Tag: budget

  • La gauche dénonce « une saignée » budgétaire volontaire

    La gauche dénonce « une saignée » budgétaire volontaire

    Martine Vassal et son exécutif ont voulu se montrer rassurants. Malgré 2,2 milliards de dette attendus lors du vote du compte administratif 2025, et une capacité de désendettement de 18 ans, « le bateau est piloté et bien piloté », martèle la présidente (DVD), « Oui le département est solide, oui il agit, oui il regarde l’avenir avec confiance ». Un discours de la méthode (coué) approfondi par Yves Moraine (LR), son rapporteur des finances, en abordant la décision modificative (DM 2) du budget 2025. Saluant un « exercice exceptionnel » pour un budget voté à l’aveugle « sur la base d’un projet de loi de finance qui n’a jamais vu le jour », lui aspire « aux encouragements ».

    Enchaînant les parallèles avantageux avec « la situation dramatique des 100 départements de France », l’avocat s’attribue les bons points, expliquant que depuis 2022, la baisse des Droits de mutation à titre onéreux, a fait perdre à la collectivité 500 millions, l’équivalent de plus d’une année d’investissement.

    L’élu de droite y ajoute « la contrainte des dépenses sociales et de la solidarité » qui « contenu de la situation de sa ville centre », représentent 63 % des dépenses contre 54% en moyenne en France. Insistant sur le fait que le choix a été fait de recourir à l’emprunt pour maintenir l’investissement, ce dernier juge enfin bon de rappeler que le Conseil départemental « dépense moins pour son personnel que la moyenne des départements ».

    « Variables d’ajustement »

    « Finalement tout va bien, pourquoi sommes-nous inquiets ? », ironise Audrey Garino pour le groupe communiste estimant que « cette DM s’inscrit malheureusement dans la continuité du budget d’austérité et de renoncement » voté l’an dernier.

    Évoquant des coupes de 400 000 euros dans la culture, 600 000 dans le sport, 600 000 euros dans la jeunesse, elle, dénonce « une saignée volontaire à défaut d’être assumée » : « Les habitants de nos territoires ne sont pas des variables d’ajustement permettant d’équilibrer vos comptes publics que vos défaillances et vos choix politiques ont grandement fragilisés », glisse-t-elle.

    Plus qu’une « gestion rigoureuse », Azad Kazandjian (PS) pointe un « essoufflement financier inquiétant qui trahit des années d’arbitrages politiques hasardeux centrés davantage sur la communication que sur une véritable stratégie d’investissement au service des habitants ».

    Nouriati Djambae, l’élue écologiste, en remet une couche faisant le lien entre la mobilisation, au même moment devant le Département (lire encadré), d’associations travaillant dans l’aide sociale à l’enfance, « des associations qui protègent nos enfants, étranglés par des coupes budgétaires insensées, des éducateurs épuisés, des jeunes en détresse », et un rapport de la commission permanente actant l’achat d’une villa pour loger le sous-préfet d’Aix, « dans le confort le plus parfait ». « Voilà donc le sens des priorités », tance cette dernière.

  • Petite séance publique pour le conseil départemental

    Petite séance publique pour le conseil départemental

    Une poignée de rapports dont le menu complet n’a même pas été rendu public, et une invitation laconique, où l’on apprend que lors de cette séance « sera notamment abordée la décision modificative n° 2 »… Merci. Au revoir. La manière dont l’exécutif du conseil départemental, plus de 2 millions d’habitants et plus de trois milliards de budget, anime le débat public sur le territoire, continue d’interroger.

    Collège, canal et tourisme

    Si 143 rapports seront examinés dans le huis clos de la commission permanente aux alentours de 13h, l’hémicycle discutera dans la matinée de seulement 17 rapports. Parmi les dossiers abordés en public : les dotations aux 137 collèges publics pour 2026, d’un montant global de plus de 9,6 millions d’euros en fonctionnement et 1,2 million en équipement, le rapport annuel de la Société du canal de Provence qui assure la desserte en eau brute de la majeure partie de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ; ou bien encore le rapport financier de l’association Provence tourisme financée à hauteur de 5,3 millions d’euros, et pour laquelle la collectivité mettra encore la main à la poche.

    Une dizaine de rapports concerneront enfin les finances de la collectivité. La fameuse modificative n° 2. Mais pas de trace du Débat d’orientation budgétaire. Préalable au vote du budget primitif de décembre, l’exercice de style, présente habituellement en octobre les grandes orientations de l’année à venir. L’absence de budget de l’État, dont la présentation par le gouvernement Lecornu I a été retardée après la sortie du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau (LR), ayant entraîné sa démission, n’a pas dû aider à cette stabilité réclamée par beaucoup.

  • Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    « Maintenant, au travail », répète Sébastien Lecornu en quittant l’Assemblée nationale direction l’hôtel de Matignon. Le Premier ministre peut souffler, il a échappé ce jeudi, et par deux fois, à la censure. Le texte porté par LFI et soutenu par et soutenu par le PCF, EELV et Génération.s, a été rejeté par 271 voix sur les 289 nécessaires pour atteindre la majorité. Seules 18 voix ont manqué pour faire chuter le gouvernement. Le texte déposé par le RN n’a recueilli que 144 voix.

    « Notre non-censure d’aujourd’hui n’est en aucun cas un pacte. (…) Nous ne renonçons à rien et si vous-même ou d’autres ici en doutaient, nous rappelons le précédent de François Bayrou qui s’était un peu vite bercé d’illusions à notre sujet », a justifié durant le débat le député socialiste Laurent Baumel, au nom de son groupe. Après avoir obtenu la suspension de la réforme des retraites, le PS avait annoncé qu’il ne soutiendrait pas la censure. Si sept élus ont néanmoins désobéi aux consignes, ces voix n’ont pas réussi à faire basculer le vote.

    À gauche, peu croient au pari du PS. « Ce que vous appelez suspension n’est en réalité qu’un ralentissement cosmétique », affirme la députée écologiste Léa Balage El Mariky. Pour Aurélie Trouvé, ce « n’est qu’un leurre, une tromperie, un subterfuge », conspue la députée insoumise. D’autant que le camp présidentiel, du moins ce qu’il en reste, n’a pas l’intention de lâcher sa seule réforme d’ampleur. « Nous nous exprimerons sans trembler, sans hésiter, sur la suspension de la réforme des retraites que nous jugeons déconnectée de toute réalité démographique et financière », prévient à la tribune Paul Christophe, député Horizons. « Ne pensez pas que nous pourrons accepter tout et n’importe quoi s’agissant de la réforme des retraites », renchérit Jean-Didier Berger, député LR.

    « La direction du Parti socialiste porte une responsabilité historique », lance à la sortie de l’hémicycle Mathilde Panot, cheffe du groupe LFI. Elle appelle les militants, électeurs et « la jeunesse » socialiste à « rompre les rangs avec la direction du Parti socialiste et à venir aider le pôle de résistance ». Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a annoncé le dépôt, dans la foulée, d’une troisième motion de destitution visant Emmanuel Macron.

    Désormais, place au débat budgétaire, qui débute lundi et s’annonce pour le moins tendu. Les premières annonces du gouvernement font craindre le pire. Car il prévoit 30 milliards d’euros « d’effort » à travers le gel des prestations sociales, le doublement des franchises médicales, les suppressions de milliers de postes dans l’Éducation nationale… En bref, « un budget à l’image de ces huit dernières années : dur pour le monde du travail et les services publics, doux pour le capital et les plus riches, juteux pour l’industrie de la guerre et l’armement. Il faut tout faire pour le combattre, par tous les moyens, au Parlement comme dans la rue !  », fait valoir Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

    Journée d’action des retraités prévue le 6 novembre

    Face à un budget austéritaire et antisocial, la fronde s’organise. « Le budget présenté par M. Lecornu est catastrophique. Il est même sur certains points encore plus violent que le budget de François Bayrou. (…) Il faut absolument le modifier en profondeur », estime Sophie Binet ce jeudi matin, sur France 2. « Il va falloir se mobiliser. (…) La mobilisation va commencer dès le 6 novembre prochain, avec les retraités, qui organisent une journée d’action », annonce la secrétaire générale de la CGT. « Ça va être les premières victimes de cette explosion des frais de santé, parce que c’est eux qui ont besoin de se soigner le plus. En plus, ils ont une désindexation de leurs pensions pour 2026. Et en plus, cette désindexation, elle est gravée dans le marbre », détaille-t-elle, avant d’ajouter : « Et la dernière chose, c’est que les retraités aussi auraient une forte augmentation de leurs impôts, avec une remise en cause des abattements. »

    « Si on fait le cumul de ces trois mesures, on voit que les retraités sont dans le viseur. Tout ça parce qu’on refuse d’aller taxer les plus riches et d’affronter les multinationales et les rentiers », martèle la dirigeante syndicale.

    Dans un communiqué, l’USR CGT réclame, entre autres la revalorisation de toutes les pensions de retraite de 10%.

  • [Entretien] Marc Pietrosino : « Nous avons de grands défis à relever à la CGT 13 »

    [Entretien] Marc Pietrosino : « Nous avons de grands défis à relever à la CGT 13 »

    Élu secrétaire général de l’organisation lors du 59e congrès de l’UD CGT 13, Marc Pietrosino succède à Olivier Mateu. Il prend ses fonctions en pleine crise politique, avec un gouvernement qui évite de peu la censure, prévoit de suspendre la réforme des retraites tout en préparant un budget rempli de mesures antisociales.

    La Marseillaise : Le gouvernement Lecornu II n’a pas été censuré ce jeudi, quelle est votre réaction ?

    Marc Pietrosino : C’est dommage de voir que l’espoir qu’avait créé le NFP auprès des travailleurs s’est fissuré avec cette absence de censure, puisque c’est le Parti socialiste qui n’a pas voté la censure. Cela implique donc une fissure de l’union de la gauche à l’assemblée nationale. Et, surtout, cela laisse le champ libre au gouvernement pour mener des mesures antisociales.

    Quel est votre point de vue
    sur la suspension de la réforme des retraites
     ? C’est insuffisant ou une victoire du monde du travail ?

    M.P. : Soyons clairs, ce n’est qu’une suspension et pas une abrogation comme le revendique la CGT. On va dire que c’est mieux que rien, mais que ce n’est vraiment pas grand-chose. Nous ne sommes pas dupes, c’est un piège ou un appât. Un appât pour hameçonner et laisser passer un budget beaucoup plus contraignant. Qui dit suspension, dit potentiellement reprise de la réforme. Concrètement, ce n’est pas un arrêt définitif. Le gouvernement fait miroiter quelque chose à courte durée dans le temps et qui peut reprendre à tout moment. C’est une très faible compensation face aux sacrifices qui vont être consentis par les foyers les plus modestes, les travailleurs et les plus précaires avec le reste du budget. Je ne sais pas si le jeu en vaut la chandelle. Mais on sait aussi que c’est un sujet qui va revenir d’ici l’élection présidentielle.

    Vous appelez à se préparer à
    de nouvelles mobilisations
     ? Une date de mobilisation des retraités est prévue au 6 novembre prochain.

    M.P. : S’il n’y a pas de mouvement social d’ampleur, la réforme des retraites ne sera pas abrogée. Oui, il faut qu’on se prépare à la mobilisation. Il faut déjà que nos délégués fassent le tour des entreprises, discutent avec les travailleurs et débattent avec eux afin de préparer la grève.

    Plus globalement, quel point de vue sur le budget ? Sophie Binet évoque un « budget catastrophique ».

    M.P. : Malheureusement, nous ne sommes pas étonnés : c’est un budget à l’image des précédents budgets présentés sous Emmanuel Macron. On est sur des budgets avec des mesures antisociales. Il va impacter le plus grand nombre, ceux qui en ont le plus besoin. C’est complètement inégalitaire, mais c’est la suite logique des politiques menées depuis le premier mandat.

    Quelles sont vos priorités pour ce mandat ?

    M.P. : La priorité est d’avoir une Union départementale unie, où toutes les organisations qui la constituent puissent combattre à l’unissons en vue d’obtenir de nouveaux droits pour les salariés. L’idée est de mettre en ordre de bataille les organisations et les syndiqués. Mais également de s’atteler à agrandir nos troupes, avoir des nouveaux syndiqués. Et, pour cela, il faut aller au plus près des professions dans lesquelles on n’est pas implanté.

    Votre expérience en tant que travailleur du commerce joue dans cette réflexion ?

    M.P. : Évidemment. Je viens d’un secteur d’activité qui a été le laboratoire du patronat. Ouverture 7 jours sur 7, automatisation à outrance qui a supprimé énormément de postes tout en imposant des cadences toujours plus grosses pour les travailleurs qui restaient… J’ai vu aussi apparaître des entreprises comme Amazon et ses plateformes, qui enchaînent les salariés via les nouvelles technologies. Cette expérience-là nourrit ma réflexion, il faut aller vers ces travailleurs. D’autant plus que beaucoup de travailleurs, avec le développement de nouvelles technologies, prennent le statut d’autoentrepreneurs et donc sortent des régimes généraux…

    Pour autant, vous avez également un secrétariat où l’on retrouve des représentants du grand port de Marseille, du service public postal, des territoriaux…

    M.P. : La force du secrétariat est justement d’avoir le port, les activités postales, la fonction publique, mais aussi d’avoir une coiffeuse, une garde d’enfants et un camarade à Malakoff. Il y a ce mélange entre bastions et territoires à conquérir.

    Le congrès a été houleux, avec un renouvellement important des instances décisionnaires. Comment rassembler les militants après ça ?

    M.P. : Il a été effectivement houleux parce qu’il a fallu qu’on se dise certaines choses, qu’on a peut-être attendues trop longtemps pour se les dire. Et ce n’est pas une bonne chose que ça éclate au congrès. Cependant, on sort avec une direction avec une participation à plus de 90% et la plupart des membres du secrétariat sont élus avec plus de 80% des voix. Cette liste a été validée par l’ensemble des organisations. Donc, on a une bonne base, avec cette liste. Les organisations nous ont fait confiance et nous ont suivis car elles ont voulu aller vers une autre voie que ce qui était proposé. C’est un gros challenge, on a de grands défis à relever à la CGT des Bouches-du-Rhône.

    C’est d’autant plus compliqué en cette période politique instable ?

    M.P. : On est dans un contexte bien particulier, effectivement. Comme je l’ai dit dans l’intervention de clôture du congrès, on fait face à de grands médias qui font passer le RN pour des gens fréquentables. Il y a une volonté de faire croire que c’est normal d’avoir peu de très riches et beaucoup de très pauvres. On est aussi dans une crise de la Ve République où l’on arrive au bout du bout d’une constitution qui ne convient pas, faite pour l’hyperprésidentialité. Les repères sont brouillés.

    Vous sentez les militants et les travailleurs prêts à répondre aux mauvais coups du gouvernement ?

    M.P. : On sent un bouillonnement social, c’est prêt à exploser. Mais c’est à nous d’aller vers les salariés pour les aider à exprimer leur colère, que les choses changent. Le monde travail est à bout.

  • La région frappée de plein fouet

    La région frappée de plein fouet

    La journée du refus de la misère éclaire de manière crue la prégnance de ce fléau qui ne doit rien à la fatalité. Les inégalités dans le partage des richesses dans l’une des économies les plus riches au monde s’aggravent. Si le projet de budget de l’État n’est pas radicalement amendé, la machine à appauvrir va s’accélérer. C’est une question de choix de société : l’individualisme ou la solidarité. Le libéralisme ou des services publics renouvelés et musclés.

    Accès au logement, à l’éducation, aux soins, à la formation, à l’emploi : les personnes dans la misère ne veulent pas l’aumône mais la dignité. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est très concernée et l’Insee fournit des données précises. Nul ne peut dire qu’il ne sait pas. Nul ne peut ignorer l’urgence.

    17% de la population

    « En 2020, près de 850 000 personnes, soit 17% de la population, vivent dans un ménage dont le niveau de vie se situe sous le seuil de pauvreté. La région est particulièrement touchée par la pauvreté : le taux de pauvreté est le 3e le plus élevé des régions de France métropolitaine. » Première salve.

    « 260 000 enfants sont pauvres en 2018, soit un quart des habitants de moins de 18 ans. C’est la deuxième région de province la plus touchée après les Hauts-de-France. » Deuxième salve.

    « 9% des travailleurs sont pauvres soit 172 000 personnes (..) Ils vivent plus fréquemment seuls ou au sein d’une famille monoparentale », comprendre que ce sont essentiellement des femmes. Troisième salve.

    Derrière les chiffres, des vies qui ne sont pas marginales mais marginalisées par des politiques antisociales. Il est grand temps de tout faire pour en changer.

  • Réforme de retraites et budget : des annonces qui agacent les patrons provençaux

    Réforme de retraites et budget : des annonces qui agacent les patrons provençaux

    En préambule de son discours porté sur la jeunesse, thème de cette 25e édition du Forum des entrepreneurs, Patrick Martin ne peut s’empêcher de commenter l’actualité politique nationale. Depuis la pelouse du Stade Vélodrome à Marseille, le président du Medef veut « ramener à la raison nos décideurs nationaux », eux qui l’auraient « perdu », faisant ici référence à la décision annoncée hier par le Premier ministre de suspendre la réforme des retraites.

    Pour justifier un âge de départ plus tardif, les entrepreneurs interrogés citent en exemple nos voisins européens. « On est privilégiés par rapport à ça, en Allemagne ils partent à la retraite à 67 ans, en Italie la durée a été augmentée aussi. Après, tout dépend du secteur d’activité, pour les personnes qui travaillent dans le BTP par exemple, je comprends qu’ils partent plus tôt », fait valoir Jean-Luc Olivier de la CCI Aix-Marseille Provence. À ses côtés, Jean-Christophe Wolff, entrepreneur s’agace : « Pour entreprendre il faut de la stabilité. Le monde politique est déconnecté et intéressé personnellement. On est entré dans une spirale qui n’est pas vertueuse », martèle-t-il.

    « Alors que nos élites se crêpent le chignon, s’arrachent les entrailles, pour savoir si on réduira le déficit le plus élevé d’Europe, avec la dette la plus élevée d’Europe, les taux d’intérêt les plus élevés d’Europe de 5,4 à, peut-être, 5%… Quel constat d’impuissance ! Quel égarement ! », clamait Patrick Martin, quelques minutes plus tôt. « Je souffre dans ma chair de cette conjoncture. »

    Lors de ce rendez-vous annuel organisé par l’UPE13, le patron des patrons a tenté de répondre aux critiques émanant d’une partie de la gauche et des organisations syndicales : « On se serait goinfré d’aides publiques, ce qui est faux ! », lâche-t-il. Et pour cause, depuis la publication en juillet dernier d’un rapport de la commission d’enquête sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises, portée par le sénateur communiste Fabien Gay, un chiffre est au cœur du débat : 211 milliards d’euros. C’est ce qu’auraient coûté ces fameuses aides, versées sans réelle conditionnalité, pour la seule année 2023. Le chef des patrons le sait, alors que le gouvernement prône l’austérité, nul doute que ce chiffre fera irruption dans les débats.

  • Lecornu sur le fil du rasoir budgétaire

    Lecornu sur le fil du rasoir budgétaire

    Le calcul est simple : pour renverser le gouvernement de Sébastien Lecornu ce matin, la motion de censure déposée par les députés insoumis, communistes et écologistes doit recueillir 289 voix, soit la majorité absolue de l’Assemblée nationale. Si les députés RN et UDR la votent, le résultat sera de 265 voix. La motion sera rejetée et le sursis de Lecornu prolongé. Le groupe socialiste et ses 69 membres, qui a obtenu la suspension de la réforme des retraites contre une non-censure, devrait en effet manquer à l’appel. Sauf que des dissidences sont toujours possibles. Mais seuls trois députés socialistes sur 69, selon le patron du PS Olivier Faure, devraient voter la censure, malgré la consigne du parti, et répondre ainsi l’appel « à désobéir » lancé par le coordinateur de LFI Manuel Bompard. Y aura-t-il des dissidents chez les LR ? Même si le gouvernement compte six ex-membres LR (ils ont été exclus), Bruno Retailleau a dit que son parti se battra « pied à pied pour combattre » la suspension de la réforme des retraites.

    « Suspendre ce n’est pas renoncer »

    Aussi, sans surprise, l’accueil du Premier ministre mercredi au Sénat pour sa déclaration de politique générale a été glacial. Il a notamment proposé de confier la gestion du système de retraites aux syndicats et organisations patronales. Face à un hémicycle dominé par une alliance entre la droite et les centristes, où les macronistes sont très peu nombreux, Sébastien Lecornu a été très peu soutenu, applaudi seulement par une vingtaine de parlementaires. Sa proposition mardi de suspendre la réforme des retraites jusqu’à l’élection présidentielle a notamment fait grincer les sénateurs LR. Le Premier ministre a fait valoir que « suspendre, ce n’est pas renoncer » à la réforme et mis en avant la « stabilité » générée par cette initiative après des journées de crise politique arguant de la non-censure des socialistes. Le sénateur communiste Ian Brossat a fait part de sa crainte de voir la droite sénatoriale s’entendre avec les députés LR et macronistes pour enterrer la suspension. « La suspension de la réforme des retraites sera remise en cause en Commission mixte paritaire, où la droite est majoritaire » a déclaré sur X le porte-parole du PCF.

    Les petits calculs

    de l’extrême droite

    La présidente du groupe RN à l’Assemblée Marine Le Pen, qui a vu son recours contre sa peine d’inéligibilité rejeté hier par le Conseil d’État, estime que si le gouvernement ne tombe pas jeudi, il « ne tiendra pas sur la durée », prévoyant une dissolution « dans trois semaines ou dans trois mois ». L’extrême droite mise sur des législatives anticipées et des alliances avec la droite pour accéder au pouvoir, appliquer son programme xénophobe de « préférence nationale » et s’accorder surtout, en priorité, une amnistie judiciaire.

    Le Parlement va dans les prochains jours entrer en terrain inconnu avec la promesse du Premier ministre de lui laisser le dernier mot. « Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez », a-t-il répété aux parlementaires. Le Premier ministre s’est engagé à ne pas recourir à l’article 49.3 de la Constitution qui a permis l’adoption de tous les budgets sans vote depuis 2022.

    « Maintenant que la balle est dans le camp de l’Assemblée ce serait quand même assez abracadabrantesque qu’on ne puisse pas aller au vote de notre fait », a averti la présidente de la chambre basse Yaël Braun-Pivet. Les majorités risquent en outre d’être variables en fonction des sujets et de… l’assiduité des parlementaires. « Les semaines qui viennent vont être très dures, j’ai dit à mes députés qu’il faudra être là tout le temps », anticipe le patron du groupe PS Boris Vallaud. Déjà la suspension de la réforme des retraites n’est à ce stade qu’une annonce. Sébastien Lecornu s’est borné à assurer que le gouvernement la soumettrait « dès le mois de novembre » aux députés par un amendement au projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS). Face à l’opposition ou a minima l’abstention d’une large partie du socle commun – camp présidentiel et LR -, le RN et LFI n’ont pour l’instant pas confirmé qu’ils voteraient cette suspension alors qu’ils accusent les socialistes de « trahison » et qu’ils y voient un renoncement par rapport à l’abrogation qu’ils défendent. Pour Manuel Bompard, passer par un amendement veut dire que le PS devra voter le PLFSS « le plus brutal de ces 30 dernières années ». Le président LFI de la commission des Finances de l’Assemblée Éric Coquerel a lui demandé au gouvernement qu’il « s’engage sur une loi spécifique » si le PLFSS n’aboutissait pas. Mais pour les socialistes, « peu importe le véhicule », « sans suspension il n’y a pas de gouvernement », a prévenu Boris Vallaud.

    Au-delà de leur « victoire » revendiquée sur les retraites, les socialistes entendent mener bataille, vote par vote, contre le gel du barème de l’impôt sur le revenu, des prestations sociales ou encore le doublement des franchises médicales. Ces mesures font partie de l’effort budgétaire prévu par le gouvernement d’une trentaine de milliards d’euros, dont 14 milliards de nouveaux prélèvements obligatoires.

  • Sursis

    Sursis

    Après une semaine rocambolesque faite de démission, de reconduite, de tractations, Sébastien Lecornu a opéré un repli stratégique en annonçant la suspension de la réforme des retraites tout en réaffirmant qu’il renonce à faire usage du 49.3. Deux exigences posées par le PS pour ne pas censurer son gouvernement a priori.

    Il n’en fallut pas plus pour que Bruno Retailleau, juge le gouvernement « otage des socialistes » bien qu’il contienne six ministres membres des LR fraîchement exclus et que le groupe de son parti à l’Assemblée nationale refuse de le censurer.

    Indéniablement, Sébastien Lecornu a réussi à gagner un sursis alors même que l’attitude du chef de l’État qui l’a nommé à Matignon, l’a privé de toute légitimité.

    Une brèche dans le mur de mépris macroniste

    À gauche, en dehors du PS, même si la suspension de la réforme des retraites est vue comme une première victoire et une brèche dans le mur du mépris démocratique macroniste, le compte n’y est pas.

    Communistes, écologistes et insoumis s’accordent à juger une censure incontournable. D’abord pour sanctionner le refus du président de la République de nommer un Premier ministre issu de la coalition arrivée en tête : le Nouveau front populaire. Ensuite pour stopper l’examen d’un budget qui cache derrière l’arbre de la suspension de la réforme des retraites, une forêt de reculs sociaux. Doublement des franchises médicales, gel des prestations sociales, « l’année blanche » promise par le gouvernement sera plutôt une année noire pour la justice sociale.

    Sébastien Lecornu sait bien qu’il ne tient que par un fil. La preuve ? Il a préféré ne pas poser la question de confiance.

    Son budget, inacceptable pour le monde du travail et les progressistes ne doit pas être adopté.

  • Lecornu II : dernières heures avant la chute ?

    Lecornu II : dernières heures avant la chute ?

    Comme à l’accoutumée depuis la dissolution ratée de juin 2024, c’est une semaine cruciale qui s’ouvre pour le gouvernement en place. Le premier Conseil des ministres de cette équipe fraîchement nommée se tient ce mardi matin à l’Élysée, autour du président. Seront ainsi présentés les deux projets de budget, de l’État et de la Sécurité sociale, afin qu’ils puissent être transmis dans les temps au Parlement.

    « Notre seul objectif et seule mission » est « de surpasser et de dépasser cette crise politique » qui « sidère », et ce avec « sobriété » et « humilité », en mettant « les ego de côté », a déclaré le Premier ministre, en introduction d’une réunion de son nouveau gouvernement à Matignon, lundi après-midi. Il avait auparavant demandé des passations de pouvoir « sobres » qui se sont déroulées au moment du déjeuner, sans presse ni invités. Et, a fortiori, sans règlements de compte… La priorité pour le chef de gouvernement est de « donner un budget à la France d’ici la fin de l’année », assène Sébastien Lecornu. Parallèlement, la commission des Finances de l’Assemblée nationale, présidée par le député LFI éric Coquerel, commence ses auditions ce mardi.

    Puis, vient le moment de vérité. Le Premier ministre est ensuite attendu à l’Assemblée nationale, où il prononcera son discours de politique générale à partir de 15 heures. Les socialistes y attendent notamment la suspension « immédiate et complète » de la réforme des retraites de 2023. Si tel n’est pas le cas, les députés PS pourraient voter la censure déposée par leurs partenaires de gauche (lire ci-contre).

    Macron s’en prend

    aux oppositions

    De son côté, comme à son habitude, l’artisan du chaos en cours renvoie la responsabilité à ses opposants. « Je trouve que beaucoup de ceux qui ont nourri la division, les spéculations, n’ont pas été au niveau du moment où vit la France et de ce qu’attendent les Françaises et les Français », a insisté le chef de l’État à son arrivée en Égypte, pour assister à un « sommet pour la paix » à Gaza. « Les forces politiques qui ont joué la déstabilisation de Sébastien Lecornu sont les seules responsables de ce désordre », a-t-il osé. Les réactions ne se sont pas fait attendre. « Comment cet homme méprisant le peuple, plus préoccupé par les marchés que par les Français, peut-il encore se dédouaner de ses responsabilités. Emmanuel Macron est le seul responsable et coupable du chaos », conspue Stéphane Peu, co-président du groupe communiste à l’Assemblée.

    Le locataire de l’Élysée persiste et signe, demandant « à tout le monde de se ressaisir, de travailler avec exigence, respect ». Interrogé sur une possible dissolution en cas de nouvelle chute du gouvernement, il a assuré ne « faire aucun pari ». « Je souhaite que le pays puisse avancer dans l’apaisement, la stabilité, l’exigence et le service des Français », a encore déclaré le président.

    130 ministres nommés depuis 2022

    Ces nouvelles accusations en irresponsabilité ne passent pas. « L’arrogance et l’absence totale de remise en question d’Emmanuel Macron sont des cas d’école à enseigner sur la toxicité de la Ve République. Son refus d’admettre sa défaite est le seul responsable du chaos actuel, mais il prétend incarner la stabilité. Hallucinant », tacle la patronne des Écologistes Marine Tondelier.

    En réunissant pour la première fois ses troupes, Sébastien Lecornu les a remerciés « d’avoir accepté de rentrer au gouvernement de la République dans un moment qui, on le sait, est difficile ». Et pour cause, cette nomination a des airs de mission d’intérim. Celui qui a participé à tous les gouvernements depuis 2017, sans discontinuer, le sait mieux que quiconque. Peu de doutes subsistent sur la durée de vie de ce nouvel effectif. Hasard du calendrier ou pas, l’AFP a compilé, lundi, des données qui donnent le vertige. Depuis la réélection d’Emmanuel Macron en mai 2022, 130 personnalités se sont succédé au gouvernement, brisant déjà, à un an et demi de la prochaine présidentielle, le record absolu de ministres nommés sous un mandat présidentiel sous la Ve République. Une énième preuve, s’il en fallait, de l’instabilité chronique dans laquelle Emmanuel Macron a plongé le pays.

  • Gouvernement Lecornu 2 : toujours aussi bancal et libéral

    Gouvernement Lecornu 2 : toujours aussi bancal et libéral

    Il fallait aller vite. À peine 48h pour composer une équipe gouvernementale destinée avant tout à déposer un projet de budget. En vertu de la Constitution, le Parlement doit disposer de 70 jours pour l’examiner, avant le 31 décembre. Il faudrait que le texte lui soit transmis en ce début de semaine, en principe après un passage en Conseil des ministres, ce mardi.

    Sébastien Lecornu, reconduit à Matignon par un président jusqu’au-boutiste, a dit dimanche soir, selon son entourage, avoir « proposé un mélange de société civile avec des profils expérimentés et de jeunes parlementaires ». Une équipe de 34 ministres encore et toujours marquée à droite, avec la participation de membres des Républicains, à l’image d’Annie Genevard, reconduite à l’Agriculture, ou du député Vincent Jeanbrun, porte-parole du groupe LR à l’Assemblée nationale, nommé au ministère du Logement et de la Ville. Malgré le mot d’ordre du parti LR de ne pas participer au gouvernement, dans un contexte d’éclatement du fameux « socle commun », entendre ses potentiels alliés de la droite et du centre. Dans la foulée de l’annonce du gouvernement, le parti de droite a indiqué exclure les ministres LR.

    Les électeurs de la première circonscription du Tarn-et-Garonne ont choisi dimanche, lors d’une élection législative partielle, un candidat soutenu par le RN, Pierre-Henri Carbonnel, plutôt qu’une socialiste, après l’appel du patron de LR, Bruno Retailleau, à ne donner « pas une voix » à la gauche.

    C’est dans ce contexte de rapprochement entre droite et extrême droite que Sébastien Lecornu s’était donné 48 heures pour rassembler un second gouvernement. « Repartir n’était pas une évidence pour moi » a-t-il confié à nos confrères de la Tribune Dimanche. Et de prévenir que « si les conditions n’étaient de nouveau plus remplies », il partirait de nouveau. « Je ne ferai pas n’importe quoi. On ne peut pas continuer comme avant, il faut un gouvernement plus libre, y compris dans la relation aux partis politiques », a-t-il ajouté. Une bonne partie des groupes de l’Assemblée nationale appellent à la censure.

    À droite, les Républicains ont explosé, leur bureau indiquant « un soutien texte par texte ». Décision sur laquelle le Modem et Horizons pourraient s’aligner. Laurent Panifous, président du groupe Liot, indique lui que son groupe ne censurera pas le futur gouvernement si celui-ci respecte quatre conditions : ne pas utiliser le 49.3, revenir sur la réforme des retraites, une mesure de justice fiscale et de nouvelles têtes.

    En embuscade, la cheffe de file du RN se frotte les mains, Marine Le Pen se disant prête à « censurer tout ». Mieux, 95 % de ses candidats seraient même pré-investis en cas de dissolution. De quoi inquiéter quand on se remémore le CV de ceux présentés aux législatives de 2024, entre incompétence crasse, casier judiciaire chargé et autres propos racistes.

    Le PS en arbitre ?

    À gauche, après avoir tenté la destitution, LFI opte aussi pour la censure sans attendre. Pour son coordinateur et député de Marseille, Manuel Bompard, « le cirque doit s’arrêter ! ». Du côté des communistes, réunis en conseil national samedi, la dissolution ne fait pas un pli non plus. Les Verts eux, ont encore besoin de se persuader. La secrétaire générale d’EELV, Marine Tondelier, appelle à un vote de confiance, préfère écouter le discours de politique générale avant une motion, persuadée que Lecornu ne parviendra pas à aboutir.

    Avec 69 députés, les socialistes se posent en arbitre. Sans l’abandon du 49-3, des mesures pour protéger et renforcer le pouvoir d’achat des Français et une suspension immédiate et complète de la réforme des retraites, ce sera la censure prévenait Pierre Jouvet, secrétaire général du Parti socialiste depuis la fête de la Rose à Marseille ce 11 octobre. « Une telle suspension n’épuiserait pas le débat sur le budget et l’avenir de la France, mais ce serait un gage de sa bonne foi et de sa volonté d’ouvrir une nouvelle période », a précisé Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, toujours dans La Tribune Dimanche.

    Pour le Premier ministre démissionnaire remissionné, « il y aura un moment de vérité. » Reste à savoir laquelle…