Tag: Bouches-du-Rhône

  • [Entretien] Paul Sabatino : « Un rajeunissement et de la continuité pour une ère nouvelle »

    [Entretien] Paul Sabatino : « Un rajeunissement et de la continuité pour une ère nouvelle »

    La Marseillaise : Quelles sont les grandes lignes de la liste que vous présentez vendredi ?

    Paul Sabatino : Notre liste de 29 candidats s’appelle « Continuons ! ». C’est une liste à parité hommes – femmes évidemment, avec 14 nouveaux candidats et 15 sortants. Ce renouvellement se fait avec des hommes et des femmes dont la moyenne d’âge va abaisser celle de l’équipe municipale actuelle qui était autour de 70 ans. Ce rajeunissement devrait nous apporter la continuité parce qu’on a une majorité d’anciens, et nous permettre aussi d’entrer dans une ère nouvelle, avec quand même plus de diversité. Car si cette liste est majoritairement PCF, c’est une « liste de rassemblement de la gauche, des citoyens et des citoyennes », et parmi les nouveaux, beaucoup ne sont pas encartées politiquement. Certains ont demandé à être candidats. Et d’autres, nous sommes allés les chercher.

    Quels profils vous recherchiez ?

    P.S. : On a tenu à avoir, par exemple, un candidat dans chaque calanque. Ils sont nouveaux et ont pour objectif de garder leur côté populaire, faire qu’elles ne deviennent pas des lieux privilégiés réservés même si elles le sont parce que le risque feu fait qu’on ne peut pas y accéder en voiture, mais il faut qu’on puisse continuer à y vivre à l’année avec une épicerie, un bar, des restaurants, un comité des fêtes. On a pris aussi des gens du monde du travail, des chefs d’entreprise ou des syndicalistes, comme Noël Kouici, secrétaire général CGT de la réparation navale à Marseille. Cette ville a une histoire avec le monde du travail prolétaire, celui qui produit de la valeur. Et puis on a aussi des femmes avec des profils différents, des fonctionnaires d’état, des infirmières, il y a aussi un candidat en fauteuil roulant à qui j’ai proposé de nous rejoindre, ou des gens originaires du Rove depuis des générations mais inscrits dans un monde moderne. On est dans une histoire, on continue ce qu’a fait Georges Rosso pendant des années mais on voudrait le faire à 29.

    Vous êtes élus depuis plusieurs mandats, c’est la première fois que vous composez une liste ?

    P.S. : En tant que responsable du groupe, j’étais le seul à proposer et j’ai toujours participé. Mais quand je donnais deux noms, c’était le maximum. On a travaillé plus collectivement avec des gens dont on n’est pas sûr qu’ils partagent toutes nos idées politiques. Le seul interdit c’était le racisme, tout le reste peut être débattu. Si quand un auto-entrepreneur dans l’événementiel parle, il tient des propos d’empathie envers le plus grand nombre, le sport, la culture, le social, ça me va.

    Qui est en dernière position ?

    P.S. : Une jeune maman du Rove dont le petit va à l’école communale et que je ne connaissais pas forcément. Je l’ai croisée, et elle m’a dit : « Je voudrais que mon petit continue à grandir ici parce que je suis sûr qu’il va bien grandir, et si vous voulez, je voudrais m’engager avec vous. » Je lui ai dit qu’il n’y avait plus qu’une place, la dernière, et que s’il y avait deux listes, elle ne serait sans doute pas élue. Elle m’a dit, ça ne fait rien… Depuis on dirait qu’elle a toujours été avec nous. Il y a eu un pari sur le renouvellement, ce qu’on ne faisait pas avant. On avait des craintes, on aurait enquêté sur trois générations… Ça m’intéresse moins parce que de toute manière notre société a évolué, et peut-être vaut-il mieux être dans la diversité que la mono pensée.

    Un mot sur votre programme ?

    P.S. : On a fait plusieurs séances collectives de travail les samedis. Tout le monde est bienveillant, il faudra trouver un équilibre parce qu’on ne peut pas tout vouloir comme si on était une ville de 50 000 habitants en étant un petit village où tout le monde se connaît, se tape sur l’épaule et s’appelle par son prénom. Avec « Continuons ! », l’enjeu est de répondre aux questions qui se posent. Côté bâtiment on a ce qu’il faut avec un stade homologué FFF, un gymnase, un futur dojo de 400 places… On doit travailler le service public, ce lien qui lève l’isolement et répond aux besoins. Et il faut du service public pour tout le monde, avec du périscolaire le matin et le soir, le centre aéré le mercredi, du portage de repas, plus d’animation pour les seniors peut-être, un lieu de rencontre pour les jeunes, du logement social autant qu’on puisse, il faut travailler encore la culture, le sport, l’environnement dans le continuum de ce qui a été fait jusqu’ici.

  • L’urgence d’un sauvetage des emplois marins sous pavillon français

    L’urgence d’un sauvetage des emplois marins sous pavillon français

    « C’est maintenant que tout se joue », lance Frédéric Alpozzo dans sa lettre ouverte adressée au ministre des Transports et aux présidents de CMA-CGM, de la Méridionale et de Corsica Linea pour un tour de table. Le secrétaire général de la CGT des marins de Marseille estime à « plus de 2 000 » le nombre d’emplois maritimes français menacés, écoles de formation comprises, par l’offensive des compagnies low-cost GNV et Corsica Ferries en Méditerranée.

    Les sorties de flottes du Kalliste pour La Méridionale et du Nepita pour Corsica Linea sont imputables à la « concurrence déloyale » des armateurs opérant sous pavillon international, dénoncée de longue date par la CGT. Le développement de GNV sur les lignes France-Algérie et France-Maroc a provoqué « une perte de 50 000 passagers » chez les compagnies françaises et risquent de faire chanceler une situation économique déjà fragilisée. « Les marins de ces bateaux n’ont pas de contrats français et sont payés entre 650 et 1 200 dollars par mois », précise le responsable syndical qui demande à l’État de « supprimer les autorisations de GNV à Sète », le port de l’Hérault.

    Dans ce contexte social tendu, invités au débat à l’Euromaritime, François Lambert, directeur général de l’ENSM (École nationale supérieure maritime) et Étienne Melliani, directeur général de La Méridionale, n’ont pas caché leurs inquiétudes, assurant toutefois ne « pas baisser les bras pour maintenir le pavillon français ». Il flotte aujourd’hui comme un air de « guerre entre Corsica Ferries et la SNCM », a rappelé le responsable de l’école de formation des officiers. La SNCM y avait perdu la vie, mais « il a fallu innover. On y a gagné un décret des États d’accueil en 2015 », a-t-il souligné. Force est de constater que le texte garant du droit social maritime sous pavillon français reste insuffisant. Les ports qui régulent l’offre de transport, « ont une responsabilité écrasante, regrette Thiebaud Theillard, journaliste au Marin, animateur du débat, ils disent que le principe de concurrence libre de l’Union européenne ne leur permet pas de refuser des armateurs ». Pour lutter contre le dumping social, « et préserver le modèle français auquel nos élèves sont extrêmement attachés et qui crée une forte attractivité, nous avons besoin du soutien des armateurs », a plaidé François Lambert.

    Injuste concurrence

    Le marché unique européen et la loi de la libre concurrence constitue « un fait majeur, a également déploré Étienne Melliani, dont nous réalisons 30 ans après qu’il a permis l’émergence d’acteurs mois disant socialement, et pas seulement dans les transports ». Et dans cette guerre du marché, l’État pourrait appuyer sa souveraineté en accentuant les contrôles, comme il l’a fait en arraisonnant le Grinch dans la rade marseillaise il y a quelques jours. « A-t-il les moyens d’aller plus loin ? » s’est montré dubitatif le DG de La Méridionale, préconisant « le dialogue » pour actionner le levier européen dans cette libéralisation.

    Mettre tous les partenaires autour de la table et « être exigeant avec l’Europe, est aussi une partie de la solution avancée par François Lambert. On a besoin des officiers formés sur nos bancs. Un marin c’est stratégique et on est un pays de marins. » Le directeur de l’ENSM défend un outil : « Le contrat d’engagement maritime. Il est prêt. »

    Le gouvernement sera-t-il capable de l’étudier et de le proposer avant de voir couler nos flottes ? « Il y a un budget qui n’est pas menacé, c’est celui des armées, précise-t-il. Il peut y avoir une complémentarité entre la marine marchande et la marine nationale. » Autant de points à aborder dans la réunion réclamée par les marins qui pourrait se tenir en présence de Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, et du directeur des affaires maritimes.

  • À Marseille, les drones de la droite ont du plomb dans l’aile

    À Marseille, les drones de la droite ont du plomb dans l’aile

    Des drones qui détectent le moindre cri inhabituel, la moindre arme sortie dans la rue, puis traquent les suspects jusqu’à leur arrestation. Si elle semble issue d’un roman dystopique d’Alain Damasio, la proposition est très sérieusement mise en avant par la droite marseillaise pour les municipales. « Nous pouvons mettre fin à l’impunité de toutes ces incivilités qui nous pourrissent le quotidien grâce au meilleur de la technologie », promettait ainsi ce dimanche la secrétaire générale du collectif Une Génération pour Marseille, Sandra Blanchard. Elle propose d’expérimenter le déploiement de drones de vidéosurveillance algorithmique sur tout le centre-ville marseillais, « du Vieux-Port jusqu’à la place Castellane », esquisse-t-elle, même si le périmètre précis reste à définir. « L’essentiel des infractions du quotidien sont commises dans ces périmètres », assure l’avocate.

    La droite marseillaise certes veut poursuivre le déploiement de la vidéosurveillance traditionnelle et le renforcement de la police municipale, pour atteindre 1 500 agents. « Mais il faut une méthode différente », insiste-t-elle. « Il faudrait à peu près une vingtaine de drones pour en avoir dix en permanence en l’air, ça coûterait entre 500 000 et 800 euros, presque 120 fois moins cher que la vidéosurveillance », chiffre Sandra Blanchard, espérant surveiller en permanence tout le centre-ville. Quitte à piétiner les libertés publiques. « Le techno-trumpisme débarque sur la Canebière », s’alarmait ainsi le chef de file du PCF aux municipales, Anthony Gonçalvès. « La base du contrat social, c’est la sécurité », rétorque l’avocate.

    Le Conseil d’État tranche

    Seul problème : ce déploiement est à ce jour illégal. Certes le Sénat a approuvé ce mardi l’expérimentation de l’usage de drones par la police municipale. Mais le texte cantonne cet usage aux grands événements, aux secours, aux risques d’intrusions ou dégradations des bâtiments publics, avec une obligation de proportionnalité. Quant à la vidéosurveillance algorithmique, le Conseil d’État a confirmé vendredi son interdiction en l’état actuel de la loi, face à une demande de la Ville de Nice. Et si elle a été déployée pour les Jeux olympiques, « l’expérimentation n’a pas apporté de réponse satisfaisante et pérenne quant à la pertinence du recours à l’IA en matière de vidéoprotection », balayait pourtant un rapport d’information parlementaire en mars 2025.

  • Erwan Davoux promet de « changer le système » à Marseille

    Erwan Davoux promet de « changer le système » à Marseille

    Sur la table devant l’ancien cadre viré du conseil départemental, un classeur rempli de promesses électorales. Ce mercredi matin, Erwan Davoux, candidat à la tête d’une liste « sans étiquette, citoyenne », avait convié la presse pour présenter son programme pour les municipales à Marseille. « Nous avons connu le système de l’intérieur, nous pouvons encore plus constater que plus rien ne va et changer les choses », assure-t-il. À côté, l’ex-présidente (SE) de 13 Habitat Nora Preziosi opine : « Il faut écraser ce système et arrêter ce copinage. »

    Premier de leurs chantiers, la réforme de la gouvernance métropolitaine. « Il faut soit que le maire de Marseille devienne président de la Métropole, soit que la mairie rapatrie ses compétences, soit que la Métropole soit découpée entre un Grand Marseille et une métropole aixoise », propose Erwan Davoux, déplorant que « la Métropole joue contre la Ville ». La sécurité fait aussi partie des priorités de l’ancien cadre du ministère de l’Intérieur qui veut 240 policiers municipaux supplémentaires, des caméras de vidéosurveillance algorithmique, plus de moyens pour la prévention. « Le Département a coupé les subventions aux associations qui agissaient sur le terrain ! », déplore celui qui est en conflit ouvert avec sa présidente (DVD) Martine Vassal. Son ombre revient régulièrement sur ce programme. L’endettement de la Ville ? « C’est la Métropole qui a l’essentiel des pouvoirs et le Département qui sert de tiroir-caisse », argumente le candidat, rappelant que Marseille profite à peine de ses subventions. Il veut aussi « décommunautariser les politiques », dénonçant un « clientélisme » du Département, proposer la gratuité totale des transports, consulter sur le tramway des Catalans… L’ombre de Martine Vassal pèse même sur la constitution de ses équipes : « Des gens ne peuvent pas venir sur nos listes parce qu’on leur couperait leurs subventions. J’accuse la présidente d’exercer des pressions », lance-t-il solennellement. Promettant cependant qu’ils voteront pour lui et qu’il dépassera les 10%.

  • Benoît Payan veut prendre en main la propreté

    Benoît Payan veut prendre en main la propreté

    Marseille est « pourrie » et c’est la faute de la Métropole, entendre sa présidente et candidate de la droite et du centre à la Ville, Martine Vassal, a martelé Benoît Payan, maire DVG sortant et candidat du Printemps marseillais. La propreté, « c’est une question sur laquelle nous sommes interpellés tous les jours, il y a une confusion très grande sur les compétences et les Marseillais attendent des résultats » dans une ville « abandonnée sciemment, consciencieusement » pose-t-il. C’est bien pour lui « la Métropole qui a fait le choix de ne pas recruter, de bouleverser les tournées, de ne pas implanter les poubelles et centres de tri » en nombre suffisant. Alors que les Marseillais paient une taxe d’enlèvement des ordures ménagères, « la plus importante de la métropole et de France » assène Benoît Payan.

    Son idée : reprendre la main, tout en laissant les compétences à la Métropole, le nouveau mode de scrutin lui permettant de peser dans l’hémicycle du Pharo s’il venait à remporter les municipales. Une méthode différente de celle tentée en 2022, dans le cadre de la loi dite 3DS qui permettait le transfert de compétences de proximité de la métropole vers les communes. « J’avais poussé une gueulante et proposé de nous mettre autour d’une table pour récupérer la compétence » raconte-t-il, mais « patatras plus rien n’était possible, la Ville se serait retrouvée dans une situation où elle n’aurait eu que les difficultés, sans les moyens nécessaires pour appliquer sa politique », résume Benoît Payan. Quand Martine Vassal lors de ses vœux fin janvier évoquait, elle, un travail de trois mois « pour trouver un terrain d’entente » avorté, le maire de Marseille estimant que c’était « trop compliqué ».

    La donne a changé : « Pour la première fois, si nous gagnons la ville, nous avons la possibilité de prendre en main la propreté » estime le candidat du Printemps marseillais qui se donne trois ans pour « mettre les choses au carré », les maires de secteur reprenant la gouvernance pour le reste du mandat.

    Deux fois plus de poubelles

    Concrètement, sur la collecte, ce temps lui permettrait de faire un point sur les actions du public et du privé qui se sont vus répartir les différents secteurs de la ville et notamment sur les « avenants aux contrats à plusieurs millions d’euros », sans pour autant un retour total en régie. Sur le nettoyage des rues, il veut revoir le nombre de cantonniers, en le multipliant par deux, même s’il en convient, il ne le connaît pas, faute de réponse là encore, de la métropole. Il se fait plus précis sur les poubelles, qu’il veut passer de 7 000 à 15 000.

    Benoît Payan souhaite aussi sensibiliser les Marseillais avec de la pédagogie et également de la répression par le biais d’une police de la propreté qui dépendrait directement de la police municipale. Il s’agit aussi de mieux trier. « Réduire le contenu de la poubelle noire » rappelle Sophie Camard, maire GRS des 1-7 et tête de liste du Printemps dans son secteur, expliquant qu’en centre-ville, ce qui fait déborder les bacs, « c’est le mélange des déchets des particuliers et des professionnels ». Pour Anthony Krehmeier (PS), maire des 2-3 et lui aussi tête de liste de son secteur, « il n’y a pas de fatalité ». Considérant que « ramasser des poubelles n’est pas en soi insurmontable », il entend associer « commerçants, habitants et agents ».

    Au sein de l’équipe de Martine Vassal, la réaction n’a pas tardé. « La panique fait sacrément mentir le trouillard » a lancé son porte-parole, Romain Simmarrano, sur les réseaux sociaux, estimant que le maire allumait « un contrefeu de plus pour tenter de faire oublier l’enquête qui le concerne ».

  • Des idées pour « booster » l’économie marseillaise

    Des idées pour « booster » l’économie marseillaise

    « On est là pour aider les futurs élus à améliorer notre ville, on espère qu’ils s’engageront », exprime avec enthousiasme Jean-Luc Chauvin, président de la CCI métropolitaine Aix-Marseille-Provence (CCIAMP) et membre du collectif « Tous acteurs ». Cette association regroupe 180 acteurs économiques du territoire. Réunis ce mardi à la Bourse du commerce, ils ont annoncé 42 propositions concrètes destinées aux candidats déclarés aux municipales, de tous les bords politiques. Ces idées ont été transmises ce mercredi.

    Elles sont articulées autour de cinq grands axes stratégiques : foncier économique et logement, mobilité, centre-ville, attractivités-grands projets et enfin jeunesse.

    Des propositions « audacieuses »

    « L’audace entrepreneuriale, c’est notre moteur, nous voulons proposer de l’ambition », insiste Jean-Luc Chauvin. Une ambition qu’ils veulent insuffler au monde politique. Elle se matérialise dans ces propositions présentées comme « audacieuses », comme la construction d’ici 2030 de 1 200 km de pistes cyclables structurées à l’échelle métropolitaine. L’un de leurs projets les plus ambitieux serait de transformer le terre-plein central de l’autoroute A51, entre Plan de Campagne et La Pioline, en voie réservée sur rail, afin de le connecter au réseau ferroviaire.

    S’adaptant aussi aux besoins à court terme, « Tous acteurs » propose de « petits pas », comme l’idée d’aménager un espace de stationnement dédié aux autocars dans toutes les gares ferroviaires. Le collectif demande également « un engagement public des futurs élus pour débuter une collaboration structurée entre les services publics et le monde économique ».

  • La mer, enjeu vital pour l’emploi

    La mer, enjeu vital pour l’emploi

    Des débats stratégiques sur l’avenir des industries maritimes se tiennent depuis mardi dans la capitale française de la Méditerranée, Marseille. Le salon Euromaritime, au Parc Chanot, se déroule dans un contexte très particulier : la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer s’apprête à écrire une nouvelle page historique en prenant le virage de la décarbonation tandis que les marins des compagnies La Méridionale et Corsica Linea, en grève reconductible depuis le 2 février, exigent des décisions au plus haut niveau contre le dumping qui transforme la Méditerranée en nouveau Far West avec des compagnies sans scrupule.

    Les marins veulent être entendus

    D’un côté, des milliers d’emplois à la clé, de 60 000 a minima jusqu’à 115 000 selon les estimations du préfet de région. De l’autre, le risque de destructions d’emplois de marins et la perte de liaisons maritimes au profit de rapaces.

    La France est, dit-on, une « puissance maritime » mais sa stratégie mérite grandement d’être précisée et tenir compte, justement, des enjeux d’emplois de qualité, aux normes sociales de haut niveau. La tenue ce jeudi d’un « comité stratégique de filière des industriels de la mer » en présence des ministres de la mer et de l’industrie en marge de la dernière journée du salon Euromaritime, apportera-t-elle des réponses concrètes ? L’État ne peut se contenter de mots et de déclarations sans lendemain. Il doit s’engager et soutenir ces industries stratégiques, les travailleurs.

    Les marins de la CGT veulent aussi être entendus.

    La mer est un enjeu vital pour l’emploi.

  • Deux ministres en visite à Marseille pour décarboner le port

    Deux ministres en visite à Marseille pour décarboner le port

    « Mettre Marseille au cœur du jeu méditerranéen. » Jean-Pierre Cochet (PS), l’adjoint au maire de Marseille en charge du dynamisme économique, résume l’enjeu du salon Euromaritime qui a débuté mardi, et prend fin ce jeudi, au parc Chanot à Marseille. Un grand raout qui réunit « industries navales, armateurs, ports, logisticiens, énergéticiens, start-up ou institutionnels », de 16 pays différents.

    Et surtout des visites ministérielles prévues aujourd’hui pour la clôture. Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, doivent y tenir le « comité stratégique de filière des industriels de la mer » et y faire quelques annonces de taille en lien avec la décarbonation. Lesquelles sont particulièrement attendues par les acteurs économiques. « C’est un enjeu pour le territoire, en matière de croissance économique, de souveraineté industrielle et de réorganisation des routes commerciales mondiales », rappelle Jean-Luc Chauvin, le président de la Chambre de Commerce et d’Industries. Dans son viseur, des parts de marché à conquérir pour la zone Marseille-Fos et toute l’économie qui en découle. « À côté de la route de la soie de la Chine, il y a l’Inde et le Moyen Orient qui se réorganisent avec l’Imec [Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe, Ndlr.]. C’est une route d’avenir pour recréer une souveraineté, il y a plusieurs points de croissance à prendre. » De quoi faire le lien avec l’objectif dessiné par Jacques Hardelay, président d’honneur du salon et de Marseille Provence Croisières  : « Développer de nouveaux partenariats et nouer des coopérations industrielles et commerciales. »

    Plus facile à dire qu’à faire à l’heure où les voies maritimes font les frais de la géopolitique mondiale. « La convergence espérée dans un monde globalisé n’aura pas lieu, il y a un retour des impérialistes et des distorsions de concurrence », juge Timothée Moulinier, délégué à la recherche et développement au Gican (Groupement des industries de construction et activités navales), principal syndicat professionnel du secteur.

    « Préservation des modèles sociaux »

    La CGT des Marins de Marseille appréciera (lire article ci-contre). « Il y a des enjeux de préservation de nos modèles sociaux, d’emplois. Il faut réfléchir à quelles sont les industries de demain et la décarbonation en est une. C’est l’occasion de faire de nouvelles usines », plaide Timothée Moulinier, appelant à un « protectionnisme intelligent ». En résumé, les patrons du secteur maritime français, historiquement construit sur le mantra du libre-échange et largement exportateur, en appellent à la planification et au « soutien de l’État » face à la concurrence américaine et asiatique. « Développer des énergies alternatives, des navires plus sobres, des systèmes propulsifs innovants, suppose plus d’un milliard d’investissements par an », insiste Jacques Hardelay.

    D’où la venue des ministres et d’où l’attente des industriels pour des actions très concrètes sur les infrastructures de Marseille-Fos en lien avec l’Axe Méditerranée-Rhône-Saône (MeRS). « On ne parle plus de lignes maritimes mais de corridors et on a la chance d’avoir un hinterland élargi avec l’axe MeRS. On travaille à le développer avec des questions d’intermodalité, sur le fleuve et sur le rail », résume Amal Louis, directrice du développement commercial du port Marseille-Fos. Jean-Luc Chauvin ajoute : « On a 6% de trafic fluvial par le Rhône contre 20% en Europe en moyenne dans les corridors fluviaux. Tant qu’on n’est pas connecté de façon fiable, on ne pourra pas prétendre à rendre nos infrastructures indispensables pour rejoindre l’Asie et l’Orient. »

    Mais la réindustrialisation verte de Marseille-Fos reste suspendue à des mesures concrètes, à l’instar de la ligne électrique à très haute tension de 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent dans le Gard et Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône. Vitale pour les projets industriels décarbonés, la ligne doit être construite par RTE à qui l’État, bien qu’ayant validé le projet le 18 décembre, demande la poursuite du débat public sur le volet environnement. « On a la nécessité de disposer d’une alimentation électrique sécurisée, rénovée et quantitativement adaptée aux besoins des industriels », précise auprès de La Marseillaise, le préfet de région, Jacques Witkowski. Il rassure : « Des industriels cherchent des tours de table financiers. Les délais seront ce qu’ils seront. Nous rechercherons des voies d’acceptabilité. Notre mission est de construire un dossier solide. » Et accepté par les citoyens.

    Repères

    Un salon incontournable pour les acteurs de la mer

    Euromaritime est un salon majeur pour le secteur puisqu’il rassemble pas moins de 300 exposants et reçoit plus de 5 000 visiteurs venus du monde entier dont moults consuls et ambassadeurs. On y retrouve un stand XXL de la Norvège, un autre de l’île indonésienne Batam mais aussi des chantiers navals de Marseille, de la CMA-CGM, de l’Université de Toulon, de la Région Sud…

    Une décarbonation porteuse d’emplois

    La réindustrialisation verte du golfe de Fos et du pourtour de l’Étang de Berre comporte une trentaine de projets au coût estimé autour des 20 milliards d’investissements au total. Lesquels concernent principalement l’acier vert, l’hydrogène, la chimie et évidemment les activités portuaires à l’instar de l’éolien flottant. Les premières prévisions tablaient sur la création de 60 000 emplois mais le préfet de région, Jacques Witkowski, a évoqué 115 000 emplois récemment. De quoi renflouer les flux du port de Marseille-Fos.

    500 000

    Selon Jacques Hardelay, président de Marseille Provence Croisières, la filière maritime en France représente 500 000 emplois pour une production estimée à 120 milliards d’euros. Pour la seule industrie navale c’est 57 000 emplois directs.

    50

    La filière mer française réalise plus de 50% de son chiffre d’affaires à l’export, dont 95% pour la construction navale civile, selon les chiffres gouvernementaux. C’est 43% pour le versant Énergies Marines Renouvelables (EMR), selon Business France cette fois.

  • Narcotrafic : le Printemps marseillais cible Delogu

    Narcotrafic : le Printemps marseillais cible Delogu

    À travers un communiqué ce mercredi soir, le Printemps marseillais « exige des explications immédiates de Sébastien Delogu » après la publication d’un article du Canard enchaîné, de « nouvelles révélations d’une extrême violence », estime la majorité municipale sortante. L’hebdomadaire satyrique révèle en effet que, selon plusieurs sources judiciaires, le nom du député insoumis apparaît dans une enquête ouverte le mois dernier à Aix-en-Provence. Alors que deux personnes avaient été interpellées lors d’une intervention pour démanteler un point de deal, l’examen du téléphone d’un des suspects a dévoilé des échanges très réguliers avec le candidat Insoumis avec l’évocation à plusieurs reprises de livraisons de « colis », expliquent nos confrères.

    « Manœuvre électorale »

    « Il n’y a absolument rien de concret ou matériel dans ce qui est dit, c’est de la rumeur pour déstabiliser à l’approche d’une élection ! » s’indigne auprès de La Marseillaise l’entourage du parlementaire, qui estime qu’il s’agit là d’une nouvelle offensive médiatique contre les Insoumis. Et d’ajouter que « le Printemps marseillais se déshonore à suivre les manœuvres de Franck Allisio [le candidat du RN, Ndlr.] ». L’extrême droite dès la matinée avait bondi sur la nouvelle pour réclamer des tests de dépistage pour tous les candidats.

    « Dans notre ville ensanglantée par le narcotrafic et alors que la Commission nationale des comptes de campagne et des formations politiques alerte sur le risque d’ingérence des narcotrafiquants dans la campagne des municipales, toute forme de lien avec eux doit être combattue et condamnée avec la plus grande fermeté », insiste de son côté le Printemps marseillais.

  • Nouvelle convocation pour le postier syndicaliste

    Nouvelle convocation pour le postier syndicaliste

    Non à la répression. Liberté syndicale à la Poste. » Devant les locaux de la Poste à Marseille (1er), une immense banderole a été déroulée et une centaine de personnes se sont réunies pour soutenir Yann Quay-Bizet, postier et syndicaliste à Sud PTT 13, convoqué pour une commission de discipline, ce mercredi. Selon les manifestants, la direction lui reproche des prises de paroles inappropriées, qui désorganiseraient le service.

    Convoqué pour la quatrième reprise devant cette commission, le fonctionnaire y voit une nouvelle répression syndicale. « On me reproche d’user de ma liberté d’expression », s’indigne-t-il. Ce syndicaliste a déjà été mis à pied en 2019 et en 2022, pour des raisons similaires. Mais le conseil des prud’hommes de Marseille avait annulé ces décisions, le 30 juin 2025, estimant qu’elles relevaient de « sanctions [qui] contreviennent à la liberté d’action et d’expression syndicale ». Une procédure est également en cours pour une autre mise à pied datant de 2024.

    Dans le Vaucluse, Nicolas Pages et David Roumanille, agents de la Poste et cégétistes, ont été mis à pied il y a quelques semaines. « Ils essayent de nous limiter dans nos visites sur site. Mais comment, en tant que syndicat, on peut agir pour les agents, si on ne nous laisse pas rencontrer les salariés et diffuser les informations sur leurs droits », soupire Nicolas Pages.

    « Il y a une dimension systémique dans ces sanctions, dénonce Yann Quay-Bizet. Pour réorganiser les services, supprimer des postes et laisser des salaires bas (…), ils doivent éradiquer les syndicats, pour faire accepter cette bombe sociale. » Mais pour Gilles Botella, représentant à Sud PTT 33, présent à Marseille ce mercredi, ces sanctions, bien que difficiles, sont porteuses d’un peu d’espoir. « Plus ils nous sanctionnent, plus ça signifie qu’ils ont peur de nous. ça veut dire qu’on fait bien notre travail », sourit-il.

    Contactée, la Poste confirme la convocation de Yann Quay-Bizet, affirmant que « cette instance consultative paritaire statuera sur la nature de la sanction disciplinaire à proposer ».