Tag: Bouches-du-Rhône

  • Nuits Métis : les musiques du monde à bon port à Miramas

    Nuits Métis : les musiques du monde à bon port à Miramas

    Une quinzaine de concerts et spectacles gratuits qui traversent en musique la Méditerranée, voire au-delà, avec des valeurs humanistes toujours chevillées au corps : la 33e édition des Nuits Métis attend à nouveau 15 000 festivaliers du mercredi 24 au samedi 27 juin. Métis, comme le nom de la déesse grecque de l’intelligence et de la sagesse ayant donné son qualificatif aux navigateurs qui savaient affronter les vents contraires et arriver à bon port.

    « Notre ADN, c’est de n’exclure personne grâce à la gratuité », rappelle Benjamin Befort, nouveau directeur de ce festival fondé il y a 34 ans par Marc Ambrogiani, à Marseille, avant de migrer une quinzaine d’années à La Ciotat, puis d’investir Miramas depuis 2009. Un caractère populaire qui rejaillit à l’année sur la ville à travers de nombreuses actions et notamment « un parc d’instruments qu’on prête aux jeunes de la ville pour s’initier à la pratique de la musique, aux centres sociaux, aux personnes âgées… », illustre-t-il en pagaille.

    « Partie immergée » de l’iceberg Nuits Métis, son festival s’élancera dans l’après-midi du 24 juin juin, au Théâtre de la Colonne, avec le baroudeur des cordes Jack Jacko la guitare, avant de proposer le lendemain soir, dans l’amphithéâtre de verdure, une première soirée de concerts. Au menu, Bakir, « trio marseillais de musique électro-méditerranéenne », ou encore le duo maroco-tunisien AÎta mon amour. « Les Aita sont les chants traditionnels des femmes marocaines. Là, ils en donnent une autre version en mélangeant la tradition avec des musiques plus actuelles », décrit Benjamin Befort. La Fanfare Vents métis ouvrira le bal de cette nuit lors de laquelle se produira également La Batuc’en voix, « création musicale vibrante qui mêle l’énergie percussive de la batucada à la puissance des voix chantées ».

    Dialogues entre les générations et les cultures

    Le festival élira domicile, les 26 et 27 juin, au plan d’eau Saint-Suspi. Accents caribéens comme africains prononcés lors de la première soirée avec Ky-Mani Marley en tête d’affiche. Parmi les onze enfants de la légende Bob, ce dernier « viendra avec son propre répertoire », où reggae et hip-hop claquent nonchalamment sur des rythmes rocksteady, « tout en reprenant aussi certains titres » de son paternel, indique Benjamin Befort. Groupe de rock gnawa à la transe contagieuse, Bab L’Bluz lui emboitera le pas, sans oublier le dialogue entre Ablaye Cissoko, joueur sénégalais de kora, cette harpe-luth mandingue, et l’accordéoniste français Cyrille Brotto.

    L’ultime date des 33e Nuits Métis permettra d’écouter Kin’gongolo Kiniata, « projet congolais énergique joué avec des instruments de rue recyclés », le groupe franco-burkinabé Kanazoé Orkestra, comprenant Seydou Diabaté « parmi les plus grands maîtres mondiaux du balafon », cet instrument mélodique et percussif répandu en Afrique. Mais aussi le pianiste palestinien Isam Elias, qui mixe les sonorités du Levant à l’électro, et Mélina Vlachos, chanteuse à la voix de velours revisitant le rébétiko, « chant des âmes grecques », en le « mélangeant à des influences européennes et orientales ».

  • La famille Fadas s’agrandit pour six jours de fête à Tholon

    La famille Fadas s’agrandit pour six jours de fête à Tholon

    « Les Fadas, c’est un anti-festival », selon l’adjoint (PCF) à la culture, Florian Salazar-Martin. Et ce n’est pas pour dénigrer l’événement, qui s’agrandit encore cette année et va accueillir plusieurs nouveautés présentées lors d’une conférence de presse, lundi matin, à l’ombre de la Cour de l’île.

    Cette huitième édition s’élargit dans l’espace et dans le temps. Pas d’histoire de science-fiction ici, mais bel et bien un village des Fadas implanté pendant six jours, du mardi 7 au dimanche 12 juillet, sur une base nautique de Tholon complètement dédiée à l’événement. Cet anti-festival s’étendra du Tétrodon jusqu’au parking le long du boulevard Touret-de-Vallier, qui ne sera plus disponible pour son véhicule, mais pour un invité un peu spécial.

    Car, à l’honneur de cette édition 2026 figure le centre culturel embarqué de la Flotille pour Gaza, hébergé sur le voilier Hétérotope armé par le journaliste et militant Emilien Urbach. « Toute l’année, nous sommes citoyens du monde. L’Hétérotope est chargé de la mémoire des flottilles », détaille Florian Salazar-Martin, qui parle des Fadas comme avant tout d’un « espace de parole et d’échange » loin de « la surenchère » programmatique.

    « Un échange culturel loin de la culture bourgeoise »

    Car l’idée, pour l’élu, est avant tout de « transmettre le virus fada », celui qui veut qu’« on puisse passer sa journée à se prélasser sans que personne ne dise rien », celui « de l’échange culturel et pas que de la culture bourgeoise et ses grands hommes : plus il y a de diversité, mieux c’est ! », insiste l’adjoint.

    Cette idée trouve son écho dès le mardi 7 juillet, avec la compagnie des Josianes, qui propose un spectacle de danse et de cirque autour de la notion de résistance féministe. Le même jour, la chanteuse et multi-instrumentiste féministe et antiraciste Bia Ferreira sera en concert, suivie de la marseillaise Carlala, qui proposera un DJ-set entre reggaeton, flamenco, brasilian funk ou encore DnB. L’ensemble de la programmation est à retrouver sur le site internet Martigues Bouge.

    Le village des Fadas a aussi pour ambition d’être « une éco-manifestation », selon Florian Salazar-Martin, avec notamment l’utilisation de la « dînette en plastique » lavable inaugurée l’année dernière. « On a lavé 7 500 couverts l’année dernière, avec seulement 50 litres d’eau et sept objets cassés. L’enjeu est de tendre vers le zéro-déchets », indique l’adjoint.

    Autre nouveauté, le déploiement du dispositif Safer, dédié à la prévention et à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. En clair, le public aura à sa disposition un stand de prévention, une application d’alerte et des équipes de maraude.

    Être fadas, faire la fête, oui. En respectant tout le monde, c’est encore mieux.

  • L’histoire mise en scène pour sauver la bastide Marin à La Ciotat

    L’histoire mise en scène pour sauver la bastide Marin à La Ciotat

    Les navigateurs au long cours et les riches commerçants qui ont fait vivre la bastide pendant près d’un demi-siècle reviennent à La Ciotat avec le spectacle « Révélations ». « Nous avons fait le pari de faire un dîner spectacle sur plusieurs époques, pour raconter la ville au fil des siècles », raconte Mireille Benedetti, présidente de l’association.

    Au programme : plusieurs scènes d’une dizaine de minutes, entrecoupant le repas, et retraçant le passé de La Ciotat, de l’époque médiévale aux années folles. « On part de la grande histoire pour arriver à l’histoire locale et on révèle de petits secrets, toujours en lien avec la bastide. » Issu du livre du même nom publié l’année dernière par Mireille Benedetti, le spectacle se veut participatif et convivial. « Ce sont les acteurs qui font le service. On joue avec les gens, on sert de l’hypocras, un vin médiéval, pour qu’ils se sentent vraiment dans cette époque. »

    Sur scène, une cinquantaine de comédiens, également membres de l’association, font vivre le patrimoine historique de La Ciotat. « On va parler de la peste, du chantier naval, de l’installation de la gare dans la ville. L’idée, c’est de montrer que toute l’histoire est liée. »

    Fil rouge

    Cette représentation sera suivie d’autres événements, qui courront tout au long de l’été. Pour Mireille Benedetti, il a toujours été question de restaurer la bastide Marin afin de préserver l’histoire de la ville. « On a décidé de sauver et de sauvegarder, par la culture, ce patrimoine qui était à l’abandon, précise-t-elle. Tous les bénéfices de nos spectacles servent à rénover la bastide. »

    Depuis plus de 20 ans, l’association agit avec une conviction : « On ne peut pas transmettre et protéger ce que l’on ne connaît pas. » Tous les spectacles, construits à partir de recherches historiques, se veulent ainsi très pédagogiques.

    La transmission passe aussi par les enfants, invités à découvrir l’histoire locale à travers des ateliers. « On leur explique comment les enfants vivaient il y a longtemps. Mon concept, c’est la culture pour tous et avec tous. »

    À La Ciotat, nombreux sont ceux qui s’associent au projet. « Les costumes sont faits avec de la récupération, des rideaux, des draps (…). On incarne l’histoire pour la rendre vivante. » Une mobilisation particulièrement visible depuis l’incendie qui a touché la bastide, en 2020. « Les habitants ont organisé des ateliers couture pour nous refaire des costumes. »

    « À chaque fois qu’on a eu le genou à terre, des gens nous ont aidés », affirme Mireille Benedetti. Grâce à ce soutien, l’association peut poursuivre son travail de sauvegarde et de transmission du patrimoine local, à travers ses spectacles.

  • Briser le silence autour du don d’organes

    Briser le silence autour du don d’organes

    Dans le bassin aixois, on recense toujours 30% de refus de don d’organes. En France pourtant, « tout le monde est considéré comme donneur d’organe, souligne le docteur Laurent Lefebvre. Dans notre pays, on demande aux familles s’il y a eu une opposition du défunt au cours de sa vie. Si la famille ne reflète pas d’opposition, alors on part sur une procédure de don d’organe. »

    À l’hôpital d’Aix-en-Provence Pertuis (CHAPP),à l’occasion de la Journée nationale du don d’organes ce lundi, médecins et bénévoles d’associations ont tenu un stand pour lever les tabous et combattre les méconnaissances autour de cette démarche. L’établissement, déjà agréé pour les prélèvements d’organes, devient aussi « Ambassadeur du don d’organes » et concrétise ce label en cosignant une charte avec l’association Espoir 13. « Ce n’est pas un titre, mais l’engagement de faire vivre la culture du don », rappelle Maryse Blangero, cofondatrice d’Espoir 13.

    Du côté de la direction, le label permet de « relancer » les équipes, qui viennent de connaître des changements. Mais surtout « de nous motiver, d’être plus responsables, plus engagés dans le don d’organe », estime Francis Saint-Hubert, directeur de l’hôpital. Car le sujet reste crucial. « On a progressé depuis une dizaine d’années. Mais il en manque tout le temps [des dons]. Les listes d’attente dépassent le nombre de donneurs. On a chaque année des patients qui décèdent faute de greffe », pointe Malika Valenza, cadre de santé au sein de l’unité de réanimation. « Je ne pense pas que le don d’organe soit tabou, mais les gens ne parlent pas de la mort, donc n’évoquent pas cette possibilité-là. Il y a donc un manque de communication à ce sujet. Il faut en parler spontanément », encourage le docteur Annabelle Hamon, de la coordination du don d’organe.

  • Face à l’urgence sociale, la CGT 13 passe à l’offensive

    Face à l’urgence sociale, la CGT 13 passe à l’offensive

    « On a l’obligation d’élever le niveau : le 25, il y aura des actions de grève partout dans le département. » Ce lundi, à la Bourse du travail de Marseille, Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT 13, tape du poing sur la table. « Il y a 30 000 emplois qui sont menacés dans les Bouches-du-Rhône, des services publics qui se dégradent, des camarades criminalisés », tonne-t-il, le ton grave. Une référence aux multiples entreprises et industries menacées à plus ou moins court terme, à la multiplication des plans sociaux et à l’austérité qui fait tant de dégâts dans la fonction publique : « Il y a une urgence sociale. »

    Autour de lui, on retrouve des représentants de plusieurs secteurs : énergéticiens, finances publiques, agents portuaires, hospitaliers ou encore postiers… Tous sont réunis pour annoncer « une journée d’actions et de grève » qu’ils espèrent d’ampleur pour jeudi prochain.

    Concrètement, l’organisation table sur « des préavis dans plusieurs entreprises du privé », différentes actions, mais aussi un « arrêt de travail sur le Grand Port Maritime de Marseille [GPMM, Ndlr.] qui est prévu, de 9h à 15h ». Car c’est à la porte 2C qu’un « meeting » est prévu à 11h30 comme « point d’orgue » de cette journée de mobilisation.

    Tout un symbole dans la période. « La criminalisation de l’action syndicale s’intensifie. Pendant les retraites, c’était les camarades de l’énergie. Aujourd’hui, ce sont les camarades du GPMM qui sont attaqués », tempête le secrétaire général de l’UD CGT. Pascal Galéoté, secrétaire général de la CGT GPMM, justement concerné directement puisque visé par une procédure en justice, abonde : « Au port, on est à la croisée des chemins. Il y a des sites industriels historiques menacés par un manque d’investissement du patronat. Ce dernier n’a de cesse de s’alimenter des fonds publics : ArcelorMittal, Kem One… » Condamné en première instance dans l’affaire de la gestion des comptes du Comité d’entreprise du port, il rappelle : « On a fait appel, il est suspensif. On va continuer le combat : ceux qui pensaient qu’on allait être diminué, c’est le contraire. Et c’est pour cela qu’on fait ce rassemblement sur le port, un lieu symbolique. »

    Plus globalement, ce sont les militants de tous le département qui seront dans l’action. « On a une journée de mobilisation régionale sur la question des salaires. On veut vivre dignement de nos salaires et lutter contre la précarisation de nos emplois », explique Renaud Henri, secrétaire général de la CGT Énergie Marseille, évoquant une action « choc sur un poste de transport gaz qui alimente Marseille », ce jour-là. Les agents de différents services publics seront aussi dans l’action. « La fédération des services publics organise une semaine d’action sur les salaires, avec un appel à la grève le 25 justement », explique Johnny Benoit, pour la Coordination syndicale départementale des agents territoriaux, aux côtés de Frédéric Larrivée, pour la CGT Finances Publiques 13, et de Greg Fontaine pour la CGT AP-HM ou encore de Sabrina Manca pour la CGT Activités Postales. C’est d’ailleurs Baptiste Talbot, ancien secrétaire général de la fédération des Services publiques, qui va prendre la parole pour la CGT, au niveau confédéral, lors du meeting.

    Même principe à l’autre bout du département : « La CGT est menacée d’expulsion de la Bourse du travail d’Arles par le maire. Le tribunal administratif va juger l’affaire justement ce 25 juin. C’est une atteinte grave aux libertés syndicales et c’est en lien avec les discriminations dont sont victimes les camarades du GPMM », conclut Claude Mas, pour la CGT arlésienne. De quoi boucler la boucle.

  • Se baigner dans le canal de Marseille, la mauvaise idée de l’été

    Se baigner dans le canal de Marseille, la mauvaise idée de l’été

    « À l’aide, je suis tombé ! » Visiblement en difficulté, un homme se débat dans le canal de Marseille… Pour de faux. Alors que la canicule s’est abattue sur la ville, la Société des eaux de Marseille métropole (SEMM) et les marins pompiers ont organisé, ce lundi 22 juin, un exercice de sauvetage dans le quartier des Olives (13e). Là, passe une eau fraîche venue de la Durance, où s’ébattent libellules et poissons, qui peut faire envie sous le cagnard.

    « Nous sommes là pour expliquer que c’est dangereux », recadre Dimitri Migraine, chef du service adduction à la SEMM, en charge du canal et des barrages. Le site est pourtant fermé par un portail, entouré d’un solide grillage, une caméra a été installée et des lignes d’eau permettent de se rattraper et d’atteindre une échelle. Mais, près des habitations, certains peuvent tenter le diable. Or, « le courant, à raison d’un mètre seconde, et l’installation que vous voyez là au bout, un syphon qui passe sous la route », peut rendre l’expédition mortelle, poursuit Dimitri Migraine.

    La profondeur, pouvant atteindre 2 mètres par endroits, ainsi que les parois construites en forme de « V », compliquent aussi la remontée sur les berges. Le long des 97 km de canal dont elle a la charge, de La Savine à La Ciotat, la SEMM a pris le problème à bras-le-corps. Avec même des vigiles embauchés pour l’été sur 4 km environ, précise Emmanuel Guiol, directeur adjoint de l’exploitation.

    Dix noyades en 30 ans

    « L’été, c’est vrai, on se baignait minots, mais on faisait attention, on y allait quand il y avait de l’eau jusqu’à la taille » commente un voisin, maçon à la retraite, qui a contribué à l’entretien de l’ouvrage.

    Sur les 30 dernières années, « on relève une dizaine de noyades », ajoute le maître principal Jérôme, adjudant de la section interventions aquatiques chez les marins-pompiers. Une section qui compte 140 sauveteurs répartis sur cinq casernes. Son intervention la plus marquante reste celle « dans les bassins de Legré Mante », nous confie-t-il.

    Dans l’eau, ses trois hommes sont concentrés. « Deux mètres, un mètre… » L’un d’entre eux indique à celui qui tient la victime la distance qui lui reste avant d’atteindre les flotteurs. Il faut « la calmer, la rassurer et la guider », résume l’adjudant. Celle du jour s’en sort, évidemment. Le mieux restant évidemment de respecter les consignes…

    Infos sur le site
    eaudemarseille-metropole.fr

    « Le courant
    est d’un mètre seconde,
    c’est énorme »

  • Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    « Ce qui est nouveau, c’est la manière d’appréhender la production du savoir historique, non plus comme un récit qui reconstitue l’enchaînement chronologique des événements, mais comme le moyen de comprendre le fonctionnement des sociétés passées pour comprendre le changement social. » C’est par ces mots que Laure Verdon, maîtresse de conférences en histoire médiévale à Aix-Marseille Université a décrit l’apport majeur de Marc Bloch lors de la conférence organisée le 4 juin aux Rotatives de La Marseillaise par l’association Coudes-à-Coudes.

    Premier historien de profession à entrer au Panthéon, Marc Bloch a profondément renouvelé la discipline, ont rappelé Laure Verdon et Julien Loiseau, professeur d’histoire médiéviste à Aix-Marseille Université. Pour Laure Verdon, il est « de ceux qui ont défini les règles du métier d’historien ». L’écriture de l’histoire n’était pas pour lui « simplement un passe-temps ou un exercice d’érudition », mais « un véritable travail » révélant « l’utilité sociale de ce qu’est l’histoire et de ce qu’est le métier d’historien ».

    Dans une lettre adressée à son fils Étienne en 1940, il écrit : « Le métier d’historien (…) est un beau métier (…), mais c’est un métier difficile (…), il exige beaucoup de travail, de connaissances diverses, et une réelle force intellectuelle. »

    Fondateur avec Lucien Febvre de l’École des Annales, Marc Bloch rompt avec une histoire purement chronologique pour construire ce qui est appelé « l’histoire-problème ». Comprendre les sociétés plutôt que raconter les faits, croiser les apports de la géographie, la sociologie, l’économie ou la psychologie, sa méthode révolutionne durablement la recherche historique.

    Mais, pour Julien Loiseau, l’œuvre de Marc Bloch ne peut être dissociée de sa vie. « C’est cette profonde cohérence entre la vie et l’œuvre » qui frappe encore aujourd’hui. « Marc Bloch fait l’expérience de l’Histoire et quand il écrit l’Histoire, il s’appuie sur son expérience », notamment celle de la Première Guerre mondiale.

    Cette cohérence éclaire aussi son engagement dans la Résistance. Citant l’historien Patrick Boucheron, Julien Loiseau rappelle que « Marc Bloch estimait que le métier d’historien n’éloignait nullement de la vie », mais renforçait « une double responsabilité à l’égard du passé comme à l’égard du présent ». Une conception du métier qui fait dire à l’historien que « c’est en cela que l’histoire est une résistance ».

    Quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo, c’est donc autant le résistant que l’historien qui entre au Panthéon. Un homme qui souhaitait voir gravé sur sa tombe : « Il n’a chéri que la vérité. »

  • Un réseau régional pour défendre une santé planétaire

    Un réseau régional pour défendre une santé planétaire

    L’environnement a un impact sur notre santé. C’est à partir de ce constat simple que l’Agence régionale biodiversité environnement (Arbe), sous l’impulsion de l’Agence régionale de santé (ARS), a lancé ce lundi le réseau régional « Une seule santé ». Une centaine de professionnels de la recherche, de la santé, de l’environnement et des collectivités se sont réunis à l’Institut méditerranéen de la ville et des territoires pour ce lancement.

    Cette approche, qui intègre l’environnement dans les réflexions autour de la santé, est apparue dans les années 2000 au sein des agences internationales, avant de s’imposer progressivement dans les politiques publiques et les collectivités. L’idée principale est que les santés humaine, animale et végétale sont interdépendantes et liées à celle des écosystèmes dans lesquels elles évoluent. Il devient donc impossible de penser la santé sans prendre en compte l’environnement dans lequel vivent les populations.

    « Ce type d’approche permet d’arrêter de travailler chacun dans son coin et de faire dialoguer des domaines qui sont parfois hermétiques les uns aux autres », s’enthousiasme Thomas Margueron, responsable santé environnement de l’ARS. Lancé en 2024, le projet est porté par l’Arbe, choisie par l’ARS. L’objectif est de créer des synergies entre les différents acteurs, notamment à travers des groupes de travail ainsi qu’un annuaire commun pour faciliter les échanges.

    Pour cette première année, trois axes de travail prioritaires ont été définis : remettre de la nature en ville, développer la prescription de nature pour les patients et renforcer la surveillance des zoonoses, ces maladies infectieuses transmises à l’homme par les animaux.

    Engager les collectivités

    L’ambition est également d’engager les collectivités dans ces démarches, « car ce sont elles qui ont les principaux leviers d’aménagement du territoire », insiste Audrey Michel, directrice de l’Arbe région Sud. Cela concerne notamment la végétalisation des villes, l’alimentation ou encore la qualité de l’air. « Notre rôle [en tant qu’agences régionales] est d’accompagner les collectivités dans leur démarche. Et d’avoir des applications concrètes de cette approche. »

    Un réseau régional d’autant plus riche que de nombreuses expérimentations existent déjà sur le territoire, comme à l’hôpital du pays salonais ou à la Ville de Marseille, qui a créé une direction dédiée à cette question. Un réseau pour réfléchir ensemble et s’inspirer des initiatives existantes.

  • Un succès retentissant pour le Marseille-Cassis Solidaire

    Un succès retentissant pour le Marseille-Cassis Solidaire

    Dans sa volonté permanente de faire de l’événement bien plus qu’une simple course, Marseille-Cassis AG2R La Mondiale franchit un nouveau cap à l’occasion de sa 47e édition, qui se déroulera le 25 octobre. L’organisation lance en effet un dispositif inédit : « Marseille-Cassis Solidaire », une initiative qui associe défi sportif et engagement citoyen.

    Grâce à cette nouvelle formule, la course devient une opportunité de vivre l’expérience autrement, en donnant une dimension sociale, environnementale ou inclusive à sa participation. Pour cette première édition, quatre associations engagées sur le territoire provençal ont été retenues, chacune incarnant une grande cause et les valeurs de l’événement.

    La Maison des Femmes Marseille Provence accompagne les femmes victimes de violences grâce à une prise en charge globale destinée à les protéger et à les aider à se reconstruire. Sauvage Méditerranée œuvre pour la préservation de la biodiversité marine en Méditerranée, en associant recherche scientifique, sensibilisation et actions de terrain. Sport dans la Ville accompagne des jeunes issus des quartiers prioritaires vers l’insertion professionnelle grâce au sport. Enfin, la Fondation Ambroise Paré / Hôpital Européen soutient des projets visant à améliorer la prise en charge des patients ainsi que les conditions de travail des soignants marseillais.

    90 ambassadeurs investis

    Chaque association dispose de 250 dossards. Pour obtenir le sien, chaque participant doit s’engager à collecter au minimum 200 euros de dons au profit de l’une des quatre structures sélectionnées. « On a lancé un appel à projets et reçu plus de 50 candidatures. Mais on a voulu embarquer un nombre limité d’associations pour voir comment le dispositif allait fonctionner », explique Loïc Yviquel, initiateur du projet aux côtés d’André Giraud, créateur de Marseille-Cassis et ancien président de la Fédération française d’athlétisme (FFA).

    « Nous avons choisi des associations ni trop importantes, afin que les sommes récoltées aient un véritable impact pour elles, ni trop petites, pour qu’elles puissent absorber la charge de gestion », poursuit-il. Et les premiers résultats dépassent déjà les attentes.

    Six semaines après l’ouverture des cagnottes solidaires, le 4 mai, plus de 110 000 euros ont été récoltés. « Nous avons déjà atteint plus de 50% de notre objectif initial, fixé à 200 000 euros au total, soit 50 000 euros pour chaque association », détaille l’ancien responsable marketing de la FFA, qui souligne que certains participants ont déjà recueilli individuellement plus de 1 000 euros.

    Parmi les 250 représentants de chaque association, 90 auront le statut d’ambassadeur. Leur mission : mobiliser leur entourage et leur communauté afin de maximiser la collecte de dons. Parmi eux figure notamment la triple championne du monde de karaté Laurence Fischer, engagée aux côtés de La Maison des Femmes Marseille Provence. Le groupe d’électropop aixois Deluxe soutiendra quant à lui Sauvage Méditerranée, avec l’un de ses membres au départ de la course.

    « La somme récoltée sera investie dans les ateliers d’estime de soi que nous proposons aux femmes suivies chez nous. En complément de leurs consultations, elles peuvent pratiquer le karaté, la danse, le jardinage, participer à des ateliers d’écriture ou encore suivre des cours de cuisine. Cela leur permet de recréer du lien social », souligne Fanny, chargée de développement à La Maison des Femmes. Pour l’association, atteindre les 50 000 euros représenterait un précieux soutien.

  • Les Marseillais vibrent toujours pour leur Mondial

    Les Marseillais vibrent toujours pour leur Mondial

    Huitième édition du Ricard La Marseillaise, juillet 1969. Un jeune titi parisien, Marcy Marceau, éclabousse l’épreuve de sa classe dans un récital au tir hallucinant, mais échoue en finale face aux rois Besse, Bacciardi et Charly de Gémenos. Ce garçon surdoué plongé dans les méandres de l’embrouille, n’est qu’une étoile filante. L’hégémonie Marseillaise peut durer. Mais pas longtemps.

    En 1974, un autre jeune parisien bouscule la hiérarchie. La légende Foyot vient de naître. Marco remporte trois Marseillaise consécutives avec Authieu et Mélis. Depuis, la pétanque n’est plus la panacée du sud. Et La Marseillaise est devenue mondiale. Des équipes venues des cinq continents y participent, de plus en plus nombreuses. Surtout Madagascar, ce pays pourvoyeur de pépites, est entré dans la légende en 2025 avec la victoire de Lova et Yves Cedrick Rakotoarisoa, associés Tiana Laurens Razanadrakoto.

    La Marseillaise les rend fou

    Mais les Marseillais restent attachés à leur Marseillaise. Ils le crient haut et fort. Cette soif de victoire dans leur concours, « le plus beau concours du monde », jaillit sur le terrain. Le folklore est là. La grinta aussi. Le succès moins. Éric Bartoli, le prince de Marseille, plus grand joueur de sa génération, est maudit. Comme ce soir de demi-finale 1997 où il s’incline après avoir mené 12 à rien.

    En 2001, Michel Adam, dépité après une nouvelle défaite en demie, en jette ses boules dans le Vieux-Port. Pas de quoi conjurer le sort. L’année suivante, il est battu au même stade. Cette fois, c’est Puccinelli, son équipier, qui balance le micro du speaker dans l’eau. La Marseillaise les rend fous. Les deux Marseillais auront pourtant leur jour de gloire.

    Le troisième larron, du soir, Gilles Gayraud, plus posé, remportera aussi l’épreuve. Deux fois. « La Marseillaise, c’est spécial pour un Marseillais, loin devant un championnat de France et d’autres compétitions », souligne-t-il. Massoni, Lovino ou Deluy illustrent parfaitement cet esprit. Idoles de tout un peuple, ils échouent en 1995 en finale sur le Vieux-Port dans un stade d’honneur archi-comble et tout acquis à leur cause. Et qui a oublié « les minots de Saint-Louis » ? Barthelemy (aujourd’hui directeur du Mondial), Santiago et Ferrazzola sont soutenus par un quartier et une ville. Ils ont 16 ans. Sublimés, ils tombent Passo puis Foyot, avant de chuter en finale…

    C’est qu’au fil des ans, les victoires marseillaises sont devenues rares. Le jeune Bonetto est une des exceptions qui confirme la règle. Il en rêvait. Il l’avait crié haut et fort : « Je préfère gagner La Marseillaise qu’un championnat de France », au grand dam des instances nationales. Il l’a fait en 2023. Et le voilà depuis dimanche champion d’Europe sous le maillot de l’équipe de France…

    La victoire Malgache de 2025 change-t-elle la donne ? D’autres équipes étrangères peuvent-elles toucher au but ? Le débat est ouvert, même si la tendance penche vers l’exceptionnel. Gagner la Marseillaise est un véritable parcours du combattant avec d’autres paramètres à maîtriser, comme la longueur du concours, la chaleur, le contexte très spécial.

    « Depuis quelques années, nous sommes entrés dans une autre ère, poursuit Gayraud. J’ai eu la chance de le remporter, mais force est de reconnaître qu’aujourd’hui, accéder au graal est bien plus difficile. Oui, le succès des Malgaches peut faire boule de neige, mais pour l’heure, je ne vois qu’eux se positionner en potentiels vainqueurs. »

    Et les Marseillais, ont-ils toujours cette fibre pour leur Mondial ? « Absolument », affirme Aimé Courtois. Le plus frustré des Phocéens, avec trois finales perdues, continue de vibrer. « C’est incomparable. On dit que les Marseillais exagèrent, mais lors d’une finale disputée avec Da Cunha, dont c’était la première participation, il m’avait confié n’avoir jamais connu une telle ambiance. Le carré d’honneur de La Marseillaise, c’est un petit Vélodrome et gagner chez soi, c’est comme un peu battre le PSG. » Sacré Marseillais.