Category: societe

  • Aux Catalans, Safer Plage recadre « les relous »

    Aux Catalans, Safer Plage recadre « les relous »

    Victime ou témoin – Safer Plage », peut-on lire sur un Algeco sur la plage des Catalans. Autour du local et sur la plage, des agents de la Ville portent des t-shirts avec écrit : « Safer Plage – Pôle inclusion et droits des femmes ». Ce dispositif de la Ville de Marseille, étendu aux huit plages surveillées, est présent 7 jours sur 7 sur la plage des Catalans grâce à deux équipes de médiateurs qui font des patrouilles et répondent aux signalements sur l’application. Leur but : protéger les personnes vulnérables sur les plages.

    « On remarque plutôt une augmentation des violences sexistes et sexuelles parce que les gens nous identifient, ils se sentent plus en confiance pour nous signaler les comportements oppressants », explique Cloche Rommens, coresponsable avec Victoire Mandement de l’équipe de médiateurs de la plage des Catalans. « Depuis le début de la saison, on est en moyenne à deux interventions et demie par jour, hier on en a fait six et avant-hier une », témoigne Cloche. L’année dernière, il y en a eu 187.

    Après interpellation ou signalement par le biais de l’application, l’équipe intervient. Ils vont voir « le relou », lui rappeler pourquoi « ça ne se fait pas » et « le cadre de la loi ». « On s’assure toujours que la victime soit protégée », poursuit Cloche. Dans certains cas, la police présente sur les lieux intervient lorsque les médiateurs le demandent et si la victime est d’accord. « Dans les cas de pédocriminalité, on les appelle tout de suite », précise cependant Victoire.

    Des outils de sensibilisation

    Les médiateurs sont également présents pour sensibiliser sur la question des violences sexistes et sexuelles avec deux outils : le violentomètre et le respectomètre, visible sur la plage. Le premier va du vert au rouge, « il/elle respecte tes décisions et tes goûts » à « T’oblige à avoir des relations sexuelles ». Le second a été développé il y a deux ans puis réécrit par le pôle inclusion de la Ville de Marseille en reprenant le violentomètre. Le but : que les personnes vulnérables aient des points de repère sur des comportements irrespectueux et/ou violents.

    « On se sent très utiles pour les victimes », apprécie Florian, pour qui c’est la première saison à Safer Plage aux Catalans. C’est aussi le cas d’Angèle, casquette sur la tête, qui espère avoir plus « confiance en elle, d’ici la fin de l’été, pour faire face aux violences ».

    Gabrielle Cartellier

  • Lutte pour la gestion du Couvent de la Belle de Mai

    Lutte pour la gestion du Couvent de la Belle de Mai

    Un havre de paix, poumon vert du quartier de la Belle de Mai (3e), sur lequel habitants et collectifs socioculturels locaux espèrent bien garder le contrôle. Le Couvent Levat, couvrant presque deux hectares de terres entretenues pendant plus de 150 ans par les Sœurs Victimes du Sacré-Cœur de Jésus, est depuis 2017 la propriété de la Ville de Marseille. Sa gestion, d’abord confiée exclusivement à l’association Juxtapoz, est aujourd’hui également assurée par l’association l’Hydre, responsable des jardins. Or, la convention liant la municipalité aux structures qui occupent les lieux doit prendre fin en décembre 2026. Inquiets face aux « incertitudes quant au devenir de ce lieu exceptionnel et essentiel pour le quartier », 18 organisations socioculturelles et collectifs ainsi qu’une centaine d’habitants de la Belle de Mai se sont organisés, dès janvier 2025, pour imaginer collectivement le futur des lieux. Ils créent, en décembre 2025, l’association Levat, porteuse du projet d’exploitation. Mais voilà qu’après plusieurs mois de concertations, diagnostics et discussions, la Ville annonce lancer prochainement un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour renouveler les modalités d’occupation. De quoi mettre en rogne les militants surmobilisés depuis plusieurs semaines. « Nous avons invité toutes les parties prenantes à se joindre à nos réunions : l’association Juxtapoz, les artistes résidents [dans le couvent, devenu une résidence d’artistes sous l’impulsion de Juxtapoz, Ndlr] mais aussi la mairie. Nous avons ensemble travaillé à l’écriture d’une proposition et ce travail a été encouragé par la municipalité, retrace Cécile Kohen, bénévole de Levat, présente lors d’un rassemblement festif organisé dans le jardin du site samedi. Et nous apprenons maintenant que, suivant une logique néolibérale, elle veut nous mettre en concurrence avec d’autres organisations pour confier la gestion de ce site. Ce n’est pas acceptable. »

    Impasse juridique ?

    De son côté, la Ville de Marseille, qui reconnaît avoir régulièrement échangé avec Levat, assure avoir fait expertiser la demande d’occupation de l’association de gré à gré, autrement dit sans mise en concurrence. Elle indique que ladite demande « n’a pas été retenue sur le plan juridique, la dominialité [caractère de ce qui appartient au domaine public, Ndlr] du jardin impliquant un AMI ». La municipalité annonce par ailleurs vouloir créer un jardin public sur le site du Levat, qui jouissait jusqu’alors du statut de propriété privée de la personne publique. Dans une lettre communiquée aux élus et en s’appuyant sur le Code général de la propriété des personnes publiques, l’association, qui compte dans ses rangs plusieurs juristes, défend que des dérogations pourraient s’appliquer à la mise en concurrence.

    « Nous avons une légitimité, en tant qu’habitants et acteurs associatifs locaux qui avons la connaissance et l’expérience du lieu, et qui avons travaillé à l’élaboration d’un projet adapté aux usagers, à hériter de cette gestion », clame Pamela Pantoja, militante de Levat.

  • À Marseille, un club frappé de six mois de fermeture par le préfet

    À Marseille, un club frappé de six mois de fermeture par le préfet

    Le juge des référés du tribunal administratif a débouté par deux fois la société exploitante d’un club bar restaurant à l’enseigne « Orma », anciennement « K-Baret », situé 97, promenade Georges-Pompidou, 8e, qui réclamait l’annulation d’un arrêté préfectoral de fermeture.

    La société Orma exploite en location-gérance depuis le 1er janvier 2026 cet établissement situé à deux pas de la statue du David. Le 30 mars, un arrêté préfectoral a ordonné sa fermeture pour six mois à la suite d’une série d’« atteintes à l’ordre public et troubles à la santé publique ».

    L’établissement a fait l’objet d’un premier contrôle le 28 septembre 2025 à 6h du matin au cours duquel ont été constatées de multiples infractions : violation de l’interdiction de fumer, vente de protoxyde d’azote, diffusion de musique sans inscription à la Sacem, non tenue du registre de sécurité. Présents à ce contrôle de police, des agents de l’Urssaf et des Finances publiques ont constaté de leurs côtés des infractions de travail dissimulé.

    Protoxyde d’azote

    et travail dissimulé

    Deux mois plus tard, le 22 novembre 2025, à 8h30, les services de police étaient informés qu’une bagarre opposait des clients aux agents de sécurité de l’établissement. Un individu était blessé à l’œil, deux autres l’étaient par arme blanche. Ils quittaient les lieux par leurs propres moyens. C’est dans ce contexte qu’un nouveau contrôle était déclenché dans la nuit du 23 novembre, débouchant sur le constat de récidive de violation de l’interdiction de fumer, de diffusion de musique sans inscription à la Sacem, de travail dissimulé pour plusieurs employés et de non tenue persistante du registre de sécurité. La police municipale constatait à proximité la présence d’un groupe d’individus s’empoignant et d’un individu tenant un couteau.

    « Au regard du trouble à la tranquillité publique » et afin de « prévenir la continuation ou le retour des désordres liés aux conditions d’exploitation », le préfet a pris un arrêté de fermeture pour six mois qui entraîne l’annulation du permis d’exploitation.

    Saisi en mai par voie de référé, le juge administratif a débouté l’établissement de ses deux requêtes pour défaut d’urgence, estimant notamment qu’il ne démontrait pas le risque de cessation des paiements, ni ne justifiait de « la réalité de la conclusion des contrats de travail signés et complétés par des bulletins de salaire afférents ». Quant aux pièces communiquées, elles « ne permettent pas d’apprécier l’état de la situation financière globale de la société ».

  • [Entretien] Yves Métayer, gouverneur militaire de Marseille : « Le 14-Juillet unit la nation et ses armées »

    [Entretien] Yves Métayer, gouverneur militaire de Marseille : « Le 14-Juillet unit la nation et ses armées »

    La Marseillaise : quel message le défilé militaire de Marseille veut-il faire passer ?

    Yves Métayer : C’est d’abord un défilé représentatif de toutes nos armées avec les forces de sécurité intérieure, la douane, la pénitentiaire et d’autres administrations. Ce défilé militaire a effectivement un horizon stratégique, celui de la résurgence d’une menace, de la guerre sur le continent européen. Le thème retenu au niveau national, c’est le réveil stratégique de l’Europe avec en filigrane, la notion de réarmement, du rôle que joue notre pays dans cette prise de responsabilité des Européens.

    Il s’agit aussi de dire à la nation qu’une révolution silencieuse est en cours. La transformation de nos armées est engagée avec une dynamique extrêmement rapide depuis 2024 avec la loi de programmation. C’est une révolution silencieuse et pas spectaculaire, mais c’est une révolution car c’est bien un changement de paradigme que connaît le système de défense français.

    Pouvez-vous en donner des illustrations concrètes ?

    Y. M. : On le verra à l’occasion du défilé du 1er Régiment étranger de cavalerie qui descendra de Carpiagne avec deux Jaguars qui sont des engins blindés de cavalerie de toute nouvelle génération. Avec la compagnie de transmission de la 11e Brigade parachutiste et des véhicules Servals de la gamme Scorpion. On le verra encore avec le 4e Chasseurs, des plus petits matériels adaptés à l’action en montagne qui sont assez illustratifs. On le verra avec le 54e RA qui, outre sa mission première de défense sol-air, est engagé dans la lutte anti-drone. Le 54e RA a aidé nos partenaires stratégiques dans le golfe Persique pour se protéger des frappes iraniennes avec de l’armement sol-air, des hélicoptères de combat, du brouillage électromagnétique.

    Pour le défilé, j’ai demandé aux chefs de détachement de montrer qu’à travers la tenue et la rigueur, ils envoient une image de professionnalisme, de détermination, d’engagement, une image qui doit exprimer ce que doivent faire les femmes et les hommes de nos armées pour se transformer, accélérer la dynamique d’adaptation. C’est le défi de cette révolution capacitaire qu’on est en train de vivre avec la loi de programmation et autour tout un écosystème d’adaptation que ce soit dans le champ du numérique, de l’IA embarqué.

    On a besoin de toutes les forces vives dans la recherche et dans l’économie de notre pays pour nous aider à aller le plus vite possible.

    Comment cet effort se traduit-il en zone sud ?

    Y. M. : Mon travail au niveau des territoires, c’est de mesurer comment cette dynamique d’adaptation se traduit, de répondre aux questions des entrepreneurs pour comprendre nos besoins. En Occitanie, autour de Toulouse, nous avons un pôle aéronautique de niveau mondial. En région Paca, on a le pôle naval de Toulon, première base navale d’Europe. On a l’industrie aéronautique autour du pôle Marignane-Istres et énormément de numérique en Paca jusqu’à Cannes-Nice. Et on a une plateforme absolument remarquable avec Canjuers, premier camp d’entraînement d’Europe.

    Vous avez lancé en décembre une opération d‘intérêt national « Défense et sécurité »

    Y. M. : Cette opération permet de canaliser, de fédérer, de catalyser tout un tas de projets et de connecter des mondes. Je pense aux projets Airbus Helicopters sur Marignane, aux projets sur Istres, aux autres projets liés au porte-avions nouvelle génération sur Toulon. Ou encore ce projet très intéressant avec Aix-Marseille Université pour adapter le système de formation et d’enseignement supérieur. Ce sont des perspectives concrètes d’emploi pour les étudiants qui s’engagent dans ces filières. On est là pour accompagner, pour crédibiliser cette démarche, la connecter à la réalité stratégique des besoins de défense.

    Le budget de l’armée a doublé en dix ans. La société civile peut-elle l’entendre ?

    Y. M. : Dans sa grande majorité, elle a compris le monde dans lequel on était. Elle n’a peut-être pas conscience des sacrifices qu’on a faits en matière de défense après la chute du mur de Berlin dont on évalue les économies sur notre capital de défense en Europe à 2000 milliards d’euros. Ce sont les « dividendes de la paix ». On a cru à la paix perpétuelle. L’Europe a arrêté d’investir dans sa défense et a perdu son capital. Aujourd’hui les Américains nous disent que ce ne sont pas eux qui feront le job à notre place. L’Europe est face à ses responsabilités. Les équilibres internes des alliances sont modifiés. On doit se poser la question suivante : que consacre-t-on à son assurance-vie dans le monde dangereux dans lequel nous sommes ? Je pense pour ma part qu’il ne faut pas opposer mais articuler le combat budgétaire que le pays doit conduire avec le besoin de défense. Les Français savent qu’ils peuvent compter sur leurs armées.

    Le pays consent pour ses armées professionnelles, entraînées, un effort d’équipement, de crédit qu’on utilisera au mieux. Le 14-Juillet, c’est l’unité de la nation et des armées. Les armées disent aussi aux Français à travers un défilé, une cérémonie : vous pouvez compter sur nous pour vous défendre face aux menaces d’aujourd’hui et de demain.

  • [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    La Marseillaise : Y a-t-il beaucoup de lièvres variables dans les Alpes françaises ?

    Jérôme Letty : Nous n’avons pas une vision claire des effectifs à l’échelle des Alpes, ni de données permettant de dire s’il y a une baisse. Nous avons une idée à des échelles plus petites, sur certains massifs ou dans certaines vallées. Mais les données manquent à d’autres endroits, notamment dans les massifs plus à l’écart. Or, c’est probablement dans ces massifs où les sommets sont moins hauts qu’il est le plus exposé à l’évolution de l’environnement. Pour la gestion de l’espèce, ces données seraient précieuses et intéresseraient nos partenaires – parcs naturels nationaux, régionaux et fédérations de chasse.

    Y a-t-il d’autres espèces exposées aux « sky islands », c’est-à-dire qui voient leur aire de répartition se restreindre à des zones isolées en altitude avec le réchauffement climatique ?

    J.L. : Oui, le lagopède alpin est encore plus contraint car il est spécifiquement adapté à la vie en milieu arctique. Le lièvre variable peut vivre à des altitudes où il y a encore de la forêt, mais pas le lagopède. Il vit au-dessus, entre 1 800 et 3 000 mètres, dans les pelouses rases, les éboulis et les combes à neige. Par contre, il vole, ce qui peut être un avantage pour passer d’un massif à l’autre. Mais cela fonctionne jusqu’à un certain point…

    Lequel ?

    J.L. : C’est toute la question que nous voudrions explorer. Il ne peut pas voler sur de très longues distances, donc il n’arrive pas à traverser les vallées trop larges, au-delà de quelques kilomètres.

  • [Entretien] « C’est un site qui est extrêmement émouvant »

    [Entretien] « C’est un site qui est extrêmement émouvant »

    La Marseillaise : Vous avez plongé ce [mercredi] matin et remonté ce fameux canon, que représente cette mission pour vous ?

    Maître Principal Ludovic : Les ressentis sont multiples parce qu’il y a l’aspect historique, archéologique, et en tant que plongeur-démineur au Cephismer, il y a aussi des objectifs opérationnels et techniques pour la Marine dans ce genre de mission. Effectivement, c’est un site qui est extrêmement émouvant, parce que c’est chargé d’histoire. C’est une sorte de trésor national avec ces énormes pièces d’artillerie, cette ancre qui trône au niveau de l’épave, c’est un peu le phare du plongeur d’ailleurs, parce qu’on la repère de très loin. C’est plaisant de pouvoir remonter une pièce qui est dans l’eau depuis quasiment 400 ans, de pouvoir « contribuer » à l’Histoire. J’espère avoir le retour des archéologues à ce propos.

    Aviez-vous déjà plongé dans
    le cadre de cette campagne
    de fouilles avant ce matin
     ?

    M.P.L. : Sur La Lune, c’est la troisième plongée que je faisais. Et dans le cadre de cette campagne, en quinze jours, c’est la cinquième plongée. Dans nos procédures d’intervention, on fait souvent une plongée d’environnement pour finaliser les techniques d’intervention avant une première intervention. Donc on a fait une plongée d’expertise vendredi dernier par exemple, avant de relever une jarre lundi, avec différentes pièces de mobilier qui étaient dans les sédiments.

    Quelle place occupe
    votre expertise militaire
    dans une campagne de fouilles archéologiques comme celle-ci
     ?

    M.P.L. : Pour nous, l’objectif premier, c’est l’objectif militaire. Il y avait aussi un grand intérêt pour moi d’effectuer cette plongée parce que les techniques mises en œuvre, que ce soit aujourd’hui ou les jours précédents, peuvent être transposées à des missions militaires. Mais effectivement, travailler avec le Drassm, qui est un organisme français prestigieux, ça nous change, et c’est très flatteur. Pour nous, l’objectif final, reste de mettre en œuvre des techniques de travail, des procédures de décompression, des manières de travailler qu’on pourra valider dans un cadre opérationnel. Il va falloir qu’on débriefe, qu’on réfléchisse à améliorer certains détails techniques, mais aujourd’hui, on est assez satisfait du résultat. Ça nous montre que ce domaine d’emploi des 80-120 mètres de profondeur, on peut y arriver bientôt. Notamment avec les nouvelles technologies de recycleur.

    En quoi consiste le recycleur ? C’est une nouvelle technologie déterminante pour votre travail ?

    Maître Premier Grégory : Ce genre de travail, on est habitué à le faire dans des profondeurs beaucoup moins profondes. La grande nouveauté, c’est de mettre en place ces techniques, notamment le recycleur, mais avec de nouvelles procédures, puisqu’on les utilise à des profondeurs plus importantes. Le recycleur avec lequel on a plongé c’est le recycleur JJ. C’est un appareil qui nous permet de respirer en boucle fermée et qui va recycler le gaz qu’on utilise. Concrètement, ça nous permet de plonger plus profond, plus longtemps, et de sortir en meilleure forme physique.

  • [Exposition] Achille Emperaire, l’éternel ami de Cézanne

    [Exposition] Achille Emperaire, l’éternel ami de Cézanne

    Né à Aix en 1829, de dix ans plus âgé que Cézanne, Emperaire poursuivit pendant toute sa vie le rêve d’accroître sa taille. 148 centimètres, il était bossu et minuscule. L’un de ses ateliers comportait un trapèze et des agrès : il effectuait quotidiennement des étirements. Il vécut à Paris, tenta d’imposer sa peinture. Cézanne, Gasquet et Zola l’estimaient. Le jury du Salon et les galeries refusèrent de l’exposer.

    Sa cinquantaine passée marqua son retour définitif à Aix-en-Provence. Dans une lettre, il écrivait que « Paris est un vaste tombeau, un simple et terrible mirage ». Pendant l’été 1870, il arriva qu’Emperaire s’offre un moment de baignade dans le bassin du Jas de Bouffan. Une robe de chambre, des babouches et un tabouret lui furent réservés pour qu’il prenne la pose. Cézanne avait choisi l’un de ses plus hauts formats (200 x 100 cm) pour saluer la mélancolie de son ami.

    Il avait à peine de quoi acheter des couleurs. Certaines de ses toiles sont peintes recto-verso. C’est le cas du tableau de l’affiche de l’exposition de Vincent Bercker où l’on découvre des peintures de petit format, des fusains et des sanguines, principalement des nus féminins.

    Entre Fragonard
    et Seurat

    Ce peintre, qui accompagna quelquefois Cézanne sur le motif du côté de Château Noir, relève à la fois du XVIIIe siècle et d’une grande modernité. Ses nus peuvent évoquer Fragonard. Les formes généreuses et géométriques qu’il agence anticipent Matisse, ses nocturnes font songer aux noirs et blancs de Seurat.

    Achille Emperaire mourut le 8 janvier 1898. Il avait 68 ans. Après la Seconde Guerre mondiale, un fonctionnaire de la mairie qui s’appelait Victor Nicolas, l’antiquaire Raphaël Chipota, Jean Leymarie, qui préfaça en 1953 une plaquette des Amis des Arts, proposèrent une exposition. En 2013, un catalogue rassembla son iconographie ainsi qu’un maximum de renseignements.

    Autrefois, dans une salle du musée Granet, grâce à Louis Malbos qui fut son conservateur, figuraient plusieurs travaux d’Emperaire. La rénovation du musée provoqua le transport vers Nice d’une partie de la collection. Des fuites d’eaux naufragèrent le grand format d’un « Duel » qui scénographiait deux mousquetaires. On aimerait savoir ce que sont devenus d’autres tableaux d’Emperaire : un grand Nu couché féminin, un paysage bleuté de la campagne d’Aix, ainsi que les ocres de Nature morte, pichet, palette et fruits.

    Exposition « Achille Emperaire » chez Vincent Bercker, 10 rue Matheron, Aix-en-Provence. Accès libre.
    À découvrir jusqu’au 31
     juillet.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    Souvent financées par l’Italie et revancharde contre une République, affaiblie et instable avec six gouvernements se succédant de juin 1932 à février 1934, qu’ils n’avaient jamais admise, les Ligues d’extrême droite vont mobiliser leurs partisans et tenter de prendre d’assaut l’Assemblée nationale le 6 février 1934. La police tire pour disperser les manifestants, il y aura 15 morts et 1 440 blessés, dont 57 par balles.

    « Regroupés sous le terme générique de « ligues », ces groupes se nourrissent pêle-mêle de corporatisme, d’antiparlementarisme, de nationalisme, d’anticommunisme, de xénophobie, de racisme et d’antisémitisme, le tout inspiré de Boulangisme et de Bonapartisme, mais surtout de l’expérience politique de l’Italie mussolinienne et, dans une moindre mesure, de celle de l’Allemagne hitlérienne », rappelle l’historien Jean Domenichino, auteur avec Xavier Daumalin de 1936, le Front populaire, Marseille et sa région (Editions Jeanne Laffitte). « C’est cet événement, bien plus que les violences elles-mêmes, qui enracine l’idée qu’il existe un véritable danger fasciste en France, avec des mouvements capables de prendre le pouvoir en dehors de tout processus électoral légal. Et c’est de cette crainte que surgit véritablement le Front populaire. »

    Le choc est énorme, les fascistes ont failli renverser la République et la riposte va être à la hauteur partout en France. Dès le 9 février, le parti communiste organise une première manifestation, suivie le 12 par un appel des syndicats CGT et CGTU, rejoints par les partis politiques de gauche.

    « A Marseille, la journée du 6 février 1934 n’avait été marquée que par le défilé sur la Canebière de quelques centaines de membres de l’Action françaises, de jeunesses patriotes et autres groupes factieux qui s’étaient heurtés sans grand dégâts aux militants communistes », racontait Jacqueline Cristofol, dont le mari Jean Cristofol sera ensuite révoqué de la douane pour fait de grève, dans Batailles pour Marseille (Flammarion). « Dans la matinée du 12 février 1934, cinquante mille manifestants, derrière des centaines de drapeaux rouges, occupaient la rue, socialistes et communistes côte à côte, défilant et se dispersant dans le calme, alors que dans l’après-midi, en réponse à la manifestation du matin, les factieux appelaient à l’émeute. »

    Ainsi, sur La Canebière des coups de feu sont tirés depuis une voiture peinte en rouge sur des responsables de la Sûreté devant le Palais de la Bourse. Les pistolets mitrailleurs et les pistolets automatiques font plusieurs blessés et tuent un passant. La voiture sème la terreur rue Pavillon, quai de la Fraternité et rue de la République. On arrête des truands de la bande de Carbone. L’un d’entre eux, Liotardo, le propriétaire du véhicule, se suicide fort opportunément dans sa geôle de l’Evêché. Les trois autres en profitent pour le charger et sont acquittés par la cour d’assises le 28 mars 1936. Car à Marseille, les militants ouvriers ont face à eux le fasciste et futur collaborateur Simon Sabiani, bientôt vice-président du PPF de Jacques Doriot, soutenu par les voyous Carbone et Spirito.

  • Solidarité internationale avec le peuple cubain

    Solidarité internationale avec le peuple cubain

    Le 6 juin 2026, le Conseil municipal de Montpellier a adopté à l’unanimité un vœu condamnant le blocus économique, commercial et financier imposé par les Etats-Unis contre Cuba, déposé par le groupe de la France Insoumise et des verts populaires. De fait, depuis le mois de janvier, la situation humanitaire à Cuba s’est considérablement aggravée.

    « Le but des États-Unis de Trump, aujourd’hui, est d’asphyxier Cuba pour faire tomber le régime de solidarité et ajouter une nouvelle étoile à son drapeau », se révolte Nadia Mateu, membre de l’association France Cuba Hérault. Ce jeudi 2 janvier, elle était aux côtés du Secours Populaire et de deux autres associations (Cuba Coopération et Montpellier Cuba Solidarité), pour donner une conférence de presse sur l’urgence d’agir en solidarité avec le peuple cubain. « Les problèmes les plus urgents concernent l’énergie et l’alimentation, explique Henri Sierra, de Cuba Coopération. Même si les associations de solidarité envoient des denrées, le problème c’est que les transporteurs ne veulent plus envoyer de conteneurs, par peur des sanctions américaines. »

    Coopération internationale

    L’énergie est une préoccupation majeure à Cuba, car le blocus sur le pétrole entraîne des coupures de courant régulières, le rationnement de l’essence et la hausse des prix. « Cela impacte toute la société, affirme Henri Sierra. C’est notamment la raison pour laquelle, certaines interventions médicales ne peuvent plus être réalisées. » Avec le soutien des trois associations héraultaises, le secours populaire a donc lancé une campagne de don dans le but de faire installer 1000 panneaux publicitaires dans différents lieux collectifs sur l’île. De son côté, Jean-Michel Gramont, de Montpellier Cuba solidarité, rappelle, ému aux larmes, qu’il ne s’agit pas d’une « crise humanitaire » mais bien d’un. Ensemble, les trois associations prévoient une grande réunion publique au début du mois de septembre, pour continuer de faire vivre la solidarité entre les peuples.

  • [Biodiversité] L’étau se resserre sur le lièvre variable alpin

    [Biodiversité] L’étau se resserre sur le lièvre variable alpin

    Difficile d’apercevoir le lièvre variable dans les Alpes : il vit plutôt la nuit et c’est un roi du camouflage avec un pelage qui blanchit en hiver. Cela pourrait être encore plus difficile demain tant le réchauffement climatique le pousse vers les sommets, le cantonnant à des « îlots dans le ciel » (« sky islands », en anglais) desquels il peine à s’échapper. Sans compter qu’il entre en compétition avec le lièvre d’Europe, qui peuple d’ordinaire les plaines mais tend à monter en altitude. C’est ce que révèle une étude publiée dans Global Change Biology. « C’était attendu mais notre modèle offre une vision à grande échelle de la connectivité génétique des deux espèces sur les Alpes françaises », résume Jérémy Larroque, ancien chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier, aujourd’hui à l’Université de Lyon, et premier auteur de l’étude.

    Des analyses ADN sur des échantillons prélevés sur des individus chassés et des crottes ramassées sur le terrain permettent de dire où se trouvent les lièvres variables et les lièvres d’Europe et où ils sont capables de passer ou pas. Il montre aussi la compétition entre les deux qui ne peuvent parfois pas coexister. « Nous savions que cela existait car en Scandinavie, quand le lièvre d’Europe a été introduit au XIXe siècle, il a repoussé le lièvre variable vers le nord », souligne Jérôme Letty, chargé de recherche à l’Office français de la biodiversité, à Pérols, et coauteur de l’étude. La même chose se produit dans les Alpes, mais vers les sommets.

    Corridors

    Le lièvre variable pourrait-il disparaître de nos montagnes ? « Si le réchauffement climatique se poursuit, c’est une possibilité, estime Jérôme Letty. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est sans doute passé dans les Pyrénées. » Le lièvre variable y était présent lors de la dernière glaciation, au Paléolithique, avant de disparaître. « Les Alpes sont aujourd’hui la limite la plus au sud de son aire de répartition. C’est là qu’il est le plus exposé », ajoute le chercheur. De plus, l’isolement des populations en altitude renforce le risque de consanguinité et menace la pérennité de l’espèce.

    Pour l’heure, le modèle identifie des corridors à protéger à moyenne altitude afin que le lièvre variable puisse continuer à se disperser. « Nous pourrions imaginer y limiter le développement humain, glisse Jérémy Larroque. Mais la montagne reste un lieu avec des contraintes liées à l’urbanisation et au tourisme. » Les chercheurs mentionnent aussi les lâchers de lièvres d’Europe pour la chasse récréative qui pourraient favoriser l’expansion de l’espèce, au détriment du lièvre variable. « Il n’y a aucune réglementation à ce sujet en France », écrivent les auteurs. Quant à la hausse des températures qui pousse le lièvre variable en altitude, la solution pour y remédier est bien connue : limiter les émissions de gaz à effet de serre.