut pas claironner haut et fort être en faveur de la réindustrialisation de la France et ne pas s’occuper des sites industriels », abonde l’édile arlésien Patrick de Carolis (Horizons), avec l’approbation de ses voisins. Comme la plupart des acteurs autour de la table, il attend une position claire de l’État sur l’avenir du site, alors que de nombreuses lettres adressées aux ministères sont restées sans réponse jusqu’ici. « Le plus important, c’est le rapport de force que vous avez su créer. C’est vous les experts de l’outil de travail et la suite doit être créée avec vous. C’est pour cela qu’il faut désormais impérativement organiser une table ronde », plaide Camille Di Falco, attaché parlementaire du sénateur communiste des Bouches-du-Rhône Jérémy Bacchi, qui n’a pas pu être présent ce jeudi.

    Après ces moments intenses, place au barbecue, avec merguez et saucisses sous le barnum installé à côté du parking à motos. Un moment de répit après des mois de stress. « Une petite heure de décompression qui va faire du bien à tout le monde », lance joyeusement au micro Laurent Quinto.

    Le rôle déterminant des Régions

    Pour sauver Fibre Excellence, Région Occitanie comme Région Sud ont « mouillé le maillot », confie Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Et pour cause : elles appuient à hauteur de 8 millions d’euros (5 pour Occitanie, 3 pour Sud) l’unique offre de reprise présentée par la direction actuelle de Fibre Excellence. « Sa disparition serait la signature de l’arrêt de mort pour nos territoires », a expliqué Cyril Juglaret, représentant du président (Ren.) de Région Sud, Renaud Muselier, ce mercredi. Avant de se réjouir : « On va rentrer au capital, c’est exceptionnel ! ». Quand Carole Delga, présidente (PS) de Région Occitanie, a souligné avoir « remué ciel et terre » dans la recherche d’un investisseur et avoir « pensé à Matthieu Pigasse ». « La France a besoin de cette production, il y a un débouché, un marché pour la pâte à papier », a-t-elle martelé. A.B.

    TÉMOIGNAGES DE SALARIÉS DE FIBRE EXCELLENCE

    Philippe Verdiere, Opérateur service régénération

    « J’ai grandi ici et j’ai toujours connu l’usine. Même si elle a connu des périodes de bien et de moins bien, il y a beaucoup de peur liée à la précarité de la situation. Pas mal d’entre nous étaient au chômage partiel. Ça fait mal au niveau du salaire et, pour certains, c’était dur de joindre les deux bouts. Cette bonne nouvelle nous donne un espoir qu’on était en train de perdre.

    Cette possible issue favorable, c’est un coup de boost. »

    Martine Barbier, Comptable

    « C’est une société importante et on aimerait tous qu’elle reste en vie. Il y a quand même 600 salariés concernés. Il faut que l’État réagisse. Je suis fatiguée après des mois de «ça va fermer» et de «ça ne va pas fermer». Et encore plus avec les collègues mis au chômage partiel. Cela fait très bizarre de se promener dans une si grande entreprise, où nous sommes généralement très nombreux, et qui est désormais quasiment vide. On se sent seuls. »

    Muriel Sanchez, Assistante de direction

    « Je travaille ici depuis 30 ans, depuis l’obtention de mes diplômes. Quasiment toute ma famille y travaille et j’y ai même rencontré mon époux.

    À l’annonce de la mise au chômage partiel, j’ai mis quinze jours à m’en remettre.

    Et là, je ressens enfin une lueur d’espoir et je croise les doigts, car une fermeture ferait énormément de malheureux. Toute cette solidarité que l’on voit permet en tout cas d’y croire. »

    Recueillis par M.S.

  • Liquidation judiciaire pour Solution 30

    Liquidation judiciaire pour Solution 30

    De quoi mettre sur le carreau les 130 salariés, dans la région, de ce sous-traitant d’Orange.
    La CGT FAPT et la CFDT organisaient un rassemblement devant la juridiction, demandant notamment des comptes à la maison-mère luxembourgeoise.

  • Réorganisation provisoire des services de psychiatrie du Centre hospitalier de Toulon – La Seyne

    Réorganisation provisoire des services de psychiatrie du Centre hospitalier de Toulon – La Seyne

    Une béquille pour assurer la continuité des soins pendant l’été. Le CHITS annonce une réorganisation provisoire de son pôle psychiatrique, à compter de ce lundi. Une réponse attendue face à l’avenir incertain du service, pour lequel syndicats et soignants sont mobilisés depuis plusieurs mois, notamment eu égard au départ de trois de ses quatre médecins.

    En conséquence, la capacité de l’Unité de psychiatrie sans consentement (UPSI) de La Seyne passe de dix à sept lits d’hospitalisation, au profit de celle de l’Unité intersectorielle d’hospitalisation en soins sans consentement (UIHSSC) de Toulon, renforcée de 15 à 18 lits.

    Un « beau projet » qui nécessite du recrutement

    Ce réajustement permet aux autres unités de poursuivre leurs activités normalement, et « s’accompagne d’un redéploiement des ressources soignantes (six infirmiers de La Seyne à Sainte Musse) et de renforts médicaux (recrutement de quatre praticiens en formation : deux à Toulon et deux à La Seyne-sur-Mer + recours à l’intérim) afin de garantir des conditions de prise en charge adaptées aux besoins », précise le CHITS. Des mobilités que voulait éviter l’intersyndicale CGT-Sud-CFDT, qui a toutefois obtenu qu’elles reposent sur le volontariat. Mais, à ce jour, « le nombre de volontaires reste insuffisant », alerte-t-elle.

    Pour faciliter le recrutement, notamment via l’accueil d’internes, une fédération médicale regroupant une unité de l’hôpital Sainte Musse et les deux unités seynoises a été créée, sous la responsabilité d’un professeur associé de territoire. « Le médecin de l’Unité G1 de Toulon s’est proposé de fusionner les unités G4 et G5 de La Seyne pour développer l’ambulatoire et limiter les hospitalisations en privilégiant le fait d’aller vers le patient », détaillent Bérangère Mas (Sud) et Valérie Lardet (CGT), représentantes de l’intersyndicale CGT-SUD-CFDT, pour qui ce dispositif incarne « la psychiatrie de demain ».

    S’il a permis « d’éviter le pire, à savoir la fermeture de six services psychiatries essentiels pour la population seynoise », reconnaissent les syndicats, ce plan global n’en reste pas moins une solution d’urgence, et « sera réévalué dès que les recrutements permettront un retour à une organisation pérenne », appuie le CHITS. Il conviendra donc de « rester vigilants. On espère un recrutement rapide, on ne lâchera pas la pression. Le professeur propose un beau projet mais sans psychiatres, on ne fera rien », annoncent Bérangère Mas et Valérie Lardet. En plus de cela, l’intersyndicale réclame « le maintien d’une psychiatrie de proximité à La Seyne, le respect du volontariat dans les mouvements de personnel et une transparence totale sur l’avenir des structures psychiatriques du territoire. »

  • Front commun pour sauver Fibre Excellence

    Front commun pour sauver Fibre Excellence

    « Dans quelques jours, Fibre Excellence peut disparaître. » C’est le cri d’alarme lancé par la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet lors d’une conférence de presse ce vendredi. Ce rendez-vous convoqué la veille a réuni acteurs politiques de la région Sud et Occitanie, aux côtés des membres de l’intersyndicale du groupe. « Nous serons mobilisés, cette usine elle ne fermera pas parce qu’on a besoin de production industrielle en France », martèle la présidente PS de la région Occitanie Carole Delga.

    Le groupe qui emploie 670 salariés sur les sites de Tarascon dans les Bouches-du-Rhône et de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, a été placé en redressement judiciaire le 27 avril dernier. Depuis, les deux usines sont à l’arrêt et l’inquiétude plane sur leur avenir. Au total, plus de 10 000 emplois pourraient être impactés par la décision de mercredi. Ce qui implique entre autres la Chapelle Darblay, en Seine-Maritime, dont Fibre Excellence est l’un des repreneurs. « L’État a tout intérêt à se mobiliser. Le coût de la facture qui nous attendrait, qu’elle soit humaine, sociale, environnementale ou territoriale, serait terrible », alerte Cyril Juglaret, président de la Commission d’appel d’offres de la Région Sud.

    À ce jour, une seule offre de reprise a été déposée par Fibre Excellence, soutenue par les salariés et les collectivités locales. Le ferrailleur SPB (Société de participation de la Braye) allié au papetier canadien Paper Mill Industry aurait montré son intérêt pour le papetier dans une lettre d’intention communiquée au tribunal. La CGT craint qu’une reprise par un concurrent vise en réalité à démanteler le groupe. « Nous ne voulons pas de projet porté par des liquidateurs, par des rapaces. Nous allons continuer à améliorer d’ici mercredi ce projet industriel parce que nous avons besoin d’une diversification de production de pâtes à papier », fait valoir Carole Delga. « Nous demandons deux choses au tribunal : la poursuite de la période d’observation pour permettre à l’État de lever les conditions suspensives et la lettre d’engagement de l’État. Ces deux demandes vont ensemble », appuie Romuald Fontaine, secrétaire fédéral de la CFDT Chimie Énergie.

    « Que l’État prenne

    ses responsabilités »

    Hasard du calendrier – ou pas – le ministre de l’Industrie a adressé une heure avant le point presse une lettre aux acteurs concernés dans laquelle il détaille ses « engagements », parmi lesquels « la réévaluation des tarifs de rachat de l’électricité de Fibre Excellence jusqu’à +20% dans le respect du cadre juridique applicable, national et européen », écrit Sébastien Martin. Une formulation alambiquée, qui ne convainc pas : « Cette réponse est insuffisante », tranche Sophie Binet.

    Le député PS de Haute-Garonne, Joël Avignaret, a demandé au gouvernement la « nationalisation temporaire » de l’entreprise et « l’entrée de l’État à son capital ». Et a reçu une fin de non-recevoir. « La solution immédiate existe. Que l’État prenne ses responsabilités et mette les bouchées doubles pour préserver les deux sites. (…) On est en train de détruire toute une filière industrielle », tempête René Sale de l’UD FO 13. Sophie Binet, qui a fait de la lutte contre l’extrême droite l’une des priorités de son second mandat, prévient : « Quand on laisse les territoires se désertifier, les industries fermer, le déclassement s’organiser avec du travail qui ne paye plus, qui récupère les dividendes ? C’est l’extrême droite. »

  • La clinique Jeanne d’Arc d’Arles en plein malaise social

    La clinique Jeanne d’Arc d’Arles en plein malaise social

    « Humilier n’est pas diriger ». Ces mots peints sur un drap étendu à l’entrée de la clinique Jeanne d’Arc d’Arles, mercredi, donnent le ton du conflit social en cours.

    « La seule demande que nous avons est le départ de notre directeur », indique Violette Vigne, secrétaire CFDT du CSE. À l’appui, une vingtaine de salariés en grève, plus une trentaine en soutien devant les portes de l’établissement en début d’après-midi. La rencontre avec la hiérarchie territoriale a débouché sur la suspension du mouvement, « le temps de voir si leurs directives sont appliquées » au local, selon la déléguée syndicale CFDT Aurore Desgrippes.

    « Nous sommes en conflit permanent depuis un an », relève l’élue au CSE. À tel point que deux mains courantes ont été déposées par deux salariés, dont une pour agression physique, et qu’un troisième a pris les services d’un avocat.

    « Les membres du CSE, vous êtes pas allés à l’école, la syntaxe s’apprend au lycée ». « Elle, elle comprend pas le français, c’est normal ». Telles sont les citations rapportées par les personnels rencontrés.

    « L’absentéisme a triplé »

    En outre, « plusieurs salariés ont été rétrogradés ou mis au placard car notre directeur n’a simplement pas envie de travailler avec », rapporte Violette Vigne. « On parle du bras droit de la direction interdite de sortir de son bureau et exclue de toutes les prises de décision », précise Aurore Desgrippes, indiquant un « absentéisme qui a triplé en un an ».

    Contacté, le groupe Elsan propriétaire n’a pas répondu à nos sollicitations. « Au moindre débordement, on reprend la grève » prévient la déléguée syndicale.

  • La grève sur les rails contre la maltraitance

    La grève sur les rails contre la maltraitance

    Un cri du cœur pour alerter sur une « urgence sanitaire et sociale ».

    Les cheminots mettent, ce mercredi, les locomotives à l’arrêt à l’occasion d’un mouvement social qui s’annonce massif. Les quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF (CGT, FO, SUD et CFDT) ont accordé leurs klaxons pour réclamer un changement de braquet de leur direction. Du jamais vu depuis fin 2024 et de quoi rappeler les journées unitaires de la grève marathon contre la réforme ferroviaire de 2018. Il faut dire que l’heure est tout aussi grave pour la famille du rail : « rabotage des droits, pressurisation à l’extrême, dumping social à tous les étages », énumère la fédération CGT des cheminots. « Le message qu’on délivre est que le ferroviaire est à un tournant. […] Et l’unité syndicale dit l’importance que nous y accordons », explique Thomas Cavel, secrétaire général CFDT Cheminots en conférence de presse à Paris, ce mardi. Les syndicats pointent un cycle infernal de réorganisations au sein de la SNCF, entre ouverture à la concurrence et processus de filialisation. Et en lame de fond sa place comme service public ferroviaire : « La concurrence est un système qui met en péril les finances publiques. On investit sur le réseau ferroviaire via les bénéfices générés par les cheminots : ils paient donc, pour partie, l’outil de leur concurrent. »

    Des changements drastiques pour l’entreprise ancienne détentrice du monopole du rail en France et avec des conséquences qui le sont tout autant. « Les cheminots sont plus exposés qu’avant aux risques graves », développe François Tejedor, secrétaire général de la CGT Cheminots Paca. Plus que des accidents graves, les syndicats mettent en avant des drames : 13 suicides depuis le début de l’année. D’où l’alerte sociale : « On constate un mal-être en ce qui concerne le sens du travail, un malaise global, notamment dans l’encadrement : les réorganisations broient certains de nos collègues », confie à l’AFP, Fabrice Charrière, de l’Unsa Ferroviaire.

    Fortes perturbations

    sur le réseau

    Preuve de l’étendue de la colère cheminote : le secrétaire général de la CGT Cheminots Paca évoque un mouvement de grève particulièrement suivi : « Dans la région, il y a entre 80 à 90% de grévistes sur le personnel roulant, que ce soit contrôleurs ou mécanos. C’est 80% chez les conducteurs de TGV. »

    Concrètement, 1 TGV sur 3 circule ce mercredi, pour 1 train Intercités sur 2. Même principe pour les Trains express régionaux (TER). « La circulation des trains sera perturbée sur la région Sud » et « très fortement » pour les axes Les Arcs-Draguignan, Grasse-Vintimille et Nice-Breil-Tende, constate la Région Sud. Avec des lignes, comme celle de Marseille-Lyon avec 55% de circulation, ou Marseille-Aix avec seulement 45%. « Ça ne reflète pas le niveau de mobilisation […] la direction met toutes ses ressources pour minimiser la grève », nuance François Tejedor. En effet, nos confrères de l’AFP confirment que la SNCF « mobilise toutes ses ressources » en recourant notamment à des encadrants pour remplacer du personnel gréviste, comme le lui permet la loi.

    Pourtant, les cheminots en ont encore sous le pied. « C’est un coup de semonce, avec une temporalité réfléchie : on a proposé un mercredi pour rassembler tout le monde et ne pas faire de polémique », justifie François Tejedor. L’intersyndicale se rencontre le 11 afin d’ores et déjà évoquer la suite du mouvement. D’autant que Jean Castex joue la montre et ne prévoit de rencontrer les organisations syndicales que le 23 juin. De quoi laisser planer la menace d’une grève à un moment peut-être plus stratégique, comme les vacances d’été… « Les attaques se font plus pressantes, il faudra peut-être aborder les choses d’une manière un peu plus punchy », conclut François Tejedor.

    PAROLES DE CHEMINOTS

    Nathalie Marin, secrétaire générale de la CGT Cheminots, Toulon

    « On a un signal très alarmant avec treize suicides d’agents en 2026. Mais aussi des accidents mortels qui ont beaucoup impacté le moral des cheminots. Nous sommes également très inquiets de l’avenir de notre entreprise en tant que service public, qui n’est plus du tout d’ailleurs reconnu comme tel par nos directions, qui se voient très bien en entreprise commerciale, concurrentes même les unes des autres. La colère monte en réaction à cette perte de sens des missions du service public ferroviaire qu’on avait initialement et qui faisait avancer et vivre l’esprit cheminot. On réclame donc aujourd’hui l’arrêt des restructurations et des filialisations, ainsi que la hausse des salaires et la création d’un vrai 13e mois. »

    Propos recueillis par T.T.

    Loïc Guigou, secrétaire CGT Cheminots, Vaucluse

    « On s’inscrit pleinement dans les revendications. Si heureusement ici nous n’avons pas été touchés par un suicide ou accident de travail, il y a beaucoup d’arrêts de travail liés aux risques psychosociaux. Par exemple, sur les conditions de travail et d’accueil des usagers, cela fait deux semaines qu’il n’y a plus de climatisation dans la gare TGV d’Avignon, ni aux guichets à Avignon centre. Plus largement, face à l’urgence climatique, les cheminots CGT ont élaboré un dossier décarbonation qui s’appuie sur l’étoile ferroviaire d’Avignon et le projet de Serm [service express régional métropolitain]. Le ferroviaire doit être le centre d’une offre multimodale cohérente, avec l’ouverture de gares et des personnels pour assurer un service public efficace et digne de ce nom. »

    Propos recueillis par F.C.

    Frédéric Michel, secrétaire SUD Rail, Marseille

    « Nous ne sommes pas en grève contre l’ouverture à la concurrence, on ne fait pas du patriotisme d’entreprise mais nous luttons contre le dumping social porté par cette ouverture et les conditions dans lesquelles elle se met en place. Si ça pouvait permettre d’améliorer nos conditions de travail et de rémunération, on ne s’y opposerait pas. Mais ce n’est pas le cas. Que ce soit les salariés de la SNCF, de ses filiales, ceux des entreprises privés, dans le trafic voyageurs ou le fret, c’est une grève de toute la branche ferroviaire. Ces entreprises tirent vers le bas pour répondre au marché. On n’est protégé nulle part et la SNCF est la première à mettre des filiales en place. Et on sera nombreux car derrière ce système il y a trop de cheminots qui sont endettés, trop de souffrance au travail. »

    Propos recueillis par M.G.

    Christophe Morard, secrétaire général syndicat CGT Cheminots, Miramas

    « Cela fait des années qu’on dénonce la fin du triage des wagons isolés, où chaque petite entreprise locale pouvait nous confier leurs wagons pour les trier et envoyer partout en France et en Europe. Ce n’est pas le plus rentable, car un train entier nécessite moins de matériel et de personnel. Mais c’est ce qu’on craint pour le Triage de Miramas avec la privatisation d’Hexafret et Technis [ex Fret SNCF, Ndlr] prévue pour 2028. Le wagon isolé faisait vivre notre Triage, on trie près de dix fois moins de wagons par rapport à avant l’ouverture à la concurrence. Pire, ArcelorMittal représente 30% du trafic du Triage, on est donc inquiets au vu de leurs difficultés. Il faut une volonté politique pour trier les wagons isolés et retirer des camions de la route. »

    Recueilli par An.M.

    Magali Sanchez, conductrice de train, secrétaire CGT Secteur de Veynes, Hautes-Alpes

    « On en demande toujours plus aux agents, il y a un mal-être général, avec plusieurs suicides depuis le début de l’année. Ça fait un peu penser à France Télécom et ce n’est pas bon signe. La direction fait la sourde oreille quand on veut mettre à plat tout ce qui dysfonctionne. Localement, on en voit les conséquences avec des manques d’effectifs qui créent des suppressions de train.

    Notre matériel devrait être remisé depuis quatre ou cinq ans. On a vraiment l’impression de jouer à la patate chaude entre la région Sud, et les différents pôles de la SNCF. Tout le monde se renvoie la balle, personne ne prend ses responsabilités, et les usagers le subissent. »

    Propos recueillis par A.F.

  • Orchestra : 21 emplois supprimés à Lunel-Viel

    Orchestra : 21 emplois supprimés à Lunel-Viel

    Spécialisée dans les vêtements pour enfants, l’enseigne Orchestra, alors en redressement judiciaire avec un passif colossal, avait été reprise en 2020 par son propre fondateur, Pierre Mestre, via la société NewOrch. Six ans plus tard, l’entreprise s’est refait une santé. Dans un secteur du textile pourtant fragilisé, le groupe annonce un chiffre d’affaires de 535 millions d’euros (+7%) en 2025-2026 et revendique une croissance continue depuis sa reprise.

    « On s’y attendait »

    Malgré ces indicateurs au vert, Orchestra a décidé de fermer son atelier de reconditionnement situé à Lunel-Viel pour transférer l’activité à Arras, où se trouve l’entrepôt qui expédie les articles en magasins. Les 22 salariés qui y travaillaient « récupéraient une partie des invendus des magasins, reconstituaient la courbe de tailles complète et ça repartait à Arras pour être réexpédié dans les magasins », décrit Jennifer Gaillard, déléguée syndicale CFDT de l’enseigne. « Les invendus, ce sont après les soldes, donc deux fois par an. Leur activité était donc très cyclique et mono tâche. Il y a des moments où il n’y avait pas de travail. Il y a eu des périodes de chômage partiel, on a tenté la modulation sur cet atelier… ça n’a pas fonctionné », rapporte la représentante syndicale, qui « s’attendait à cette décision ». Pour autant, l’annonce, faite par la direction en janvier, juste après les fêtes, « a été brutale », convient-elle. « Les salariés l’ont très mal pris. C’est d’autant moins évident qu’ils ont en grande majorité plus de 50 ans », souligne-t-elle. « Ceux qui travaillent en magasin sont plus jeunes et c’est plus évident pour eux, si un magasin ferme, d’être reclassé à proximité car il y a un maillage important. »

    Orchestra a donc lancé un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), signé par la CFDT. « Cela ne veut pas dire qu’on est d’accord sur le motif, mais qu’on sécurise les mesures d’accompagnement pour les salariés », insiste Jennifer Gaillard. Des propositions de reclassement nationales ont été faites, qu’aucun des 22 salariés, à l’exception d’une représentante du personnel, n’a accepté malgré des aides à la mobilité géographique. « Ce n’est pas évident de plaquer toute sa vie  », admet la responsable syndicale. Une fois les licenciements notifiés, chaque salarié peut adhérer ou non au congé de reclassement. « Un salarié qui trouverait un emploi dans les 4 mois touchera 100% du congé de reclassement restant en cash et 50% des allocations restant dues s’il est reclassé dans les 10 mois. »

  • Les logisticiens de Decathlon prennent le relais de la grève

    Les logisticiens de Decathlon prennent le relais de la grève

    « La direction de Decathlon ne veut rien nous donner alors que tous les chiffres sont au vert. » Abdallah Draoui, délégué syndical CFDT de l’entrepôt des Aiguilles à Ensuès-la-Redonne, résume l’amertume des salariés en ce jour de grève de lundi. Après un premier round côté commercial samedi (notre édition du 8/06), les logisticiens de l’enseigne sportive prennent le relais de l’appel intersyndical à la mobilisation, notamment à la grève et au débrayage.

    Le piquet de ce lundi matin rassemble une trentaine de grévistes, avant que les syndicalistes n’aient fait le tour de l’entrepôt. Les poids lourds sont arrêtés au portail, pendant une quinzaine de minutes. Une action symbolique pour une cause bien réelle : celle des salaires. « La direction a refusé de répercuter l’augmentation du Smic », selon Abdallah Draoui, ce qui était pourtant auparavant de mise proportionnellement sur la grille des salaires. « Déjà qu’on n’a rien eu aux négociations annuelles obligatoires [NAO, Ndlr], en plus on nous prive de la hausse du Smic et on n’a même pas un euro de ticket restau », abonde Laurent Curti, délégué syndical CGT du site.

    Une exception est à noter : « On a eu un jour de congé payé et un dispositif mobilité verte, mais on n’a pas de voiture électrique et on ne covoiture pas », pointe le syndicaliste, railleur. Son confrère de la CFDT rapporte qu’en face « la direction est en avance de 80 millions d’euros sur sa trajectoire et que bientôt les actionnaires vont se virer encore 900 millions d’euros ». Laurent Curti rappelle les autres chiffres : 1,4 milliard d’euros, 412 millions ou encore 605 millions sur les dernières années.

    « On n’y arrive pas »

    Le pouvoir d’achat face à l’inflation n’est pas la seule bataille. « Le Smic a été la goutte d’eau, mais les conditions de travail sont également déplorables », tance Angélique Geraci, de la CFTC du site des Aiguilles. La syndicaliste parle « de plus en plus de charge de travail pour des objectifs qui sont inatteignables. On ouvre déjà 24 heures sur 24 pour livrer 70 magasins et on n’y arrive pas quand on nous demande de traiter une commande de l’un d’eux en 24 heures » au lieu de 48. Les primes, liées au chiffre d’affaires, en pâtissent : « On n’y arrive juste pas, et les primes trimestrielles ont le même calcul. »

    Mais cette marche forcée est censée être justifiée par l’assistance de la technologie. « Ils ont investi 20 millions d’euros dans la mécanisation », remarque Abdallah Draoui. « Mais ce n’est pas encore au point pour marcher comme ils l’espéraient », complète Laurent Curti. Un matériel qui nécessite une astreinte de techniciens de maintenance du prestataire.

    Mais la logique du « travailler plus pour gagner plus » rapportée par Abdallah Draoui trouve ses limites. « Seule la suractivité paye à 150% du salaire. Mais la direction planifie à l’avance et on n’a plus que quelques heures ici et là », pointe Laurent Curti, quand Frédéric Pellier de FO rappelle qu’« il n’y a pas de majoration le dimanche ».

    Contactée, la direction de Decathlon assure du « maintien d’un dialogue social régulier, constructif et continu. L’entreprise reste à l’écoute de l’ensemble de ses collaborateurs au quotidien. »

    En face, 80 revendications restent non satisfaites.