Category: social

  • Retraites : un bloc social qui refuse de plier

    Retraites : un bloc social qui refuse de plier

    La Sécurité sociale n’a pas seulement allongé la vie : elle l’a rendue vivable pour des générations de retraités. « Ce n’est pas une conquête arrachée un jour J, mais un système bâti par étapes et consacré après-guerre », rappelle Jean-Yves Barbier, ancien responsable du Snes-FSU à Montpellier. Des pensions de la fonction publique au régime général, de 1790 à 1945, s’est imposée l’idée simple : à cotisations définies, droits garantis. Une bascule culturelle autant que sociale.

    Huit décennies plus tard, les témoignages disent un autre basculement : inquiétude sur l’accès aux soins, franchises en hausse, statut des affections de longue durée remis en cause, et ces « années blanches » qui grignotent le pouvoir d’achat. « Cinq années de gel en dix ans, c’est presque 20% perdus au total », souffle Jean-Yves Barbier. Dans le même temps, les retraités tiennent la société : bénévolat massif, mairies, associations, coups de pouce financiers aux enfants et petits-enfants. Un rôle d’amortisseur social rarement chiffré, jamais secondaire.

    « Ne pas baisser la garde »

    Sur les retraites, deux lignes s’affrontent. D’un côté, la répartition et ses garanties collectives ; de l’autre, la capitalisation et la retraite par points, « où l’on sait ce que coûte le point, jamais ce qu’il vaudra ». L’exemple du régime additionnel de la fonction publique (RAFP) illustre les risques d’une logique financière exposée aux marchés. Pour Jean-Yves Barbier, l’offensive est globale : sous-indexation des pensions jusqu’en 2030, gel de barèmes, doublement des franchises, fragilisation des cures thermales et pression sur les ALD. À la clé, des renoncements aux soins – quand 700 000 retraités n’ont déjà pas de mutuelle. Face à cela, l’intersyndicale des retraités (CGT, FSU, Solidaires, CFE-CGC, CFTC, FGR-FP, Ensemble & Solidaires, LSR) organise une mobilisation jeudi 6 novembre : pour la dignité, la santé, l’idée même d’une retraite qui protège, et contre le projet de budget de la Sécurité sociale 2026, perçu comme une nouvelle offensive contre leurs droits. Les revendications sont claires : une revalorisation immédiate de 10% de toutes les pensions, des mesures pour les plus modestes, l’indexation des retraites sur les salaires, la défense du droit à la santé et à l’accès aux soins, le retour de la retraite à 60 ans pour tous avec départ anticipé en cas de pénibilité, et le maintien de l’abattement fiscal de 10%.

    Les manifestations du 6 novembre partiront dans le Gard à 10h sur la place des Arènes à Nîmes, à 10h30 devant
    la sous-préfecture d’Alès et à la poste
    de Bagnols-sur-Cèze. Dans l’Hérault,
    les rassemblements débuteront à 10h30 place de la Comédie à Montpellier et devant l’hôpital de Lunel, à 11h30
    devant la sous-préfecture Béziers.

  • À Vergèze, le silence gagne le site de la verrerie

    À Vergèze, le silence gagne le site de la verrerie

    L’amas de palettes et de pneus enflammés d’où se dégageait une épaisse fumée noire à l’entrée du site il y a encore quelques jours a laissé place à un tas de cendres. Quelques pneus entreposés contre la grille attendent pourtant encore d’être brûlés. Derrière, un bleu de travail floqué Owens-Illinois reste symboliquement cloué sur une grande croix. Dans l’enceinte de l’usine, quelques affiches et des banderoles à l’écriture ternie par les intempéries des derniers jours continuent de flotter sur les balustrades.

    Ces dernières traces témoignent d’une lutte déjà passée qui laisse un goût amer. D’un côté, le rapport de force engagé a permis à l’intersyndicale de négocier les meilleures conditions de départ des 164 salariés prochainement licenciés. De l’autre, l’unanimité est totale (sauf peut-être pour la direction d’O-I et l’État français) pour condamner la fermeture de ce fleuron industriel gardois aux conséquences sociales, économiques et environnementales désastreuses.

    Dépités, les salariés ont tenu le piquet de grève jusqu’à l’arrêt du four, la grande majorité n’ayant pas eu le courage d’assister à son perçage et au déversement des dernières tonnes de verre liquide. Une fois le refroidissement effectué, tous ont déserté le site, bien conscients que les chances de trouver un repreneur verrier étaient devenues quasiment nulles. « Il y a encore deux mois pour qu’un repreneur se manifeste. Notre dernier espoir c’est que le préfet accorde le label “eau minérale naturelle” à Perrier et que Nestlé reprenne alors la verrerie », explique Yohan Goupille. « Il y a peut-être 1 ou 2% de chances que ça arrive », ajoute, réaliste, le délégué CGT au courant que le voisin a déjà réalisé un appel d’offres pour deux nouveaux fournisseurs.

    Un site déserté

    Hormis des gardes privés devant le portail, une réceptionniste et une poignée de syndicalistes, le site est désert, comme si une catastrophe naturelle avait poussé à la hâte 164 salariés à quitter le site dans la précipitation. Là, une chaise traîne seule au milieu d’une cour. À l’intérieur, les affiches des syndicats continuent de décorer les murs. « Il y avait tout le temps du bruit », répète Yohan Goupille qui reçoit au même moment un mail avec le planning des prochaines semaines, où des astreintes sont prévues les nuits, les week-ends, et où des tours de garde sont organisés pour quelques salariés qui devront rester sur le site entre 8 et 16 heures. « Mais il n’y a rien à faire. Ils vont se regarder dans le blanc des yeux », fustige Yohan Goupille.

    Le local CGT est l’un des derniers espaces où trouver de la vie sur le site de la verrerie. Si le syndicat va tenir deux permanences par semaine pour accompagner les salariés après leur licenciement, il sert aussi à maintenir un dernier lien social. « Ce qui va le plus me manquer, ce sont mes collègues. On passait plus de temps ici ensemble qu’avec notre famille », lance Christophe Oberlin, chargé de contrôle des bouteilles. « Je suis fier d’avoir été verrier et d’avoir travaillé sur ce site qui a fait vivre des générations. C’est surtout triste pour les jeunes parce que nous, nous ne sommes pas les plus malheureux », précise l’ouvrier de 59 ans.

    Même constat du côté de Jean-Louis Mayor, 36 ans de boutique, qui n’aurait jamais imaginé que la fin de sa carrière professionnelle coïnciderait avec la fin de la verrerie : « Du jour au lendemain, on ne va plus se voir alors qu’on se voyait presque tous les jours. Je viens d’être opéré et je suis en arrêt mais j’avais besoin de revenir voir les collègues. C’est dur. Déjà quand ils ont fermé le deuxième four, ça faisait bizarre et ça me faisait mal à chaque fois que je passais devant. Alors là… »

    En revenant à la verrerie, les salariés en profitent pour faire leurs cartons. Un sac-poubelle à la main, Yohan Goupille vide son casier, récupère ses casquettes, chaussures et bouchons anti-bruit mais y laisse sa tenue O-I. S’il arbore toujours son traditionnel sourire, le délégué syndical est gagné par la mélancolie en traversant couloirs et pièces déserts : « Ici, c’est la cantine. J’y ai mangé pendant 31 ans. Sur ce banc, il y avait toujours quelqu’un qui fumait et des gens qui discutaient. Et mon casier ! On l’a reçu en 1973. C’est mon père qui l’avait et quand il est parti à la retraite je l’ai récupéré. Au final, il n’aura connu que mon père et moi. »

    Pour les salariés qui ont connu l’effervescence d’une usine fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, le plus dur à affronter sur le site, c’est bien ce silence assourdissant, symbole de la mort de leur outil de travail.

  • Mobilisation contre « la répression » dans le social

    Mobilisation contre « la répression » dans le social

    Ils étaient une quarantaine à s’être regroupés devant le siège de l’Association d’accueil des personnes handicapées de l’Hérault (APSH 34) basé à Malbosc. Ils reprochent à la direction un management « toxique » qui se traduit par la convocation de deux salariés pour une éventuelle sanction. « La direction reproche à ces deux salariés, lors d’un week-end, de ne pas avoir alerté leur cadre d’astreinte car les toilettes d’un logement étaient bouchées et d’avoir laissé le résident dans des conditions indignes. Sauf que les salariés ont trouvé une solution pour le week-end et le problème était résolu le lundi. Les raisons de ces convocations deviennent de plus en plus lunaires », explique José Théron, secrétaire général de la CGT Action sociale dans l’est de l’Hérault.

    Conséquence des coupes dans les budgets ?

    Si la CGT a tiré la sonnette d’alarme c’est que la situation à l’APSH34 n’est pas rare. « On constate une multiplication des mesures disciplinaires, des entretiens préalables à sanction et des licenciements pour inaptitude. Le management se durcit alors que nous sommes dans un secteur qui manque de personnel », confirme le syndicaliste. Pour illustrer son propos, José Théron s’appuie sur la situation d’une infirmière convoquée la semaine précédente par son employeur, le Pôle d’urgence sociale de l’Avitarelle, en vue d’un possible licenciement : « Elle a déjà eu 25 jours de mise à pied sans salaire. On ne connaît pas encore la sanction mais on se dirige vers un licenciement. Elle est accusée de harcèlement, de non-respect de la hiérarchie et du lien de subordination. C’est délirant ! D’autant qu’elle est soutenue par l’équipe avec laquelle elle travaille. »

    Depuis plusieurs mois, les syndicats de l’action sociale de l’Hérault multiplient les manifestations pour dénoncer les coupes budgétaires dans ce secteur et montrer leurs conséquences sur les usagers mais aussi sur les structures et les employés. « Il y a des baisses de budget au niveau de l’ARS ou du Département. Ce sont donc des économies faites sur le dos de personnes accueillies. Comme la masse salariale représente 80 à 85% des dépenses des structures, on comprend pourquoi elles essaient de se séparer d’une partie de leur personnel », précise José Théron.

  • [Entretien] Laure Privat (CGT) : « Un État providence qui finance les hôpitaux »

    [Entretien] Laure Privat (CGT) : « Un État providence qui finance les hôpitaux »

    La Marseillaise : Le rapport pointe la vétusté des bâtiments de l’hôpital. Quel est le quotidien des personnels qui y travaillent ?

    Laure Privat : Ça fait des dizaines d’années qu’on alerte la direction sur l’état immobilier de l’hôpital. Elle n’a jamais pris ses responsabilités pour faire les travaux en temps et en heure. Ils ont laissé l’établissement à la dérive. Ce sont des murs qui tombent, des locaux qui sentent mauvais, des inondations et des infiltrations dans les Rayettes, à chaque fois qu’il pleut. Les agents, au lieu de s’occuper des patients, épongent. Régulièrement, les ascenseurs à brancards ne fonctionnent pas. L’été, quand il y a la canicule, il n’y pas d’air conditionné. Il n’y a même pas de rideau aux fenêtres, dans les chambres, il fait 38 degrés. Non seulement ça joue sur nos conditions de travail, mais en plus, ça pénalise les patients. On a énormément d’arrêts maladie qu’on peine à remplacer.

    La direction prévoit un plan d’efficience de 14 millions d’euros. Que pensez-vous de cette politique ?

    L.P. : Ça fait des années qu’ils font des restrictions. Lors du conseil de surveillance, le directeur a annoncé qu’il nous enlèverait des acquis pour faire des économies. Ils veulent nous enlever le peu qu’on a, comme les jours de congés au titre des médailles du travail et du départ en retraite, par exemple. Ce sont des miettes, ça ne suffira pas à combler le déficit. Ce qu’il faut, c’est que l’État mette la main à la pâte.

    Quelles sont les revendications
    de la CGT
     ?

    L.P. : On demande 170 millions d’euros et 90 emplois statutaires à temps plein, et ça, c’est seulement pour pallier les manques actuels, pour avoir un hôpital en état de fonctionner. On a réalisé un audit avant d’avoir connaissance de l’agrandissement de la zone industrialo-portuaire de Fos, qui va amener de nouveaux habitants. Il faut qu’on revienne à un État providence qui finance les hôpitaux plutôt que les entreprises ou l’armée. Nos impôts doivent servir à notre santé.

  • Grève aux Baumettes pour les congés

    Grève aux Baumettes pour les congés

    Les agents hospitaliers des Baumettes ne lâchent rien. En grève, ce jeudi 30 octobre, ces derniers se battent toujours pour le maintien de congés spécifiques, les fameux « C16 », que la direction de l’AP-HM entend supprimer, et à l’origine de plusieurs mouvements sociaux depuis cet été.

    « Ce sont des acquis qu’on a depuis 1994. Ce sont des jours essentiels par rapport aux conditions du milieu dans lequel on exerce. Ça nous permet de souffler, c’est une juste reconnaissance de ce que l’on fait », explique Marie*, soignante « récemment recrutée » sur l’établissement pénitentiaire. « On m’a proposé le poste en mettant en avant ces jours de congé. Et maintenant, on nous dit qu’on nous les enlève ? C’est incompréhensible », développe-t-elle.

    Son incompréhension est partagée par plus d’une vingtaine d’agents qui se sont réuni devant la porte Martini de la prison, en début de matinée, avant qu’ils ne reçoivent des assignations pour reprendre le service. Martin, un autre soignant, abonde : « Quand on travaille, c’est sans contact extérieur, on est enfermé en milieu carcéral, avec des contraintes logistiques. Nous ne sommes pas un service lambda, nous avons des formations spécifiques pour la gestion de la violence, sur le milieu carcéral. » Le raisonnement des grévistes est simple : à travail spécifique, congés spécifiques. « Ils matérialisent la reconnaissance de notre travail », martèlent les grévistes, soulignant la « dangerosité » de prodiguer des soins dans ce milieu.

    D’autant que ces jours de congés spécifiques datent du changement de tutelle des soignants en milieu carcéral, passant du ministère de la Justice à celui de la Santé et transférant la prise en charge sanitaire des détenus au service public hospitalier plutôt qu’à l’administration pénitentiaire, en 1994. Plus qu’un symbole : le détenu est depuis considéré et soigné comme un patient classique. Reste que l’AP-HM ne compte visiblement pas revenir sur leur suppression à venir. Elle explique qu’ils « constituent une exception marseillaise (…) et qu’ils sont dépourvus de toute base légale ». Et que les C16 « ne trouvent aucun équivalent dans les autres services sanitaires en milieu pénitentiaire gérées par l’AP-HM ».

    La CGT demande des repos compensateurs

    D’où la volonté affichée de tendre vers « l’application du droit commun » et de « rétablir l’équité entre les professionnels » en vue de l’ouverture prochaine des Baumettes 3, nouveau bâtiment de la prison. Ouverture pour laquelle est prévue « le renforcement de l’offre de soins », ainsi que le recrutement d’une trentaine d’agents supplémentaires pour le site.

    Des arguments jugés irrecevables par les grévistes. « On est sur des décisions prises sans concertation, les nouvelles recrues n’ont déjà plus les C16 », dénonce Nour-Eddine Djazoul, secrétaire général de la CGT Hôpitaux Sud. Mais le syndicat a un autre angle d’attaque. « Nous avons eu une réunion avec la direction, jeudi dernier. On nous a expliqué que le temps de trajet de notre entrée dans l’établissement jusqu’aux unités sanitaires ne comptait pas comme du temps de travail », explique Nour-Eddine Djazoul, secrétaire général de la CGT Hôpitaux sud. Pour contrecarrer l’argument de l’illégalité des C16, la CGT « demande de récupérer ce temps non décompté via des repos compensateurs ».

    Ce temps de trajet est évalué à 35 minutes par jour, de quoi remplacer la perte des congés spécifiques, selon les calculs de l’organisation syndicale. « Comme les C16 sont jugés non règlementaire, on demande une compensation de ces temps de trajets non comptés via des RTT », développe Nour-Eddine Djazoul. Mais, pour l’heure, il évoque surtout une « absence de négociation » et prépare la suite du bras de fer. L’AP-HM informe de son côté que la suppression des C16 est « bien entérinée ».

    *Les prénoms ont été changés

  • La CGT veut nationaliser pour l’avenir

    La CGT veut nationaliser pour l’avenir

    La pression monte sur le dossier ArcelorMittal. Une proposition de loi portée par le PCF est examiné, ce jeudi 30 octobre à l’Assemblée nationale, un autre sera présenté le 27 novembre par la France insoumise, sans compter le projet de mise sous tutelle du site de Dunkerque émanant du PS… Si la gauche saisit à bras le corps la question d’une nationalisation des actifs stratégiques du sidérurgiste, le débat ne se limite pas à la sphère politique. La CGT est en train de « monter un projet et de mener des études », affirme Stéphane Martins de Araujo, secrétaire général du site de Fos-sur-Mer.

    « On porte la revendication de nationaliser les usines du territoire parce qu’il n’y a pas d’investissements à la hauteur des enjeux pour pérenniser les outils, les installations et assurer la santé et la sécurité des salariés au travail depuis des dizaines d’années », explique-t-il, faisant part d’une inquiétude particulière pour l’enjeu de décarbonation, condition indispensable pour se maintenir en Europe après 2030.

    À Dunkerque, le groupe a suspendu un projet d’investissement massif d’1,7 milliard d’euros, dont près de 850 millions d’aide promise par l’État, qui consistait à construire une unité de réduction directe de fer et deux fours électriques, justifiant cette décision par la non-compétitivité de l’acier produit en Europe. Finalement, ArcelorMittal a annoncé qu’il « avait l’intention » d’investir 1,2 milliard d’euros, à condition de la mise en place de mécanismes de protection de l’acier européen.

    Nécessaire décarbonation

    À Fos-sur-Mer, outre l’inauguration du four poche en septembre 2024 à l’occasion des cinquante ans du sidérurgiste, la CGT déplore « aucun projet de décarbonation ». La direction, elle, dit « travailler à un projet de four à arc électrique », mais des études complémentaires seront nécessaires avant d’arriver à une décision finale d’investissement. « La nationalisation permettrait d’engager les financements nécessaires, affirme le secrétaire général CGT du site. Selon les études de nos experts, si on décarbone et qu’on nationalise les actifs de l’entièreté des sites, il y en a pour 4,6 milliards d’euros. Si on ne le fait pas, en cas de désengagement d’ArcelorMittal, ça coûtera 7,7 milliards d’euros par an aux contribuables et à l’État, car il faut bien comprendre qu’on ne pourra pas continuer avec des hauts-fourneaux traditionnels vu les objectifs de réduction des gaz à effet de serre de l’UE. Donc les instances vont être plus coercitives pour forcer les entreprises à réduire leur empreinte carbone en 2030 puis à atteindre la neutralité 2050. »

    Réduction de 10% des effectifs à Fos-sur-Mer

    Reprendre le contrôle public de ces unités permettrait également de sauvegarder l’emploi dans les usines, mises à mal ces derniers mois. Le site dunkerquois est sous le coup d’une restructuration dans le cadre d’un vaste plan de suppression de plus de 600 postes au niveau national. À Fos, en septembre 2024, la direction avait annoncé réduire ses effectifs de 10%, après avoir pérennisé le fonctionnement à un seul haut-fourneau en juillet, « ce qui correspond à une baisse d’activité du site d’environ 40% », précise-t-elle.

    Le 8 octobre, un incendie a contraint le site à arrêter le haut-fourneau et l’aciérie et à prolonger l’arrêt programmé de la chaîne d’agglomération. Les équipes ont été réorganisées. « On est passé de 2 jours de chômage partiel à 9 ou 10 par mois selon les salariés postés ou les journaliers », détaille Stéphane Martins de Araujo. La direction du site envisage le redémarrage de l’aciérie début décembre, dans un mode temporaire. Malgré ce calendrier, « les travailleurs sont dans un état de stress », assure le secrétaire général CGT.

    Pour sauver ArcelorMittal, la CGT et la gauche poussent pour une nationalisation. Ainsi, les sénateurs communistes présentent ce jeudi lors de leur niche parlementaire, une proposition de loi visant à la « nationalisation des actifs stratégiques d’ArcelorMittal situés sur le territoire national » (lire ci contre), cosignée par les socialistes et les écologistes. Si l’idée fait son chemin, le gouvernement s’y refuse. Lors d’un débat télévisé le 13 mai, interrogé par Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, le président Emmanuel Macron avait balayé cette revendication d’un revers de main : « Je ne vais pas nationaliser ArcelorMittal, parce que ce serait dépenser des milliards d’euros. » Pourtant, le groupe, qui se goinfre d’argent public, a dégagé un bénéfice net de 805 millions de dollars au premier trimestre 2025, tout en prévoyant plus de 600 suppressions d’emplois sur sept sites français.

    REPÈRES

    600

    C’est le nombre d’emplois que la direction d’ArcelorMittal a annoncé, en avril dernier, vouloir supprimer sur sept sites français : Dunkerque et Mardyck (Nord), Florange (Moselle), Basse-Indre (Loire-Atlantique), Mouzon (Ardennes), Desvres (Pas-de-Calais) et Montataire (Oise). Parmi lesquels 200 seront délocalisés.

    Les syndicats appelés à se prononcer le 7 novembreLes syndicats du groupe sont appelés à se prononcer sur le projet d’accord de plan social, le 7 novembre prochain, selon les informations de l’AFP. Pour être conclu, le texte devra être signé par des syndicats représentants au moins 50% du personnel. Avant ça, une dernière réunion de négociation est fixée le 4 novembre. La CGT ArcelorMittal, qui n’a pas l’intention de signer le document, pousse pour la nationalisation et soutient la proposition des sénateurs communistes soumise au vote ce jeudi dans le cadre de leur niche parlementaire.

    298

    millions d’euros. C’est le montant des aides publiques dont a bénéficié le groupe sur la seule année 2023, dont 195 millions à titre de taux réduits sur les factures d’énergie. Cette somme a été révélée par l’entreprise elle-même lors de l’audition de son président Alain Le Grix de la Salle par la commission d’enquête sénatoriale.

    Le plan protectionniste de l’UE pour « sauver » le secteur

    Le 7 octobre, la Commission européenne a présenté une batterie de mesures pour sauver le secteur de l’acier sur le continent qui compte plus de 2,5 millions d’emplois directs et indirects, en particulier en Allemagne, en Italie et en France. Sur l’année 2024 seulement, quelques 18 000 emplois directs ont été supprimés, une véritable saignée. Ainsi Bruxelles entend, entre autres, faire passer les droits de douane de 25% à 50% et diminuer de moitié les quotas d’acier étranger pouvant être importé sans surtaxe dans l’Union européenne.

  • Denis Cauchy est le nouveau secrétaire général de la CGT Pôle Centre

    Denis Cauchy est le nouveau secrétaire général de la CGT Pôle Centre

    Denis Cauchy est le nouveau secrétaire général de l’Union locale CGT Pôle Centre, qui regroupe les secteurs du Pontet, de Sorgues et de Carpentras, pour un mandat de trois ans. Il succède à Sylvain Espenon, qui a désormais plus de responsabilités à l’Union départementale, où il est secrétaire à la politique financière.

    « On veut s’inscrire dans la continuité », confie ainsi, tout d’abord, le nouveau secrétaire général. Et ce, en s’inscrivant « dans les luttes nationales avec tout ce que nous traversons politiquement, en animant le débat », pousse-t-il, en écho aux élections municipales à venir, mais aussi aux enjeux internationaux.

    Le territoire couvert par le Pôle Centre est particulièrement pourvu en entreprises, avec des zones industrielles où se trouvent de grandes entreprises comme Eurenco, par exemple. Mais aussi « de nombreux commerces dont on veut se rapprocher. Notre feuille de route est d’élargir nos bases et de s’implanter là où on ne l’est pas », confie Denis Cauchy. Et ce, car il y a pour lui un « gros, gros besoin pour la classe ouvrière de se retrouver ».

    Ancrage local

    Autre enjeu pour la section, qui résulte notamment de la fusion entre celles de Carpentras et de Sorgues/Le Pontet il y a trois ans pour « mutualiser les forces », est d’agir sur les enjeux locaux. Listant, entre autres, les déserts médicaux, l’offre de transport en commun ou encore le fret. « On va s’y pencher avec la commission exécutive. Si on peut, à notre modeste place, participer au débat, on est dans le bon esprit », conclut-il.

  • À Toulon, le tractage syndical autorisé sur la plateforme courrier

    À Toulon, le tractage syndical autorisé sur la plateforme courrier

    La Cour administrative d’appel de Marseille a partiellement donné raison à Olivier Rosay, le secrétaire départemental SUD PTT 83, dans un contentieux qui l’oppose à la direction de La Poste. L’affaire remonte à janvier 2022, lorsque le directeur de la Plateforme industrielle courrier (PIC) de Toulon l’a mis en demeure de cesser la distribution de tracts syndicaux aux agents en poste de travail. Selon lui, cette activité syndicale ne pouvait se faire qu’aux tourniquets d’entrée et de sortie de la plateforme à la sortie du service… Le syndicaliste avait alors reçu en mars un avertissement pour avoir poursuivi sa distribution dans le hall de production.

    En appel, après un premier rejet par le tribunal administratif de Toulon en mai 2024, Olivier Rosay contestait à la fois la mise en demeure et la sanction. Il dénonçait une atteinte à la liberté syndicale, une mesure disproportionnée et une discrimination à son encontre.

    « On est plutôt satisfait puisque le jugement de première instance interdisait totalement les distributions de tracts dans l’enceinte, et que cet arrêté dit qu’on ne peut pas fixer un lieu unique », explique le délégué syndical. « Il nous convient moins dans la mesure où l’on pense qu’il n’y a aucun risque à distribuer dans la salle des machines de tri. On peut penser que le grief du risque a été mal examiné et qu’un magistrat de l’extérieur, aura du mal à préjuger de la perturbation. »

    Dans son arrêt du 20 octobre, la Cour administrative d’appel de Marseille reconnaît que la distribution de tracts dans le hall de production, où circulent engins et machines, peut justifier une restriction pour des raisons de sécurité mais elle estime que l’interdiction généralisée à toute la plateforme, y compris en dehors du hall donc, portait « une atteinte excessive à la liberté syndicale ».

    La cour en revanche a jugé fondé l’avertissement infligé à Olivier Rosay, la poursuite de la distribution de tracts constituant une faute disciplinaire selon le tribunal. Le syndicat ne poursuivra pas la procédure devant le Conseil d’État.

  • Alerte des auto-écoles sur la pénurie d’inspecteurs

    Alerte des auto-écoles sur la pénurie d’inspecteurs

    Le délai d’attente est de 85 jours en moyenne pour les candidats à l’examen. La pénurie a atteint un niveau record, estiment les organisations professionnelles représentatives des écoles de conduite. Mobilisée au national depuis septembre, l’intersyndicale demande le recrutement de 150 inspecteurs et 20 délégués au permis de conduire supplémentaires.

    Après Paris, Lyon et Evreux, et avant Bordeaux le 3 novembre prochain, les différents acteurs de la formation à la conduite (Mobilians, Unidec et Unic, le syndicat majoritaire des inspecteurs et délégués du permis de conduire, Snica-FO, les réseaux ANPER, CER et ECF et les principaux éditeurs pédagogiques, Codes Rousseau et ENPC-Ediser) organisent une nouvelle opération escargot ce 27 octobre dans les Bouches-du-Rhône pour alerter le gouvernement. Le cortège partira du boulevard de l’Europe à Vitrolles pour emprunter l’A7, bifurquer sur l’A55 et prendre la direction du tunnel du Vieux-Port afin de rejoindre la Corniche Kennedy, pour finir sur la place Castellane via le Prado à Marseille.

    « Nous avons demandé à être reçus en préfecture de région », explique Patrick Mirouse, président du Groupe ECF, dont le siège est à Marseille, qui considère cette mobilisation comme « historique ». La longueur des délais d’attente « pénalise énormément de monde, particulièrement en zone rurale. Aujourd’hui, l’âge moyen d’obtention du permis est de 24 ans et un jeune sur deux refuse un emploi faute de permis », précise-t-il.

    Apprentissage dès 14 ans

    L’intersyndicale, porte des solutions, en plus du recrutement d’inspecteurs, pour résorber les délais d’attente. Notamment, « une formation minimale de 28 heures de conduite, équivalent à la généralisation de la filière d’apprentissage en conduite accompagnée, garante d’un apprentissage solide et d’une meilleure préparation à l’examen ». En complément des revendications portées par l’intersyndicale, le président du Groupe ECF avance plusieurs propositions. A commencer par « généraliser la conduite accompagnée, la rendre obligatoire, serait un bon départ. Car ce qui fait un bon conducteur, c’est sa formation ». La conduite accompagnée serait la filière la plus performante avec 75% de réussite dès la première présentation, contre 57% en filière classique. « avec 28h de cours contre 35 en moyenne, elle est plus sûre, plus économique et plus efficace. C’est la clé de la résolution de la crise actuelle tout en améliorant la sécurité routière », assure Patrick Mirouse.

    Fort de ses 50 ans d’expérience, le Groupe ECF propose même d’ouvrir la conduite accompagnée dès 14 ans. « Plus un jeune apprend tôt, plus il développe des automatismes solides et une expérience diversifiée qui sécurisent son futur comportement au volant », argumente-t-il. Enfin, pour augmenter le taux de réussite aux examens, ECF propose également d’instaurer un test de fin de formation afin de réserver les places aux candidats qui sont prêts.

    Une visite médicale tous les 15 ans

    Une mesure « discriminatoire, coûteuse et inutile pour la majorité des automobilistes », juge l’association 40 millions d’automobilistes. Elle s’oppose à la révision des règles encadrant le permis de conduire que les eurodéputés ont adopté le 21 octobre. Cette dernière prévoit une validité limitée à 15 ans et ouvre la porte à la mise en place d’une visite médicale obligatoire pour tous les conducteurs. L’association rappelle que « les situations médicales nécessitant un contrôle sont déjà encadrées » et que « le permis est un diplôme, un droit qui ne peut être remis en question ». Elle lance une consultation nationale « Vieillir et Conduire », accessible sur www.vieilliretconduire.fr. M.G.

  • Accord trouvé entre la direction et les salariés de la verrerie de Vergèze

    Accord trouvé entre la direction et les salariés de la verrerie de Vergèze

    « Cest un compromis qui n’est pas trop mal », lance Yohan Goupille, le délégué syndical CGT qui a mené les discussions avec la direction d’Owens Illinois aux côtés de FO et la CFE-CGC. Les dernières discussions avec la multinationale américaine se sont donc déroulées à Lyon les 20 et 21 octobre derniers et ont permis aux syndicats d’arracher encore quelques avancées.

    « Au niveau des indemnités supra-légales, nous avons obtenu 25 000 euros nets d’impôt pour ceux qui ont moins de 20 ans de boîte et 20 000 euros pour ceux qui ont plus de 20 ans d’ancienneté », détaille le syndicaliste. « Il y a une différence pour tenter de rétablir un peu d’équité par rapport à l’indemnité de licenciement qui est basée sur l’ancienneté. Ensuite sur le congé de reclassement, il y en a plusieurs à Vergèze. Pour les moins de 50 ans, ce sera 16 mois pour les salariés sans formation de reconversion et 18 mois pour ceux qui suivent une formation. Pour les plus de 50 ans, ce sera 22 mois et 24 mois. On a essayé d’avoir 24 mois pour tout le monde mais on n’a pas réussi. Nous avons aussi obtenu des reclassements rapides pour que les jeunes puissent retrouver du boulot plus rapidement et puissent sortir avec une prime en plus ».

    Jeudi 23 octobre, les organisations syndicales ont tout de même rendu un avis défavorable à ce PSE pour continuer à marquer leur opposition à la fermeture du site. Mais tous étaient plutôt satisfaits des concessions arrachées par les syndicats. Désormais, les salariés vont devoir s’organiser au jour le jour puisqu’aucun calendrier précis n’est établi. Ils savent uniquement que le PSE prendra fin le 31 octobre. Ils recevront ensuite une lettre de licenciement, qui ne sera pas effectif avant les premiers jours de janvier 2026. D’ici là, un repreneur a encore deux mois pour manifester son intention de relancer l’activité sur le site de la verrerie. Durant cette période, la Dreets (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) doit valider ou non le plan social et les licenciements pour raison économique. Même si le site gagnait de l’argent l’an dernier, les syndicats n’imaginent pas l’instance s’opposer à cette fermeture. « Vu notre gouvernement et ses orientations, la Dreets va le valider. Depuis le début de l’année, aucun plan de licenciements n’a été retoqué par les Dreets. Parfois ils reviennent sur quelques petits points mais jamais sur le plan en lui-même  », fustige Yohan Goupille.

    Entre désarroi et colère

    Depuis le perçage du four à la mi-octobre, lançant de fait la fin de la fabrication de bouteilles à Vergèze, les salariés sont partagés entre tristesse et colère. Et depuis l’arrêt définitif du four, puisque les dernières gouttes de verre ont été vitrifiées et le four a été complètement refroidi, ils ne sont plus très nombreux à revenir sur le site. « De jour en jour, il y a moins de monde. Ceux qui ont la formation d’équipier de seconde intervention sont restés parce qu’ils ont été formés à la sécurité incendie. Ils sont 5-6 par équipe à tourner. La direction a établi un ordre de présence jusqu’au lundi 27 octobre », précise Bruno Santiago, également responsable syndical CGT. « Même nous, les élus, nous allons tourner. Nous sommes 12 élus à la CGT, nous allons faire deux groupes de 6 pour rester sur le site. Mais on ne va pas être là toute la journée alors qu’il n’y a rien à faire  », ajoute Yohan Goupille.

    Plus les jours avancent, plus le site se met en veille. Les installations électriques sont arrêtées les unes après les autres, les compresseurs ont été stoppés, l’unité de production d’oxygène aussi, et toutes les machines de contrôle ont été éteintes. Condamnés à passer encore quelques heures au milieu de ce site, considéré il y a encore quelques semaines comme un fleuron de l’industrie gardoise, les salariés sont gagnés par la mélancolie et la résignation. « Il n’y a plus un bruit dans l’usine et ça devient très stressant. Les gens sont assis sur une chaise ou marchent pour se dégourdir les jambes mais ils ne font rien. La direction fait donc venir du personnel alors que ce n’est pas nécessaire. Les salariés sont là pour la sécurité au cas où il y aurait un feu mais je ne vois pas d’où pourrait venir le feu puisque le four est arrêté », regrette Bruno Santiago qui doit rencontrer la direction prochainement pour la convaincre de mettre les salariés en indisponibilité totale jusqu’à leur licenciement.