Category: politique

  • [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    La Marseillaise : Votre pétition a déjà obtenu plus de 600 000 signatures. Vous attendiez-vous à ce soutien ?

    Issam El Khalfaoui : On savait qu’on serait suivis, mais on ne pensait pas arriver à 500 000 aussi vite. On ne s’attendait vraiment pas à ça. Je tiens à préciser que le site de l’Assemblée nationale oblige à déposer les pétitions de manière nominative, mais il s’agit d’un texte rédigé par Save (Stop aux violences d’État), l’association que j’ai cofondée, et l’ONG Flagrant Déni.

    Vous évoquez dans votre pétition un « bilan humain inadmissible » et rappelez que, d’après un expert de l’ONU, la France est le pays de l’Union européenne avec le plus grand nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre. Comment l’expliquer ?

    I.E.K. : Ce bilan est largement dû à l’article L435-1 du Code de sécurité intérieure. C’est la loi qui a été votée en 2017 et qui élargit les conditions de tir pour les policiers [dans cinq situations au-delà de la légitime défense, Ndlr]. Juste sur les refus d’obtempérer, on s’aperçoit qu’il y a cinq fois plus de tirs mortels [selon les chercheurs Sébastian Roché, Paul le Derff et Simon Varaine, Ndlr]. C’est énorme.

    Avant, sur un refus d’obtempérer, on tirait sur des véhicules qui arrivaient à pleine vitesse. En général, on ratait sa cible. Il y avait un tir, mais il n’y avait pas de mort. Aujourd’hui, sur tous les refus d’obtempérer, on l’a vu sur l’affaire Nahel [adolescent de 17 ans, tué par un policier en juin 2023 lors d’un contrôle routier à Nanterre, Ndlr], il s’agit de tirs à bout portant sur des véhicules qui démarrent. Les tirs sont donc beaucoup plus létaux. C’est une conséquence directe de la loi qui permet aux policiers de tirer sur quelqu’un s’ils pensent qu’il peut représenter un danger plus tard. Le problème, c’est que cette évaluation du danger potentiel est complètement liée à la personnalité des policiers. Et aujourd’hui, dans une société de plus en plus à l’extrême droite, le racisme systémique peut leur faire croire qu’un jeune racisé est potentiellement dangereux dans un véhicule.

    La proposition de loi (PPL) inverse la charge de la preuve : ce sera désormais aux victimes ou à leurs proches de démontrer que l’usage des armes n’était pas justifié. Quel danger cela représente-t-il ?

    I.E.K. : Aujourd’hui, il y a un grand mensonge qui est propagé par Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône, Ndlr] et par toute la droite : ils assurent qu’on pourra à tout moment renverser la force de la preuve. Mais Laurent Nuñez est bien placé pour le savoir, les 24 premières heures sont essentielles. Or, avec cette nouvelle loi, comme le tir du policier est présumé légal, il n’y aura pas d’enquête automatique. Elle peut être déclenchée plus tard, si un proche de la victime décide de se constituer partie civile par exemple, mais ça peut prendre plusieurs mois. Le temps de rendre l’accès à des informations capitales beaucoup plus compliqué : les vidéos de surveillance peuvent avoir été supprimées, les témoins peuvent être plus difficiles à retrouver… Supprimer le recours à l’enquête systématique revient à organiser l’impunité. Rappelons par ailleurs que cette loi est, à l’origine, une proposition de Jean-Marie Le Pen, [fondateur du Front national, Ndlr].

    Vous avez assisté, le 7 juillet, avec d’autres familles de victimes, aux débats qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale à propos de cette PPL. Comment l’avez-vous vécu ?

    I.E.K. : On a assisté aux débats sans avoir le droit de parler. On nous a montrés du doigt, traités de racailles [Laure Lavalette, députée (RN) a réemployé ce terme sur un plateau de BFM TV, Ndlr]. Lorsque le député des Verts [Pouria Amirshahi] a lu la lettre que j’ai écrite, nous avons été hués par les députés de droite et d’extrême droite. À aucun moment on a considéré notre statut de victimes. À la fin, lorsque la loi a été votée, je n’ai pas pu rester sans rien faire et j’ai crié « Pas de justice, pas de paix ». J’ai été immédiatement évacué par des huissiers mais les autres familles ont pu continuer de chanter. Les députés de gauche ont applaudi et les députés de droite et d’extrême droite les ont insultés. On nous a dit qu’on était la honte de la République. Pour moi, la honte de la République, c’est de nous avoir sifflés et hués quand on parlait de nous.

  • [Entretien] « Il faut aller au bout du projet du nouvel hôpital d’Aubagne »

    [Entretien] « Il faut aller au bout du projet du nouvel hôpital d’Aubagne »

    La Marseillaise : Vous vous êtes réunis mercredi avec les maires des 18 autres communes concernées par la construction d’un nouvel hôpital à Aubagne. Qu’y avez-vous appris ?

    Roland Giberti : On a appris tous ensemble que le financement de l’hôpital d’Aubagne, en particulier l’achat du terrain, n’était pas assuré. C’est quelque chose de grave. Nous sommes un peu étonnés : l’hôpital est un service public qui par définition devrait être géré et financé par l’État. [Une partie des travaux est financée par l’État dans le cadre du plan Ségur, mais l’acquisition du foncier était à l’origine prévue à la seule charge d’Aubagne, Ndlr]. Mais comme il ne le fera pas, nous essayons de voir ce que l’on peut faire avec la mairie d’Aubagne pour ne pas perdre l’hôpital. Nous devons agir vite, d’ici octobre-novembre. Car si l’État n’assure pas, qui sera puni ? C’est nous, notre population, nos administrés, ceux qui en ont besoin. Donc, à contrecœur, mais de façon obligatoire, il faut trouver des solutions qui nous permettent de financer cet achat.

    La mairie d’Aubagne suggère que les autres communes participent financièrement à l’achat
    du foncier…

    R.G. : C’est la proposition qui a été faite. Nous, la commune de Gémenos, nous pourrons sortir la somme demandée. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des municipalités : les dotations de l’État diminuent de plus en plus, les communes sont à bout de souffle. Elles ne peuvent pas sortir 100 000 ou 150 000 euros de leur budget. De notre côté, nous tentons de trouver des solutions. Nos administrés vont là-bas, nous allons donc participer, mais je ne sais pas si ça réglera le problème.

    Vous comprenez que la Ville d’Aubagne demande une participation ?

    R.G. : Je trouve la situation anormale, car je pense que ce devrait être à l’État de financer. La mairie d’Aubagne nous a annoncé qu’elle s’occuperait de la moitié du financement du foncier. Nous pensons qu’elle devrait donner un peu plus, car elle doit hériter des locaux de l’ancien hôpital. Dans tous les cas, j’espère que nous parviendrons à trouver une solution mercredi prochain, à 11h, lors de notre prochaine réunion. Si on ne la trouve pas, ça va être dramatique. Cet hôpital est une infrastructure importante et nécessaire pour le territoire. Le projet est magnifique : des services médicaux vont être créés et développés. Il faut absolument que l’on aille jusqu’au bout.

  • Au Off, Jean-Luc Mélenchon fait salle pleine en terrain conquis

    Au Off, Jean-Luc Mélenchon fait salle pleine en terrain conquis

    Après Xavier Bertrand samedi dernier et avant Marine Tondelier (samedi 20h) ou Dominique de Villepin (23 juillet, 17h30), Jean-Luc Mélenchon était l’invité du Festival off jeudi soir. Un format commun d’une heure pour tous les prétendants déclarés ou putatifs à l’Élysée en mai prochain. Sans faire injure à Xavier Bertrand, l’engouement était tout autre pour le leader insoumis devant un public « un peu de gauche quand même », sourit l’intéressé, très applaudi par environ 300 personnes.

    Après avoir quelques minutes plus tôt assisté à la manifestation en défense du spectacle vivant, Jean-Luc Mélenchon devait décliner son programme culturel. Du moins sur le papier. Car celui qui candidate pour la 4e fois à la présidentielle a davantage livré sa conception philosophique de la culture plutôt qu’un catalogue de mesures. « Pour être honnête, je n’y peux rien », lâche-t-il d’emblée à Marie Sorbier, journaliste à France culture chargée d’animer l’entretien, lui demandant quelle place concrète aurait la culture dans son programme. Jean-Luc Mélenchon sait très bien que ce ne sera pas le thème de prédilection de la campagne. Préférant ne pas le nommer, l’ex-député raille Olivier Galzi, maire (DVD) d’Avignon, qui a diminué les subventions aux associations et a évoqué un devoir de neutralité des structures. « Un tartuffe, cet homme n’est pas au courant que la culture est une interpellation de l’ordre établi », estime-t-il.

    Jean-Luc Mélenchon remet en avant le concept de « créolisation » qu’il emploie depuis plusieurs années. « On m’accuse de vouloir faire disparaître le français, mais cette langue est une invention politique de François Ier », théorise-t-il. « Oui, mais quelle mesure concrète ? », s’escrime Marie Sorbier. « Je liquide l’empire Bolloré », clame Jean-Luc Mélenchon sous les vivats. Pas tant les activités industrielles mais bien médiatiques et d’éditions. Le fondateur de la France insoumise prévoit même une première loi dès l’été prochain pour « démanteler cet empire » qu’il englobe dans un combat plus large contre « le suprémacisme ».

    Là où les acteurs culturels réclament que 1 % du budget de l’État soit consacré à la culture, Jean-Luc Mélenchon préfère ne pas parler de chiffres ni de coût, car « la culture fait surgir des choses extrêmement rentables ». Parfois évasif, comme au sujet de l’abolition des avantages fiscaux sur le mécénat culturel, le candidat est un plus disert sur l’intelligence artificielle : « Ne vous laissez pas submerger par la peur, qui est le seul lien social que le capitalisme développe, l’IA est un outil cela dépendra de votre usage ». Et de conclure en filant sur-le-champ : « Le feu sacré de la culture, c’est l’insoumission ».

  • La section du Parti communiste affiche un esprit de conquête

    La section du Parti communiste affiche un esprit de conquête

    Un mélange d’expérience, de jeunesse, de syndicalisme et de diversité sociologique. » C’est en ces termes que Gérard Permingeat, secrétaire de la section, présente la nouvelle direction du PCF toulonnais, fraîchement élue dans le sillage du congrès national du parti, qui s’est tenu à Lille, du 3 au 5 juillet. Les forces en présence lui donnent raison : l’expérience du secrétaire de section réélu, mais aussi celle d’André de Ubeda, ancien élu à la mairie de Toulon, de Marie-Hélène Guyot, trésorière de la section, et de Gilbert Poitoux, retraité de l’arsenal. À leurs côtés, un vent de fraîcheur est apporté par Natalie Baer, ancienne conseillère municipale à Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), ainsi que par Maxime Fuhry, jeune entrepreneur toulonnais.

    Face à l’extrême droite

    Aussitôt élu, aussitôt au travail, dans la droite ligne du texte adopté lors du congrès national, intitulé « Un communisme de conquêtes ». Trois piliers structurent cette orientation : le combat contre les logiques impérialistes et pour la paix ; une République démocratique, sociale et universaliste plaçant les travailleurs au centre ; et la transformation du mode de production fondée sur l’appropriation sociale des richesses au bénéfice des travailleurs et des salaires. Le tout sous l’égide du Plan climat 2050 du PCF, qui vise à atteindre « la neutralité carbone d’ici 2050, via une réindustrialisation fossile liée à un mix nucléaire renouvelable », précise le secrétaire de section.

    Au niveau local, cet esprit se traduit d’abord par la lutte engagée contre le Rassemblement national : « On a appelé à battre le RN à Toulon en votant Massi, mais cette majorité fait le lit de l’extrême droite », dénonce Gérard Permingeat. Un travail contre le l’extrême droite et reconquérir « son électorat et la conscience de classe. Il y a une contradiction pour certains de ses électeurs, alors que le RN vote pour des politiques antisociales », pointe André de Ubeda.

    Une forte vigilance sera portée sur l’action municipale et métropolitaine. Parmi les questions prégnantes, celle du chœur de l’opéra, toujours en danger, les soucis d’accès aux écoles maternelles de la Convention et primaire du Pont-Neuf, ou encore des impôts locaux qui, malgré le faible endettement de la Ville, sont « au même niveau que des villes qui sont beaucoup plus endettées », note André de Ubeda. Cela, même sans élu à la Ville.

  • Nouvel élan pour la section communiste aubagnaise

    Nouvel élan pour la section communiste aubagnaise

    Nouveau visage, nouveau souffle. C’est le message qu’a voulu communiquer la nouvelle secrétaire de la section PCF d’Aubagne, Alexandra Brochus. Tout juste élue, après les congrès locaux et le congrès national du parti, la militante du Collectif 13 Droit des femmes promet d’être de tous les combats : « On nous dit souvent : “Vous êtes partout, les communistes !” Certains le voient comme une critique, mais il s’agit pour moi d’une vraie qualité ».

    Mais avant de parler avenir, les communistes aubagnais ont jugé bon d’affirmer leur rupture avec leur récent passé. « Le parti communiste a toujours combattu toute forme de racisme et de discrimination, a souligné Dylan Zeitoun, responsable fédéral de la vie du parti dans les Bouches-du-Rhône. Les propos antisémites caractérisés de certains des anciens membres de notre section méritaient une clarification et ne nous empêcheront pas, bien sûr, de militer pour la libération du peuple palestinien, que nous défendons depuis 60 ans ». Quatre membres de la section communiste locale avaient été exclus en avril 2025, après avoir été accusés d’avoir tenu des propos antisémites lors d’une assemblée générale. L’ancienne secrétaire de section, Marie-Laurence Nouari, suspendue au même moment pour ne pas avoir réagi lors de ladite assemblée, avait dans la foulée rendu sa carte du parti… Mise au point faite, la nouvelle secrétaire, Alexandra Brochus, a pu lister les grands chantiers de sa feuille de route.

    Sur le terrain, toujours

    En tête, bien sûr : la défense de la gratuité des transports dans le Pays d’Aubagne et de l’Étoile, mise en place en 2009 sous la municipalité de Daniel Fontaine (PCF). Gratuité actuellement menacée par une Métropole en prise à de grosses difficultés financières. La section a également affirmé sa détermination à défendre le projet de construction du nouvel hôpital dans la zone de Gargues, à Aubagne. L’occasion de réaffirmer « son soutien aux travailleurs de la santé » et de rappeler sa vive opposition au « plan d’efficience » envisagé par la direction du Centre hospitalier Edmond-Garcin, actuel hôpital du secteur, et suggérant la suppression d’une cinquantaine de postes équivalents temps plein. À plus court terme, la présidentielle et les législatives sont aussi des luttes que les communistes du pays de Pagnol entendent porter, avec la ferme ambition de battre l’extrême droite. « Notre objectif est que notre actuelle députée (RN) Joëlle Mélin perde son emprise sur notre territoire », matraque Alexandra Brochus. Une stratégie : conserver une forte présence de terrain, au plus près des citoyens.

  • Catherine Pégard visite le patrimoine culturel local

    Catherine Pégard visite le patrimoine culturel local

    Il est de coutume que les officiels passent par le Festival d’Art Lyrique. Pour la représentation du Requiem de Mozart de Raphaël Pichon, vendredi soir, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, comptait parmi les présents. Avant le rendez-vous nocturne, elle s’est d’abord rendue au Centre International des Arts et Mouvements (CIAM), lieu qui se veut « ouvert au plus grand nombre », introduisait Maïté Chanay, responsable des relations pour le CIAM. « Il n’y a aucun lieu comme celui-ci en France », appuyait de son côté Philippe Delcroix, directeur technique du Festival d’Art Lyrique et Président du CIAM.

    « Encourager » le dispositif

    La ministre, entourée de la maire d’Aix, Sophie Joissains et du sous-préfet, Mathieu Gatineau, a fait le tour du site, étendu sur cinq hectares, mais s’est surtout attablée pour écouter les bénéficiaires du dispositif Orféo Vacilla, projet artistique faisant passerelle entre l’opéra et le cirque et mêlant ces deux arts pour (re)donner vie au mythe d’Orphée. Les chœurs, ont été assurés par Ev’Amu, un ensemble vocal amateur de l’université d’Aix Marseille, fondé en 2019. La pièce a été présentée gratuitement pendant une semaine, au mois de juin, sur le site du CIAM, suivant la volonté du Festival : celle de rendre l’opéra accessible à tous, populaire, ont réexpliqué les équipes face à Catherine Pégard. « Le mélange des publics se fait rare », pointait Marie Molliens, artiste de cirque associée au CIAM et directrice artistique de la compagne Rasposo et en charge de la direction d’Orféo Vacilla. Le travail, a été félicité par la ministre, qui souligne une « approche tout à fait différente de l’opéra ». « On ne peut qu’encourager cela, c’est aussi rendre accessible à ceux qui en ont le moins l’habitude le fait de venir voir un spectacle », appuie la ministre. Mais en toile de fond de cette visite, les inquiétudes budgétaires qui planent autour du monde culturel. Un sujet qui n’a pas été abordé dans les échanges, mais sur lequel la ministre a tout de même été interrogée, entre deux visites. Consciente des « difficultés qui sont celles de tous les théâtres, tous les opéras », elle a estimé que ces difficultés « ne sont pas le sujet aujourd’hui. Le sujet aujourd’hui est de réfléchir à la manière de faire les choses le mieux possible, et de faire les choses dans l’ordre en discutant avec ceux qui les font, les artistes, les directeurs de théâtres et d’institutions. C’est mon travail, c’est ce que je suis en train de faire et pour l’instant on ne peut dire des choses définitives, puisque justement, on travaille à faire mieux que ce qui est dit dans les rumeurs. » Samedi dernier, la ministre a affirmé, auprès de l’AFP, « se battre » pour que tous les financements prévus pour le deuxième semestre en 2026 passent. Après le CIAM, Catherine Pégard a ensuite visité la Bastide du Jas de Bouffan, qui vient de rouvrir ses portes.

    « Faire mieux que ce qui
    est dit dans
    les rumeurs »

  • Dans les Bouches-du-Rhône, la gauche mène campagne unie

    Dans les Bouches-du-Rhône, la gauche mène campagne unie

    Nous sommes très heureux de repartir ensemble tous les trois », lance la sénatrice socialiste Marie-Arlette Carlotti, sur la terrasse du Polikarpov, cours Honoré d’Estienne d’Orves (1er), ce vendredi. À ses côtés, ses collègues du palais du Luxembourg, le communiste Jérémy Bacchi et l’écologiste Guy Benarroche font part du même enthousiasme. Comme en 2020, tous les trois seront sur la liste d’union de la gauche – hors LFI – dans les Bouches-du-Rhône.

    « Les élections sénatoriales étant la traduction des séquences municipales, nous avons considéré qu’il était tout à fait logique de poursuivre l’aventure et l’unité à gauche avec l’ensemble des forces de progrès écologistes et citoyennes », argumente Jérémy Bacchi, chef de la fédération départementale du PCF, qui sera la tête de cette liste. « Nous sommes dans des groupes politiques différents mais chaque fois que l’intérêt des communes du département des Bouches-du-Rhône était en jeu, nous étions ensemble », pousse la socialiste. Et Guy Benarroche de prendre pour exemple l’expérimentation nationale Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD) dans la commune de Jouques depuis 2016 : « L’essentiel était que le texte soit prolongé pour que l’expérience puisse continuer, mais pas à n’importe quelle condition. Nous avons pesé de la même façon tous les trois pour que le texte se rapproche de ce que souhaitait la ville », souligne-t-il, citant également le texte sur le statut de l’élu ou sur la police municipale. « Qui dénonce les budgets des collectivités territoriales en baisse dans les deux derniers budgets à part nous ? », interroge le sénateur écologiste.

    Si pour l’instant, ils sont les seuls à se déclarer sur cette liste, les élus font état de rapprochements avec des maires du camp progressiste et au-delà. Jérémy Bacchi relate des discussions avec des édiles du pays d’Arles, sans les citer : « L’un d’entre eux, divers droite, me dit : “On ne sera pas d’accord sur les retraites, sur la sécurité et sur tout un tas de choses. Mais moi, maire d’un petit village, c’est les services publics qu’il faut défendre, donc je voterais pour vous” », raconte le communiste. Avant de citer avec un brin de malice, l’ancien maire de droite de Marseille : « Jean-Claude disait l’élection sénatoriale, c’est la seule élection où ce sont les électeurs qui mentent plus que les candidats », sourit-il.

    Institution de « résistance » à l’extrême droite

    Sur les plus de 3 600 grands électeurs bucco-rhodaniens, 1181 sont Marseillais. Aux 73 élus du Printemps marseillais au Conseil municipal s’ajoutent 704 délégués supplémentaires. Ce qui sécurise deux sièges a minima à la chambre haute du Parlement mais la gauche veut voir plus grand, et en vise quatre sur les huit que compte le département. Qui complétera ce quatuor ? Ce sera assurément une femme, confirment les candidats. Le nom de Mireille Jouve qui avait remplacé Jean-Noël Guérini, réélu sénateur en 2020 avant d’être déclaré inéligible par la justice, est évoqué. « Les choses avancent », résume le communiste.

    Sur la tablée, eau gazeuse et Pac à l’eau, le soleil réussit à s’infiltrer entre les parasols. La gauche, en ordre de bataille, est néanmoins détendue parce qu’elle est unie, du moins à cette échelle. Quand, en face, la droite peine à s’accorder et l’extrême droite part carrément divisée. Mais le camp brun pourrait, pour la première fois, être en capacité de former son propre groupe au Sénat. Alors, les parlementaires veulent rassembler large, « cette institution, même si elle est plutôt réactionnaire, elle est au moins républicaine. On veut continuer à ce qu’il n’y ait pas de groupe d’extrême droite dans le Sénat. Je pense que par les temps qui arrivent, ça sera important qu’il y ait au moins une institution qui fasse de la résistance républicaine », martèle Marie-Arlette Carlotti.

  • Jean-Pierre Farandou : « Déployer le modèle de la feuille de route de l’industrie de Défense dans tous les secteurs où c’est nécessaire »

    Jean-Pierre Farandou : « Déployer le modèle de la feuille de route de l’industrie de Défense dans tous les secteurs où c’est nécessaire »

    La Marseillaise : Vous venez de signer une feuille de route visant à accompagner le développement industriel de la filière défense dans le Var. Ce modèle est voué à être répliqué ailleurs et dans d’autres domaines ?

    Jean-Pierre Farandou : Oui, l’objectif est de vérifier que les grands secteurs industriels souverains de notre pays disposent des salariés et des compétences nécessaires. On sait, par exemple, que dans la défense, il y aura énormément de commandes qui vont arriver. C’est 10 000 emplois à créer d’ici 2030. Et ce modèle-là, je m’apprête à le déployer partout en France où ce sera nécessaire. Ce sera la même chose dans le nucléaire, autour de l’énergie. Donc il faut s’organiser. Bien sûr, il y a déjà des filières qui existent, des formations. On voit bien qu’on a un saut quantitatif à faire. Et donc, j’ai voulu m’assurer que les industriels auraient bien les salariés nécessaires à cela. Et ensuite, on vérifiera que sur le territoire, on s’organise, et il faut le faire au niveau local.

    Quels vont être les acteurs
    à mobiliser et les grands enjeux pour organiser au mieux
    cette filière
     ?

    J.-P. F. : On mise sur la formation, les élus locaux, les industriels, l’éducation nationale, d’abord pour exprimer les besoins, et vérifier si on dispose des ressources, si on a enclenché les bonnes formations. Il y a aussi des sujets connexes comme le logement. Par exemple, il faudra loger les militaires, tel que Madame la ministre des Armées l’a rappelé. Il faut aussi être capable d’attirer des gens qui vont venir. Et donc, il faudra pouvoir les loger. Il y a aussi la question des services publics à apporter, la mobilité… Et j’ai toute confiance dans la capacité des forces vives du Var pour être à la hauteur des enjeux.

    Les liens avec les entreprises industrielles sont-ils établis ? Comment se matérialisent-ils ?

    J.-P. F. : Oui, elles sont très présentes avec nous. C’est pour elles qu’on se mobilise, mais elles-mêmes nous aident, bien évidemment. Elles financent, à l’image de l’école d’ingénieurs dans laquelle on est aujourd’hui [lire encadré]. Tout le monde se tend la main.

    En sortant du cadre strictement varois, les épisodes de canicule sont de plus en plus fréquents. Des dispositions sont-elles prévues pour garantir les droits des travailleurs ?

    J.-P. F. : Depuis 2025 un décret chaleur impose aux entreprises de prendre des mesures pour protéger leurs salariés en cas de chaleurs intenses : aménagement des horaires de travail, adaptation des postes et des lieux de travail, mise à disposition d’eau fraîche, augmentation des temps de pauses… Dès le 22 mai, afin de m’assurer, que les mesures de protection étaient bien prises, j’ai demandé à renforcer les contrôles de l’inspection du travail. Nous en sommes déjà à plus de 4 500 contrôles, soit plus que l’ensemble des contrôles réalisés en 2024 sur la période estivale. 430 mises en demeure ont été prononcées. Je rappelle que les employeurs peuvent être sanctionnés par une amende de 10 000 euros par salarié concerné. J’ai également invité les préfets des départements en vigilance rouge à arrêter les chantiers de 13 h à 21 h s’ils estiment que la situation locale l’exige, c’est une première en France. Enfin j’ai convoqué la semaine dernière les plateformes de livraisons et les représentants des livreurs pour qu’ils prennent des mesures concrètes de protection, et les plateformes ont pris la décision de suspendre les livraisons entre 14 h et 18 h pour les départements en vigilance rouge canicule. J’appelle également les restaurants à faire preuve de solidarité avec les livreurs en leur permettant l’accès à l’eau et à des espaces de fraîcheur. Dès aujourd’hui, le Premier ministre a activé le tout nouveau plan ORSEC « Chaleurs extrêmes », qui vient renforcer la réponse et la coordination des moyens face aux fortes chaleurs, sur l’ensemble u territoire.

    Le 27 juillet aura lieu l’audience de reprise de l’entreprise Fibre Excellence. L’Élysée a assuré qu’une solution serait trouvée pour lever les conditions suspensives. Qu’en est-il ?

    J.-P. F. : C’est un dossier particulièrement suivi par le gouvernement puisque plus de 600 emplois [directs] sont en jeu. Depuis 2020, l’État a soutenu l’entreprise avec près de 100 millions d’euros investis et est prêt à mobiliser 150 millions supplémentaires. En ce qui concerne le volet social du dossier, j’ai décidé d’enclencher le dispositif d’activité partielle de manière dérogatoire depuis le mois d’avril pour préserver les compétences et les chances de reprise. Cette mesure coûte presque 1 million€ par mois. À ce stade, l’investisseur potentiel évoque une participation de 5 millions et demande une mobilisation de l’État supplémentaire de 80 millions. Le projet de reprise doit reposer sur un modèle économique solide, et financé notamment par des fonds privés. Nous serons très attentifs à l’évolution de la situation dans les prochaines semaines.

    Dans la région, en été,
    les travailleurs saisonniers
    sont souvent confrontés
    à des difficultés de logement.
    Le ministre du Logement
    a soumis l’idée de créer
    des résidences emploi
    . Est-ce un
    dossier sur lequel vous travaillez ?

    J.-P. F. : On travaille avec Vincent Jeanbrun puisque la difficulté d’accès au logement est un des principaux freins à l’emploi. Cela concerne les saisonniers mais aussi les jeunes ou les salariés en reconversion. Des solutions peuvent être élaborées dans les territoires concernés. Je pense à Saint-Nazaire où le préfet de Loire-Atlantique a accompagné la création d’une foncière logement avec les collectivités et les entreprises, pour créer 300 logements afin d’accueillir les salariés des chantiers navals. Pour les travailleurs saisonniers je suis pleinement mobilisé pour favoriser des solutions d’hébergement en dur. En lien avec le ministère de l’agriculture, j’ai décidé de lancer un groupe de travail interministériel avec les partenaires sociaux du secteur agricole pour répondre au sujet de l’hébergement pour les saisonniers du secteur.

  • Beaucaire : le bâillon RN retoqué par la justice

    Beaucaire : le bâillon RN retoqué par la justice

    C’est un revers cinglant pour l’extrême droite beaucairoise. Le 8 juillet 2026, le tribunal judiciaire de Nîmes a débouté Julien Sanchez, Nelson Chaudon et la mairie de Beaucaire de l’intégralité de leurs demandes contre L’Arlésienne et Street Press. Les deux médias d’investigation avaient été traînés en justice pour avoir enquêté en automne 2025 sur la politique discriminatoire d’attribution des commerces du centre-ville, où des témoignages évoquaient une mise à l’écart de commerçants d’origine maghrébine ou latino-américaine. Une pratique que Sanchez lui-même avait résumée, sans la moindre gêne, dès son arrivée à l’hôtel de ville en 2014 : « Le souk, c’est terminé. »

    Le juge des référés a tranché net. Il a estimé que « le caractère manifestement illicite du trouble n’est pas caractérisé » et que « l’exception de bonne foi [constitue] en l’espèce un caractère sérieux ». En clair : l’enquête est suffisamment solide pour ne pas relever de la diffamation manifeste. La justice rappelle aussi les limites du référé : apprécier « la réalité du sérieux de l’enquête », la « base factuelle suffisante » ou encore la « mesure dans l’expression » relève d’un débat au fond. Or la mairie RN avait choisi l’urgence, celle qui sert à faire taire vite, à retirer vite, à intimider fort. Résultat : un camouflet pour des plaignants qui réclamaient la dépublication des articles, le retrait des numéros papier des kiosques (en pleine période électorale, faut-il le rappeler), et pas moins de 18 000 euros de dommages et intérêts au total.

    « La justice a suivi nos arguments, les pièces fournies de notre enquête ont prouvé la bonne foi de notre travail », se félicite Me Valentine Rebérioux, avocate commune de L’Arlésienne et de Street Press. Lors de l’audience du 27 mai, l’avocate avait rappelé que la mairie avait été sollicitée à trois reprises sans jamais répondre, et que la Chambre régionale des comptes avait elle-même pointé des dysfonctionnements au sein de la commune dès 2020.

    Une victoire, mais la facture reste

    Cette victoire juridique ne doit pas masquer le coût réel des procédures-bâillons. L’Arlésienne devra avancer à ses propres frais les honoraires d’huissier pour notifier la décision à la mairie, à sa charge, donc. Ses frais d’avocat ne seront pas mis à la charge des plaignants. Aucun dommage et intérêt pour procédure abusive n’a par ailleurs été retenu. Le RN dispose encore de quinze jours pour faire appel et porter l’affaire devant la cour d’appel. L’épuisement financier et procédural des rédactions indépendantes : c’est précisément la mécanique des bâillons.

    Éric Besatti, directeur de publication de L’Arlésienne, l’avait dit sans détour à L’Humanité début juillet : enquêter sur le RN est « très difficile », car « tout le monde a peur de parler ». Sept témoignages étayent pourtant l’enquête, minutieusement recoupés. « Ce qu’on écrit, on le pense, et on le prouve », tranchait-il. Street Press comptait début 2026 une quinzaine de procédures en cours, dont les deux tiers émanant de l’extrême droite. Zéro condamnation à ce jour.

    Pendant ce temps, la mairie de Beaucaire continue de s’affranchir de ses obligations légales en ne publiant pas les procès-verbaux complets de ses conseils municipaux, contrairement à ce qu’exige pourtant la loi. Les élus d’opposition réclament depuis des années la liste des locaux préemptés, leurs attributaires et les critères retenus. Silence total. La transparence, visiblement, est réservée aux autres communes.

    Désormais, le délai de prescription de trois mois pour attaquer l’enquête au fond est dépassé : la mairie ne peut plus, juridiquement, s’en prendre au contenu des articles. Il ne lui reste plus qu’une option : répondre sur le fond. Ce qu’elle refuse depuis le premier jour. L’Arlésienne affirme rester ouverte à la publication des réponses de la Ville. Or, depuis des années, l’opposition municipale réclame déjà la liste des locaux préemptés ou loués, l’identité de leurs bénéficiaires et les critères d’attribution. Sur ces demandes comme sur celles des journalistes, la mairie fait silence radio. Mais comme le rappelait Besatti, « le journalisme est un sport de combat ». Round gagné.

    La Marseillaise est solidaire de L’Arlésienne et de Street Press. Pour les soutenir et financer leurs frais de justice : journaux en kiosques ou larlesienne.info et streetpress.com

  • La mairie RN de Monteux retire à la MJC 42 000 euros de subventions

    La mairie RN de Monteux retire à la MJC 42 000 euros de subventions

    Après la mairie RN de Carpentras, qui supprime les subventions du Planning familial, c’est au tour de la municipalité de Monteux, également passée RN en mars dernier, de réduire de 90 % celle accordée à la Maison des Jeunes et de la Culture de sa ville.

    Dans un message posté sur ses réseaux sociaux, la structure, qui accueille un peu plus de 500 personnes à travers des activités sportives et des événements divers, explique que cette aide passe de 45 000 euros à 5 000. Elle ajoute que les subventions de fonctionnement et celle du festival des cultures urbaines des vacances d’automne, respectivement de 1 350 et 1 500 euros, sont, elles, supprimées. Et explique prendre acte de cette décision et que le conseil d’administration va se réunir en cette fin de semaine « pour mesurer l’impact sur la vie de l’association ».

    Répartition

    Le maire d’extrême droite, Patrice de Camaret, a justifié, lors du conseil municipal, cette décision en s’appuyant sur les comptes de l’association. Ceux-ci étant, d’après lui, assez fournis. « La collectivité doit soutenir en priorité les associations qui en ont réellement besoin, et non celles qui disposent d’une trésorerie solide », stipule la collectivité. Et assure que cette « décision ne remet pas en cause l’utilité de la MJC ni son travail auprès des Montiliens », mais « traduit une volonté de justice dans la répartition de l’argent public, au bénéfice d’associations qui, elles, ont un besoin réel et immédiat de soutien ».

    Les élus d’opposition ne l’entendent pas de cette oreille. « Il le vend comme une nécessité économique, mais pour moi, c’est idéologique », glisse Michel Mus (DVG). Car, dans le même temps, les subventions aux associations sportives augmentent de 8 %.