Tag: budget

  • Les étudiants étrangers bientôt privés d’APL ?

    Les étudiants étrangers bientôt privés d’APL ?

    Plusieurs études ont démontré la vulnérabilité économique et sociale des étudiants dans un contexte inflationniste et de diminution constante des aides financières de l’État. Une population au sein de laquelle les étudiants internationaux sont parmi les plus mal lotis. Pourtant, si le projet de loi de finances 2026 est voté en l’état, quelque 300 000 étudiants extracommunautaires non boursiers perdront leur droit à l’aide personnalisée au logement (APL) d’ici à la prochaine rentrée universitaire. Une perte évaluée entre 100 et 250 euros par mois.

    « Ce n’était pas suffisant de leur imposer des frais d’inscription jusqu’à 16 fois plus élevés que pour leurs homologues européens », dénonce le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum), en référence au dispositif ironiquement intitulé « Bienvenue en France », mis en place en 2018. « Suite à des mobilisations partout en France, l’application de cette hausse des frais d’inscription avait été laissée au choix des universités. À Montpellier, suite à une lutte de longue haleine, le Scum avait obtenu que les deux universités n’appliquent pas ces frais d’inscription différenciés », rappelle le syndicat étudiant. « Il était aussi insuffisant pour le gouvernement d’attaquer les étudiantes et étudiants internationaux avec la « loi immigration  », en instaurant des statuts discriminatoires et des restrictions financières », dénonce-t-il.

    Alors que, « dans les années récentes », le nombre d’étudiants bénéficiaires des APL « est passé de 900 612 (34%) à 730 000 (25%) en 2024 », cette réforme constituerait « une nouvelle coupe brutale dans l’aide au logement étudiant », dénonce le Scum qui « alerte sur cette proposition raciste promouvant la préférence nationale  » et relaie une pétition* lancée par la Fondation pour le logement des défavorisés (ex Fondation Abbé Pierre).

    « Cette exclusion des APL intervient alors que les étudiants étrangers sont déjà confrontés à une grande précarité. D’après l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), 62% ont eu recours à l’aide alimentaire ou en auraient eu besoin, contre 22% des étudiants français », dénonce la pétition. « Aujourd’hui, c’est un véritable parcours du combattant pour être admis à l’Université et obtenir un visa, précarité financière explosive, discriminations dans l’accès au logement ou à l’emploi, frais d’inscription exorbitants à payer depuis Bienvenue en France, difficultés pour les démarches administratives et en particulier pour les renouvellements de titres de séjour : désormais, leur accès à un logement digne, déjà difficile, sera rendu presque impossible ». Réunis dans un collectif national « APL en danger  », associations, syndicats (parmi lesquels le Scum), parlementaires, universitaires appellent donc le Parlement à rejeter ce funeste article 67 du projet de loi de finances.

    * « Non à la suppression des APL pour les étudiant·es étranger·es  !  » sur Change.org

  • Les retraités dénoncent une « vampirisation à tous les étages » dans le Gard et dans l’Hérault

    Les retraités dénoncent une « vampirisation à tous les étages » dans le Gard et dans l’Hérault

    Gel des pensions en 2026 et sous-indexation probablement jusqu’en 2030, suppression de l’abattement de 10% remplacé par un forfait de 2 000 euros, doublement des franchises médicales, gel de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (minimum vieillesse des retraités les plus modestes)… Premiers concernés par les mesures austéritaires en rafale contenues dans le projet de loi de finances 2026 présenté par le gouvernement, les retraités sont descendus dans la rue ce 6 novembre pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un acharnement.

    Dans le Gard (Nîmes, Alès et Bagnols-sur-Cèze) comme dans l’Hérault (Montpellier, Béziers, Lunel, Clermont-l’Hérault et Bédarieux), ils ont répondu présent à l’appel national lancé par le « groupe des 8 » (CGT, CFTC, CFE CGC, FSU, Solidaires, FGR-FP, LSR, Ensemble et Solidaires). Une colère que n’a pas désamorcé le recul consenti, le 31 octobre, par le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui s’est dit prêt à revenir sur le gel des pensions de retraite et des minima sociaux. « Rien n’est acquis, d’autant qu’on ne sait même pas si le vote du budget ira jusqu’au bout. Si on devait passer par des ordonnances, c’est le budget initial qui serait remis sur la table, lequel prévoit le gel des pensions. À l’heure actuelle, on est dans le flou total, ce n’est pas le moment de se démobiliser », considère Jean-Yves Barbier, de la FSU retraités 34, qui dénonce « une vampirisation à tous les étages ».

    « On est vraiment

    le cœur de cible »

    « L’année blanche coûterait en moyenne 350 euros par an à un ménage dont la personne de référence est un retraité : 320 euros de baisse de pension, 20 euros de hausse d’impôt, 10 euros de baisse de prestations sociales. Un salarié, lui, perdra 105 euros et un chômeur, 180. Ce sont les retraités les plus touchés, on est vraiment le cœur de cible », dénonce assure Michel Andreu, de la CGT retraités 34. « Pour les pensionnés en dessous de la pension médiane (1 600 euros), qui sont souvent des personnes seules et parmi elles une majorité écrasante de femmes, perdre 300 euros par an est dramatique », insiste Jean-Yves Barbier. « La suppression de l’abattement fiscal de 10% au profit d’un abattement forfaitaire de 2 000 euros représente, quant à elle, des ponctions de 300 à 800 euros d’impôts supplémentaires pour les gens qui ont une pension supérieure à 1 600 euros. » Sans oublier, pour tous, le doublement des franchises médicales « qui augmente le reste à charge sur les médicaments, les consultations, les actes paramédicaux, les transports sanitaires ». Là encore, les personnes âgées, qui sont celles qui ont le plus besoin de se soigner, seront les premières pénalisées.

    « On nous fait passer pour des nantis, des inactifs qui coûtent. La solidarité devrait donc passer par des sacrifices de la part des retraités. C’est inadmissible », s’agace Michel Andreu. D’autant que « la plupart des retraités qui ont un peu de moyens aident déjà leurs enfants et parfois leurs petits-enfants. Les jeunes retraités sont aussi régulièrement les aidants de leurs propres parents », souligne Jean-Yves Barbier. « Il y a une accumulation de charges sur le retraité moyen qui est une réalité quotidienne et qui n’est absolument pas prise en compte. Sans oublier tout le bénévolat qui remplace des services publics défaillants. »

  • Un budget de fin de mandat prudent pour Nîmes Métropole

    Un budget de fin de mandat prudent pour Nîmes Métropole

    Dernier exercice du mandat pour l’équipe de Franck Proust, le rapport d’orientation budgétaire (Rob) 2026 de Nîmes Métropole, présenté mardi 4 novembre, avait tout d’un baromètre politique. À quelques mois des élections municipales, la majorité communautaire a défendu un budget « de prudence. »

    « Nous avons choisi la stabilité et la rigueur », a souligné le président de Nîmes Métropole. L’agglomération, confrontée à un effort contributif estimé à 3,4 millions d’euros dans le cadre de la réduction du déficit public national, doit composer avec une pression budgétaire accrue. Malgré cela, le Rob affiche une épargne brute de 58,7 millions d’euros et un encours de dette de 487 millions, en légère hausse mais jugée « maîtrisée » par l’exécutif. La capacité de désendettement reste à 8,3 ans, sous le seuil de vigilance des 10 ans fixé par l’État. Aucun nouvel investissement d’ampleur ne figure au programme, « afin de laisser à la future majorité la liberté de ses choix ».

    La principale mesure annoncée reste la nouvelle baisse de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (Teom). Après -10% en 2025, elle devrait reculer de 0,5 point supplémentaire en 2026, passant de 10,54% à 10,01%. Pour une famille moyenne, la baisse cumulée atteindrait une centaine d’euros en deux ans. « C’est le contribuable qui doit en bénéficier, sans que les investissements en matière de modernisation ou de protection n’en pâtissent », a justifié Franck Proust. Côté investissements, l’agglomération mise sur la continuité : 44,7 millions d’euros pour l’eau et l’assainissement, 14,9 millions pour les transports (achat de bus électriques, extension du réseau NemoVélo), et 13,4 millions pour la prévention des inondations.

    Un ROB de fin de mandat sous tension électorale

    Mais pour beaucoup d’élus d’opposition, cette prudence confine à l’immobilisme. Valérie Rouverand (Renaissance) dénonce une « ficelle électorale » à propos de la Teom : « On baisse de 10 % en 2025 et encore de 5 % en 2026, après l’avoir augmentée de 10 % en 2021. Au final, on revient au point de départ, mais la communication fait son effet. » L’élue a aussi regretté des « résultats économiques décevants » et une attractivité « toujours en panne. ». Julien Plantier (Nîmes Avenir) a, lui, adopté un ton plus nuancé : « Le Rob, c’est la visite médicale de notre agglomération : elle vit, elle respire, mais elle tousse un peu. Le bilan n’est ni glorieux ni catastrophique. » Le candidat à la mairie a reproché à la majorité de « laisser dormir des projets structurants » et relancé son idée de passage en communauté urbaine « pour donner une autre dimension au territoire ».

    À gauche, Vincent Bouget (PCF) a fustigé un rapport « autosatisfait, voire triomphaliste », estimant que « les grandes tendances cachent des fragilités structurelles ». Selon lui, « la pression fiscale n’a pas vraiment baissé », citant la taxe mobilités, la hausse de l’eau et de l’assainissement. Et de conclure : « Notre agglomération mérite mieux. Où est la vision d’ensemble, le projet partagé ? On a l’impression d’un empilement de décisions sans cohérence territoriale. » Un ultime rendez-vous budgétaire qui dessine les lignes de fracture d’une campagne municipale qui s’annonce tendue.

  • Plus de 2 000 jeunes négligés par l’austérité dans le Vaucluse ?

    Plus de 2 000 jeunes négligés par l’austérité dans le Vaucluse ?

    Depuis le début de la semaine, les missions locales (ML) de France sont en alerte. Partout sur le territoire, ces structures d’accompagnement des 16-25 ans (lire ci-dessous) sont vent debout contre le projet de loi de finances du gouvernement qui prévoit une baisse de 13% des dotations des ML. Et ce après une première diminution de 7% en 2025. « 77 millions d’euros en tout, à l’échelle du budget de l’État c’est symbolique, mais absolument pas pour nous », déplore Isabelle Gineste, directrice de la ML du Grand Avignon. Ce jeudi, avec le soutien des trois autres structures de Vaucluse (Comtat Venaissin, Luberon et Haut Vaucluse), un point presse avait lieu. Il faisait suite à l’interpellation, en fin de semaine dernière, des trois sénateurs. « Le budget arrive au Sénat le 23 novembre, on va batailler avec des amendements pour contrecarrer tout ce qui ne va pas dans le bon sens », projette Lucien Stanzione (PS). L’an dernier, la Région avait aussi diminué ses crédits de 300 000 à 200 000 euros pour la ML du Grand Avignon.

    Le financement

    à la performance arrive

    Si le budget était adopté en l’état, « nous perdrions huit postes de conseillers, sachant qu’un conseiller accompagne 130 jeunes de l’année, plus de 1 000 jeunes se retrouveraient en grande difficulté de suivi », calcule Lilou Quennesson, présidente de la ML et conseillère municipale d’Avignon déléguée à l’emploi et l’insertion. En ajoutant les jeunes des trois autres ML, ce chiffre grimpe à 2 300 en Vaucluse sur les 12 000 suivis annuellement. « Nous lançons un appel à la mobilisation et la responsabilité collective, la jeunesse n’est pas une variable d’ajustement, investir dedans c’est investir dans l’avenir du pays », fait valoir la présidente. Dans un département parmi les plus pauvres de France, « on enlève encore un élément de solidarité par des choix budgétaires », déplore David Fournier, adjoint (PS) avignonnais venu en soutien.

    Par ricochets, cette baisse « pénalise aussi les entreprises qui auront moins de contact avec les ML pour embaucher », souligne Régis Phaly, trésorier de la ML et adjoint au maire d’Entraigues. La directrice s’inquiète aussi « du financement à la performance, 10% cette année, 20% en 2028 avec des indicateurs que l’on ne connaît pas et alors que nous ne sommes tributaires des créations d’emplois », expose Isabelle Gineste. Et d’inviter n’importe quel administrateur de la ML « à venir vivre la vie d’un conseiller et prendre conscience de notre réalité ».

    REPÈRES

    13%

    de baisse prévue du financement des missions locales par l’État dans le projet de loi de finances 2026. Dans le Grand Avignon, sur un budget annuel de 3,5 millions d’euros, l’État abonde à hauteur de 2,5M (données 2024). Le reste provenant des communes et de l’agglo (435 000 euros), la Région (293 000) et le Département (45 000).

    Au service des 16-25 ans

    Les missions locales veillent à accueillir, accompagner, orienter, informer les 16-25 ans dans toutes démarches professionnelles et sociales avec comme « ADN, donner aux jeunes un sens à leur avenir ». Cela passe par l’emploi, la formation, l’orientation, l’appui à la création d’activité, le logement, la santé, la mobilité ou la citoyenneté. Dans le Grand Avignon, au sein des 14 lieux du territoire, près de 5 500 jeunes ont été accueillis en 2024, dont 1 759 nouveaux. Quelque 1 411 sont entrés en emploi (dont 315 en alternance) et 566 en formation.

    8

    emplois équivalent temps plein sont menacés à la mission locale du Grand Avignon si la baisse de 13% des dotations se concrétise. Ces 8 postes en moins, sur 65 salariés dont une quarantaine de conseillers, impacteraient directement 1 400 jeunes qui seraient moins ou mal suivis.

  • Des doléances portées en préfecture à Marseille

    Des doléances portées en préfecture à Marseille

    Ils ont bien compris la petite mécanique à l’œuvre ces dernières semaines et ne s’en satisfont évidemment pas. Retraités ou non, ils ont marché main dans la main dans les rues de Marseille, jeudi, pour manifester leur rejet du budget d’austérité 2026 préparé avec les projets de loi de finance de l’État et de la Sécurité sociale.

    « Cela va impacter très fortement les travailleurs, en activité ou à la retraite parce que nous considérons bien que nous sommes des travailleurs puisque la retraite est un droit social », glisse d’emblée Josiane Dragoni. La responsable fédérale des retraités de la FSU se veut à rebours de la « guerre des générations prônée par le Medef et reprise par certains partis et une partie de la presse ». Le sentiment est partagé partout dans le cortège où sont présents de nombreux actifs. « Opposer les gens les uns aux autres ça n’amène qu’au pire », résume Marcel, son autocollant CGT bien posé sur sa veste. « Pointer les retraités, les chômeurs, les immigrés comme le fait Monsieur Macron depuis des années, ça ne fait que faire monter l’extrême droite. »

    « On est très en colère et on l’exprime a contrario de ce que veulent le gouvernement et certains médias qui jouent l’opposition entre actifs et retraités. On fait la preuve à Marseille comme dans tout le pays que nos revendications, même si elles sont spécifiques, nous rassemblent », abonde Claude Mas, la secrétaire générale de l’USR CGT 13.

    Ces revendications sont salariales tout d’abord. « Parce que les retraités ne sont pas riches et la pension moyenne est au niveau du Smic » rappelle-t-elle, eux demandent leur indexation sur l’inflation dès janvier, leur revalorisation selon le salaire moyen, et le maintien de l’abattement fiscal de 10%. Elles sont sociales aussi avec la revalorisation des prestations sociales a minima au niveau de l’inflation, l’abandon du doublement des franchises médicales, ou encore le maintien et le développement des services publics sur tout le territoire.

    « Les services publics,

    c’est pour tout le monde »

    Après avoir marché du Vieux-Port à la préfecture, ce sont ces doléances qu’une délégation de l’intersyndicale a transmis aux représentants de l’État dans le département. « Les services publics, c’est pour tout le monde, jeunes, actifs, retraités, et c’est tout ce qui est nécessaire. Cela se déliterait parce que ce serait des dépenses ? Mais non. Ce sont des investissements », reprend Josiane Dragoni. « Les cibler c’est détruire toute solidarité, cela signifie l’effondrement de notre modèle social, et la fin de nos droits sociaux, nos droits à la retraite, à la santé, à l’éducation. Et pour faire quoi ? Faire place au privé et aux grands groupes financiers. » Et la porte-parole des retraités Solidaires 13 de prendre l’exemple des Ehpad dans les Bouches-du-Rhône où plus des 70% sont aux mains de groupes comme Orpea, Korian ou DomusVi. « Les centres de rééducation fonctionnelle, les cliniques de soins sont aux mains de ces groupes avec des situations comparables », poursuit-elle, déplorant que la Sécurité sociale soit tuée à petit feu avec les 80 milliards d’exonération de cotisations sociales annoncées. « On la prive de ses recettes et le report vers les complémentaires de santé et les assurances privées poussés par les déremboursements vont encore s’accélérer avec ce budget. »

    En parallèle, les parlementaires, sénateurs et députés de tout le pays, hors Rassemblement national, « parce qu’on ne discute pas avec eux » sont interpellés. Face à la crainte d’une application par ordonnance, les organisations syndicales comme la CGT veulent connaître leur position dans le débat et attendent qu’ils défendent eux aussi leurs revendications.

  • Le programme Syrius cherche des synergies pour décarboner

    Le programme Syrius cherche des synergies pour décarboner

    « Les industriels ont mis l’aspect concurrence de côté pour privilégier la croissance à travers la décarbonation », résume Isabelle Campagnola-Savon, conseillère régionale déléguée à l’économie, lors du 3e forum Syrius.

    Syrius, pour synergies régénératives industrielles du Sud. C’est bien ce que cherche à faire ce programme, lauréat de l’appel à projets « Zone industrielle bas carbone » (ZIBaC) opéré par l’Ademe (Agence pour la transition écologique) dans le cadre de France 2030 : amener la cinquantaine d’acteurs industriels qui y prennent part, répartis entre Fos-sur-Mer, Berre-l’Étang, Gardanne et Manosque, à se fédérer autour de la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, avec un objectif de -80% d’ici 2050. Pour Nicolas Mat, coordinateur de la démarche lancée en 2023, ce projet illustre la capacité du monde économique à « coopérer, partager et construire une trajectoire collective (…) en mutualisant les ressources et les infrastructures ».

    Un outil stratégique

    Après une première phase de deux ans lors de laquelle 28 études ont été financées à parts égales par l’État et les industriels pour un budget global de 8 millions d’euros, Syrius entre désormais dans une étape plus concrète qui débutera en 2026 et qui visera à approfondir les pistes soulevées. « Les premières conclusions montrent qu’il faut pouvoir disposer de plusieurs leviers pour décarboner, qu’on a le devoir de les actionner tous simultanément et qu’une approche non pas par filière mais territoriale et intersectorielle peut être un game changer pour accélérer et atteindre encore plus vite nos objectifs », énumère Nicolas Mat. Les principaux vecteurs mis en avant sont le déploiement d’un hub hydrogène bas carbone régional (le coût estimé peut aller jusqu’à 5 milliards d’euros) et la structuration d’un hub de CO2 (entre 2 et 6 milliards d’euros).

    Ces enseignements ne sont pas que de la théorie. « Le programme Syrius permet de faire un état des lieux, de savoir quelles filières structurer demain pour réussir la décarbonation », affirme Isabelle Campagnola-Savon. Rémi Costantino, directeur général adjoint du Grand port maritime de Marseille-Fos, abonde : « Dans le milliard d’euros prévu dans notre plan stratégique pour les cinq prochaines années, on flèche un certain nombre d’investissements en fonction des résultats de ces études pour être la bonne plateforme, le bon substrat dans lequel les industriels vont s’implanter. »

    Le dossier de candidature pour la deuxième phase de l’appel à projets a été déposé en juillet 2025 « avec un lot d’une trentaine d’études pour un peu plus de 30 millions d’euros de budget », détaille Nicolas Mat. « Les services de l’État sont en train d’instruire le dossier (…) et devraient pouvoir nous indiquer dans les prochaines semaines les études qui ont été sélectionnées pour un co-financement public. » Simon Deltombe, coordinateur national ZIBaC à l’Ademe, rassure : « Indépendamment de toutes les discussions budgétaires du gouvernement, le budget de l’appel à projet est sécurisé, l’enveloppe dédiée est là et ne sera pas remise en cause. »

  • La Sécu, ce combat fondamental

    La Sécu, ce combat fondamental

    La santé est la priorité des priorités des Français avec le pouvoir d’achat. Les députés en train de débattre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale doivent mesurer combien laisser en l’état le texte horrifique du gouvernement serait une déclaration de guerre à l’ensemble des travailleurs et à leurs familles. Dans ce débat de société, la « suspension » de la retraite à 64 ans (arrêt provisoire à 62 ans et 9 mois jusqu’en janvier 2028), -qui devrait être examinée au plus tard le 12 novembre à l’Assemblée- ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des sévères coupes prévues dans les financements de notre système de santé. L’hôpital public notamment, pourtant applaudi pendant la crise Covid, pourrait être encore affaibli par des coups de tronçonneuse sans précédent.

    Éviter le pire

    Pour les fédérations hospitalières, c’est du jamais vu depuis 15 ans. Pas moins de 1,1 milliard en moins, soit l’équivalent de 20 000 postes d’infirmiers. Pour les patients, cela se traduirait par un accès aux soins encore plus difficile alors qu’ils vivent déjà une pénurie de médecins généralistes qui transforme de très nombreuses communes en désert médical. Des patients devront aussi payer de leur poche des franchises médicales augmentées, sans parler des personnes atteintes d’affections de longue durée qui verraient leurs droits reculer. Or, la Sécu n’est pas malade de déficit mais d’une politique qui la prive de recettes, en particulier les exonérations de cotisations qui se chiffrent en dizaines de milliards. Tel est l’enjeu de ce combat fondamental dans lequel le mouvement social doit prendre toute sa place pour éviter le pire.

  • Budget : Belsola dénonce le coup porté aux collectivités

    Budget : Belsola dénonce le coup porté aux collectivités

    La pilule ne passe pas. En pleine discussion à l’Assemblée nationale, le projet de loi de finances 2026 prévoit d’exiger des communes, départements et régions un effort compris entre 4,7 et 10 milliards d’euros. « Un nouveau coup dur infligé aux collectivités territoriales », que dénonce le maire de Port-de-Bouc (PCF), Laurent Belsola.

    Des mesures en pagaille

    L’édile appelle à « engager une lutte dans la durée » face à la gravité des annonces gouvernementales. « La perte pour les collectivités est estimée à plus de 8 milliards d’euros, entre diminutions de recettes et prélèvements qui leur sont imposés, note-t-il. Cela équivaut à 4% de leur budget de fonctionnement total en 2024 ! »

    Parmi les mesures inscrites dans le projet de loi de finances : le triplement du Dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités (Dilico) pour les communes, dont le prélèvement obligatoire est passé de 250 à 700 millions d’euros, la baisse du fonds vert destiné à la transition écologique (moins 500 millions d’euros), la diminution des recettes de l’État allouées aux collectivités (moins 900 millions d’euros), la diminution du fonds de compensation de la TVA (moins 700 millions d’euros) ou encore la compensation sans abattements sur les valeurs locatives qui servent de base à la Taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) et à la Cotisation foncière des entreprises (CFE) (1,1 milliard d’euros).

    Un enjeu démocratique

    Pour le maire, cette politique d’austérité touche non seulement au vivre-ensemble, en affaiblissant les services publics qui améliorent le quotidien tels que les crèches, l’action sociale, les écoles, le sport, la vie associative ou la culture, mais présente également un enjeu démocratique. « Les élus locaux sont des vigies de la République, assène-t-il. Leur arracher toujours plus de moyens, c’est réduire leurs marges de manœuvre pour favoriser la liberté, l’égalité et la fraternité. » En d’autres termes, à la fin, ce sont les administrés qui paieront le prix de cette politique.

    Pour sortir de la crise, il invite à changer de paradigme. « La clef de la crise n’est pas dans la baisse des dépenses publiques. Au contraire, la dépense publique nourrit et permet de créer de l’activité et de la croissance. » Pour y parvenir, l’édile préconise de mettre fin à la captation par les grandes entreprises des 211 milliards d’euros d’aides d’État sans contrôle ni contrepartie, de sortir des marchés financiers et de rétablir la justice devant l’impôt.

    Un travail d’ores et déjà est engagé avec l’association des Maires villes et banlieues de France pour contrer ce projet budgétaire.

  • Retraites : un bloc social qui refuse de plier

    Retraites : un bloc social qui refuse de plier

    La Sécurité sociale n’a pas seulement allongé la vie : elle l’a rendue vivable pour des générations de retraités. « Ce n’est pas une conquête arrachée un jour J, mais un système bâti par étapes et consacré après-guerre », rappelle Jean-Yves Barbier, ancien responsable du Snes-FSU à Montpellier. Des pensions de la fonction publique au régime général, de 1790 à 1945, s’est imposée l’idée simple : à cotisations définies, droits garantis. Une bascule culturelle autant que sociale.

    Huit décennies plus tard, les témoignages disent un autre basculement : inquiétude sur l’accès aux soins, franchises en hausse, statut des affections de longue durée remis en cause, et ces « années blanches » qui grignotent le pouvoir d’achat. « Cinq années de gel en dix ans, c’est presque 20% perdus au total », souffle Jean-Yves Barbier. Dans le même temps, les retraités tiennent la société : bénévolat massif, mairies, associations, coups de pouce financiers aux enfants et petits-enfants. Un rôle d’amortisseur social rarement chiffré, jamais secondaire.

    « Ne pas baisser la garde »

    Sur les retraites, deux lignes s’affrontent. D’un côté, la répartition et ses garanties collectives ; de l’autre, la capitalisation et la retraite par points, « où l’on sait ce que coûte le point, jamais ce qu’il vaudra ». L’exemple du régime additionnel de la fonction publique (RAFP) illustre les risques d’une logique financière exposée aux marchés. Pour Jean-Yves Barbier, l’offensive est globale : sous-indexation des pensions jusqu’en 2030, gel de barèmes, doublement des franchises, fragilisation des cures thermales et pression sur les ALD. À la clé, des renoncements aux soins – quand 700 000 retraités n’ont déjà pas de mutuelle. Face à cela, l’intersyndicale des retraités (CGT, FSU, Solidaires, CFE-CGC, CFTC, FGR-FP, Ensemble & Solidaires, LSR) organise une mobilisation jeudi 6 novembre : pour la dignité, la santé, l’idée même d’une retraite qui protège, et contre le projet de budget de la Sécurité sociale 2026, perçu comme une nouvelle offensive contre leurs droits. Les revendications sont claires : une revalorisation immédiate de 10% de toutes les pensions, des mesures pour les plus modestes, l’indexation des retraites sur les salaires, la défense du droit à la santé et à l’accès aux soins, le retour de la retraite à 60 ans pour tous avec départ anticipé en cas de pénibilité, et le maintien de l’abattement fiscal de 10%.

    Les manifestations du 6 novembre partiront dans le Gard à 10h sur la place des Arènes à Nîmes, à 10h30 devant
    la sous-préfecture d’Alès et à la poste
    de Bagnols-sur-Cèze. Dans l’Hérault,
    les rassemblements débuteront à 10h30 place de la Comédie à Montpellier et devant l’hôpital de Lunel, à 11h30
    devant la sous-préfecture Béziers.

  • Sécu : un budget 2026 de coupes jamais vues

    Sécu : un budget 2026 de coupes jamais vues

    Le projet de budget de la Sécurité sociale a débuté son chemin à l’Assemblée lundi dernier, en commission des Affaires sociales, pour des débats qui s’annoncent explosifs, entre la suspension de la réforme des retraites, et des économies exceptionnellement fortes.

    Les oppositions ont d’ores et déjà supprimé les mentions des objectifs de dépenses et recettes du gouvernement, ou encore les prévisions de dépenses de santé pour cette année, les estimant tantôt « insincères », tantôt insuffisantes face aux besoins, notamment à l’hôpital. Un tour de chauffe qui a permis surtout d’observer les positions de chaque force politique, car les députés repartiront quoi qu’il arrive du texte initial dans l’hémicycle le 4 novembre pour un vote prévu le 12.

    Et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) est sous le feu des critiques des oppositions, en raison des économies massives pour réduire le déficit à 17,5 milliards en 2026 (23 milliards en 2025). « Le débat est ouvert » et la version finale « sera bien différente », ont répété les différents ministres en charge du texte, tout en affirmant la nécessité de maîtriser les dépenses, et « responsabiliser » tous les acteurs. La mesure phare restera quoi qu’il arrive la suspension de la réforme des retraites, promise aux socialistes en échange de leur non-censure. Le projet suspend jusqu’à janvier 2028 la marche en avant vers les 64 ans, tout comme le relèvement du nombre de trimestres à cotiser pour partir à taux plein. Au cours de l’examen, les Républicains proposeront de supprimer cette suspension, tandis que les socialistes chercheront à y intégrer les carrières longues. Si l’Assemblée vote la suspension, le Sénat, contrôlé par la droite et les centristes, rétablira la réforme, a prévenu samedi dernier le président de la chambre haute, Gérard Larcher (LR). Le coût de la suspension est estimé à 100 millions d’euros en 2026 et 1,4 milliard d’euros en 2027. Pour la financer, les options retenues -une mise à contribution des complémentaires santé et des retraités – font controverse. D’autant que le projet de budget est d’une exceptionnelle rigueur financière. L’exécutif y limite la hausse des dépenses d’Assurance maladie à 1,6%, alors qu’elles progressent naturellement chaque année d’environ 4%. Et il table sur sept milliards d’économies en santé, pour beaucoup douloureuses. Plusieurs mesures ciblent les malades : nouvelle hausse des franchises (reste à charge des patients sur les consultations et médicaments), moindre remboursement chez le dentiste, limitation de la durée d’un premier arrêt maladie… Ce projet est « profondément injuste et inefficace », a jugé France Assos Santé, principale fédération d’associations de patients. C’est « la pire cure d’économies depuis les années 2010 », selon les fédérations hospitalières. Autres propositions décriées : une taxation supplémentaire des complémentaires santé, -qui fait débat jusque dans le camp gouvernemental-, une taxation des cotisations patronales sur les tickets-restaurants et œuvres du CSE, ou encore une surcotisation sur les dépassements d’honoraires des médecins. Le gel des pensions et de l’ensemble des prestations sociales (RSA, allocations familiales, APL…) en 2026, pour dégager 3,6 milliards d’euros d’économies, provoquera aussi de vifs débats. L’équation s’annonce particulièrement difficile pour le gouvernement Lecornu. Olivier Faure (PS) agite le spectre si le gouvernement ne cède pas ce vendredi en faveur d’une taxe sur les hauts patrimoines lors de l’examen du budget de l’État.