Category: societe

  • L’abolition de l’esclavage, une histoire de France sensible

    L’abolition de l’esclavage, une histoire de France sensible

    Moment solennel sur le quai d’honneur, ce dimanche 10 mai, pour la commémoration de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, avec des lectures de poèmes, de passages de la charte du Mandé, une des plus anciennes constitutions au monde proclamée au XIIe siècle par le fondateur de l’Empire mandingue, territoire situé dans le haut bassin du fleuve Niger, le tout animé par le groupe Tambores.

    C’est de ce quai que « sont parties une centaine d’expéditions négrières pour alimenter ce commerce ignoble, une activité qui participa aussi à la prospérité de la ville », a rappelé en préambule Wally Tirera, président du collectif Paca pour la mémoire de l’Esclavage, en présence de nombreux élus, d’associatifs et de représentants de l’État. Plus précisément à partir de 1783, et pendant une dizaine d’années, lit-on sur le site de Mars Imperium, plateforme créée par une soixantaine de chercheurs en 2025 qui relate l’histoire coloniale et post-coloniale de Marseille.

    « Qu’est-ce qui justifiait le fait de faire des Africains des choses ? », s’interroge Wally Tirera. Il dénonce « un déni d’humanité habillé d’une véritable législation teintée d’une justification théologique au service du profit des nations esclavagistes qui s’estimaient au-dessus de la communauté humaine ».

    « Solidarité entre toutes les souffrances humaines »

    Alors que la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité fête ses 25 ans, en France, « pays aux trois abolitions dont deux officielles », le sujet reste sensible, estime le président du collectif, regrettant « une histoire encore aujourd’hui difficilement évocable, assumable ». Il en veut pour preuve une « institutionnalisation compliquée » avec un comité de la mémoire de l’histoire de l’esclavage « dirigé par des personnes légitimes et compétentes », disparu en 2019 « avec la création de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, opposant les associations les unes contre les autres en distribuant des labels ». Un label qu’il vit comme « une hérésie ».

    En plaçant la cérémonie sous le thème des « résistances », aux « oppressions, au racisme, à l’antisémitisme, à l’esclavage moderne avec ses 50 millions de victimes », Wally Tirera inscrit le collectif en « solidarité entre toutes les souffrances humaines, dans le partage de cette histoire dramatique, notre histoire commune ». Rappelant que 6 000 organisations à travers le pays œuvrent à cette mémoire, il prône « l’unité et la concorde ». L’hommage s’est terminé en silence avec le jet de pétales dans l’eau du Vieux-Port.

  • Le leader de l’énergie rapatrie ses productions en Europe

    Le leader de l’énergie rapatrie ses productions en Europe

    Notre projet Azur consiste à relocaliser, en Europe, nos entreprises basées en Chine. Nous allons mutualiser notre ligne de production avec un acteur historique du secteur, le fabricant autrichien, Sonnenkraftun. C’est une décision qui fait suite à la réduction de la TVA, l’an dernier, qui est passé de 20% à 5,5% en Europe », explique Jérôme Mouterde, directeur de Dualsun. Le PDG a cofondé l’entreprise en 2010, avec Laetitia Brottier, sur un concept de panneaux solaires hybrides.

    Trouver sa place

    Implantée à Marseille (13e), l’entreprise se démarque, dès son lancement, avec un prototype innovant. Un panneau solaire qui combine production d’eau chaude et stockage d’énergie. La société se hisse rapidement au rang de leader français dans le marché de l’équipement énergétique en région Paca, puis dans le pays. Son essor correspond à environ 25% de parts de marché dans la couverture en panneaux photovoltaïques des résidences. Cette première réussite lui a permis de se lancer dans un marché plus concurrentiel : celui du panneau photovoltaïque classique. Un secteur déjà largement dominé par les entreprises chinoises, qui représentent aujourd’hui 98% des panneaux solaires importés en Europe.

    Et si « une gamme des panneaux hybrides est aujourd’hui produite en Rhône-Alpes, rappelle Jérôme Mouterde, une partie des sites de production de panneaux solaires classiques a dû être installée en Chine, il y a six ans, pour résister face au géant chinois ».

    « Concurrence déloyale »

    Une délocalisation qui avait été motivée par des coûts de production « 50% plus élevés en France », précise le directeur. Un écart aujourd’hui finalement « rééquilibré » avec cette baisse de TVA à 5,5% au lieu de 20%. C’est cette récente réforme qui l’a poussé à tisser un partenariat avec la société autrichienne historique, une occasion de « participer à la souveraineté énergétique française, estime-t-il, à ce jour bien plus vulnérable que son concurrent chinois », dans le domaine des énergies renouvelables.

    Le PDG s’avoue malgré tout « dubitatif », quant à la durabilité de cette réforme, qu’il espère voir « s’ancrer dans le temps, avec des réglementations plus claires ». Avec toujours l’objectif affiché, à terme, de « s’implanter dans la région ».

  • Eau contaminée à Rousset : l’enquête confirme l’origine hydrique de l’épidémie

    Eau contaminée à Rousset : l’enquête confirme l’origine hydrique de l’épidémie

    L’épisode de gastro-entérites survenu à Rousset, le 16 avril dernier, a trouvé son explication. Cet événement avait entraîné des restrictions de consommation de l’eau du robinet pour l’ensemble des habitants de la commune jusqu’au 24 avril. Une enquête épidémiologique avec un questionnaire, lancée le 17 avril, avait recueilli 1 182 réponses et a permis d’identifier 895 personnes ayant déclaré des symptômes entre le 2 et le 22 avril. Parmi elles, 86% avaient un lien avec la commune de Rousset (lire notre édition du 23/04).

    Les conclusions de Santé publique France viennent d’être rendues publiques Selon ce rapport, l’épidémie est désormais clairement attribuée à une « origine hydrique ». Elle est liée à une « contamination du réseau d’eau potable », exploité par la Société des Eaux de Marseille (SEM), ainsi qu’à un « un dysfonctionnement du système de chloration ». Les analyses microbiologiques ont révélé la présence de plusieurs agents « pathogènes ». Parmi eux, des virus de type norovirus et rotavirus, mais également des bactéries telles qu’Escherichia coli.

    Santé publique France évoque également une hypothèse pour expliquer cet épisode : un phénomène de « retour d’eau » qui aurait pu entraîner une intrusion d’eaux usées dans le réseau d’eau potable. Cette piste est avancée « au regard des éléments microbiologiques observés », sans être présentée, à ce stade, comme une certitude définitive.

    « échanges constants »

    La municipalité de Rousset, dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, rappelle s’être « mobilisée dès les premiers signalements ». Elle souligne avoir maintenu « des échanges constants » avec l’Agence régionale de santé, les autorités sanitaires et la SEM, tout en « assurant l’information de la population et le suivi quotidien de la situation ». Des mesures de précaution ont été mises en place « rapidement », notamment la distribution de dizaines de milliers de bouteilles d’eau, rendue possible grâce à « l’engagement de nombreux bénévoles ».

  • [Chronique corse] Se souvenir du 8 mai 1945, sans oublier 1943

    [Chronique corse] Se souvenir du 8 mai 1945, sans oublier 1943

    C’est une victoire contre le fascisme, une victoire pour la liberté, arrachée au prix de millions de vies et de sacrifices immenses. Une victoire qui rappelle le courage de celles et ceux qui ont résisté à la barbarie et refusé la soumission.

    Mais se souvenir du 8 mai, c’est aussi refuser une mémoire incomplète. Car la Libération ne s’est pas faite en un seul jour, ni partout au même moment.

    Bien avant 45, des territoires avaient déjà engagé ce combat décisif pour la liberté. La Corse en fait partie.

    En septembre et octobre 1943, la Corse devient le premier territoire français métropolitain libéré.

    Cette libération est le résultat d’un soulèvement de la Résistance corse, appuyée par les forces françaises venues d’Afrique du Nord et les Alliés. Dans un contexte difficile, les Corses ont su refuser l’occupation fasciste, organiser la lutte et ouvrir la voie à la reconquête du territoire national.

    Danielle Casanova

    Cette résistance, la Corse l’a portée sous de multiples formes sur son sol comme bien au-delà. Elle a aussi des visages, ceux de Danielle Casanova, jeune Ajaccienne morte à Auschwitz en 43, ou de Jean Nicoli, figure de la Résistance fusillé la même année. Leur engagement rappelle que ce combat s’est mené partout, souvent au prix de la vie, dans l’espoir d’un avenir débarrassé du fascisme et de l’oppression.

    Rappeler le rôle de la Corse dès 1943, ce n’est pas opposer les mémoires, bien au contraire, mais rendre justice à toutes celles et ceux qui ont combattu.

    Le 8 mai 1945 marque la victoire contre le nazisme. En Corse, cette victoire porte aussi le souvenir d’un peuple engagé dans la Résistance et le combat pour la liberté dont la libération de l’île en 1943 constitua l’un des premiers grands actes de la reconquête du territoire national. Une mémoire précieuse, qui oblige encore aujourd’hui à défendre sans relâche les valeurs de paix, de justice et de fraternité.

  • Au Crous, le repas à 1 euro enfin généralisé

    Au Crous, le repas à 1 euro enfin généralisé

    Depuis lundi 4 mai, le repas à 1 euro n’est plus réservé aux seuls étudiants boursiers. Dans les restaurants universitaires du Crous, tous les étudiants peuvent désormais bénéficier de ce tarif unique, partout en France. À Montpellier, où la vie étudiante pèse lourd dans la ville (17% de la population), la mesure prend une résonance particulière. Les étudiants auront droit à un plat et deux accompagnements : entrée, fromage, dessert ou fruit.

    À Montpellier, 37 points de restauration du Crous sont concernés : 6 restaurants universitaires, 9 brasseries, 21 cafétérias et une pizzeria, auxquels s’ajoutent 14 restaurants conventionnés. Il suffit de présenter une carte étudiante ou d’être doctorant ou volontaire en service civique, avec un compte Izly actif. Pour beaucoup, l’économie paraît modeste vue de loin. Mais, dans un budget étudiant, les 2,30 euros gagnés à chaque repas comptent. « Entre le loyer, l’essence et les courses, je calcule tout. Là, je sais que je peux manger chaud, équilibré, sans exploser le budget. Ce n’est pas juste un repas moins
    cher, c’est un stress en moins
     », témoigne Lina, étudiante à Montpellier.

    Le défi de l’affluence

    Reste désormais à tenir la cadence. À Montpellier, plus de 2,7 millions de repas ont été servis en 2025 par le Crous, dont 1,7 million à des étudiants boursiers. Le Crous de Montpellier-Occitanie s’attend à une hausse de fréquentation, estimée nationalement autour de 12%. Pour y faire face, 20 équivalents temps plein doivent être recrutés, en renfort des quelque 250 agents déjà mobilisés. Une enveloppe de 82 500 euros est aussi prévue pour des investissements d’urgence, notamment à Vert-Bois, Boutonnet et Triolet.

    Sandrine Cloarec, directrice générale du Crous Montpellier-Occitanie, se veut rassurante : « Dans l’assiette, rien ne change. Il s’agit du même repas, des mêmes quantités, de la même qualité et de la même diversité que ce que nous proposions la semaine dernière. » Elle rappelle aussi que « la production d’un repas servi au Crous coûte entre 8 euros et 9 euros », désormais proposé à 1 euro à l’ensemble des étudiants.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    Dans la chimie, il fallut quatre arrêts collectifs de travail d’une heure dans quatre usines. Ainsi, aux usines Kuhlmann, Rocca‑Tassy de Roux, les actions se répétaient pour le maintien des avantages acquis, le paiement de 25% sur les primes et pour protester contre les employeurs qui maintenaient l’abattement de 10% sur les salaires des femmes. Le 28 août, le personnel de la Compagnie générale des pétroles arrêta le travail le matin de 7h30 à 8h30. Des points de vue divergents décidèrent de porter le différend devant le ministre du Travail. La réaction des travailleurs ne se fit pas attendre. Le soir même, les ouvriers arrêtèrent le travail à l’Électrochimie de la Barasse en laissant sur place le personnel nécessaire au fonctionnement de l’usine. Le lendemain matin, le travail reprenait normalement, le syndicat respectant les mots d’ordre de la CGT en faveur de la production et des arrêts de travail de brève durée. La chimie avait un patron de combat, Keller, que nous dénoncions et qui n’avait qu’un but : arrêter le progrès social en fomentant des refus et des troubles. Le syndicat dirigé par deux bons camarades, Antoine Vabre et Maurice Alby, déjoua ce piège. En général, notre action porta ses fruits : en octobre les revendications ouvrières étaient satisfaites et les accords tenaient compte des avantages acquis.

    Mais l’inspecteur divisionnaire du travail fut rappelé à Paris, dénoncé par le CNPE, le Parti socialiste et le préfet comme un « ami de Lucien Molino et de la CGT ». Il est vrai que, dans de nombreux cas, il avait aidé les travailleurs. C’était un inspecteur honnête qui fut regretté par les syndicats. À Paris, on l’installa dans un bureau sans responsabilité et il attendit l’âge de la retraite. Dans mes déplacements dans la capitale, je lui rendais visite et j’ai pu me faire une idée de ce qu’étaient capables de faire les ennemis de la classe ouvrière.

    Les élections municipales du 19 octobre 1947

    Ces élections furent marquées par la montée du RPF et l’effondrement du MRP, tandis que le Parti maintenait, dans les grandes villes, les positions obtenues en novembre 1946. À Marseille, le PC augmentait son score de 1 000 voix et la SFIO de près de 4 000 voix. Pourtant, les bouleversements dans notre département furent importants. Nous perdîmes Marseille au bénéfice de Carlini, avec la complicité du Parti socialiste, et Aubagne à la suite d’une entente entre la SFIO, le RPF et le MRP. Arles, La Ciotat et Martigues passaient aux mains des socialistes soutenus par le RPF. La SFIO gardait la mairie d’Aix grâce au MRP. À Salon, Francou (MRP) obtenait sa réélection avec l’aide des socialistes.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [La recette du Vieux-Port] Seiche au fenouil et à la tomate

    [La recette du Vieux-Port] Seiche au fenouil et à la tomate

    C’est sur l’étal de Sandrine et Kylian, que le choix d’Élisabeth s’arrête ce matin. Ce sera de la seiche ! Explications : « Je sors mon faitout et je fais revenir dans l’huile d’olive des oignons émincés, 2 ou 3 fenouils et une gousse d’ail tout en remuant. Puis j’ajoute un fond d’eau. Je coupe en gros morceaux ma seiche que j’ai nettoyée, délestée de son os et mets à part son encre pour une future recette. Je les dépose dans la marmite avec des tomates fraîches. Sel, poivre et je laisse cuire à feu doux environ 30 mn. Je l’accompagne dans l’assiette de riz de Camargue. »

  • Dix projets innovants primés

    Dix projets innovants primés

    Dix projets portés par des acteurs de la région et financés par l’Union européenne ont été récompensés ce jeudi 7 mai à l’hôtel de Région, à Marseille. C’est le projet de l’ambulance connectée qui a remporté le prix du public lors de cette 4e édition.

  • Rendez-vous très prochainement aux Fêtes de La Marseillaise !

    Rendez-vous très prochainement aux Fêtes de La Marseillaise !

    Samedi 23 mai

    Fête de La Marseillaise Var. Toulon, plages du Mourillon

    entrée gratuite

    De 10h à 20h30. Expositions, village du monde, féministe, librairie, animations, jeux d’enfants, guinguette, restauration rapide. Lectures, fresques, animations, poésies. Concerts Chichi et Banane de 12h30 à 14h30. Tremplin groupes locaux 19h. Concours de boules doté. 2 euros par personne. Débat « la paix » avec des témoins de ces enjeux humains, industriels, diplomatiques et sociétaux.

    https://www.fetelamarseillaise83.fr

    Dimanche 24 mai

    Fête de La Marseillaise Vaucluse. Avignon, île de la Barthelasse, parc des Libertés

    entrée gratuite

    10h30 Débat « Le rôle social du roman noir ». Repas. 14h15 Théâtre « Emballages », pièce d’André Benedetto compagnie La Parole Rouge. 15h15 Débat. La démocratie mise en péril par le numérique ? Avec Alexandre Basquin, sénateur du Nord. 17h Concert, Reno Bistan. Suivi de la Chorale Sauvage.

    Samedi 27 juin

    Fête de La Marseillaise Alpes.

    La Bâtie-Neuve,

    La Carline

    entrée prix libre

    De 10h à 1h du matin. Débats, bar, restauration concerts punk rock et métal. Groupes Los Fralibos, De Mist, Airain, scène ouverte…

    Contact : 06.76.27.84.73

  • [Chronique des invisibles] Il existe pire que mourir, c’est vivre avec ses morts

    [Chronique des invisibles] Il existe pire que mourir, c’est vivre avec ses morts

    L’extrême solitude de celui où celle qui reste, enfermé dans ses souvenirs, le silence pour ombre, est insoutenable et pourtant le lot quotidien de nombreuses personnes, à force d’être dans les replis sombres de la société, on en vient à les oublier. C’est cette mamie, dont l’âge ne peut être donné, qui promène son chien dans une poussette d’enfant tout en s’en servant comme déambulateur.

    C’est cet homme qui essaie maladroitement d’engager une discussion par une blague et dont on s’écarte comme s’il refoulait du bec. C’est cette veuve taciturne, dont les sorties sont fléchées, au Super U, à sa boîte aux lettres dont la gueule reste toujours vide… Il y a aussi cet homme aux mains tremblantes, assis toujours à la même table du café, devant un demi. Il n’y touche presque pas. Il regarde la porte. On pourrait croire qu’il attend quelqu’un. Mais personne ne vient jamais. Le serveur, par habitude plus que par compassion, lui adresse un signe de tête. C’est leur seul échange. Les âmes esseulées ne font pas de bruit. Elles ne cassent rien, ne revendiquent rien. Elles s’effacent doucement, polies jusqu’à disparaître. Elles apprennent à réduire leur présence, à ne pas déranger, à occuper le moins d’espace possible, comme si exister encore était déjà de trop. On les croise sans les voir. Ou plutôt, on choisit de ne pas les voir. Parce qu’il y a dans leur solitude quelque chose de contagieux, une peur sourde qu’elle nous désigne, nous aussi, comme futurs habitants de ce désert. Alors elles développent des rituels. Des trajectoires immuables. Le même banc, à la même heure. Le même journal acheté sans être lu. Le même pain, parfois durci avant d’être entamé. Le temps, pour elles, n’avance plus vraiment. Il se répète, en boucle, comme une phrase dont on aurait oublié la fin. Et pourtant, il reste, chez certaines, une étincelle presque imperceptible. Un sourire esquissé quand un enfant les regarde sans crainte. Un merci trop appuyé pour une porte tenue. Un mot de trop à la caissière, comme une tentative fragile d’exister encore dans le regard de quelqu’un. C’est peut-être là, dans ces infimes débordements, que la vie résiste encore. Pas dans les grandes déclarations, ni dans les gestes spectaculaires. Mais dans ce presque rien qui refuse de s’éteindre. Parce que vivre avec ses morts, ce n’est pas seulement porter leur absence. C’est continuer, malgré tout, à chercher une présence.

    Mais il faut bien le dire : cette solitude n’est pas un accident. Elle n’est pas une fatalité tombée du ciel comme la pluie ou l’hiver. Elle est organisée, produite, entretenue. On parle de « liens sociaux » comme on parle d’un service public défaillant, avec des mots technocratiques qui masquent mal l’abandon. On ferme les lieux de rencontre, on raréfie les services de proximité, on remplace les visages par des interfaces, les voix par des messages automatiques. Et l’on s’étonne ensuite que certains disparaissent dans les interstices.