Category: societe

  • Le cri de rage de la jeunesse à Montpellier

    Le cri de rage de la jeunesse à Montpellier

    Comme un air de CPE. Mardi 6 octobre, on se serait crus revenus au printemps 2006, lorsque la jeunesse s’était soulevée contre le scélérat Contrat première embauche (CPE) que le patronat rêvait d’imposer pour précariser la jeune main-d’œuvre.

    Vingt ans plus tard, la droite est toujours au pouvoir, la police réprime encore, l’extrême droite menace pour de bon et la jeunesse s’inquiète plus que jamais pour son avenir. C’est ce ras-le-bol et la quête d’un meilleur futur que sont venues défendre dans les rues de Montpellier quelque 10 000 personnes, essentiellement des jeunes.

    Un défilé particulièrement enjoué et sans incident majeur (quelques tags) – si ce n’est la charge disproportionnée des CRS sur la Comédie pour disperser manu militari les derniers manifestants à 16h – au cours duquel les revendications sont légion. « Le peuple manifeste, le gouvernement fait la sieste. » « Tu nous la mets à l’envers, on te la met 68. » Les nombreuses pancartes en disent déjà beaucoup sur l’exaspération face à un pouvoir qui fait la sourde oreille. En tête du cortège, les lycéens révoltés racontent le reste au sujet des deux principales revendications. Des moyens pour l’éducation nationale et stop à la répression. « En travaux pratiques, on n’a pas assez de bureaux pour que les élèves puissent s’asseoir. Mon prof d’histoire est à l’hôpital depuis un mois et n’a pas été remplacé », s’agace Tidiane du lycée Agropolis. « L’an passé, mon prof de français a été absent 6 mois », se souvient Émilie, passée du lycée Clemenceau à Monet. « Avec Parcoursup, on a peur de ne pas pouvoir continuer nos études », confie la future étudiante qui se plaint aussi des « 35 degrés dans les classes ».

    L’État aux abonnés absents

    Ces manques élémentaires relatifs aux conditions de travail, les syndicats enseignants les dénoncent depuis des années. « On avait obtenu des engagements de la Région pour des travaux énergétiques dans les lycées. Mais avec le désengagement financier de l’État, les promesses risquent de ne pas être tenues », redoute Philippe Hattais. Co-secrétaire du Snes-FSU, ce prof d’anglais réclame « des places à l’université pour tous les bacheliers ». Ce qui passe à ses yeux par « l’abrogation de Parcoursup » mais aussi du « Bac Blanquer ».

    Quant au fait que les lycées soient débloqués par la force, Titouan, lycéen à F. Bazille qui se démarque des poignées de casseurs, ne l’accepte pas. « La répression contre les jeunes est abusive. Certains ont perdu un œil, une main. Ils envoient les matraques et les lacrymos sur des enfants. »

    Dans le cortège parti à 13h15 du Peyrou pour y revenir via la gare, la Comédie et la préfecture, on lit et on entend des messages anti-flic. « Acab ! » « Tout le monde déteste la police. »

    L’extrême droite rejetée

    Non loin d’un jeune qui brandit un carton. « On veut des bonnes notes, pas des menottes », une mère solidaire de deux lycéens est venue veiller sur eux. « Mon fils a passé son Bac en juin sous 40 degrés. Il n’y a pas un ventilateur dans les lycées de Montpellier ! », s’emporte Virginie qui dénonce des « conditions d’apprentissage indignes » en amuse-bouche d’une « sélection épouvantable » vers le supérieur. « Le service public de l’éducation est laissé à l’abandon depuis des années et sous Macron c’est la dégringolade. »

    Jugeant la colère de ces jeunes « tout à fait légitime », elle se méfie de la « répression policière démesurée ». « Ce sont des Robocop en roue libre soutenus par le ministère et sans aucune retenue. » Face aux images des casseurs qui font les choux gras des chaînes d’info, elle ajoute. « Le phénomène des casseurs infiltrés, ça fait 30 ans qu’on le connaît. Ils viennent pour décrédibiliser le mouvement qui, a la base, est pacifique. On se demande bien qui les envoie… »

    Perdus de la manif, quelques petits groupes issus de l’ultra droite étaient ici ou là identifiables. Mais l’immensité du cortège qui entonnait régulièrement « Siamo tutti antifascisti » ne laissait pas la moindre place au doute concernant son allergie à l’extrême droite.

  • Un évêque dénonce les violences sexuelles dans l’Église

    Un évêque dénonce les violences sexuelles dans l’Église

    L’Église a mis en place les structures qui ont permis d’agresser, et il en reste des réminiscences » : l’évêque de Digne, Riez et Sisteron, Mgr Emmanuel Gobilliard, a appelé vendredi à cesser de protéger l’Église coûte que coûte face aux témoignages de victimes de violences sexuelles. Il prenait la parole devant les 150 membres du personnel de l’enseignement catholique des Alpes-de-Haute-Provence, réunis pour une formation obligatoire à la prévention des violences sexuelles, une « première en France » selon l’évêque.

    Mgr Emmanuel Gobilliard a regretté le fait que le premier réflexe de beaucoup de religieux soit de défendre l’institution, plutôt que d’écouter la parole des victimes. « La personne victime doit passer avant tout, avant la réputation d’une institution », a-t-il lancé au micro à l’ouverture de la journée de formation, pendant laquelle le procureur de Digne-les-Bains, Antoine Pesme, intervenait notamment. Le prélat a comparé ce « réflexe de protection » à celui « d’un animal qui se sent oppressé et qui attaque les autres ». « Lorsqu’une institution est attaquée, elle attaque la presse, les victimes et l’institution judiciaire, alors que c’est justement les trois qui nous sauvent », a-t-il argumenté, malgré le fait que « cette défense de l’institution est destructrice de l’institution elle-même ».

    « Je suis chrétienne, et, quand je dénonçais les choses, on me disait que je voulais démolir l’Église », a abondé Isabelle Chartier Siben, médecin psychothérapeute, victimologue et cofondatrice d’une association d’aide aux victimes, qui intervenait également pour former le personnel de l’enseignement catholique.

    Face à ce silence destructeur, Mgr Emmanuel Gobilliard a appelé à développer une « culture du signalement, dès qu’on a un doute » puisque « les abus prospèrent dans le secret, l’isolement et les relations d’emprise ».

    « Sans la presse, les choses ne bougent pas »

    « Sans médiatisation, on se protège entre nous », a regretté l’évêque. « Sans la presse, les choses ne bougent pas », a abondé Isabelle Chartier Siben, qui affirme faire partie des « lanceurs d’alerte » sur le sujet des violences sexuelles dans l’Église. Les religieux ont appelé à faire cesser le « terreau mortifère » qui permet aux auteurs de commettre des violences sur des enfants.

    « Les faits prescrits, c’est un drame. Je suis à 1 000% pour l’imprescriptibilité. Je crois qu’on va bientôt l’avoir grâce à la loi intégrale », a par ailleurs avancé Isabelle Chartier Siben. L’Église reconnaît les faits de violences sexuelles « même si l’auteur est décédé », a affirmé Pascale Poch, médecin et responsable pour le diocèse des cellules d’écoute et de veille. Cette dernière « a fait partie de la première cellule d’écoute » et a « vu les ravages dans la vie des personnes victimes d’abus ».

    Emmanuel Gobilliard a créé avec le diocèse de Paris le premier protocole d’accord avec le parquet de Lyon, parce qu’il a vu « à quel point on partait de très loin ». Il a alors demandé « à ce que des formations soient entreprises, et on a mis en place une plateforme de sensibilisation à la prévention des abus. On a entrepris de former les personnels de l’enseignement catholique, avec quelques récalcitrants ».

    Ce dispositif de formation existe depuis 2020 et le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase).

    Dès qu’une personne est mise en examen, elle a « interdiction d’exercer » dans l’Église, a affirmé Mgr Emmanuel Gobilliard, ce qui permet le bon déroulement de l’enquête. « Toute une partie du Code pénal de l’Église concernant les peines a été réécrite à la suite de l’émergence des affaires de pédocriminalité. Il a été complètement refait », a expliqué Pascale Poch. « 100% » des signalements reçus font l’objet d’un signalement à la justice, selon Mgr Emmanuel Gobilliard.

  • La Rose d’or, 20 ans de passion médiévale

    La Rose d’or, 20 ans de passion médiévale

    De 35 associations il y a 20 ans au début, ce sont désormais 112 troupes et 1 300 participants attendus ce week-end à Avignon. Soit « 80% des troupes d’histoire médiévale du sud de la France, de Bordeaux à Monaco », s’enorgueillit le président de la Rose d’or, dont le nom renvoie à une récompense pontificale offerte à des seigneurs méritants de la chrétienté.

    Si sur la Barthelasse le samedi sera uniquement réservé aux troupes, une grande parade des compagnies est organisée en centre-ville (14h-15h45) depuis la porte de l’Oulle jusqu’au palais des Papes. L’événement grand public en lui-même se tient le dimanche (10h-18h) au centre de loisirs de la Barthelasse. Campements, reconstitutions, ateliers, marché médiéval, joutes, archers, batailles ou divers concours – dont celui de porter de chefs et de concubines – sont au programme.

    Capitale de l’histoire médiévale ?

    Quelque 4 000 personnes sont attendues avec une focale, cette année, sur le « Complot de la Louve », événement historique de 1326 qui bouleversa la monarchie anglaise.

    Mais le point presse, lundi, de la manifestation a été l’occasion pour la Ville d’annoncer la création d’un nouvel événement autour de l’histoire médiévale : les Pontificales, qui se tiendront du 6 au 9 mai, lors du week-end du pont de l’Ascension. Une promesse de campagne d’Olivier Galzi (DVD) qui compte faire d’Avignon « la capitale de l’histoire médiévale » dont le « classement au patrimoine mondial de l’Unesco » en est l’illustration. Le maire n’a pas encore dévoilé les modalités ni le programme des Pontificales, « mais l’idée est de mettre en valeur le patrimoine et que tout le monde joue le jeu avec, par exemple, les commerçants costumés comme à Nîmes lors des journées romaines ».

    La Ville se défend de vouloir faire de l’ombre à la Rose d’or. « On connaît très bien la structure qui va organiser les Pontificales, nous ne pouvions pas porter une 2e fête d’une telle ampleur qui ne sera pas un copié collé de la Rose d’or », jure Patrick Duval qui conclut : « Si Paris vaut bien une messe, Avignon vaut bien deux fêtes historiques. »

    * Gratuit pour les moins de 12 ans. Entrée 6 euros ou 5,50 euros en prévente sur billetweb.fr

  • La Ville s’investit pour la petite enfance

    La Ville s’investit pour la petite enfance

    La visite, ce vendredi, de la crèche Chave, rythmée par les comptines et les jeux des enfants, était l’occasion pour les élus municipaux, Juliette Masson (Mad Mars) et Didier Jau (EELV), de constater la qualité des équipements de la structure et d’exprimer leur volonté de garantir « la qualité d’accueil, le bien-être des enfants et l’accompagnement des familles » dans toutes les crèches de la ville.

    La structure municipale a obtenu le label « Écolo-crèche » fin 2025. « On avait une structure qui se prêtait à la labellisation, mais elle implique quand même des changements de pratique. On a donc mis plein de choses en place, comme des projets en plein air pour les enfants ou notre processus de nettoyage sans produits chimiques, avec seulement de l’eau », explique Amélie Meyronneinc, la directrice. La crèche propose aussi une alimentation respectueuse de l’environnement, avec des produits issus de circuits courts, et se démarque par la présence de sols naturels dans ses espaces extérieurs. « C’est une fierté d’avoir obtenu ce label. C’est un dispositif qui plaît aux parents car c’est un gage de qualité par rapport à la garde de leurs enfants », ajoute-t-elle.

    La Ville a identifié les différents axes de progression pour les établissements d’accueil de la petite enfance. Juliette Masson assure qu’ils « ambitionnent de lutter contre les disparités territoriales en termes d’accueil, en ouvrant 1 000 places supplémentaires dans les crèches, et de garantir un accueil inclusif, de manière inconditionnelle, pour que tous les Marseillais de moins de 3 ans puissent s’épanouir ».

  • Le village des sciences attend le public durant tout le week-end

    Le village des sciences attend le public durant tout le week-end

    On a tous le même squelette que l’on soit noir ou blanc, homme ou femme » explique une animatrice de l’Unité mixte de recherche (UMR) anthropologie bioculturelle, droit, éthique et santé devant des enfants du CE2 de l’école Louis-Botinelly (4e) massés en cercle autour du dessin d’un squelette grandeur nature. Questions et réponses fusent dans une joyeuse ambiance vendredi, jour dédié aux scolaires dans le village de la science installé sur l’esplanade Bargemon.

    Vient le discours d’ouverture du directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique, délégué régional académique à la recherche et à l’innovation Jean-Luc Parrain. Il souligne « les valeurs de partage, de savoir et d’ouverture qui caractérise cette grande fête. On doit toujours lutter contre les stéréotypes. L’égalité est fondamentale au cœur de la famille mais ensuite à l’école. » Samedi et dimanche, 8 000 personnes sont attendues sur le village ouvert à tous gratuitement, avec un nombre toujours croissant d’interactivité. « Cette 35e édition propose 55 stands et 65 structures participantes », rappelle Solène Merer directrice en région des Petits débrouillards, association organisatrice du village à Marseille.

    à l’extérieur, des tentes blanches sont disposées les unes à côté des autres. Les enfants s’engouffrent très curieux de savoir ce qu’ils vont y découvrir. à l’intérieur, planètes et système solaire attendent leur public, et les expériences de physique ravissent les scolaires qui découvrent que la magie a parfois une explication rationnelle. Sur le stand de l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO), Guillaume Marchessaux, chercheur et spécialiste des espèces invasives sensibilise au crabe bleu. Ambassadeur pour la région Paca, il animera deux conférences intitulées : « Et si on mangeait du crabe bleu pour le réguler ? » ce week-end.

    Samedi et dimanche. 10h-18h.

  • Le O’Brady’s passe le cap des 30 ans

    Le O’Brady’s passe le cap des 30 ans

    Le dix octobre est une date historique du côté de Sainte-Anne.

    Il y a trente ans, jour pour jour, Jean-Luc Bardy réalisait son rêve de gosse. « Ce projet est né alors que j’étais sur les bancs du collège du Roy d’Espagne. Je n’arrêtais pas de dire qu’un jour, je serai derrière le comptoir d’un pub irlandais ! » Alors qu’il dit ces mots, dans un coin de son rêve devenu réalité, Lionel Laugier acquiesce. Ami d’enfance de l’intéressé, le président de l’Ovale beach Marseille ne peut que confirmer.

    D’autant plus qu’il y a trouvé un lieu pour préparer les tournois de son équipe. Et y célébrer les titres européens. Car, en trente ans, le O’Brady’s s’est ancré dans le paysage festif et sportif marseillais. Devenant le lieu de rendez-vous des amateurs de rugby, mais aussi de football et d’autres sports. « Tous sont les bienvenus pour partager un moment de convivialité », invite Jean-Luc.

    Dans une vaste salle aux couleurs de l’Irlande, et du Celtic, club mythique de la communauté irlandaise en Ecosse, les meilleurs whiskeys venus de la verte Erin sont à la carte. « Il n’y a que des whiskeys et pas de whiskies, nous sommes amateurs d’Irlande, pas d’Ecosse », précise-t-il. Sans oublier les bières, avec la fameuse Guiness, la meilleure de Marseille d’après les spécialistes, que Michæl Freer, le plus Marseillais des Irlandais, a mis deux ans avant « de trouver le moyen de la tirer comme à Dublin ».

    Balle au pied

    Si le rugby est au cœur de l’univers du O’Brady’s, le ballon rond a aussi sa place. Car, quelques semaines après la création du pub, une équipe de football a suivi. Avec ses maillots cerclés vert et blanc, elle écume les stades de France et de Navarre et y a glané 4 coupes de France FSGT et une Coupe La Marseillaise.

    « Nous avons plusieurs sections, des seniors, des vétérans, mais aussi une équipe à 7 et du walking foot », détaille le président Sylvain Darmagnac. Ses joueurs se retrouvent les lundi et vendredi soir, plus le mardi concernant le walking foot. « Au début, nous avions beaucoup d’étudiants anglo-saxons. Aujourd’hui, c’est plus mélangé. Nous avons près de 150 licenciés, des hommes, des femmes, de 18 à 75 ans » confie-t-il. L’association organise des déplacements pour supporter le Celtic. « Nous avons pu assister à quelques Old Firm, le derby contre les Rangers », indique-t-il. Et la date du 21 janvier, qui verra l’OM se rendre à Glasgow, est soulignée.

    Ce qui fait aussi la renommée du O’Brady’s, c’est sa carte de mets typiquement irlandais. Ainsi que sa cheminée, « elle fonctionne toujours, même si nous avons dû remplacer la tourbe par du bois », confie Jean-Luc Bardy. C’est autour de cet âtre, élément incontournable d’un pub authentique, que chaque lundi a lieu une soirée où un orchestre joue en live, des classiques de la musique gaëlique.

    « C’est chaleureux et convivial. J’étais là dès la première soirée. Avec celui qui est devenu mon mari, nous avons commandé notre première Guiness. C’était le début d’une longue et belle histoire qui continue. Notre table est toujours là, elle nous accueille chaque fois que nous passons par là », confesse Catherine.

    Samedi, ce sera donc la fête. Avec musique irlandaise, bien sûr. Dégustation de plats traditionnels et partage du gâteau des trente ans. Quant à savoir pourquoi le pub s’appelle O’Brady’s ? Certains font le rapprochement avec le nom de son fondateur, Jean-Luc Bardy. « C’est un clin d’œil. Brady, c’est Martin pour les noms de famille irlandais. L’entraîneur du Celtic au moment de l’ouverture s’appelait Liam Brady. J’ai ajouté le O apostrophe pour faire plus irlandais ! »

    378 avenue de Mazargues

    www.obradys.com

  • À Aix, des parents viennent superviser les lycéens qui font blocus

    À Aix, des parents viennent superviser les lycéens qui font blocus

    Ils sont une dizaine à scruter les allers et retours sur le Boulevard Carnot, à entourer le groupe de lycéens postés sur les marches du lycée Vauvenargues. Tissu blanc autour du bras comme signe distinctif, plusieurs parents d’élèves se sont mobilisés, ce vendredi matin, pour accompagner et encadrer le blocus des lycéens. Vers 8h30, une dizaine de camions CRS longent l’axe. Une poubelle finit de brûler. Des interpellations viennent d’avoir lieu. Une demi-heure avant, plusieurs lycéens étaient regroupés devant l’établissement, avant d’être dispersés.

    « Quand d’autres parents nous contactent on les met au courant de ce qu’il se passe, explique l’un d’entre eux, téléphone en main. Il y a une messagerie où l’on est maintenant 35. Comme on avait peur qu’il y ait un vrai blocage aujourd’hui, ça s’est organisé hier soir. » Le lycée Vauvenargues ferme ses portes pour la journée suite au blocus. « Il y avait un exam ce matin, il est content ! », poursuit ce parent en parlant de son fils. Dans le groupe qui fait les cent pas, on s’inquiète aussi de l’impact sur les résultats scolaires. « Bon les jeunes, vous avez prévu quoi la semaine prochaine ? » leur lance Habiba, parent délégué du lycée. Et d’échanger avec le groupe de lycéens qui soumet ses idées.

    « J’ai posé ma journée aujourd’hui pour venir protéger les enfants des autres. Au moment où ça a été un peu chaud, il y avait plein de petits collégiens, du Sacré-Cœur, qui devaient juste faire 500 mètres, qu’on a retenus. Après le feu de poubelle, je les ai escortés jusqu’au collège. Je me sens utile ce matin », raconte Fanny, maman d’un élève, lui, inscrit dans le privé. « C’est une façon d’être constructif, chacun a sa part. C’est un mouvement qui est très réprimé, on est là pour protéger nos gamins et ceux des autres ».

    Gardes à vue

    Ce vendredi matin, la matinée a été agitée en centre-ville et d’importantes dégradations ont été commises. Des lycéens et des étudiants ont été placés en garde à vue. Ils ont reçu la visite du député Marc Pena (PS) qui a notamment vérifié que tous leurs droits étaient respectés. Le conseiller municipal communiste David Tessier était également présent. Il a réaffirmé qu’il était « urgent d’entendre la colère et les aspirations de la jeunesse » et que « si toutes les violences étaient condamnables, la répression ne pouvait constituer une réponse politique ».

    Un cortège de jeunes s’est rendu à 15h, devant le commissariat, pour demander la « libération des camarades ».

  • [Lycéens] Malgré les coups, Enzo ne veut pas baisser la tête

    [Lycéens] Malgré les coups, Enzo ne veut pas baisser la tête

    Le choc et son bruit sourd entendu sur les vidéos qui circulent, lui ont laissé « six points de sutures » et un gros « mal à la tête », mais ils n’ont pas entamé sa détermination. « C’est inadmissible d’en arriver là parce qu’on revendique nos droits. Ça me motive encore plus. J’ai envie de dire à mes camarades, c’est malheureux de voir des cas comme le mien, mais on doit continuer ». Trois jours après avoir reçu un coup de matraque sur le crâne, Enzo, lycéen de Marie Curie (4e) a été entendu, vendredi, par l’inspection générale de la police nationale (IGPN).

    Cet élève plutôt sans histoire de l’avis de ses parents, a été violenté sur le blocus de son lycée mardi. « Nous prenions la température auprès des élèves qui bloquaient l’établissement de manière pacifique lorsque les CRS se sont mis en travers de la route avec une attitude menaçante », raconte Pierre, professeur d’anglais à Marie Curie.

    Sur le boulevard Jeanne-d’Arc bloqué par le camion de CRS, les enseignants forment alors « un cordon de sécurité entre les forces de l’ordre et nos élèves » et s’assoient sur le bitume. « Il n’y a eu qu’une seule sommation et aucun tir de mortier, contrairement à ce qu’a dit la Préfecture. Ils se sont mis face à nous et ont commencé à nous taper, nous piétiner et nous tirer pour s’en prendre aux élèves derrière », poursuit Pierre, « choqué » comme toute la communauté éducative. Lui est traîné au sol. Un collègue est blessé aux côtes. Enzo s’écroule à terre. La tête en sang.

    « Aucune justification »

    Jeudi, les enseignants de Marie-Curie, réunis en AG, ont décidé d’apporter leur soutien aux élèves et à la mobilisation lycéenne. Ils étaient d’ailleurs quelques-uns à attendre Enzo à la sortie de la Préfecture de police. « L’enjeu aujourd’hui est de se tenir aux côtés de lycéens qui mènent une lutte qui répond à l’intégralité des revendications des personnels de l’éducation qui sont restées lettre morte depuis maintenant dix ans », explique Samuel, enseignant d’histoire-géographie, lui aussi violenté mardi.

    « Le procureur de la République n’avait pas d’autre choix que d’ouvrir une enquête tant la vidéo qui circule est accablante », estime Valentin Loret, un des deux avocats d’Enzo, rappelant que le délit est constitué à partir de deux sommations. « Il n’avait rien sur lui qui laissait penser qu’il était en train de commettre ou préparer une infraction. Il est attrapé par un CRS, frappé une première fois puis amené au sol où il reçoit encore plusieurs coups ».

    Vendredi, Enzo qui doit être vu par un médecin légiste pour se faire établir un nombre de jours d’ITT a pu livrer sa version. Mais la deuxième partie de l’audition par la police des polices a été plus « suspicieuse », note encore l’avocat, les enquêteurs cherchant à savoir s’il n’avait pas commis quelque chose justifiant l’intervention. « Mais il n’y a aucune justification possible à donner ce genre de coups », insiste l’avocat.

    Est-ce que les CRS portaient visiblement leur numéro RIO (Relevé d’Identité Opérateur) et leur caméra était-elle allumée ? Plusieurs témoignages rapportent que non selon la partie civile. « Si aucune caméra n’était allumée, il y a effectivement une volonté de cacher au magistrat la façon dont s’est déroulée l’intervention », estime Valentin Loret.

    « Ce n’est pas un cas isolé », reprend sa consœur Mathilde Lanté. « On a vu depuis le début énormément de violences policières avec des centaines de lycéens blessés sans ouverture d’enquête. M. Nunez minimise ces violences mais il ne faut pas tomber dans ce piège. Chaque fois, il faut porter plainte et témoigner. Ces violences extrêmement choquantes visent à traumatiser toute une génération mais le pari à ce stade est perdant. Au contraire, les lycéens continuent à se mobiliser et sont rejoints par leurs profs. »

  • Rue d’Aubagne à Marseille, l’émotion ouvre le lieu ressources

    Rue d’Aubagne à Marseille, l’émotion ouvre le lieu ressources

    Pour les familles des victimes, les larmes coulent, les mains se serrent lorsque s’élève la chanson de Rino Gaettano, Ma Il Cielo è Sempre Più Blu – Mais le ciel est toujours plus bleu. « Qui vit dans un taudis, qui transpire son salaire. Qui aime l’amour et les rêves de gloire », entame en italien la chanteuse Giulia David. « Cette chanson, c’était l’hymne de la vie de Simona, souffle sa mère, Maria Carpignano. Elle a toujours lutté dans sa vie pour la dignité humaine et cette chanson représente exactement son essence, son être. »

    Les familles des huit victimes des effondrements de la rue d’Aubagne – Julien Lalonde, Taher Hedfi, Chérif Zemar, Fabien Lavieille, Simona Carpignano, Pape Magatte Niassé, Ouloume Saïd Hassani et Marie-Emmanuelle Blanc – étaient toutes présentes ce vendredi matin pour inaugurer le lieu ressources construit sur les lieux du drame. « Faisons de ces lieux une occasion de construire autrement, avec davantage d’écoute, de respect, de solidarité et de responsabilité, appelait la mère de Julien, Liliana Lalonde. Ainsi la mémoire de ceux que nous avons perdus ne sera pas seulement douloureuse, elle pourra aussi contribuer à faire grandir le bien commun. » Face à elle, la nouvelle cour aménagée dans la dent creuse est noire de monde, derrière cette façade ouverte qui reprend les numéros des 63, 65 et 67, rue d’Aubagne. Des anciens immeubles ne restent, pour la mémoire, que les traces des pans de mur. « Ce que nous voulons, c’est que ça n’arrive plus jamais », partage le frère de Pape, Djidack Gueye, promettant de rester mobilisé avec les autres familles, « pour lutter contre les inégalités qui peuvent exister partout ailleurs ».

    Besoin de justice

    « C’est un soulagement psychologique d’avoir ce renouveau face à nous », témoigne aussi la tante de Cherif, Saida Larbi, la voix coupée par l’émotion. C’est sa fille, Linda Larbi, qui doit continuer pour elle et remercier les militants, les collectifs, la municipalité pour le soutien qu’elle leur a apporté.

    Ce sont les collectifs et associations de Noailles qui ont ouvert la cérémonie, par une prise de parole commune. « La violence de ces morts et ce qu’elles ont révélé ont provoqué un immense soulèvement à Noailles et bien au-delà, dans tout Marseille. Depuis leur mémoire nous accompagne et nous oblige », rappelle le militant Kevin Vacher. Ils évoquent l’émotion après l’effondrement d’un immeuble rénové par la société publique locale d’intérêt national (Spla-IN), rue Halle-Delacroix, le 18 juin dernier, et le décès de Mohamed El Khalfioui, le 9 août, qui avait respiré les poussières du sinistre. « Ce lieu devra donc être aussi celui dans lequel les habitants et les personnes délogées pourront s’organiser par elles-mêmes, selon leur choix », insiste Kevin Vacher.

    « Ce n’est pas un lieu de pouvoir, c’est un lieu de mémoire, de partage et de douceur », rappelle de son côté la maire (GRS) de secteur Sophie Camard, qui souhaite mettre en place un comité des usages associant les familles pour superviser cet espace. Les salles qui côtoient la cour doivent accueillir leurs premières activités dès la semaine prochaine, tandis que la municipalité de secteur souhaite y installer des permanences toutes les deux semaines, et des « cafés causés » pour y créer de la convivialité. « Ce que nous ont demandé les familles, c’est de faire vivre la mémoire de ceux qui ne sont plus pour penser à ceux qui viendront », résume le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan. à moins d’un mois du début du procès en appel des effondrements, le 2 novembre prochain, il attend de la justice « qu’elle condamne avec la fermeté la plus grande celles et ceux dont elle aura établi les responsabilités ». « Il y a des gens qui sont morts dans cette histoire, on ne peut pas faire comme si les responsabilités se diluaient », explose-t-il. « Nous gardons espoir, parce que c’est la dernière chose qui se perd. Nous espérons, à la fin, pouvoir être enfin en paix et avoir la satisfaction que la justice fasse son travail », partage pour sa part Liliana Lalonde.

    « Faisons
    de ces lieux une occasion de construire autrement. »

  • À Nîmes, les Fiertés virent au « vénère »

    À Nîmes, les Fiertés virent au « vénère »

    À Nîmes, les paillettes ne suffiront pas. Le 10 octobre, les Fiertés Vénères veulent remettre la lutte au centre de la marche. Présentée comme une « Pride radicale du Sud de la France », la mobilisation part d’un constat assumé par ses organisateurs : les marches des fiertés se sont progressivement vidées d’une partie de leur portée politique.

    Au départ, le constat est local. « On constate une totale dépolitisation de la Pride de Nîmes », explique Claude, membre du Collectif nîmois antifasciste et queer (Cnaq), pour qui la marche est devenue « un événement calendarisé, plutôt que vraiment un événement politique ». Derrière la manifestation, sept organisations mêlant luttes LGBTQIA+, antifascistes, syndicales et féministes veulent donc faire de Nîmes un point de rencontre régional, et replacer les revendications queers dans un front plus large contre les discriminations et l’extrême droite.

    Contre la fascisation,

    un front queer

    Le ton de l’appel, signé par 43 assos, ne s’embarrasse pas de prudence : « Nous voulons des Fiertés qui déchiquettent, des Fiertés shlags, irrécupérables et sales », lancent les organisateurs, qui dénoncent aussi l’« homonationalisme » : l’utilisation des droits LGBTQIA+ pour justifier, selon eux, des politiques nationalistes, racistes ou anti-migrants. Résumé en une formule : « Nos vies ne serviront de caution à personne. » Ils revendiquent également la solidarité avec la Palestine, la lutte contre les violences policières, la démédicalisation des transitions ou encore davantage de droits pour les familles queer.

    Cette radicalité veut surtout répondre à des urgences concrètes. Le Cnaq cite l’accès aux soins, la précarité, les difficultés dans le monde du travail et la persistance des violences verbales et physiques, comme l’agression d‘une femme trans en août à Montpellier. « On peut faire la fête, mais il faut qu’il y ait un fond politique », insiste Claude. La journée commencera à 13h place Jules-Guesde avec un village associatif. La manifestation partira à 16h, puis dès 19h, la soirée ContraQueer prendra le relais au Bar du Midi, avec cantine, drag, DJ set, tarot et jeux.