Category: environnement

  • L’Ifremer inquiète des effets des canicules marines sur la biodiversité

    L’Ifremer inquiète des effets des canicules marines sur la biodiversité

    Ils ont beau connaître et s’attendre aux effets néfastes du réchauffement climatique, des chercheurs réunis hier à Sète par l’Ifremer*, se disent « étonnés » par l’ampleur des phénomènes qu’ils observent déjà sur le terrain.

    Si la façade atlantique n’est pas épargnée, la Méditerranée constitue bel et bien un « hotspot du changement climatique et de biodiversité », pose d’emblée Nathaniel Bensoussan. Ce chercheur au Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (LOPS) à l’Ifremer, rappelle que la Grande Bleue a gagné 1,5 degré depuis 1982 et qu’elle se réchauffe deux fois et demie plus vite que la moyenne des eaux.

    Ce phénomène dû à l’activité humaine qui produit des gaz à effets de serre, génère des « vagues de chaleur marines ». Lesquelles altèrent durablement le fonctionnement des écosystèmes côtiers et la biodiversité. Ainsi les tissus vivants des gorgones rouges, ces coraux mous qui « jouent le rôle des arbres dans les forêts », sont-ils nécrosés (calcaire blanc). Déjà les scientifiques s’inquiètent d’une « mortalité récurrente » notamment dans les calanques. Dès 2022, une floraison massive de posidonies a été observée. Loin d’être une bonne nouvelle, c’est le signe d’un « risque d’épuisement » de ces plantes aquatiques qui oxygènent l’eau et participent à la stabilité des fonds marins. « C’est un sujet majeur. Si des plantes comme les posidonies sont affectées, la séquestration du carbone est impactée », éclaire Nathaniel Bensoussan.

    Étang de thau en surchauffe

    Les écosystèmes fermés tels que les lagunes ou les lagons ne sont pas épargnés par le réchauffement des eaux. Sur l’étang de Thau, Vincent Ouisse, chercheur en écologie benthique à l’Ifremer, parle même d’un « effet loupe ».

    En raison des faibles profondeurs, les eaux sont déjà à 30-32 degrés et peuvent monter jusqu’à 36°. Les herbiers, plantes marines à fleurs, souffrent elles aussi. De même que les bénitiers et coraux jusque dans les lagons de Polynésie, ajoute Guillaume Mitta, chercheur en biologie des interactions. Du côté de la Bretagne et de la Manche, ce sont les laminaires (algues brunes) qui sont en « forte baisse d’abondance et de densité », constate Martial Laurans, spécialiste en écologie halieutique à l’Ifremer. Dans la baie de Grandville en Normandie, où les eaux se sont réchauffées de 1,5 degré en 40 ans, « les captures de bulots ont chuté de 80% », illustre Hubert du Pontavice, chercheur à l’Ifremer.

    Les moules en péril l’été

    À l’instar de la grande nacre ou des sardines, des poissons et coquillages sont aussi touchés. C’est notamment le cas des huîtres. L’an passé, « la canicule de juin a engendré des pontes précoces d’huîtres de 2 à 4 semaines partout en France », se souvient Franck Lagarde. Ce chercheur en biologie et écologie marines à l’Ifremer précise que les périodes de pontes sont désormais étendues de mi-mai à mi-septembre au lieu de mi-juillet à mi-août auparavant. Avec pour conséquence « des huîtres de meilleure qualité au printemps qu’à l’automne ». Si la Bretagne a vu ses taux de croissance des naissains chuter de 14 à 62% c’est tout l’inverse en Méditerranée avec des taux de croissance culminant à 143% « en raison d’eaux plus chaudes et de pluies plus abondantes qui amènent des sédiments ».

    La dynamique est tout autre pour les moules dont l’avenir est clairement menacé l’été en Méditerranée. « On observe un décrochage quand les eaux atteignent 27-28 degrés. Et à part aller plus au large, je ne vois pas ce qu’on peut y faire », confie Franck Lagarde. Le coordinateur du réseau Ecoscopa à Sète, révèle qu’en Corse la production de moules est déjà abandonnée à partir de juillet en raison d’eaux trop chaudes.

    Or, Nathaniel Bensoussan est catégorique. « On va vers la tropicalisation de la Méditerranée. » Face aux tergiversations des responsables politiques, Hubert du Pontavice presse. « En tant que scientifique, je suis dans une intranquillité. Il y a une urgence à agir face à un empilement d’événements. »

    * Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.

  • Un feu de forêt parcourt des dizaines d’hectares à Fréjus

    Un feu de forêt parcourt des dizaines d’hectares à Fréjus

    À 18h30, 30 hectares avaient déjà brûlé. Un important dispositif a été mis en place par le Sdis 83. Des évacuations ont été conduites dans plusieurs campings. Des personnes ont été confinées dans les écoles Caïs et Paul-Roux. 186 sapeurs-pompiers, 73 véhicules, 3 Canadair et 3 hélicoptères bombardiers d’eau ont été mobilisés.

    Le feu a été fixé, ont indiqué les pompiers à 19h30.

  • Enogia, le visage phocéen de la transition énergétique

    Enogia, le visage phocéen de la transition énergétique

    C’est le petit nouveau de la zone industrielle des Aygalades. L’entreprise marseillaise Enogia, producteur de micro-turbomachines, a déplacé son site de production dans les quartiers nord. En pleine croissance, elle doit son succès à une technologie qui transforme la chaleur perdue en électricité verte.

    Mercredi, sous un soleil de plomb, Arthur Leroux, PDG de la société, monte sur scène pour l’inauguration du site. Il invite Claude Imoven, président du conseil d’administration de la société française Orano, à le rejoindre, sous les yeux de dizaines d’invités et de salariés. « Enogia s’inscrit dans la continuité de cette histoire marseillaise, celle d’un territoire qui a toujours su transformer ses ressources, son savoir-faire et son énergie pour créer de la valeur. Ce qui est imaginé ici, aux Aygalades, contribue aujourd’hui à la transition énergétique à l’échelle mondiale », soutient le chef d’entreprise.

    « C’est la démonstration que de nouveaux modes de production sont indispensables face aux enjeux climatiques. Et c’est ainsi que seront réconciliés la performance économique, le progrès social et la protection de l’environnement. Une grande partie de notre avenir productif viendra de la rencontre entre une vision portée par des entrepreneurs qui voient dans l’écologie, non pas qu’une contrainte, mais une formidable opportunité à saisir pour fabriquer le monde de demain », poursuit Cécile Vignes, déléguée à l’économie verte et circulaire à la mairie de Marseille.

    12,6 millions de chiffre d’affaires

    En 2025, le chiffre d’affaires de la société marseillaise s’élève à 12,6 millions d’euros, en progression de près de 57%. De quoi satisfaire l’ancien ministre de l’économie, Arnaud Montebourg, présent ce mercredi. « La France a perdu beaucoup de sa substance industrielle. On cherche à revenir avec des retards considérables, mais aussi des ressources exceptionnelles. Je voudrais remercier Arthur Leroux et tous ceux qui ont constitué cette réussite car là, il y a une nouvelle future ETI marseillaise, enracinée, qui va continuer à se développer sur une technologie disruptive, innovante, qui fait la fierté des Marseillais et des Français. »

    Les discours inauguraux se sont conclus par celui du président (Ren.) de la région Sud, Renaud Muselier : « Vous faites rayonner le savoir-faire marseillais, régional et national. »

    Fanny Velay

  • Dans le Gard, une conserverie pour sauver les surplus agricoles

    Dans le Gard, une conserverie pour sauver les surplus agricoles

    Soutenue par la Région Occitanie à hauteur de 9 000 euros, l’initiative vise à transformer les surplus de fruits et légumes locaux tout en luttant contre le gaspillage alimentaire. Le principe repose sur un camion aménagé, équipé pour la préparation, la stérilisation et la mise en bocaux. Soupes, sauces, compotes ou confitures pourraient ainsi être réalisées directement au plus près des exploitations agricoles, des cuisines collectives ou des structures partenaires. Des productions qui, faute de débouchés ou d’outils adaptés, seraient autrement perdues pourront ainsi être valorisées.

    La Région explique vouloir soutenir « des solutions concrètes, ancrées dans les territoires, qui permettent à la fois de lutter contre la précarité alimentaire, de soutenir nos agriculteurs et de favoriser une alimentation locale et de qualité ».

    Un outil au service

    du territoire

    Au-delà de la lutte contre le gaspillage, l’initiative entend renforcer les liens entre producteurs, structures solidaires et collectivités. Le projet comporte également une dimension sociale importante. Des salariés en parcours d’insertion participeront à la préparation des fruits et légumes sous l’encadrement d’un chef d’atelier, leur permettant d’acquérir une expérience professionnelle dans le secteur alimentaire.

    Une trentaine d’interventions annuelles sont envisagées pour environ six tonnes de bocaux produits chaque année. À terme, le camion pourrait intervenir sur plusieurs secteurs du Gard afin de valoriser les surplus agricoles et certains produits non distribués par les structures d’aide alimentaire. Initialement espérée cet été, la mise en service devrait finalement intervenir à l’automne 2026.

  • L’Atlas de la biodiversité de Miramas clôturé après 3 ans d’inventaires

    L’Atlas de la biodiversité de Miramas clôturé après 3 ans d’inventaires

    À Miramas, l’Atlas de la biodiversité communale (ABC) touche à sa fin. Après trois années d’inventaires, d’observations et d’actions de sensibilisation, la Ville clôture en juillet ce vaste programme mené depuis 2023 avec le soutien financier de l’Office français de la biodiversité. « On a travaillé avec la Ligue de protection d’oiseaux (LPO) Paca et le groupe Chiroptères de Provence, qui sont allés sur le territoire et ont relevé la faune », explique Louise Seguinel, chargée de mission biodiversité au service transition écologique de la municipalité.

    Au total, 831 espèces ont été recensées au cours de 24 inventaires naturalistes consacrés aux oiseaux, amphibiens, chauves-souris, papillons, libellules, criquets et sauterelles. « Le chiffre le plus faramineux, c’est celui qui concerne les papillons de nuit : on connaissait moins de dix espèces, maintenant on est à 198, poursuit la spécialiste. On a aussi découvert la présence d’une nouvelle espèce de mammifère, qui est le lièvre ibérique, au niveau de la Crau. » De nouvelles données concernant certains spécimens bien connus ont aussi été collectées, permettant de montrer l’extension de leur ère d’existence et le renforcement de leur population.

    Un plan d’actions

    L’Atlas a également mobilisé le public à travers 34 actions de sensibilisation réunissant plus de 1 000 participants. « C’était indispensable d’intégrer les habitants à la démarche, affirme le conseiller municipal délégué au pacte de transition Bernard Gaudillère. Si on ne sensibilise pas la population à l’intérêt de ce travail-là, c’est raté. Vous savez ce qu’on dit : on protège ce qu’on aime, on aime ce qu’on connaît. »

    L’ABC se termine, mais le travail se poursuit. La Ville de Miramas travaille à un « plan d’actions pour les dix ans à venir », révèle Géraldine Buti, adjointe au maire déléguée à l’environnement. Louise Séguinel développe : « Ça peut concerner la gestion des espaces verts, avec une fauche tardive, ce qui est déjà fait actuellement mais peut-être pas partout ni systématiquement. On peut aussi faire le choix de laisser une libre évolution de la flore pour certaines parcelles, de créer des mares à certains endroits… On va probablement poursuivre le travail de connaissances sur la faune ou les arachides du sol par exemple, qui n’a pas été étudiée. On aimerait aussi continuer la sensibilisation auprès des jeunes publics et pousser les enseignants à s’emparer des dispositifs comme les aires terrestres éducatives ou les classes engagées… » Les pistes sont nombreuses, mais une chose est sûre : l’Atlas n’était qu’une étape, un outil au service d’une politique publique globale.

  • « Provence Bleue » présenté à l’État

    « Provence Bleue » présenté à l’État

    Publiée en 2020, la note stratégique du rapport parlementaire mené par Jean-Marc Zulesi (Ren), Pierre Dharréville (PCF) et Éric Diard (LR) a été remise sur la table du gouvernement. L’ancien député de la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône a rencontré le ministre délégué à la Transition écologique Mathieu Lefèvre pour lui rappeler que « la réhabilitation de l’étang de Berre (…) s’inscrit au croisement des défis liés à la préservation de la ressource en eau, à la transition énergétique, à l’adaptation au changement climatique et à la souveraineté industrielle de notre pays », explique-t-il.

    Au centre de cette ambition : le projet « Provence Bleue », actuellement étudié par EDF. Cette solution technique d’envergure, dont la vision d’aménagement porte sur 50 ans pour un investissement estimé à 1,4 milliard d’euros, pourrait régler le problème des rejets de la centrale hydro-électrique de Saint-Chamas.

    Des mesures ont conduit à les limiter à 1,2 milliard de m³ d’eau douce et 60 000 tonnes de sédiments, ce qui a permis une amélioration progressive de l’état écologique de l’étang en entraînant néanmoins une perte de 600 millions de kWh d’électricité par an selon l’ancien parlementaire. « Provence Bleue » vise à concilier ces enjeux en créant des infrastructures pour valoriser les eaux aujourd’hui inutilisées : un bassin de décantation permettrait de séparer les limons de la Durance, un tunnel de restituer la ressource vers le Rhône tout en la mobilisant au bénéfice des besoins agricoles, industriels et d’alimentation en eau potable.

  • Les Assises du droit de la nature, grande première à l’université

    Les Assises du droit de la nature, grande première à l’université

    La canicule n’est pas qu’un avertissement de plus sur lesconséquences du changement climatique. Elle est, au même titre que les atteintes à la biodiversité, un appel à interroger notre capacité juridique à protéger le vivant. C’est autour de cette réflexion que sont organisées les premières Assises du droit de la nature à l’université de Toulon, de mercredi à vendredi. Un événement en deux temps. D’abord, les 1er et 2 juillet, les 3es Rencontres de l’Association internationale des procureurs et poursuivants francophones (AIPPF) inviteront magistrats, procureurs et universitaires à échanger sur des cas concrets d’atteintes à l’environnement.

    Vendredi, place à l’Assemblée de la Terre – France, avec citoyens et personnalités qualifiées, et lancée à Toulon en juillet 2025 dans la lignée du programme onusien « Harmony with Nature ». Sa fondatrice, Maria Mercedes Sanchez, sera présente. Seront présentés les travaux de la première année sur le thème de la nature, visant à réécrire les Objectifs de développement durable de 2015 en vue du Sommet de la Terre 2030.

  • Une instance de suivi sur l’éolien offshore

    Une instance de suivi sur l’éolien offshore

    Les pales des trois immenses éoliennes de la ferme pilote « Provence grand large » sont visibles depuis la côte Saint-Louisienne. À l’horizon 2032, 12 à 19 nouvelles infrastructures flottantes seront mises en service un peu plus loin, à 25 km du rivage, pour une puissance installée comprise entre 230 MW et 280 MW, l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 450 000 habitants. C’est donc naturellement que les pouvoirs publics ont choisi la commune rhodanienne pour l’installation de l’Instance de concertation et de suivi de ce projet, ce lundi 29 juin. En décembre 2024, la société « Éoliennes Méditerranée Grand Large » a remporté l’appel d’offres n°6 pour assurer la conception, la construction et l’exploitation du premier parc commercial flottant de Méditerranée.

    Le maire, Martial Alvarez (DVD), souligne : « Nous sommes alignés sur la volonté d’accompagner cette nouvelle filière (…) pour assurer la souveraineté énergétique de la nation, mais nous sommes attachés à ce que puissent être mises en place des compensations. (…) On est sur un périmètre où on peut se dire : on nous a déjà préempté la terre avec la plus grosse zone industrialo-portuaire d’Europe, on est en train de nous enlever la mer, qu’est-ce qui va nous rester ? » Avec un enjeu particulier : celui de la pêche, qui représenterait localement entre 100 et 300 emplois. Un comité de liaison a été mis en place par EDF Power solutions pour « construire, anticiper les travaux et partager les résultats des études d’impacts » avec les acteurs du secteur.

    Chargée de projet, Amélie Cuba assure que l’énergéticien a à cœur de « travailler avec des acteurs du territoire sur des thématiques transverses, parce qu’on est sur des projets qui sont à l’interface en lien avec la question de la biodiversité, du tourisme, de l’emploi ». Dans le budget global d’un milliard d’euros environ, 5 millions d’euros seront alloués à ces actions. La filiale renouvelable d’EDF participe déjà au projet Fishwind, en partenariat avec l’organisation Sathoan (une coopérative de pêcheurs méditerranéens), sur la notion de co-activité de pêche et de récifs écoconçus destinés à être posés au sein des futurs parcs commerciaux.

  • [MAJ] L’alerte de niveau 2 de pollution de l’air est levée ce mardi 30 juin

    [MAJ] L’alerte de niveau 2 de pollution de l’air est levée ce mardi 30 juin

    Considérant que les conditions météorologiques de ces derniers jours ne génèrent plus une pollution de l’air à l’ozone. Le Préfet a pris un arrêté de levée de la circulation différenciée à Marseille à partir de ce mardi 30/06 minuit.

    Dans le département :

    Abaissement de 20km/h des vitesses maximales autorisées sur les voiries, sans toutefois descendre en dessous de 70km/h.

    À Marseille :

    Mise en place la circulation différenciée depuis 6 heures jusqu’à ce soir 23h59 (attention, la reconduction du dispositif sur les prochains jours est très probable). Les véhicules autorisés à circuler à l’intérieur du périmètre défini (ZFE-m), sont les véhicules équipés des certificats : classe électrique et hydrogène (vignette crit’air verte) ; classe 1 (vignette crit’air violette) ; classe 2 (vignette crit’air jaune).

    A ce titre et dès aujourd’hui, la préfète de police déléguée a demandé un renforcement des contrôles de vitesse sur l’ensemble du département et des contrôles concernant la circulation différenciée à Marseille.

    Le non-respect de ces mesures pourra entraîner des verbalisations tout au long de la période concernée.

  • Des voix s’élèvent contre un projet agrivoltaïque à Servas

    Des voix s’élèvent contre un projet agrivoltaïque à Servas

    Partout en France, des projets agrivoltaïques fleurissent sur le territoire et divisent les citoyens. La commune de Servas, dans le Gard, ne fait pas exception. Le dernier projet en date est celui des Martinets, porté par Verso Énergie, qui concerne une quinzaine d’hectares dans le Nord de la commune. Il était présenté ce 22 juin aux élus municipaux.

    Pour l’occasion, la Confédération paysanne du Gard avait appelé à un rassemblement devant la mairie à 18h, afin d’alerter sur le fait que les installations agrivoltaïques à Servas pourraient impacter jusqu’à 129 hectares de terres agricoles, soit près de 12% du territoire communal. « Nous étions une petite cinquantaine, rapporte Sébastien Espagne, co-référent départemental des Ami.e.s de la Confédération paysanne du Gard. Notre association était présente aux côtés de la Confédération paysanne, mais aussi de l’association Agir 30 et d’habitants du village. »

    « On a vu passer une quinzaine de projets de ce type ces 18 derniers mois, explique de son côté Simon Le Berre, porte-parole de la Confédération paysanne du Gard. Nous ne sommes ni contre le progrès, ni contre les énergies renouvelables, bien au contraire. Nous voulons simplement demander une véritable réflexion collective sur ces projets et surtout, qu’ils soient envisagés en priorité sur des terres déjà artificialisées. »

    Sébastien Espagne se montre satisfait de cette première mobilisation : « Nous avons été très bien accueillis par les habitants et la société Verso Énergie a proposé aux collectifs présents de les rencontrer plus tard, pour leur présenter le projet plus en détail. » De leur côté, les élus devront voter le projet au prochain conseil municipal, après s’y être déjà opposés une première fois.

    Augmentation du foncier

    Ce n’est pas un hasard si les projets agrivoltaïques se multiplient dans le Gard. Depuis un décret d’avril 2024, les installations de production d’énergie photovoltaïque ne peuvent être implantées que sur des terrains identifiés dans un document-cadre spécifique à chaque département. Or, dans le Gard, ce dernier est très restrictif et ne laisse que peu de parcelles libres pour le photovoltaïque au sol. C’est la raison pour laquelle les entreprises se tournent vers l’alternative de l’agrivoltaïsme, c’est-à-dire l’installation de panneaux solaires au-dessus d’une parcelle d’activité agricole. C’est d’ailleurs ce qui explique que les opposants à ces projets parlent généralement de « caution » agricole.

    Selon Simon Le Berre, le scénario se déroule pratiquement toujours de la même façon. Un propriétaire qui veut valoriser son terrain contacte ou se fait démarcher par une entreprise. Il trouve ensuite un agriculteur qui accepte de faire pâturer ses bêtes ou de cultiver sur une parcelle qui sera dédiée à l’agrivoltaïsme, en échange d’une partie des gains de revente de l’électricité. « L’idée de l’agrivoltaïsme, c’est d’apporter un gain pour l’activité agricole, poursuit Simon Le Berre. Or, pour l’instant, les études qui sont censées démontrer ces gains sont bien souvent biaisées. Le bétail est à l’ombre des panneaux ? Il serait tout aussi bien à l’ombre d’un arbre… »

    Ce sont aussi les propriétaires et les entreprises qui semblent toucher la majorité des bénéfices de la vente de l’électricité. « Nous demandons que si de tels projets existent, ils soient portés par les agriculteurs eux-mêmes, ou par des collectifs d’agriculteurs, explique Simon Le Berre. Pour nous, si le choix revient aux propriétaires qui n’exploitent pas eux-mêmes leurs terres, cela présente un risque de spéculation et de montée des prix des terres agricoles. » Une inquiétude que partage Sébastien Espagne : « Il y a un véritable risque d’augmentation du foncier agricole, ce qui va encore empêcher de nouveaux agriculteurs de s’implanter. Nous avons d’autres ambitions pour nos terres nourricières, dans un contexte où il y a urgence à regagner en autonomie alimentaire. »