Category: societe

  • Cette petite épicerie qui« fait revivre le village de Peyruis »

    Cette petite épicerie qui« fait revivre le village de Peyruis »

    C’est le poumon du village, ils le font revivre ! », s’exclame un client en rentrant dans la seule épicerie du village de Peyruis, près des Mées. Parfois, ils sont jusqu’à une dizaine d’habitants à s’y retrouver pour discuter et boire le café le matin. Dans cette commune vidée de ses commerces, qui ne compte plus un seul café, le gérant de l’épicerie, Arnaud Chaumond, 33 ans, ancien éducateur en foyer, a voulu remettre de la vie. Il connaît par cœur les habitués du commerce, les salue tous par leur prénom et adapte ses produits en fonction de leurs souhaits, sur commande. « On peut prévoir des jours où les bananes arrivent vertes, je vais organiser ça pour toi», lance-t-il à Rose, retraitée, qui lui dit les préférer de cette couleur. « C’est mon petit fils adoptif, comme je n’ai pas de petits enfants », explique-t-elle.

    Arnaud Chaumond a stoppé sa carrière dans le médico-social à l’âge de 23 ans: « il n’y avait plus de moyens, ça me faisait mal au ventre. J’ai voulu lier ma passion pour le social avec cette nouvelle vie de commerçant, garder cette proximité avec les gens», confie-t-il. Une autre thématique qui lui tient à cœur est celle des agriculteurs, « laissés pour compte». C’est pour cela qu’il a décidé de les mettre en avant dans son épicerie, en proposant les produits d’une douzaine de producteurs locaux, dans un rayon de 15 kilomètres autour du village. « Peyruis a perdu 80% de ses commerces en 4 ans. Le bar a fermé, l’un des deux restaurants et le tabac aussi», regrette-t-il. Son projet est d’ailleurs de racheter ce tabac. « Je veux juste faire revivre le village !», s’exclame-t-il.

    « Faire vivre les petits producteurs locaux »

    Le gérant vient également de lancer un service de livraison, notamment pour les personnes en perte de mobilité. Il livre lui-même, aux horaires de fermeture de l’épicerie, entre 13 et 16 heures. « ça me fait plaisir parce que ça me permet d’aller au plus près des gens», détaille-t-il. Arnaud Chaumond veut également faire baisser les prix, actuellement plus élevés qu’en grande surface, en faisant appel à un nouveau grossiste. « J’attaque ce problème de prix à bras le corps, il est hors de question que les clients paient trop cher !», affirme-t-il.

    Tous les soirs, le jeune gérant « pianote sur internet à la recherche de nouveaux produits originaux» pour répondre aux demandes des clients, adolescents comme retraités. «Deux baguettes de pain comme tous les jours ?», « Petite mine, ça va ?», «A demain !», lance-t-il à un client âgé. «C’est ce que j’adore ici, cet échange. Les clients sont à l’aise et osent nous dire ce qu’ils veulent.» Dans les prochains jours, Arnaud Chaumond va notamment proposer aux habitants de Peyruis «un plateau de dégustation avec des fromages et des yaourts de la ferme». Il veut ainsi «montrer qu’on peut bien manger avec des produits de qualité à moins de 15 kilomètres de chez soi», avec l’idée de «faire vivre les petits producteurs dans la tourmente qu’ils subissent».

    Dans ses étales, le commerçant vend des fromages de vache frais, des pommes Golden, des pommes de terre, des baguettes de pain, des yaourts aux marrons d’agriculteurs locaux, mais aussi des produits de base, des pâtes, des boîtes de conserve ou encore des surgelés. Né à Martigues, Arnaud Chaumond a ensuite grandi à Fos, puis s’est installé dans les Alpes-de-Haute-Provence pour suivre une formation à Seyne-les-Alpes.

  • L’accueil des femmes victimes

    L’accueil des femmes victimes

    Partir est une chose, encore faut-il savoir où aller. Les femmes victimes de violence sont particulièrement précarisées par leur condition, notamment lorsqu’elles réussissent à quitter le domicile conjugal. En matière d’hébergement, le champ de compétence est normalement étatique, compétence pleine permise par des lois de décentralisation. Une prise en charge à titre supplétif est cependant permise par l’article L222.5 alinéa 4 du Code Social, pour les femmes avec enfants de moins de 3 ans. Un moratoire de 2017 disposait qu’en l’absence de solution dans un contexte d’embolisation pour l’État, le Département s’engageait à héberger les femmes et ce même avec des enfants de + de 3 ans sur une durée maximale de 2 mois.

    Des manquements multiples

    Cet accord reposait notamment sur l’engagement de l’État censé prendre le relais à la fin de ladite période. Promesse non tenue. Étranglé, le Département a été contraint de remettre en question l’accord passé et de se rabattre sur une durée de prise en charge plus courte. Ainsi, dès le 1er février 2025 le Conseil départemental a continué d’assurer une prise en charge à titre subsidiaire de 15 jours non renouvelables s’il était avéré que le 115 ne pouvait être en capacité de proposer une mise à l’abri. Alors, désengagement étatique ou réelles restrictions budgétaires ? Le rapport sénatorial sur l’évolution des financements de la lutte contre les violences faites aux femmes du 3 juillet 2025 déplore des financements qui, quoiqu’en augmentation, restent morcelés. La Cour des comptes l’avait déjà relevé dans son rapport de 2023, les manquements sont multiples : absence de politique globale, services chargés du pilotage peinant à assurer leur fonction, moyens budgétaires peu lisibles. L’État a cependant mis en place des actions concrètes telles que le protocole portant gratuité des transports sur tout l’Hérault pour les femmes victimes de violence.Cela permet ainsi aux femmes isolées notamment d’un point de vue géographique de se déplacer vers les dispositifs mis en place. Il existe uniquement deux structures en Hérault destinées à l’accueil des femmes victimes de violence : le Centre Bouissonnade et l’Amicale du Nid. Suite à un diagnostic commandé par la DDETS (direction départementale de l’emploi du travail et des solidarités), des places supplémentaires ont été ouvertes par l’Amicale du Nid. D’autres associations d’hébergement qui ne reçoivent habituellement pas ce genre de public ont également ouvert leurs portes afin de pouvoir pallier au maximum aux défaillances étatiques. Autant mettre un pansement sur une plaie béante.

    Les politiques publiques se doivent d’évaluer afin de répondre aux besoins de ces femmes et permettre une prise en charge effective qui ne continue pas de tirer sur un système déjà essoufflé.

    Par Inès Trambouze, SAF Montpellier

    Une question ? Besoin d’un conseil ? Contactez nos chroniqueurs par mail : avocats@lamarseillaise.fr

  • [Entretien] « L’affaire a levé le voile sur une réalité des paysages ruraux »

    [Entretien] « L’affaire a levé le voile sur une réalité des paysages ruraux »

    En plus des accueils et accompagnements qu’elle propose aux femmes victimes de violence à Aubignan et à Montélimar, l’association Vivre femmes intervient dans les écoles pour sensibiliser.

    La Marseillaise : En quoi l’affaire Pelicot a modifié le regard qu’on porte sur les violences faites aux femmes ?

    Sandra Barba : En zone rurale, nous sommes souvent confrontés à des discours stéréotypés. L’idée c’est que les violences de ce genre, ça n’arrive qu’aux autres, dans les grandes villes. Nous, dans notre commune, il y a 6 000 habitants, c’est-à-dire que tout le monde se connaît. Doncon se dit que s’il se passait quelque chose, ça se saurait. Le fait que Madame Pelicot soit dans un village à dix minutes de chez nous a permis de lever le voile sur une réalité dans les paysages ruraux, qu’on n’affronte pas toujours franchement. D’autant qu’ici, Madame Pelicot, nous l’avons presque tous croisé. Elle a incarné une vraie réalité, qui fait ses courses comme tout le monde, qui va acheter son pain comme tout le monde, qui va chez le médecin comme tout le monde. Ça a vraiment cassé les codes.

    Pourtant, on sait que près de 50% des féminicides ont lieu en zone rurale, alors que seul un tiers des Françaises y vivent…

    S.B. : Tout à fait. Mais c’est plus diffus, plus flou. Les gens se disent que les violences de rues sont les choses de la grande ville. Ils oublient trop souvent l’isolement, les difficultés d’accès à l’information, les problématiques de mobilité… Une femme qui se met à hurler dans une maison au milieu d’un jardin de 1 000m2 sera moins entendue que celle qui hurle dans un immeuble. L’affaire Pelicot permet aussi de révéler toutes ces difficultés qu’on rencontre en zone rurale et qui sont parfois balayées.

    Cette affaire a aussi permis de montrer que le profil d’un agresseur pouvait être celui de monsieur tout le monde…

    S.B : Exactement. Et nous, nous en avions encore plus besoin. D’autant qu’ici, tout le monde à au moins une connaissance liée à l’affaire. Nous avons tous été impactés en découvrant certains noms, en se disant : « putain, mais j’ai bossé avec lui », « mais, lui, il a bossé avec ma fille » ou même « c’est mon frère ». Dans mon cabinet, j’ai reçu des épouses qui ne croyaient pas que leur conjoint puisse être impliqué, qui, même lorsqu’elles étaient interrogées par la police, disaient que ce n’était pas possible, qu’ils se trompaient. C’est normal, quand vous apprenez que votre voisin a violé quelqu’un, il y a un temps de sidération. Surtout que la phase sociale des agresseurs est souvent policée et travaillée. Mais c’est vrai que l’affaire Pelicot a fait exploser la nécessité de se réveiller. Elle a montré que ça pouvait se passer chez tout le monde, même dans les jolies petites maisons. Je pense que ça a complètement bousculé le Vaucluse.

    Pensez-vous que cela a aussi permis de libérer la parole des victimes ?

    S.B. : Disons que ça a ouvert la porte de ce qui n’était pas normal. À très juste titre, Gisèle Pelicot a soulevé la problématique de la honte. Je pense que ça a beaucoup aidé. Dans notre association en tout cas, nous avons plus d’appels : 143 l’an passé contre 90 l’année d’avant. Et, depuis janvier, nous en recevons presque tous les jours. D’autant qu’ils proviennent à 60 % d’un rayon de 10km à la ronde, alors qu’au départ ils venaient de nos partenaires extérieurs.

    Les associations féministes en parlent

    Annick Karsenty, présidente de l’association Femmes Solidaires à Marseille

    « Gisèle Pelicot est une éveilleuse. Elle a mis en évidence la culture du viol. Un concept dont nous, les militantes, parlions beaucoup, mais que personne ne retenait, ou pas beaucoup. Elle a mis en évidence le fait que la honte devait changer de camp. Et puis sa décision que le procès ne se passe pas par un huis clos a permis de montrer ce que les féministes disaient. Qu’est-ce qu’il se passe pendant un viol, ou dans un tribunal ? La question de la soumission chimique… tout a été mis en évidence. C’est une femme exceptionnelle. »

    M.M.

    Pascale Perez, secrétaire générale du CIDFF dans les Alpes de Haute Provence

    « Gisèle Pelicot est exemplaire dans sa démarche. Mais je crois que c’est un petit peu tôt pour dire si ce procès a changé la vision du viol. Ce qui m’interpelle, c’est que seulement 10% des plaintes pour viol aboutissent. Je souhaiterais que comme en Espagne, on ait une juridiction particulière pour ces questions-là. Parce qu’on a un souci au niveau de la prise des plaintes auprès des forces de police et de gendarmerie. Et je suis très inquiète de la montée de certaines idées qui accompagnent les mouvements masculinistes. »

    E.J.

    Nathalie Rocailleux, directrice de l’AFL Transition à Toulon

    « Le message fondamental qu’elle passe, c’est cette révolution qui est que la honte doit changer de camp. Pour moi, c’est une réforme dans une société patriarcale, dans laquelle nous sommes tous encore. C’est une révolution culturelle, morale, psychologique, sociétale et juridique. Et avec le titre de son ouvrage, paradoxal, qui parle de joie, après l’effondrement, c’est en fait refuser, pour moi, que la violence de l’autre prenne le pas sur sa vie. Ce livre, c’est un très beau témoignage de résilience. »

    E.J.

  • La situation s’améliore à la prison pour mineurs

    La situation s’améliore à la prison pour mineurs

    Du mieux, même si tout n’est pas parfait. Comme six autres députés ce jour-là, mobilisés dans une action commune, pour « enclencher une prise de conscience d’ensemble et une remise en question structurelle des conditions de détention des mineurs », Hendrik Davy (L’Après), député de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, a usé de son droit de visite parlementaire pour retourner à l’établissement pour mineurs (EPM) de la Valentine (11e) ce jeudi 25 février. En mars l’an dernier, il avait pu découvrir que les jeunes n’avaient pas accès à l’école, faute de surveillant en nombre suffisant. Suivait fin août un rapport salé de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté après une visite inopinée, Dominique Simmonot réclamant la fermeture partielle de l’EPM. Elle s’indignait notamment de la pratique de la « mise en grille », une « punition » qui consiste à mettre un enfant « sans eau, sans toilette, sans rien pour s’asseoir dans une cellule pendant plusieurs heures », rappelle le député.

    Désormais 38 mineurs, dont le plus jeune à 15 ans, sont incarcérés, contre 51 l’an dernier, le nombre de places ayant été ramené à 40 pour entamer un plan de rénovation, 120 000 euros investis pour repeindre et changer le mobilier, démarré en novembre dans les 7 unités de l’EPM et qui doit se terminer mi-juin, précise Karine Mathieu, directrice du service éducation de l’EPM pour la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse), arrivée en janvier. Avec 33 éducateurs, elle assure le suivi des jeunes et entend remobiliser tout le monde « autour du “faires avec” », avec de la formation obligatoire, des groupes de travail, dans le cadre d’une refonte du projet d’établissement.

    Finie aussi la mise en grille, utilisée pour faire « redescendre la pression », explique le directeur adjoint de l’EPM que l’on sent démuni : « On les réintègre en cellule avec le risque de voir la situation dégénérer. » Côté surveillant, la fermeture tournante de deux unités a amélioré la situation, même si le taux d’absentéisme est de 30% et que les reprises se font en mi-temps thérapeutiques, convient-il.

    Une unité qui « répare »

    Dans les cellules de l’unité 5, celle du « régime différencié » pour mauvais comportement, on confirme l’amélioration. « Ça se passe bien, j’ai école », raconte Boui, 16 ans, incarcéré depuis 2 ans, déjà connu de l’EPM à l’âge de 13 ans. Dans la cour, les ados interpellent le député : « On est enfermés, on nous traite comme des animaux. » L’un d’entre eux déplore la qualité de la nourriture mais lui confie avoir un « projet paysage ». « On voudrait faire plus de sports, 2 à 3h par semaine ça suffit pas, c’est dur », témoigne-t-il.

    À l’unité « répare » pour « respect, anticipation, responsabilisation », on respire. Les six jeunes détenus sont libres de circuler le week-end, partagent plus de moments collectifs. « On demande à venir et on est pris si on a un bon comportement », explique l’un d’entre eux. Aucun des détenus passés par cette unité ne font partie des 48 enfants retournés à l’EPM en 2025 après y être déjà passé.

    « On juge une démocratie à l’état de ses prisons. Les visites servent à quelque chose, même si tout ne va pas mieux », quand « beaucoup d’enfants nous ont confirmé qu’ils passaient une grande partie de leur temps en cellule », estime en bilan Hendrik Davi, convaincu qu’il faut « penser à des alternatives à la privation de liberté ». Et de préconiser de prendre « le problème à la racine », en « donnant des moyens à l’aide sociale à l’enfance et à l’Éducation nationale pour éviter que les jeunes, ne deviennent la proie des réseaux ».

    « On juge une démocratie
    à l’état de
    ses prisons. »

  • Rue d’Aubagne, les réparations encore repoussées

    Rue d’Aubagne, les réparations encore repoussées

    Au cœur des enjeux indemnitaires du drame du 5 novembre 2018 qui a fait 8 morts, le bailleur social Marseille Habitat, société solvable qui engage sa responsabilité civile pour des fautes non intentionnelles commises en dépit de sa relaxe pour homicides involontaires, blessures involontaires et mise en danger d’autrui.

    Rappelons que les fautes d’imprudence et de négligence qu’elle a commises – la déstructuration de l’immeuble n°63 par un décloisonnement sans étaiement et la déconstruction du bâtiment situé en fond de parcelle – ont été regardées par le tribunal correctionnel dans son jugement du 7 juillet 2025 comme « insuffisantes à établir avec certitude un lien de causalité avec l’effondrement des immeubles ».

    En revanche, devant l’exigence d’une réparation rapide et intégrale du dommage subi par les parties civiles, la 6e chambre correctionnelle de Marseille avait décidé à la demande des 72 parties civiles, de faire usage de l‘article 470-1 du code de procédure pénale. Cette passerelle lui permet, en dépit de la relaxe, de statuer sur la responsabilité civile de Marseille Habitat et d’accorder des dommages, pour épargner aux parties civiles d’avoir à se lancer dans un nouveau procès devant un tribunal civil.

    « Faire évoluer

    la jurisprudence »

    Or le procès en appel qui a été fixé du 2 novembre au 19 décembre 2026 fait peser une incertitude et une fragilité juridique pour les parties. Il peut rebattre les cartes. Il peut aussi éclairer les parties. Répondant donc aux vœux de nombreux avocats de partie civile, le président Pascal Gand a accepté de repousser les débats indemnitaires au 23 septembre 2027 après que la cour d’appel aura statué sur la faute pénale de Marseille Habitat.

    Le président Gand a fait part du souhait de la 6e chambre de « faire évoluer la jurisprudence » pour accélérer la fixation des préjudices « sans les renvoyer aux calendes grecques ». Il a indiqué avoir demandé un avis au service de documentation, des études et du rapport (SDER) de la Cour de cassation « pour clarifier la question du renvoi des intérêts civils après appel qui retarde artificiellement le cours de la justice, charge le greffe, ne joue pas en faveur des parties civiles en ce que ce renvoi retarde le calcul, la fixation et la liquidation des réparations civiles ».

    S’agissant des indemnisations réclamées à l’encontre de l’ex-adjoint au maire en charge de la prévention des risques, Julien Ruas (LR) et de l’expert judiciaire Richard Carta, tous deux reconnus coupables pénalement, elles relèvent de la juridiction administrative. La faute non intentionnelle de M. Ruas n’est pas détachable de ses fonctions d’adjoint au maire. C’est donc à la Ville de les assumer. Quant à Richard Carta qui s’était vu confier l’expertise judiciaire du n°65 par le tribunal administratif de Marseille à la demande des services de la Ville, ce serait à ce même tribunal de statuer en raison de son statut de « collaborateur occasionnel du service public ». Une position de juge et partie difficilement tenable quand la procédure se présentera.

  • Un label pour concrétiser le travail de proximité d’une Maison de Santé

    Un label pour concrétiser le travail de proximité d’une Maison de Santé

    La graine du projet avait été plantée en 2008, avant de germer. En 2026, la Maison de Santé pluriprofessionnelle, installée au nord d’Aix-en-Provence, dans le quartier de Beisson, est désormais labellisée France Santé. Un cachet déposé si l’établissement répond aux critères : « D’accès à des soins pluridisciplinaires (…) un accès en secteur (…) un accueil sept jours sur sept a minima, et la possibilité de travailler avec les SAS centre 15. Cela veut dire répondre à la possibilité d’une consultation de médecine générale en moins de 48h », résume Yan Bubien, directeur général de l’Agence régionale de santé Paca. Alors, si cette matinée de labellisation a d’abord été institutionnelle, en présence d’Isabelle Epaillard, préfète à l’Égalité des Chances, de Sophie Joissains, maire (UDI) sortante, de Mathieu Gatineau, sous-préfet d’Aix, le moment a été choisi, par le docteur Maurice Ngambé, cofondateur de cette MPS, de rappeler les priorités de l’établissement : « Concrètement chaque jour, nous travaillons pour l’accès aux soins, accompagner des patients atteints de maladie chronique, lutter contre les inégalités sociales et territoriales de santé et prendre en charge les patients les plus vulnérables. »

    Pour cause, la Maison est installée au cœur d’un « quartier, ou les besoins en santé sont importants, parfois complexes, et ou l’accès aux soins est un véritable parcours, poursuit Maurice Ngambé. En tant que médecin, cette reconnaissance a un sens particulier : elle confirme que le choix du travail en équipe était le bon. » Sur place, dans cet espace médical de 240 mètres carrés, ce sont en effet cinq médecins permanents qui se relaient, dont un remplaçant régulier, intégrés à un maillage de partenaires allant de l’Hôpital, de la Croix-Rouge, en passant par le Relais des Possibles. Il ne manquerait plus qu’une médiatrice en santé et une assistante médicale, selon le Docteur Maurice Ngambé. Difficile aussi, de chiffrer le flux quotidien de patients, car « tous les jours ne se ressemblent pas », estime ce dernier, qui évalue « à la louche, que 70% des patients » viennent d’un pourtour proche. « Le fait de cette proximité sur le territoire est une réelle plus value pour le bien-être [des habitants], estime Rachid Sabbouri, directeur du Centre Social la Rose des Vents. De notre côté on oriente. Les habitants du territoire se sentent pris en charge de manière convenable, avec une réponse adaptée à leur difficulté. On ressent le bénéfice. » À ce jour, l’ARS avec les Préfectures et l’Assurance maladie, labellise 96 Maisons France santé en Paca.

  • Deux événements pour honorer la mémoire du groupe Manouchian

    Deux événements pour honorer la mémoire du groupe Manouchian

    L’objectif est de rendre hommage à ces résistants entrés dans l’Histoire.

    Le premier rendez-vous est fixé ce vendredi 20 février à 19h, salle Fernand-Ros avec la projection du film-documentaire Missak et Mélinée Manouchian. Un moment d’autant plus particulier qu’il se déroulera en présence de sa réalisatrice, Katia Guiragosssian, invitée pour échanger avec le public à l’issue de la séance (entrée libre). Cette soirée se veut un temps de partage autour de l’histoire du couple Manouchian, figures emblématiques de la Résistance et symboles de l’engagement antifasciste.

    La commémoration se poursuivra le samedi 21 février, devant le foyer Missak-Manouchian, situé 211 avenue du 8 mai 1945, à proximité de la médiathèque Jorgi-Reboul.

    Prises de paroles

    Le programme prévoit des prises de paroles et dépôts de gerbes à 10h30, avec le partage du verre de l’amitié dans la foulée. Comme chaque année, cette cérémonie rassemblera habitants, élus, associations et sympathisants désireux de rappeler l’importance du souvenir et de transmettre l’héritage de ceux qui ont combattu pour la liberté. L’ACFOA encourage les habitants à se joindre à ces deux événements, dans une ville où le maire (PCF), André Molino, s’est fortement mobilisé pour l’entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon.

    Contact : 06.95.59.18.89 ou par mail : acfoaseptemes@hotmail.fr

  • Léo Lagrange ouvre les pistes de l’aéronautique aux jeunes

    Léo Lagrange ouvre les pistes de l’aéronautique aux jeunes

    On ne dirait pas un jeu. J’ai eu un peu le vertige, mais ça va. » Kenza* enlève son casque de réalité virtuelle et repose les manettes sur le siège de pilote. Une première pour cette élève de sixième qui n’a « jamais pris l’avion » et après quelques cambrures involontaires, vient de réussir un atterrissage sans faute aux commandes d’un avion de chasse. « Je ne sais pas ce que je ferai plus tard, mais je n’avais jamais imaginé ça…c’est bien de découvrir ces métiers. »

    Simulateurs de vol, ateliers pédagogiques, échanges avec des experts du secteur aéronautique et aérien ou exploration des coulisses du numérique, le gymnase s’est transformé en un salon de l’aéronautique ludique. « On n’est pas dans un job dating, on ouvre les pistes mais on ne trace pas de chemin. Nous mettons en lien notre jeune public avec une belle filière professionnelle qui a un avenir », annonce Vincent Séguéla, secrétaire général de la Fédération Léo Lagrange. Depuis 2022, l’association d’éducation populaire qui fête ses 90 ans organise trois fois par an les journées Horizon Aéro, un événement immersif porté par Boeing France.

    Faire décoller son avenir

    « On est dans la découverte des métiers techniques, numériques et aéronautiques », précise Jean-Marc Fron, directeur général de Boeing France, qui invite les jeunes à explorer « les professions en lien avec les grands défis technologiques et environnementaux du monde de demain ». Et elles sont nombreuses et variées dans ce secteur « qui recrute en permanence et jouit d’un potentiel de croissance important ». Mais victime de décennies de dédain, la filière industrielle reste aujourd’hui encore peu attractive. Pilotage, mécanique, construction, soudure, contrôle, sécurité, accueil, baggages, informatique, maintenance…elle pourant offre un vaste pannel de métiers « avec plusieurs portes d’accès, du CAP à l’ingénieur. Et elle se féminise. Déconstruire les stéréotypes est très important », indique le DG de Boeing, venu réhausser le blason industriel sur un territoire où son conurrent Airbus est implanté. « On le fait pas pour nous, mais pour la filière. »

    Sur le terrain du gymnase, le sport des jeunes consistait à passer d’un atelier à l’autre, à se tester au quizz de l’association découvrAIRte, à poser leurs questions, à prendre la parole et à partager leurs impressions au micro d’une webradio sur le monde de l’industrie et des métiers techniques et manuels en France, sur leur rapport au travail et leur avenir. Les simulateurs captent cependant le plus gros de l’attention. Jean-Michel Capron, qui travaille depuis dix ans avec la Fédération Léo Lagrange, explique les principes du guidage au sol pour placer un avion sur la piste. Au commande d’un Boeing 737, Théo, 14 ans, reste attentif aux messages radio et commence à prendre de l’assurance au deuxième voyage. Fin du vol. Il atterrit en plein centre de la piste et souffle : « J’ai ramené tous mes passagers ! » Sous les rires des animateurs, l’adolescent laisse sa place un peu à contre-coeur. Visiblement grissé par l’expérience, il avoue : « Au début je jouais en vidéo. Après j’étais trop concentré en vérité. Je voulais faire médecin mais là je sais plus. C’est tarpin bien le vol. »

    Sur un forum associatif, aux côtés de l’Epide, de l’Apave Camas Formation, Catherine pour l’agence France Travail de Marignane, explique : « On informe sur ces métiers en tension. Usineur, câbleur, ajusteur ou ingénieur ultra qualifié. » L’aéronautique, mais aussi l’aéroprtuaire y sont représentés. Ce dernier particulièrement en crise de recrutement. « Les horaires décalés, saisonnier…mieux vaut avoir une voiture car les rotations des navettes restent insuffisantes. » À côté, la Ville de Marseille propose une aide au permis de conduire.

    Mais aussi quelques métiers autour du loisir. L’Aéroclub de Saint-Rémy Les Alpilles, affilié à la Fédération française de vol en planeur (FFVP) avait installé un simulateur tout aussi prisé des minots. Quoique le planneur a aussi ses pistes pros : « Mécano, chef de piste, animateur de vol… », liste Xavier, retraité de la justice qui affiche 15 années de pratique au compteur.

    * Les prénoms des mineurs ont été changés.

  • Gisèle Pelicot met son combat à la page

    Gisèle Pelicot met son combat à la page

    Une reprise en main de sa propre histoire. Gisèle Pelicot ne s’était exprimée qu’à de rares occasions, à la barre du tribunal d’Avignon, devant celui-ci et un parterre de micro de journalistes internationaux, au moment du verdict du fameux procès « des viols de Mazan ». Avec la publication, ce 17 février, de son autobiographie Et la joie de vivre, un livre de 320 pages, elle donne sa vérité sur l’enfer qu’elle a subi, son combat pour se reconstruire et obtenir justice. Une sortie internationale dans 22 langues, un démarrage « similaire à un Goncourt » selon moult libraires, un tirage à 150 000 exemplaires en France… Gisèle Pelicot va faire le tour de l’Europe pour présenter son livre et même traverser l’Atlantique. C’est dire l’impact de sa parole, c’est dire à quel point son parcours inspire.

    Si c’est bien une autobiographie, l’ouvrage a été écrit en collaboration avec la journaliste et romancière Judith Perrignon et sous la houlette de l’éditeur Flammarion. Et elles y raconte tout : sa vie d’avant, les conséquences de l’affaire sur sa famille, son regard sur « cinquante années de mensonge »… Sans pathos mais avec transparence, honnêteté et des détails glaçants. Gisèle Pelicot revient, par exemple, sur sa profonde incompréhension lors de sa première audition chez les forces de l’ordre. Quand un sous-brigadier lui demande de décrire Dominique Pelicot, elle en parle alors comme « quelqu’un de bienveillant, d’attentionné. Un super mec, c’est pour ça que nous sommes encore ensemble ». Puis s’en suit des questions sur son rythme de sommeil, si elle fait des siestes, si le couple pratique l’échangisme… « Il m’a demandé si je pensais connaître mon époux au point qu’il ne puisse rien me cacher. J’ai dit oui », raconte-t-elle, selon des extraits de l’ouvrage publié par Le Monde. Avant de relater une escalade d’émotion en elle lors de la révélation du placement en « garde à vue pour viols aggravés et administration de substances nuisibles » de son mari d’alors. Ses pleurs puis une bouche paralysée : « Mon cerveau s’est arrêté dans le bureau du sous-brigadier. »

    Un passage qui donne le ton de l’ouvrage. Dans lequel, elle revient surtout sur comment elle fait face à « une meute et Dominique », après son hésitation à rendre le procès public. Un refus du huis clos qui a fait d’elle le visage d’un combat féministe qui dépasse les frontières. Et, in fine, la porte-parole de toutes les défenseuses des droits des femmes, des militantes, des victimes de violences sexistes. « Cette foule m’a sauvée », juge-t-elle, en référence aux centaines de soutiens féministes qu’elle a reçu, devant le tribunal d’Avignon ou à travers le monde. Gisèle Pelicot, qui se définit souvent comme « icône malgré moi », endosse pleinement le rôle « d’éveilleuse » avec ce livre.

    « Ça a libéré quelque chose »

    « Les mots de culture du viol, soumission chimique ont explosé au visage de la société française. Ça a libéré quelque chose. Et ça a donné du crédit au discours que nous portons, nous, associations féministes. Puis, il faut le dire, nous sommes toujours très admiratives de Gisèle », témoigne Alexandra Brochus, pour le Collectif 13 Droit des femmes. Et de résumer : « Du début jusqu’au livre, elle n’incarne pas exclusivement quelque chose de noir. Il y a toujours quelque chose de positif. Je crois que ça doit inspirer les luttes féministes dans un monde de violences. »

    Comme un écho au livre de Gisèle Pelicot, l’association Coudes à Coudes organise une conférence, le 3 mars prochain, à l’auditorium de la mairie du 1-7 à Marseille. pour présenter un autre ouvrage sur ce drame Mazan, Anthropologie d’un procès pour viols. Un ouvrage réalisé par 14 chercheurs et chercheuses locaux (lire notre article du 09/10/2025) dont 3 témoigneront, sur place, de la démarche réalisée. « Notre travail c’est de partager les savoirs utiles à l’action collective », explique Michel Potoudis, pour Coudes à Coudes, qui précise que c’est le « hasard du calendrier » qui fait que l’évènement, prévu de longue date, se télescope avec la sortie du livre de Gisèle Pélicot. L’occasion de se plonger, avec une approche scientifique et une enquête de terrain, sur l’affaire en présence de trois des chercheuses : Stéphanie Fonvielle, Mélanie Gourarier, Laurence Hérault. Et de croiser les regards pour mieux apprécier Et la joie de vivre.

    « Mon cerveau s’est arrêté dans
    le bureau du sous-brigadier »

  • Le Var, département où les pompiers sont les plus sollicités

    Le Var, département où les pompiers sont les plus sollicités

    En 2023, les sapeurs-pompiers du Var ont réalisé 107 interventions pour 1 000 habitants, contre 69 en moyenne au national, soit le taux le plus élevé de France, selon une étude de la plateforme CRIBL. Cette pression record s’inscrit dans une tendance de fond : à l’échelle nationale, les pompiers ont effectué 4,7 millions d’interventions (une toutes les 6,6 secondes). Depuis 2008, l’activité globale des services d’incendie et de secours a progressé de 19%. Mais la transformation la plus marquante concerne la nature des missions. Les incendies ont diminué de 10% en quinze ans et ne représentent plus qu’une intervention sur 17. À l’inverse, 79% des sorties concernent désormais le secours à la personne, en hausse de 40%.

    Le facteur vieillissement

    Cette transformation s’inscrit dans un contexte de vieillissement démographique et de tension sur l’offre de soins et les services hospitaliers, faisant des pompiers un maillon essentiel de la chaîne sanitaire et sociale. Dans le Var, département à forte attractivité résidentielle et touristique, cette évolution est amplifiée par la saisonnalité, la croissance démographique et un vieillissement supérieur à la moyenne (l’âge médian y est de 44 ans, 2 ans de plus que celui de la région et 4 ans que celui du pays ; les retraités représentent 26,9% de l’ensemble des Varois). À cet égard, les opérations de relevage de personnes ont bondi de 180% en 15 ans. Les ouvertures de porte, souvent liées à des malaises ou à l’isolement, ont bondi de 462%.

    Ainsi, au total, les pompiers français ont réalisé 19% d’interventions supplémentaires en quinze ans, mais leur cœur de métier s’est déplacé. Moins de feux, davantage d’urgences humaines. Cette mutation redéfinit les besoins en formation, en organisation des secours et en articulation avec le système de santé.