Category: politique

  • [Tribune] Verdun ou Waterloo pour Fabien Roussel et le PCF ?

    [Tribune] Verdun ou Waterloo pour Fabien Roussel et le PCF ?

    En se déclarant candidat « jusqu’au bout », malgré des sondages particulièrement défavorables, Fabien Roussel a franchi le Rubicon. Le choix est logique : une candidature sous conditions serait condamnée avant même d’avoir commencé. Mais il est aussi terriblement périlleux. Pour le secrétaire national du PCF, 2027 peut être l’élection de la reconquête. Elle peut aussi devenir celle de l’effacement.

    Verdun ou Waterloo ? L’image est forte, mais elle résume l’enjeu. Verdun, s’il parvient à tenir, reconquérir du terrain et démontrer qu’un parti centenaire possède encore une fonction politique propre. Waterloo, si une candidature enfermée à 2 ou 3% transforme l’élection en défaite stratégique et pose la question de la survie du PCF comme force nationale autonome.

    Le premier danger serait de refaire 2022 « en mieux ». Emploi, salaires, industrie, énergie, services publics, taxation du capital : ces combats restent capitaux. Mais ils ne suffisent plus à construire une identité présidentielle.

    Une présidentielle ne donne pas l’avantage à celui qui possède le catalogue le plus fourni. Elle distingue celui qui parvient à incarner une idée simple du pays et de son avenir.

    D’autant qu’à mesure que l’échéance approchera, la pression du « vote utile » deviendra redoutable si le RN paraît en mesure de conquérir l’Élysée et si Roussel reste très bas. Il devra alors répondre chaque matin à la même question : « Pourquoi êtes-vous encore là ? » Or une campagne ne peut survivre longtemps sur la défensive.

    Il faut donc inverser la question : non plus expliquer pourquoi Roussel se présente, mais démontrer pour quoi sa candidature est nécessaire.

    Passer du programme
    au dessein…

    Pour exister dans une présidentielle, il faut être le nom de quelque chose. Le Pen et Mélenchon, chacun dans un registre radicalement différent, incarnent immédiatement une rupture, le dégagisme. D’autres chercheront à représenter la continuité, le dépassement du macronisme et le barrage au RN. C’est le cas d’Édouard Philippe. Mais Roussel ?

    C’est là que se situe son défi : passer du programme au dessein.

    Non pas 300 promesses, mais une douzaine de grands engagements dessinant la France de 2037 et au-delà : industrielle, instruite, productive, écologique, indépendante, solidaire et pacifique.

    Un pacte populaire de confiance pour un progrès partagé pourrait donner une architecture à cette ambition, à condition de ne jamais devenir un catalogue supplémentaire.

    Prenons la jeunesse. Au lieu d’additionner les mesures, pourquoi ne pas fixer une ambition nationale : mobiliser toutes les forces vives de la Nation pour faire de la jeunesse française la mieux éduquée, formée et cultivée ? École, université, formation professionnelle, culture, sport, santé, logement et emploi cesseraient d’être des dossiers juxtaposés pour devenir les composantes d’un même projet.

    La gauche parle beaucoup des moyens de l’Éducation nationale. Elle parle moins des destinataires : les jeunes et de la France qu’elle veut construire grâce à l’éducation. C’est un espace politique à conquérir.

    Reconquérir le peuple sans courir derrière le RN. L’autre bataille est celle du monde du travail qui s’est éloigné du PCF. L’erreur serait de reprendre quelques thèmes du RN en espérant récupérer mécaniquement ses électeurs. Fabien Roussel pourrait proposer une réponse propre à une demande devenue centrale : la protection.

    Protection du salaire et de l’emploi. Protection face aux déserts médicaux, aux factures énergétiques, au déclassement des territoires et à l’insécurité quotidienne. Protection, enfin, contre le sentiment que les décisions essentielles sont prises sans les citoyens.

    C’est peut-être là que le PCF peut retrouver une part de son identité historique : être à la fois le parti du travail et celui de la protection populaire et celui de l’innovation civilisationnelle.

    Une politique innovante concernant les seniors (catégorie toujours mobilisée par une élection) peut l’illustrer aux yeux des citoyens. Pourquoi continuer à les regarder seulement à travers les retraites, la dépendance et le coût du vieillissement ? Les retraités possèdent des compétences professionnelles, artisanales, techniques ou culturelles. Tutorat des jeunes, transmission des métiers, accompagnement scolaire, vie associative, soutien aux petites communes : le vieillissement peut aussi devenir une force française, mise en œuvre par un ministère des seniors, être l’expression concrète de la solidarité active élevée au rang de politique de vie en commun.

    Ainsi apparaîtrait une différence essentielle : ne pas seulement proposer de redistribuer autrement les richesses, mais organiser autrement la société.

    Jeunesse. Travail et salaires. Industrie. Santé. Logement. Énergie. Alimentation. Écologie. Ruralité et territoires. Seniors. Démocratie. Paix et politique internationale.

    Ces batailles nationales peuvent suffire, chacune assortie d’engagements compréhensibles, financés et vérifiables, mais surtout d’un objectif à dix et 20 ans. La présidentielle retrouverait ainsi sa fonction première : choisir non seulement un gestionnaire, mais une direction pour le pays.

    Cette ambition peut aussi s’enraciner dans les territoires. Faire émerger dans les circonscriptions des femmes et des hommes chargés de porter localement le pacte permettrait de relier présidentielle et législatives. Pendant que Fabien Roussel mènerait la bataille nationale, plusieurs centaines de visages mèneraient la bataille locale : usine menacée ici, désert médical là, école, agriculture, transports ou logement ailleurs.

    Même un résultat présidentiel modeste pourrait alors produire quelque chose : militants remobilisés, nouveaux adhérents, candidats identifiés, réseaux reconstruits. La présidentielle ne serait plus seulement une bataille électorale. Elle deviendrait le premier acte d’une reconquête territoriale.

    Alors, Verdun ou Waterloo ?

    Fabien Roussel et le PCF partent de loin. Le chemin vers le second tour paraît aujourd’hui extrêmement étroit. Mais le premier défi n’est pas encore celui des pourcentages : il est de rendre la candidature du dirigeant communiste politiquement nécessaire.

    S’il reproduit une campagne communiste classique, additionnant revendications sociales, nationalisations, hausses de salaires et taxation du capital, il risque d’être broyé entre Mélenchon, le vote utile et le RN. S’il court derrière ses adversaires, il disparaîtra derrière eux.

    S’il transforme en revanche sa candidature en proposition d’un nouveau contrat national, appuyé sur un Pacte, articulant question sociale, production, écologie, éducation, sécurité quotidienne, souveraineté démocratique et paix, il peut rouvrir un espace.

    Car l’enjeu dépasse le score de Fabien Roussel. Il tient en une question : le PCF est-il encore capable d’incarner un nouveau dessein national ?

    Waterloo, si cette présidentielle n’est que la répétition des précédentes.

    Verdun, si 2027 devient le point de départ d’une reconquête politique, populaire et territoriale.

    Entre les deux, il reste un chemin : surprendre, innover et donner à nouveau envie de croire qu’une France nouvelle est possible.

  • [Entretien] « L’Université d’été du PCF, pour aborder cette année avec ambition »

    [Entretien] « L’Université d’été du PCF, pour aborder cette année avec ambition »

    La Marseillaise : Quels seront les temps forts de cette université d’été du PCF à Toulouse ?

    Guillaume Roubaud-Quashie : C’est une université un peu particulière parce qu’elle arrive juste après le 40e Congrès du Parti Communiste. C’est, pour nous, le premier événement public majeur, important, national, depuis. Il s’inscrit dans un contexte bien connu, qui est celui, du macronisme finissant mais qui n’est pas encore parti puisqu’ils sont dans la préparation d’un prochain budget et envoient des signaux assez inquiétants. Parmi les temps forts de cette année, on a voulu donner une place importante aux enjeux climatiques et environnementaux. Cela se traduira notamment par la présence dès l’ouverture d’un responsable syndical des Sdis. On a aussi voulu apporter un éclairage particulier sur la question des enjeux de l’intelligence artificielle. On aura toute une série de rendez-vous autour des questions internationales, avec le retour de la délégation du PCF qui s’est rendue au Proche-Orient, un temps fort aussi autour de Cuba face au danger trumpiste qui ne cesse de grandir, et une séquence consacrée à l’évolution de la domination états-unienne dans la période. Dans les temps forts politiques, Fabien Roussel donnera son allocution de rentrée ce samedi soir, un débat est organisé dimanche entre Léon Deffontaines et le Haut-Commissaire à la Stratégie et au Plan Clément Beaune sur la question de la planification démocratique. Nous avons également organisé une rencontre entre les différentes formations politiques de gauche, avec socialistes, écologistes, insoumis et communistes bien sûr, ainsi qu’une rencontre avec le monde du travail, en présence de Caroline Chevé secrétaire générale de la FSU et Fabienne Rouchy, secrétaire confédérale de la CGT.

    Vous prendrez part
    à une conférence intitulée «
     Antifascisme et politique
    de masse
     », pouvez-vous
    la présenter
     ?

    G.R.-Q. : C’est une thématique qui est importante pour nous parce qu’il y a la question de la nature de la menace d’extrême droite qui est devant nous et beaucoup d’ateliers seront consacrés à cette question, avec, notamment, Bernard Pudal qui a sorti un livre très important sur le sujet. On a voulu construire avec la jeunesse communiste un projet d’échange qui marie leurs réflexions en cours d’un côté, et de l’autre, un ancrage historique. C’est à ce titre-là que je vais intervenir dans cet atelier, parce que cette question de l’extrême droite, il faut évidemment la regarder à la lumière précise du présent, mais elle n’est pas neuve. On a déjà été confrontés à cette question et à des moments d’affirmation de l’extrême droite, et il y a eu des réponses des communistes dont on peut juger qu’elles sont adaptées pour le présent, qu’elles ne le sont plus, qu’elles l’ont été, qu’elles n’ont pas été, peu importe. En tout cas l’idée est de proposer aux communistes de ne pas réfléchir comme si rien n’avait jamais été pensé et tenté par le passé, si je puis dire. Le propos qui sera le mien sera surtout centré sur les réflexions et les expériences des communistes dans les années 1930, au moment où justement l’extrême droite en France était aux portes du pouvoir. Et, finalement, il faudra la victoire de Hitler pour que l’extrême droite, qui a cessé de progresser et n’avait pas réussi à obtenir le pouvoir, l’obtienne dans le bagage de l’armée nazie par ce rapport de force là. Donc l’idée c’est de voir un petit peu des éléments de réflexion et de parallèles avec aujourd’hui.

    Pourquoi ce moment est-il important pour le parti, les militants, les cadres et les élus ?

    G.R.-Q. : C’est-à-dire qu’on sait tous qu’on va aborder une année importante et qu’on l’aborde avec esprit d’ambition absolument, mais tout en sachant qu’elle n’est pas facile d’avance. C’est-à-dire que le pire n’est pas du tout certain mais le meilleur n’arrivera pas par hasard. Donc, si on veut que le meilleur advienne et que le pire n’advienne pas, alors, il est impératif de prendre le temps de la réflexion au-delà des postures et des pensées courtes. Il faut creuser un certain nombre de sujets sur lesquels l’université va justement travailler à la veille de cette rentrée 2026-2027.

    L’allocution de Fabien Roussel est prévue ce samedi soir.
    Est-ce un lancement de campagne présidentielle, tout en sachant que le vote des militants pour déterminer si oui ou non il sera candidat, est attendu
    le 6
     septembre prochain ?

    G.R.-Q. : évidemment, au Parti communiste, ce sont les adhérents qui décident de leur orientation. En même temps il est certain que le 40e Congrès, au terme d’un processus démocratique, a déjà donné une certaine orientation. Le discours de Fabien Roussel ne pourra pas être celui du candidat, puisque ça, c’est aux communistes de le décider souverainement début septembre. Néanmoins, il s’inscrira dans la perspective qui a été tracée démocratiquement par le 40e congrès. Il aura une tonalité offensive pour attaquer l’année dans le contexte présent.

  • Le PCF porte la solidarité en faveur des sinistrés des incendies

    Le PCF porte la solidarité en faveur des sinistrés des incendies

    Pas de trêve estivale pour les communistes varois qui continuent malgré la canicule à mener la bataille des idées sur les marchés du territoire au plus près des touristes et des habitants. Le premier objectif aujourd’hui étant de venir en aide aux sinistrés des incendies par une collecte de fonds menée de concert avec le Secours populaire. Mais aussi d’entamer une réflexion globale avec la population sur les manques dont a pâti la sécurité civile pour effectuer correctement ses missions d’intérêt public et sur l’urgence de lui accorder des moyens correspondant aux enjeux.

    Toutes les sections sont sur le coup, celles du haut et moyen Var en particulier, mais pas que, puisque les initiatives se multiplient aussi sur la côte explique Romaric Baudier pour la fédération varoise.

    Et de poursuivre : « Nous recevons un accueil très positif et nos propositions, compte tenu du contexte et de l’été que nous passons, parlent à beaucoup de nos concitoyens qui ont touché du doigt ce à quoi nous amène l’austérité territoriale, une gestion de la crise qui n’a pas été du tout à la hauteur parce qu’il manque des moyens ».

    Une autre politique

    Une démarche, ajoute-t-il, qui est perçue comme sérieuse. Ce qui permet aux militants d’aller plus loin et de mettre en avant les propositions portées par le PCF. « Lorsqu’on parle par exemple avec eux de l’indemnisation des particuliers ou des exploitants agricoles on est écoutés, c’est du concret et ça nous permet d’aborder le rôle qu’aurait un pôle public bancaire », reprend le responsable communiste.

    « C’est une question sur laquelle on nous aurait ri au nez y a quelque temps, mais qui maintenant peut prendre tout son sens, surtout quand on sait que les feux de forêt vont se multiplier dans les années à venir », analyse-t-il.

    Un pôle public bancaire, couplé à un pôle public assurantiel, qui permettrait, précise Romaric Baudier d’offrir une sécurité avec des indemnisations à la hauteur réelle des pertes. Et de prévenir : « Parce que ce qui va se passer là, c’est que notamment, les petits exploitants vont se retrouver sur le tapis, acculer à vendre à de grands propriétaires terriens. On sait que les grands groupes, comme LVMH rachètent énormément de terres dans le Var… »

    L’occasion également de mettre sur la table la question du financement des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) mais aussi réfléchir à la propriété des forêts, leur entretien et le maintien des activités agricoles aussi, l’écopâturage ou l’entretien des pare-feu.

    Une ambition portée par le PCF qui n’est pas conciliable avec la perte de 25% des effectifs de l’ONF et avec des sapeurs-pompiers professionnels en nombre insuffisant. « Nous sommes parmi les pays européens, l’un des pays qui en a le moins en proportion de sa population », conclut le militant qui nous répond en pleine distribution de tracts dans les boîtes aux lettres de la cité de la Rouve, à La Seyne.

  • À Alès, Darmanin entre soutien et promesses

    À Alès, Darmanin entre soutien et promesses

    À quelques mètres de l’hôtel de ville, les mots se veulent fermes. Jeudi 13 août, Gérald Darmanin est venu à Alès apporter son soutien à Christophe Rivenq, maire LR placé sous protection policière depuis les graves menaces reçues en juillet : deux balles de 9 mm dans une enveloppe, et des inscriptions signées « DZ NG ».

    Après quarante-cinq minutes d’entretien à huis clos, le garde des Sceaux salue « un maire courageux » et assure que « l’enquête progresse grâce aux policiers de la police judiciaire ». Le Parquet national anticriminalité organisée est désormais saisi. Sans confirmer l’implication de la DZ Mafia, revendication d’ailleurs démentie par des hommes se présentant comme membres du groupe criminel, Gérald Darmanin dit espérer que les investigations permettront, « dans les prochaines semaines », de mettre fin aux menaces.

    Un tribunal pour enfants dès 2027

    Mais derrière la démonstration de soutien, le déplacement devait aussi apporter du concret. Gérald Darmanin a confirmé la création, début 2027, d’un tribunal pour enfants à Alès, revendication ancienne du monde judiciaire. Un juge des enfants, un parquetier spécialisé et des greffiers doivent renforcer une justice des mineurs jusqu’ici largement organisée depuis Nîmes. La Ville fournira les locaux.

    Le ministre a également évoqué un possible déménagement du Service pénitentiaire d’insertion et de probation, aujourd’hui à l’étroit. Neuf policiers supplémentaires doivent par ailleurs rejoindre Alès en septembre, renfort décidé avant les menaces contre le maire. Dans une ville gagnée par le narcotrafic, l’État promet policiers et magistrats. Reste à espérer qu’après les effets d’annonce, les moyens suivront. Et que la réponse ne s’arrêtera pas au tout-sécuritaire.

  • Ils participent à la rentrée des gauches

    Ils participent à la rentrée des gauches

    Sophie Roques. Présidente de Homosexualités et Socialisme (HES) France, PS à Marseille

    « La table ronde « Comment contrer les offensives anti-LGBTI+ en France et dans le monde ? », s’inscrit dans la période actuelle où les offensives réactionnaires sont extrêmement fortes et extrêmement violentes de partout, y compris aux États-Unis. Malheureusement, ce qui s’y passe, arrive en Europe aussi quelque temps après. La gauche a une responsabilité énorme, parce qu’on sait que l’extrême droite, si elle arrive au pouvoir, ne tiendra jamais ses promesses sur son programme économique. Par contre, on sait qu’elle s’attaquera en premier aux droits des femmes, des minorités et des personnes LGBT. On le voit avec les coupes sur les financements des plannings familiaux. La gauche doit être dans un cycle de conquête par rapport à ça. Elle a cette responsabilité de proposer une société émancipatrice, plus juste. »

    Sylvie Vinceneux. Secrétaire fédérale du PCF du Var

    « J’interviendrais sur le thème : quelle ambition pour le logement dans les quartiers populaires ? Le logement doit être abordé dans la campagne pour l’élection présidentielle. On est quand même dans une crise qui est profonde et la plupart des pays européens sont dans la même situation. Dernièrement, un des commissaires de l’ONU, a lancé une alerte en disant que, vu le nombre aujourd’hui de gens en demande de logement qui étaient à la rue, ce problème devait être pris à bras-le-corps. Toutes les fondations tirent des signaux d’alarme depuis des années. Les chiffres ne cessent d’augmenter, on est à 2,9 millions de personnes en demande de logement. C’est plus de 50% en 10 ans, c’est énorme ! À cela s’ajoutent 305 000 sans domicile fixe. Il y a aussi les personnes qui sont mal logées et vivent dans des passoires ou des bouilloires thermiques ; les quartiers populaires concentrent tout cela. »

    Raphaël Arnault. Député LFI de la 1ère circonscription de Vaucluse

    « La conférence « l’ère du suprémacisme », sur laquelle j’interviens, a pour but de décrire la dynamique actuelle de l’extrême droite, notamment d’un point de vue idéologique. On a tendance à tenter de faire des comparaisons à l’échelle internationale, s’il y a des similitudes, il y a aussi de grandes différences, d’un point de vue du contexte, de l’histoire, de la réalité dans laquelle elles évoluent. On décrit, par exemple, le gouvernement actuel israélien, comme étant d’extrême droite. Mais cela manque un peu d’explications de pourquoi est-ce que ces extrêmes droites-là, en Occident, qui sont historiquement très antisémites, s’allient avec des gouvernements, comme celui d’Israël. C’est tout simplement du suprémacisme. Il existe, ici dans notre pays, des relais suprémacistes portés par l’extrême droite organisée de façon très consciente, notamment par le Rassemblement national. »

    Guy Benarroche. Sénateur EÉLV des Bouches-du-Rhône

    « J’anime l’atelier « Discriminations et démocratie : du constat à l’action politique ». C’est-à-dire comment, aujourd’hui, les nouvelles formes de discrimination raciale ou sexiste, qui sont modifiées dans leur façon de s’exprimer et dans leur impact, entre autres, par les algorithmes et les réseaux sociaux, influent énormément sur notre vie démocratique. Dès lors, comment on pourrait nous, citoyens, et législateurs aussi, trouver des solutions plus adaptées que celles qui existent aujourd’hui, à la lutte contre ces formes-là de racisme et de discrimination. Ce qui rend ces universités importantes, c’est la capacité à recevoir énormément d’intervenants extérieurs au parti politique. C’est très enrichissant pour la réflexion générale du parti, ça nous permet de confronter ou d’additionner à nos positions des analyses sur des thématiques telles que le climat, les incendies, l’eau, la justice des mineurs, les discriminations raciales ou l’armement nucléaire. »

  • Olivier Galzi défend son arrêté en utilisant un fait divers

    Olivier Galzi défend son arrêté en utilisant un fait divers

    Habituellement, Olivier Galzi n’est pas avare en communication et sait orchestrer toute nouvelle décision. Le maire (DVD) n’avait pourtant pas fait la promotion d’un nouvel arrêté réglementant l’occupation de l’espace public, publié sur la seule page internet des actes administratifs de la Ville. Si la municipalité a répondu aux diverses sollicitations presse, Olivier Galzi a attendu ce mardi pour évoquer l’arrêté sur ses réseaux sociaux.

    Et ce, en se servant d’un fait divers, relaté par Vaucluse matin, où le 15 août sur fond de forte alcoolisation, un individu a arraché un bout de menton à un autre pour cause de refus de cigarette. « Notre arrêté entend donner à la police municipale une base légale pour intervenir avant que de tels drames ne se produisent ! », assure le premier magistrat, visiblement agacé des critiques de son « opposition de gauche et leur réseau d’associations »… À l’instar de la Ligue des droits de l’homme ou de la fédération des acteurs de la solidarité, prête à attaquer en justice l’arrêté (notre édition de mercredi) qualifié « d’anti-mendicité ».

    Olivier Galzi accuse la gauche d’une forme d’angélisme : « Elle refuse de voir le lien entre la présence de groupes de marginaux dans la rue et l’insécurité qui peut en découler… Elle fait croire que nous nous en prenons aux “pauvres” comme si la pauvreté impliquait toutes les dérives décrites dans notre arrêté. Quel mépris pour eux et quel aveuglement coupable envers les victimes ! » La gauche et les associations s’interrogent sur la durée (6 mois) de l’arrêté et quelle politique plus globale est mise en place à destination de ce public vulnérable.

  • La présidentielle au cœur des universités d’été

    La présidentielle au cœur des universités d’été

    C’est le rendez-vous qui amorce la rentrée politique : insoumis et écologistes lancent ce jeudi, pour la gauche, la saison des universités d’été, suivis par les communistes vendredi et les socialistes la semaine suivante. Cette grand-messe réunit chaque été élus, militants et sympathisants autour de débats structurants pour les partis, des ateliers et des formations. À huit mois de l’élection présidentielle, le sujet s’impose comme central pour les différents rassemblements. D’autant que pour les forces de gauche, les stratégies divergent.

    Les Verts, eux, prévoient une soirée dès l’ouverture jeudi de leurs Journées des écologistes, « pour l’écologie, pour l’union » : « En 2027, la France fera face à un choix décisif. (…) Pour empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir et faire gagner la gauche et les écologistes, nous devons construire l’union de toutes celles et ceux qui veulent ouvrir une autre voie pour le pays », écrivent-ils sur leur site. La secrétaire nationale du parti a annoncé sa candidature à une primaire unitaire de la gauche – celle-ci étant quasi enterrée. Une enquête d’opinion interne confirme : 65,13% des votes exprimés soutiennent qu’en cas d’échec de la primaire, Marine Tondelier serait leur candidate.

    Cette option de la primaire réunissant la gauche et les écologistes était soutenue et portée par la patronne des Verts et le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Mais ce dernier a été mis en échec dans son propre camp : 55,5% des militants ont voté pour une primaire fermée, réservée aux socialistes et aux « organisations politiques se reconnaissant comme faisant partie du pôle socialiste », à savoir, Place publique de Raphaël Glucksmann. La date du scrutin sera adoptée en Conseil national le 25 août, soit trois jours avant le CamPus à Blois. Ce lundi, le parti a fait un pas de plus en dédiant un site internet à son « Projet socialiste », le programme que portera son ou sa candidate.

    De son côté, le PCF, qui a reconduit Fabien Roussel à sa tête, veut porter sa propre voix en 2027. « J’ai dit que j’étais prêt, si vous le décidiez, à mener ce combat avec vous une nouvelle fois », a confirmé ce dernier dans son discours d’ouverture du 40e Congrès des communistes à Lille en juillet dernier. Les militants doivent officiellement entériner la candidature de leur secrétaire national lors d’un vote prévu le 6 septembre prochain. La question élyséenne sera évoquée lors des universités d’été à Toulouse, avec un débat entre les différentes forces de gauche samedi, et un atelier « comment faire gagner la gauche en 2027 ? ».

    Lutte contre l’extrême droite

    Pas de surprise du côté de LFI qui se projette déjà dans la campagne avec une formation dispensée lors de ses Amfis dédiée à « rechercher les 500 parrainages pour l’élection présidentielle ». Son leader, Jean-Luc Mélenchon, candidat pour la quatrième fois à l’élection suprême donnera un grand meeting ce dimanche pour clôturer l’événement à Valence.

    Si elles partent désunies, les organisations politiques affichent un but commun : empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir. Car le risque n’a jamais été aussi grand de voir les prêcheurs de haine au palais de l’Élysée. Ainsi, les insoumis proposent samedi une conférence intitulée « contre l’extrême droite, la Nouvelle France contre toutes les formes de racisme ». Le même jour, les Écologistes invitent à « repenser la riposte numérique face à l’extrême droite ». Le lendemain, les communistes proposeront une analyse sur le thème suivant « extrême droite : réalités et dynamiques électorales ». Quand le PS questionnera : « Quels sont les ressorts du récit du Rassemblement national ? Comment les contrer ? », la semaine d’après.

    « Nous devons construire l’union de toutes celles et ceux qui veulent ouvrir une autre voie pour le pays »

  • Marseille : le désastre de Bonneveine, un bourbier politique

    Marseille : le désastre de Bonneveine, un bourbier politique

    À l’initiative de LFI et de la coalition citoyenne Comm’un Possible Marseille (Donut Infolab, Alternatiba Marseille, Climat Paca, Eden Initiative, etc.), une petite manifestation d’une vingtaine de personnes s’est tenue devant la mairie centrale à 18h « pour rendre le massacre à son auteur » en déposant sous les fenêtres de Benoît Payan des tronçons d’arbres.

    « Du grand n’importe quoi » assène Romain Simmarano, le conseiller municipal (Renaissance) d’opposition pour qui « Bonneveine est plus qu’une simple faute politique, c’est un symptôme : la mairie est littéralement à l’arrêt, alors que Marseille a besoin de mouvement, d’énergie, d’envie, de résultats ! »

    Mardi matin, les tronçonneuses ont continué à hacher menu les 26 pins matures déstabilisés par les travaux et abattus la veille malgré la forte mobilisation citoyenne et associative. « C’est un désastre à partir d’une connerie initiale de la ville. S’il y avait eu un management compétent, on n’en serait pas là ! », peste Richard Hardouin, le président de France nature environnement 13, venu voir le désastre, mais empêché par les policiers municipaux d’approcher des cratères. « On aurait pu sauver des arbres en les élaguant ou en les étayant », estime le défenseur de l’environnement. « C’est choquant d’avoir constitué fin juillet un groupe avec des riverains responsables, de se réunir le 10 août avec Perrine Prigent, l’adjointe aux espaces verts, qui n’a pas attendu le délai de 15 jours qu’elle avait proposé. Ils ont abattu même des arbres non préconisés par l’expertise d’ONF Vegetis. » Une habituée du parc fulmine : « C’est un scandale sans nom. Quand on voit que des pompiers sont morts pour sauver des forêts dans les Landes ! »

    Plus loin, un militant s’est perché dans un grand pin condamné. Jean-Luc, habitant du Roy d’Espagne, entend ainsi protester « contre le plan de découpe lancé subitement par un bureau d’études qui a décidé sans l’avis des riverains avec sa vision de la nature, de lancer une guerre éclair. Ce sont des arbres matures qui rendaient service aux habitants. Les arbres ne sont pas des biens mobiliers. Le parc doit se faire autour des arbres existants. » Il finit par descendre, aidé d’un escabeau amené par la police.

    Invités à une réunion à la Direction de la Nature en Ville, avenue Clot-Bey, les représentants du collectif de riverains sont ressortis dépités. « On a été reçu par trois seconds couteaux des espaces verts, sans répondant, qui en ont dit le moins possible. Il n’y avait pas Perrine Prigent l’adjointe aux espaces verts, ni Marc Foveau le DGA qui avait lancé l’invitation », se désole encore Alain Senentz président du collectif de riverains.

  • Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Un terrain à la Valentine dans le 11e arrondissement, un autre dans le 15e, une caserne dans le 3e à l’abandon depuis des lustres et squattée à plusieurs reprises. Seule certitude sur ces sites occupés depuis des années par des familles originaires de Roumanie, les expulsions sont pendantes. Et « le concours de la force publique est accordé », précise maître Adam Borie, avocat au barreau de Marseille. Quant aux dates ?

    Sollicitée à plusieurs reprises, la préfecture ne répond pas. De quoi laisser l’angoisse s’installer. D’autant plus que la rentrée scolaire approche et que sur chacun des sites, de nombreux enfants sont scolarisés. La Ville, propriétaire du site, motive quant à elle la demande d’évacuation par : « Un danger sur un bâtiment qui reste occupé, une activité de ferraille et des conditions d’occupation qui présentent un danger pour eux comme pour les riverains, le non-respect des installations d’accès à l’eau, à l’électricité et à l’hygiène en dépit d’un grand travail d’accompagnement pour sécuriser le site. » Pour autant, elle avait porté « une exigence de relogement », qui incombe à l’État.

    « Les expulsions produisent une rupture dans le parcours de soins des personnes malades, le suivi des femmes enceintes et l’accompagnement social », ajoute Laurent Sapin, à l’origine de la conférence de presse. Car il se dégage un scénario trop couru pour être ignoré, dans ces injonctions à quitter le terrain. À l’écoute, le père Paul Daniel, qui a officié à la Belle de Mai, se souvient avoir ouvert les portes de la paroisse à des familles expulsées, un soir d’octobre 2012, par un fort mistral, « des enfants, des personnes âgées, des malades, épuisés par la marche », traquées par les CRS pour les empêcher de s’installer dans une nouvelle friche.

    Des droits à défendre

    Elena, qui vit à Marseille depuis 15 ans, « représente une association de soutien aux familles roms » et témoigne : « On en a marre de changer d’endroit à chaque fois que la police vient nous déloger. À chaque fois, c’est justifié par la question de la sécurité. Mais il n’y a jamais de solution durable. » Elle argumente et interroge : « Quand dans les bidonvilles ont été évacués, des logements ont été construits pour reloger. Pourquoi les autorités ne choisissent pas le dialogue plutôt que l’expulsion qui coûte plus cher. Évacuer un terrain, c’est 4 000 euros. » Et répond à son tour : « On nous demande pourquoi on vit en groupe. C’est pour se protéger des violences. » Car les cas n’ont pas manqué, d’attaques violentes, de tentatives d’incendie.

    « Oui, il y a des nuisances qui peuvent excéder les voisins », reconnaît Framboise Robert, responsable de l’association culturelle Arte Cavhalo. Rare signataire à connaître la situation de très près pour avoir travaillé plus de 16 ans avec les enfants des squats. « Mais si on nous laissait le temps d’organiser des activités avec des aides, bien encadrées, bien gérées, avec un budget au lieu de couper les subventions des associations, ça pourrait bien se passer. » À Gardanne ou à Lyon, des expériences d’accompagnement ont fait leurs preuves. « Ici, les projets sur les friches Euromed n’ont fait que repousser les squats, de Bougainville à Gèze, à la Belle de Mai », regrette-t-elle.

    « Nous devons faire entendre notre voix » ont convenu les familles. « Nous sommes ici pour dire que ces familles ne sont pas seules », a rappelé Laurent Sapin avec à ses côtés une militante de Front commun et Imram Trocmé, élu LFI des 4-5. Une représentante d’Un centre-ville pour tous et du Collectif d’habitants organisés du 3e (CGO3) propose « d’agir ensemble, de créer des liens ». Le premier pas se fera sur le plan judiciaire. Sans toit, ces familles ne sont pas sans droits. Maître Adam Borie annonce : « Ces familles n’étaient pas représentées lors de l’ordonnance. Elles ont droit au débat devant un juge. Nous allons saisir le Juge de l’exécution. » De quoi gagner un délai.

  • À Six-Fours, le maire RN Frédéric Boccaletti éjecte sa première adjointe

    À Six-Fours, le maire RN Frédéric Boccaletti éjecte sa première adjointe

    Frédéric Boccaletti (RN) vient de retirer l’ensemble de ses délégations à sa première adjointe Carolyn Salva, une présidente d’association pas suffisamment en phase, on dirait, avec la ligne d’un parti auquel du reste elle n’a jamais appartenu. Et cela alors que l’intéressée est absente, partie en vacances avec sa fille.

    Une mise à l’écart expéditive puisque le conseil municipal va se réunir dès samedi pour désigner une ou un remplaçant plus docile ou plus proche des idées d’extrême droite. En charge des affaires sociales et des solidarités, peut-être a-t-elle touché du doigt le double discours du Rassemblement national et refusé de cautionner l’imposture. Ce qui aurait provoqué l’ire du premier magistrat et sa révocation pure et simple. Le sieur Boccaletti n’a lui en revanche rien d’un tendre ou d’une brebis égarée mais bien, malgré l’image qu’il est parvenu à imposer et les sourires de façade, un idéologue pur et dur. Pour mémoire l’ancien libraire négationniste a été condamné en 2000 à un an de prison dont six mois ferme pour « violence en réunion avec arme ».

    L’imposture manifeste

    de l’extrême droite

    Mais que diable allait-elle faire dans cette galère ? Contactée hier par message sur les réseaux sociaux, Carolyn Salva a promis de s’exprimer publiquement sur les raisons de son éviction dès son retour sur la terre ferme le 29 août.

    En attendant, c’est vrai que beaucoup de militants associatifs connaissant l’engagement de l’intéressée en matière d’inclusion des personnes, notamment des enfants, en situation de handicap à la tête de l’Attrap’Rêves, s’étaient émus de la retrouver aux côtés de Frédéric Boccaletti. Le genre de prise de guerre dont le RN a besoin pour gagner les élections municipales en faisant campagne localement pour des listes soi-disant sans étiquette, ouvertes à la société civile.

    En attendant, cinq mois seulement après l’installation de la majorité municipale qui a gagné de quelques voix à peine, le maire s’ampute de sa première adjointe, c’est-à-dire de la personne censée lui être le plus proche, ce qui fait plus que désordre.

    Interrogé par notre confrère de Var-matin ce dernier a mis laconiquement en avant quelques « divergences sur la conduite des affaires municipales ».

    Par pudeur, certainement.