Category: France

  • La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    À la tribune du 54e congrès de la CGT, pour cette deuxième journée de débats, on retrouve plus d’une douzaine de syndicalistes venus du monde entier : Amérique du Sud et du Nord, Asie, Afrique ou encore Europe. L’objectif est clair : « Nous construisons l’internationale du monde du travail face à l’internationale de la haine », comme le plaide Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.

    Et que les syndicats s’enrichissent mutuellement de leurs expériences face au fascisme. Quand Maurizio Landini, pour le syndicat italien CGIL, juge que « toutes les dimensions de la mondialisation ont dégradé nos conditions de vies », son homologue espagnole, Christina Faciaben, pour la CCOO, abonde : « L’inégalité économique a été le terroir de l’extrême droite en Espagne. » Si le premier constate que « la concurrence entre les travailleurs se traduit par des divisions », la seconde note que l’extrême droite s’en nourrit et « polarise la société » pour mieux « défendre les élites ».

    De quoi faire écho à l’analyse de l’Amérique sous Trump par Nick Allen, pour l’organisation syndicale états-unienne SEUI : « Les digues sautent tous les jours : les milliardaires américains sont aux astres, l’état de droit perdure à peine. » Mais il n’est pas désabusé pour autant : « Un syndicat fort est la seule chose qui compte lorsque tout s’écroule. L’offensive, c’est garder le cap de la construction d’un syndicat capable d’imposer de la démocratie sociale. » Le cheminement est le même pour le militant brésilien Antonio Lisboa, de la CUT : « L’extrême droite est en recrudescence depuis 2008, cette crise structurelle du capitalisme. C’est la raison pour laquelle on a une alliance entre le monde financier et l’autoritarisme. Pour contrer le fascisme, il faut donc s’attaquer aux maux du capitalisme. »

    Une alliance mondiale

    Une chose est sûre, c’est que tous s’accordent pour un travail commun contre cette montée. « L’extrême droite est un défi mondial, il est essentiel de mettre l’accent sur les alliances des syndicats à l’international », réclame Christina Faciaben. Son homologue italien est d’ailleurs venu avec une série de propositions : « Le monde du travail doit réinventer une nouvelle vision à l’international. Le capitalisme a des approches radicales, nous devons l’être aussi. » Encore une fois, Nick Allen fait la synthèse : « L’antidote à ce poison est un programme de justice économique et sociale international. Ce congrès est un pas de plus dans la construction d’une internationale ouvrière. » Il s’appuie sans doute sur le constat réalisé par Magdalena Chojnowska, pour le syndicat polonais Opzz : « Un travailleur à Varsovie a plus de points communs avec un travailleur à Marseille qu’avec ceux qui cherchent à nous diviser. Il faut une coopération internationale plus forte. »

    Ce sont les représentants de deux pays du Sud qui résument l’envie partagée de ce meeting. « Les droites s’unissent par intérêt, ne nous divisons plus », tonne Roberto Baradel pour le syndicat argentin CTA-A, quand son camarade indien Gautham Modi, du NTUI, appelle à « construire une coalition syndicale à travers le monde ».

    La Palestine mise à l’honneur

    C’est toute la CGT qui a fait corps avec le peuple palestinien, ce mardi, à l’occasion de prises de paroles de Youssef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France. « Notre relation est historique, ancienne, ancrée dans la lutte du peuple palestinien pour ses droits. Nous avons des valeurs communes », a loué cette dernière.

    La délégation a été reçue avec la manière : applaudissements à tout rompre par l’ensemble des délégués debout.

  • Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    « Un congrès de la CGT, c’est 1 000 luttes en puissance. » C’est devant plus de 1 000 délégués et avec un discours enflammé que Sophie Binet a officiellement ouvert le 54e congrès de la CGT, ce lundi. Lequel se déroule « dans un contexte inédit ». « Les bruits des bottes s’amplifient. Jamais l’extrême droite n’a été au pouvoir dans autant de pays », s’inquiète-t-elle. Une situation qu’elle lie avec la crise du capitalisme. « Pour le capital, la démocratie est maintenant un problème, c’est la raison pour laquelle l’alliée indispensable du capital, c’est l’extrême droite », analyse Sophie Binet. Elle prend pour exemple concret « le Medef qui, pour la première fois depuis 1945, traite le RN comme un parti comme les autres ». Et martèle : « L’extrême droite est la pire ennemie du monde du travail. Face à elle, l’antidote c’est le syndicalisme CGT. »

    Des messages pas anodins puisqu’ils sont en lien avec les échéances électorales françaises à venir : « Nous allons nous mêler du débat présidentiel pour remettre les travailleurs et travailleuses au centre du jeu. » Elle s’adresse d’ailleurs à Fabien Roussel (PCF), Marine Tondelier (EELV), Manuel Bompard (LFI) et Olivier Faure (PS), tous présents ce jour : « Je note que la CGT fait l’unité, pourvu que ça dure ! ». Et de lancer un « appel de Tours » : « aucun candidat n’aura les voix de la CGT, des travailleurs, sans s’engager à abroger la réforme des retraites ».

    Mais ce discours est aussi, et surtout, le moment pour elle de faire le bilan de son mandat. « Faisons les comptes, depuis 2023, quatre Premiers ministres contraints à la démission, cinq réformes enterrées, deux budgets d’austérité en partie vidés de leur contenu », énumère-t-elle. La secrétaire générale revient sur l’exemple de la réforme des retraites. « Nous avons refusé de tourner la page, nous avons fait échouer le conclave et décalé l’application de la réforme des retraites », se félicite-t-elle. Elle réalise aussi un bilan plus critique : « Il y avait plus de manifestants que de grévistes. Nous n’avons pas réussi à étendre la grève le jour où l’intersyndicale avait appelé à mettre le pays à l’arrêt […] Tous les syndicats CGT n’ont pas appelé à la grève. »

    FSU et Ictam comme dossiers chauds

    Le lien est tout trouvé avec les propositions émises par la direction sortante : « Nous sommes rassemblés pour adopter notre plan de bataille pour les trois prochaines années. Pour cela, tirons les leçons de la mobilisation contre la réforme des retraites. » Outre les orientations générales sur lesquelles les congressistes doivent se prononcer comme « socialiser les richesses pour mieux protéger » ou tendre vers une « planification industrielle et écologique », Sophie Binet évoque sans détour les propositions qui peuvent provoquer le plus de remous. Comme le rapprochement avec la FSU : « Il ne s’agit ni d’une fusion, ni de la création d’une superstructure, mais d’un cadre de coopération permanent. » Ou le développement de la CGT auprès des Ictam (ingénieurs, cadres, techniciens, agents de maîtrise) : « La mission des Ictam n’est pas de mener les luttes à la place des ouvriers, c’est de développer les luttes chez les cadres et professions intermédiaires. »

    De quoi occuper les congressistes pour les prochains jours.

    AU PROGRAMME

    Mardi. Les congressistes entrent dans le dur des débats avec le vote du rapport d’activité, qui permet de juger l’appréciation du bilan de la direction sortante. Vient ensuite une initiative autour de la Palestine en présence d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France, de Yousef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et de Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI). Avant un meeting « international » contre l’extrême droite en présence de nombreux syndicalistes venus du monde entier.

  • La proposition de loi post-Bétharram examinée

    La proposition de loi post-Bétharram examinée

    Des discussions sous le regard de plusieurs victimes, venues assister aux débats depuis les tribunes de l’Assemblée.

    « Vous avez brisé des décennies de silence, d’omerta, de honte. Vous avez témoigné devant notre commission d’enquête avec une dignité qui nous a bouleversés. Et cet après-midi, c’est pour vous que nous sommes là », leur a lancé la rapporteure du texte, la députée Renaissance Violette Spillebout. En 2025, l’élue du Nord a conjointement mené avec le député LFI Paul Vannier la commission d’enquête sur les violences dans le milieu scolaire, qui avait notamment entendu François Bayrou, alors Premier ministre, sur sa connaissance supposée des sévices infligés aux élèves de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, près de Pau.

    De ces mois de travaux et d’auditions, est née cette proposition de loi, rédigée à quatre mains, afin de mieux prévenir les violences, en renforçant notamment le contrôle de l’État. « Ils sont si nombreux en ce moment même, à la subir encore, comme le relève notamment l’ampleur des crimes commis dans le périscolaire à Paris », a souligné Paul Vannier à la tribune.

    Au banc, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a révélé que 255 signalements de violences sexistes et sexuelles ont ainsi été recensés dans le milieu scolaire et périscolaire depuis le début de l’année. Les députés n’avaient que jusqu’à minuit pour étudier le texte, le groupe de Gabriel Attal ayant refusé de soutenir une proposition de loi portée conjointement avec un député insoumis, ce qui lui aurait permis d’être inscrite sur du temps transpartisan, avec davantage de temps. « On est en train de vivre une journée historique (…) Je veux que tous les parlementaires sachent qu’on compte sur eux », a déclaré à l’AFP Constance Bertrand, ancienne élève et créatrice du groupe de victimes de l’Institution Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine.

    « Tentative d’obstruction »

    Le « comité de suivi de la commission d’enquête Bétharram » et plusieurs représentants des collectifs de victimes ont dénoncé des « tentatives d’obstruction » de la part de députés de différents groupes, les encourageant à voter un « texte essentiel », dans une tribune publiée dimanche.

    En fin d’après-midi, les députés ont adopté le volet symbolique du texte : la condamnation par la Nation de ces violences, mais aussi la reconnaissance des défaillances de l’état qui leur ont permis de perdurer. Il prévoit la création d’une journée d’hommage pour les victimes, le 19 novembre. L’Assemblée a réécrit à la marge cet article, en adoptant un amendement du gouvernement, qui met l’accent sur la chaîne de responsabilité, de l’auteur des violences, aux établissements censés les prévenir, jusqu’à l’État qui se doit de les contrôler. Initialement, le texte prévoyait la création d’un fonds national d’indemnisation pour les victimes qui ne pourraient pas aller en justice du fait des délais de prescription notamment. Mais le gouvernement a mis en doute la faisabilité d’un tel fonds, et les députés ont finalement voté pour que l’exécutif étudie cette question dans un rapport à remettre au Parlement.

    était attendu, dans la soirée, le volet judiciaire du texte qui allonge le délai de prescription du délit de non-dénonciation de faits de violences sur un mineur. Mais surtout les dispositions renforçant les contrôles des adultes exerçant dans les établissements.

  • Rave et rodéos : le Sénat veut couper le moteur de l’impunité

    Rave et rodéos : le Sénat veut couper le moteur de l’impunité

    Dans la nuit des campagnes comme sur le bitume des parkings, il y a des colères qui montent au même rythme que les basses ou les moteurs. Celles de riverains privés de sommeil, d’élus locaux démunis, d’éleveurs qui voient leurs bêtes stressées par le vacarme, de gîtes ruraux sommés de rembourser des séjours gâchés. C’est cette France des nuisances concrètes, souvent loin des grands discours sécuritaires, que le sénateur socialiste de l’Hérault Hussein Bourgi dit avoir voulu faire entendre au Sénat.

    Avec Lauriane Josende, sénatrice LR des Pyrénées-Orientales, et Isabelle Florennes, sénatrice centriste des Hauts-de-Seine, l’élu héraultais a présenté un rapport transpartisan sur les rave parties illégales et les rodéos motorisés. 28 recommandations, adoptées à l’unanimité en commission des lois, doivent nourrir le projet de loi Ripost, examiné depuis le 18 mai au Sénat. Objectif affiché : « mettre fin au sentiment d’impunité » et donner aux pouvoirs publics des outils jugés plus adaptés aux réalités de terrain.

    Des vies bousculées

    « Je ne voudrais pas qu’on résume cela uniquement à des nuisances sonores », insiste Hussein Bourgi. Dans l’Hérault comme ailleurs en Occitanie, les rave parties illégales prennent parfois des proportions massives : 337 ont été recensées en France en 2025, pour plus de 100 000 participants. Moins nombreuses, mais plus imposantes, elles attireraient aussi davantage de teufeurs venus d’Espagne ou d’Italie, où les règles se sont durcies.

    Dans les garrigues, le vacarme laisse des traces bien au-delà de la nuit blanche : bêtes stressées, production laitière en baisse, gîtes contraints de rembourser des vacanciers chassés par les basses. Et quand 600 à 700 gendarmes sont mobilisés un week-end entier près de Bourges pour encadrer 20 000 teufeurs, c’est une facture que le sénateur juge indécente : « Il n’est pas normal que ce soit le contribuable français qui finance ce genre de manifestations illégales. » Le rapport propose donc d’abaisser de 500 à 250 participants le seuil de déclaration obligatoire, de faire de l’organisation d’une rave illégale un délit avec confiscation possible du matériel sonore et des véhicules ayant servi au transport, et de permettre à l’État de réclamer le remboursement des frais engagés (gendarmes, secours, remise en état).

    Sur les rodéos motorisés, le constat est tout aussi alarmant. Le phénomène, longtemps associé aux grands ensembles urbains, gagne les communes rurales : parkings de supermarchés, abords de caves coopératives, routes départementales. Les sénateurs avancent 4 724 rodéos constatés en 2025 et 38 500 interventions des forces de l’ordre en 2024. « C’est en moyenne une intervention toutes les quinze minutes », souligne Lauriane Josende. Le rapport préconise de faciliter la saisie et la destruction des engins non déclarés, de durcir les peines en cas de rodéo commis en réunion et de mieux caractériser l’infraction.

    Fermeté, mais jusqu’où ?

    Reste le point le plus sensible : les moyens technologiques. Drones, infiltration de messageries cryptées, expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique. Pour Bourgi, le drone peut éviter les courses-poursuites dangereuses, susceptibles de blesser participants, policiers ou simples passants. Mais à gauche, le recours à l’intelligence artificielle et à la surveillance algorithmique suscite des réserves, que le groupe socialiste a tenu à faire annexer au rapport.

    C’est là que se joue l’équilibre politique du texte. Répondre aux habitants sans glisser vers une surveillance généralisée. Protéger les riverains et les participants eux-mêmes, sans criminaliser indistinctement toute jeunesse festive. Dans ce rapport, le Sénat choisit la fermeté. Reste au Parlement à prouver que l’ordre public peut se défendre sans jamais perdre de vue les libertés publiques.

  • 70% des salaires minimum de branche en dessous du Smic

    70% des salaires minimum de branche en dessous du Smic

    Sur les 179 branches professionnelles suivies par le ministère, 126 auront au 1er juin un minimum inférieur au Smic, contre 30 d’entre elles avant cette revalorisation, a indiqué le ministère dans un communiqué, à l’issue d’une réunion du comité de suivi de la négociation salariale avec organisations syndicales et patronales.

    Selon son propre décompte (incluant des branches supplémentaires notamment dans l’agriculture, le bâtiment et le secteur maritime), la CGT dénombre, elle, près de 80% de 230 branches professionnelles avec des minima sous le Smic à partir de lundi. « Une proportion scandaleuse », a dénoncé auprès de l’AFP Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT.

    Seul salaire indexé sur l’inflation, qui a dépassé les 2% en avril sous l’effet de la hausse des coûts de l’énergie, le Smic augmentera lundi de 2,41%, soit d’un peu moins de 35 euros net par mois.

    Il est interdit en France de payer un salarié en dessous du Smic, mais dans les branches dans lesquelles un ou plusieurs échelons de la grille salariale passent en dessous de son montant, les salariés peuvent voir leur rémunération stagner des années au salaire minimum, malgré leur avancée en ancienneté ou qualification.

    « Revalorisation automatique »

    Les branches concernées par des grilles salariales débutant sous le nouveau minimum légal sont censées lancer des négociations avec les partenaires sociaux dans les 45 jours pour se mettre en conformité. Dans les faits, si le ministère note « une nette amélioration ces derniers mois », dix branches étaient en non-conformité depuis plus d’un an avant même la revalorisation à venir lundi.

    Au Medef, on considère que ces renégociations ne sont pas un sujet de débat : « Les branches doivent le faire, puisque c’est la loi », indique-t-on dans la première organisation patronale.

    Selon le ministère du Travail, le gouvernement veut présenter « prochainement » un projet de décret pour mettre en application une mesure de la dernière loi de financement de la Sécurité sociale, selon laquelle les entreprises des branches en non-conformité pourraient être pénalisées dans le calcul des allègements de cotisations sur les bas salaires dont elles bénéficient.

    « On a l’impression que la situation s’aggrave d’année en année et qu’on a globalement une smicardisation accélérée », a estimé auprès de l’AFP le secrétaire national de la CFDT Luc Mathieu, présent à la réunion mercredi.

    La première centrale syndicale française, tout comme la CGT, demande que les branches concernées soient obligées de se mettre en conformité rapidement et que des négociations salariales par branche soient rouvertes.

    « Quand les prix augmentent, les salaires doivent augmenter aussi. C’est le cas du salaire minimum interprofessionnel. Ça doit être le cas de tous les salaires », a estimé Thomas Vacheron, demandant également une indexation sur l’inflation de tous les salaires. Dans le détail, la centrale syndicale milite pour « l’augmentation automatique de l’ensemble des salaires minima de branche, dès lors que le Smic est revalorisé » et « l’ouverture immédiate des négociations salariales dans l’ensemble des branches professionnelles pour éviter les situations de décalage de plusieurs mois et pour créer une dynamique salariale », indique-t-elle dans une note juridique. La CGT précise également que « sur les 10 conventions collectives, six présentent au moins un niveau de salaire minimum inférieur au Smic au 1er juin : remontées mécaniques, taxis, assainissement, transports aériens, désinfection (3D) et transports routiers (notamment les transports de fonds, sanitaire, déménagement…) ».

    Crise des carburants

    Ce débat en téléscope directement un autre, celui sur le pouvoir d’achat des salariés et professionnels et des difficultés rencontrées par les petites entreprises et artisans à l’heure de l’explosion des prix des carburants. Le gouvernement a fait ses dernières semaines une série d’annonces qui n’ont pas convaincu, concernant : une revalorisation des indemnités kilométriques pour certains secteurs professionnels, l’élargissement des aides aux « grands rouleurs » modestes, et des « aides sectorielles pour les agriculteurs, les transports, la pêche ou le BTP, qui vont être prolongées jusqu’à l’été ». Celui-ci a également « invité » les entreprises à verser une prime carburant, exonérée de cotisations sociales, augmentée à leurs salariés. Autant dire que le principe d’une revalorisation automatique n’a que plus de sens.

  • [Entretien] Romain Baciak (CGT) : « Encore 1 500 suppressions d’emplois chez Michelin »

    [Entretien] Romain Baciak (CGT) : « Encore 1 500 suppressions d’emplois chez Michelin »

    C’est un nouveau coup de massue qui frappe l’industrie en France.
    Le groupe français Michelin, leader mondial des pneus, a annoncé ce jeudi matin un dispositif de départs volontaires en France portant sur 1
     500 emplois, soit près de 10% de sa masse salariale. Le groupe avait déjà supprimé 1 246 emplois en France en 2024 dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), en fermant deux sites industriels dans l’ouest du pays, à Cholet (Maine-et-Loire) et Vannes (Morbihan). Et ce, alors que le groupe a perçu quelque 10 millions d’euros d’aides publiques aux entreprises en 2023…

    La Marseillaise : Michelin a annoncé ce jeudi matin un dispositif de « départs volontaires » en France concernant sur « jusqu’à 1 500 postes sur trois ans ». Êtes-vous surpris ?

    Romain Baciak : On n’est pas surpris, il y avait des bruits de couloirs qui circulaient. Nous avions été alertés par la préfecture. Ça fait encore 1 500 suppressions d’emplois chez Michelin sur les 14 000 qui reste – si on ne compte que MFPM (Manufacture française des pneumatiques Michelin), soit près de 10% de la masse salariale. On sait que derrière, ça induit 4 à 5 emplois supprimés en plus. Ça signifie donc 6 000 à 7 500 emplois en France qui vont disparaître grâce à Michelin. Il y a deux ans ça concernait les sites de Vannes et Cholet. Un peu avant c’était la Roche-sur-Yon. Moi, je suis aux Carmes à Clermont-Ferrand et nous avons été impactés par ces précédents plans. C’est à se demander si un jour il restera des Michelin en France ou pas.

    Comment la direction de Michelin justifie-t-elle cette annonce ?

    R.B. : Elle va encore le justifier, je pense, par les coûts, en disant que la vie est trop chère, etc. Mais Michelin est celui qui vend les pneus les plus chers. Si lui n’y arrive pas, comment font les autres groupes pour s’en sortir ?

    Comment comptez-vous au sein de la CGT Michelin vous opposer
    à ce nouveau plan social
     ?

    R.B. : Pour l’instant, ça vient de tomber donc on ne sait pas quels seront les salariés concernés. On ne parle que de départs volontaires mais on sait ce que ça veut dire chez Michelin : on supprime ton poste, il faut que tu partes. On va attaquer les négociations en connaissant déjà la position de la CGT. On ne signera pas un plan comme ça. La CGT est le seul syndicat qui est pour la réindustrialisation du pays.

    Aujourd’hui, quand on est syndicaliste, on ne peut pas être pour des suppressions de postes. Si on valide des suppressions de postes, derrière, il faut aussi penser aux générations futures. C’est-à-dire que 1 500 postes en moins sur Michelin, ça fait 1 500 postes en moins pour nos enfants et nos petits-enfants. Je sais que tous les syndicats ne sont pas d’accord avec nous. Moi, je ne conçois pas qu’on soit là pour valider des suppressions de postes. Reste à savoir ce que feront les autres organisations syndicales.

    La commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises avait mis en cause Michelin qui avait révélé avoir perçu plus de 10,6 millions d’euros d’aides en 2023. Est-ce toujours le cas ?

    R.B. : Tous les ans, Michelin touche des aides publiques. Le groupe en a touché pour son usine de La Roche-sur-Yon et a été contraint de rendre 4,3 millions d’euros [le site a fermé en 2020, Ndlr.]. Mais il avait touché beaucoup plus. Cet argent a été restitué parce que Michelin a été forcé par le sénateur Fabien Gay [PCF], qui a mis le sujet en avant. Si ça n’avait pas été le cas Michelin aurait toujours ces 4,3 millions d’euros dans sa poche.

    Quelle est la demande que vous formulez à l’État ?

    R.B. : À l’État, tout ce qu’on demande, c’est d’arrêter de donner des subventions publiques à des entreprises qui font des milliards de bénéfices et qui reversent des milliards d’euros aux actionnaires. Cette année, Michelin a quand même pioché dans ses réserves 200 millions d’euros pour les donner aux actionnaires. Quand on est capable de piocher des millions d’euros pour les donner à ses copains les actionnaires, on peut sauver des emplois ! On doit être le seul syndicat à être contre ça et à agir pour la réindustrialisation du pays. Les autres votent pour les PSE…

    Quel message souhaitez-vous faire passer ?

    R.B. : Le message, il est clair : aucune suppression de postes chez Michelin. Et puis, que l’État arrête de les valider ! Quand une entreprise fait des milliards de bénéfices, qu’on n’ait pas le droit, même si c’est des départs volontaires, par des ruptures conventionnelles collectives (RCC), par des accords de gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP), ou autre, de supprimer des postes.

  • [Entretien] « Le Code noir a structuré l’exploitation d’êtres humains »

    [Entretien] « Le Code noir a structuré l’exploitation d’êtres humains »

    Au lendemain des commémorations des vingt-cinq ans de la loi Taubira, les députés examinent ce jeudi l’abrogation du Code noir, proposé dans le cadre de la niche parlementaire du groupe Liot. Cet ensemble d’édits royaux datant des XVIIe et XVIIIe siècles organisant l’esclavage, n’a jamais été formellement abrogé. Le texte déjà adopté en commission des Lois, a reçu un soutien transpartisan de LR à LFI. Il contient deux articles, dont l’un demande au gouvernement un rapport « relatif à la législation coloniale et à ses effets de long-terme au sein des territoires concernés ».

    La Marseillaise : Qu’est-ce que le Code noir et comment les territoires concernés continuent à en subir les effets ?

    Max Mathiasin : Le Code noir a structuré non seulement la propriété, le mode d’exploitation d’êtres humains dans le cadre de l’économie coloniale mais a aussi régenté la conduite à tenir à propos des esclaves. Il y a un article qui stipule clairement que l’esclave sera considéré comme un bien meuble donc qu’il n’avait pas de personnalité juridique. Dès lors, il était considéré comme un espace, un lieu, une personne de non-droit. Ça veut dire qu’il pouvait être échangé, torturé, battu. Un maître qui décidait par exemple d’aller à une table de jeu ou de faire un pari pouvait très bien offrir un esclave comme gain. Le Code noir fixe aussi l’origine des sanctions qui pouvaient aller jusqu’à la peine de mort en cas de tentative de fuite des esclaves. Il a été appliqué à l’esclavage des Noirs qui ont été mis en esclavage précisément parce qu’ils étaient Noirs, puisque c’était interdit sur le sol de l’Hexagone depuis le XIVe siècle. On a créé la Compagnie des îles d’Amérique, avec des actionnaires, pour pouvoir se faire des richesses colossales qui ont servi à l’accumulation du capital en France hexagonale. On voit très bien que les conséquences se font toujours ressentir. Le système de la propriété qui existe encore chez nous, avec les monopoles qui appartiennent à quelques familles descendantes d’esclavagistes à la fois dans l’importation et la distribution, l’intégration verticale, le niveau excessif des prix… Les séquelles sociétales et psychologiques perdurent car même si l’esclavage a été reconnu comme crime contre l’humanité en 2001 par la loi Taubira, ça ne répare pas les consciences ni les comportements qui sont à l’œuvre.

    Comment « réparer » ?

    M.M. : À partir du moment où on reconnaît qu’il y a eu crime contre l’humanité et que le Code noir est abrogé, doit venir la question de la réparation des crimes. Je ne sais pas quelles formes elles prendront. Il faut trouver la forme qui permette d’en discuter sereinement et arriver à un consensus.

    Le président dit « la première des réparations consiste à restaurer la vérité dans notre histoire » et parle de travaux de l’Enseignement supérieur à venir. Est-ce suffisant ?

    M.M. : Si c’est ce qui est envisagé par le président, ça ne peut pas constituer un dédommagement en soi. Nous partons de très loin. Quand nous rentrions à l’école nous apprenions dans nos premières leçons d’histoire que nos ancêtres étaient les Gaulois. Ils habitaient dans des huttes basses et le druide procédait à la cueillette du gui. Nous étions complètement décalés à la mesure où nous n’avions pas d’ancêtre Gaulois, pas de gui chez nous, ni de druide. Cela a fait suffisamment de mal aux consciences. Il faut absolument que nous soyons honnêtes avec nous-mêmes et laisser une place dans les manuels scolaires à cette phase importante dans l’Histoire de la société française et de son territoire. Des mouvements pour les réparations existent déjà en Guadeloupe mais ils n’ont pas jusqu’à ce jour trouvé de réponse, ni été reçus. Il faut apaiser justement par la reconnaissance de ce crime, par l’abrogation du Code noir et peut-être aller vers une troisième étape qui contribuera à l’apaisement des consciences.

    Une statue de Jean-Baptiste Colbert, l’artisan du Code noir, est érigée devant l’Assemblée nationale, son nom figure sur des rues, des stations de métro. Faut-il l’effacer de l’espace public ?

    M.M. : C’est un grand débat. Alors, effectivement, on parle de Colbert qui a joué un rôle très important avec son fils qui aurait rédigé ce Code noir mais c’est une responsabilité d’État. Il a été mis en place par Louis XIV, c’est lui qui est le signataire du Code noir. Les régimes changent, l’État français demeure. Lorsqu’en 1794, les révolutionnaires abolissent pour la première fois l’esclavage, ils ne pensent pas au Code noir. Pour eux, tout est abrogé. Mais quand Napoléon décide de remettre en vigueur l’esclavage en 1802, il le fait explicitement selon les mêmes dispositions antérieures, ça veut dire qu’il considère que le Code noir n’est pas abrogé et ça va durer jusqu’en 1848 avec le décret Schœlcher [sur l’abolition définitive de l’esclavage, Ndlr.]. Cet acte ne tient pas compte de l’existence du Code noir dans la mesure où, pour eux, au moment où ce décret est édité, l’esclave n’existe pas en tant qu’être. Je vais pas demander à la France entière de déboulonner ces statues mais au moins bien expliciter, dire qui étaient véritablement ces personnages. Nous devons parler à toute la Nation, à toutes les populations de ce territoire pour faire une histoire commune.

  • Le président en appelle à la fée électricité

    Le président en appelle à la fée électricité

    « Produire, raccorder, électrifier, réindustrialiser. » C’est sur cette méthode qu’Emmanuel Macron entend rassembler son « équipe de France de l’électricité ». Étaient réunis autour du président et des ministres concernés plus de 200 chefs d’entreprise, d’organisations professionnelles du BTP, de l’industrie, des transports et de l’énergie au palais de l’Élysée ce mardi. « L’électrification est un combat contemporain et une stratégie pour notre pays pour être plus indépendant, plus compétitif, créer davantage d’emplois sur le pays et décarboner », appuie le président de la République à la tribune.

    « L’actualité nous rappelle ô combien, ce qui se joue est important pour le pays et combien nos dépendances en particulier à l’égard des énergies fossiles peuvent nous fragiliser dans des dérèglements géopolitiques », renchérit-il alors que la guerre au Moyen-Orient fait flamber le cours du brut. Une problématique déjà soulevée lors du déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a mis en exergue la dépendance des États européens vis-à-vis de la Russie.

    « Sur l’électrification, il faut vraiment ne pas voir la géopolitique de ce monde pour ne pas comprendre, entendre, une bonne fois pour toutes que la dépendance aux hydrocarbures est une laisse étrangleuse terrible pour le peuple français, pour notre économie », a abondé le Premier ministre à l’Assemblée nationale quelques heures plus tard. « Il faut pivoter vers le tout électrique », insiste-t-il face à la représentation nationale.

    Réduire la consommation d’énergie fossile

    Cette grand-messe élyséenne s’est tenue un mois après la publication par le gouvernement d’un plan de 22 mesures visant à relancer la consommation d’électricité en France. Et pour cause, le chef de l’État ambitionne à travers la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de réduire la consommation d’énergie fossile qui est de 60% actuellement dans le pays à 30% à horizon 2035. Et, a contrario, faire passer la consommation d’électricité de 27% actuellement à 38% en 2035 à la faveur d’une production nucléaire ou renouvelable (biomasse, gaz renouvelable, chaleur fatale, géothermie, hydrogène naturel). Cela pourra notamment être réalisé par la construction de nouvelles lignes électriques comme celle de Fos dont le président envisage « une mise en service d’ici 2029 » (lire ci-contre).

    EDF ajoute 30 millions supplémentaires, soit 270 millions au total, à son plan dévoilé le mois dernier à l’occasion de ses 80 ans, visant à accélérer le passage à l’électrique pour les ménages les plus modestes et les petites entreprises. RTE a aussi annoncé un investissement de 8 milliards d’euros pour accélérer l’électrification des usages, quand Enedis avance le chiffre de 33 milliards d’euros d’investissements sur la période 2026-2030 pour augmenter les raccordements industriels et les infrastructures de recharge.

    Dans la foulée de cette réunion, l’Union sociale pour l’habitat (USH), publie un communiqué dans lequel le mouvement HLM dit planifier l’électrification d’un million de logements, sur les 5,4 millions que compte le parc social français. « La première phase de ce plan portera sur une priorisation de 700 000 logements individuels HLM dont le vecteur énergétique est actuellement carboné (gaz, fioul…) », assure l’USH.

    Les entreprises s’engagent à investir

    Le principal investissement annoncé vient du constructeur automobile Stellantis qui va produire à partir de 2029 une « nouvelle génération de véhicules électriques » sur son site de Mulhouse. Pour un total estimé à plus d’un milliard d’euros. « C’est un véritable avenir industriel que nous offrons à ce site », fait valoir le président.

    De son côté, Leclerc s’est engagé à mettre en place 10 000 points de charge dans ses enseignes d’ici 2030. Soit 7 000 en quatre ans pour un total de plus de 200 millions d’euros. Mais aussi d’intensifier l’électrification de ses transports, alors que « les trois-quarts des camions des coopératives régionales roulent déjà au HVO100, biocarburant qui réduit de 90% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au diesel », appuie le groupe qui entend déployer quelque 2,3 milliards d’euros pour transformer son parc immobilier.

    REPÈRES

    240 000 bornes de recharge déployées d’ici 2030

    Les opérateurs « se sont engagés à déployer 240 000 bornes » de recharge supplémentaires pour les véhicules électriques, « dont 60 000 points de charge rapide et ultrarapide », d’ici 2030, a annoncé mardi Emmanuel Macron lors d’une réunion à l’Élysée sur l’électrification des usages énergétiques. « Ces bornes et ces annonces viendront compléter les plus de 185 000 bornes déjà en service pour atteindre notre objectif de 400 000 points de recharge ouverts au public en 2030 », a précisé le chef de l’État. Les voitures électriques ont représenté 28% des ventes début 2026 contre moins de 2% en 2017. Stellantis a annoncé dans la journée « investir plus d’un milliard d’euros » pour produire, à partir de 2029, une « nouvelle génération de véhicules électriques » sur son site de Mulhouse.

    Quand l’opérateur de recharge Electra prévoit l’investissement de 300 millions d’euros d’ici 2030 pour installer 1 000 points de charge ultra-rapides par an. D’autres investissements sont annoncés par Lidl France, Leclerc, Renault ou encore Enedis.

    35%

    C’est la part d’électricité dans la consommation finale d’énergie que le gouvernement entend viser d’ici 2035. Elle est actuellement de 27% dans le pays quand les énergies fossiles représentent 60% des usages en France. Une ambition détaillée dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) publié en février.

    600 000

    C’est le nombre d’emplois qui devraient être « créés » ou « pérennisés » par le plan d’électrification du gouvernement, si l’on en croit Emmanuel Macron. Ce projet qui « embarque » 6 000 entreprises est un « grand plan industriel », insiste le président de la République depuis l’Élysée mardi.

  • [Entretien] Bastien Bonnargent : « Il y a un sentiment de déclassement chez les jeunes »

    [Entretien] Bastien Bonnargent : « Il y a un sentiment de déclassement chez les jeunes »

    La Marseillaise : Vous avez été élu ce dimanche à la tête du MJCF. Quel est votre parcours ?

    Bastien Bonnargent : J’ai adhéré à la JC en 2016, dans le département dans lequel j’ai grandi, les Hautes-Pyrénées. Mais comme beaucoup de jeunes des Hautes-Pyrénées, j’ai déménagé très vite pour faire des études d’histoire dans la métropole toulousaine, où j’ai pris mes premières responsabilités jusqu’à devenir secrétaire fédéral. En 2024, je suis ensuite rentré à la coordination nationale de la JC. Et désormais, c’est un nouveau mandat qui s’ouvre.

    Quelles sont les priorités
    de ce mandat ?

    B.Bo. : C’est toute une équipe de direction nationale qui est renouvelée. Nos priorités, pour les mois et années à venir, c’est de continuer le travail de renforcement engagé pour construire une organisation qui s’adresse à toute la jeunesse, dans sa diversité. Nous nous fixons comme objectif de nous implanter au maximum dans les lieux de formation professionnelle, dans les lieux d’emploi, pour toucher un public moins politisé que dans les lycées généraux ou les grands pôles universitaires, et qui pourtant constituent les futures forces vives du pays. Nous avons engagé depuis l’année dernière une campagne pour la création d’emplois pour nous adresser à eux sur les conditions de stage, d’apprentissage, leur orientation. Nous voulons les impliquer au maximum pour faire émerger des responsables qui viennent de ces milieux.

    C’est presque à rebours des autres organisations de jeunesse qui ciblent plus les universités
    et les quartiers populaires ?

    B.Bo. : Nous voulons développer une conscience de classe, nous adresser à tout le monde. Nous militons bien sûr dans les facs, les résidences étudiantes, mais nous voulons éviter de nous adresser à un petit cercle déjà convaincu. Les jeunes dans les milieux professionnels sont pour beaucoup confrontés aux effets les plus immédiats du capitalisme, ils subissent la casse de la formation, la baisse du salaire des apprentis, les conditions de stage de plus en plus difficiles. On le voit avec le nombre de jeunes morts au travail qui augmente de manière fulgurante. Et ces lieux de formation ou d’emploi sont le plus souvent dans les quartiers populaires.

    La présidentielle est un moment de politisation pour une jeunesse qui a surtout connu Emmanuel Macron au pouvoir. Vous l’abordez comment ?

    B.Bo. : Nous n’avons pas encore de position arrêtée, mais il ne faut pas avoir peur de ce que nous sommes, des communistes, et de revendiquer ce que nous portons au quotidien sur la création d’emplois, contre l’impérialisme. Nous devons être les plus offensifs possible. Nous sommes dans un moment où il y a énormément de résignation, il y a un sentiment de déclassement très fort chez les jeunes. C’est dans les endroits où nous militons, les CFA, les lycées professionnels, que le Rassemblement national s’implante alors nous devons pousser pour créer de la conscience de classe et transformer la colère sociale des jeunes en levier de transformation sociale.

  • Sophie Binet : la parole syndicale criminalisée

    Sophie Binet : la parole syndicale criminalisée

    « J’ai appris vendredi que j’étais mise en examen suite au fait que j’ai dénoncé la répression syndicale qui sévit à Tefal », a expliqué Sophie Binet, lundi sur France 2.

    Cela fait suite « à une plainte en diffamation de l’entreprise Tefal contre les propos de Sophie Binet : “la CGT de Tefal fait face à une répression patronale violente” tenus lors d’un débat à la Fête de l’Humanité en septembre 2025 », a précisé la CGT dans un communiqué. Si la mise en examen est quasi-automatique en cas de plainte pour diffamation, les poursuites engagées par l’entreprise témoignent de la criminalisation des actions syndicales en France. Sollicité par l’AFP, Tefal a confirmé « avoir engagé une procédure judiciaire contre Madame Binet et ses co-auteurs » à savoir le directeur du journal l’Humanité et sénateur communiste Fabien Gay, lui aussi mis en examen. « Cette procédure concerne des accusations publiques graves et erronées visant l’entreprise, que Tefal conteste fermement », indique l’entreprise, en précisant que la mise en examen « lui a été notifiée le 12 mars ».

    Alerte sur la dangerosité des PFAS

    Sophie Binet a expliqué que « la CGT alerte depuis des mois sur la dangerosité des PFAS, un composant chimique qui est utilisé pour les poêles de Tefal ». La coordinatrice CGT du groupe SEB (détenant la marque Tefal) et membre de la direction confédérale de la CGT a été sanctionnée en interne par le groupe pour avoir demandé des précisions sur ces composants, une sanction qu’elle contestera le 4 juin aux prud’hommes, selon la CGT. Pour Sophie Binet, Tefal « essaie de bâillonner les syndicalistes qui s’expriment sur les conditions de travail ou l’impact environnemental des productions ». Les propos de Sophie Binet tenus lors d’un débat au Forum social, samedi 13 septembre 2025 lors de la Fête de l’Humanité, sont les suivants : « Les luttes environnementales sont maintenant parmi les plus réprimées, avec le plus de violence. À Tefal, je suis très fière que la CGT ait eu la force de dénoncer les PFAS et d’expliquer qu’il ne fallait pas céder au chantage à l’emploi mais qu’il fallait transformer le modèle productif de l’entreprise pour défendre l’emploi à moyen et long terme ». Sophie Binet ajoutait : « J’étais à Tefal la semaine dernière avec mes camarades pour soutenir la CGT, qui fait face à une répression patronale violente, puisque notre camarade Ouria Belaziz, coordonnatrice de la CGT Tefal, a été sanctionnée par la direction. » Tefal de son côté affirme qu’« il ne s’agit pas de remettre en cause la liberté syndicale, le droit de critique ou le débat public » mais estime que « la liberté d’expression ne permet pas d’imputer à une entreprise des faits inexacts ». « Tefal réfute toute accusation de répression syndicale », ajoute l’entreprise.

    « Une loi pour protéger

    la liberté d’expression »

    La CGT, estimant « anodins » les propos pour lesquels Sophie Binet est poursuivie, affirme, elle, que « sur cette base, la quasi-totalité des syndicalistes du pays pourraient être poursuivis ». La leader de la CGT a appelé les parlementaires et le gouvernement « à enfin mettre sur le tapis une loi pour protéger la liberté d’expression et la liberté syndicale qui aujourd’hui est en danger ». Sophie Binet avait déjà été mise en examen en décembre pour « injure publique » après avoir qualifié en janvier à la radio les patrons de « rats qui quittent le navire » dont « le seul objectif, est l’appât du gain ». Selon l’Humanité, « depuis le 1er avril 2023, la CGT dénombre plus de 1 000 militants et cadres inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires ».