Category: societe

  • La région Sud touche du doigt la chute des naissances

    La région Sud touche du doigt la chute des naissances

    La dynamique démographique en Provence-Alpes‑Côte d’Azur, +0,6% en moyenne (29 600 habitants par an) depuis 2016, continue de reposer de moins en moins sur les naissances. Selon le bilan démographique 2025 de l’Insee, la région enregistre une nouvelle baisse marquée de la natalité, confirmant une tendance installée depuis 2013 : 48 600 bébés sont nés en Paca en 2025, soit une diminution de 2,1% sur un an et un recul de 17% en dix ans. C’est « un quart de bébés en moins dans le Vaucluse » sur la période.

    Une contraction des naissances qui s’inscrit dans un contexte national plus large. « Deux facteurs expliquent traditionnellement une baisse de la natalité : la baisse du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants et celle de la fécondité. Le premier a joué dans les années 2010 mais, depuis 2022, seule l’évolution de la fécondité, c’est-à-dire la baisse du nombre d’enfants par femme, explique cette baisse », observe Nicolas Cochez, chef de projet à l’Insee.

    En 2025, l’indicateur conjoncturel s’établit à 1,61 enfant par femme en Provence‑Alpes-Côte d’Azur (1,54 en France, deuxième pays le plus fécond après la Bulgarie), contre 1,95 en 2019, et 2,02 en 2015. Un chiffre qui place toutefois la région dans le trio de tête des plus fécondes avec l’Île-de-France et Centre-Val-de-Loire. Dans le détail, toutes les classes d’âge sont concernées par ce repli. Les naissances diminuent chez les moins de 30 ans, mais aussi chez les femmes âgées de 30 à 39 ans, longtemps considérées comme le cœur de la maternité tardive. Seules les maternités après 40 ans résistent à la marge. Résultat : les naissances restent durablement sous le seuil des 50 000 par an.

    Multifactoriel

    « On peut mettre en avant, d’abord, que les préférences sociétales évoluent », note Valérie Roux, directrice régionale de l’Insee, évoquant « un changement dans les préférences individuelles » révélé par une enquête de l’INED, qui interrogeait les ménages sur leur nombre idéal d’enfants et montrait une baisse très rapide, ces dernières années, avec beaucoup plus de personnes déclarant « 0 ou 1 enfant » que par le passé.

    « Il peut y avoir des contraintes qui jouent dans ces décisions aussi », poursuit la responsable des contraintes biologiques, « du fait que l’âge à la maternité recule et que l’on ait moins facilement des enfants à 30 ou 35 ans », ou financières liées au coût de la vie et au sujet d’inflation récurrents ces dernières années.

    Dans ce registre, « des problématiques de coût du logement très prégnantes dans les métropoles peuvent aussi jouer dans les arbitrages parce qu’on estime ne pas avoir assez de place pour un enfant de plus », renchérit Valérie Roux. « Enfin, à la croisée, il y a aussi probablement les phénomènes d’inquiétude multiples, liés à la situation géopolitique mais aussi, de façon plus structurelle, à tout ce dont on parle autour de l’environnement. »

    Cette situation inédite depuis des décennies – il faut remonter à 1979 pour trouver un nombre de naissances aussi bas et à 1976 pour un taux de fécondité aussi faible dans notre région -, s’est accentuée avec la « chute brutale » des naissances de 7,3% en 2023. Aujourd’hui, ce décrochage est mis en perspective par la hausse des décès. Après trois années de baisse suite à la période covid, ils ont augmenté de 2,3% en 2025 (54 400).

    En 2025, la région a donc compté 5 800 décès de plus que de naissances. Une situation qui contribue au creusement du déficit naturel régional observé depuis 2020 et pose des enjeux structurels, car ce déséquilibre va peser sur les systèmes de protection sociale, le marché du travail et sur les services publics, de l’école à la santé.

    REPÈRES

    – 5800

    En 2025, pour la 5e année consécutive, le solde naturel de la région est négatif avec 54 400 décès (1 200 de plus qu’en 2024) pour 48 600 naissances. Si les courbes se sont croisées en 2020/2022 dans une période « chahutée » par le covid, la grippe et la canicule, la tendance était plus structurelle et celle-ci n’a servi que d’accélérateur.

    5,32 millions

    Avec 5,32 millions d’habitants en 2026, la population de la région continue paradoxalement d’augmenter (+0,6% par an depuis 10 ans) plus vite que celle de la France.

    Une évolution liée à un solde migratoire largement positif.

    86 ans et 1 mois

    En 2025, l’espérance de vie des femmes de notre région s’établit à 86 ans et 1 mois, 4 mois de plus qu’en 2019. Celle des hommes est de 80 ans et 10 mois, 6 mois de plus qu’en 2019. Avec le vieillissement des baby-boomers, 25% des habitants ont 65 ans ou plus, contre 21% de moins de 20 ans.

  • À Forcalquier, la biscuiterie, installée dans une ancienne forge, s’agrandit

    À Forcalquier, la biscuiterie, installée dans une ancienne forge, s’agrandit

    La biscuiterie de Forcalquier, installée dans une ancienne forge du XIXe siècle, a repris les locaux de la boulangerie mitoyenne qui a fermé ses portes il y a quelques mois. Elle a ainsi pu doubler sa surface et réorganiser l’atelier, désormais ouvert au public. Elle promet à ses visiteurs une « expérience immersive au plus près du geste de nos biscuitiers, de façon à comprendre les coulisses de la fabrication », avec l’atelier de production ouvert sur la boutique, grâce à ses grandes vitres transparentes.

    L’ancienne forge avait été transformée en biscuiterie en 2014. « On a pu développer ce savoir-faire de biscuitier qui valorise de belles filières agricoles locales, comme le dernier moulin familial à Malijai, dont toutes nos farines sont issues », explique Laure Pierrisnard, directrice générale en charge des manufactures du groupe Territoire de Provence, auquel la biscuiterie appartient.

    32 tonnes de biscuits y sont fabriquées chaque année. « Des recettes très traditionnelles issues des savoir-faire provençaux, comme les macarons de Haute-Provence, les navettes, avec une recette revisitée par Pierre Hermé, les croquants, le gibassier », détaille Laure Pierrisnard.

    « Il a fallu qu’on se batte, avec le maire de Forcalquier, pour que l’on poursuive la construction de ce bâtiment, parce qu’on était à deux doigts d’arrêter le projet en 2020 », s’est rappelé Michel Dalmasso, vice-président du conseil départemental, présent à l’inauguration.

    Xavier Pannecoucke, sous-préfet de Digne-les-Bains, a salué « l’entreprise emblématique ». Le premier adjoint au maire de Forcalquier, Gérard Vasseur, était également présent.

  • Un nouveau souffle pour la clinique de l’Espérance à Hyères

    Un nouveau souffle pour la clinique de l’Espérance à Hyères

    Après un an et demi de fermeture due à un incendie ravageur survenu en mai 2024, la clinique de l’Espérance, successeure de l’hôpital privé Sainte-Marguerite d’Hyères, a rouvert ses portes en janvier. Même structure, mais changement de nom et de direction : après sa mise en liquidation judiciaire en mars, l’établissement a été repris par le groupe Almaviva Santé en mai 2025, qui a investi environ 15 millions. 110 des 255 emplois que recensait l’hôpital ont pu être sauvegardés.

    La clinique a ainsi été inaugurée, jeudi soir, en présence de Véronique Bernardini, maire d’Hyères, Jean-Louis Masson, président (LR) du Département du Var, et Yann Coléou, PDG du groupe Almaviva.

    Malgré des effectifs moindres, la clinique assure un certain nombre de services, seulement pour les patients adultes : hémodialyse, médecine et chirurgie (maxillo-faciale, stomatologie et chirurgie orale ; vasculaire et endovasculaire ; viscérale et digestive ; gynécologie-obstétrique à l’exception des accouchements ; ophtalmologie, urologie ; orthopédique et traumatologique ; plastique et reconstructrice…). Avec un bloc opératoire et un service stérilisation totalement rénovés.

    L’établissement est aujourd’hui doté de 86 lits (contre 150 avant) : 17 en service de médecine, 26 en chirurgie (hospitalisation complète), 28 en chirurgie ambulatoire et 15 en unité de soins continus. 25 places supplémentaires s’ajouteront avec le centre de dialyse, pour le moment délocalisé à Toulon.

  • Avignon : l’accueil des mineurs jugé « indigne » à hôpital de Montfavet

    Avignon : l’accueil des mineurs jugé « indigne » à hôpital de Montfavet

    Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié, le 26 mars, un rapport sur sa deuxième visite du centre hospitalier de Monfavet (CHM), structure spécialisée en psychiatrie. Le document de 84 pages résulte de plus de deux semaines d’observations menées en décembre 2024 et septembre 2025.

    Si plusieurs points positifs sont relevés, tels que des « locaux propres », une « restauration satisfaisante » ou encore une dotation « riche » en espaces dédiés aux activités thérapeutiques, le rapport pointe notamment une prise en charge jugée « indigne » des mineurs.

    L’autorité administrative indépendante, chargée de contrôler les conditions de prise en charge, liste ainsi plusieurs points problématiques. L’unité, qui compte dix lits, est « soumise à une suroccupation importante » et « des chambres sont régulièrement doublées par la mise en place d’un lit d’appoint », d’après la CGLPL. Pire, « de nombreux mineurs sont hospitalisés avec des adultes, parfois systématiquement hébergés en chambre d’isolement ».

    Protéger les plus vulnérables

    Le rapport mentionne également des « isolements d’enfants » qui, « non contrôlés par le juge et particulièrement traumatisants, sont contraires à l’intérêt supérieur de l’enfant ». La tenue d’une réunion « en urgence » entre les acteurs concernés est recommandée pour régler cette problématique.

    « Ces contrôles sont nécessaires pour faire avancer l’institution. Les mineurs doivent être protégés car ce sont les plus vulnérables. Les moyens doivent être mis par l’Agence régionale de santé (ARS) pour régler ces situations », confie Claire Moreno, secrétaire générale CGT de l’établissement, interrogée par La Marseillaise.

    La direction, dont la réponse figure dans le rapport, évoque notamment un manque criant de pédopsychiatres dans un contexte de « pénurie nationale » et affirme que les enfants et adolescents ne sont « pas hospitalisés avec les adultes ». Tout en assurant que l’utilisation de lits de camp ou d’une chambre d’isolement pour les mineurs reste « tout à fait marginale », elle évoque divers projets visant à améliorer cette situation, comme la mise en place d’« une équipe mobile d’accompagnement pédopsychiatrique vouée à proposer une prise en charge adaptée aux mineurs hospitalisés dans les unités adultes ». Et qui s’inscrit elle-même « comme une étape préparatoire en vue de la création d’une future unité d’hospitalisation pour les jeunes adultes de 16-25 ans ».

    Les patients détenus

    Le rapport aborde également la question des détenus transférés à Montfavet sans escorte policière, une situation dénoncée depuis plusieurs années date par les syndicats. La direction regrette en effet « la réduction systématique du nombre d’escortes policières pour le transfert des patients détenus, contrairement à ce qui était initialement réalisé ». Elle assure que des échanges avec l’ARS Paca, la préfecture des Bouches-du-Rhône, la préfecture du Vaucluse et les directions des centres pénitentiaires ont permis de « clarifier les pratiques d’accompagnement des détenus » et que, « pour réaliser le transfert, le CHM peut faire appel à l’équipe de sécurité, qui peut être mobilisée en amont sur la route ». « C’est ce pour quoi on se bat. Il faut sécuriser ces transferts pour la sécurité du personnel », confie la responsable syndicale.

    Plus largement, le rapport rappelle que la prise en charge des détenus « ne doit pas induire par principe leur isolement pendant le séjour, ni porter atteinte à leur accès à des soins somatiques ». La direction du CHM assure, de son côté, que « l’ouverture d’une unité de soins intensifs psychiatriques (USIP), en 2027, permettra de limiter les restrictions imposées aux patients détenus ».

  • Les syndicalistes de la flottille ont l’internationalisme au cœur

    Les syndicalistes de la flottille ont l’internationalisme au cœur

    Il y a du monde qui s’active le long du quai de la friche portuaire abandonnée du Rio, à l’ouest du quartier de l’Estaque. Une vingtaine de navires de plaisance arborant le drapeau palestinien l’ont quitté après escale samedi, cap vers la Sicile. Ils font partie de la flottille Thousand Madleen, dont le but est de briser le blocus organisé par l’armée israélienne à Gaza. « Mille Madleen », la traduction, est un hommage au navire éponyme qui participait à la flottille de la liberté, en 2025, intercepté en eaux internationales dont l’équipage avait été arrêté et détenu avant d’être expulsé d’Israël.

    « Engagés contre l’impérialisme »

    Les équipages sont composés de syndicalistes, militants d’associations et membres de partis politiques. À l’image d’Anouk Brunet, assistante d’éducation au collège Edgard-Quinet de Marseille et syndicaliste CGT Éduc’action : « C’est important de participer à cette initiative en tant que syndicat. » Elle souhaite « apporter un soutien à la communauté éducative sur place ».

    Idée similaire pour Denis Vemclefs, représentant l’Union départementale CGT de Seine-Saint-Denis : « Nous sommes engagés contre l’impérialisme et on soutient Gaza, dans le cadre de la solidarité internationale de la CGT. » L’UD CGT 93 a d’ailleurs financé le navire Nour, prenant part à la flottille, « en même temps que des panneaux solaires à Cuba », précise Denis Vemclefs. Pour ce dernier, « l’internationalisme n’a pas de frontières », et se dit aussi solidaire « du peuple libanais, congolais ou soudanais ».

    Lors de la conférence de presse de Thousand Madleen, la coordinatrice du mouvement Esther Le Cordier a affirmé que cette flottille était un « outil politique », comme celle de 2008. « Nous ne lâcherons rien jusqu’à l’autodétermination de la Palestine », promet-elle. Tout en appelant à des actions à terre contre « le génocide et les guerres impérialistes et coloniales ». L’étudiante à l’Ehess a remercié les habitants de l’Estaque pour « leur accueil et leur solidarité » indispensables. Marseille a répondu présent.

  • [Entretien] Secours Populaire du Gard : « Ces jeunes peuvent vivre un moment unique »

    [Entretien] Secours Populaire du Gard : « Ces jeunes peuvent vivre un moment unique »

    La Marseillaise : C’est quoi le projet « Famille de Vacances » ?

    Luisa Benbouzid : Le projet Famille de Vacances, c’est un projet de mise en relation de familles ou de particuliers partout en France avec des enfants issus de milieux modestes qui n’ont pas la chance de pouvoir partir en vacances. Ces familles sont issues de tous horizons et parfois ont même déjà des enfants. Par exemple, en 2025, on a eu une famille qui avait déjà 3 enfants qui a accepté de recevoir un enfant du Secours populaire et qui revient encore cette année. En 2025, dans le Gard, nous avons réussi à loger 7 enfants dans 7 familles différentes. Pour 2026, on espère pouvoir en faire autant, voire peut-être même plus. Actuellement, on recherche des familles jusqu’au 8 avril pour finaliser les candidatures et pouvoir entrer en contact avec elles. Cette année, les deux créneaux de dates d’accueil des enfants par les familles sont du 15 au 29 juillet et du 29 juillet au 12 août.

    Qu’est-ce que ça représente ces vacances pour ces enfants ?

    L.B. : L’initiative Famille de Vacances, c’est une réelle échappatoire pour de nombreux jeunes dans le besoin. Une partie de ces enfants n’a jamais vraiment voyagé ou eu l’occasion de partir de chez eux. Pour certains, ils n’ont connu que les barres d’immeubles des grandes villes d’Île-de-France et ne connaissent pas la campagne ou d’autres espaces en France, c’est un dépaysement pour eux. Nous, on le ressent chaque année, à la fin du voyage, on récupère des enfants avec le sourire qui ont pu, grâce à ces familles, avoir un véritable moment de pause dans leur quotidien.

    Ça veut dire quoi devenir une famille d’accueil pour le Secours Populaire ?

    L.B. : Devenir famille d’accueil pour le Secours Populaire, ça veut avant tout dire être ouvert sur les autres. C’est pouvoir partager un moment d’échange unique avec des enfants issus de milieux populaires. Nous, dans le Gard, on reçoit surtout des enfants en provenance d’Île-de-France. Ces jeunes, grâce aux familles accompagnées par le Secours Populaire, peuvent vivre un moment unique et souvent intergénérationnel.

    Propos recueillis par Thomas Bonnel

  • Quand le recours à la justice devient payant

    Quand le recours à la justice devient payant

    Vous souhaitez contester un licenciement, dénoncer du harcèlement, demander un rappel de salaire  ? Ou vous voulez engager une procédure pour un problème lié à un divorce, une pension alimentaire, un droit de garde, une succession ou un litige de la consommation ? Il faudra désormais mettre la main à la poche.

    La loi de finances pour 2026 instaure en effet le paiement d’un forfait de 50 euros pour toute saisine du conseil de prud’hommes ou du tribunal judiciaire. Entrée en vigueur le 1er mars, cette mesure présentée comme une contribution à l’aide juridictionnelle a été contestée devant le Conseil constitutionnel, qui l’a toutefois validée en s’appuyant notamment sur l’exemption dont font l’objet les bénéficiaires de l’aide juridictionnelle. Lesquels ne représentent toutefois qu’une part réduite de la population…

    « Cela contribue à une défiance des citoyens »

    Ce n’est pas la première fois qu’une telle contribution est mise en place. « Le droit d’entrée pour l’accès à la justice est un serpent de mer », soupire Maxime Delchambre, co-président du SAF (Syndicat des avocats de France) de Montpellier. Un timbre de 35 euros avait en effet déjà été instauré de 2011 à 2013, supprimé en 2014 à l’initiative de la garde des Sceaux de l’époque Christiane Taubira. Une baisse de 13 % du nombre de saisines dans les contentieux de faibles montants avait alors été constatée.

    « Cette mesure rompt l’égalité des justiciables devant la justice : si on a beaucoup d’argent ce sera indolore, mais si on en a peu, 50 euros c’est une somme », dénonce Maxime Delchambre. « Freiner l’accès à la justice n’est pas le bon moyen de désengorger les tribunaux. On décourage les citoyens de se tourner vers elle. C’est dangereux, encore plus aujourd’hui dans un climat où les gens se sentent délaissés », poursuit l’avocat montpelliérain. « Il faut au contraire allouer des moyens supplémentaires à une justice qui en a grand besoin depuis des années ».

    Un point de vue partagé par Bertrand Lacabanne, vice-président CGT du Conseil des prud’hommes de Sète : « le service public de la justice est de plus en plus détérioré. Et au lieu de donner des moyens aux conseils des prud’hommes, le gouvernement essaie de limiter au maximum le nombre d’affaires en décourageant les gens d’engager une procédure », dénonce-t-il. « Cette contribution est inadmissible, car elle pèse sur les épaules de travailleurs déjà fragilisés par leur situation au travail, avec des situations financières parfois catastrophiques. Certains viennent chercher des salaires qui ne leur sont pas versés et on leur demande de payer pour accéder à leur droit ! », s’indigne-t-il. Un coup de canif supplémentaire dans la justice du travail, dont l’accès est rendu de plus en plus difficile. Depuis 2016, il faut en effet déposer une requête motivée, accompagnée de son bordereau et des pièces remises au greffe. « Avant, un salarié pouvait saisir lui-même le conseil de prud’hommes par voie orale ou sur papier libre. Ce nouveau mode de saisine peut dissuader, car cela devient très difficile de le faire sans avocat  », rapporte Bertrand Lacabanne. À cela s’ajoute la baisse du délai de prescription pour contester son licenciement (5 ans en 2008, 2 ans en 2013 puis 1 an depuis 2017) et surtout l’entrée en vigueur du « barème Macron » (2017), qui a conduit à une baisse drastique de l’indemnisation obtenue par les salariés, les grands perdants étant ceux ayant une faible ancienneté. Le résultat est là : en 10 ans (2013-2023), le nombre de saisines des conseils de prud’hommes a été quasiment divisé par deux…

    L’association de consommateurs UFC Que Choisir se joint à ce front de contestation, dénonçant elle aussi « une mesure qui va décourager encore davantage les personnes en proie à des”petits” litiges et inciter un certain nombre de professionnels à ne pas répondre à des demandes légitimes de leurs clients parce qu’ils se disent : ils n’iront pas jusqu’au tribunal parce qu’il faut payer  », estime Claude Gaubert, de l’UFC Que Choisir Montpellier. « Ça contribue à une défiance des citoyens vis-à-vis de la justice, qui leur paraît de plus en plus inaccessible. »

  • [Chronique des invisibles] Les disparus de la douceur

    [Chronique des invisibles] Les disparus de la douceur

    On les évoque rarement. À la télévision, plus un programme est immonde, plus les parts d’audience grimpent. À croire que les tombereaux de saletés qu’ils déversent trouvent un écho familier dans nos cerveaux fatigués. Dans les séries et au cinéma, les tueurs en série deviennent des héros, les assassins, des modèles de charisme. Plus ils sont siphonnés, tordus, plus les spectateurs s’enthousiasment, leur violence se communiant avec la nôtre.

    Alors, que sont devenus les gentils ? Les bienveillants, les amoureux de la vie, ceux qui refusent la brutalité ambiante ?

    Ils ne hurlent pas sur les plateaux télé ni sur les réseaux. Ils ne cherchent pas à humilier, ni à briller. Eux, ce sont les gens du quotidien, les « seconds rôles » de nos vies : celui qui laisse sa place dans le bus à une vieille dame, la caissière qui garde son sourire face à la grossièreté, ce collègue qui demande sincèrement « ça va ? » et s’arrête pour écouter la réponse.

    Ces gens-là ne font pas la une, mais sans eux, le monde se déliterait encore plus vite.

    Ils rappellent qu’il n’y a pas besoin d’héroïsme guerrier pour être brave. Parfois, il suffit de tendre la main plutôt que de détourner le regard. Être bouleversé devant les images d’enfants hagards sous les bombes, ce n’est pas faiblesse : c’est la preuve que le cœur bat encore.

    La civilisation, disait Camus, se mesure à la douceur qu’elle accorde aux plus fragiles.

    Aujourd’hui, cette douceur se fait rare, reléguée aux marges d’un monde cynique, violent, saturé de rancunes.

    Dans l’ombre, il reste des figures à hauteur d’homme : celui qui écoute sans juger, celle qui console sans attendre de retour. Ils sont nos derniers chevaliers, discrets et sincères.

    Être gentil, aujourd’hui, n’est plus une évidence ; c’est un acte de résistance.

    Face à la vulgarité triomphante, au sarcasme comme signe d’intelligence, la gentillesse devient une rébellion silencieuse. Elle dérange, parce qu’elle remet l’humain au centre. Et peut-être que le plus beau, dans cette époque saturée de violences, c’est qu’il reste encore des âmes capables d’empathie.

    Elles n’attendent pas d’être vues.

    Elles agissent, simplement, obstinément, héroïquement comme si la bonté pouvait encore sauver quelque chose.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : réorganisation syndicale

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : réorganisation syndicale

    L’opposition des minoritaires et du Parti socialiste était représentée au 27e congrès par Dumonceau, secrétaire du syndicat des typographes, qui critiquait, entre autres, l’action du bureau de l’UD à qui il reprochait son sectarisme de tendance majoritaire. J’eus de la peine pour arrêter le congrès qui le conspuait. En fait, il reprenait les décisions du Congrès fédéral du Parti socialiste préparatoire au 29e congrès de la SFIO qui tenait ses assises le 10 août. Depuis la révocation des ministres communistes, nous critiquions violemment le gouvernement et le Parti socialiste en particulier.

    Celui-ci faisait des efforts pour renforcer son influence dans les entreprises. Il donnait des instructions en faveur d’une propagande pour que, dans chaque chantier, usine, dans les groupes EDF et Gaz de France, à la SNCF, dans l’administration, soient créés des groupes socialistes. Malgré leurs efforts, ce fut un échec.

    Le rapport d’activité du congrès fut adopté par 160 559 voix contre 209 et 332 abstentions.

    Au congrès fédéral du Parti socialiste, Francis Leenhard dénonça les agressions du PCF contre le Parti socialiste avec la complicité des dirigeants de la CGT dont « Lucien Molino, membre du comité central du PC ». Pour Irma Rapuzzi, ancienne trotskiste, il fallait dégager le syndicalisme de l’emprise de la CGT en ayant une attitude plus combative et courageuse. La motion de synthèse, rapportée au nom de la commission par Gaston Defferre, repoussa le principe de l’unité d’action avec le Parti communiste et affirma la nécessité impérieuse de libérer le syndicalisme de toute ingérence politique.

    Il y eut bien quelques divergences, comme celle soulevée par une militante CGT et socialiste d’Aix-en-Provence, mais Defferre recueillit l’unanimité pour condamner la politique de la majorité confédérale.

    L’UL de Marseille

    et modification de l’UD

    C’est à ce 27e congrès que nous avons décidé la dissolution de l’Union locale de Marseille et de l’intégration des deux secrétaires Giribone et Millaud dans le bureau de l’UD. Cette décision était prise dans un département des Bouches-du-Rhône où l’Union locale de Marseille avait un champ d’intervention très proche de celui de l’Union départementale et formait un écran entre l’UD et les syndicats. Nous avons créé des intersyndicales d’arrondissements ou de secteurs suivant l’importance industrielle aux endroits importants, comme le Bassin de Séon, La Capelette, Saint-Marcel et Saint-Antoine, Saint-Victor, et une intersyndicale au centre, à l’ancien siège de l’Union locale. Cette modification nous permit d’employer directement des militants de l’UL pour renforcer l’UD, une centralisation et une plus grande rapidité d’intervention.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Série 1/3] Le cancer chez les plus de 75 ans, un problème de santé publique

    [Série 1/3] Le cancer chez les plus de 75 ans, un problème de santé publique

    Un appel à projets a été lancé en 2011 par l’Institut national contre le cancer (Inca) sur le déploiement national d’unités de coordinations en oncogériatrie. Et le groupement de coopération sanitaire réunissant l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille et l’Institut Paoli-Calmettes, a été retenu comme unité de coordination en oncogériatrie (Ucog) pour l’ouest de la région Paca dont les coordinatrices sont le docteur Frédérique Rousseau, oncologue à l’IPC et le professeur Anne-Laure Couderc, gériatre à l’AP-HM.Une entité régionale dont les travaux et recherches favorisent l’accès aux soins des patients âgés atteints de cancer dont le nombre est en augmentation constante.

    « Vu l’évolution démographique de la population française, il est évident que la prise en charge des personnes âgées atteintes d’un cancer est un problème de santé publique », souligne le docteur Rousseau. « Tous les gens nés au moment du baby-boom c’est-à-dire après la guerre, arrivent actuellement vers la septième ou la huitième décade avec, de fait, une augmentation mathématique du nombre d’octogénaires à l’horizon 2030, 2040 » Le tout avec un deuxième élément non négligeable à prendre en compte selon la professionnelle qui est l’amélioration de l’état de santé global et de l’autonomie des personnes de plus de 70 ans grâce notamment à un meilleur contrôle des pathologies cardiovasculaires et métaboliques

    Surveillance de tous les instants

    « Au sein de l’Institut, nous prenons en compte le caractère âgé des patients et non pas leur âge chronologique car une personne de 85 ans peut être en meilleure forme que quelqu’un de 65 ans par exemple, tout dépend de ses comorbidités sous jacentes », poursuit-elle. « Les patients de plus de 75 ans sont des patients comme les autres, ils sont cependant un peu plus complexes à prendre en charge puisqu’il faut à la fois prendre en charge le traitement de leur cancer mais aussi prendre en compte les pathologies associées au vieillissement sans les aggraver par nos traitements. L’oncogériatrie n’est pas une spécialité et ne le sera jamais. Selon moi, c’est avant tout un savoir-faire, une prise en compte. Il est donc nécessaire de connaître l’oncologie d’une part et de mettre en balance les traitements à mettre en œuvre et, les pathologies carcinologiques. L’objectif étant d’éviter que ces patients entrent dans une spirale de complications où ils seront toujours perdants. » L’adaptation est donc une notion primordiale pour trouver le meilleur équilibre possible entre l’efficacité d’un traitement contre la maladie cancéreuse et la préservation de la qualité de vie et de l’autonomie. « Une personne guérie de son cancer mais qui a perdu en qualité de vie et en autonomie ce n’est pas une bonne prise en charge. L’évaluation gériatrique nous permet de savoir quelle personne nous avons en face de nous en particulier est-elle fragile ? Cette évaluation nous permet aussi d’anticiper les effets secondaires de nos thérapeutiques et en fonction, d’adapter le suivi post-traitement qui doit être beaucoup plus soutenu chez le patient âgé que chez l’adulte de moins de 70 ans », précise Frédérique Rousseau.