Tag: Bouches-du-Rhône

  • Ces jeunes placés veulent sortir du chaos

    Ces jeunes placés veulent sortir du chaos

    Je refuse de ne pas avoir le droit à la parole, je refuse de ne pas avoir le choix. » Blessée tout autant que déterminée, Kheira, 19 ans, fait irruption dans le salon d’un des 13 appartements du service autonomie que la Maison d’enfants à caractère social Bois Fleuri qui doit fermer. Dans le décor sobre du T2, où les jeunes ont décidé de se réunir, des bouteilles de soda et des petits fours ont été disposés sur la table. Mais l’heure n’est pas à la fête. « On cherche une stratégie parce qu’on ne veut pas être foutus dehors, mais on est coincés, explique Pierre, qui va tout juste sur ses 18 ans, ils ne prennent pas en compte notre situation, ceux qui décident ça. »

    Il existait bien des signes avant-coureurs. « On savait qu’il y avait des problèmes d’argent. Certains ne recevaient plus rien pour acheter à manger, mais cette décision, c’est vraiment brutal. C’est pas normal que ce soit encore nous qui trinquons. On n’a rien fait », continue-t-il. Tous craignent que la fermeture temporaire cache une fermeture définitive. « Il y a quelque chose qui cloche, n’en démord pas Mascillia, pourquoi on doit déménager si la fermeture c’est pour un mois ? Et quand je demande au chef de service si on revient après, il dit que non, il ne croit pas. » Aux griefs de dysfonctionnements et de gestion calamiteuse de l’association, il faut ajouter un gouffre financier, creusé au fil des années (lire les précisions du Département ci-contre).

    Une rupture de trop

    « La seule certitude qu’on a, c’est qu’on sera virés le 22 », résume un jeune de 19 ans, sans emploi. Il a été le premier à être informé par un coup de fil le 11 au matin. « Pour me demander de préparer mes affaires, parce que le 22 je devais me trouver une porte de sortie. J’ai paniqué. J’ai appelé les éducs mais ils n’étaient pas encore au courant. » Alors qu’il est scolarisé sur le secteur Canebière, il apprend, le 15 décembre, qu’il sera « finalement replacé dans un foyer de jeunes travailleurs vers Vitrolles. Comment je fais ? »

    Mais ce même 11 décembre, ils sont tous convoqués à une réunion d’information en fin de journée. « Nous, les cinq mineurs non accompagnés, on a été pris à part par le nouveau responsable. On va en foyer à la Blancarde », explique Said, un peu abattu. Marie-Louise avoue sa colère : « Si je refuse, le contrat jeune majeur saute. Je me suis sentie menacée et j’ai pleuré pendant le rendez-vous. Parce que j’avais noué des amitiés ici, avec ce groupe. »

    Depuis l’annonce, « c’est le ballet des inspecteurs et des inspectrices. La mienne est en maladie. Je n’ai personne à qui parler », regrette Shayma, qui comme Yasmine et Jenna, n’a toujours pas obtenu l’ouverture de son contrat jeune majeur. « Avant d’être là, j’étais ballottée de foyers en hôtel. Mais on ne peut pas cuisiner et le peu d’argent qu’on arrive à mettre de côté sert à payer la bouffe », déplore la toute jeune femme, qui n’aura eu droit qu’à une courte parenthèse d’apaisement dans son parcours semé d’embûches et de violences. « J’ai emménagé le 20 novembre. Je commençais à me sentir mieux, à bien dormir, j’étais moins troublée. Mais depuis jeudi, l’angoisse reviens, je ne dors plus », assure-t-elle.

    Mascillia et Kheira sont sorties sur le balcon, pour souffler un peu. Les jeunes filles passent d’une émotion à l’autre. « C’est la 5e fois que je me fais jeter, craque Kheira, je suis passée de famille d’accueil en foyers, j’ai été battue et remise à la rue. Pour la première fois de ma vie, je commençais à être heureuse, à trouver une certaine stabilité, je reprenais confiance en l’avenir. » Tentant de retenir des larmes, elle lâche, entre colère et dépit : « Au moment où on commence à construire notre vie, il y a ça qui vient encore tout fracasser. »

    La soirée vire à la recherche d’une « stratégie » pour se faire entendre, pour obtenir des réponses plus claires. « On ne veut pas partir. Mais on fait comment s’ils nous jettent dehors ? interroge Assoumani, on a besoin de soutien. » Les jeunes veulent agir. Vite. « Parce qu’on a que quelques jours », rappelle Abigaël qui réalise quelques vidéos dans lesquelles chacun apporte son témoignage. Un éducateur est aussi sollicité et mis à contribution. Shayma envoie des courriers aux services du Département. Dès le lendemain, une cagnotte « cotizup.com/aiderbf13010 » est mise en ligne, « parce que sans prise en charge, même ceux qui ont un revenu, ça ne suffira pas pour vivre et payer un loyer ».

    Il n’y a « pas d’autre solution », selon le Département
    Interrogée, la direction des services du conseil départemental des Bouches-du-Rhône apporte des précisions sur les motifs de l’arrêté concernant ces deux unités de la Mecs Bois Fleuri pris le 10 décembre. Le Département qui a en charge la gestion des enfants placés, « a été alerté sur un encadrement défaillant mettant en danger ces enfants ». Des cas d’agression sexuelle d’enfants sur d’autres avaient été signalés dans le groupe des petits. Une lettre a été envoyée le 8 avril 2025 pour une mission d’inspection des quatre services de l’établissement. Un rapport à suivi le 18 août. Suite à quoi, « nous avons fait une série d’injonctions à laquelle la directrice n’a pas répondu. Elle n’est pas venue au rendez-vous. C’est pourquoi nous avons nommé un administrateur provisoire », précise le Conseil départemental 13. L’administrateur « a pris la main sur la structure et doit permettre de retrouver les conditions de sécurité nécessaires ». Vider les logements des jeunes majeurs était-il si nécessaire et urgent ? « C’est un bouleversement, entend la direction de l’institution, mais l’encadrement était défaillant. On ne peut pas mettre d’autres salariés en place tant que l’enquête est en cours. On doit respecter le droit du travail et respecter le droit des enfants à être protéger. Quelle autre solution ? » Puis, de promettre : « quand tout sera revenu en ordre, les jeunes réintégreront leurs appartements ».Quant à la baisse du forfait jeune majeur de près de 50% décidée par l’autorité de tutelle, « elle est légale et nous nous mettons en conformité avec la loi », balaie l’institution. Dans son rapport de 2022, l’IGAS avait pourtant qualifié de « modeste » l’allocation de moyens alloués par le CD 13 au secteur associatif chargé de l’exécution des mesures de placement.La direction du CD 13, voit dans la médiatisation de ce dossier emblématique du malaise dans le secteur de la protection de l’enfance, « une instrumentalisation sur un sujet sensible dans la période d’enjeux politiques ». Pour autant, Martine Vassal, la présidente (DVD) de la collectivité a finalement accédé à la demande du groupe communiste d’organiser des Assises de la protection de l’enfance en 2026.M.G.
  • Frédéric Grimaud tête de liste du Collectif martégal

    Frédéric Grimaud tête de liste du Collectif martégal

    « Il n’y a pas de faux suspense », lance Frédéric Grimaud (LFI) aux quelque 70 participants à l’agora du Collectif citoyen martégal de mardi soir, salle Dufy, quelques instants avant d’être désigné à la tête d’un « quatuor tête de liste » avec Barbara Brouchos (SE), professeure agrégée de SES au lycée Lurçat en deuxième place.

    « C’est une double tête de liste pour deux campagnes, l’une municipale et l’autre métropolitaine », avance l’enseignant « candidat pour être maire ». Barbara Brouchos indique « expérimenter » la politique et pense que « la Métropole est sous estimée par le maire actuel, qui la présente en opposition comme une excuse ». « Il faut se battre au sein de la Métropole pour améliorer le ramassage des déchets et l’adaptation au changement climatique qui se fera avec » et pas sans, selon la candidate.

    Quatuor de tête

    En plus du binôme de tête, le Collectif a désigné Jérôme Druilhe (EELV) et Ada Benouri (SE) comme troisième et quatrième de liste. Et revendique une indépendance vis-à-vis des partis. Frédéric Grimaud affirme que « les candidats défendent le collectif et pas un parti », « LFI et EELV prendront leur décision » pour un soutien ou non. « Nous sommes une alternative à gauche pour les déçus de l’équipe en place », assume le candidat, « car nous craignons la montée du RN depuis la défaite de Pierre Dharréville » aux législatives de 2024. Barbara Brouchos confirme : « Nous n’étions pas là aux législatives et on a perdu sans nous. »

    Ambivalence.

  • Padel : une discipline au développement singulier

    Padel : une discipline au développement singulier

    C’est le sport en vogue ces dernières années et rien ne semble l’arrêter. Le padel est devenu en un laps de temps très court la discipline à la mode. En France, l’explosion est nette également, avec 700 compétiteurs en 2015 contre 120 000 aujourd’hui, d’après les chiffres dévoilés par la Fédération Française de Tennis (FFT) la semaine dernière. À Saint-Victoret, Vincent Montagnac et ses associés surfent sur cette vague. En septembre 2024, ils ont repris le club local avec ses courts de tennis et de padel. Samedi 20 décembre, ils ouvrent un nouveau complexe de huit terrains en intérieur pour se placer dans le top 3 des lieux de pratique indoor dans la région. Luigi Carraro, président de la Fédération internationale de padel, expliquait récemment que le padel était devenu « un phénomène culturel ». Vincent acquiesce : « Il a raison car maintenant, beaucoup de pays dans le monde parlent padel, mangent padel. »

    Maxence est l’un de ces nouveaux pratiquants. Il a débuté le sport il y a deux ans et demi, avec un groupe de 7 ou 8 amis. Sa compagne a même rejoint l’aventure. « J’ai fait une vingtaine de tournois ces deux dernières années. C’est un sport qui détend, j’aime le rythme, la réflexion, la tactique », observe-t-il. Vincent et Maxence sont raccords sur l’engouement grandissant du padel, avec une certaine universalité. « Le sport explose, racontent-ils. Tout le monde peut jouer que ce soit des amateurs, des personnes jouant au tennis ou des professionnels. »

    Un sport en plein essor, avec de nombreux tournois fleurissant sur la planète et des circuits mondiaux à présent en place.

  • Un grand tournoi de padel débarque à Marseille

    Un grand tournoi de padel débarque à Marseille

    Les sports de raquette restent en rois dans le calendrier sportif marseillais. Le Marseille FIP Platinum, édition inaugurale, se déroulera du 2 au 8 février 2026 au Palais des Sports. Le padel entre en scène pour la première fois au niveau professionnel dans la cité phocéenne, avec un tournoi regroupant 64 paires masculines et féminines. Pour les spécialistes de tennis, l’événement est équivalent à un ATP 250. Ce qui était justement la catégorie de l’Open 13. Ce dernier a désormais disparu des radars et a laissé un trou au mois de février.

    Julien Nazarian, instigateur du projet Marseille FIP Platinum, explique qu’il a pris ses dates car le créneau était disponible. « La Fédération Internationale de Padel m’a demandé des dates autour du mois de février. Le créneau était libre car, au début, l’Open 13 devait se poursuivre en octobre. C’est vraiment une bonne période, je ne peux pas dire le contraire, je ne peux pas dire que ce soit une mauvaise période pour faire des événements sportifs à Marseille. » L’envie n’était donc pas de remplacer l’Open 13, mais d’avancer côte à côte avec le tournoi de tennis marseillais. Mais la disparition annoncée cette année a bouleversé les plans. « Je suis Marseillais, je suis souvent allé à l’Open 13 par le passé. Sincèrement, je trouve ça dommage qu’il se soit arrêté. Quand j’ai commencé mon projet, c’était au mois de février dernier, l’Open 13 était toujours prévu. J’ai débuté mon projet indépendamment de tout ça », décrit Julien Nazarian.

    Trois années de contrat pour le tournoi

    Obtenir le Palais des Sports de Marseille pour débuter cette compétition est également de bon augure pour l’organisation. La salle de 5 000 places accueillera pour la première fois du padel. « C’est la salle idéale, l’emplacement est super, il y a de l’accessibilité, des parkings, de nouvelles tribunes annoncées… C’est top franchement », détaille l’organisateur. Le tournoi est donc classé Platinum, ce qui est la plus haute catégorie possible sur le FIP Tour. Ce n’est pas encore du niveau des Majors (comme ceux de Paris et Bordeaux), qui sont le produit d’un autre tour mondial dans la discipline. La compétition marseillaise n’en sera qu’à son coup d’essai en février prochain et quelques-uns des meilleurs joueurs du monde seront tout de même présents.

    Des balbutiements, mais le but est de s’installer dans le paysage mondial du padel. L’événement se produira plusieurs années de suite, une chose déjà certaine, comme nous le confirme Julien Nazarian : « C’est effectivement un objectif de pérenniser l’événement le plus longtemps possible. C’est parti pour trois ans et j’espère plus. » Ce sport se développe à vitesse grand V partout sur la planète et ses envies de grandir sont encore fortes. « S’il continue de se développer, il devrait être aux JO », juge Nazarian. Ce serait au plus tôt en 2032, pour les Jeux de Brisbane, mais, en attendant, la « padel mania » passe aussi par les bords de la Méditerranée.

    Un tournoi à suivre du 2 au 8 février 2026. Qualifications lundi et mardi, début du tableau principal le mercredi, quarts de finale le vendredi, demies le samedi et finales dimanche.

  • Les Spartiates sortis de la Coupe après un match fou

    Les Spartiates sortis de la Coupe après un match fou

    À match historique, scénario dingue. Les Spartiates jouaient le premier quart de finale de leur histoire, ce mardi, au Pomge. Contre Chamonix, Marseille a manqué sa première partie avant de se réveiller de manière extraordinaire. Quatre buts remontés puis un final sur un fil, où la décision a tourné en faveur des Pionniers (4-6). Ces derniers sont qualifiés pour les demi-finales, pas Fabien Colotti et ses coéquipiers.

    Cette rencontre a rapidement tourné au vinaigre pour les locaux. Dominants sur les premiers instants, les hockeyeurs phocéens ont été punis par un tir lointain du défenseur finlandais Santeri Koponen dès la 5e minute. Les Spartiates ne se sont pas démobilisés en campant dans le camp adverse et en plaçant de nombreux palets devant la cage chamoniarde. Les Finlandais étaient visiblement à la fête au Palais Omnisports, ce mardi soir, puisque Saku Kivinen a inscrit le but du break pour les Pionniers. Une tentative pas assez rapidement repoussée par Marseille et Kivinen pousse le puck au fond des filets. Loin d’être l’entame espérée pour les joueurs de Luc Tardif.

    Le deuxième tiers s’est ensuite complètement emballé. Chamonix a continué son entreprise de destruction avec deux autres buts coup sur coup grâce à Malo Ville. 4-0, affaire pliée ? Non, loin de là.

    De 0-4 à 4-4

    Les Spartiates se sont ressaisis en l’espace de 7 minutes. Lindgren, Bourgeois et Da Costa ont enchaîné les réalisations pour recoller à 4 à 3 avant la dernière période. Pendant ce temps, le groupe de supporters poussait derrière son équipe. Une banderole « On veut la Coupe ! » a été déployée à plusieurs reprises durant la soirée. Les joueurs de la vallée du Mont-Blanc ont pris un coup derrière la tête, mais ils étaient encore devant au score.

    Le scénario de ce quart de finale a été haletant jusqu’au bout. Égalisation marseillaise par Jan Dufek, mais les Chamoniards sont immédiatement repassés devant, abaissant l’euphorie du public phocéen. Les locaux ont tenté le tout pour le tout dans les deux dernières minutes en jouant en double supériorité numérique pour trouver la faille. Il n’y en a pas eue, les Pionniers inscrivent un dernier but en cage vide, à trois secondes de la fin. Une défaite 6-4 lors d’une rencontre folle où les Marseillais ont failli renverser une partie bien mal engagée. La Coupe de France, c’est terminé pour cette saison.

    Marseille 4 Chamonix 6

    Quart de finale de la Coupe de France

    Palais omnisports

    Buts : Lindgren (31e), Bourgeois (33e), Da Costa (38e), Dufek (50e) pour Marseille ; Koponen (5e, 51e, 59e), Kivinen (15e), M.Ville (25e, 29e) pour Chamonix

    MARSEILLE : Kasik – Petersson, Lindgren, Coulaud, Bourgeois, Corvez, Cantagallo – Bouvet, Da Costa, Welsh, Wong, Thompson, Lavoie, Tavernier, Stromberg, Dufek, Joubert, Colotti, Dair

    Entraîneur : Luc Tardif

    CHAMONIX : Aubrun, Garnier – Koponen, Pantzare, Thyni, Penz, Durand, Delmas – Tarabusi, Convert, M.Ville, G.Ville, Tugnutt, Colombin, Fortin, Broutin, Simond, Kivinen

    Entraîneur : Anatoli Bogdanov

  • [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    Pierre Dharréville est journaliste et écrivain, auteur d’essais mais aussi des fictions comme En l’absence de Monsieur J ou L’enlumineur. Il est également connu pour son engagement politique en tant qu’élu communiste sur notre territoire et notamment comme député de la 13e circonscription.

    Pour ces périodes de fêtes, La Marseillaise vous propose Autobiographie d’un menteur, un texte inédit situé dans le milieu journalistique. Une fable romanesque à retrouver chaque jour de la semaine jusqu’à la fin des vacances.

    Ses costumes tirés à quatre épingles ne mentaient pas : il était l’un des éditorialistes à la mode quoiqu’il se passe. Bavard comme un patron de bistrot, il était l’homme de l’éclairage à chaud, il tirait l’épée avec prestance sur tout et n’importe quoi.

    — Alors ? De quoi s’agit-il ?, fit Patrice Quiniond qui s’impatientait.

    François Chotard venait de remercier sans crier gare l’un de ses proches conseillers — et l’une de leurs sources les plus prolixes. Pourtant, la veille encore, les deux hommes avaient passé ensemble le dimanche à la campagne et Chotard lui avait sorti le grand jeu, avec cigares artisanaux et whisky de son année de naissance. Le baiser de Judas. La veille il le faisait prince, le lendemain, il n’était plus qu’un gueux. C’était la fable du pouvoir.

    — Les tensions se multiplient, remarqua Jules Frimat.

    — Et ce n’est pas sans lien avec les bruits de remaniement ministériel à la rentrée, poursuivit Justine Paintendre.

    — Ça ne suffira pas à donner une nouvelle virginité à la majorité.

    La politique du gouvernement commençait à provoquer quelques secousses, mais le Président du Conseil semblait tenir bon.

    — Il a été bon hier, il a marqué des points, pérora Jules Frimat en hochant la tête d’un air satisfait.

    Ils échangèrent quelques impressions à leur façon sur l’état de l’opinion, qui valaient pour ce qu’ils en croyaient savoir depuis les couloirs des rédactions et des institutions. Leur petite organisation clandestine leur permettait de passer des moments privilégiés avec des personnalités qu’ils cuisinaient à l’heure du déjeuner. Mieux valait y être invité et s’y trouver en odeur de sainteté car les mousquetaires du commentaire avaient les moyens à eux seuls de donner le ton. La passion des histoires bien troussées, le sens de la performance et le goût du pronostic, voilà pourquoi les journalistes sportifs terminent souvent à la direction des journaux. En politique aussi, il fallait savoir commenter le match, décortiquer la technique et donner le vainqueur… Ainsi, ce n’était pas le hasard, n’en déplaise à Patrice Quiniond, si Jean-Michel Barnard, avait longtemps traîné dans les tribunes des stades – sans que cela, visiblement, ne lui confère pour autant le sens des réalités populaires…

    Car qu’est-ce que la politique, de toute éternité, si ce n’est l’art de la guerre ?, aurait-il pu écrire dans un éditorial de son genre. Le sport n’en est-il pas à merveille l’allégorie présentable ? Et l’arbitre est un élément du jeu, n’est-ce pas ?

    C’était la belle histoire qu’il fallait raconter, avec ses drames et ses déchéances, ses stars et ses anonymes. Il fallait du grand récit, de belles images, de jolis sons. Il fallait du bon produit, en somme.

    Michel Chanaleilles était le plus prudent et il avait sans doute raison.

    — Il y a eu quelques à-coups un peu trop brutaux, qui ont donné du grain à moudre aux conservatismes sociaux. N’oublions pas que ce sont des réformes dont le commun des mortels ne saisit pas toujours le caractère urgent et indispensable. Les impatiences inutiles du pouvoir auraient pu attenter à la stabilité du pays, qui est si indispensable à la santé des affaires.

    — Il me semble qu’on se trouve désormais en présence d’une stratégie plus intelligente et qui pourtant ne remet pas en cause le rythme des réformes structurelles, tempéra Jules Frimat. Pour le reste, c’est à nous d’éclairer l’opinion et de faire notre travail. Les médias mainstream doivent balayer devant leur porte…

    De l’avis général (celui des quatre protagonistes réunis), il fallait tenir le cap des réformes nécessaires : c’était essentiel à maintenir la compétitivité de l’économie nationale, la productivité et la croissance. Par conséquent, il ne fallait rien céder aux corporatismes de tous poils et aux « archaïsmes frileux d’une poignée d’irréductibles gaulois dépourvus de potion magique », selon la formule de Jules Frimat. Il fallait gagner le découragement définitif de tous ces communistes plus ou moins avoués. Tous avaient conscience du rôle de leurs médias dans le façonnage de l’opinion. Depuis plusieurs, décennies, peu ou prou, le pays était engagé sur les rails du libéralisme, en dépit des changements de majorité, et il fallait toujours convaincre si l’on ne voulait pas voir ce mouvement contrarié. Le G4 se vivait comme l’un des chevaux de trait, quel que soit l’attelage, de ce courant principal qui imprimait sa marque à l’opinion et surtout aux choix politiques. Il fallait avancer au bon rythme, sans précipitation, mais avec une audace raisonnable.

    Patrice Quiniond se retira à l’écart pour répondre au téléphone, gonflant ses poumons d’un air important, l’air de celui qui est un peu indispensable et qu’on appelle en urgence. Sa grand-mère lui avait pourtant répété maintes fois que les cimetières étaient remplis de deux catégories de personnes : les gens pressés et les gens indispensables. Cela lui faisait deux raisons de trop. Mais, ah les montées d’adrénaline !

    Patrice Quiniond s’installa sur une banquette en velours vert, au milieu de la salle des Fresques, ouvrit précautionneusement son calepin décati pour vérifier sa disponibilité et prit rendez-vous pour le déjeuner au Cadran.

    Dans la vieille ville de Siège, le Cadran était l’une des cantines renommées où se croisaient les gens d’importance pour régler quelques affaires agréablement. Il donnait sur la place de l’Horloge, coincé entre une banque et un hôtel à étoiles. Ses lourdes tentures pourpres, à l’entrée, lui conféraient l’apparence d’un lieu qui sait abriter les mystères. C’était une illusion.

    François Chotard était attablé au premier étage. La place s’ouvrait sur la rive droite de la Celline, qui coupait la ville en deux comme un ruban de soie tombé du ciel. Par la fenêtre, de l’autre côté du Pont d’Or, qui devait son nom à la couleur typique mais un peu surcotée de ses pierres, il apercevait les toits enchevêtrés du Parlement et la poussière grise de la ville.

    Le petit blanc des coteaux de La Redonne était agréable.

    Patrice Quiniond rangea son magnéto et son stylo, signifiant ainsi à son interlocuteur que la conversation pouvait changer de ton. Elle pouvait même commencer vraiment.

    — Vous êtes incorrigibles, vous voulez toujours tout savoir avant tout le monde… lança Chotard avec gourmandise.

    — Je suis payé pour ça, fit Quiniond.

    — C’est vrai ! s’exclama-t-il. Vous êtes payés pour me faire parler, et moi pour ne pas trop vous en dire.

    — Je ne suis pas difficile, quelques noms me suffiraient… C’est off !

    — Vous aimez ça, la confidence anonyme…

    — Vous aussi.

    — Je ne peux pas te laisser repartir bredouille, tu aurais des problèmes et tu m’en voudrais…

    — Exactement…

    L’un et l’autre se souriaient en coin dans une sorte de complicité méfiante où l’on avait tôt fait de se découvrir en oubliant que chacun devrait par la force des choses retourner à sa fonction. Quiniond se régalait insatiablement de ces conversations courtoises, à demi-mot, sur terrain instable. Il tutoyait le ciel, et le ciel lui répondait.

    — Ils parlent de Rousson aux affaires étrangères. Quand on sait qu’il se perd dans sa circonscription ça ne rassure pas… hoqueta le ministre.

    — Et toi ?

    — J’attends… fit-il en brandissant son téléphone et en souriant mystérieusement.

    Quiniond l’avait ausculté avec précaution, tandis que l’autre savourait son assiette de Saint-Jacques accompagnées de leur purée de pommes de terre à l’ail et au gingembre. Ils étaient là, tous les deux, avec leurs mimiques complices, dissertant sur l’art de la guerre et pratiquant l’art de la guéguerre. En sortant du Cadran, Quiniond appela l’attachée de presse de Rousson et le sonda sur ses intentions. La première réaction fut un silence, qu’il devina gêné. Question ou réponse, tous deux parlaient la même langue, la langue de bois : pour l’instant, son patron se consacrait à sa tâche, il avait entendu parler d’un remaniement uniquement par la presse et son seul but était d’être utile.

    — Et si on lui proposait les affaires étrangères, il ne dirait pas « non », j’imagine ?

    — Il n’a pas l’habitude de se défiler, lâcha l’attachée de presse avec un brin d’agacement, que voulait-on qu’il réponde…

    Quiniond était satisfait. Il tenait son scoop et l’on entendrait son nom dans les revues de presse du lendemain.

    La comédie du pouvoir l’amusait. Une comédie de boulevard dont il se faisait le metteur en scène goguenard, revendiquant un rôle de salubrité publique.

    Un coup de bigophone à Jean-Michel Barnard pour l’en informer et l’homme d’influence s’enferma à clef – le privilège des chefs – pour se mettre à écrire, la plume légère, le sourire aux lèvres. Et la clope aussi.

    *

    Titre

    Remaniement gagnant pour Rousson ?

    Sous-titre

    Les rumeurs de remaniement ministériel se précisent. François Chotard pourrait aussi bénéficier d’une promotion.

    Texte

    Ils ne quittent plus leur téléphone. Ministres et prétendants attendent l’appel du Président et espèrent tous la meilleure promotion. Parmi les rumeurs, il se dit qu’une personnalité inattendue pourrait venir apporter sa caution à l’opération de rénovation. Les étoiles montantes du gouvernement comme François Chotard, pourraient y gagner quelques galons. En tout état de cause, la campagne est désormais entamée pour ceux qui veulent postuler. À chacun sa méthode…

    Jacques Rousson, par exemple, est déjà dans les starting-blocks. Ses appétits de jeune loup aux dents longues font grimacer au sein de sa propre formation politique. Mais si on lui demandait d’être ministre des affaires étrangères, il ne dirait pas « non », fait-on savoir dans son entourage. Cette éventualité ne convainc cependant pas tout le monde. « Il se perd déjà dans sa circonscription d’origine », ironise un membre du gouvernement circonspect.

    Il est vrai que Jacques Rousson ne s’est jamais distingué sur les questions diplomatiques. Dans son parcours, il a plutôt fait preuve d’un sens aigu de la provocation, dont on peut se demander s’il est bien recommandable pour cette fonction. Mais il a tenté de corriger le tir, avec les conseils la présentatrice de télévision Eva Lombardi, qui ne serait pas pour rien dans ses récents voyages à l’étranger. Mais sera-ce suffisant ? Voire.

    Signature

    Pa.Q.

    *

    Et hop ! Emballer, c’était peser. Patrice Quiniond envoya son papier en cuisine. Puis il s’assura qu’une grande photographie savamment choisie barrerait la page. On y voyait Rousson, seul sur une estrade avant le début d’un meeting, la main en visière pour se protéger des spots.

    Pendant ce temps, Charvin se faisait les griffes sur le marronnier, ressassant le dicton « qui s’y frotte s’y pique ». Après son scoop, son éminence Paq pouvait être bon prince. Il lui rendit une petite visite agrémentée de quelques renseignements glanés au passage sur les vacances de François Chotard, savait-on jamais. À la montagne. Famille, randonnée, polars. On n’était pas obligé de le croire. Mais il avait fini par gagner : il informa Charvin qu’il avait un peu plus de temps pour aller à la pêche aux informations, puisque le sujet était reporté. C’est ça l’info, coco, faut s’adapter…

    La rédaction était vide. À dix heures du matin, il n’y avait pas encore grand monde. Grégoire Charvin posa son sac à dos sur son bureau, alluma l’ordinateur et se plongea dans L’Impertinent du jour. Toujours lire son propre journal pour savoir ce qu’il raconte aux lecteurs. Règle de Saint-Quiniond.

    L’aspirant journaliste fut quand même un peu étonné de découvrir une si longue interview, alors qu’il n’en avait même pas été question lors de la réunion de la veille… « La méthode Chotard » : le titre s’étalait à la une, sous la photographie du ministre, qui posait de trois-quarts, la veste sur l’épaule, la main plongée dans la poche de son pantalon, et un sourire d’animateur de supermarché scotché sur les lèvres. En pages intérieures, on voyait François Chotard, accroupi dans l’allée d’un parc, en train de tailler une bavette avec Jeanne, la super-voisine. Grégoire Charvin s’était relu avec un brin de contentement : il avait réalisé un article en urgence pour servir de faire valoir à celui de Quiniond, de contre-point, de contre-chant, d’illustration, tout ce qu’on voudra… Il n’avait rien laissé paraître ni de son agacement ni de son affolement. Il avait essayé de se passionner. Il avait rappelé la super-voisine.

    — Alors, Jeanne, cette première journée de super-voisine, c’était comment ?

    — Super, s’amusa-t-elle. Je l’ai passée dans les magasins. Ma mère et ma grand-mère voulaient me faire plaisir et elles ne savaient pas quoi m’acheter comme cadeau. J’ai proposé un cadeau utile : une pelisse de mi-saison pour remplacer mon vieil imperméable.

    — Vous avez cassé la tire-lire ?

    Grégoire Charvin se trouvait lui-même fascinant de mièvrerie…

    — Non, je leur ai demandé si ce n’était pas trop cher et elles m’ont répondu que j’étais trop raisonnable…

    — Il semble que la super-voisine n’a pas pris la super-grosse-tête, c’est rassurant. Je fais un petit article sur François Chotard, je crois que vous le connaissez bien…

    — Monsieur Chotard est souvent venu me voir : il est simple et proche des gens. Si moi je suis super voisine, lui, c’est un super ministre, c’est quand même autre chose…

    C’est ainsi que Grégoire Charvin avait pu livrer un article assez irréprochable, à ceci près qu’il avait employé le mot « turpitudes » en lieu et place du mot « turbulences » pour qualifier l’histoire familiale de la « péquélette », comme disait la grand-mère. De prime abord, il avait simplement pensé se livrer à une coquetterie de style en choisissant ce mot moins usité, mais le doute l’assaillait désormais. Il vérifia immédiatement. Les deux termes n’étaient pas synonymes, sinon, il n’y en aurait pas eu deux et en l’employant, il laissait à penser qu’il y avait quelque honte à ressentir de leur passé. Il n’avait plus qu’à se morfondre de cette erreur grossière, sa première. Il pouvait désormais éprouver lui-même le sens de ce mot qu’il avait cru connaître. Pourquoi s’était-il laissé entraîner à choisir ce mot plutôt que l’autre ? Qu’allaient donc penser tous ceux et celles qui mettraient le doigt sur sa méprise, à commencer par les premiers concernés ?

    Il s’en voulait d’autant plus qu’il s’était glissé avec application dans le moule, respectant avec académisme les canons de la profession, depuis l’attaque jusqu’à la chute. Mais là, il fallait reconnaître qu’il avait un peu trop pris la confiance, et il jugea nécessaire de s’en ouvrir au grand Quiniond à son arrivée.

    — Un journaliste doit s’attacher à dire la réalité avec précision. Pas plus, pas moins, lui rappela-t-il dans un haussement d’épaules. Il n’est pas là pour faire de la décoration florale.

    — On ne pourrait pas faire un rectificatif ? s’empourpra-t-il.

    Quiniond éclata de rire, aspira une lippée de café et tira sur sa cigarette avant de répondre.

    — Si on faisait un rectificatif à chaque fois qu’on écrit une connerie, le journal en serait rempli jusqu’aux oreilles… Et le degré de confiance de nos lecteurs baisserait de jour en jour, ajouta-t-il avec cynisme.

    — Ce n’est pas ma conception des choses, laissa filtrer Charvin.

    — Tu as encore beaucoup à apprendre. Il fallait y penser hier.

    C’était cruel.

    Charvin était très énervé contre Jalès, son double, c’était pratique. Il en avait aussi contre Quiniond qui ne voulait pas faire droit à sa demande : qu’est-ce que ça pouvait bien lui coûter ?

    — Ta faute ne vaut pas une demi-ligne dans le journal de demain, tu m’entends, petit ? Le journal, c’est fait pour emballer les poissons !, s’exclama le chef pour clore la discussion.

    Au bout du compte, il ne sût pas dire si ces sentences métalliques étaient faites pour lui donner une leçon empreinte de la plus grande sévérité ou bien pour le réconforter. Sous ses dehors d’ours sauvage, Quiniond n’avait peut-être pas renoncé à être un bon maître…

    Car, faut-il le spécifier, Patrice Quiniond n’avait pas toujours été ce personnage distant et intrigant. Tout un pan de lui s’était précisé, tout un pan de lui s’était estompé. Les circonstances l’avaient conduit à accentuer les traits qui lui étaient utiles et qui le faisaient reconnaître, car c’est le propre des personnages publics que de se caricaturer. Ils finissent par faire ce qu’on attend d’eux, par se laisser aller à ce qui leur a permis de se singulariser. Peu à peu, ils se libèrent des inhibitions, des préventions et de la pudeur qui les retiennent. Manière de se protéger, manière d’exister. Manière de se perdre, aussi. Manière d’évacuer la complexité de soi, la finesse, le doute, l’humilité, la fragilité des relations humaines. Manière de météore.

  • [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Martigues, des livres à partager en famille

    [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Martigues, des livres à partager en famille

    L’avez-vous vu, ce petit bonhomme au chapeau pointu ? Si ce n’est pas le cas, les enfants de l’école maternelle Font Sarade ont en tout cas reçu sa visite ce mardi matin, pour recevoir sous le sapin quelques cadeaux peu anodins.

    C’est en compagnie de Bidule et Craquotte, deux lutins « du département du livre du père noël » comme elles se présentent, que la classe de petite section découvre Hector le Magichien, de Sophie Ledesma. Un chien qui, « abracadatchoum ! », se change en chat ou en paon lorsqu’il éternue. À l’aide de leur kamishibai, ce théâtre illustré de poche japonais, les deux lutins racontent des histoires à partir d’illustrations, comme le Noël des animaux où l’on trouve les rennes des neiges, un chat-pin de noël félin, et des kangourous qui n’ont pas besoin de hotte pour les cadeaux.

    Des thèmes et des histoires qui pourraient prêter à sourire, mais qui revêtent une grande importance pour le développement des enfants, selon l’adjointe à l’éducation (PCF) Annie Kinas, qui tend les livres aux enfants en leur expliquant que « ce cadeau là, c’est le maire qui l’a mis sur la liste, ce sont de jolis livres avec des belles histoires que vous regarderez avec la maîtresse en classe et avec vos parents ».

    Près de 2 300 livres offerts par la Ville aux enfants

    Hector le magichien est l’un des trois livres offerts aux enfants dans toutes les écoles maternelles et établissements d’accueils de jeunes enfants de la ville. Au total, ce sont près de 2 300 livres qui sont offerts aux enfants martégaux, pour un budget de 30 000 euros. « La tradition se poursuit car il n’est pas question d’enlever ce moment de rêve et de bonheur aux enfants », insiste Annie Kinas, qui parle de « permettre l’accès et encourager la lecture en classe et à la maison », comme de « rêver à travers un livre lu en famille ».

    Mais cela va plus loin. « Ça contribue aussi à faire les petits champions de la lecture de demain », complète l’adjointe, ce concours de lecture à voix haute que la Ville a accueilli l’année dernière et dont un élève martégal avait remporté la finale départementale. L’élue pense aussi que « lire dès le plus jeune âge repousse l’utilisation abusive du téléphone et des écrans », mais aussi « suggère l’idée d’aller feuilleter d’autres livres à la médiathèque ».

    Nul doute que les livres et le théâtre kamishibai stimuleront l’imagination des enfants, captivés par les lutins racontant l’histoire du loup voulant manger le petit chaperon rouge et que « le père noël prend par la peau des fesses », pour le gronder.

  • Une maison pour la « dame de la mer » à Martigues

    Une maison pour la « dame de la mer » à Martigues

    C’est une dénomination pleine de sens. Alors que la Maison de Carro souffle sa 30e bougie sous les couleurs de Noël et que les enfants de ce village de pêcheurs s’émerveillent devant la gigantesque crèche lumineuse érigée à l’occasion, l’équipement municipal prend le nom d’Anita Conti, pionnière de l’océanographie, première femme à embarquer sur un navire scientifique en 1935, décédée le 25 décembre 1997. La boucle est bouclée.

    Pour Marguerite Simoes, directrice de la maison de quartier, prendre le patronyme de la « dame de la mer » était une « évidence » : « Elle représente bien le village et a un parcours de vie exceptionnel, elle s’est engagée dans la protection de la mer et a dénoncé la pêche abusive pendant l’entre-deux-guerres. » Écologiste avant l’heure, Anita Conti affirmait : « On ne sauvera pas les terres sans sauver les mers. »

    Féminiser l’espace public

    Le maire de Martigues (PCF) Gaby Charroux affirme : « Anita Conti avait travaillé aux côtés du commandant Cousteau, pourtant, elle n’a pas bénéficié de la reconnaissance qu’elle méritait. Aujourd’hui, il est temps de lui rendre sa juste place. (…) Cette dénomination s’inscrit dans la démarche engagée par la Ville et sa commission extra-municipale des égalités afin d’œuvrer à la féminisation des espaces publics. Corriger cela ce n’est pas réécrire l’histoire, c’est la compléter, la rendre plus juste. »

    D’autres dénominations en hommage à des femmes historiques auront lieu avant la fin du mandat, comme celle de l’école de La Couronne, de l’ancien bâtiment de la Poste et de la placette en face de celui-ci. L’édile assène : « Nommer un lieu n’est jamais un geste anodin. c’est inscrire une histoire dans l’espace public. C’est faire vivre une mémoire collective. C’est transmettre des valeurs aux générations présentes et à venir. »

  • [Entretien] Catherine Pila : « Il n’y a pas eu de rapprochement avec le RN »

    [Entretien] Catherine Pila : « Il n’y a pas eu de rapprochement avec le RN »

    La Marseillaise : Qu’a pu apporter votre groupe dans ce mandat ?

    Catherine Pila : Ce 15 décembre, c’était l’anniversaire funeste de la démocratie, la date à laquelle Michèle Rubirola, qui avait été élue, a choisi de démissionner. Elle a été empêchée dans sa mission par Benoît Payan, qui non seulement voulait la place, mais a réussi à lui prendre. Cinq ans après, on fait un constat, nous avons eu des victoires : toujours dénoncer ce que nous avons eu à dénoncer, à trouver notre place, notre légitimité. Des Marseillais dans la rue nous remercient pour notre travail d’opposition. Mais notre première victoire, grâce à Pierre Robin, c’est d’avoir réussi à faire retoquer par deux fois le budget de la ville. Ce n’était jamais arrivé, nous avons démontré l’amateurisme de Benoît Payan et son équipe.

    Renaud Muselier en 2023 reprochait à votre opposition de n’être pas assez offensive…

    C. P. : Il voulait qu’on parle d’une seule et même voix, mais un groupe est composé d’individus, certains qui travaillent dans l’ombre, d’autres qui veulent se montrer. Notre but a été de s’opposer, sur des sujets clivants pour certains. Nous avons démontré que le conseil municipal n’était pas univoque. Nous n’avons pas démérité, cela a déplu au maire qui nous a coupé le micro à plusieurs reprises. Sa seule réponse, c’était taisez-vous, vous n’avez rien fait pendant vingt-cinq ans. Mais des personnes dans notre groupe venaient de la société civile, qui ont amené quelque chose au débat.

    Votre groupe a été marqué par les départs, vers la gauche, le centre ou le RN. Il était tiraillé par ses contradictions ?

    C. P. : Moi j’ai une conviction, c’est que nous avons tous été élus grâce à Martine Vassal. Quand on a été élu grâce à quelqu’un, on doit rester fidèle, ou démissionner. Certains ont fait le choix d’une aventure personnelle, pour aller à la gamelle, à qui le maire a confié de petites responsabilités. Ils n’attirent pas mon respect. On verra quelle place le maire leur réserve sur la liste. Sur le groupe de Lionel Royer-Perreaut, ayant annoncé qu’il souhaitait mettre fin à sa carrière politique, il était normal que les quatre élus partis avec lui, toujours dans notre groupe au conseil métropolitain, reviennent dans le giron.

    Martine Vassal a dû clarifier sa position vis-à-vis du RN, mais on a vu dans ce mandat des liaisons dangereuses de votre groupe avec l’extrême droite, sur les votes pour SOS Méditerranée, l’aide aux civils palestiniens…

    C. P. : Il n’y a pas de rapprochement, nous sommes là pour défendre les valeurs qui sont les nôtres. Nous avons des personnes de droite très affirmée dans notre groupe qui ont une rectitude par rapport au parti, mais elles n’ont jamais franchi les barrières. Le seul, c’est Jean-Baptiste Rivoallan, pour une aventure personnelle. Quand on n’a pas voté l’aide à l’Unrwa, c’était contre l’Unrwa elle-même, qui cachait dans ses couloirs des terroristes du Hamas, nous l’avons voté pour l’Unicef [une majorité à droite a refusé de le faire en juin, Ndlr]. Il était normal d’aider les enfants de Gaza, au même titre que les enfants d’Israël. SOS Méditerranée, on la voit comme une association qui encourage les passeurs. Si on n’aide pas les personnes en mer, peut-être que les passeurs vont restreindre leurs prétentions, le but n’est pas de laisser mourir des personnes en mer. Mais nous ne sommes pas d’une droite excluante comme le RN.

    Quand Guy Tessier cite Céline pour s’opposer à la dénomination de l’école Simone de Beauvoir, il n’y a pas une ligne rouge franchie ?

    C. P. : Je ne pense pas. C’est un homme érudit, il s’est beaucoup renseigné. On n’imaginait pas que Simone de Beauvoir ait pu tenir des propos excessifs. Citer Céline seul, cela aurait pu m’interpeller. Mais citer Céline en mettant en parallèle ce que Simone de Beauvoir a pu dire sur la sexualité des enfants, ce n’est pas quelque chose qui me choque.

  • Un collectif issu de la majorité du Printemps marseillais entre en lice

    Un collectif issu de la majorité du Printemps marseillais entre en lice

    Le collectif « Ambition citoyenne » a officiellement annoncé lundi sa candidature dans les 13e et 14e arrondissements. « Cette démarche s’inscrit dans une volonté claire : redonner ses lettres de noblesse à la politique, en la rendant à celles et ceux qui la vivent et souvent la subissent au quotidien. Une politique faite par les Marseillais, pour les Marseillais », indique un communiqué.

    Le texte du collectif mené notamment par Sami Benfers, membre de la majorité du Printemps marseillais, n’exclut pas d’élargir cette dynamique à l’échelle de la ville. L’attaque peut paraître sévère contre la majorité de gauche.

    « Notre démarche est simple et saine, le Printemps a fait des bonnes choses mais il lui manque un volet de ces territoires et de leurs franges populaires », promet l’élu. « Les 13-14 sont très emblématiques de la ville, on se prétend humblement la pièce manquante. » Un territoire qui a notamment fourni à l’extrême droite un maire devenu sénateur, deux conseillers départementaux, une députée… et ou le risque RN est grand. « On nous accuse de faire la part belle au RN mais ce sont les mécanismes d’appareils qui le font. On ne peut pas améliorer ces territoires en excluant des postes décisionnels ceux qui portent leur voix et les font », martèle Benfers, se défendant de toute arrière-pensée. « Ce n’est pas en prévision d’une quelconque alliance et Benoît Payan est le meilleur candidat. On ne peut juste pas cautionner un système qu’on trouve incomplet. »