Category: societe

  • [#DisMoiPourquoi] Posez les questions insolites des enfants aux chercheurs

    [#DisMoiPourquoi] Posez les questions insolites des enfants aux chercheurs

    Dis-moi pourquoi y a-t-il des inégalités entre les humains ? Quand l’eau chauffe dans une casserole, elle fait des bulles ? On peut glisser en chaussette et pas pieds nus sur du carrelage ? Pourquoi les fourmis trouvent toujours le chemin du sucre, elles ont un GPS dans leur tête ?

    Pour nous éclairer, Laboratoires, instituts, muséum d’histoire naturelle, centre de recherche, Universités… grâce aux Petits Débrouillards, pas moins de 21 acteurs se plient en quatre du 2 au 12 octobre. La biologie, la physique chimie, les science humaines et sociales, l’écologie, la santé et l’approche globale One health… Tous les domaines sont concernés.

    Tout le monde peut participer !

    Vous avez une question ? Posez -là depuis chez vous, à l’école ou à la bibliothèque. Donnez nous le prénom de l’enfant, son âge, sa classe, son école et sa ville. En partenariat avec les Petits débrouillards, les scientifiques répondent à tous individuellement.

    Et envoyez le tout par mail à : dismoipourquoi@lamarseillaise.fr
  • Police et milice main dans la main ? Le rapport qui accable

    Police et milice main dans la main ? Le rapport qui accable

    Avec l’arrêté préfectoral d’interdiction de la manifestation du 24 octobre, on ne savait pas trop à quoi s’attendre à Montpellier pour l’acte 2 contre la vie chère.

    Ce qu’on n’aurait pas imaginé, c’est que l’ultra droite et certaines forces de l’ordre agiraient de concert dans une volonté commune de réprimer le mouvement social.

    C’est en tout cas ce que semble prouver le rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM). Dévoilé le 28 octobre à la presse sur la base de vidéos, photos, de recherches sur les réseaux sociaux et avant tout d’un travail minutieux sur le terrain (3 équipes de 3 observateurs), le document est accablant.

    Il tend à démontrer qu’à plusieurs reprises en centre-ville, samedi 24 octobre, des groupes de jeunes proches de la mouvance ultra-droite, ont librement déambulé aux côtés de formations de CRS, provoqué et invectivé des manifestants, mais aussi participé à des interpellations et commis des violences sous les yeux de policiers, sans jamais être entravés, contrôlés, ni interpellés.

    Les jours précédents, l’influenceur d’extrême droite Ahpha_Rise avait lancé un appel sur les réseaux sociaux à former des groupes de protection soi disant pour protéger des commerces de potentielles dégradations et pillages (comme ceux survenus le 17 octobre en marge de l’acte 1). Sur les photos et vidéos compilées par l’OLM, plusieurs personnes semblent avoir répondu présentes, reconnaissables à leur foulard blanc noué autour du bras ou dépassant de la poche. Organisés en milice, ces individus ont sévi à plusieurs reprises, certains cagoulés, d’autres à visages découverts aisément identifiables.

    D’abord à 16h30 au bas de la rue de la Loge. Près d’une vingtaine de CRS à qui ils tournent le dos, une poignée de ces individus insultent et provoquent un groupe de manifestants qui leur font face côté Comédie. Pleuvent ensuite les projectiles et les coups. Aucune réaction du cordon de CRS qui observe la scène environ 20 mètres plus haut. Lorsque des manifestants se rebellent et que la milice en sous nombre paraît malmenée, les CRS se mettent à charger. On voit qu’ils évitent les membres au foulard blanc pour foncer sur les manifestants qu’ils matraquent. À aucun moment les miliciens ne sont inquiétés, ils déambulent librement au milieu des policiers. Un milicien se permet même des coups de pied à une personne à terre sans conséquence. Lors du repli des CRS, on semble distinguer le pouce levé d’un policier, probablement à l’attention d’un milicien qui se replie avec eux.

    Pour Sophie Mazas, la présidente héraultaise de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), la scène illustre un « traitement différencié » avec une « passivité » vis-à-vis des actes répréhensibles du groupe d’ultra-droite mais aussi une « proximité opérationnelle » avec les CRS.

    L’ultra droite a déjà sévi

    Second exemple une heure plus tard sur l’Esplanade. Face à l’office de tourisme, trois jeunes miliciens traînent une personne au sol, la frappent et la remettent aux CRS qui l’interpellent. Les trois jeunes sans aucun brassard de policiers repartent tranquillement. L’un se permet même de toucher la hanche d’un policier. Enfin, à 19h55 devant l’arrêt de tram Observatoire, une scène interroge. Les images montrent deux voitures de la Brigade anticriminalité s’arrêter et un groupe de jeunes s’approcher en déployant des foulards blancs. Assiste-t-on à une sorte de congratulations ? Toujours est-il qu’aucun contrôle n’est opéré.

    Pour la LDH34, ces faits s’apparentent à une « action coordonnée », un « schéma organisé et répété », pas à des « actes isolés ». Des comportements « contraires au droit constitutionnel et aux droits fondamentaux », une milice qui travaillerait au maintien de l’ordre aux côtés de CRS s’inscrivant hors du cadre légal et républicain.

    À Montpellier, ce n’est pas la première fois que l’extrême droite s’en prend violemment au mouvement social. On se souvient du commando de la fac de droit en 2018 ou des violences des Beaux-Arts de septembre 2025.

    Par le passé, la préfecture avait tendance à réduire ce genre d’événements à des rixes entre bandes rivales. Pour la LDH qui s’apprête à saisir le procureur de la République et lui transmettre ses éléments, « cette rhétorique ne tient plus ». Pour l’heure, la préfecture de l’Hérault n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, le procureur a ouvert une enquête.

  • Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

    Depuis que le maréchal Pétain a été nommé chef de l’État français, notre belle devise, « Liberté, Égalité, Fraternité », conquise par la Révolution française de 1789, est remplacée par le morbide « Travail, Famille, Patrie » d’un gouvernement qui va dès lors s’employer passivement – et bientôt activement – à se soumettre aux exigences de nos envahisseurs, et dans beaucoup de cas, à devancer celles-ci.

    Car la France est maintenant « occupée ». C’est d’abord la zone nord et Paris qui en font les frais, puisque notre pays est coupé en deux par une stricte « ligne de démarcation ».

    Le gouvernement de Pétain et de Laval se prononce pour un État français qui, après l’infâme entrevue de Montoire*, se met à la disposition du chancelier Hitler. L’idéologie raciale antisémite est peu à peu appliquée en France par l’institution même de décrets qui privent insensiblement les Juifs de leurs droits légitimes de citoyens français en dénaturalisant tous ceux qui avaient obtenu cette citoyenneté à dater de 1937.

    En fait, nous établissons notre arbre généalogique, qui révèle huit générations de Français au moins. Huit générations françaises, c’est ce que l’on exige de notre famille pour nous considérer à l’abri des décrets discriminatoires.

    Cependant, devant le danger potentiel, mes parents décident d’envoyer mes deux frères se cacher dans le Gard grâce à un réseau de pasteurs protestants.

    Moins de deux mois après, mes frères reviennent à Marseille pour rejoindre la famille, ne supportant pas et ne comprenant pas cette séparation.

    Finalement, c’est sur ce refus d’être séparé de la part des familles juives que tout va se jouer dès les premières arrestations.

    Nous ne pouvions pas partir en laissant ma grand-mère, et surtout mon grand-père, qui était paralysé et dont l’état nécessitait une garde de jour et de nuit. Tante Reine, qui fut assignée à résidence mais échappa à la déportation parce qu’elle était mariée à un catholique, avait, pour protéger sa fille issue d’un premier mariage, ma cousine Janine, placé celle-ci dans un couvent en Dordogne.

    *Lors de cette rencontre entre Pétain et Hitler, qui a lieu le 24 octobre 1940 dans la gare de Montoire-sur-le-Loir, symbolisée par leur poignée de main très diffusée, le maréchal engage la France dans la voie de la collaboration avec l’Allemagne nazie. Le 30 octobre suivant, le chef de l’État français s’explique ainsi : « C’est librement que je me suis rendu à l’invitation du Führer. Je n’ai subi, de sa part, aucun “diktat”, aucune pression. Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J’en ai accepté le principe. Les modalités en seront discutées ultérieurement. […] »

    à suivre la semaine prochaine…

  • 150 contre la venue de Charles Alloncle à la librairie Les Arcenaulx

    150 contre la venue de Charles Alloncle à la librairie Les Arcenaulx

    Plus de 150 manifestants se sont rassemblés sur le cours d’Estienne-d’Orves, ce vendredi soir, pour dénoncer la séance de dédicaces organisée à la librairie Les Arcenaulx pour le livre du député UDR Charles Alloncle. C’est face aux slogans « RN casse-toi, Marseille est antifa » qu’a été accueilli l’instigateur d’une commission parlementaire à charge contre le service public audiovisuel, accompagné par le député RN Franck Allisio. Qui sont entrés sans un mot pour la presse, l’événement qui n’a attiré qu’une centaine de personnes étant interdit aux médias. « Si on se mobilise, c’est qu’il y a moins d’une semaine, un sympathisant RN a tué une personne et en a blessé cinq autres », expliquait un militant au mégaphone en mettant en cause la responsabilité du parti d’extrême droite et des officines médiatiques du groupe Bolloré dans l’attentat raciste de Trappes. « Il ne faut pas laisser un pouce de terrain aux idées fascistes qui sont des idées mortifères », dénonçait Keto*, de la CGT spectacle, en rappelant ses attaques contre l’audiovisuel public. L’association Libraires du Sud a aussi dénoncé la séance dans cette librairie rachetée en 2025, révoltée qu’elle « devienne un outil de diffusion d’idées politiques nauséabondes ».

    *Le prénom a été modifié

  • Philippe Pujol : « Détruire la complexité est le sabotage absolu »

    Philippe Pujol : « Détruire la complexité est le sabotage absolu »

    La Marseillaise : Quel est le point de départ de « Sabotages »,
    votre nouveau livre ?

    Philippe Pujol : Je voulais écrire un livre de reportage sur le thème du sabotage autour du mouvement Autonomes. J’avais déjà en tête le fait que le vrai sabotage de notre société est systémique avec une alliance de l’extrême droite et d’une certaine bourgeoisie, et voulais aller vers ça. Mais dès le départ, c’est compliqué, plus que les stups ou l’extrême droite. Puis après trois jours de « formation sabotage » avec des anarchistes du sud-ouest, Mehdi Kessaci est assassiné et je me retrouve sous protection policière. Avec deux flics sur le dos, je ne peux plus suivre des gens qui veulent saboter les infrastructures de la République. Il y a de la paranoïa chez eux, ils sont fichés S et jouent leur survie. Toute communication se coupe d’ailleurs instantanément.

    C’est ce qui vous mène à écrire ce qui apparaît comme un essai réflexif ?

    P. P. : Avec cette deuxième partie que j’avais en tête, je voulais aller vers ça, oui. J’expérimente l’écriture : La Fabrique du Monstre mêle reportage et enquête politique, La Chute du Monstre est un pur pamphlet, Cramés un reportage au cœur d’une jeunesse à la dérive, Marseille 2040 un récit d’anticipation, Alta rocca un roman historique. Là, dans un autre exercice, très classique dans sa construction, mais peut-être moins dans son écriture, j’essaie d’analyser la destruction de la complexité. Il est là, le sabotage absolu.

    Vous dressez le constat d’un monde dont les structures cognitives, sociales, institutionnelles et économiques sont méthodiquement cassées. Pourquoi ?

    P. P. : Ce sabotage de notre société se fait à l’opportunité. Chacun sabote pour ses intérêts propres. Pour moi, le premier des sabotages, celui des institutions politiques et sociales, est le fait de l’alliance de l’élite financière et des autoritaires d’extrême droite qui veulent mettre fin au progressisme social et écologique qui n’est « pas bon pour le business ». Cela se fait dans une mésinformation constante. On ne sait plus ce qui est vrai ou faux et on se rattrape à des choses qui tombent dans le simplisme et la théorie du bouc-émissaire : « les immigrés », « l’extrême gauche », « les woks »… Le sabotage cognitif, celui de notre capacité d’attention, qui nous amène à être dans la sidération et plus dans l’action, est, lui, le fait des patrons de la tech qui n’ont qu’un objectif : faire du profit sur une économie de l’attention. Sa conséquence est une incapacité à appréhender la complexité et l’acceptation de tout. Puis il y a le sabotage économique, l’économie de la rente, dont le principe de faire payer le passage et ne plus produire.

    Et vos saboteurs Autonomes ?

    P. P. : Mes Autonomes apparaissent petit à petit comme des contre-saboteurs, des résistants et pas comme le problème. Je ne suis pas toujours en accord, mais leur intention est de montrer ce qui ne va pas. Quand ils cassent un data center, ça va au-delà, ils veulent montrer à l’opinion publique que le problème est dans ce qu’on y stocke.

    Le 17 octobre, à Marseille, certains s’en sont pris à la mairie et à un commissariat. Vous considérez qu’ils pointent ce qui ne va pas ?

    P. P. : D’abord, le mouvement lycéen et étudiant part d’un monde éducatif, l’école, qui est saboté depuis Claude Allègre. Il voulait dégraisser le mammouth, aujourd’hui, ils veulent l’achever. C’est toujours la même stratégie. On sabote l’efficacité du service public pour mieux privatiser. Parcoursup est une machine à privatiser l’éducation. Ceux qui ont les moyens ou pas même, vont dans des écoles privées ou dans de l’alternance qui est du travail privé financé par de l’argent public.

    Mais les lycéens n’ont pas cassé.

    P. P. : Non, mais à partir du moment où ils sont dans la rue, se greffent à eux les activistes anticapitalistes qui, ils l’ont toujours fait, mènent des actions symboliques. Eux-mêmes ne pillent pas, ils provoquent et savent qu’une partie de la population qui est dans une contestation qui s’ignore, va se greffer. Un lumpenprolétariat, les quartiers populaires au sens le plus large, à qui on impose de consommer et de posséder comme le seul signe de réussite sans lui en donner les moyens. à un moment donc, il prend. ça me rappelle un slogan de GTA V, affiché en 4×3 dans la ville en 2013 : « Ce que tu n’as pas, prends-le. » Ils voient qu’on valorise les voyous, les Sarkozy et Le Pen ont beau taper dans la caisse, on les met en avant. Eux aussi veulent leur part. Et après, il ne faut pas oublier, quelques groupes de banditisme des quartiers nord qui sont organisés, bien renseignés et savent qu’il va y avoir ces moments chaotiques. Mais, tout ça, ce sont les conséquences d’un monde cassé.

    Vous n’êtes pas surpris de voir cette Gen Z, qui a les yeux rivés sur son téléphone, descendre dans la rue ?

    P. P. : Cette économie de l’attention touche tout le monde et contrairement aux plus vieux, les jeunes ne sont pas ou peu sabotés par les chaînes d’info continue, type Cnews. Mais les mouvements lycéens ont toujours existé. Là, ce qui m’a agréablement surpris, c’est de voir la jeunesse des milieux populaires, pas trop marseillais, mais des banlieues parisiennes, revendiquer et se politiser. Ce fameux drapeau palestinien est en fait devenu le drapeau de la contestation sociale, celle des opprimés sur les oppresseurs et ne veut pas dire autre chose. Il faut aussi voir que c’est la génération Covid qui manifeste, une génération qui en a marre d’être sans arrêt enfermée. Elle est enfermée à la maison comme dans Parcoursup. Aujourd’hui, on a une augmentation de presque 80% des problèmes de santé mentale chez les jeunes, principalement liés à un monde complexe qui ne fait pas envie. Ceux-là, ils sont plutôt enfermés dans des jeux en réseau. Certes, il y a une jeunesse politisée, mais la plupart de la jeunesse, elle s’enferme à la maison. Il ne faut pas se raconter trop d’histoires non plus.

  • Aux assises, les messages cryptés au cœur des débats du triple narchomicide

    Aux assises, les messages cryptés au cœur des débats du triple narchomicide

    à charge ! ça me démange ! », s’écrie soudainement Karim Harrat depuis le box vitré. « Vous ne pouvez pas prendre la parole de façon intempestive », tonne, dans la foulée, le président. Depuis quelques minutes, l’accusé s’agite, conteste dans sa barbe les faits déroulés à la barre par le commandant de police et estime que cette partie du dossier est délibérément montée contre lui. Dans le cadre du triple narchomicide jugé depuis le 19 octobre aux assises, à Aix, l’officier de police judiciaire retrace, dans les grandes lignes, comment les enquêteurs ont remonté la piste de plusieurs utilisateurs de Sky ECC. Développée par la société Sky Global, cette messagerie cryptée, notamment utilisée par les réseaux criminels, a été infiltrée pour la première fois en 2021 par les services de police.

    Rembobinons. En décembre 2021, les enquêteurs versent au dossier des échanges Sky ECC interceptés dans une autre procédure de la Junalco (Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée), devenue Pnaco (Parquet national anticriminalité organisée) : deux utilisateurs, W7 et D2, échangent au sujet d’un « véhicule de location taché de sang », qui « semble faire état d’un corps découpé en plusieurs morceaux dans un véhicule », ainsi que d’un paiement de « 50 000 euros », résume le dossier. En croisant ces messages avec d’autres conversations liées à un point de vente de stupéfiants, ils tentent de relier des identifiants numériques aux personnes qui les utilisent. Le compte W7, utilisé sous les pseudos de « Diego Costa » et le « Rant 2 » pourrait appartenir à Karim Harrat, selon ce commandant de police. Tandis que le compte D2, utilisé sous le nom de « Keizo » pourrait être utilisé par Mahdi Z, présenté, dans d’autres affaires, comme un membre présumé de la DZ Mafia.

    « Faisceau d’indices »

    Ces rapprochements reposent sur le croisement des conversations, des pseudonymes et d’autres indices, dont une photographie de billets de train réservés au nom de Mahdi Z. Mais l’utilisateur derrière D2 reste difficile à identifier avec certitude. L’analyse des échanges conduit également les enquêteurs à soupçonner Karim Harrat d’avoir utilisé plusieurs téléphones et comptes successifs. « Ces membres [et d’autres, Ndlr.] échangeaient sur la gestion d’un point de vente de produits stupéfiants et les conversations positionnaient W7 comme le grand patron et D2 comme un exécutant missionné dans différentes tâches aux fins d’assurer le bon fonctionnement du point de vente », indique noir sur blanc le dossier. à la barre, l’officier de police judiciaire indique disposer d’un « faisceau d’indices » ayant permis aux enquêteurs d’attribuer la ligne W7 à Karim Harrat. « Dans le milieu policier, mais aussi le milieu du narcotrafic, on sait que le surnom “le Rant”, c’était Karim Harrat (…). Pour moi, mes collègues, ça ne fait aucun doute que “le Rant” et “Le Rant 2″ sont rattachés à Karim Harrat », poursuit l’officier.

    « Une question, trente secondes ! S’il vous plaît, Monsieur le président », tente d’interrompre Karim Harrat. « Défends-toi ! », entend-on depuis le banc du public. « C’est un acharnement ! Par Allah (…), c’est ma vie ! Eux, ils rentrent chez eux le soir », se défend Karim Harrat. L’un des proches de Nassim Loubani (une des trois victimes), assis sur le banc des parties civiles, se lève alors et quitte la salle en claquant la porte.

    C’est ensuite au tour des trois conseils de Karim Harrat de bondir pour enchaîner les questions. « S’agissant de l’utilisateur du pseudo “Rant 2” (…), on peut aussi mettre un autre pseudo, non ? Avez-vous d’autres éléments ? », enchaîne l’un de ses avocats, Me Hugues Vigier. Celui-ci interroge la crédibilité de l’hypothèse selon laquelle son client aurait utilisé plusieurs téléphones alors que Sky ECC était réputée être une messagerie « ultra-crypté ».

  • « Le racisme tue » : colère et appel à l’unité après l’attentat de Trappes

    « Le racisme tue » : colère et appel à l’unité après l’attentat de Trappes

    Vive émotion à Port-de-Bouc. Une semaine après l’attentat qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi et blessé cinq autres personnes, dont une fillette de 12 ans, à Trappes et à La Verrière (Yvelines), une centaine de personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville pour dire leur solidarité avec les victimes et rappeler une chose simple : « Le racisme tue. »

    Alors que l’auteur des tirs, Kevin Tessier, a reconnu les faits ainsi que la préméditation, révélant avoir ciblé des personnes « musulmanes, africaines ou nord-africaines », le maire, Laurent Belsola (PCF), l’assène : « Ce crime inhumain n’est pas un fait isolé ou, comme certains tentent de nous le faire croire, l’acte d’une personne déséquilibrée. »

    Avant d’être placé en détention provisoire à l’issue de sa mise en examen par le Parquet national antiterroriste, l’assaillant avait vu sa garde à vue levée dans la nuit de samedi à dimanche, le temps d’une période d’observation psychiatrique. Pap Niang, du collectif Rebel 13, dénonce : « A-t-on déjà remis en cause l’état de santé mentale de ceux qui ont terrorisé la France dans le passé ? Non. Sûrement avaient-ils la peau trop foncée pour mériter qu’on s’attarde sur cet aspect de la personnalité. (…) La justice et la santé, comme tous les services publics, sont traversées par le racisme institutionnel. » Et de rappeler la nécessité de nommer les discriminations. « Les mots “negrophobie” et “islamophobie” ne sont pas négociables. Le supprimer, c’est invisibiliser les violences spécifiques que nous subissons, c’est refuser ce qui nous tue. »

    Pour Laurent Belsola, ce crime est « d’abord celui d’un militant d’extrême droite qui n’a pas hésité une seule seconde à mettre en pratique la théorie de son organisation politique ». Lors de la perquisition, des autocollants faisant référence au RN ont été découverts au domicile de Kévin Tessier, selon le procureur antiterroriste.

    L’édile de Port-de-Bouc est sans appel : « Les représentants politiques de l’extrême droite sont plus que jamais responsables. » Le discours de Jordan Bardella, qui désignait en 2022 Trappes comme « une République islamique en miniature » et « la capitale européenne du jihad » a d’ailleurs été repris par Kévin Tessier, qui a expliqué avoir visé un « repaire d’islamistes ».

    Le maire interroge également la responsabilité des médias, qui selon lui ont permis « la normalisation de cette parole raciste sur les chaînes d’information en continu », au premier rang desquels CNews, multi-sanctionnée par l’Arcom. Dans la foule, Yves approuve : « Ils participent à dédiaboliser ce genre de pensées, qui se transforment ensuite parfois en acte. Ça devient commun, c’est ça qui est grave. C’est comme ça qu’ont commencé les génocides. »

    Faire front commun

    Alors que la campagne présidentielle a démarré et que Marine Le Pen caracole en tête des sondages, ce retraité originaire de l’Est, qui n’est pourtant « pas un militant très actif », l’affirme : « Il faut se réveiller. » Sans être encarté, lui tracte avec la France insoumise pour tenter de faire la différence. « Je donne aussi beaucoup à des associations qui sont sur le terrain pour faire changer les choses. » La colère sociale qui s’exprime dans les rues de France, le samedi, lui donne tout de même de l’espoir.

    « Dans ce contexte, nous avons un devoir d’unité des forces politiques et syndicales pour faire front commun face au déversement de haine, mais nous avons aussi un devoir d’unité populaire, affirme Laurent Belsola : celle du monde du travail, des jeunes, des retraités, des personnes privées d’emploi, de toutes celles et tous ceux qui refusent, à la fois, les politiques ultralibérales d’Emmanuel Macron et le projet raciste du Rassemblement national. »

    Un grand rassemblement contre le racisme et l’islamophobie s’est aussi tenu sur la place des Merisiers de Trappes ce vendredi, à 18h (lire en page 18).

  • Et si la géopolitique devenait féministe ?

    Et si la géopolitique devenait féministe ?

    L’envahissement de l’Ukraine par Vladimir Poutine en février 2022 m’a poussée à écrire parce qu’à l’époque, j’ai été très choquée par tous les commentaires de spécialistes en géopolitique sur les plateaux, que je confrontais, qui voulaient m’expliquer la rationalité derrière l’invasion de Poutine alors que j’étais convaincue que cet acte n’était pas rationnel et s’expliquait par une idéologie », lance la députée européenne gardoise.

    Cette idéologie, c’est le patriarcat, dont découle la « culture géopolitique du viol » théorisée pour la première fois par Muriel Domenach, ancienne ambassadrice de France auprès de l’Otan. « C’est une objectivation d’un peuple, comme si c’était une proie. L’Ukraine serait la possession de Poutine et de la Russie, et elle ne peut pas librement faire des choix pour son avenir. Deux semaines avant d’envahir l’Ukraine, Poutine avait dit en parlant de l’Ukraine : “que tu le veuilles ou non, ma jolie, il faudra supporter” », rappelle Chloé Ridel. D’ailleurs, elle tisse un lien saisissant entre la définition de la guerre – qui vise à contraindre un adversaire par la force – et celle du viol.

    Géopolitique,

    par et pour les hommes

    Dans son livre, la conseillère municipale de Nîmes détaille l’agression russe, l’idéologie de Poutine et les conséquences pour son pays qui a fait de la puissance une marque de fabrique, au détriment d’une véritable politique sociale, n’épargnant pas les hommes. « L’espérance de vie des hommes russes à 15 ans est d’environ 54 ans », illustre-t-elle. Dans cet essai, Chloé Ridel détaille ainsi les conséquences des investissements dans l’armée au détriment du bien-être des populations.

    Dans cet ouvrage qui aborde également le viol comme arme de guerre, Chloé Ridel tente surtout d’illustrer « un angle mort des relations internationales » : « Ce que doit la violence des relations internationales à l’idéologie viriliste, masculiniste, qui s’incarne non seulement dans de nombreux dirigeants autoritaires à travers le monde mais aussi dans la théorie même des relations internationales et dans la façon dont on pense la puissance et la compétition. » Que ce soit chez les analystes sur les plateaux de télévision ou chez les dirigeants internationaux, les femmes restent en effet sous-représentées. « Il n’y a que 11% de femmes cheffes d’État à travers le monde », rappelle-t-elle.

    Chloé Ridel s’emploie à défaire les arguments de l’école « réaliste » des relations internationales, qui affirme que la morale n’a pas sa place dans les relations entre États qui agissent en fonction de leurs intérêts définis en termes de puissance. Une école qui s’appuie sur la maxime : « Si tu veux la paix, prépare la guerre. » Chloé Ridel défend de son côté une vision solidariste des relations internationales où la paix serait synonyme de sécurité et de développement. Elle s’appuie pour cela sur des contre-modèles comme l’ancienne première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern ou la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, qui défendent la paix, le dialogue, la solidarité, le soin, la coopération. Des valeurs que les dirigeants masculinistes attribuent aux femmes et donc à la faiblesse.

    « Face à la mouvance masculiniste qui progresse, on est obligé d’engager une contre-révolution que j’appelle “géoféministe”. Je considère que l’émancipation des femmes et des filles est une politique de sécurité, est une priorité de notre défense pour construire la paix demain et qu’il faut qu’on y alloue des moyens et de l’importance politique », résume l’autrice.

    * Géoféminisme, Si tu veux la paix, prépare l’égalité. 192 pages. Éditions Stock. 19 euros.

    « Il n’y a que 11% de femmes cheffes d’État
    à travers
    le monde. »

  • « Le droit international permet de qualifier les crimes »

    « Le droit international permet de qualifier les crimes »

    La Marseillaise : Sur quelle partie
    de la Méditerranée portent vos rec
    herches ?

    Jérôme Heurtaux : J’ai travaillé sur des contextes de changement de régime, en commençant par l’Europe centrale, qui m’ont conduit en Tunisie au moment du printemps arabe. Depuis 2011-2012, j’ai réorienté mes recherches vers cette région. Je les ai élargies récemment à l’occasion de la guerre menée contre Gaza, après le 7 Octobre 2023, dans un travail sur le droit international et les zones de conflit. J’ai publié, l’an dernier, Le droit international est-il mort à Gaza ?*. Cet ouvrage interroge les limites du droit international et son impuissance à empêcher la survenue de la guerre et que des crimes internationaux y soient commis, mais aussi à ne pas permettre non plus une reddition des comptes à travers des poursuites judiciaires contre les criminels supposés.

    C’est ce qui vous a poussé à écrire
    sur le sujet
     ?

    J.H. : Si j’ai écrit ce livre, c’est bien parce que j’ai constaté que les crimes commis le 7 Octobre 2023 par les groupes armés palestiniens suscitaient une indignation légitime, dans le public, dans les médias et dans la classe politique française. Mais paradoxalement, les crimes commis par Israël à Gaza suscitaient plutôt des formes de minoration, de justification et de légitimation parfois, de la part de toute une série de gens, de commentateurs. Cette espèce d’unilatéralisme explicatif, ce « va t’en guerre isme » sans limite qui s’est propagé dans toute la classe politico-médiatique française et jusque dans les universités, m’a profondément blessé. Ce travail m’a conduit à dépasser le simple constat d’une impuissance du droit pour envisager d’autres potentialités du droit international.

    Quelles sont ces potentialités ?

    J.H. : Le droit international n’empêche pas que des crimes soient commis, mais il permet, dès lors que les acteurs pertinents le mobilisent, de nommer et qualifier les crimes en mobilisant des catégories juridiques universelles, que tout le monde comprend. Cette capacité du droit à qualifier permet précisément de s’en indigner. Le droit alimente donc les mobilisations contre la manière dont la guerre est menée, par exemple, et qui mettent la lumière sur les crimes commis. On pourrait dire aussi que le droit permet d’entrevoir des horizons judiciaires et, dès lors, de susciter des demandes de justice. C’est le cas de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Depuis deux 2 ans et demi, des procédures, des associations, des individus et même une juridiction internationale comme la Cour pénale internationale cherchent à poursuivre des criminels de guerre. Je rappelle ici que le Premier ministre actuel, Benjamin Netanyahou, et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, font l’objet de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Il y a beaucoup de procédures qui ne sont peut-être pas encore validées : des dépôts de plaintes sont faits auprès des justices nationales, au nom de la compétence universelle des tribunaux, pour poursuivre des soldats israéliens ou des binationaux. Il y a tout de même une amorce de justice qui est en train de se mettre en place et tout ça constitue les potentialités, les ressources que le droit international autorise.

    Comment comprenez-vous la thématique de la table ronde : « Quand la puissance s’affranchit du droit » ?

    J.H. : Cette table ronde est la résultante d’une situation internationale qui a des résonances nationales. Le droit international est fondamentalement nié, cloué au pilori par de grandes puissances, mais aussi en partie par leurs alliés moins puissants. Cela crée un contexte assez inédit de disqualification du droit international. La « puissance » dont il est question désigne celle incarnée par les empires d’aujourd’hui : les États-Unis, la Russie ou la Chine, parfois soutenus par des États qui sont d’ailleurs dépendants de ces grands empires. Je crois que la question posée est : comment le droit peut-il à nouveau être au cœur des rapports de force internationaux, être la grammaire des conflits et des post conflits, et comment peut-il s’affranchir de la puissance ? Je répondrai à partir d’un regard de sociologue politiste qui voit comment le droit est saisi concrètement par les acteurs. J’évoquerai ce que j’appelle les effets collatéraux du droit international, c’est-à-dire ces multiples effets inattendus, ambivalents, incertains, mais pour autant puissants, lorsqu’il est saisi par la société civile, les États dominés dans l’ordre international, les juristes internationalistes et l’opinion publique.

    D’où l’intérêt d’intervenir dans un tel festival, à Marseille…

    J.H. : On organise des tables rondes sur le droit international lors d’un festival aussi prestigieux que celui d’Averroès, des émissions de radio et de télévision sur le droit international… Des jeunes, aujourd’hui, savent ce qu’est le droit international parce qu’ils se mobilisent pour la Palestine ou pour l’Ukraine. Il y a une sorte d’actualité du droit international qui me rend assez optimiste : c’est un langage vivant. Si personne n’en parle, ça devient une langue morte. Vous allez me dire, un langage, c’est bien, ça sert à parler, mais ça n’empêche pas les guerres. Mais le fait même de désigner les crimes, les criminels, les responsables, le fait même qu’il y ait des règles internationales que chacun est capable de reconnaître, ça n’est pas tout à fait anodin. La Méditerranée est un des cœurs de la dialectique du droit international. C’est l’endroit où on en a certainement le plus besoin et on l’utilise. C’est un lieu central de circulation, d’échanges. C’est un épicentre des tensions mondiales. C’est aussi un des lieux de la tragédie du droit international, puisque c’est l’espace où les droits de la personne sont sans doute les moins respectés : des dizaines de milliers de migrants meurent dans cette mer. C’est le lieu idoine pour évoquer ces questions, constater l’état extrêmement critique de la situation et échanger sur des solutions avec la volonté d’esquisser un avenir plus souhaitable.

    Dimanche à 11h au Théâtre de l’Odéon
    à Marseille. Entrée libre,
    réservation conseillée

    * « Le droit international est-il mort à Gaza ? », Riveneuve(2025), 250 pages, 12,50 euros

  • L’œuf d’automne du Météor se dévoile en avant-première

    L’œuf d’automne du Météor se dévoile en avant-première

    Elle ne sera à la carte du restaurant qu’à partir de ce mardi 3 novembre. Découvrez en exclusivité une recette automnale préparée avec grand soin par le chef Frédéric, de la brasserie Le Météor, à Marseille.

    Une sauce onctueuse

    Commencez par préparer la sauce qui viendra sublimer le plat puisque celle-ci a besoin de réduire pour avoir une texture sirupeuse. Faites d’abord suer les échalotes que vous aurez ciselées. Mouillez ensuite avec du vin et faites cuire à feu doux. Ajoutez-y le lard fumé pour lui donner ce goût et mouillez de nouveau avec du fond de veau. Laissez réduire dans la casserole sans faire brûler. Une fois la sauce prête, passez-la au chinois.

    Pendant ce temps, épluchez la patate douce et coupez-la en petits cubes. Plongez-les dans l’eau bouillante et faites cuire jusqu’à ce qu’elle devienne presque de la compotée. Égouttez bien la patate pour la débarrasser de son eau et placez les morceaux dans un mixeur, puis montez la purée au beurre pour qu’elle soit bien lisse et onctueuse. Assaisonnez avec du sel et du poivre. Réservez.

    Coupez ensuite une tranche de brioche maison ou achetée dans le commerce et coupez-la joliment avec un emporte-pièce arrondi. Dans une poêle, déposez une belle louche de beurre clarifié et faites dorer le toast des deux côtés.

    Un bel œuf poché

    Pour l’œuf, star de l’assiette, faites frémir une casserole d’eau à laquelle vous aurez ajouté du vinaigre de vin blanc, l’équivalent du fond de la casserole à peu près. Cassez l’œuf frais dans un ramequin sans percer le jaune. Quand de petites bulles apparaissent, déposez délicatement l’œuf sur les bulles à ras de l’eau et laissez la magie opérer. Ne faites pas cuire plus de 3 minutes et sortez à l’écumoire.

    Pour le dressage, trois belles louches de purée au fond de l’assiette, le toast de brioche au centre sur lequel vous déposez délicatement l’œuf poché encore tiède. Entourez le tout de sauce marchand de vin et saupoudrez de ciboulette fraîche ciselée. Pour finir, un joli filet d’huile d’olive vient sublimer le tout. Bon appétit.

    Il vous faudra :

    – Une grosse patate douce

    – Une échalote

    – Du vin rouge corsé

    – Du fond de veau

    – Un œuf

    – Une tranche
    de brioche

    – Du beurre
    et de l’huile d’olive

    – De la ciboulette fraîche

    – Sel, poivre et vinaigre de vin blanc