Category: societe

  • [Entretien] Karen Sadlier : « Les enfants sont co-victimes des violences dans le couple »

    [Entretien] Karen Sadlier : « Les enfants sont co-victimes des violences dans le couple »

    La Marseillaise : Comment et pourquoi êtes-vous devenue marraine de la maison des femmes à Manosque ?

    Karen Sadlier : La maison des femmes de Manosque m’a invitée à être marraine, et j’étais très contente de le devenir parce que je trouve que toutes les maisons des femmes sont extrêmement importantes pour le suivi, l’accompagnement et la prévention des violences faites aux femmes et aux enfants. Je pense qu’ils m’ont connue parce que je donne beaucoup de conférences et j’écris des livres sur le sujet, surtout sur l’impact des violences au sein du couple sur les enfants. L’agresseur peut utiliser son autorité parentale et son droit de visite pour continuer à exercer les violences.

    Pourquoi le sujet de la conférence, l’impact des violences au sein du couple sur les enfants, est-il important pour vous ?

    K.S. : C’est un sujet très important parce que les enfants sont co-victimes des violences dans le couple. Les violences continuent après la séparation et s’exercent dans la parentalité. 80% des enfants sont témoins oculaires ou auditifs des violences au sein du couple. 50% sont aussi victimes de maltraitances physiques de la part de l’auteur. 60% de ces enfants ont présenté des troubles post-traumatiques en lien avec les violences dans le couple. En France, pendant longtemps, on avait l’idée que l’enfant restait indemne, alors que les enfants sont en grande souffrance par rapport à ces violences et doivent être vus comme des victimes.

    De quoi allez-vous parler à la conférence ?

    K.S. : Je vais parler de comment la violence au sein du couple va s’exercer dans la parentalité. L’idée « ça peut être un mauvais conjoint, mais un bon parent », on a des centaines d’études qui montrent le contraire. Ils sont en difficulté sur la parentalité.

  • La première cantine solidaire à prix libre ouvre ses portes à Digne-les-Bains

    La première cantine solidaire à prix libre ouvre ses portes à Digne-les-Bains

    Créer du lien et permettre à tous d’accéder à une alimentation saine à prix abordable, en fonction de ses moyens : tels sont les objectifs de l’association Chiche, qui a organisé mercredi sa première cantine solidaire à Digne. « Pour l’instant, on a essentiellement des personnes qui ne sont pas en précarité », regrettent les organisatrices. La cantine est ouverte à ceux qui ont les moyens, essentiels pour l’équilibre économique. « Pour que le modèle économique fonctionne, il faut toujours un tiers des repas réservé pour les personnes en précarité », explique Gitanjali Picovschi, l’une des trois fondatrices de Chiche. Les sommes plus importantes données par les personnes qui ont les moyens permettent de financer les repas de celles qui sont dans le besoin, les ingrédients et les locaux. « Si une personne ne paye pas, il faut derrière qu’une personne paye », précise Gitanjali Picovschi. « Si on a que des personnes qui ont les moyens, ça devient un entre-soi, un restaurant, ce n’est pas l’intérêt », ajoute-t-elle.

    L’association Chiche a été créée en juillet 2024 avec l’objectif d’ouvrir la première cantine solidaire de Digne. « Pendant un an et demi, en attendant d’avoir nos locaux, on a participé à des actions culturelles, fait des buffets et structuré un réseau de bénévoles », explique Fanny Lorgeron, une autre des trois femmes à l’initiative du projet. « Depuis des mois, on travaille et rencontre les services sociaux du département, les associations locales », pour faire connaître la cantine et ramener un public précaire.

    À la recherche d’un local

    Six travailleurs du CADA sont d’ailleurs venus tester la première cantine mercredi midi, pour ensuite la faire découvrir aux demandeurs d’asile bénéficiaires. Chiche loue un local partagé à l’association étudiante Pan’IUT et cherche à en acquérir un nouveau, toujours dans le quartier prioritaire de la ville du centre ancien. Au menu pour ce premier jour : au choix, boulettes de viande ou steak de butternut, houmous, salade composée et moelleux au citron avec sa sauce à la lavande. Ce jeudi, pour le deuxième, ce sera tarte aux poireaux, avec une version aux lardons, velouté de courge et crème au chocolat. En cuisine, plusieurs bénévoles, parmi lesquels « un monsieur qu’on a croisé tout à l’heure dans la rue », lance Gitanjali Picovschi. « N’importe qui peut venir cuisiner » et bénéficier d’un repas gratuit pour le remercier de son aide. « On a même des personnes précaires qui viennent cuisiner, voir du monde, mais ne mangent pas car elles ont besoin de collectif plus que de repas », explique Fanny Lorgeron. L’idée est aussi de « permettre à tout le monde d’apprendre de nouvelles choses et partager des nouvelles recettes ». Des demandeurs d’asile maliens ont déjà réalisé des recettes de leur pays lors de l’inauguration de l’ancien local de Chiche, que l’association n’a finalement pas pu garder. « Au début, on avait peur de pas avoir suffisamment de monde, mais en fait on a été complet en trois jours ! », se réjouit Fanny Lorgeron.

  • De vibrants hommages aux victimes du terrorisme

    De vibrants hommages aux victimes du terrorisme

    C’est sur ce parvis que Laura et Mauranne ont été assassinées il y a 9 ans. L’ambiance est pesante en haut des escaliers de la gare Saint-Charles. Les voyageurs s’arrêtent pour assister à la commémoration qui regroupe une centaine de personnes dont familles des victimes, élus et agents du service public. C’est la 6e année que se déroule cette journée nationale instaurée par l’Union européenne à la date de l’attentat de la gare de Madrid-Atocha le 11 mars 2004. La cérémonie est présidée par Corinne Simon, préfète déléguée de la région et du département.

    Des larmes sur la joue de Marianne

    La chanson Évidemment de France Gall, dont la voix résonne à travers la foule en silence amorce la commémoration. Des jeunes de l’Établissement public d’insertion (Epide) sont présents et lisent des poèmes et des citations poignantes : « Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente », écrivait Albert Camus. Notamment. Et de citer aussi Des larmes sur la joue de Marianne : « Quand de nos différences naissent la peur, la méfiance, coule une larme sur la joue de Marianne », récite une jeune fille. Parmi les élus présents, Didier Jau, le maire sortant écologiste des 4-5, Yannick Ohanessian, adjoint au maire (PS) à la sécurité ou encore le député Sébastien Delogu. La Marseillaise retentit pour clôturer cette cérémonie, après cet hommage aux victimes de la terreur.

  • Des agents ferroviaires récompensés en Vaucluse

    Des agents ferroviaires récompensés en Vaucluse

    Les cinq agents de la Sûreté ferroviaire SNCF affichent un grand sourire en recevant ce mercredi 11 mars, dans une salle de l’hôtel Novotel d’Avignon, leur médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement.

    Ces derniers avaient, le 7 septembre 2023, immobilisé un homme violent suite à un contrôle en gare d’Avignon-Centre. Celui-ci avait sorti un couteau et menaçait les personnes autour de lui.

    Un geste que salue Thibaut de Cacqueray, directeur de cabinet du préfet de Vaucluse. « Cela aurait pu finir avec un drame. Ils permettent aux millions de voyageurs de circuler librement », clame-t-il devant un parterre constitué d’agents et de leurs familles.

    Services publics

    « Et ce sont avant tout des agents de la SNCF », s’exclame fièrement Alexandre Dumens, directeur de la zone sûreté Méditerranée pour la SNCF, qui couvre une grosse partie du sud de la France. Il estime que ces agents « sont les premiers à représenter le service public » de par leur statut particulier. Car ces derniers sont assermentés et armés. « On est un peu l’équivalent de policiers », résume Renaud*, chef de l’unité opérationnelle des agents récompensés. Tout en expliquant que leur « mission principale est la prévention et la dissuasion », leurs tâches peuvent évoluer. Ils ont notamment été formés ces dernières années contre les atteintes sexuelles et sexistes dans les transports en commun. « À Marseille, on a eu cinq outrages en une semaine. C’est un vrai sujet de société », insiste l’agent. « Ce qui les distingue, c’est leur connaissance du système ferroviaire sous toutes ses formes, y compris le côté commercial car ils sont confrontés aux clients. Et sont capables d’intervenir dans des milieux contraints qui peuvent être dangereux », abonde Alexandre Dumens. Et avec la loi Tabarot, ces agents pourraient bientôt être équipés d’armes à feu et de tasers.

    *Le prénom a été modifié

  • Les collégiens invités à briser les stéréotypes de genre

    Les collégiens invités à briser les stéréotypes de genre

    En cercle, les filles s’assoient d’un côté et les garçons de l’autre. C’est ainsi que les élèves procèdent instinctivement dans cette classe de 6e du collège Jules-Massenet. « Le mot égalité, ça veut dire quoi pour vous ? », demande Eva, intervenante de l’association Aroéven. « Qu’est-ce que vous pouvez faire et ne pas faire en tant que garçon et en tant que fille ? », interroge-t-elle. « J’ai trop de choses dans le cœur à écrire », lance vivement une élève. Chacun vient poser son post-it coloré sur le tableau de la classe : « Les filles doivent faire à manger, mais elles ne peuvent pas traîner dehors toutes seules le soir » ; « C’est mal vu d’être efféminé en tant que garçon. »

    À l’occasion de la semaine de l’égalité du 9 au 13 mars au collège Jules -Massenet, dans le 14e arrondissement (classé réseau d’éducation prioritaire renforcé REP+), l’association Aroéven intervient dans les classes de la 6e à la 3e pour sensibiliser les élèves à l’égalité entre les hommes et les femmes. « Ils apprécient qu’on leur donne un espace de parole », affirme Eva. En se déplaçant dans la pièce, les élèves se positionnent d’un côté ou de l’autre pour dire s’ils sont d’accord ou pas avec telle ou telle affirmation. « Pourquoi c’est mal vu de pleurer pour les garçons ? », « c’est à cause de Neymar », déclame un élève amusé.

    « Les élèves sont acteurs »

    Avec l’appui de quiz et de jeux en groupe, ils échangent, argumentent et débattent entre eux pour déconstruire les préjugés et stéréotypes, mais aussi prendre conscience de leurs représentations. Tous se prêtent au jeu. « J’ai appris qu’il n’y a pas beaucoup de filles qui jouent au foot et qu’on pouvait dire sage-femme même pour les hommes », indique joyeusement Tidjara, 12 ans. « Tous les élèves sont acteurs et porteurs du message », explique la principale du collège, Lamia Abassi. « Les élèves de 4e interviennent auprès des 5e et les 5e auprès des 6e avec des exposés sur des femmes célèbres », poursuit-elle. Plusieurs partenaires extérieurs et académiques accompagnent cette semaine qui concerne tout l’établissement. Les professeurs et personnels suivent des formations internes sur l’égalité femmes-hommes. José, 12 ans, ressort légèrement insouciant de l’atelier : « Je ne savais pas ce que le mot préjugé voulait dire, mais après pour moi, filles ou garçons, on est tous pareils. »

  • Un rassemblement pour la paix à l’appel du PCF d’Istres

    Un rassemblement pour la paix à l’appel du PCF d’Istres

    Après une première initiative début février, la section PCF d’Istres organise un rassemblement le samedi 14 mars, porte d’Arles à 11h, pour dire « halte à la guerre » après que les États-Unis et Israël aient déclenché les hostilités en Iran, le 28 février.

    « Ce n’est pas la première fois que nous nous mobilisons, il y a aussi le Mouvement de la paix, la CGT, la FSU, la Ligues des droits de l’Homme, Istres solidarité Palestine » explique Denis Rousseau, membre de la section. Alors que le président de la République a autorisé les avions américains à se ravitailler sur la base militaire toute proche, « nous sommes bien placés pour évoquer cette actualité brûlante », poursuit-il, inquiet de l’attitude d’Emmanuel Macron « qui navigue à vue », loin « de la position courageuse des Espagnols qui ne veulent pas être les vassaux des États-Unis ». Pour aller plus loin, le PCF devrait aussi s’organiser en comité de lutte.

  • Les Canourgues, la rénovation urbaine par la démolition à Salon-de-Provence

    Les Canourgues, la rénovation urbaine par la démolition à Salon-de-Provence

    Après la démolition de la tour Sofia l’été dernier, le bailleur social Unicil programme de raser deux autres tours identiques au sein du grand ensemble immobilier des Canourgues à Salon-de-Provence (44 500 habitants) dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) validé en 2019.

    Marseille n’a pas le monopole des ensembles immobiliers complexes et dégradés. Le quartier des Canourgues à Salon-de-Provence regroupe 3 560 habitants. Il a trouvé son plein essor à sa construction dans les années 60-70. L’ensemble locatif au nord-est est composé de 1 455 logements à 92% de logements locatifs sociaux répartis sur trois bailleurs Unicil, Erilia (qui a absorbé Logirem) et 13 Habitat.

    L’habitat collectif est formé principalement de barres en R+4 et de hautes tours en R+12. On y trouve essentiellement de grands logements de type T3 et T4. C’est un bâti vieillissant relativement enclavé qui ne répond plus aux attentes. Après la tour Sofia démolie par grignotage en août dernier, Unicil qui gère 14 bâtiments se cherche une maîtrise d’œuvre pour raser la tour B4 en février 2027 et la tour B3 pour février 2028. Il faudra aussi raser les bâtiments Renaissance et D18.

    La pauvreté y frappe 53% des ménages

    « Le secteur est fragile en termes de fonctionnement social et urbain et présente des tendances de précarisation accrue et des problématiques de sécurité urbaine », écrit pudiquement la Métropole peut-on lire dans le cahier des charges de la consultation pour désigner la maîtrise d’œuvre. Plus crûment, ce quartier prioritaire et populaire cumule les difficultés. 53% des ménages se situent sous le seuil de pauvreté. La part des 16-25 ans non scolarisés et sans emplois est de 35%. Celle des familles monoparentales de 40%.

    Cette rénovation urbaine [validée en 2019 en comité d’engagement de l’Anru] est budgétée à hauteur de 150 millions d’euros portés pour l’essentiel à 46.3% par les trois bailleurs, à 19.5% par la Métropole, à 7.3% par Salon-de-Provence et à 17% par l’Anru. Elle doit être achevée à l’horizon 2030. Déclinée en trois axes – « oxygéner, mixer, ouvrir » – elle ambitionne de régénérer tous les bâtiments conservés pour atteindre la performance énergétique, d’améliorer le confort et la santé des habitants et de changer l’image du quartier.

    394 logements sociaux seront démolis en tout, 953 réhabilités. Jusqu’à 118 logements locatifs libres et en accession sociale seront créés. 394 logements sociaux seront reconstitués hors site pour plus de mixité. La restructuration de l’école Saint-Norbert est au programme avec la création d’une école d’infirmiers, d’aides-soignants, d’auxiliaires de puériculture et d’un pôle santé mentale. Une serre bioclimatique, des jardins de formation professionnelle et des jardins partagés seront développés, ce qui vaut au projet le label « Quartiers fertiles » de l’Anru.

  • À Avignon, les familles verront-elles la facture augmenter ?

    À Avignon, les familles verront-elles la facture augmenter ?

    Si son choix est délicat, Cécile Helle nous confiait, mi-décembre à l’heure de tirer un trait sur le conseil municipal, que la remunicipalisation des cantines scolaires est la délibération dont elle est la plus fière. Un projet lancé au tout début du premier mandat de la maire (PS), contre vents et marées. Une décision qui a ensuite permis, lors de ce second mandat, de baisser par trois fois les prix de la cantine. Ainsi, plus de la moitié des élèves déjeunent pour moins d’un euro (80% d’entre eux fréquentent la cantine) avec un tarif maximal de 2,85 euros. Un véritable choix politique – pour lequel le RN et sa candidate Anne-Sophie Rigault avait voté contre en séance – quand on sait que le prix de revient d’un repas est de 12 euros. Joël Peyre, élu aux finances, rappelle souvent que malgré l’augmentation du prix des denrées, cumulée à la baisse des tarifs, le budget cantines restait moins élevé que lors de la privatisation.

    Dans la même veine, Avignon est l’une des rares communes à avoir maintenu les rythmes scolaires sur 4,5 jours (notre édition de ce mercredi), en proposant des activités périscolaires gratuites. Dont l’engagement financier (1,8 million d’euros annuels) est à la charge exclusive désormais de la commune. Les familles ne sont pas non plus mises à contribution lors de l’accueil du matin et la garderie du soir. Toujours côté pouvoir d’achat scolaire, la Ville a mis en place un kit de rentrée, offrant à chaque enfant un nécessaire de fournitures.

    Un héritage, visible aussi à travers la gratuité des musées et des bibliothèques, que Cécile Helle interroge régulièrement ces dernières semaines. Sera-t-il dilapidé, remis en cause, ajusté ? Pour l’heure, aucun candidat ne s’est aventuré à dire qu’il rendrait au privé la gestion des cantines. La plupart comptent revenir à la semaine des 4 jours, remodelant ainsi l’organisation du mercredi. Olivier Galzi (DVD) souhaite « créer un plan mercredi de qualité, structuré avec les associations » et « expérimenter l’élargissement des horaires d’accueil et d’aide aux devoirs notamment pour les travailleurs en horaires décalés ». Une mesure qui resterait gratuite pour les familles, précise le candidat qui compte, en revanche, refaire payer les musées aux touristes.

  • Géographie de la crise des périls, contrastes et contrariétés à Marseille

    Géographie de la crise des périls, contrastes et contrariétés à Marseille

    L’universitaire émérite Élisabeth Dorier, géographe au laboratoire Population Environnement Développement (LPED) d’Aix-Marseille Université, investigue depuis le drame de la rue d’Aubagne l’ingénierie complexe de la mise en sécurité des immeubles marseillais qui, depuis 2020, s’est considérablement renforcée et structurée.

    1 638 adresses en péril

    Selon les bilans de la Ville dont « plus de transparence est souhaitée » selon la géographe, 2 343 arrêtés de péril ont été pris entre novembre 2018 et septembre 2025. Le rythme annuel reste soutenu avec 250 nouvelles adresses depuis 2021 et 287 sur l’année 2025. La cartographie des 1 638 adresses en péril retenues (hors explosion de Tivoli, incendies, murs de soutènement, etc.) met en exergue les zones avoisinant le drame de la rue d’Aubagne, mais aussi l’héritage de périls anciens depuis 2014, traités alors par le mépris. Mais aussi ceux issus du regain d’attention et de l’action volontariste portés sur les 4 îlots prioritaires de la SPLA-IN (Société publique locale d’aménagement d’intérêt national) et les opérations en Orcod-IN (Opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national) sur déjà 4 des 17 copropriétés privées dégradées qui vont d’ailleurs générer de « nouveaux chassé-croisé de délogés ».

    « La municipalité n’a pas toutes les clés en main, analyse Élisabeth Dorier. Benoît Payan reste tributaire de politiques partenariales largement pilotées et financées par l’État et la Métropole. On l’a mesuré avec l’hostilité de Martine Vassal à l’encadrement des loyers, les freins mis à l’extension du permis de louer qui se réduit, sur la carte, à de petites tâches à la Belle de Mai et Hoche-Versailles. » La cartographie des arrêtés de mise en sécurité en procédure urgente correspond aussi « aux périmètres d’actions planifiés et notamment d’Euromed et à ses marges », observe la chercheuse, critique pour affirmer que « l’urgence est souvent mise au service de grands projets et là, je considère qu’il y a un dévoiement de l’urgence car beaucoup de ces immeubles dégradés étaient identifiés de longue date ».

    Évacuations en baisse

    Globalement, le nombre d’arrêtés de mise en sécurité pris en procédure urgente baisse et parmi eux, seuls les cas graves (70%) entraînent des évacuations. « D’un côté, il y a la volonté d’éviter la violence sociale d’évacuations traumatisantes en un quart d’heure en oubliant les lunettes et le chat. De l’autre, il y a l’argument du coût des évacuations car 80% des ménages sont relogés par la Ville. Les propriétaires privés collaborent peu au relogement de leurs locataires », observe-t-elle. Ce qui oblige ensuite la Ville à se lancer dans le recouvrement des frais d’hébergement avancés.

    Les mainlevées

    Les arrêtés de mainlevée progressent, ce qui est la traduction d’un traitement pérenne des situations. Les sorties de péril ont concerné 251 immeubles en 2025 et 220 en 2024, contre seulement 79 en 2021. Mais le stock d’adresses à suivre a augmenté avec plus de nouvelles procédures lancées que de procédures clôturées. La purge de l’immobilier indigne se poursuit.

    Relogements définitifs

    C’est un point de tension certain. Entre 2018 et 2025, 3 498 ménages, soit 7 776 personnes, ont été évacués. On estime à 25% le nombre de personnes ayant échappé à ce décompte officiel lors de la période folle 2018-2019. En tout, 454 ménages ont bénéficié d’un relogement définitif ailleurs qu’à l’adresse évacuée, à 92% en logement social, soit environ 12% des évacués. Dans cette part déjà congrue de relogés définitifs sont intégrés les 75 ménages du périmètre du haut de la rue d’Aubagne, relogés sous l’ancienne municipalité dans du social diffus et ceux dès 2019 des immeubles neutralisés par déclarations d’utilité publique.

    « Ce faible taux interroge la production de logements sociaux et exige un changement de braquet de la Métropole », alerte Élisabeth Dorier, qui est aussi membre du Comité de suivi de la Charte du Relogement. « Les relogements définitifs concernent surtout des évacués d’immeubles tellement délabrés ou de propriétaires tellement peu coopérants (travaux pas démarrés ou qui s’éternisent) qu’ils ont été placés sous maîtrise publique pour être rénovés », observe l’universitaire.

    « Les relogements définitifs butent sur les carences en logements sociaux dans les arrondissements centraux – où il y a pourtant de nombreux logements vacants ou utilisés en location saisonnière – et sur le fait que la quasi-totalité des logements sociaux marseillais sont concentrés dans les mêmes quartiers. » Autre frein, « le manque de solidarité métropolitaine et interarrondissements. Les pires carences en logements sociaux ne concernent pas la Ville de Marseille qui n’a pas la main. La Ville s’est engagée à fond dans le suivi des signalements, les missions de diagnostic et de placement sous arrêté de péril et elle se retrouve à devoir gérer l’hébergement provisoire de ménages que les propriétaires n’assurent pas, alors qu’ils ont été à la hauteur pour percevoir les loyers. La marge de manœuvre de la Ville en relogement est très faible car la Métropole n’est pas à la hauteur de ses prétentions. L’insuffisance de la production métropolitaine en logement social et les très forts déséquilibres sur son territoire sont criants », démontre Élisabeth Dorier.

    De guerre lasse, des évacués sortent d’eux-mêmes du dispositif pour se reloger par leurs propres moyens. En 2025, on compte une vingtaine de départs volontaires, mais aussi, selon la Ville, 61 ménages qui refuse de réintégrer le logement d’origine après mainlevée du péril. « Ce qu’on voit aussi tendanciellement, c’est l’éloignement au fil du temps du lieu de relogement. »

    Travaux d’office

    La municipalité a ouvert une autorisation de programme de 48 millions d’euros de travaux d’office, en novembre 2020. Sous Gaudin, le budget s’était perdu en études et conseils avec seulement 168 000 euros consacrés en 2018… En 2024, 40 chantiers ont été achevés, qui avaient mobilisé 3,9 millions d’euros aux frais avancés des propriétaires défaillants, contre 4,2 millions en 2023. Huit chantiers ont été achevés en 2025, cinq nouveaux ouverts au dernier trimestre dernier. 23 immeubles sont encore pris en charge.

  • Une barre d’immeuble évacuée après un incendie à Embrun

    Une barre d’immeuble évacuée après un incendie à Embrun

    En cause : un départ de feu dans une cave et des fumées qui se sont rapidement répandues dans le bâtiment.

    Environ soixante sapeurs-pompiers sont intervenus pour évacuer les habitants, ensuite hébergés pour la nuit dans des locaux mis à disposition par la municipalité. Deux personnes ayant inhalé des fumées, dont l’une au profil de santé fragile, ont été transportées en direction de l’hôpital le plus proche, mais aucun blessé grave n’est à déplorer.

    Les flammes sont restées circonscrites à la cave où le feu a pris. Une enquête est en cours afin de déterminer l’origine de l’incendie.