Category: societe

  • Marseille : le désastre de Bonneveine, un bourbier politique

    Marseille : le désastre de Bonneveine, un bourbier politique

    À l’initiative de LFI et de la coalition citoyenne Comm’un Possible Marseille (Donut Infolab, Alternatiba Marseille, Climat Paca, Eden Initiative, etc.), une petite manifestation d’une vingtaine de personnes s’est tenue devant la mairie centrale à 18h « pour rendre le massacre à son auteur » en déposant sous les fenêtres de Benoît Payan des tronçons d’arbres.

    « Du grand n’importe quoi » assène Romain Simmarano, le conseiller municipal (Renaissance) d’opposition pour qui « Bonneveine est plus qu’une simple faute politique, c’est un symptôme : la mairie est littéralement à l’arrêt, alors que Marseille a besoin de mouvement, d’énergie, d’envie, de résultats ! »

    Mardi matin, les tronçonneuses ont continué à hacher menu les 26 pins matures déstabilisés par les travaux et abattus la veille malgré la forte mobilisation citoyenne et associative. « C’est un désastre à partir d’une connerie initiale de la ville. S’il y avait eu un management compétent, on n’en serait pas là ! », peste Richard Hardouin, le président de France nature environnement 13, venu voir le désastre, mais empêché par les policiers municipaux d’approcher des cratères. « On aurait pu sauver des arbres en les élaguant ou en les étayant », estime le défenseur de l’environnement. « C’est choquant d’avoir constitué fin juillet un groupe avec des riverains responsables, de se réunir le 10 août avec Perrine Prigent, l’adjointe aux espaces verts, qui n’a pas attendu le délai de 15 jours qu’elle avait proposé. Ils ont abattu même des arbres non préconisés par l’expertise d’ONF Vegetis. » Une habituée du parc fulmine : « C’est un scandale sans nom. Quand on voit que des pompiers sont morts pour sauver des forêts dans les Landes ! »

    Plus loin, un militant s’est perché dans un grand pin condamné. Jean-Luc, habitant du Roy d’Espagne, entend ainsi protester « contre le plan de découpe lancé subitement par un bureau d’études qui a décidé sans l’avis des riverains avec sa vision de la nature, de lancer une guerre éclair. Ce sont des arbres matures qui rendaient service aux habitants. Les arbres ne sont pas des biens mobiliers. Le parc doit se faire autour des arbres existants. » Il finit par descendre, aidé d’un escabeau amené par la police.

    Invités à une réunion à la Direction de la Nature en Ville, avenue Clot-Bey, les représentants du collectif de riverains sont ressortis dépités. « On a été reçu par trois seconds couteaux des espaces verts, sans répondant, qui en ont dit le moins possible. Il n’y avait pas Perrine Prigent l’adjointe aux espaces verts, ni Marc Foveau le DGA qui avait lancé l’invitation », se désole encore Alain Senentz président du collectif de riverains.

  • Face au feu, les agents de l’ONF aux aguets dans les Hautes-Alpes

    Face au feu, les agents de l’ONF aux aguets dans les Hautes-Alpes

    Il est 11h30 à la base de Baratier, David Raimbault et Hervé Tabouret préparent leur patrouille quotidienne qui s’achève à 19h30. À bord de leur Pick-up jaune, ils embarquent une radio reliée aux pompiers, une tablette numérique pour transmettre les données collectées au centre de commandement de l’ONF, mais aussi une cuve de 700 litres et une motopompe pour intervenir sur un feu naissant. « L’avantage pour les pompiers, c’est qu’on est leurs yeux sur place, explique Hervé Tabouret. On va pouvoir leur dire si les accès sont possibles, si les pistes sont débroussaillées, s’il y a beaucoup de vent, des habitations… En arrivant en premier sur le site du sinistre, on va leur expliquer les conditions en temps réel, ce qui leur donne de l’avance. »

    Le binôme fait partie des deux patrouilles PSI (Prévention, surveillance, intervention), qui opèrent chaque jour durant l’été sur trois secteurs : l’Embrunais, la Haute-Durance et le Queyras. Depuis le 24 juillet, le département est en vigilance rouge, ce qui signifie que tout feu extérieur du type feu d’artifice, barbecue, feu de camp, brûlage de végétaux, cigarettes, ou travaux émettant des étincelles, est interdit à moins de 200m des forêts et espaces naturels. Après une visite au Centre d’incendie et de secours (CIS) d’Embrun, pour se concerter avec les sapeurs-pompiers, ils partent sur le terrain.

    Un public plus averti qu’auparavant

    En cette fin de matinée, ils arpentent la plage de Chanterenne à Crots, où ils s’attendent à trouver des restes de places à feux improvisées. Et ça ne loupe pas, à peine quelques minutes de marche, ils en trouvent deux, à 100m l’une de l’autre. « Une contravention pour un feu sauvage en période rouge, c’est 135 euros d’amende, rappelle Hervé Tabouret. On en constate une dizaine par jour, surtout sur les bords de plages très fréquentés en été et dans les fonds de vallée, en altitude, là où les gens se sentent un peu cachés. » Les deux agents enlèvent les pierres et mélangent les cendres à la terre. Autour du lac, la végétation est dense, et particulièrement sèche en cet été de canicule sévère. « Une place à feu reste dangereuse, même éteinte. Il y a des braises qui restent incandescentes. Le vent, la température, le taux d’humidité bas… Toutes les conditions sont réunies pour qu’une braise s’envole et déclenche un feu », explique Hervé Tabouret.

    Si, depuis le passage en période rouge, des affiches sont placardées sur les sites, tous les publics ne sont pas forcément au fait des interdictions, la PSI a un rôle primordial de prévention. « On voit que la patrouille a un impact dans la prévention, on trouve moins de place à feux sauvages que les années précédentes, constate Hervé. Le fait que cette année il y ait énormément d’incendies, que les médias en parlent beaucoup, fait que quand on échange avec les gens, on voit qu’ils sont beaucoup plus sensibilisés qu’avant. Il suffit qu’on nous voit démonter une place à feu pour qu’on vienne nous poser des questions. Et là, on joue notre rôle, c’est-à-dire expliquer, sensibiliser. »

  • Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Un terrain à la Valentine dans le 11e arrondissement, un autre dans le 15e, une caserne dans le 3e à l’abandon depuis des lustres et squattée à plusieurs reprises. Seule certitude sur ces sites occupés depuis des années par des familles originaires de Roumanie, les expulsions sont pendantes. Et « le concours de la force publique est accordé », précise maître Adam Borie, avocat au barreau de Marseille. Quant aux dates ?

    Sollicitée à plusieurs reprises, la préfecture ne répond pas. De quoi laisser l’angoisse s’installer. D’autant plus que la rentrée scolaire approche et que sur chacun des sites, de nombreux enfants sont scolarisés. La Ville, propriétaire du site, motive quant à elle la demande d’évacuation par : « Un danger sur un bâtiment qui reste occupé, une activité de ferraille et des conditions d’occupation qui présentent un danger pour eux comme pour les riverains, le non-respect des installations d’accès à l’eau, à l’électricité et à l’hygiène en dépit d’un grand travail d’accompagnement pour sécuriser le site. » Pour autant, elle avait porté « une exigence de relogement », qui incombe à l’État.

    « Les expulsions produisent une rupture dans le parcours de soins des personnes malades, le suivi des femmes enceintes et l’accompagnement social », ajoute Laurent Sapin, à l’origine de la conférence de presse. Car il se dégage un scénario trop couru pour être ignoré, dans ces injonctions à quitter le terrain. À l’écoute, le père Paul Daniel, qui a officié à la Belle de Mai, se souvient avoir ouvert les portes de la paroisse à des familles expulsées, un soir d’octobre 2012, par un fort mistral, « des enfants, des personnes âgées, des malades, épuisés par la marche », traquées par les CRS pour les empêcher de s’installer dans une nouvelle friche.

    Des droits à défendre

    Elena, qui vit à Marseille depuis 15 ans, « représente une association de soutien aux familles roms » et témoigne : « On en a marre de changer d’endroit à chaque fois que la police vient nous déloger. À chaque fois, c’est justifié par la question de la sécurité. Mais il n’y a jamais de solution durable. » Elle argumente et interroge : « Quand dans les bidonvilles ont été évacués, des logements ont été construits pour reloger. Pourquoi les autorités ne choisissent pas le dialogue plutôt que l’expulsion qui coûte plus cher. Évacuer un terrain, c’est 4 000 euros. » Et répond à son tour : « On nous demande pourquoi on vit en groupe. C’est pour se protéger des violences. » Car les cas n’ont pas manqué, d’attaques violentes, de tentatives d’incendie.

    « Oui, il y a des nuisances qui peuvent excéder les voisins », reconnaît Framboise Robert, responsable de l’association culturelle Arte Cavhalo. Rare signataire à connaître la situation de très près pour avoir travaillé plus de 16 ans avec les enfants des squats. « Mais si on nous laissait le temps d’organiser des activités avec des aides, bien encadrées, bien gérées, avec un budget au lieu de couper les subventions des associations, ça pourrait bien se passer. » À Gardanne ou à Lyon, des expériences d’accompagnement ont fait leurs preuves. « Ici, les projets sur les friches Euromed n’ont fait que repousser les squats, de Bougainville à Gèze, à la Belle de Mai », regrette-t-elle.

    « Nous devons faire entendre notre voix » ont convenu les familles. « Nous sommes ici pour dire que ces familles ne sont pas seules », a rappelé Laurent Sapin avec à ses côtés une militante de Front commun et Imram Trocmé, élu LFI des 4-5. Une représentante d’Un centre-ville pour tous et du Collectif d’habitants organisés du 3e (CGO3) propose « d’agir ensemble, de créer des liens ». Le premier pas se fera sur le plan judiciaire. Sans toit, ces familles ne sont pas sans droits. Maître Adam Borie annonce : « Ces familles n’étaient pas représentées lors de l’ordonnance. Elles ont droit au débat devant un juge. Nous allons saisir le Juge de l’exécution. » De quoi gagner un délai.

  • L’allocation de rentrée victime de son succès

    L’allocation de rentrée victime de son succès

    « Sans cette aide, on n’y arriverait pas. » Safia, accompagnée de ses deux minots, Naël et Naïl, écume le rayon bureau du magasin Action du Centre Bourse à Marseille, ce mardi. Dans son caddie, on retrouve des cahiers, des stylos, des classeurs… En bref, l’ensemble de l’attirail nécessaire pour équiper les petits écoliers. « Avec mes deux enfants, j’en ai pour plusieurs dizaines d’euros juste en cahiers… Et je ne parle même pas du sac et des livres ! », développe la Marseillaise.

    Autour d’elle, plusieurs familles font de même et il faut parfois un peu jouer des coudes pour se frayer un chemin dans les travées. D’un côté, une mère questionne sa fille qui a la liste de courses à la main : « C’est bien un classeur avec 4 anneaux qu’il faut ? » De l’autre, un minot tire la manche de son père en direction des casques et autres souris pour jeux vidéo du rayon adjacent. Pas de chance, c’est bien pour la rentrée scolaire qu’ils sont venus et le petit polisson est vite rappelé à l’ordre.

    70 millions d’euros

    dans le département

    Car si le magasin fait le plein en ce 18 août, c’est notamment car l’allocation de rentrée scolaire (ARS) a été versée ce jour. Dans les Bouches-du-Rhône plus de 94 000 familles éligibles ont reçu cette aide qui oscille entre 426 et 466 euros par enfant, selon les chiffres de la CAF (Caisse d’allocations familiales) publiés ce mardi. Cette dernière rappelle justement qu’à « chaque rentrée scolaire, les familles font face à un surcroît de dépenses qui peut mettre en difficulté les plus modestes » et évoque une « aide indispensable aux familles modestes ».

    Safia, mère célibataire au petit salaire confirme : « C’est déjà compliqué de finir le mois en temps normal. Si l’allocation n’était pas là, on ne pourrait pas acheter tout ce qu’il faut pour l’école, ou alors il faudrait taper dans d’autres dépenses. » La CAF fait d’ailleurs écho aux propos de la Marseillaise dans son analyse : « Pour faire face à cette dépense supplémentaire les familles adoptent diverses stratégies comme la réduction des autres dépenses du foyer. Si elles n’avaient pas perçu l’ARS, elles auraient dû diminuer encore plus leurs autres dépenses. »

    Rappelons que l’ARS est versée, sous conditions, pour les enfants scolarisés de 6 à 18 ans selon les revenus de leurs parents. Dans le département, le montant total de l’aide s’élève à 70 548 129 euros. C’est dire les besoins… Et sur le terrain, elle est visiblement victime de son succès vu l’affluence au Centre Bourse. Juste à côté du magasin Action, on retrouve Chaussea d’où sort également une famille avec une paire de chaussures neuves pour sa minote. À l’étage du dessus, le rayon pour la rentrée scolaire de la Fnac attire aussi quelques familles. Bien loin donc des fantasmes d’achats de télé et smartphone relayés par certains médias…

    Emmaüs démonte les clichés

    Dans une enquête publiée ce mardi, Emmaüs France questionne « À quoi sert l’allocation de rentrée scolaire ? », en réponse aux clichés nauséabonds distillés dans certains médias relayant l’idée que l’ARS serve à payer des « abonnements Netflix ». Avec une série d’une vingtaine d’entretiens auprès de familles modestes, Emmaüs montre la réalité de l’utilisation de l’ARS : « Elle permet d’acheter des fournitures, des vêtements ou des équipements neufs, plus solides ou de meilleure qualité que ceux auxquels ces familles ont habituellement accès. » Et insiste : « Les enquêtes statistiques convergent sur un point : les dépenses supportées par les familles à la rentrée sont proches du montant de l’allocation. » Un lien direct entre rentrée scolaire et cette allocation donc.

    A.B.

  • À Six-Fours, le maire RN Frédéric Boccaletti éjecte sa première adjointe

    À Six-Fours, le maire RN Frédéric Boccaletti éjecte sa première adjointe

    Frédéric Boccaletti (RN) vient de retirer l’ensemble de ses délégations à sa première adjointe Carolyn Salva, une présidente d’association pas suffisamment en phase, on dirait, avec la ligne d’un parti auquel du reste elle n’a jamais appartenu. Et cela alors que l’intéressée est absente, partie en vacances avec sa fille.

    Une mise à l’écart expéditive puisque le conseil municipal va se réunir dès samedi pour désigner une ou un remplaçant plus docile ou plus proche des idées d’extrême droite. En charge des affaires sociales et des solidarités, peut-être a-t-elle touché du doigt le double discours du Rassemblement national et refusé de cautionner l’imposture. Ce qui aurait provoqué l’ire du premier magistrat et sa révocation pure et simple. Le sieur Boccaletti n’a lui en revanche rien d’un tendre ou d’une brebis égarée mais bien, malgré l’image qu’il est parvenu à imposer et les sourires de façade, un idéologue pur et dur. Pour mémoire l’ancien libraire négationniste a été condamné en 2000 à un an de prison dont six mois ferme pour « violence en réunion avec arme ».

    L’imposture manifeste

    de l’extrême droite

    Mais que diable allait-elle faire dans cette galère ? Contactée hier par message sur les réseaux sociaux, Carolyn Salva a promis de s’exprimer publiquement sur les raisons de son éviction dès son retour sur la terre ferme le 29 août.

    En attendant, c’est vrai que beaucoup de militants associatifs connaissant l’engagement de l’intéressée en matière d’inclusion des personnes, notamment des enfants, en situation de handicap à la tête de l’Attrap’Rêves, s’étaient émus de la retrouver aux côtés de Frédéric Boccaletti. Le genre de prise de guerre dont le RN a besoin pour gagner les élections municipales en faisant campagne localement pour des listes soi-disant sans étiquette, ouvertes à la société civile.

    En attendant, cinq mois seulement après l’installation de la majorité municipale qui a gagné de quelques voix à peine, le maire s’ampute de sa première adjointe, c’est-à-dire de la personne censée lui être le plus proche, ce qui fait plus que désordre.

    Interrogé par notre confrère de Var-matin ce dernier a mis laconiquement en avant quelques « divergences sur la conduite des affaires municipales ».

    Par pudeur, certainement.

  • À Avignon, les acteurs de la solidarité prêts à attaquer « l’arrêté anti mendicité »

    À Avignon, les acteurs de la solidarité prêts à attaquer « l’arrêté anti mendicité »

    « La ville d’Avignon agit et continuera d’agir avec responsabilité et humanité sans opposer sécurité et solidarité. » Voilà comment, il y a trois ans déjà, la maire d’Avignon d’alors Cécile Helle (PS) répondait au syndicat des restaurateurs et hôteliers qui dénonçait l’inaction de la municipalité face à la présence accrue de sans-abri en centre-ville. Les municipales sont depuis passées par là et, dans la torpeur estivale post Festival, Olivier Galzi (DVD) a pris un arrêté réglementant l’occupation de l’espace public visant à prévenir des troubles à l’ordre public (notre édition du 14 août).

    « Un arrêté anti-mendicité », comme le qualifie Thierry Mila. Le président de la fédération Paca des acteurs de la solidarité, qui fédère un réseau de structures engagées aux côtés des personnes en situation de précarité, n’a pas tardé à envoyer un courrier au maire. La missive lui demande de retirer cette mesure et d’organiser une « rencontre avec les fédérations et les associations du territoire pour trouver une solution digne pour les personnes dans une ville de culture et d’accueil s’il en est. » Ce recours « gracieux et pré-contentieux », reçu ce mardi en mairie, pourrait rapidement être suivi d’un référé suspension directement déposé au tribunal administratif. « Si on n’a pas de retour d’ici à jeudi, tout est prêt pour attaquer », assure Thierry Mila.

    Sollicitée par nos soins, la Ville semble peu encline, dans l’immédiat, à une rencontre. « On va leur répondre en rappelant les grands principes de l’arrêté car ils ont une lecture différente de la nôtre », répond la mairie. Qui réaffirme ne pas vouloir « stigmatiser une certaine population et la mendicité mais concilier tranquillité publique et accompagnement des plus vulnérables en caractérisant les troubles pour mieux cibler les personnes qui n’arrivent pas à être prises en charge ». Le président de la fédération des acteurs de la solidarité y voit plutôt un moyen « de nettoyer Avignon, comme l’ont fait d’autres villes dans une course à l’échalote contre les personnes précaires qui vivent à la rue, déjà stigmatisées par la vie ». De manière plus globale, Thierry Mila déplore aussi la politique de l’État : « On ne peut pas dire d’un côté on ne veut plus de mendiants et, de l’autre, couper les fonds aux associations. »

    De « sérieuses interrogations »

    Le courrier adressé à Olivier Galzi, très circonstancié, soulève de « sérieuses interrogations » quant au respect des libertés publiques, de la notion « d’occupation prolongée » et met aussi en avant la jurisprudence du Conseil d’État, de la Cour européenne des droits de l’homme ou une décision du comité européen des droits sociaux. Au tout début de la campagne des municipales, Olivier Galzi avait défendu la possibilité d’un arrêté anti-mendicité avant de ne plus évoquer, dans ces termes, le sujet. Mi-février, dans nos colonnes, le futur maire insistait sur sa volonté d’aider ceux qui veulent s’en sortir mais, pour les autres, « envoyer le signal qu’Avignon ne sera pas la ville qui les accueillera de manière favorable ». L’arrêté vient traduire cette volonté qui, pour le PCF, « déplace la pauvreté » .

    Pour le PCF, la pauvreté est déplacée

    Parmi les réactions suscitées par l’arrêté, la section PCF d’Avignon-Morières-Le Pontet estime, dans un communiqué, que « faire partir les personnes à la rue ne les fait pas disparaître. Cela les déplace vers d’autres rues, d’autres quartiers, loin des commerces et des espaces fréquentés ». Sans « contester la nécessité de garantir la tranquillité et la libre circulation », les communistes insistent : « Ce dont Avignon a besoin, ce n’est pas de rendre la pauvreté invisible, mais de traiter ses causes. » Et d’appeler à « renforcer l’accompagnement, l’hébergement et l’accès aux soins ».

    F.C.

  • [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    À Marseille comme partout en France, les expulsions en série qui frappent les familles roms, tsiganes, les gens du voyage, les personnes exilées et les sans-abri participent d’une véritable politique de relégation, où la répression se révèle depuis trop longtemps comme seule modalité d’action, piétinant les droits fondamentaux.

    Le racisme systémique, qui motive ces politiques, est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. En désignant les populations les plus précaires comme responsables des difficultés sociales, elles détournent le débat des seules causes de la crise du logement : la spéculation foncière, la financiarisation de l’immobilier, la pénurie de logements accessibles et le désengagement de l’État. Elles opposent les classes populaires entre elles au lieu de s’attaquer aux inégalités qui les frappent.

    À Marseille, plusieurs lieux de vie roms sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Le cas le plus emblématique est celui du 156 route de la Valentine, terrain appartenant à M.Frey, dirigeant de Retail Prodev, classé parmi les 500 plus grandes fortunes de France, où vivent près de350 personnes, dont de nombreux enfants. Des millions d’euros d’argent public pourraient être consacrés à une opération policière d’expulsion, qui ne ferait que déplacer la misère, une fois de plus, sans apporter aucune solution durable. L’État se révèle comme gestionnaire de la valeur immobilière et foncière et non comme garant du droit fondamental au logement.

    Depuis plusieurs années, les expulsions de lieux de vie roms se succèdent, programmées, à intervalles réguliers. Saint-Just (2020, expulsion du squat d’un bâtiment de l’évêché),Maison Blanche (2021, évacuation brutale et enfants déscolarisés), La Parette (2022,destruction du lieu de vie sans relogement), Le Mail (expulsion d’un bâtiment sécurisé parles habitant·es), La Madrague / La Cabucelle ((2023-2024, opérations policières répétées)ou encore Saint-Marcel (2024-2025) et Air Bel démolition de 400 logements(2026). À chaque fois, les conséquences sont les mêmes : enfants déscolarisés, emplois perdus, ruptures des suivis sociaux, destruction des parcours d’insertion et aggravation de la précarité. L’État expulse l’été, quand les familles ne peuvent pas se défendre. En Haute-Savoie, cinq familles avec de jeunes enfants ont reçu fin juillet un arrêté préfectoral d’expulsion.

    L’été, les tribunaux fonctionnent au ralenti, les avocats sont moins disponibles, les associations disposent de moins de moyens et les mobilisations sont plus difficiles. Expulser lorsque les familles sont les plus vulnérables limite les possibilités de recours et de défense. L’Etat doit faire des propositions de relogement avant toute expulsion .À Marseille, les familles n’ont pu résister pour l’instant que grâce à la solidarité des associations, des collectifs, des syndicats, des habitantes et habitant·es mobilisés à leurs côtés. Les injonctions du préfet dans l’hébergement d’urgence marquent une nouvelle étape dans la répression des plus vulnérables. En ordonnant au SIAO 13 de sortir des familles de l’hôtel sans solution de relogement, l’État viole le droit à la continuité de la prise en charge et teste sa capacité à imposer des remises à la rue en pleine pénurie de places. Le refus unanime des associations rappelle que ces pratiques ne relèvent pas d’erreurs administratives mais d’une stratégie de gestion répressive de la pauvreté, qui fragilise les familles, alimente les réseaux d’exploitation et participe à la même logique de division et de contrôle que les expulsions de lieux de vie.

    Face à cette politique du chaos et de relégation, les familles roms montrent qu’une autre politique est possible. Dans le 15ᵉ arrondissement de Marseille, des familles roms ont créé la première association rom de la ville et développé un projet d’agriculture urbaine pour entretenir et valoriser leur lieu de vie. Elles démontrent leur capacité à s’organiser collectivement, à produire et à contribuer à la vie du quartier. Au lieu d’accompagner cette dynamique, une procédure d’expulsion a été engagée. Cette contradiction montre combien l’autonomie des classes populaires, en particulier lorsqu’elle émane de populations racisées, vient bousculer les logiques d’exclusion. Les gens du voyage subissent la même stigmatisation.

    Dans le 6ᵉ secteur de Marseille, le maire Rassemblement national a fait de la dénonciation des occupations dites « illégales »un axe central de son action politique et a récemment pris pour cible des familles venues participer à un rassemblement traditionnel. La Métropole Aix-Marseille-Provence n’avait pourtant toujours pas réalisé les aires d’accueil et l’aire de grand passage prévues par la loi, malgré les condamnations prononcées par la justice administrative. On ne peut pas refuser de respecter ses obligations légales puis faire porter aux familles la responsabilité de cette carence.

    Nous appelons les organisations antiracistes, les collectifs de défense du droit au logement, les syndicats, les associations, les habitant·es des quartiers populaires, ainsi que toutes les personnes attachées aux droits humains, à unir leurs forces pour défendre le droit au logement, la dignité et toutes les familles victimes de ces politiques de relégation.

    Aux stratégies de division, opposons une mobilisation unitaire des classes populaires. Un toit est un droit. La dignité n’est pas négociable. Le racisme systémique est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. Nous le combattons.

    Signataires. l’inter orga : association ZOR (association de roms.) DAL France, ANC13, POI, VAI, Forces Vives, La France Insoumise 13, Faisons Front Commun, NPA a , Attac Marseille, soutien 59 Saint Just, Collectif 113, un Centre Ville Pour Tous, Comité antifasciste du 4è, Syndicat des associations de proximité, La Penne Insoumise, Insoumis de la Vallée de l’Huveaune, Insoumis.es de Saint Marcel, Arte Chavalo, Riposte Anti Fasciste, Collectif du 5 Novembre, Collectif contre les Violences d’état, Extinction Rébellion, Anti Cra Marseille, Collectif Al Manba, Afroqueer Revolution-R, ASCM, Sai13, UCL Marseille, Syndicat du Logement.

  • [Exclusif] Hervé Menchon sur l’abattage d’arbres à Marseille: « Je suis horrifié. On est à rebours des enjeux du siècle »

    [Exclusif] Hervé Menchon sur l’abattage d’arbres à Marseille: « Je suis horrifié. On est à rebours des enjeux du siècle »

    La Marseillaise : De nombreux Marseillais et militants associatifs sont choqués par la destruction par les services de la Ville d’une quarantaine d’arbres de haute tige dans la pinède du parc Bonneveine. Comment est-ce possible dans un projet qui vise à renaturer un parc public ?

    Hervé Menchon : Je suis triste et très en colère et je comprends et je ressens l’émotion des gens et des associations. C’est très dur aujourd’hui, en période de canicule, avec ce que l’on sait du dérèglement climatique et de ce qui nous attend. Après, je n’ai pas été impliqué dans ce dossier que je n’ai pas piloté. C’est un parc qui est labellisé EcoJardin et qui impliqué dans le programme « Territoires Engagés pour la Nature » et sur lequel j’attendais justement des réponses de mes services. Aujourd’hui, demain, rien ne sera équivalent à la protection et au maintien des arbres matures qui existent. Ce qui s’est passé, ce n’est juste pas possible ! 2050, c’est dans 24 ans. Les arbres qu’on plantera aujourd’hui n’apporteront jamais la même ombre, la même fraîcheur et ne seront jamais le même habitat que ceux qu’on a abattus. On mettra des décennies à récupérer la continuité écologique qu’apportaient ces arbres. On a détruit une canopée et au-delà un stockage carbone qui freine le dérèglement climatique.

    Au-delà du décompte des arbres abattus, c’est aussi la méthodologie de travail au sein d’une mairie à composante écologique qui est questionnée selon vous ?

    H. M. : Un arbre, c’est un monde. Il n’y a pas une espèce protégée et d’autres espèces qu’on pourrait détruire. Pas aujourd’hui, pas au XXIe siècle. On ne peut pas réfléchir comme ça alors qu’on est en train d’essayer de construire une planète vivable en 2050 et que se pose la question de l’habitabilité de la ville de Marseille en 2050. Ce qui s’est passé est digne de la politique agricole du XIXe siècle ou du productivisme du XXe siècle. On est ailleurs là, on est dans l’espace. On ne peut faire du génie contre la nature. Ça n’existe pas ! On doit faire alliance avec la nature, dès aujourd’hui, partout à Marseille, sur terre, en mer, en ville et pas seulement dans les parcs et jardins. La biodiversité, c’est ça. J’ai une «division» biodiversité, mais qui n’est même pas une direction biodiversité, et qui ne s’occupe pas des parcs et jardins. Je ne peux pas travailler avec ces outils-là aujourd’hui.

    En tant qu’écologiste engagé, je me suis battu pour sauver les 16 arbres du square Lévy, pour sauver la pinède du Roy d’Espagne, les jardins Joseph-Aiguier, le parc de la Mathilde. Je viens de là, moi et je ne cautionnerai jamais l’abattage de 30 à 40 arbres ! Il existe d’autres solutions que l’abattage. Même si on a des rapports d’experts, on peut avoir des contre-expertises. Il y a sûrement un génie humain qui est capable de maintenir les arbres. Alors peut-être qu’il était trop tard, qu’il y a la réalité et le temps administratifs. Il y a eu aussi les élections au milieu qui ont fait que chacun prend ses marques.

    Les associations dont FNE13 ont le sentiment qu’on leur a joué un mauvais tour, d’avoir été pris pour des idiots, en abattant précipitamment en pleine discussion. Vous comprenez ?

    Les associations m’ont sollicité. Je n’ai pas répondu parce que ce n’était pas mon dossier. On m’a mis adjoint à la biodiversité mais je ne suis pas la caution des massacres de la biodiversité. Je veux être adjoint à la biodiversité sinon ça ne sert à rien et je vais à nouveau grimper aux arbres. Même sur le tramway des Catalans, je ne suis pas chaud parce qu’il faut couper des arbres. Aujourd’hui, on aura du mal à avoir des arbres. On ne sait pas si les arbres qu’on plante aujourd’hui vont survivre. On n’aura peut-être pas l’eau pour les arroser avec une température de 50 degrés. Un arbre, c’est du vivant, ce n’est pas un meuble ! Ce n’est pas du mobilier urbain. Avec un arbre, il y a des champignons, des insectes utiles à la vie qui nourrissent des espèces protégées justement. Là, franchement, on est à rebours de mes ambitions, à rebours des enjeux du siècle. Je suis horrifié.

    Est-que cela suscite des discussions au sein de la gouvernance municipale ?

    J’aurai bientôt une réunion avec Perrine Prigent [ndr : adjointe DVG déléguée aux espaces verts qui pilote le dossier]. Je pense que là, une réunion avec le maire de Marseille s’impose. C’est tout le sens de mon engagement politique qui est remis en question aujourd’hui.

    Recueillis par David Coquille

  • [C’est l’été] La Banque de France, thermomètre de l’économie

    [C’est l’été] La Banque de France, thermomètre de l’économie

    Une entrée dans les locaux de Banque de France à Marseille, ce n’est pas une entrée dans un coffre-fort sous haute surveillance mais presque. Situés sur la place Estrangin Pastré, dans le 6e arrondissement, les bureaux de l’institution bancaire sont le cœur battant des analyses économiques régionales. « Nous ne sommes pas une banque commerciale, nous avons des missions de service public : la stabilité financière, la stratégie monétaire et tout ce qu’on appelle les services à l’économie… », introduit Lise Hécart, cheffe du département des affaires économiques régionales. Ce monument de l’économie française est essentiel à plusieurs niveaux : « On essaie de faire en sorte qu’il n’y ait pas de crise financière, on préserve la valeur de la monnaie en luttant contre l’inflation, on imprime les billets, on fait de l’inclusion bancaire et de l’éducation financière des publics, contrôle des banques et assurance. » Parmi cette multitude de missions, Lise Hécart et son collègue Clément Dansel, analyste d’informations économiques, sont particulièrement chargés de « prendre le pouls » de la vie économique de la région. La première est au sein de l’institution depuis 2012, et est passée « par le service entreprises », le second n’est là que depuis une année et travaillé auparavant à l’IEDOM, filiale de la Banque de France pour les outre-mer. De quoi donner une idée du large champ d’étude possible au sein de la banque. Mais à Marseille, ce sont bien « les grandes tendances » de l’économie qui leur importent. « Le plus gros de notre travail, c’est l’interrogation de dirigeants d’entreprises. On a un panel de 520 dirigeants dans la région, 200 environ pour Marseille, 8 500 à l’échelle nationale, choisis selon leurs activités », développe la cheffe de service. Des échanges avec les patrons qui sont appelés « tests de conjoncture dans le jargon interne ». Objectif : « En tirer de grandes tendances », grâce aux informations collectées. Lesquelles éclairent sur la bonne santé, ou pas, des acteurs économiques locaux notamment sur trois secteurs majeurs : le bâtiment, les services marchands et l’industrie.

    Secret statistique et moulinette mathématique

    Concrètement, le processus est bien ficelé : « Il y a une partie de l’entretien qui est assez fixe : l’activité, le carnet de commandes, la situation de trésorerie. » Mais aussi une part d’adaptation : « On a aussi des questions d’actualité économique : quel impact de la hausse du carburant, le Covid ou la guerre en Ukraine. » À partir des informations relevées via cet « échantillon représentatif de la réalité », ils essaient d’en sortir des éléments éclairants sur les tendances économiques. « Le but n’est pas d’avoir des chiffres très précis mais plutôt un ressenti pour ensuite en faire une note », résume Clément Dansel. « On essaie de comprendre pourquoi son activité évolue, et pourquoi dans tel ou tel sens », développe Lise Hécart. Le tout étant soumis au « secret statistique », même principe que le secret professionnel. « Ce sont des informations stratégiques, elles doivent être confidentielles », insiste Clément Dansel, avant de préciser que ce travail de collecte les occupe tout de même pendant près de deux semaines par mois.

    Pour bien comprendre l’intérêt de la démarche, Lise Hécart prend un exemple. Face à un chiffre d’affaires en hausse : « Soit l’entreprise réalise plus d’activités, soit c’est lié à l’inflation. Le but est de mettre en perspective quelle pourrait être la part d’inflation par rapport à la progression d’activité. » En clair, une fois les « tests » réalisés, place à la partie analyse. « On agrège les résultats et on applique des pondérations pour que certaines entreprises n’emportent pas entièrement une tendance », explique-t-elle. Avec une « moulinette mathématique », c’est-à-dire des outils internes, pour mieux faire ressortir les données importantes. « On interprète ces résultats à la lumière de nos analyses économiques, de ce qu’on connaît de l’économie régionale, et on produit des tendances régionales, des publications entièrement accessibles sur notre site internet. » Autre gros morceau de la diffusion de leurs travaux, qui s’ajoute à la publication des notes : la conférence de rentrée de la Banque de France, cette fois basée sur les bilans de l’ensemble des entreprises. Mais sensiblement sur le même principe : « On a un volume de données économiques et financières assez important. On les exploite pour en tirer des enseignements sur la vie économique », abonde Clément Dansel. Avant de conclure : « C’est un peu de fierté de participer aux travaux de la Banque de France. »

    L’histoire de la Banque de France à Marseille

    La banque de France existe depuis 1800 mais n’apparaît à Marseille à partir de 1848. L’établissement national rachète alors la banque de Marseille, installée depuis 1836 dans la cité phocéenne.

  • [C’est l’été] Un atelier à l’ombre du musée Ziem

    [C’est l’été] Un atelier à l’ombre du musée Ziem

    Depuis 1908, le musée expose les œuvres de Felix Ziem et d’autres peintures et arts graphiques du XIXe et XXe siècle. Ce mercredi, ce sera au tour des visiteurs de créer au cours d’un atelier « à l’ombre du musée », entre amis en famille ou seul, guidé par un professionnel de 10h à 11h, les visiteurs découvrent une œuvre avant de s’initier aux différentes pratiques artistiques (peinture, collage ou dessin). Il sera tout de même possible de visiter le musée librement et gratuitement comme à l’accoutumée, ainsi que d’assister à la présentation d’une œuvre par un médiateur. La moitié de l’établissement est consacrée aux œuvres de l’artiste qui lui a donné son nom : Felix Ziem. Il était un peintre Français précurseur du mouvement de l’impressionnisme et a peint en grande partie des paysages. L’autre partie du musée est dédiée à divers artistes contemporains de Felix Ziem tels que Emile Loubon ou Ernest Pignon-Ernest. Le musée est ouvert du mercredi au dimanche inclus, de 14h à 18h. Pour s’inscrire à l’atelier, plus d’informations sont disponibles sur le site de la ville de Martigues.

    Louis Golliot