Category: France

  • Carburants : Lecornu annonce 710 millions d’euros d’aides

    Carburants : Lecornu annonce 710 millions d’euros d’aides

    Désireux de « changer d’échelle » sans abandonner « personne », le Premier ministre et dix de ses ministres ont détaillé, lors d’une conférence de presse, ce nouveau paquet de mesures de « soutien à l’activité » percutée de plein fouet par la guerre en Iran, avec la même « philosophie » d’aides aux secteurs les plus touchés.

    Les aides sectorielles existantes pour les agriculteurs, les transports, la pêche ou le BTP, vont être prolongées jusqu’à l’été, et les entreprises sont invitées à verser une prime carburant augmentée à leurs salariés. Dans le détail, celles pour la pêche représenteront entre 30 et 35 centimes d’euro par litre de gazole, tandis que les agriculteurs bénéficieront d’un soutien de 15 centimes par litre de gazole non routier (GNR).

    Parmi les plus vulnérables, les aides à domicile, qui utilisent beaucoup leur voiture, et les fonctionnaires verront leurs indemnités kilométriques revalorisées, à hauteur d’environ 20 centimes par litre. L’aide aux gros rouleurs de 50 euros sera doublée à 100 euros. Les fonctionnaires amenés à utiliser leur véhicule personnel dans le cadre de leur mission verront eux aussi leurs indemnités de déplacement revalorisées, avec une majoration équivalente à environ 0,20 euro par litre de carburant.

    Avancer « prudemment »

    Car « d’une manière ou d’une autre, sous une forme ou sous une autre, cette guerre va durer, soit de manière froide (..) soit malheureusement aussi avec une reprise du conflit et des frappes, ce qui est un scénario évidemment possible », a prévenu Sébastien Lecornu.

    Mais comment aider davantage les métiers touchés sans creuser le déficit ou contraindre les dépenses ?

    Il faut « avancer prudemment » pour ne pas « casser la croissance », a souligné le chef du gouvernement parce que ces aides et la guerre ont « un coût » et un « certain nombre d’économies » seront « nécessaires ». Elles seront détaillées dans un comité d’alerte sur les finances publiques qui se réunira au mois de juin.

    Le gouvernement a déjà annoncé six milliards d’euros de gels ou annulations de crédits sur les dépenses publiques en 2026, dont quatre sur l’État et deux dans « la sphère sociale », qu’il envisage de « remettre à jour ».

    Le Premier ministre a écarté de nouveau « toute baisse générale indiscriminée de la fiscalité sur le carburant » qui coûte « très cher » aux finances publiques. Elle reste l’une des demandes d’une partie des oppositions pour soulager la facture énergétique des ménages. Pas question non plus de réclamer aux Français plus de sobriété dans leur consommation de carburant. « Il ne faut pas emmerder les Français » en leur faisant la « leçon » sur la façon dont ils doivent vivre, a affirmé Sébastien Lecornu, reprenant une formule célèbre de son lointain prédécesseur Georges Pompidou.

    Le gouvernement s’en remet en partie aux entreprises, en renforçant la prime carburant pour les salariés. Le montant maximum de cette prime défiscalisée versée par les employeurs sera portée de 300 à 600 euros. Sébastien Lecornu avait déjà salué la mesure prise par le groupe pétrolier TotalEnergies de plafonner les prix à la pompe dans ses stations-service, à défaut de le faire à son niveau compte tenu des contraintes budgétaires.

  • [Entretien] Yannick Monnet : « Une triple peine pour les femmes victimes d’un cancer du sein »

    [Entretien] Yannick Monnet : « Une triple peine pour les femmes victimes d’un cancer du sein »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui vous a motivé à porter cette proposition de loi sur le remboursement des soins
    de support pour les patientes atteintes d’un cancer du sein ?

    Yannick Monnet : Une femme victime de cette maladie avait sollicité Fabien Roussel [secrétaire national du PCF, Ndlr] et moi-même, à deux moments différents. Elle nous avait expliqué qu’en plus de ses traitements contre le cancer, elle devait acheter des pommades et du vernis à ongles spécifiques. Ces dépenses, considérées comme soins de support, s’élèvent en moyenne 2 000 euros et ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Tout comme les dépassements d’honoraires, les prothèses capillaires et les implants mammaires. Pourtant, ces soins ont été reconnus comme essentiels à la guérison physique, mais aussi psychologique des patientes. Nous avons rencontré des acteurs qui suivent ces femmes, comme chez moi l’association Accanthe, qui financent des espaces d’accompagnements thérapeutiques pour les victimes de cancer du sein. Elles peuvent y consulter des kinésithérapeutes, des diététiciennes, des sophrologues… Notre objectif était donc d’obtenir la prise en charge intégrale des soins liés au cancer du sein, avant la chimiothérapie, pendant et après la rémission. Malheureusement, on n’a pas obtenu tout ce qu’on voulait. Nous avons dû retirer en commission la question du dépassement d’honoraires. On a eu, en contrepartie, l’engagement de l’ancien Premier ministre, François Bayrou, qu’un rapport sera fait sur le dépassement d’honoraires. Mais il y a, tout de même, un certain nombre de progrès qui sont permis par la loi. Faut-il encore que les décrets soient écrits et appliqués.

    Justement, avez-vous connaissance d’un calendrier gouvernemental pour la publication de ces décrets ?

    Y.M. : Aucun. Aujourd’hui, on n’a toujours pas de calendrier. On est encore dans des logiques financières, ce qui n’a aucun sens. Pour les femmes qui sont victimes d’un cancer du sein, c’est la double, voire la triple peine : l’angoisse de la maladie, une vie personnelle complètement bouleversée et, parfois, une vie professionnelle mise entre parenthèses. Beaucoup de femmes divorcent ou quittent leur emploi. Et, en plus, elles doivent assumer des dépenses pour se soigner correctement. Je pense que c’est un problème de volonté politique pour ne pas dépenser trop d’argent. C’est pourquoi nous lançons une pétition. Mais c’est terrible qu’on soit obligés d’en arriver à un rapport de force. Aujourd’hui, le législatif a fait son boulot, de façon assez rapide, puisqu’on a mis peu de temps pour aboutir à cette loi, moins de deux ans. Maintenant, c’est à l’exécutif de faire le sien. Et il ne le fait pas, pour l’instant… Les réponses administratives et technocratiques que je reçois ne m’intéressent pas. C’est du prétexte. Et ça crée de faux espoirs pour ces femmes. J’ai vu des procédures accélérées. On est capable de voter des budgets pour des dispositions militaires. On n’a pas mis trois ans.

    Pensez-vous qu’il existe un déséquilibre dans la volonté d’agir en fonction des sujets ?

    Y.M. : Clairement, aujourd’hui, on cherche à faire des économies en matière de dépenses de santé. On passe son temps à vouloir réduire les dépenses. Donc il y a une volonté politique. En tout cas, il y a un risque de voir la Sécurité sociale disparaître si l’on continue à en assécher les financements. Dans le cas de cette proposition de loi, il est invraisemblable que les décrets n’aient toujours pas été publiés. Ils finiront bien par l’être, mais cela traîne des pieds. Le problème, c’est que les ministres ont une durée de vie qui était assez courte, donc, « après moi, le déluge ». Pourtant, ce n’est pas compliqué de rembourser des produits qui bénéficient aux femmes victimes d’un cancer du sein. Je me dis qu’avec cette pétition, le gouvernement ne pourra plus ignorer la nécessité de publier ces décrets.

  • Le Grand J.T. des Territoires du 16 mai

    Le Grand J.T. des Territoires du 16 mai

    Conflit en Iran : les conséquences en France sont multiples. Outre le prix de l’essence qui a explosé, de nombreux secteurs d’activités sont touchés. Explications dans ce journal.

    Un robot viticulteur autonome ! Une prouesse technologique qui pourrait bien soulager le travail de l’Homme sur les terrains viticoles. Découverte de cet engin dans le Vaucluse.

    Avec l’arrivée de la belle saison, c’est l’heure de la transhumance des troupeaux de nos agriculteurs. Immersion dans les Vosges au cœur de cette tradition agricole.

  • Une riposte antifasciste imaginée par Jean Zay

    Une riposte antifasciste imaginée par Jean Zay

    L’antifascisme est un facteur déterminant des naissances du Festival de Cannes, en 1939, 1946 et 1947 », écrit Tangui Perron dans son ouvrage Tapis rouge et lutte des classes*, publié en 2024. Dans cet essai, l’historien du cinéma et du mouvement ouvrier revient sur la genèse de cette fête du cinéma qui est une histoire populaire, ouvrière et antifasciste. « Le projet de 1929, au départ porté par les derniers éléments les plus progressistes du gouvernement, s’est construit en réaction à la mainmise du pouvoir fasciste sur le Festival de Venise en 1938, elle-même renforcée par l’intervention du pouvoir nazi sur le palmarès », relate-t-il.

    La Mostra couronne cette année-là Les Dieux du Stade de Leni Riefenstahl – intime d’Hitler qui lui confie la réalisation de films de propagande nazie – et Luciano Serra, pilote de Goffredo Alessandrini, supervisé par Vittorio Mussolini, fils du Duce. Présent sur place, le haut fonctionnaire Philippe Erlanger alerte à son retour en France Jean Zay, alors ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire, lui insufflant l’idée. « C’est un acte de résistance, culturelle cette fois-ci, contre ce régime totalitaire. Et qu’il faut que ce soit la France, le pays des droits de l’homme, qui soit aux avant-postes pour ça », témoigne Hélène Mouchard-Zay dans Affaires sensibles.

    La première édition de l’événement fixée au 1er septembre 1939 sera annulée : l’Allemagne nazie a envahi la Pologne, la Seconde guerre mondiale éclate. Jean Zay est assassiné par la Milice en 1944. Mais le projet survit. À la Libération, Raymond Picaud, maire socialiste de Cannes, médecin des pauvres et résistant, met tout en œuvre pour que le festival se tienne dans sa ville. Cette première édition du 20 septembre 1946 est un succès, à la fois une fête populaire, mondaine et cinématographique. Des milliers d’ouvriers syndiqués à la CGT travaillent jour et nuit, parfois bénévolement, pour construire en quatre mois le Palais des festivals. Le syndicat, entré au conseil d’administration dès la première édition, participe au financement pour pérenniser l’événement jugé trop coûteux par le gouvernement dans la France d’après-guerre. C’est aujourd’hui le plus grand festival du cinéma au monde.

    *Aux éditions de l’Atelier

  • Un premier cas d’hantavirus en France

    Un premier cas d’hantavirus en France

    Vers une nouvelle épidémie ? Un premier cas français d’hantavirus a été confirmé ce lundi. Il s’agit d’une femme rapatriée du bateau de croisière MV Hondius qui a présenté des symptômes dans l’avion médicalisé qui la transportait, de même que quatre autres ressortissants français, jusqu’à l’hôpital Bichat à Paris. Son cas « s’est dégradé dans la nuit » de dimanche à lundi, détaille la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Les quatre autres croisiéristes ont, pour l’instant, été « testés négatifs ». Ils restent néanmoins considérés comme des cas « à haut risque » par les autorités sanitaires. Hospitalisés « dans des chambres avec des flux d’air qui permettent d’éviter la contamination », « ils sont évidemment isolés dans cet hôpital et y resteront jusqu’à nouvel ordre », au minimum 15 jours, a-t-elle indiqué.

    Pour éviter la propagation du virus, le gouvernement français a renforcé son dispositif de sécurité. « Afin de prévenir toute propagation de l’hantavirus de souche Andes, les personnes ayant séjourné à bord du navire MV Hondius entre le 1er avril 2026 et le 10 mai 2026 et arrivées sur le territoire national sont placées en quarantaine dans un établissement de santé pour la durée nécessaire à la réalisation d’une évaluation médicale et épidémiologique. À l’issue de cette évaluation, elles sont maintenues en quarantaine ou placées à l’isolement, pour une durée totale de 42 jours », acte un décret paru au Journal officiel lundi.

    22 cas contacts identifiés appelés à se signaler

    À ce stade, vingt-deux cas contacts ont été identifiés sur le territoire national : huit d’entre eux étaient passagers sur le vol du 25 avril entre Sainte-Hélène et Johannesburg sur lequel voyageait également une croisiériste néerlandaise dont l’époux pourrait être le « patient zéro ». Les deux sont depuis décédés. Les voyageurs français concernés « ont été mis à l’isolement rapidement ». Les 14 autres français ayant voyagé à bord du vol Johannesburg-Amsterdam du même jour – dans lequel la passagère néerlandaise est montée brièvement – sont appelés à se signaler « sans délai aux autorités sanitaires ». « Nous prenons les mesures les plus strictes de la zone européenne (…) c’est tout au début de l’épidémie que ça se joue, il faut briser les chaînes de transmission du virus », martèle la ministre sur France 2.

    Le Premier ministre a convoqué lundi dans l’après-midi une deuxième réunion en deux jours à Matignon sur le sujet, en présence de la ministre de la Santé, celui de l’Intérieur, de la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon et de hauts responsables de l’administration dont le directeur général de la santé Didier Lepelletier. Plus tard dans la soirée ont été reçus des spécialistes de l’épidémiologie dont Olivier Schwartz (Institut Pasteur), Yazdan Yazdanpanah (ANRS MIE – agence des maladies infectieuses émergentes), Xavier Lescure (AP-HP Bichat) et Jean-François Delfraissy (président du Comité national d’éthique), selon Matignon cité par l’AFP. Le gouvernement se veut prudent mais pas alarmiste. Contactée l’ARS Paca ne donne pas de consignes à ce stade et renvoie sur les communications de l’Organisation de la direction générale de la Santé (DGS).

    « Nous ne sommes pas face à un nouveau Covid »

    La souche des Andes de l’hantavirus a un délai d’incubation allant de une à six semaines et ses symptômes sont des détresses respiratoires et cardiaques, ainsi que des fièvres hémorragiques. Elle peut se transmettre par aérosols dans des conditions de particulière de proximité. Son taux de létalité est de 40%. Il n’existe aucun traitement ni vaccin pour une infection à hantavirus. Si les traumatismes liés à la pandémie de coronavirus ont marqué les esprits, pour l’Organisation mondiale de la santé « nous ne sommes pas face à un nouveau Covid », assure-t-elle.

    « Nous prenons les mesures les plus strictes de la zone européenne (…) c’est tout au début de l’épidémie que ça se joue, il faut briser les chaînes de transmission du virus »

  • Le Grand J.T. des Territoires du 9 mai

    Le Grand J.T. des Territoires du 9 mai

    Cette semaine dans le Grand J.T. des Territoires de Cyril Viguier sur TV5 Monde

    Vivre sous 50 degrés, ce n’est bientôt plus de la science-fiction ! En Moselle, immersion dans une expérience qui reproduit ces conditions de vie, pour y découvrir les changements sur le corps humain.

    Territoires : plusieurs régions en France ont ouvert à la concurrence l’exploitation des lignes TER. Dans la région Sud, la SNCF propose désormais un train toutes les 15 minutes entre Cannes et Menton. Immersion dans ce journal.

    Ils volent sur l’eau ! Les pratiquants de wingfoil glissent sur l’eau de manière spectaculaire. Découverte de cette discipline avec un wingfoiler professionnel pendant une compétition en Corse.

  • Le rapport qui veut détruire l’audiovisuel public

    Le rapport qui veut détruire l’audiovisuel public

    Les 551 pages ont été publiées en début de journée, mardi : le rapport sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public de Charles Alloncle est désormais consultable en ligne. Ce document fait suite à près de six mois de travaux qui auront servi de tribune au député d’extrême droite. « Disons-le clairement : ce rapport passe malheureusement à côté de l’essentiel. C’est une occasion manquée. Car la seule vraie question est celle de la vision pour l’avenir », estime dans un long post sur X le Premier ministre, Sébastien Lecornu. Le président de la commission d’enquête, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus a, pour sa part, dénoncé les « contre-vérités » et les « mensonges » : « ça suffit ! », a-t-il lancé. « Je regrette que cette commission d’enquête ait été au service d’un projet politique : l’affaiblissement de l’audiovisuel public en vue de sa privatisation », insiste-t-il.

    Au fil de ses 69 recommandations, l’élu UDR (Union des droites pour la République), le parti ciottiste, s’en est pris à France Télévisions et Radio France, dénonçant ce qu’il considère comme des « biais militants », une « hostilité ciblée et assumée » à l’égard du Rassemblement national concernant certains journalistes ou encore « l’humour érigé en expression militante ».

    Dans un communiqué, la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, fustige ces conclusions : « Il faut regarder le rapport pour ce qu’il est : il n’est pas seulement un document sur l’audiovisuel public, il est devenu le terrain d’un procès politique où chacun cherche à imposer sa lecture idéologique du service public. » Parmi les préconisations, le rapporteur pousse pour la réduction de trois quarts le budget des jeux télévisés et d’un tiers le budget des sports du groupe public. « En réduisant le divertissement, il porte une vision élitiste, éloignée des familles, des publics les plus populaires et en coupant d’un tiers les compétitions sportives emblématiques de France Télévisions, il rendra payant l’accès au sport pour ceux qui n’ont pas les moyens de le payer », renchérit-elle.

    « Permettre un financement pérenne »

    Charles Alloncle préconise jusqu’à un milliard d’euros d’économies, notamment par la fusion de plusieurs chaînes, dont France 2 et France 5, ainsi que celle de franceinfo et France 24. « Ce rapport aux méthodes biaisées préconise des fusions à tout va et un contrôle politique renforcé sur l’audiovisuel public. Nous devons au contraire renforcer son indépendance, permettre un financement pérenne pour des missions de service public plus ambitieuses dans des conditions de travail dignes. Préserver l’audiovisuel public c’est protéger la démocratie », fait valoir la députée Génération.s, Sophie Taillé-Poilan.

    Même son de cloche pour Ayda Hadizadeh, « il faut que l’audiovisuel public, France TV et Radio France aient de la visibilité dans leurs financements », pousse la députée PS. Si elle n’appelle pas à « revenir à la redevance » supprimée sous le premier mandat d’Emmanuel Macron, elle appelle à « créer une taxe sur la publicité sur les plateformes, qui dégage énormément de revenus sur ces plateformes-là ». C’est peu ou prou l’une des 15 recommandations issues du rapport des États généraux de l’information.

  • [Entretien] Emmanuel Maurel : « Une volonté de détruire l’audiovisuel public »

    [Entretien] Emmanuel Maurel : « Une volonté de détruire l’audiovisuel public »

    L’Assemblée nationale publie ce mardi matin le rapport du député ciottiste Charles Alloncle rédigé à l’issue des six mois d’une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public décriée. Le document de 400 pages a été adopté la semaine dernière de justesse, par 12 voix contre dix, et huit abstentions. Il contient les 80 recommandations de l’élu d’extrême droite qui relayent les obsessions de son clan d’une cure d’austérité de France Télévisions, la soumission des journalistes à une prétendue « neutralité ». Démanteler pour mieux privatiser, résume le député GRS Emmanuel Maurel.

    La Marseillaise : Le rapport sur l’audiovisuel public de Charles Alloncle est rendu public ce lundi. Vous étiez contre sa publication ?

    Emmanuel Maurel : J’étais surtout opposé au rapport sur le fond. C’est un rapport assez médiocre, avec beaucoup d’approximations, d’insinuations et des préconisations que je conteste absolument. Le fait qu’il soit publié, il n’y a pas de problème à ce niveau-là, de toute façon les auditions menées étaient publiques. Je ne suis pas un censeur dans l’âme. C’est le fond que je conteste.

    Sur les 80 préconisations du député ciottiste laquelle vous alerte particulièrement ?

    E.M. : Mon désaccord principal, c’est la volonté du rapporteur d’économiser 1 milliard d’euros sur le budget de l’audiovisuel public notamment par une série de fusions ou de suppressions qui aboutissent à ce résultat. C’est clairement une volonté d’affaiblir, de démanteler, voire de détruire l’audiovisuel public. Je suis en désaccord total avec ça. C’est un rapport qui n’a pas beaucoup de hauteur de vue parce que l’audiovisuel public participe largement à la création audiovisuelle et cinématographique en France. C’est un secteur qui, en réalité, est bénéfique économiquement pour le pays.

    Jordan Bardella a annoncé que s’il arrivait au pouvoir, il privatiserait l’audiovisuel public. Si ce n’est pas écrit dans le rapport, c’est l’objectif à terme de l’extrême droite ?

    E.M. : Je crois surtout que Charles Alloncle a mis en place une entreprise de dénigrement de l’audiovisuel public, en inventant des histoires, en montant en épingle des faits qui sont complètement dérisoires pour préparer le terrain. Et ce, dans le but de mettre en place ce que veut Bardella et sûrement ses amis, y compris économiques. Il est évident que le groupe Bolloré a eu une influence dans cette affaire. L’idée à terme est de démanteler et de vendre l’audiovisuel public à la découpe, c’est ce qu’ont démontré ces six mois d’auditions. Des questions légitimes se posent sur l’audiovisuel public, ce qui est normal après tout. Ces vrais enjeux qui sont de savoir comment on adapte la télévision au tout numérique, comment on fait face à l’intelligence artificielle, comment l’audiovisuel public se défend face à l’hégémonie des Gafam, des plateformes américaines, ont été passés sous silence au profit de ragots.

    Que contient la contribution que vous avez apportée à ce document ?

    E.M. : Dans la première partie de ma contribution, j’expose les intentions de Charles Alloncle qui voulait démontrer que l’audiovisuel public n’était pas impartial, n’était pas neutre. En réalité, sa démonstration est très faible voire inexistante. Il y a des pages et des pages de ragots qui n’aboutissent à pas grand-chose. La deuxième partie est une démonstration assez rigoureuse sur pourquoi couper un milliard d’euros dans l’audiovisuel public, c’est une folie aussi bien en matière d’exception culturelle que de conséquences économiques et industrielles. Puis, la troisième partie contient un certain nombre de préconisations qui posent notamment la question importante du recours croissant à l’externalisation, c’est-à-dire faire appel à des sociétés privées pour réaliser des émissions de débat. Il y a aussi quelques mesures pour essayer de faire en sorte que France Télévisions, notamment, soit à la hauteur des enjeux du numérique.

    L’association AC !! Anticorruption a déposé samedi plainte contre X pour prise illégale d’intérêts et trafic d’influence, visant Charles Alloncle et la direction de Lagardère News.

    E.M. : Il est évident que M. Alloncle a un agenda politique qui coïncide avec celui du groupe Bolloré. Ça, tout le monde le sait, il suffisait de regarder les auditions pour s’en rendre compte. C’était, d’une certaine façon, transparent. On verra ce que donnera cette plainte.

    Cette commission d’enquête parlementaire instaure un précédent ?

    E.M. : C’était une tonalité très inquisitoriale et en même temps une stratégie de victimisation permanence. M. Alloncle, après avoir posé des questions très agressives, se plaint d’être malmené, critiqué. C’est pour ça que j’avais eu cette formule qui ne lui avait pas plu, en lui disant : « Vous commencez en Torquemada et vous finissez systématiquement en Calimero. » Je suis surtout déçu. Le rapport n’est vraiment pas bon. C’est vraiment une occasion manquée. On verra ce que ça donnera après sa publication mais ça en dit long sur les intentions de l’extrême droite.

  • Le grand JT des territoires du 2 mai

    Le grand JT des territoires du 2 mai

    Cette semaine dans le Grand J.T. des Territoires de Cyril Viguier sur TV5 Monde

    Protoxyde d’azote : face à l’augmentation de consommateur des “gaz hilarants”, comment réagissent les professionnels de santé ? Réponse à Bordeaux dans ce journal.

    À l’occasion de l’assemblée générale de LVMH, au Carrousel du Louvre à Paris, Bernard Arnault et les dirigeants du groupe ont eu des échanges intenses avec les actionnaires du numéro 1 mondial du luxe. Ils ont notamment rappelé le poids économique et territorial de LVMH dans le monde et en France.

    Avec une population vieillissante, comment maintenir la santé des séniors le plus longtemps possible ? C’est l’objectif du dispositif ICOPE, impulsé par la caisse nationale de retraite. Focus sur son fonctionnement.

  • Le rapport Alloncle adopté sans les voix de la gauche

    Le rapport Alloncle adopté sans les voix de la gauche

    C’est un vote qui acte la fin d’une mascarade qui aura duré six mois. Une commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public instrumentalisée par son rapporteur, le député ciottiste Charles Alloncle. Au total, 67 auditions ont été menées 234 personnes interrogées durant 200 heures de d’échanges particulièrement tendus et très médiatisés. Passé de l’ombre à la lumière, l’élu d’extrême droite a soumis au vote de ses collègues son rapport rédigé à l’issue des travaux. Un document de 400 pages, truffés de mensonges, aux relents trumpistes, avec 80 préconisations dont quelques-unes ont été dévoilées par l’AFP. À savoir : la suppression de la chaîne France 4 et France TV Slash, dédiées aux publics jeunes, pour « redéployer les moyens » sur une nouvelle offre diffusée sur France.tv et les réseaux sociaux ainsi que les fusions de France 2 et France 5 de même que Franceinfo et France 24. Aussi, le député d’extrême droite veut soumettre les figures de la télévision et de la radio publiques à une stricte neutralité et de revenir à la nomination des dirigeants de France Télévisions et Radio France par l’Élysée.

    L’objectif final est la privatisation de l’audiovisuel public. Un projet poussé par toute l’extrême droite, des ciottistes, aux zemmouristes en passant par les lepénistes, jusqu’aux libéraux de l’Institut Montaigne et défendu par les médias du milliardaire ultraconservateur Vincent Bolloré. Le Monde a par ailleurs révélé que Lagardère News, propriétaire du JDD et du JDNews médias de la galaxie Bolloré, a envoyé à des députés de la commission d’enquête une série de questions à poser aux personnes auditionnées. Le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission évoque « des éléments concordants [qui] accréditent des tentatives d’ingérence inédites ».

    « Un précédent détestable »

    Réunis à huis clos, la trentaine de membres de la commission a débattu pendant près de cinq heures. Le vote a été acquis par 12 voix contre 10. La gauche s’y est opposée « nous ne souhaitons pas légitimer la manière dont les auditions ont été conduites et le rapport écrit. Cette commission a créé un précédent détestable », estime la députée Génération.s. Sophie Taillé-Poilan. Avant la réunion, les socialistes avaient proposé de couper le voter en deux : l’un pour approuver ou non la publication du rapport et l’autre pour approuver la publication ou non des recommandations de Charles Alloncle. « Pour dissocier les choses », pousse la députée PS Ayda Hadizadeh. « Il y a un autre précédent si on laisse publier ce rapport tel quel », fait-elle valoir, « le précédent selon lequel on peut tout faire, tout dire dans une commission d’enquête, et à la fin il n’y a aucune conséquence ».

    Pour Aurélien Saintoul, « le document est mensonger, partiel, malveillant et lui-même contradictoire » parmi les éléments évoqués par le député insoumis « le rapporteur explique avoir soutenu toutes les demandes d’auditions formulées par d’autres membres de la commission d’enquête : c’est faux. Nous avons, par exemple, demandé l’audition de Gérard Larcher et fort opportunément, il n’a pas soutenu cette demande ». Et pour cause, en tant que « président du Sénat il a nommé lui-même plusieurs personnes au sein du collège de l’Arcom », abonde l’élu.

    Le rapport sera rendu public dans une semaine.