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  • [Entretien] Marc Poggiale et Jean-Luc Corréard : « Nous voulons assurer une sécurité totale de ce Grand prix »

    [Entretien] Marc Poggiale et Jean-Luc Corréard : « Nous voulons assurer une sécurité totale de ce Grand prix »

    Le Grand prix de Marseille – La Marseillaise fait figure, comme chaque année, de lancement de la saison cycliste. En France, c’est la toute première épreuve du calendrier, où toutes les équipes font tourner les jambes pour la première fois de l’année. L’édition 2026 se disputera le 1er février, Marc Poggiale et Jean-Luc Corréard évoquent les premiers détails de l’événement, à un mois et demi du jour-J.

    La Marseillaise : Qu’est-ce que représente le Grand prix cycliste de Marseille – La Marseillaise ?

    Marc Poggiale : Déjà, la première chose, c’est qu’il y aura un Grand prix. Il va avoir lieu le 1er février 2026, ce sera la 48e édition. L’épreuve s’inscrit dans une semaine de compétition cycliste dans le sud de la France, en compagnie de l’Étoile de Bessèges (4-8 février). Nous sommes intimement liés. Le Grand prix cycliste de Marseille – La Marseillaise s’inscrit dans l’ensemble des démarches du journal et dans les événements qu’il veut développer. La course se déroule le 1er février donc normalement, il fera beau. En tout cas, on l’espère.

    Jean-Luc Corréard : Le Grand prix marque le début des compétitions cyclistes professionnelles sur le territoire français. C’est traditionnellement la première épreuve pro, il n’y en a pas d’autres avant, même si maintenant ils ont l’habitude d’aller dans d’autres territoires [notamment en Australie avec le Tour Down Under, dès le 20 janvier, Ndlr]. C’est donc un rendez-vous important et suivi par le monde du cyclisme, car c’est là que l’on va découvrir les nouveaux maillots, les nouvelles mutations, les équipes… La course fait partie de la Coupe de France – FDJ United Series, qui regroupe 17 épreuves sur le plan national, avec un classement national. Et nous sommes donc la première de ces 17 épreuves.

    Quel est le nombre de personnes mobilisées pour organiser un tel événement ?

    M.P. : C’est l’un des éléments importants, dans notre façon de faire, de travailler. Le Grand prix cycliste de Marseille – La Marseillaise est construit grâce à une équipe de bénévoles. Actuellement, lors de la préparation, il y en a quelques dizaines mais il y en aura beaucoup plus au moment où va se tenir l’épreuve. Il faut un tas de gens sur le parcours, au départ, à l’arrivée, pour assurer la sécurité, le service, la prise en charge des coureurs et pour tous les spectateurs. Dans le monde du sport, sans les bénévoles, on ne peut pas faire grand-chose, donc c’est bien de les mettre en valeur.

    J.-L.C. : Nous aurons aussi un grand renfort de la gendarmerie d’un point de vue sécurité, nous aurons plus de 250 signaleurs, 25 gendarmes cyclistes.

    Pouvez-vous me détailler le parcours de cette 48e édition du Grand prix ?

    J.-L.C. : Le départ fictif sera donné à Château-Gombert puis le réel sera dans le village de Plan-de-Cuques. On va ensuite passer par Gréasque, Fuveau, Belcodène, Trets avant de monter le Pas de la Couelle (5,9 km à 4,6% de pente moyenne), qui est surnommé par les cyclistes « Le Petit Galibier ». Ensuite, les coureurs passeront par Nans-les-Pins, Gémenos, Cuges-les-Pins, Le Castellet avec, donc, un petit passage dans le Var. Ils iront à Roquefort-la-Bédoule, prendront le Pas d’Ouillier (2,3 km à 3,5%) à l’envers, franchiront le col de la Gineste (7,4 km à 3,2%) avant l’arrivée au Stade Vélodrome, ce qui n’avait pas été possible pour l’édition 2025. Un parcours qui sera entre l’est des Bouches-du-Rhône et l’ouest du Var. Les deux classements de la montagne seront au col de l’Espigoulier et au Pas de la Couelle. Le départ est prévu à 12h30 et l’arrivée aux alentours de 16h, pour 149 km de course.

    C’est la descente de la route des Crêtes qui était jugée dangereuse ?

    J.-L.C. : Nous voulons assurer une sécurité pleine et totale de cette épreuve, le comité d’organisation dirigé par Marc Poggiale a décidé de ne plus prendre la route des Crêtes cette année. C’est un secteur dangereux. Il y avait la possibilité de la prendre dans le sens inverse, mais cela n’a pas été retenu. Ça doit être notre leitmotiv, car il y a eu une attaque, notamment sur l’Étoile de Bessèges l’année dernière, pour dire que les organisateurs ne prenaient pas assez en compte la sécurité. Ce qui n’est pas vrai.

    Sur l’aspect sportif, que pouvez-vous révéler à l’heure actuelle ?

    J.-L.C. : Les engagés, je ne les connais pas car ce sont les équipes qui décident. Tout ce que l’on peut dire, c’est que nous aurons les deux équipes World Tour françaises [la première division mondiale du cyclisme, Ndlr], que sont Decathlon – CMA CGM et Groupama – FDJ, l’équipe du patron Marc Madiot, mais aussi de Maxime Decomble, jeune cycliste de La Ciotat (vice-champion d’Europe espoirs et 5e du Tour de l’Avenir) désormais intégré à l’équipe World Tour. Les Pro Team françaises (la deuxième division) seront également là, avec notamment Cofidis et Total Energies. Il y aura des équipes italiennes, espagnoles et des équipes comme Team Nice-Métropole Côte d’Azur ou Vélo Club Roubaix. D’ici la fin de la semaine, je pense que l’on pourra sortir le plateau complet avec toutes les équipes.

    M.P. : Ce plateau, ce sera 18 équipes, allant du World Tour aux équipes dites continentales.

    Quelles sont les actions prévues autour de la course ? Il y aura des animations ?

    M.P. : Nous allons avoir une conférence de presse le 15 janvier où nous allons présenter la course sous tous les angles. C’est-à-dire les équipes confirmées, tous les détails du parcours, les spécificités, les difficultés etc. On donnera des informations au fur et à mesure que les partenariats sont confirmés. On est en train de finaliser plein de choses sur la course et, tout autour de ça, on va mettre en place un certain nombre d’animations.

    La 48e édition du Grand prix cycliste de Marseille – La Marseillaise se déroulera le 1er février 2026, avec une boucle de 149 km entre Château-Gombert et le Stade Vélodrome.

  • OM : une victoire de caractère pour rester sur le podium

    OM : une victoire de caractère pour rester sur le podium

    Au-delà du facteur chance qui peut intervenir dans une rencontre sportive, l’OM et l’AS Monaco se sont livrés une belle bataille, dimanche soir au stade Vélodrome, pour la 16e journée de championnat. « C’était un très beau match, pour le public comme pour les entraîneurs », souligne Roberto De Zerbi, l’entraîneur marseillais. « Les deux équipes se sont créées beaucoup d’occasions, et quand on en crée autant, il y a forcément des erreurs défensives. Monaco est un adversaire fort, mais je pense que nous avons mérité de gagner. La première période nous a offert les meilleures occasions, et la seconde a été plus équilibrée. C’est une victoire de caractère », poursuit le technicien italien, conscient que son équipe avait clairement la possession du ballon (62%), avec 18 occasions de son côté contre 12 pour les Monégasques. « On doit améliorer notre jeu, on doit être plus propres dans la sortie du ballon. La pression de Monaco n’était pas très différente de celle du PSG. Les faits sont là, et ils parlent d’eux-mêmes. »

    Toujours dans les faits, Mason Greenwood a parfaitement joué son rôle de chef d’orchestre sur le terrain, tout en se montrant décisif en fin de match pour apporter trois points précieux à l’OM. Ce dernier termine ainsi l’année 2025 à la troisième place du championnat, à quatre points du Paris Saint-Germain et à cinq longueurs du Racing Club de Lens. « Mason a déjà montré toute sa qualité », estime le défenseur latéral gauche italien Emerson Palmieri. « Vous le connaissez depuis l’an dernier. C’est un joueur très important pour nous, parce qu’il est capable de tout faire : relier l’équipe, créer du jeu, marquer. »

    Projection en janvier

    Un autre protégé de Roberto De Zerbi s’est une nouvelle fois illustré face aux joueurs de Sébastien Pocognoli : Gerónimo Rulli. Le gardien argentin a multiplié les parades pour éviter aux Olympiens d’être dominés au tableau d’affichage. « Rulli a été très bon, les sauvetages de Weah et Aguerd nous ont aidés. On a joué avec courage. Je pense qu’il y a des situations qu’on doit mieux défendre. Le hors-jeu se joue de peu, il y a des fois où ça tombe dans notre sens », reconnaît l’ancien manager de Brighton, qui n’a toujours pas digéré les erreurs commises par le passé. « Je suis plus déçu d’avoir perdu des points contre Angers, Toulouse que d’être content d’être troisième. En Ligue des champions, on a fait des erreurs aussi. Je pense qu’après les fêtes, on va être content mais pas satisfait pleinement. C’est la mentalité pour devenir une grande équipe », ajoute-t-il, désormais tourné vers le dernier match officiel de l’année pour les Marseillais, dimanche 21 décembre à Bourg-en-Bresse, à l’occasion du 32e de finale de la Coupe de France.

    « La reprise au mois de janvier sera cruciale : dix matches en trente-cinq jours. Il faudra mettre le turbo, tout le monde devra s’impliquer. Les matches contre Lens et le PSG arrivent dans une période clé. Si on est au complet, je pourrai mieux gérer les énergies. Avec des retours comme Medina, Traoré ou Gouiri, ce sera plus simple de gérer le groupe. »

    Longoria évoque la course au titre et le mercato d’hiver

    Avant le coup d’envoi de la 16e journée entre l’OM et l’AS Monaco, le président Pablo Longoria a fait le point sur les ambitions du club, au micro de Ligue1+. « La question des titres est toujours présente à Marseille, il faut avoir de l’ambition. Pour nous, l’essentiel est de nous concentrer sur ce que nous pouvons contrôler, c’est-à-dire les prochains matches. Le moment pour faire un vrai bilan viendra plutôt en mars ou en avril, car la saison passe très vite », a-t-il déclaré. En ce qui concerne le futur mercato d’hiver, « l’objectif n’est pas d’accumuler des joueurs, mais de réduire certaines inefficiences dans l’effectif afin d’ajuster les coûts. Nous devons faire les comptes, en tenant compte du retour de joueurs importants, et rester prudents », a-t-il ajouté.

  • La tour de Babel Music XP va accueillir le monde à Marseille

    La tour de Babel Music XP va accueillir le monde à Marseille

    De retour pour sa 4e édition, qui se tiendra du 19 au 21 mars. 2026, Babel Music XP a dévoilé il y a quelques jours sa sélection officielle. Si ce forum et marché international à taille humaine s’impose peu à peu à la force de ses bras et tête au service de la filière musicale dans un secteur plus que jamais concentré dans les griffes des multinationales, il propose aussi une partie festival et grand public. Si les théâtres de ces musiques du monde propagées par des artistes prometteurs et chevronnés n’ont pas encore été annoncés, la seule certitude résidant dans le fait que le public les trouvera dans des salles du centre-ville comme l’an passé, on connaît désormais les 31 groupes qui garniront la programmation.

    « Ces projets investiront Marseille et ses lieux culturels, faisant dialoguer esthétiques, langues et imaginaires au fil de trois jours et trois nuits de découvertes sonores », indiquent les organisateurs de cet événement. Issus de « 25 pays et réunissant 111 artistes », des groupes qui feront voyager le public dans ce que les musiques actuelles du monde ont de plus électrisant.

    Notes mondiales en fusion

    Du Liban à la Corée du Sud en passant la Mongolie, l’Asie et le Moyen-Orient figurent parmi les parties du globe les plus représentées lors du 4e Babel Music XP. Avec quelques groupes aux sons venus de Palestine, cette terre aux inspirations musicales toujours prolixes, pluriséculaires mais aussi diablement modernes véhiculés par sa diaspora. Tel est le cas du multi-instrumentiste « parcouru par l’exil » Ahmed Eid, « qui fait le lien entre ses ancrages, entre Ramallah et Berlin » à travers un « répertoire de chansons pop mêlant musiques arabes traditionnelles et contemporaines, groove lancinant et arrangements électroniques ».

    L’Afrique et l’Amérique du Sud ne seront pas non plus en reste. Entre autres illustrations, le duo congolais « électro-punk et afro-rap » Article 15 ou encore la chanteuse et percussionniste vénézuélienne Rebecca Roger Cruz dont la voix ensorcelante, nourrie aux rythmes afro caribéens, se répand sur des rythmes rock comme flamenco et jazz. Le continent européen sera aussi dignement représenté, de « la nouvelle voix intense des traditions populaires italiennes ». Lavinia Mancusi aux polyphonies occitanes revisitées par le duo Cocanha.

    www.babelmusicxp.com

  • [Théâtre] « Un homme sans titre », hommage d’un fils à son père

    [Théâtre] « Un homme sans titre », hommage d’un fils à son père

    « Après la mort de mon père en 2020, j’ai partagé sa vie dans Un homme sans titre. J’ai voulu restituer son parcours, lui qui était taiseux et ne se plaignait jamais », écrivait Xavier Le Clerc. C’est cet ouvrage paru en 2022 que Jean-Louis Martinelli et Mounir Margoum adaptent du mardi 16 au samedi 20 décembre au Théâtre des Bernardines. Cet homme, c’est Mohand Saïd Aï-Taleb, engagé comme métallurgiste dans le Calvados, essoré par le labeur, les brimades et le racisme quotidien pendant les 30 glorieuses. Incarné seul sur scène par Mounir Margoum, « un ouvrier algérien noyé dans la masse de la main-d’œuvre pas chère », de retour dans son pays natal en 1979 où il épouse celle qui deviendra la mère de l’auteur.

    Dans les pas de Camus

    « Après le choc pétrolier, écrit encore Xavier Le Clerc, Mohand-Saïd aurait pu accepter la prime au retour de Giscard d’Estaing, de quoi se payer un aller simple et définitif. Une sorte de prime à la casse pour les immigrés relégués comme de vieilles machines, des bougnoules comme disaient les racistes de l’époque, mot qu’enfant, je confondais avec bagnoles, oui des bagnoles devenues inutiles, que nombre de politiques populistes rêvent encore de comprimer en César. »

    Un homme sans titre prend ainsi la forme d’une « chronique d’émancipation » dédiée à son père, dixit Jean-Louis Martinelli, pour lequel Xavier Le Clerc s’est inscrit « dans les pas d’Albert Camus et de son reportage en 1939, Misère de la Kabylie où est né le héros du roman quelques années plus tôt ».

    Places encore restantes pour les mercredi 17 (19h), jeudi 18 et samedi 20 décembre (20h). Entre 10 et 38 euros. www.lestheatres.net

  • [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    Pierre Dharréville est journaliste et écrivain, auteur d’essais mais aussi des fictions comme En l’absence de Monsieur J ou L’enlumineur. Il est également connu pour son engagement politique en tant qu’élu communiste sur notre territoire et notamment comme député de la 13e circonscription.

    Pour ces périodes de fêtes, La Marseillaise vous propose Autobiographie d’un menteur, un texte inédit situé dans le milieu journalistique. Une fable romanesque à retrouver chaque jour de la semaine jusqu’à la fin des vacances.

    Il y avait une forme de coquetterie jusque dans la prononciation du mot, une façon de sanctifier la chose. C’en était presque attendrissant. On imaginait le fragile équilibre nécessaire à l’acte de création, en même temps que la force jaillissante des mots, alignés avec une excitation enfantine. On réalisait soudain que les mots, lorsqu’ils étaient suivis de la signature du maître, prenaient un poids particulier. Celui d’une vérité, d’une révélation, d’une lumière crue jetée sur les charpentes du réel. Comme si le jour où Quiniond prenait la plume, un silence grave gagnait les lecteurs et l’ensemble des décideurs du pays : Quiniond parlait enfin, Quiniond gratifiait le monde de sa prose

    Il n’en allait pas de même pour tout le monde…

    Rentré chez lui, Grégoire Charvin se plongea dans le dictionnaire pour essayer d’en savoir plus sur Marcel Duchamp, sans parvenir complètement à s’y intéresser. Puis il se mit à relire Jules Vallès – il lui était agréable que son pseudonyme possédât une si franche consonance avec le nom de l’illustre écrivain, son « confrère ». Il se rengorgea de la liberté du journaliste de l’époque, relatant ce qu’il voit là où il est. Une époque malheureusement révolue. Le jeune homme savait néanmoins que le journalisme moderne, loin de cette préhistoire, avait aussi ses vertus. Vagabonder éloigne de l’actualité, alors qu’il faudrait la suivre, la devancer, peut-être… Il ne se prosternait pas devant cette œuvre romanesque mais goûtait sa fraîcheur, et s’amusait de sa naïveté. Le métier lui plaisait et son cœur se gonflait d’orgueil d’être à l’épicentre de tous les débats, là où le monde se fait et se défait. Il sortit prendre le pouls de Siège, de sa nuit débordante et de ses errances. Passant aux pieds des monuments qui témoignaient de sa gloire passée et auxquels se raccrochait sa volonté de puissance, il s’étonnait et se rengorgeait d’être là.

    Le lendemain matin, devant un inévitable café, Charvin-Jalès s’immergea dans le journal du jour. Certes, son œuvre était ratatinée dans un coin de page, mais il venait quand même de signer son premier texte dans L’Impertinent. Il se lut et se relut avec délectation. Au final, l’angoisse de la page blanche avait été de courte durée.

    Le café où Patrice Quiniond avait ses habitudes était situé au bout du boulevard des Deux Tours, où le journal avait trouvé refuge depuis quelques années. Les bureaux se trouvaient un peu plus bas, dans un bâtiment anonyme sans enseigne et sans cachet, de ceux que l’on avait reconstruit à la hâte après les bombardements, dans du béton granuleux qui s’encrassait plus vite que le temps de sécher. Sous ces larges fenêtres disgracieuses, bordées d’aluminium mat, qui décuplaient les rayons du soleil en été et laissaient passer le froid en hiver, la vie s’écoulait dans l’artère la plus animée de Siège. Un journal doit être soumis au bouillonnement : un journal est une marmite.

    Lorsque Patrice Quiniond approcha de son repaire, Grégoire Charvin était trop absorbé pour le voir venir. Faisant rebondir ses bajoues en pressant le pas, le grand ponte changea de trottoir et grimpa directement dans son bureau en grommelant, sans passer par la case café. L’autre s’était assis exactement à la même table que lui la veille, c’est-à-dire « sa » table ! Il ne manquait pas de toupet, le gnome. Cela pouvait être une qualité dans le métier, mais dans l’immédiat, le maître ne l’entendait pas de cette oreille. Il fallait savoir en user au bon moment et à bon escient.

    Le bureau de Quiniond était un insondable foutoir. Des piles de journaux débordant de toutes parts menaçaient de s’avachir à chaque instant. Des dépêches d’agences froissées s’éparpillaient çà et là. Un vieux bouquin portait la mention « service de presse » à même la couverture. L’ordinateur trônait au milieu de cet impénétrable fatras, couvert de la poussière que laisse dans son sillage le tourbillon des jours. Les touches de son clavier étaient à demi noires de cette sueur parcimonieuse qui perle au bout des doigts laborieux et le vernis du bois jaune de la table portait en écailles la marque de ses talons. Dans les armoires, quelques livres politiques, dont la plupart étaient dépourvus d’intérêt, occupaient les étagères. Les journaux de lendemains d’élections avaient une place à part, tout en bas. Sur la paroi en placoplâtre était punaisée une maxime du genre « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », qui comptait parmi les poncifs du métier. Quelques photos en noir et blanc se gondolaient avec l’âge. On y voyait Quiniond jeune avec quelques célébrités, prenant la pose ou suivant une meute déchaînée avec un détachement feint, l’imperméable dans le vent.

    À lui seul, ce bureau résumait presque une vie. Une vie pour L’Impertinent.

    Quiniond jeta négligemment ses augustes pompes sur le bord du bureau selon un cérémonial visiblement bien rodé. Il se moquait bien de ce qu’on en penserait parce qu’il méprisait les hypocrites qui n’osaient pas assumer cette posture en public. C’était sa manière de prendre du recul, de se donner de l’air, de jouer à domicile. Il commença à faire le tour de la presse du jour et s’alluma une brune bien sèche et sans filtre, se défiant ostensiblement des consignes antitabac édictées par la direction du journal. Ce n’était pas à un vieux singe que l’on allait interdire de faire ses grimaces.

    L’édito de Jean-Michel Barnard était lisse comme une savonnette sortie du bain. Une sorte de méditation philosophique pour collégiens. Aujourd’hui, c’était « Guerre et paix » : il devait être dans sa période russe. Voyez vous-mêmes.

    « La paix, qu’est-ce, si ce n’est le moment qui s’écoule entre deux guerres ? On aimerait qu’il en soit autrement, mais force est de constater que la paix n’existe pas sans la guerre. Celle qui se prépare au-dessus de nos têtes, à nos portes ou presque, est pour quelques intellectuels une “folie inutile”, ainsi que l’a déclaré Léon Bouteloup. En ayant le courage de s’extirper du monde parfait des idées, on pourrait aussi penser qu’elle est un mal nécessaire. Et, de fait, le large consensus politique qui semble se dégager sur la nécessité d’agir face aux provocations et de préparer notre jeunesse laisse entrevoir la possibilité d’une union nationale derrière le drapeau de la patrie. Si cela devait se confirmer dans la durée, ce serait le signe d’un gain de maturité de notre démocratie. »

    — Gros sabots, grommela Quiniond.

    Il eut un haussement d’épaules : « grosses bottes », lui avait soufflé son mauvais génie. C’était plat, sans relief et sans profondeur, comme un désert sans dunes. À chacun sa traversée… Citer ce nain intellectuel de Bouteloup, même pour le contredire, c’était lui donner bien trop d’importance à ses yeux, mais après tout, Jean-Michel Barnard avait sans doute ses raisons que la raison vrombissante de Quiniond ignorait. Mais surtout, la mauvaise foi s’y voyait trop. Et l’irrévérence, qui comptait parmi les maîtres-mots de la charte éditoriale de L’Impertinent, même s’il s’agissait de jouer les fous du roi, se passerait de guide. Il faudrait bien, un jour, que quelqu’un l’affranchisse, afin qu’il ne finisse pas poste restante… Quiniond savait son humour trop acide pour être partagé, et à vrai dire il n’avait pas assez de talent en la matière pour rendre supportable sa férocité.

    Macha entra sans frapper, comme d’habitude, mais avec délicatesse. Elle dévisagea l’homme, sans se presser, puis le déshabilla du regard avec insistance. Il leva la tête, scotché par son rituel, et, de ses lèvres fines sur lesquelles se formaient quelques stries traîtresses, il esquissa un sourire sincère. C’était rare.

    — Comment ça va, ma belle ? lança-t-il de sa voix un peu rouillée.

    — Moins bien que toi, fit-elle en s’asseyant sur le coin de son bureau, mettant en péril le subtil équilibre qui était le sien.

    — Elle est flatteuse !

    — J’en ai marre, je vais me casser. Ils me font tous chier avec leurs théories à la con, leur mépris des arts et leur culture de supermarché.

    — Ils n’ont pas passé son papier ?

    — Mais si ! Lis le journal, le matin, et lis mes articles, au moins. Il n’y a pas que les articles de Paq qui méritent lecture ! Y’a pas que la politique dans la vie ! Rappelle-toi toujours que la culture est la condition du politique…

    — Je l’ai vexée.

    — Elle a l’habitude !

    — Mais tu le sais que tu es ma condition à moi…

    — Tout le monde n’en dit pas autant. Ils ont réduit mon papier pour le mettre dans un coin de page, et sans l’illustration, après m’avoir fait patienter deux semaines et demie. C’est mon nom, en bas du papier, pas le leur ! J’ai l’air de quoi, moi ?

    Patrice Quiniond était rompu à ce type de séances : Macha Fontana donnait sa démission tous les matins et la reprenait tous les soirs. Ou l’inverse. Enfin, peu importe. Il pensait qu’elle ne le ferait sans doute jamais pour de bon. Trop peur de ne plus être…

    Il l’écoutait d’une oreille débiter son couplet habituel sur l’incurie de la rédaction en chef en faisant de grands mouvements des bras. Elle avait raison mais, son petit cœur féministe dût-il en souffrir, il préférait se concentrer sur son décolleté insolent plutôt que sur ses propos fatigants. Elle était toujours aussi classe que vingt ans auparavant, dans ses oripeaux noirs, avec sa cigarette fine à la main. Mais il savait qu’il ne goûterait plus de ce pain-là, sauf accident.

    Il en eut la confirmation tragique lorsque Charvin poussa la porte de son bureau avec un brin de timidité, et qu’elle s’écria : « Alors, tu ne fais pas les présentations. »

    Il fit les présentations.

    Finalement, pour aujourd’hui, Macha restait au journal. Dans ce bureau où l’on s’affranchissait des lois, elle soufflait sa fumée avec distinction, et leurs effluves s’emmêlaient au milieu de ce badinage matinal.

    La conférence de rédaction était comme un moteur à explosion. Un journal n’avance que par à-coups, parce qu’il n’a d’autre choix s’il veut vivre que de renier le lendemain ce qu’il a été la veille. Oublier et faire oublier, comme une raison d’être.

    Quiniond mettait un point d’honneur à arriver à l’heure à ces réunions quotidiennes. Être au rendez-vous de l’actualité. À la pointe, même. Il patientait, pour ainsi dire, en tapotant sur la table du bout de son stylo. On n’attendait plus que Florence Dellofrio. Quand elle déboula, il paraissait évident qu’elle n’était pas de bonne humeur, nul ne savait pourquoi. Une sorte d’hygiène de vie, peut-être, pensa Quiniond, qui s’y connaissait en la matière. Les mettre tous les deux dans la même salle, c’était provoquer à coup sûr l’affrontement. Autant avec Macha le courant continuait de passer, autant avec Florence les relations étaient invariablement électriques. La journaliste ne supportait pas ce monument d’arrogance qu’était le chef de la rubrique politique quand il se laissait aller et affichait un rejet viscéral de tout comportement qui s’apparentait à du machisme…

    Ce matin-là, Florence proposa un sujet sur les conditions de sécurité dans les parcs d’attractions, puisqu’on avait recensé deux incidents sur les quinze derniers jours. On avait beau être en été, avec une actualité tournant au ralenti, Paq ne voyait pas comment on pouvait s’intéresser à ce sujet à la con au point d’en tartiner deux pages. Et il le fit savoir avec son tact légendaire.

    — …alors on va continuer à faire du fait divers à gogo, pour faire du sensationnel, pour effrayer la ménagère ? Je croyais qu’il ne fallait en parler dans nos colonnes que lorsqu’un événement faisait sens et disait quelque chose de l’état de la société ?

    Florence Dellofrio n’y tenait pas tant que cela, à ce sujet, mais la réaction de Patrice Quiniond acheva de la convaincre.

    — Tu m’emmerdes, Paq. Que des industriels qui éreintent la vieille tradition des forains et le gagne-pain de tant de gens du voyage, fassent le porte-monnaie des familles populaires et n’assurent même pas les conditions minimales de sécurité pour les enfants n’est peut-être pas un sujet suffisamment important pour t’arracher quelques lignes. De toutes façons, ce ne sont pas des lieux assez bien pour les gens comme toi, mais chaque année, c’est la moitié d’une classe d’âge qui… Je ne sais même pas pourquoi j’argumente, de toutes façons, nous avons déjà un journaliste sur le terrain.

    — Je vois que nos réunions servent à quelque chose. J’en doutais.

    — Venant de toi, la remarque vaut son pesant de cacahuètes.

    — Les cacahuètes, c’est pour les vieux singes qui croient encore qu’on fait un journal et pas un catalogue.

    — Paq, je t’en prie, s’ébroua enfin Jean-Michel Barnard. Arrêtez vos enfantillages. Le sujet sera sur trois col’.

    Sous les yeux intrigués de Charvin, entraîné par son mentor dans le temple du journal, Jean-Michel Barnard proposa d’ouvrir l’édition du lendemain sur « les vacances des politiques », l’un des marronniers favoris de la presse. Les bruits de couloir récoltés sur ce thème par un concurrent, et dont le lecteur de L’Impertinent n’avait pas eu la primeur, avaient agacé Jean-Michel Barnard. Il avait donc décidé de prendre l’offensive, puisque les grands journalistes de la grande rubrique politique du grand quotidien L’Impertinent ne la prenaient pas et de faire la même chose mais en grand. Et avec la touche maison : en livrer toute la signification cachée, avec les commentaires d’un sociologue et l’éclairage d’un psychologue.

    En douce, mais de façon à ce que tout le monde l’entende, Quiniond expliqua à son élève que « marronnier » était l’appellation par laquelle on désignait un sujet récurrent à la façon des saisons qui reviennent, que les feuilles de marronniers se ramassent sans surprise à la pelle chaque automne et que les fruits du marronnier ne sont pas comestibles. Charvin hocha la tête d’un air entendu. Quiniond n’aimait ni les ordres tombés d’en haut, ni être pris en défaut.

    — On pourrait, poursuivit-il à voix haute et d’un air pénétré, grouper les deux sujets en traitant des politiques qui vont dans les parcs d’attractions pendant leurs vacances, non ?

    Il était content de la provocation soufflée par son mauvais génie, qui n’occasionna que des haussements d’épaules. Il n’épilogua pas. Le grand journaliste devait se rendre au Parlement pour suivre un débat législatif d’importance, l’été étant propice aux coups en douce. Il quitta donc nonchalamment et bruyamment la réunion avant la fin, lorsqu’elle lui parut prendre un tour sans importance, plantant là son jeune protégé, entre le sport et la culture, avec une commande sur les bras.

    Ainsi, Charvin se retrouva seul avec son téléphone et ses dix doigts, sans carnet d’adresses, car ce sont des choses que l’on ne prête pas. Les numéros glanés ou arrachés de haute lutte sont le butin du journaliste, la marque d’une reconnaissance acquise et une part de sa valeur marchande.

    Surmontant son léger trac, Charvin se résolut à se fader tous les états-majors politiques en passant par leurs standards pour commencer ses investigations. Il n’obtint de ces messieurs-dames que des excuses polies et rappelez-plus-tard…

    2- Où le vieux loup de mer enseigne l’art
    de la tempête dans un verre d’eau

    Dans la salle de presse du Parlement, Patrice Quiniond retrouva Michel Chanaleilles et Jules Frimat, ainsi que Justine Paintendre, étoile montante de la première chaîne. Ils formaient ensemble un club très privé qu’ils nommaient modestement le Groupe des quatre. Et la première chose qu’ils faisaient était de s’échanger les potins. Leur crédibilité n’en souffrait pas, à condition que cela fut fait sous des dehors très savants.

    Cooptée récemment dans leur cénacle masculin, Justine Paintendre lui réserva un accueil chaleureux, comme quoi ses manières de vieux cabotin avaient encore quelque effet sur la gent féminine. Elle était titulaire d’une rubrique qui cartonnait sur la toile, consacrée aux coulisses, aux couloirs, au hors-cadre : elle plaçait toujours une caméra en contre-champ, là où en principe, il ne se passe rien (mais devant une caméra, il se passe toujours quelque chose…). Et elle s’était fait une spécialité de poser une question plus ou moins potache, supposée jouer un rôle de révélateur. Le détail, le lapsus, l’oubli, la maladresse, l’à-côté… C’est toujours l’anecdote qui révèle la vraie nature des choses, aucun d’eux n’en doutait une seconde.

    — Tu as vu pour François Chotard ?, glissa Justine dans un demi-murmure.

    — Très croustillant, fit Michel Chanaleilles devant le regard interrogateur de Patrice Quiniond.

    — Pas étonnant, les rabroua Jules Frimat, qui était sans doute déjà blasé à huit ans.

    — Il faut s’occuper de grande et de petite politique. La petite pour expliquer la grande…

    Michel Chanaleilles se fendit d’un clin d’œil. Sa chevelure teintée ne disait pas qu’il avait été un baroudeur, mais l’homme avait traîné sa plume dans de nombreuses rédactions. Il se faisait désormais de plus en plus rare sur le théâtre des opérations, préférant le bureau cossu où il mûrissait ses réflexions. Et si les échos du monde lui parvenaient parfois plus vite qu’à d’autres, c’était grâce aux personnalités qu’il mettait sur le grill tous les jours dans sa matinale.

    — Parce que tu crois qu’elle existe, la grande ?, rétorqua Jules Frimat.

  • [Comment préparez-vous les fêtes ?] Jouer du bon d’achat pour ses courses de Noël à Marseille

    [Comment préparez-vous les fêtes ?] Jouer du bon d’achat pour ses courses de Noël à Marseille

    « Rien que le mot budget fait mal », soupirent Marie et Noëline dans l’une des allées du centre Bourse. dès le mois de novembre dans l’hypercentre de Marseille, la course aux cadeaux se prépare lentement. « J’ai seulement commencé à trouver des idées, j’achète les cadeaux à partir de décembre », explique France gérante d’une chambre d’hôte, en sortant d’une boutique rue de la République. L’heure est donc davantage à la liste au papa Noël, mais aussi et surtout à l’achat des décorations, calendriers de l’Avent et du sapin.

    Le magasin Gifi dédie justement son entrée aux traditionnelles décorations vertes, rouges et dorées. Au milieu des boules de Noël, des conversations spontanées se nouent. « Il n’y a pas de petites économies », affirme Marie-line, retraitée. Souad, accompagnée de ses deux filles et tenant dans ses mains un panier étincelant de bleu et d’argenté, abonde : « Les temps sont durs. » « Notre niveau de vie baisse mais les salaires ne bougent pas », explique-t-elle. Si sa fille a pu choisir de nouvelles décorations, c’est grâce à un bon d’achat obtenu à Halloween dans le magasin.

    Quelques rayons plus loin Nesrine tient dans ses mains un petit sapin en plastique multicolore, « je me suis laissée tenter par la promotion, il est à 60 centimes ». Comme Souad, Nesrine bénéficie du même bon d’achat et peut ainsi s’offrir ce petit plaisir.

    « Les prix se sont envolés »

    « Mon budget pour les fêtes a augmenté. J’achète les mêmes choses pour faire plaisir à mes filles mais les prix se sont envolés », ajoute-t-elle. Parfois, elle s’adonne aux ventes privées à la recherche des jouets commandés en moins cher. « Je préfère acheter moins mais des choses qui durent plus longtemps, je réfléchis davantage avant de dépenser mon argent », résume enfin Souad.

    Marie, juriste, arpente, elle, les étals du Sostrene Green. Cette année, elle se laisse tenter par la tendance des calendriers de l’Avent à personnaliser. « Ça revient plus cher au final » reconnaît-elle, mais elle ne veut « pas que (ses) enfants soient impactés par les problématiques financières ». Et d’expliquer « compenser les gros achats dédiés aux enfants dans les cadeaux des adultes ».

    Isa, vendeuse au petit Souk, à deux pas du Vieux-Port, partage ce constat : « Chaque année, le plus gros budget est dédié aux enfants, ça ne change pas. » Isa, comme Olivier, vendeur à Maison du monde, constatent une tendance de paniers davantage composés « de petits accessoires déclinés pour chaque membre de la famille ». « On vend beaucoup de décorations roses cette année et autres couleurs peu communes, mais surtout des sapins artificiels », souligne encore Olivier, avant de préciser : « Pas pour l’écologie, mais les épines dérangent. » France et Nesrine aussi ont un sapin artificiel. « C’est bien plus rentable à long terme », précisent-elles.

  • À Port-de-Bouc, des déambulations pour prendre le pouls des quartiers

    À Port-de-Bouc, des déambulations pour prendre le pouls des quartiers

    Sous le préau du bâtiment coloré qui accueille l’école maternelle et le centre social Lucia-Tichadou, les représentants de la Régie de quartier, de l’Addap13, d’Erilia, de 13 Habitat et des services municipaux de Port-de-Bouc se rejoignent, bien emmitouflés pour la dernière déambulation de l’année.

    Après être passés à Tassy, à Bellevue, aux Aigues Douces, aux Amarantes et à la Lèque la semaine dernière, les acteurs de proximité partent réaliser le « diagnostic en marchant » des Comtes. « On va à la rencontre des habitants en se baladant dans les rues pour améliorer le cadre de vie », explique Caroline Pisani, chargée de mission au sein du service politique de la Ville de Port-de-Bouc. « C’est le lien entre l’urbain et le social », résume sa collègue Valérie Rambaud.

    Initiatives de terrain

    La fissure et les tags sur le mur devant l’école Tichadou, le remplacement des colonnes d’évacuation d’Ambroise-Croizat, l’entretien de la Banane (du nom de ce bâtiment incurvé aux pare-soleil jaunes)… Aucun détail n’est laissé de côté. « Le fait d’être réunis permet une meilleure coordination des acteurs, on repère et on solutionne plus rapidement les problèmes, c’est de la dentelle », affirme Joëlle Victoria, du service citoyenneté de la Ville.

    Mais ces temps permettent aussi aux habitants d’être porteurs d’initiatives. « Aux Amarantes, on travaille sur un micro-projet avec les jeunes pour faire en sorte que le city-stade soit plus utilisé, confie Caroline Pisani. Pour le moment, on identifie les freins. Ils ont pointé le mauvais éclairage et l’entretien. Ensuite, on va présenter le programme à une commission pour essayer d’obtenir un financement de la Métropole. »

  • Une boutique solidaire au collège Jean-Moulin, à Marseille

    Une boutique solidaire au collège Jean-Moulin, à Marseille

    Bijoux dorés fantaisies, chouchous cousus à la main, vaisselle, ameublement, jeux pour enfants, vêtements ou sacs à main… La toute nouvelle boutique solidaire du collège Jean-Moulin (15e) n’a rien à envier aux vitrines de la rue Saint-Férreol. Entièrement imaginée et construite par les élèves de sections d’enseignement adapté de 4e et 3e, elle était inaugurée lundi dans l’atelier habitat de l’établissement, aménagé pour l’occasion. Devant professeurs, principale du collège, parents d’élèves, élus et presse locale, 5 des 56 élèves impliqués ont résumé l’ambition de leur projet, pensé pour « s’entraider » et « protéger la planète ». « Nous sommes fiers d’être allés jusqu’au bout de notre projet avec peu de moyens, mais avec toute la générosité des élèves et des adultes de l’établissement », se sont-ils timidement enorgueillis. Du sol au plafond, les jeunes ont repensé les lieux : accompagnés de leurs professeurs, ils ont imaginé et conçu la décoration, fabriqués une partie des meubles, étals et produits, mais aussi nettoyé et étiqueté tous les vêtements et objets récoltés grâce à un appel aux dons lancé dans le collège. De quoi créer un lieu « élégant », des mots de la principale, basé sur le concept de troc : chaque don permet d’accéder à un certain nombre de points servant de monnaie dans la boutique.

    « Donner c’est recevoir »

    Partie d’un triste constat des professeurs, notant chaque année les difficultés que rencontraient certains élèves pour se vêtir, l’idée d’une boutique solidaire a émergé en septembre, au sein d’une équipe pédagogique déterminée à transmettre les valeurs de l’esprit d’équipe et de la solidarité. « On avait constaté que les élèves n’étaient pas à l’aise pour récupérer des affaires lorsqu’on organisait des distributions spontanées, détaille Dorra Bourraoui, professeure d’Hygiène Alimentation et service, depuis deux ans enseignante des Segpa à Jean-Moulin. Ce système est beaucoup moins stigmatisant, d’abord parce que la boutique est très belle, mais aussi parce qu’il implique tout le collège. » Et l’intérêt du projet est aussi pédagogique. « On a allié nos forces (…) pour travailler sur un tas de compétences, avec la possibilité de réfléchir sur la citoyenneté, la fraternité, la surconsommation… », a détaillé Anne-Sophie Di Pascuale, professeure spécialisée Segpa, pétillante d’enthousiasme. « L’objectif c’est que nos enfants, enfin nos élèves et que leurs familles en profitent. On espère que le projet se pérennisera », a-t-elle poursuivi.

    Ouverte pour deux jours seulement, la boutique, pour l’instant éphémère, recevra les élèves donateurs mais aussi quelques profils ciblés par les assistants sociaux de l’établissement. Le magasin leur sera réservé pour 15 minutes, de façon qu’ils puissent librement choisir leurs articles. Au gré des débats organisés avec les élèves autour du projet et des concepts de solidarité, d’entraide et de fraternité, est né le slogan de l’opération : « Donner c’est recevoir ».

    « Nous avons donné de nous-même et nous avons reçu, avant tout, satisfaction et fierté », ont conclu les jeunes.

  • Marseille : la Fabrique turbine pour la ville

    Marseille : la Fabrique turbine pour la ville

    C’est une réflexion collective réunissant 80 acteurs : dirigeant d’entreprise, syndicaliste, l’architecte, responsable associatif. Celle-ci débouche sur « La fabrique de la Ville », soit 30 propositions pour Marseille concernant le logement, la mobilité et qualité de vie dans l’espace urbain. Ces travaux se sont basés sur une enquête Odoxa réalisée pour l’Institut Enterritoires, auprès de 600 habitants de la métropole Aix-Marseille- Provence, dont la moitié à Marseille. Le résultat est sans appel, quand dans la ville la lutte contre le logement insalubre est une priorité à 49%, elle est de 38% pour le reste de la Métropole.

    Ainsi, la proposition numéro 7 consiste à « mobiliser les meublés touristiques au service de la rénovation du centre-ville ». En clair, permettre à un propriétaire, qui achète un logement très dégradé et le rénove, d’obtenir « une dérogation pour le mettre pendant plusieurs années à 100% en location touristique puis le remettre dans le marché annuel et attirer un investisseur privé », fait valoir Julien Gonzalez-Lambert, directeur des études d’Enterritoires et coordinateur de la démarche qui se dit transpartisane et apolitique. « On met cela en débat auprès des collectivités locales dans un contexte important, celui des municipales », souligne la présidente exécutive de l’institut Katia Fiorentino.

  • Le cinéma Le César a trouvé son repreneur

    Le cinéma Le César a trouvé son repreneur

    De nouveau, Le César pourra faire son cinéma. Ce jeudi, le conseil municipal de Marseille doit approuver la cession du bail commercial des salles obscures situées place Castellane en faveur du Théâtre des criques et du Lucernaire, pour y installer un nouveau tiers-lieu culturel. De quoi redonner vie à cet espace emblématique créé en 1938 par Marcel Pagnol, et dont le tribunal des affaires économiques de Paris avait prononcé la liquidation le 12 septembre 2023, alors que son gérant se disait étranglé par un loyer « beaucoup trop élevé » (notre édition du 15/09/2023).

    Viabilité économique

    « Ce projet a été sélectionné afin que Le César se réinvente comme un lieu de vie, en affirmant d’abord sa vocation première : le cinéma », explique la délibération soumise au conseil. Celui-ci proposera ainsi des salles de projection de 50 et 90 places pour des films art et essai, ainsi qu’une salle hybride de 200 places qui permettra à la fois des projections de films grand public ou des représentations de théâtre. S’ajouteront un café bar et un carré librairie pour compléter le tout.

    « C’est une excellente nouvelle, se réjouit l’adjoint (PCF) à la culture, Jean-Marc Coppola. Plusieurs projets de qualité ont été déposés, nous avons eu le choix, qui s’est porté sur un projet culturel, viable économiquement, avec une équipe jeune et dynamique. » La municipalité, le 26 janvier 2024, avait en effet décidé de préempter le fond commercial pour éviter que ne se perde la vocation culturelle des lieux, et avait approuvé le cahier des charges de l’appel à candidatures le 20 juin dernier. « Il y a plusieurs mois de travaux et d’investissements à faire avant de rouvrir », explique cependant l’adjoint. Le temps de rafraîchir l’édifice et de le réaménager, avec des subventions demandées par les porteurs du projet au Centre national du cinéma.

    Benoît Payan défend son bilan

    Invité surprise de la conférence de presse de présentation du conseil municipal, le maire (DVG) Benoît Payan a tenu à remercier sa majorité, « pour le travail qu’elle a fait pendant ces six années ». Une action qu’il compare aux douze travaux d’Hercule, « avec des travaux titanesques pour remettre des services publics sur pied ». Il reconnaît ainsi trois premières années compliquées, pointant la responsabilité à « une gestion particulière pendant des décennies ». « Les services ne se parlaient pas entre eux », appuie-t-il. Et d’énumérer les réalisations du mandat, de la réduction de la dette de la collectivité aux rénovations des écoles, les dossiers débloqués de la rénovation urbaine, la cantine gratuite pour 10 000 élèves. « Nous avons commencé à voir des réalisations dont d’aucuns nous disaient qu’elles ne pourraient pas se faire », vante Benoît Payan. En témoigne le doublement de la police municipale, mais aussi l’embauche de 1 000 agents dans les écoles, le passage d’un demi temps plein pour le logement à 120 personnes. De quoi préparer sa campagne.