Category: politique

  • Vincent Bouget, l’épopée d’une victoire populaire

    Vincent Bouget, l’épopée d’une victoire populaire

    Au Prolé, dans la soirée du dimanche 22 mars, la pluie n’a pas éteint la braise. Elle l’a attisée. Dans la cour et sous les néons, on lisait sur les visages la même fatigue joyeuse : celle des campagnes qu’on mène au corps à corps, à force de tracts, de portes frappées, de réunions qui finissent tard, de doutes avalés sans jamais baisser les yeux. Et puis, d’un coup, l’annonce : Vincent Bouget est élu maire de Nîmes avec 40,97% des voix, devant Julien Sanchez (RN) à 37,52% et Franck Proust (LR-Horizons) à 21,51%. La ville venait de basculer. La droite clanique, au pouvoir depuis vingt-cinq ans, venait de tomber. L’extrême droite du RN, qui rêvait de s’offrir la « Rome française » comme un trophée, venait d’être repoussée.

    Dans ce bar-phare de la gauche nîmoise, institution plus que QG, on ne célébrait pas seulement un score. On célébrait une revanche sociale, une dignité retrouvée, une mémoire transmise. Les bras se lèvent, les mains tremblent, les larmes montent sans prévenir. On s’étreint comme après une délivrance. Vincent Bouget apparaît, happé par les accolades, le regard humide. Il serre sa famille, embrasse sa mère, cherche sa fille en visio, et déjà la foule scande son prénom comme on scande une promesse : celle que la ville cesse d’être un décor pour les puissants, et redevienne un foyer pour celles et ceux qui la font vivre.

    Une victoire, une méthode : écouter puis construire

    Ce soir-là, l’émotion avait la densité d’une histoire longue. Car ce n’est pas une victoire « tombée du ciel ». C’est une victoire labourée. Deux ans de construction, de discussions, de désaccords surmontés. Deux ans à aller dans les quartiers populaires comme dans les rues du centre, à écouter la colère, les peurs, la lassitude. Deux ans à construire un programme avec les habitants au travers d’un questionnaire rempli à 3 000 reprises, à multiplier les réunions, à sonder, à recueillir, à recommencer. Cette liste qui porte le nom de sa méthode, « Nîmes en commun », n’a rien d’un slogan : c’est un fil tendu entre la politique et le quotidien, entre la mairie et la ville réelle.

    À peine le résultat digéré, une idée s’impose : aller à la mairie. Comme une évidence. Comme un rite. Le cortège s’organise, grossit à vue d’œil, envahit les ruelles. Et la marche devient un récit en mouvement : on reconnaît des visages croisés pendant deux ans, des militants de l’ombre, des habitants des quartiers populaires, des jeunes qui votent pour la première fois, des anciens qui n’y croyaient plus. Bouget avance lentement, arrêté tous les deux mètres par une main posée sur son épaule, une embrassade, un « merci », un « on l’a fait », des milliers de « on a gagné. »

    La droite fracturée,

    la gauche rassemblée

    Dans cette procession, il y a une chose qu’aucun bulletin ne mesure : le lien. Celui de l’implantation. Celui d’un travail patient, à rebours des campagnes hors-sol. Face à un candidat RN, Julien Sanchez, parachuté en janvier par le parti, quasi absent du terrain, préférant vanter les méthodes brutales et unilatérales de Donald Trump en conférence, porté par une stratégie nationale et un programme lacunaire, la gauche nîmoise opposait une force simple : connaître la ville, ses fractures, ses noms, ses douleurs, ses solidarités.

    En face, la droite nîmoise aura offert le spectacle d’une succession ratée, d’une guerre de chefs entre Franck Proust et Julien Plantier, héritiers proclamés de Jean-Paul Fournier, frères ennemis pendant des mois, avant une fusion forcée au soir de leur débâcle du premier tour. Une addition de logos, tardive, sans souffle, sans vérité. Nîmes a sanctionné ce manège. Et la leçon est brutale : on ne gouverne pas une ville comme un patrimoine à transmettre, ni comme une vitrine à vendre.

    Car l’autre leçon, plus grande encore, vient de la gauche. À Nîmes, l’union n’a pas été un mot d’ordre plaqué : elle a été un travail. Une preuve. Une discipline. Ici, communistes, socialistes, écologistes, militants de Génération.s, de Place publique, de L’Après, et une large part de la société civile ont choisi de se compter ensemble plutôt que séparément. Non pas au dernier moment, dans l’urgence d’un second tour, mais dans la durée, à force de rencontres, de débats, de concessions, de respect des désaccords. Et quand certains, au niveau national, s’épuisent à la division, Nîmes rappelle que l’unité n’est pas une posture : c’est une stratégie pour gagner, mais surtout une condition pour gouverner.

    Quartiers populaires :

    le sursaut qui change tout

    Entre les deux tours, quelque chose s’est levé. Dans les quartiers populaires, là où l’abstention est souvent le premier parti, on a vu un sursaut : une mobilisation décisive, avec une hausse moyenne de participation de 11% pouvant monter jusqu’à 17%. Pas un miracle : des discussions partout, des voisins qui se convainquent, des familles qui se parlent, des jeunes motivés à voter parce que l’enjeu dépassait les querelles politiciennes. Et dans les urnes, la vague est nette : Bouget fait carton plein à Valdegour (jusqu’à 76%, école Gustave-Courbet), au Chemin-Bas d’Avignon (79%, Jean-Zay), au Mas de Mingue (74%, Jean-d’Ormesson) et à Pissevin (84%, Henri-Wallon/Paul-Langevin). À l’inverse, Julien Sanchez s’effondre dans ces secteurs (de 6 à 15%), quand il est surtout en tête dans des quartiers plus « ville active » et pavillonnaires (René-Char, Mas de Ville, Vacquerolles). La droite, elle, ne conserve qu’un îlot : Castanet, où Franck Proust arrive en tête avec 36% (Combe des Oiseaux).

    Bouget le dit avec gravité : « Il y a eu un sursaut citoyen. Dans les quartiers populaires comme partout dans la ville. » Et il ajoute : « Je veux saluer celles et ceux qui l’ont fait pour faire barrage. Cela nous oblige. » Oui : cette victoire oblige. Elle oblige à réparer, à rassembler, à tenir la promesse d’une mairie qui regarde enfin vers Pissevin, Valdegour, le Chemin-Bas, Richelieu, La Gazelle, et pas seulement vers les cartes postales.

    Du balcon, une nouvelle ère

    Arrivé à l’Hôtel de Ville, Bouget prend la parole au balcon devant près de 2 500 Nîmois. Derrière lui, des figures de la gauche locale, mais aussi des visages qui disent la portée de l’instant. On voit Alain Clary, dernier maire communiste de Nîmes de 1995 à 2001, ému aux larmes comme un témoin qui voit l’histoire reprendre son cours. À ses côtés, Françoise Laurent-Perrigot, présidente (PS) du Département et Carole Delga, présidente (PS) de Région, venues saluer une victoire qui dépasse les frontières de la cité romaine. Clary parle d’« une nouvelle génération, une nouvelle façon de faire de la politique, un nouvel espoir ». Et la ville comprend que ce soir ne referme pas une parenthèse : il ouvre un chapitre.

    Bouget, lui, refuse l’ivresse personnelle. « Je ne suis pas dans une logique personnelle. Nous sommes au début de l’histoire. Dès demain, nous allons nous mettre au travail », promet-il. Puis il dédie : à sa famille, à sa grand-mère résistante récemment disparue, à celles et ceux qui ont porté la flamme quand la ville semblait promise à la résignation.

    Ce dimanche de mars, Nîmes a vécu plus qu’une alternance. Elle a vécu un moment de vérité : celui d’une ville qui choisit l’ancrage contre le parachutage, la solidarité contre la peur, l’union contre les egos. Dans vingt ans, on lira peut-être ce soir comme une date. Les Nîmois l’ont vu comme une scène : du Prolé au balcon, la ville marchait. Et elle se retrouvait.

    « Voir qu’il y a une nouvelle génération, une nouvelle façon de faire de la politique, un nouvel espoir, c’est formidable »

  • Les secteurs de Marseille en un coup d’œil

    Les secteurs de Marseille en un coup d’œil

    Celle de l’ère Gaudin ouverte en 1995 et que l’on pensait achevée il y a six ans. Car si le Printemps marseillais a bien remporté les élections municipales de 2020, cette victoire lui fut contestée durant tout un mandat par ses héritiers aux manettes à la Métropole. Les Marseillais, eux se sont retrouvés comme pris en étau entre cette municipalité de gauche symbole de leur aspiration au changement et l’exécutif politisé d’un établissement public de coopération intercommunale, détourné de sa fonction première. Ils ne l’ont pas digéré. Le résultat de dimanche est sans appel.

    Mairie 1er secteur

    Avec 14 129 voix et 47,44% des suffrages, Sophie Camard, la maire sortante (GRS) des 1er et 7e arrondissements est réélue haut la main. C’est 11 points de moins qu’en 2020 lorsqu’elle s’était imposée dans une triangulaire mais le contexte était différent : la liste insoumise de Sébastien Barles (Vaï) qui était en lice avec elle dans ce second tour a récolté 18,02% des suffrages. Plus significative en revanche sa progression de 2 800 voix d’un dimanche à l’autre. Si l’écologiste dissident stagne, la représentante du Printemps marseillais en gagne deux fois plus que Clémence Parodi, la candidate de l’extrême droite (RN) qui progresse de 1 400 voix. Romain Simmarano (Ren.), le candidat de la droite, pourtant servi par une omniprésence médiatique, est le seul à régresser. Il perd en route plus d’un tiers de ses électeurs du 1er tour.

    Mairie du 2e secteur

    Dans ce fief de la gauche, terre d’élection de Benoît Payan en 2020 et de parachutage réussi pour les députés LFI Jean-Luc Mélenchon (2017) et Manuel Bompard (2022 et 2024) alors élus sous l’étiquette du NFP, Anthony Krehmeier (PS) n’a pas vraiment tremblé. Arrivé en tête au 1er tour (5 852 voix), il est élu au second (49,76%) avec 2 000 voix supplémentaires. C’est trois points de plus que le score réalisé par le Printemps marseillais en quadrangulaire il y a six ans avec, là aussi, un candidat insoumis face à lui : Alladine Abdallah Salim (LFI) arrive en seconde position de la triangulaire (29,30%) de dimanche. En une semaine, l’insoumis progresse de 700 voix, comme Marie Bermejo (RN), la candidate de l’extrême droite créditée de 20,30%. Dans ce secteur populaire de l’hypercentre marseillais, l’abstention (66,5%) est restée au-dessus de la moyenne de la ville.

    Mairie du 3e secteur

    Le maire écologiste (EELV), Didier Jau, domine largement (44,48%) la quadrangulaire qui se jouait au second tour, dimanche, dans les 4e et 5e arrondissements. Un score en baisse de 12 points par rapport au résultat obtenu par Michèle Rubirola, alors tête de liste du Printemps marseillais sur la ville. Mais là encore, le contexte est différent. L’élue écologiste s’était imposée en triangulaire et Didier Jau avait sur sa route l’insoumise, Léa Bijaoui, (20,05%) qui progresse de 1 500 voix entre les deux tours. Avec 16 245 voix, Didier Jau augmente lui de plus de 2 600 suffrages et devance le candidat du RN Thomas Battesti (23,96%) en progression de 1 700 voix. Signe de la bascule à gauche de ce secteur, Bruno Gilles (Hor.), l’ancien député – maire du secteur, poursuit son reflux (11,49%). Il est le seul des quatre finalistes à perdre des voix entre deux tours : près de 1 700…

    Mairie du 4e secteur

    Olivia Fortin (Mad Mars) avait été élue il y a six ans dans le fief de la gaudinie grâce au maintien du candidat macroniste, Yvon Berland, dans une quadrangulaire mortelle pour la droite. Cette fois, la victoire de la représentante du Printemps marseillais ne doit rien à personne. Le score (51,51%) de la maire sortante, dans le secteur qui a le plus voté de la ville, progresse de dix points par rapport à 2020 (41,78%). C’est le meilleur résultat du printemps sur ce second tour. En une semaine, elle progresse de 9 000 voix, deux fois plus que le candidat d’extrême droite, Jean-Baptiste Rivoallan (UDR), qui en gagne 4 000 entre les deux tours et se voit crédité de 38,46% des suffrages. L’équivalent de ce qu’a perdu Catherine Pila (LR) entre les deux tours. Elle dévisse de sept points et franchit péniblement les 10%…

    Mairie du 5e secteur

    Encore député (maire) du secteur il y a 18 mois, Lionel Royer-Perreaut (Ren.) a laissé un grand vide dans lequel n’a pas manqué de s’engouffrer l’extrême droite. Après avoir choisi en 2024, Olivier Fayssat (UDR), comme député, les habitants du secteur ont cette fois élu une maire issue des rangs du Rassemblement national. Conseillère régionale, entrée en politique en 2019 avec Stéphane Ravier, Eléonore Bez (50,41%) progresse de 4 000 voix entre les deux tours. Largement moins que Pierre Huguet, le candidat (G.S) du Printemps marseillais qui engrange 7 800 suffrages supplémentaires (40,95%) mais suffisant pour l’emporter dans une triangulaire où Laure-Agnès Caradec, la présidente de la fédération LR des Bouches-du-Rhône, perd neuf points en une semaine pour échouer sous la barre des dix.

    Mairie du 6ème secteur

    Dans ce secteur marqué par l’affaire des fausses procurations lors des municipales de 2020, la droite républicaine – qui il y a six ans comptait un député, une sénatrice, un maire de secteur et représentait 44% des suffrages cumulés au second tour – s’effondre au profit de l’extrême droite. L’ultime démonstration du grand remplacement. Sylvain Souvestre, le maire (LR) sortant, résiste pourtant bien avec 14,31% des suffrages. Il perd 3 000 voix entre les deux tours alors qu’Olivier Rioult, le candidat RN, encore collaborateur de Martine Vassal à la Métropole il y a deux ans, en gagne plus de 4 000 et décroche la mairie avec 49,59% des suffrages. Yannick Ohanessian (PS) bénéficie d’un report des électeurs de la France insoumise sortie au 1er tour et d’une participation en hausse de 4 points pour progresser de 5 400 voix (36,9%). Pas suffisant pour le Printemps marseillais.

    Mairie du 7eme secteur

    Dans l’opposition à la mairie centrale depuis 1995, les 13e et 14e arrondissements de Marseille passés entre les mains du FN entre 2014 et 2020, rebasculent à gauche et se positionnent surtout enfin dans le camp des vainqueurs à l’hôtel de ville. La victoire de Tina Biard, la candidate (DVG) du Printemps marseillais, est assez nette au final (50,89%) poussée par le désistement de l’insoumis Mohamed Bensaada, arrivé en 4e position au 1er tour (13,10%). Avec 22 485, elle fait plus que doubler son score en une semaine, et plus que le score cumulé de toutes les listes de gauche au 1er tour. Sans doute le fruit aussi de la hausse de 6 points de la participation entre les deux tours… Sandrine d’Angio (RN) progresse de 3 000 voix (42,56%) et la maire sortante, Marion Bareille (DVD) en perd 2 000 (6,54%).

    Mairie du 8eme secteur

    Avec une participation de 42,27% en hausse de cinq points entre le 1er et le second tour, les deux arrondissements situés à l’extrême nord de Marseille sont ceux qui se sont le moins mobilisés de la ville. Arrivée en tête du second tour avec 46,07% des suffrages, Samia Ghali (DVG) progresse de huit points par rapport à 2020. Entre les deux tours, la maire-adjointe de Benoît Payan à la mairie centrale, a gagné 2 600 voix, quand Thibaut Charpentier (RN) en récupérait 1 200 (32,33%) et Rabyata Boinaheri, l’insoumise, en perdait une pour finir à 21,62%. De quoi interroger sur le poids réel du député insoumis Sébastien Delogu, élus en 2022 et 2024 sous la bannière de la Nupes puis du Nouveau front Populaire. Celui qui voulait dégager Benoît Payan de son fauteuil aura fort à faire pour conserver le sien en 2027.

    Voir ICI en grand l’infographie d’Yves Souben.

  • Toulon, îlot debout et combatif dans une Métropole recomposée

    Toulon, îlot debout et combatif dans une Métropole recomposée

    Toulon est une résistante », a déclaré, dimanche soir, la maire réélue de Toulon sans étiquette, Josée Massi. Et il est vrai que la population a su, une fois encore – le peuple de gauche en tête – se rassembler pour barrer la route à l’extrême droite, comme elle l’avait déjà fait en 2024 lors des législatives, en envoyant à l’Assemblée nationale le seul député non RN du département.

    Une place forte aujourd’hui prise en étau par La Seyne-sur-Mer, deuxième ville du Var à l’est et au sud de la rade, et La Valette-du-Var, à l’ouest, qui s’est vendue à la girouette Julien Argento (UDR-RN), ancien responsable des Jeunes Républicains, mais aussi ex-colistier du maire sortant Thierry Albertini (DVD), qui n’est arrivé que troisième pour ce second tour.

    Aussi désespérantes que soient ces victoires en faveur du parti à la flamme, surtout concernant l’ex-cité des Chantiers très longtemps gérée par la gauche et le Parti communiste, et où la vacuité du programme du lepeniste Dorian Munoz a de quoi sérieusement inquiéter tous les habitants de La Seyne-sur-Mer, les équilibres de la Métropole, malgré aussi le dévissage à 21 voix près du maire (LR) de Six-Fours Jean-Sébastien Vialatte, ne devraient pas s’en retrouver bouleversés. La présidence, sans coups bas du patron LR du Département Jean-Louis Masson, devrait légitimement revenir à la maire du Port du Levant, Josée Massi. L’ex-maire de Hyères, Jean-Pierre Giran, qui avait pris les rênes de la collectivité après la condamnation d’Hubert Falco, est quant à lui tombé au champ du déshonneur après avoir fusionné sa liste avec l’extrême droite pour tenter de conserver sa place. Ce troisième tour va donc devoir être scruté avec une extrême attention.

    Dépasser les tensions

    « Sur les douze communes, il n’y en a que trois qui sont parties au RN », modère cependant la maire de Toulon. C’est vrai : même si c’est trois de trop, le résultat aurait pu être bien pire au regard de ce que certains avaient annoncé.

    Le camp progressiste, qui peut se féliciter d’avoir fait le job à Toulon en appelant à voter Josée Massi contre le RN, en cohérence avec ses valeurs, va devoir continuer à jouer autrement son rôle d’opposition. Puisque la gauche ne siégera plus au conseil municipal comme elle le faisait avec assiduité depuis 1981. éliminée au 1er tour, beaucoup ayant estimé moins risqué de voter d’emblée contre la menace, « Toulon en commun » va devoir poursuivre l’élaboration de propositions et remarques sur la politique communale en assemblées citoyennes, la presse se faisant alors le relais de ce travail. Libre ensuite à la majorité de s’en inspirer, le cas échéant.

    À La Seyne, les choses semblent d’emblée plus simples, avec ses quatre élus de gauche issus de ce dernier scrutin. Encore faut-il, pour cela, que cessent les règlements de compte stériles et que chacun dépasse les tensions nées de la campagne, en effectuant une analyse politique pertinente. Ainsi, lorsque le candidat socialiste Olivier Andrau, à qui certains reprochent d’avoir dynamité l’union et le rassemblement en voulant imposer sa liste, affirme sur les réseaux sociaux qu’« une frange de la gauche seynoise a préféré la politique de la terre brûlée à l’intérêt général », il pointe une responsabilité qu’une large partie des acteurs locaux ne partage pas. Des propos qui vont très peu servir à préparer une alternative humaniste à La Seyne.

    Rappelons donc que, face à la droite divisée, il n’y avait que le vote en faveur de la liste de rassemblement de la gauche conduite par Stéphane Sacco qui représentait un espoir, aussi mince fût-il, de victoire et d’espoir pour « les plus vulnérables » qu’Olivier Andrau prétend défendre. D’autant qu’il ne s’arrête pas là, en repprochant au candidat des progressistes, ingénieur de profession, « d’avoir fait le choix du pire, celui des places et des indemnités ». Des propos qui peuvent être jugés contestables, de la part d’un candidat perçu comme responsable de la débâcle par des acteurs de la vie politique locale.

    Pour reconstruire une alternative crédible face au RN, il sera nécessaire que les différents protagonistes apaisent les échanges et privilégient une analyse collective des résultats. Il s’agit d’éviter les divisions. À moins de vouloir conduire encore plus de monde à l’abstention.

  • En Vaucluse, la gauche recule, la droite engrange

    En Vaucluse, la gauche recule, la droite engrange

    Au-delà de l’extrême droite qui s’enracine (lire page précédente), la gauche et la droite ont connu des fortunes diverses.

    Une gauche quasi disparue

    Dimanche, à la nuit tombée, au QG d’un soir de la gauche avignonnaise, on se lamentait. « Il reste quoi comme ville chez nous dans le département ? », entendait-on. Silence gêné dans l’assistance, qui réalisait déjà mal la perte en cours de la ville préfecture, Avignon. La réélection, dimanche dernier, d’Anthony Zilio (SE mais issu de la gauche) à Bollène face à trois listes d’extrême droite, a vite été éclipsée. Ensuite, hormis Entraigues-sur-la-Sorgue, où William Bouquet (DVG) a pris la suite de Guy Moureau (PCF), voire le village de Velleron, dans le Grand Avignon, avec Philippe Armengol (DVG) seul candidat en lice dimanche dernier, et donc réélu maire, le bilan est famélique. Si, avant le scrutin, la gauche ne détenait déjà pas beaucoup de mairies, le faible nombre était compensé par l’importance des communes, les deux plus grandes étaient à gauche : Avignon avec Cécile Helle (PS) et Carpentras avec Serge Andrieu (DVG). Leurs pertes, au profit respectif d’Olivier Galzi (DVD) et d’Hervé de Lépinau (RN), laisse donc un grand vide. Dans une autre mesure, Monteux où Christian Gros, maire (DVG) depuis 1989, n’a pas préparé sa transition, a vu le RN largement s’imposer ce dimanche.

    La droite en regain avec Avignon

    À quelques courtes voix près à Apt et Cavaillon, la droite aurait pu perdre deux bastions au profit du RN, mais Jean Aillaud (DVD), 1er adjoint sortant d’Apt, et Gérard Daudet (DVD), maire depuis 2017 de Cavaillon, ont réussi à conserver, dimanche, dans leur giron, ces communes importantes. À voir si le résultat sera bien validé, les candidats RN battus ayant annoncé leurs intentions de déposer des recours. À l’Isle-sur-la-Sorgue, Pierre Gonzalvez (DVD) rempile, lui, pour un 4e mandat, même si sa victoire n’a pas été aisée face à Romain Dufaud (DVC), qu’il devance de 200 voix sur 9 600 exprimées. Mais c’est surtout la victoire à Avignon d’Olivier Galzi (DVD) qui permet à la droite de reprendre des couleurs, bien que l’ex-journaliste a mené campagne sans le soutien officiel des partis traditionnels, excepté UDI et Horizons. Dimanche dernier, Jean-François Périlhou, président des Républicains 84, et Patrick Adrien (DVD) avaient déjà été confortablement réélus à Vaison et Valréas.

  • Mort de Lionel Jospin, Premier ministre de la « gauche plurielle »

    Mort de Lionel Jospin, Premier ministre de la « gauche plurielle »

    Le 21 avril 2002, le coup de tonnerre tombe. Pour la première fois, le Front national et son fondateur Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l’élection présidentielle. C’est le choc, l’effroi. Contre toute attente, Lionel Jospin, le Premier ministre socialiste, arrive troisième de ce scrutin aux 16 candidats, marquant la division de la gauche et la montée de l’extrême droite, dans une campagne où le thème principal sera l’insécurité.

    À 22h30, depuis son QG de campagne, il prend la parole : « Au-delà de la démagogie de la droite et de la dispersion de la gauche, qui ont rendu possible cette situation, j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique après la fin de l’élection présidentielle », lâche celui dont ce fut la deuxième – et dernière – tentative de briguer l’Élysée. Dans la salle, les militants crient en chœur leur stupeur. C’est ainsi que se sont achevées trente années de militantisme au sein du Parti socialiste.

    Lionel Jospin est mort ce dimanche 22 mars à l’âge de 88 ans, a annoncé sa famille à l’AFP. Il avait indiqué en janvier avoir subi une « une opération sérieuse ». Un hommage national lui sera rendu jeudi. L’annonce de son décès a soulevé une nuée d’hommages unanimes, provenant de tous les bords politiques et au-delà des frontières hexagonales. « Lionel Jospin avait fait de la méthode une vertu et de la clarté une exigence. Il incarnait cette politique qui refuse l’outrance pour lui préférer le respect du contradicteur et la dignité du débat », écrit sur X l’ancien Premier ministre de droite Dominique de Villepin (2005-2007), qui officiait en tant que secrétaire général de l’Élysée lors de la période de cohabitation.

    Réformes sociales

    et privatisations

    Né en 1937 au sein d’une famille protestante de gauche, Lionel Jospin est dans ses jeunes années militant trotskiste au sein de l’Organisation communiste internationaliste (OCI) et s’engage à l’Unef contre la guerre d’Algérie. Il rejoint le Parti socialiste après le congrès d’Épinay en 1971 et sera élu premier secrétaire de 1981 à 1988, puis de 1995 à 1997. Proche de François Mitterrand, il deviendra son ministre de l’Éducation entre 1988 et 1992. En 1997, à l’issue d’élections législatives ratées pour Jacques Chirac qui entendait conforter son pouvoir avec une dissolution de l’Assemblée nationale, la gauche impose une cohabitation au président gaulliste. Lionel Jospin est alors à la tête d’une majorité de gauche plurielle alliant socialistes, communistes et écologistes.

    Ses ministres sont Martine Aubry (PS) à l’Emploi et la Solidarité, Jean-Pierre Chevènement (MDC) à l’Intérieur, Dominique Voynet (Les Verts) à l’Aménagement du territoire et de l’Environnement et Marie-George Buffet (PCF) à la Jeunesse et les Sports, pour ne citer qu’eux. Ensemble, ils mettent en place des réformes sociales ambitieuses et majeures. Le gouvernement Jospin aura porté les 35 heures hebdomadaires, l’instauration de la couverture maladie universelle (CMU), la mise en place d’un contrat d’union civile : le Pacs, ouvert aux couples hétérosexuels et homosexuels, et fait voter la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU). Mais aussi la généralisation de la police de proximité, la création du congé paternité, la loi sur la parité hommes-femmes en politique et l’aide médicale d’État (AME).

    Mais Lionel Jospin aura aussi été le chef de gouvernement ayant le plus privatisé en termes de montants, avec un total de 31 milliards d’euros. Parmi les privatisations les plus emblématiques figurent France Télécom, Air France, le Crédit lyonnais, ainsi que les autoroutes. Le bilan de son passage à Matignon reste également entaché par son impuissance face à la suppression par Michelin de 7 500 emplois dans toute l’Europe. « Il ne faut pas attendre tout de l’État ou du gouvernement, il faut aussi que se mobilisent à la fois l’opinion et les salariés de l’entreprise », affirmera-t-il à ce sujet en septembre 1999. Des propos qui choqueront les syndicats et provoqueront un séisme politique. « Une phrase comme celle-là me consterne. La séparation du politique et de l’économique ne correspond pas à la pensée socialiste. Je ne peux pas dire autre chose : c’est un revirement ! », disait Jean-Luc Mélenchon à l’époque dans les colonnes de Libération.

  • L’optimisme de Renaud Muselier face aux résultats régionaux

    L’optimisme de Renaud Muselier face aux résultats régionaux

    Dans un très long communiqué, le président (Ren.) de la Région Sud, Renaud Muselier, a livré ce lundi son analyse du scrutin municipal. Tout d’abord et largement pour se féliciter de ce qu’il analyse comme « l’échec » de la performance de l’extrême droite dans la région. Elle « ne remporte pas la victoire éclatante que les pronostiqueurs lui prédisaient ».

    Celui qui avait soutenu Martine Vassal, dont les piètres résultats à Marseille sont notamment expliqués par son manque de clarté vis-à-vis de l’extrême droite, se démarque clairement, cite « l’échec cuisant » du RN à Marseille et Toulon et se réjouit : « Ils détiennent aujourd’hui seulement 15 communes de plus de 9 000 habitants. Sur les 946 communes de la région, ils détiennent moins de 2,5% des communes, toutes tailles confondues. »

    « Victoire probante

    du bloc central »

    Et de détailler la situation par département pour se réjouir « qu’aucune mairie » ne soit gagnée dans les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, que dans les Bouches-du-Rhône, « seulement deux communes ont basculé à l’extrême droite soit 1,6% du département » ou que, « en Vaucluse, sur 151 communes, le RN a échoué dans sa conquête, sauf dans quatre villes ». Même dans les Alpes-Maritimes, il trouve une lecture optimiste à l’« élection violente et fratricide » entre Éric Ciotti et Christian Estrosi : la ville « est conquise par l’extrême droite (UDR), mais pas par le Rassemblement national ».

    Renvoyant facilement dos à dos LFI et le RN, Renaud Muselier savoure que, « à gauche, la fusion des listes du Parti socialiste et de la France insoumise a été rejetée par les électeurs. Elle perd ses derniers fiefs de Vaucluse et de l’ouest des Bouches-du-Rhône », même si il « regrette la chute d’Aubagne » qu’il met sur le même plan que celle de Fos-sur-Mer – alors que la première a basculé à gauche et la seconde dans les bras de Philippe Maurizot, candidat soutenu par le label d’extrême droite de Franck Allisio – expliquant ces deux résultats par « le fruit de la division ».

    Et d’en profiter pour en tirer une conclusion toute à son avantage : « C’est donc une victoire probante du bloc central qui conserve trois des quatre grandes métropoles, 90 communes sur les 101 de plus de 9 000 habitants de la région, et 98% des 946 communes de la région. »

    Après avoir félicité « l’ensemble des maires élus et leurs équipes », Renaud Muselier envoie un message qui semble spécialement destiné à Martine Vassal : « Pour les élus d’opposition, je souhaite qu’ils engagent avec les majorités des débats apaisés dans leurs assemblées au profit de leurs concitoyens. »

  • Roger Didier, contesté mais toujours vainqueur à Gap

    Roger Didier, contesté mais toujours vainqueur à Gap

    Une bonne centaine de voix. 118, pour être exact. C’est la différence qui aura permis à Roger Didier de l’emporter et de repartir pour sept nouvelles années à la tête de la ville qu’il dirige depuis 2007. Les résultats définitifs donnent 47,51% des voix au sortant à l’issue du second tour, avec 8 584 voix exprimées en sa faveur contre 46,86% pour Elie Cordier et l’alliance de gauche qui en a rassemblé 8 466. Décroché, le candidat RN Raphael Leroux a récolté 5,62% des votes. Passant d’environ 7 114 voix à 8 584 au second tour, Roger Didier a su attirer plus de mille voix supplémentaires au second tour.

    L’opposition progresse

    D’un point de vue statistique, cette victoire peut s’expliquer par une meilleure participation, 60,32% au second tour contre 58,68% au premier : environ cinq cents électeurs de plus se sont mobilisés. Une participation qui semble avoir souri à Roger Didier, qui a certainement capté également une large part des voix du RN, puisque Raphael Leroux n’a récolté que 1 016 voix au second tour contre 1 917 au premier.

    Roger Didier avait déjà déclaré avoir confiance dans le soutien des Gapençais à son égard, prophétisant que son bilan pour la ville serait reconnu de ses pairs dans les urnes. Lancé très tard en campagne, le 26 février, le taulier de la droite locale a joué la carte de l’expérience, du désendettement financier, de la sécurité et de la préservation de la qualité du centre-ville. Des arguments qui ont visiblement fait mouche. Toutefois, l’opposition a rassemblé plus de 9 000 votes au second tour contre un peu plus de 7 000 en 2014 et 5 500 en 2020. Si son pari est réussi, l’heureux élu devra aussi tendre l’oreille à cette part de la population qui a voulu une alternative.

  • À peine élu, un adjoint forcé de démissionner

    À peine élu, un adjoint forcé de démissionner

    Élu en conseil municipal vendredi, l’adjoint Marc Gras a été contraint de démissionner dès le lendemain, après la révélation de publications problématiques dont il était l’auteur. « Cette démission fait suite à la publication de contenus sur ses réseaux sociaux en contradiction avec les valeurs que nous défendons et avec les responsabilités liées à l’exercice d’un mandat d’élu », a écrit la nouvelle mairie de Château-Arnoux-Saint-Auban, dans un communiqué diffusé sur Facebook, samedi soir. La décision a été prise « à la suite d’une réunion de l’équipe municipale », ajoute-t-elle.

    Contacté, le nouveau maire, Philippe Bertrand (DVC), qui a battu le communiste René Villard de quatre voix au second tour, n’a pas souhaité répondre, ni détailler le contenu des publications en question. Selon l’équipe de René Villard, qui a déposé un recours, dénonçant des « irrégularités » dans le scrutin, il s’agirait de « publications racistes, sexistes et islamophobes ». « Il montrait une famille blanche en disant “bientôt, il n’y en aura plus” », explique le directeur de campagne de René Villard. « Ils ont adopté la méthode du Rassemblement national : écarter les brebis galeuses », selon lui.

    Des publications racistes

    Sur des captures d’écrans du profil Facebook de Marc Gras, on peut en effet voir des publications racistes, islamophobes et insultantes. L’élu partageait également de nombreuses publications du RN. Il a depuis restreint l’accès à son compte Facebook et supprimé les publications en question.

    « Philippe Bertrand a souhaité convaincre cet électorat et c’est comme ça qu’il s’est retrouvé avec des personnes proches du RN sur sa liste », avance Mehdi Rachid, colistier de René Villard. Le nouveau deuxième adjoint Romaric Giacomino a notamment été membre du RN, de LR et de Debout la France. « C’est une tactique du RN d’intégrer leurs représentants avec des indépendants pour ensuite se présenter sous l’étiquette RN », selon Mehdi Rachid. Philippe Bertrand avait revendiqué le soutien du RN, ce que le parti avait nié.

  • À Avignon, trois enseignements d’un scrutin inédit

    À Avignon, trois enseignements d’un scrutin inédit

    Olivier Galzi, la stratégie payante

    Quand, au cœur de l’été dernier, le nom d’Olivier Galzi a jailli comme possible candidat à la mairie, la circonspection dominait. Que vient faire cet ancien journaliste TV, passé ensuite dans le groupe d’ingénierie auprès de collectivités locales Edeis et qui possède aussi sa propre société de conseil en relations publiques ? S’il a passé une bonne partie de sa jeunesse à Avignon, Olivier Galzi ne s’était jusque-là jamais impliqué dans la vie locale au sens large. À l’instar de Patrick de Carolis à Arles, ex-PDG de France TV devenu maire en 2020, Olivier Galzi aura donc réussi son pari.

    Novice en politique, sans soutien officiel de partis politiques, il insistait quelques minutes après s’être annoncé vainqueur sur le volet historique de sa victoire. « Le défi continue », commente-t-il, regardant dans le rétroviseur d’une demi-année, « où on est arrivé face à des partis structurés là depuis longtemps, qui avaient cultivé leurs réseaux et qui étaient persuadés de n’être jamais délogés ». Tout de même bien marqué à droite, avec une équipe de campagne ayant œuvré dans ces cercles-là et quelques colistiers aussi, Olivier Galzi a aussi profité de la défection, en novembre, de Julien Aubert (LR). Il a donc su aimanter et mobiliser l’électorat qui avait le plus envie de changement après douze ans de gestion de Cécile Helle (PS).

    Après être arrivé en tête au 1er tour sans creuser de forts écarts, la différence s’est opérée dans l’entre-deux-tours, où il a clairement donné le tempo, invisibilisant Anne-Sophie Rigault (RN), en perdition de voix (-800 en une semaine), pour se poser en alternative la plus crédible à la liste d’union à gauche. À l’image de ce que sait faire la gauche quand elle appelle au vote utile et faire barrage à l’extrême droite, Olivier Galzi a utilisé la même recette en « jouant sur les peurs », selon Anne-Sophie Rigault, pour dénoncer « l’alliance PS-LFI de la honte ». Avec un rassemblement dit citoyen, jeudi dernier, dans la plus pure tradition de la gauche. Dimanche soir, au sein de la gauche candidate, bien qu’en déplorant « une campagne dégueulasse », on ne pouvait que s’incliner face à « une stratégie de com’ qui a bien fonctionné ».

    À gauche, une fusion utile, mais sans dynamique

    Comme à Toulouse ou Limoges, où les listes PS et LFI ont fusionné, l’alliance n’a pas été couronnée de succès non plus à Avignon. Quasiment à égalité au premier tour (234 voix d’écart), David Fournier (PS, 19,89%) et l’insoumise Mathilde Louvain (19,03%) se sont rapidement mis d’accord pour poursuivre la campagne ensemble. Sur le papier, le cumul des voix pouvait permettre de nourrir de sérieux espoirs de victoire.

    À l’arrivée, le calcul était plutôt bon, puisqu’en une semaine, la gauche progresse de 450 voix et récolte 38,01% des suffrages. Bien, mais largement insuffisant face au boom dix fois plus important d’Olivier Galzi (+4 454 voix), alors que la participation a cru de 3,6 points. Dimanche soir, personne ne remettait en cause cette stratégie d’union, préalable indispensable pour espérer l’emporter à condition qu’une dynamique s’enclenche. « Il y a eu des réflexes réactionnaires à l’œuvre », analysait David Fournier à chaud, faisant un parallèle au national avec Toulouse, Limoges ou Poitiers. Mais au-delà de cet entre-deux-tours, une partie de la défaite réside aussi dans une ambiance fin de règne, où la course à la succession de Cécile Helle a laissé des traces, tandis que les insoumis et leurs partenaires gagnaient aussi du terrain. Durant de trop longs mois, les habitants ont assisté au bal des prétendants, la situation ne se décantant vraiment qu’un mois avant le 1er tour, avec le renoncement de Paul-Roger Gontard. Pendant ce temps-là, Olivier Galzi a pu imprimer auprès de la population.

    Une participation

    à revoir

    Avec 51,25% de participation dimanche, Avignon enregistre un léger mieux de 3,6 points, soit quelque 2 000 votants de plus. Mais on reste très loin de 65,4% des municipales de 2014 ou des 60,7% du second tour des législatives de juillet 2024. C’est là aussi que la gauche a joué une partie de sa défaite en ne mobilisant pas assez les quartiers dits populaires. Par exemple, au groupe scolaire Louis-Gros, bureau le plus faible en votants (32,53%), David Fournier réalise 58,39%. Son plus gros score est à Saint-Chamand (65,95%), là où seulement 33,15% des inscrits se sont déplacés. Lors des législatives, la participation était presque de 54% dans ce bureau, qui avait alors très massivement voté pour Raphaël Arnault. À l’inverse, Olivier Galzi fait le plein en centre-ville, comme à l’école Bouquerie, où il enregistre son meilleur score (63,29%) dans le bureau qui a le plus voté (68%).

  • Le RN s’ancre davantage dans la région avec 16 mairies remportées

    Le RN s’ancre davantage dans la région avec 16 mairies remportées

    Trois communes conquises dans les Bouches-du-Rhône, cinq dans le Var et huit dans le Vaucluse : le Rassemblement national progresse dangereusement dans la région Sud, tout en pérennisant son implantation dans les localités déjà obtenues en 2020. Dans le Var d’abord, David Rachline (RN) rempile pour un troisième mandat consécutif à Fréjus, grâce à une victoire dès le premier tour. Il a obtenu 51,01% des suffrages, devançant largement sa principale concurrente Emmanuelle Bonnemain (DVC) qui a cumulé, loin derrière, 29,94% des voix.

    Dans le Vaucluse, les quatre villes qui avaient opté pour l’extrême droite au précédent scrutin municipal reconduisent toutes le RN dès le premier tour. À Morières-lès-Avignon (moins de 9 000 habitants), Grégoire Souque (RN) est réélu pour un second mandat avec 66,66% des voix face à la seule autre candidate, Annick Dubois (DVG). Au Pontet, où vivent près de 18 000 âmes, le maire sortant Joris Hebrard (RN) conserve la ville et entame son troisième mandat (60,79% des suffrages). Philippe de Beauregard (RN), qui déjà en 2020 avait réussi une inquiétante percée en rassemblant 70,22% des voix, conserve lui son fauteuil à Camaret-sur-Aigues. Il l’emporte de nouveau dès le premier tour totalisant un score de 72,99%. À Orange, le scrutin marque la fin de la dynastie Bompard. Jacques Bompard, maire de 1995 à 2021, avait cédé son fauteuil à son fils Yann après avoir été condamné pour prise illégale d’intérêts et frappé d’inéligibilité. Yann Bompard, à son tour condamné en janvier 2026 à cinq ans d’inéligibilité pour une affaire d’emploi fictif, a été démis de ses fonctions quelques jours avant les élections, l’empêchant de se représenter. L’inéligibilité de Jacques Bompard ayant été levée en février 2026, celui-ci s’est finalement présenté à la mairie. Mais au second tour, il est battu par le candidat du RN, Jean‑Dominique Artaud, qui arrive en tête avec 35,76% des suffrages. En cumulant les voix de Jacques Bompard et de Jean-Dominique Artaud, les deux candidats classés à l’extrême droite totalisent 68,23% des suffrages exprimés.